A coeur brûlé
Fin de l'été 2049
Saïph entra dans la boutique. Elle était passée par deux grandes tours, qui laissaient entrer le soleil dans la pièce, et avait pénétré dans une pièce assez étroite, devant un comptoir d'où il était possible d'apercevoir une grande arrière boutique encombrée d'étagères. Une échelle reposait non-loin, prête à glisser le long des rayonnages, pour déceler la fameuse promise.
Parce que c'était bien ce qu'était venue chercher l'enfant : une promise. Elle avait l'impression de jouer toute sa vie future dans cette rencontre. Et c'était sûrement un peu vrai...
En s'avançant, elle avala un peu de travers et manqua de s'étrangler avec sa salive. Son coeur faisait vibrer sa poitrine et fracassait tous les sons dans la pièce. Se retrouvant seul, il battait son trop plein avec ardeur. Se confondant en boum boum assurés, il tentait de rattraper un "bonjour" mal formulé, qui aurait pu sembler impoli.
L'Irlandaise avait appris que c'était la baguette, qui choisissait son sorcier. Et que donc elle n'avait aucun mot à dire quant à la conclusion de cette nouvelle péripétie. Elle ne savait peut-être pas grand chose de ce monde, mais elle n'était pas convaincue par le fait qu'il ne s'agisse que d'une relation à sens unique. Même si elle était encore trop jeune pour saisir tout à fait combien cela aurait été triste, elle avait lu des livres où une personne était amoureuse d'une autre, qui ne l'aimait pas. Et bien ils finissaient rarement bien, ces livres.
La jeune fille testa plusieurs baguettes. Une d'elle fit exploser une lampe, et elle faillit partir en pleurant, priant tout ce qu'elle pouvait que cette lampe ne soit pas importante. Finalement, alors qu'elle perdait espoir, assurée qu'elle ne conviendrait à aucun objet magique, on lui présenta une nouvelle partenaire potentielle.
Ce fut sans aucun doute la première fois que Saïph expérimentait une sensation pareille. Une chaleur curieuse s'était enroulée autour de sa main, puis d'elle toute entière. Son bras avait comme vibré, reconnaissant contre ses doigts un battement infime, comme une papillonnement. Un coeur. Celui d'un phoenix.
Tout au fond de son inconscient, la blonde sentait que la baguette ne lui obéissait pas complètement. On lui avait parlé de "soumission", elle avait pus l'impression qu'elle devrait en faire une alliée, une égale. Parce qu'elle la sentait prête à s'évader à tir d'ailes. Le problème du phoenix, lui expliqua-t-on.
Elle aurait désormais une partie de phoenix avec elle. Cette idée était complètement folle !
Saïph passa la pulpe de ses doigts sur le bois de châtaignier, se demandant si elle parviendrait à apprivoiser ce bout de bois aux propriétés magiques, pour lequel un être mythique avait laissé une plume. Une plume unique, lui avait on expliqué. Unique...
La baguette était légère, et très grande. 27,4 centimètres, c'était un cinquième de sa taille. Certes, elle espérait grandir un peu et la baguette, elle, elle resterait comme cela. Mais tout de même !
L'enfant se mordit la lèvre avec sa canine ébréchée, se frotta la tête de sa main libre, baissa les yeux sur son autre main. Il y avait un pommeau en bois. Il était délicatement travaillé, sans prétention, avec une tige qui s'enroulait autour, permettant une meilleure prise en main que s'il avait été aussi lisse que le reste de l'objet.
En son coeur, la plume s'étendait, se lovant contre la paume chaude de celle qu'elle avait choisie, tout en s'ébouriffant pour rappeler qu'elle n'était pas encore totalement conquise. C'était un coeur brouillonnant et authentique, qui se rebiffa à la deuxième tentative de la sorcière. Cette dernière brûlait pourtant de vérifier si elles étaient bien accordées. Mais sa nouvelle compagne n'en faisait qu'à son rythme. Souriant, Saïph acquiesça pour elle-même. Elle aussi, elle ne réussissait pas toujours. Elle aussi, elle avait une envie impérieuse de tout découvrir, sans pour autant se faire aspirer par un monde en particulier. Elle aussi était une petite flamme indépendante.
En sortant de la boutique, la future élève était tombée amoureuse de sa baguette.
707 mots
Saïph entra dans la boutique. Elle était passée par deux grandes tours, qui laissaient entrer le soleil dans la pièce, et avait pénétré dans une pièce assez étroite, devant un comptoir d'où il était possible d'apercevoir une grande arrière boutique encombrée d'étagères. Une échelle reposait non-loin, prête à glisser le long des rayonnages, pour déceler la fameuse promise.
Parce que c'était bien ce qu'était venue chercher l'enfant : une promise. Elle avait l'impression de jouer toute sa vie future dans cette rencontre. Et c'était sûrement un peu vrai...
En s'avançant, elle avala un peu de travers et manqua de s'étrangler avec sa salive. Son coeur faisait vibrer sa poitrine et fracassait tous les sons dans la pièce. Se retrouvant seul, il battait son trop plein avec ardeur. Se confondant en boum boum assurés, il tentait de rattraper un "bonjour" mal formulé, qui aurait pu sembler impoli.
L'Irlandaise avait appris que c'était la baguette, qui choisissait son sorcier. Et que donc elle n'avait aucun mot à dire quant à la conclusion de cette nouvelle péripétie. Elle ne savait peut-être pas grand chose de ce monde, mais elle n'était pas convaincue par le fait qu'il ne s'agisse que d'une relation à sens unique. Même si elle était encore trop jeune pour saisir tout à fait combien cela aurait été triste, elle avait lu des livres où une personne était amoureuse d'une autre, qui ne l'aimait pas. Et bien ils finissaient rarement bien, ces livres.
La jeune fille testa plusieurs baguettes. Une d'elle fit exploser une lampe, et elle faillit partir en pleurant, priant tout ce qu'elle pouvait que cette lampe ne soit pas importante. Finalement, alors qu'elle perdait espoir, assurée qu'elle ne conviendrait à aucun objet magique, on lui présenta une nouvelle partenaire potentielle.
Ce fut sans aucun doute la première fois que Saïph expérimentait une sensation pareille. Une chaleur curieuse s'était enroulée autour de sa main, puis d'elle toute entière. Son bras avait comme vibré, reconnaissant contre ses doigts un battement infime, comme une papillonnement. Un coeur. Celui d'un phoenix.
Tout au fond de son inconscient, la blonde sentait que la baguette ne lui obéissait pas complètement. On lui avait parlé de "soumission", elle avait pus l'impression qu'elle devrait en faire une alliée, une égale. Parce qu'elle la sentait prête à s'évader à tir d'ailes. Le problème du phoenix, lui expliqua-t-on.
Elle aurait désormais une partie de phoenix avec elle. Cette idée était complètement folle !
Saïph passa la pulpe de ses doigts sur le bois de châtaignier, se demandant si elle parviendrait à apprivoiser ce bout de bois aux propriétés magiques, pour lequel un être mythique avait laissé une plume. Une plume unique, lui avait on expliqué. Unique...
La baguette était légère, et très grande. 27,4 centimètres, c'était un cinquième de sa taille. Certes, elle espérait grandir un peu et la baguette, elle, elle resterait comme cela. Mais tout de même !
L'enfant se mordit la lèvre avec sa canine ébréchée, se frotta la tête de sa main libre, baissa les yeux sur son autre main. Il y avait un pommeau en bois. Il était délicatement travaillé, sans prétention, avec une tige qui s'enroulait autour, permettant une meilleure prise en main que s'il avait été aussi lisse que le reste de l'objet.
En son coeur, la plume s'étendait, se lovant contre la paume chaude de celle qu'elle avait choisie, tout en s'ébouriffant pour rappeler qu'elle n'était pas encore totalement conquise. C'était un coeur brouillonnant et authentique, qui se rebiffa à la deuxième tentative de la sorcière. Cette dernière brûlait pourtant de vérifier si elles étaient bien accordées. Mais sa nouvelle compagne n'en faisait qu'à son rythme. Souriant, Saïph acquiesça pour elle-même. Elle aussi, elle ne réussissait pas toujours. Elle aussi, elle avait une envie impérieuse de tout découvrir, sans pour autant se faire aspirer par un monde en particulier. Elle aussi était une petite flamme indépendante.
En sortant de la boutique, la future élève était tombée amoureuse de sa baguette.
707 mots