26 juin 2025, 14:05
Fresque Consteller
Été 2050


Le Solstice à peine passé, l’auroral éclat rosoyant l’avait visité avec sa précocité estivale, à l’heure où la Nature s’éveille pendant que dorment encore les êtres qui se calfeutrent derrière rideaux ou volets. Hjúki appréciait goûter l’émergence de ces lueurs premières et ne couvrait sa fenêtre quand les jours s’allongeaient, contempler les tiges et les pétales parsemés de larmes de rosée quand presque aucun souffle humain n’osait encore s’aventurer en extérieur. Le potager qu’ils avaient entamé voilà à peine deux saisons avec sa sœur était limité par le calendrier de la flore, cette période était propice pour l’enrichir de nouveaux semis. S’il restait parfois à Loutry quand il ne devait pas se rendre à la capitale sorcière, le retour de l’une de ses dernières conversations avec Seán dans son esprit devant le spectacle de l’Éos l’avait convaincu de cesser de repousser sa visite à Londres. Ça aurait pu être Dublin, mais il risquait d’y croiser des visages familiers, alors qu’il ne pensait pas connaître grand-monde de la métropole moldue. Sur son lieu de travail, le mage ne se sent pas usager de bibliothèque, il doit y tenir des responsabilités, il ne l’associe pas à un lieu où il pourrait se documenter à titre personnel. Alors que le navire londonien que sa chère navigatrice lui a évoqué… peut-être y trouvera-t-il plus sûrement des ressources que dans une quelconque librairie ? Le jeune adulte avait revêtu une chemise en lin à manches courtes, celle ornée de minuscules ancres, de vagues points à peine perceptibles l’œil lointain. Conscient qu’il ne passera pas la journée au Chemin de Traverse, il avait renoncé à l’arsenal sorcier, jusqu’au balai.

British Library


L’insolente proximité du bâtiment avec King’s Cross l’avait rendu particulièrement aisé à dénicher. Aucun ancien élève de Poudlard ignore comment accéder à cette gare, ses alentours par extension. Conformément à la description entendue, ça ressemble à un bateau. Pas exactement pareil à celui sur lequel il avait vogué avec Ulysse. Une armature pirate ? Avec cette horloge ce pourrait être le Jolly Roger, le navire du Pays Imaginaire. Dans une interprétation terrestre. Il est encore tôt, les grilles ne sont pas ouvertes depuis bien longtemps et son ombre le dépasse encore probablement. Et elle le suit, implacablement. Il n’est pas Peter Pan, cet enfant ayant perdu son Ombre, quoique cela signifie. Hjúki avance, ignorant du panorama visuel que lui réserve le hall, du vaste qui s’impose à lui. Rien de comparable à la bibliothèque de l’école, ni à celle qu’il fréquente professionnellement depuis des mois. Il n’a jamais été un fervent visiteur de ces lieux. Enfant, il recevait des livres, son Opa faisait la sélection à sa place. Le mage n’a jamais appris à choisir. Quelle croisée m’imposes-tu, Hécate ? songe-t-il face aux travées parmi lesquelles il peut s’enfoncer. Un présentoir chargé de prospectus l’attire, et mu d’un réflexe étrange qu’il ne saurait expliquer, il se saisit d’un exemplaire du plan de la British Library imprimé en allemand. Une langue plus rassurante quand il est perdu, s’affirmer comme n’étant pas un visiteur britannique ?

Aussi immenses soit les lieux, les petites formes qui représentent les étages atténuent cette impression. En dépliant, il y a même quelques illustrations, des éléments venant d’une collection ou d’une autres indiqués par de petits symboles. S’aventurer du côté des trésors, de la musique – alors qu’il ne lit pas tant celle de papier – des herbiers pour inspirer son jardin. Shakespeare ? Il est de ces auteurs musicaux. Par Mendelssohn, Tchaïkovsky, Berlioz, Gounod, Prokofiev, Purcell… l’une de ces clefs littéraires, en mélodie à sa Magie. Ou bien… juin, le mois des couleurs, dont les bibliothèques se parent pour proposer une sélection périodique. Pour comprendre, démêler les émois que le danseur irlandais suscite en lui. En musique ou en mots ? Hjúki redevient un enfant indécis, oscillant, une boussole qui ignore son Nord.

29 juin 2025, 00:00
Fresque Consteller
Chez les Ruewen.


Laisse Aydan en dehors de ça ! s'exclama-t-elle avec virulence à l'adresse de sa mère.

Le corps vibrant de colère, Etoile adressa un regard noir et glacé à sa génitrice avant de lui tourner les talons. Mieux valait fuir avant de dire des choses qu'elle regretterait plus tard, mieux valait se cacher avant que l'orage ne se transforme en tempête et qu'il ne pleuve des perles salées sur ses joues. Il était hors de question que les paroles de sa mère l'atteignent, et c'était impensable pour elle de se laisser aller à pleurer — pas devant un public, en tout cas. « Je sors » grogna-t-elle simplement d'une voix étranglée, dans un bruit humiliant à mi-chemin entre le sanglot et le soupir de frustration.

Ignorant les cris de sa mère, la jeune Ruewen marcha droit devant elle, ouvrit la porte de chez eux d'un coup sec et elle s'enfuit sans demander son reste, courant pour échapper à la fois au courroux maternel et aux reproches paternels — qu'elle allait devoir affronter en rentrant, sans aucun doute. Se disputer dès l'aube lui retournait l'estomac et laissait un arrière-goût amer de tristesse dans sa bouche, comme l'écume des Mots violents qui s'étaient échoués sur ses lèvres.

C'était toujours la même chose avec eux, dès qu'ils essayaient de lui parler de quelque chose et qu'elle leur opposait une quelconque résistance — même infime — ils se sentaient comme obligés de mentionner Aydan, de l'amadouer, de la prendre par les sentiments. Etoile secoua la tête avec colère, ses pieds frappant le sol de bétons avec bien plus de force que nécessaire. Jamais elle n'aurait pensé que des parents puissent se montrer aussi décevants. *Lâches !* pensa-t-elle avec hargne. Son corps entier était douloureusement contracté — muscles, poings, mâchoire. Elle était tendue comme un arc, et cette colère qui nourrissait sa tension la rongeait de l'intérieur, comme un poison qu'elle n'arrivait pas à guérir. Dont l'antidote lui échappait sans cesse. « Ils font tout de travers » fulmina-t-elle.

Où se rendait-elle, même elle n'en avait aucune idée. Tout lui allait, tant que c'était loin d'ici.




British Library.


A force d'errer dans les rues de Londres de la même manière qu'un chat perdu et désorienté, Etoile s'était peu à peu calmée. Sa marche l'avait aidée à reprendre ses esprits, et les larmes qu'elle s'était autorisée à laisser couler sur ses joues lui avait étrangement éclaircies l'esprit. Elle ne ruminait plus ses pensées. L'air hagard, elle se laissait avancer dans n'importe quelle direction, s'excusant du bout des lèvres auprès des personnes qu'elle percutait malencontreusement.

Naturellement, ses pieds la guidèrent jusqu'à un lieu qu'elle aimait plus que tout, l'un des rares qui avait le pouvoir de ramener son esprit tourmenté à la quiétude, et qui agissait comme un anesthésiant naturel. La British Library. Les murs imposants l'avaient toujours réconfortée, et rien au monde ne l'aidait plus que la présence de livres, l'odeur ancienne de la poussière qui caressait les pages et couvertures des ouvrages, de la même manière qu'une couverture oubliée, négligemment laissée là.
Le bâtiment comptait parmi les plus impressionnants qu'elle n'ait jamais vus — aux côtés de Poudlard, l'Ecole de Sorcellerie dans laquelle elle suivait des études de magie. Si on l'abordait d'un certain angle, cette bibliothèque qualifiable de caverne d'Ali Baba ressemblait à un navire. Vaisseau transportant un trésor inestimable, architecte de l'histoire anglaise et racines de la littérature britannique, cette pure merveille constituait aux yeux de l'Etoile la Neuvième Merveille du Monde — Poudlard ayant obtenu dans son esprit le titre de Huitième. Pourquoi cette dimension marine, elle ne l'avait jamais su et le voulait pas le savoir. Pouvoir apprécier simplement la beauté du lieu lui suffisait amplement.

Etoile sentit sa poitrine s'alléger d'un poids quand ses pieds se posèrent sur les premières marches lui permettant d'accéder aux portes. Elle les escalada vivement, le regard rivé sur son objectif et le cœur battant. L'excitation qu'elle éprouvait chaque fois qu'elle visitait ce lieu vint enrober son esprit et calmer ses fureurs. Arrivée au sommet, elle inspira délicieusement l'odeur de l'histoire imprégnée dans les murs.
Malgré l'heure assez matinale, les battants du repère cédèrent à la pression de ses mains, et elle put se faufiler à l'intérieur.

L'endroit n'avait pas changé, c'était toujours le même. Seule Etoile avait changée.

Le hall — toujours aussi vaste — l'impressionnait tellement qu'elle pouvait se sentir intimidée. Mais pas aujourd'hui, pas ce matin. A cette heure-ci, les lieux étaient comme vides, désertés par la vie humaine. Ils appartenaient à Etoile, insolent éclat de vie qui s'était glissé dans le silence religieux de ce temple littéraire. Etourdie par le vide qui l'enveloppait, elle eut presque la sensation de chuter, et l'idée d'essayer de combler ce lieu magique par sa simple présence lui effleura l'esprit.
Les yeux levés vers le plafond, sa bouche arrondie dans une expression béate d'admiration, elle reprit sa marche vers le cœur de la bibliothèque, en se demandant distraitement si quelques étudiants avaient déjà investis les lieux. Certes l'Eté avait apporté les vacances, mais il n'était pas improbable que quelques jeunes particulièrement passionnés soient là pour le plaisir même de s'abreuver de connaissances.

Distraite par les pensées qui virevoltaient autour de sa tête, Etoile avait laissé son attention vagabonder et elle ne prêtait plus aucune forme d'attention à son environnement. Aussi, lorsqu'elle entra en contact avec une surface solide — et manifestement humaine — assez violemment, elle ne put s'empêcher de laisser échapper un son surpris, quoique étouffé par le corps avec lequel elle était entrée en contact.
Dernière modification par Stella Ruewen le 30 juin 2025, 05:43, modifié 1 fois.

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29 juin 2025, 12:38
Fresque Consteller
*aua !* l’onde de choc le traverse et se propage, le poussant à réagir d’un instinctif mouvement de recul, d’abord silencieux. Une masse lui était rentrée dedans avec l’assurance d’un navire persuadé de l’absence d’obstacle à l’horizon, n’envisageant pas une seconde la rencontre avec l’iceberg. « Entschuldigung » en marmonnement à peine distinct, même pour un germanophone, l’excuse s’échappe par automatisme des lèvres du mage encore imprégné de la langue du dépliant. Un barrage à l’énervement, plus de convention que chargé de sens. Conscient que le bon sens aurait été de se coller au mur pour vérifier une carte, et d’éviter de traîner au milieu du passage, cette réaction le retient de monter sur les grandes tours pour accabler le radar défectueux de cette Silhouette plus frêle que la sienne dont son corps avait néanmoins bien senti l’empreinte. Une lente inspiration l’amène à détecter une discrète note salée. L’odeur des larmes lui est-elle trop familière pour l’ignorer ? L’Été est parfois trompeur, brouilleur, l’eau se lit de plusieurs façons. Hjúki n’est pas prêt à croiser son regard, à chercher des vestiges en rougeur, à essayer de déceler plus précisément d’où vient le sel. Il essaie de se concentrer sur le reste, la balance presque sucrée des notes florales. Son Parfum à lui est-il trop ténu, invisible pour être perceptible ? Il n’est pas de ceux qui ont une aura puissante au nez, qui laissent dans leur sillage un nuage de senteurs impossibles à manquer, des Fleurs irradiantes qui ne se laissent ignorer par les abeilles, pour leur survie. Sa nouvelle profession le rendrait-il imperceptible en ces lieux, en ton sur ton ? À force de travailler dans des rayonnages, ce mélange de reliure et de papier aurait fini par s’accrocher à lui, à redéfinir son odeur. La rapprochant de celle que les bibliothèques historiques dégagent. Sans doute pas les librairies moldues très modernes, au papier tout lisse et brillant, mais les livres anciens ne diffèrent pas tant de ceux qu’il manipule au quotidien. Et si elle ne l’avait pas perçu car il ne dégageait rien de plus qu’une page, toute fine, parmi les pages…

À Poudlard, le jeune Anastase jurait avec le décor. Il n’avait jamais laissé son parfum se mêler à celui de la pierre. La bibliothèque n’était pas non plus un lieu de prédilection pour l’élève qu’il avait été, s’attachant essentiellement aux volumes envoyés par Opa, qu’il pouvait humer pour s’enivrer d’un bout de chez soi, se rappeler une enfance perdue. Aujourd’hui, s’est-il laissé fondre dans son environnement, ou dénote-t-il encore ? En s’autorisant à la regarder, il se rend compte que c’est une enfant. Une grande enfant ? Le monde continuait de tourner, les nouvelles générations à s’élever. C’est la présence occasionnelle de jeunes en visite à la Nouvelle Sainte-Mangouste, tuant l’attente dans son antre, qui lui avait fait prendre conscience de leur existence. Pour ainsi dire presque oubliée en quittant le vivier d’enfants qu’est le collège. Les livres ont-ils pour rôle de sécher les larmes, ou d’effriter les dernières résistances pour les évacuer ? Il n’est que visiteur ici, il n’a pas à répondre à cette question. À commenter les infimes traces de sel.

Le rôle de l’allemand ne lui sied pas, il n’a pas envie de maintenir son expression dans la langue d’Opa. Quelque part, c’est la leur. Il repasse à l’anglais, pour poser la question à laquelle il sait que personne ne répond jamais.
« Est-ce que tout va bien ? » Bien sûr, il y a la couche superficielle, qui s’arrête à la rude rencontre de leurs enveloppes. Et derrière flotte ce souci que l’image d’une enfant heurtée, à plus d’un sens, fait germer en lui. Une pure indiscrétion, sans légitimité, sans doute. Qu’elle a toute liberté de balayer.

30 juin 2025, 22:50
Fresque Consteller
*Outch !* Pendant un court un instant, sa vision s'obscurcit, de la même manière que si un plaisantin malicieux s'était amusé à éteindre le Soleil, cet astre brillant qui gardait les Humains en vie. Légèrement sonnée, Etoile se sentit vaciller vers l'arrière, testant ses talents d'équilibriste. Suspendue sur la Terre, le corps arqué telle une funambule, elle oscilla de brèves secondes avant de retrouver un semblant d'équilibre. Ses deux pieds retrouvèrent le sol et la tension s'évapora de son corps. A la fois surprise et confuse, elle frotta le bout de son nez douloureux en le plissant. A priori, elle n'était pas la seule Ame à s'être égarée dans les méandres de la ville jusqu'à ce vaisseau littéraire. *Entchu...quoi ?* Le son qui s'était échappé de la bouche de l'Inconnu ne réveillait rien en Stella, et elle se demanda si — avec sa malchance légendaire — le hasard ne l'avait pas poussée à tomber, dans tous les sens du terme, sur un Etre ne parlant pas l'anglais. Ce serait bien pratique ça, pour s'excuser.

Mal à l'aise, elle se redressa et fit un pas de recul et examina l'Autre avec méfiance, inquiète de sa réaction.

Il était jeune, et Etoile n'aurait su dire s'il étudiait toujours ou s'il exerçait déjà. Pour autant, il n'était pas petit et elle dut relever le visage pour pouvoir l'observer. De son regard attentif, elle chercha chez lui quelque chose qui le différencierait des Semblables. Il...lui ressemblait, étonnamment. Elle nota immédiatement ses yeux d'une teinte bleutée poétique, qui lui donna l'impression que le Ciel s'était penché sur lui et avait laissé glisser un peu de sa cape couleur Nuit pour colorer ses iris. Intéressant. Elle qui affirmait sans rougir qu'elle tirait la teinte de ses iris de l'océan, elle venait de rencontrer un regard baigné de Nuit. Elle remarqua également ses cheveux sombres, mi-longs, désordonnés, et elle ne put s'empêcher de les comparer à la chevelure d'ébènes qui lui tombait en une cascade emmêlée dans le dos. Voilà qui était surprenant, deux Etres aux prunelles bleues et à la crinière noire. Méthodiquement, elle analysa son visage, penchant légèrement la tête, laissant ses yeux inquisiteurs et curieux défiler sur lui. Sa peau pâle reflétait la sienne — pierre de lune froide et, pour son plus grand malheur, aisément colorée de rose — mais, contrairement à elle, ses joues et pommettes n'étaient pas constellées de tâches de rousseur qui s'employaient à dessiner la carte du Ciel.
Il avait ce regard des personnes qui aiment s'évader dans leur esprit et dont la compagnie des Rêves et des Mots leur suffisent. Elle décida que son énergie lui plaisait, et qu'elle ne perdrait rien à essayer de décrypter cet Inconnu qui semblait baigner dans son propre univers.

La petite se demanda s'il était un Moldu, ou s'il était un sorcier. L'avait-elle déjà vu quelque part ? Ses traits lui apparaissaient vaguement familiers, mais peut-être était-ce uniquement en raison de leur ressemblance physique troublante. Comme si elle avait observé dans un miroir un Reflet différent d'elle, de la personne qu'elle aurait pu être dans une autre galaxie, si la Vie n'avait pas faite d'elle Stella Ruewen.

Soudain, à l'examiner, elle prit conscience de sa propre apparence — assez échevelée, il fallait le dire. Entre le jean large qui tombait sur ses hanches et qu'elle devait resserrer à l'aide d'un brin de ficelle sur le côté — le nouant assez joliment, dans un beau nœud papillon ; la chemise blanche à manches courtes bouffantes légèrement trop grande pour elle ; ses vieilles converse noires qu'elle avait elle-même customisées d'étoiles blanches ; ses cheveux qu'elle n'avait pas brossés et ses yeux rougis par ses pleurs, Etoile ne payait pas de mine. Elle avait même très surement l'air hagard et fatiguée — par Merlin elle avait également oublié de penser aux cernes foncées qui s'étalaient sous ses yeux. *Hm, c'est pas mon jour de gloire faux croire* songea-t-elle dans un petit soupir. Au moins, le pendentif qu'elle avait eu envie de passer à son cou ce matin relevait-il quelque peu le niveau. C'était une bête imitation d'un retourneur de temps — quoique plus petit — mais la petite Aigle l'aimait beaucoup et elle le portait fièrement. C'était l'un des rares bijoux sorcier qu'elle pouvait porter sans crainte chez les Moldus — auxquels elle pouvait, dans le cas où ils la questionnaient, expliquer en restant évasive qu'il s'agissait d'un simple sablier.

La voix de l'Inconnu perça le silence — et par la même occasion, les pensées qui venaient envahir le cerveau d'Etoile — pour poser une unique question (en anglais, dieux merci), basique, dont personne ne voulait jamais entendre la vraie réponse. Il est de notoriété publique que tout un chacun préfère ignorer les nuages qui obscurcissent la vie d'autrui, la question « Comment ça va ? » n'est qu'une illusion qui sert à se rassurer, à se convaincre que l'on est une bonne personne. Elle dut se retenir de renifler avec dédain. L'Inconnu ne méritait pas sa mauvaise humeur — après tout, c'était elle qui l'avait percuté. Alors elle fit de son mieux pour relever les commissures de ses lèvres, parvenant à forcer un sourire faible.

Tout va très bien, le rassura-t-elle avec une mimique s'approchant plus de la grimace que du sourire. Je suis désolée de vous avoir heurté, j'étais perdue dans mes pensées..

Les Mots moururent sur ses lèvres et elle se balança nerveusement sur ses talons, ne sachant qu'ajouter. Rebaissant le regard sur le sol, elle chercha du coin de l'œil à deviner les états d'esprit de l'adulte qui lui faisait face. Était-il contrarié ? « J'vous assure que je vais bien » insista-t-elle d'une voix hésitante, dans laquelle perçait son inquiétude. Pourquoi s'obstinait-elle à prononcer ces mots à longueur de journée ? Qui cherchait-elle à convaincre, des Personnes qu'elle rencontrait ou d'elle-même ?

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1 juil. 2025, 18:20
Fresque Consteller
N’étant pas doté des capacités de soignant de ses collègues, il espère que l’aspect superficiel est intact. Outre l’étourdissement, sa stature ne peut pas avoir fait tant de dégâts, se persuade-t-il. Le pire qui aurait pu arriver à son visage aurait sans doute été la violente rencontre avec un mur rocailleux. L’irrégularité de la pierre rêche, en une multitude de picots ultra aiguisés, entame la peau sans résistance. Enfant, curieux d’étendre le panel de ses sensations tactiles, il s’était déjà méchamment éraflé en pensant que c’était une texture comme une autre, qui se laissait caresser au même titre que l’herbe ou le bois. Les aspérités lithiques lui avaient répondu par une mordante estafilade, de quoi ne pas recommencer. Ce n’est pas sans raison qu’il existe des coudières ou genouillères pour les enfants qui risquent de chuter, les rencontres abruptes avec le sol n’épargnent pas le derme sans protection. Est-ce qu’il se met à penser un peu trop comme un adulte, à évaluer les risques et dangers qui peuvent menacer les petits ?

Sans insistance, ses Perles-de-Nótt s’aventurent pour englober ses contours, la cerner un peu plus précisément que par sa jeunesse. Sa tenue ne jure pas spécialement, pour une citadine moldue, le motif étoilé de ses souliers fait vaguement écho à ses ornements vestimentaires. Aujourd’hui, il ne porte pas de constellations en infini, ses ancres répondent plus à l’architecture en armature qui les enveloppe. Il se rend compte qu’elle a possiblement vu sa chemise de trop près pour n’en avoir que l’impression de flou qu’ont la majorité des personnes qui restent à distance raisonnable. Hjúki a vu le pendentif, mais s’est efforcé de s’en détourner dès que l’idée de l’avoir reconnu s’était imposée. L’éventualité que ce puisse être une réplique de l’une des merveilles de la magie… il n’a pas la moindre envie de parler de Poudlard, des cours, de tout ce qui peut s’y tramer et dont il est épargné depuis assez d’années pour ne plus y penser. Il n’est pas nécessaire d’avoir le don de lire l’âge sur les traits pour comprendre que le seuil des onze ans est passé, et qu’il vaut mieux se taire. Du moins réserver… s’assurer que l’angle ne laisse pas de place à une causerie sur la scolarité. La seule dont il est disposé à en entendre les détails est celle de Seán, car si particulière. Un cursus de spécialisation dans un domaine artistique dès l’enfance… c’est plus excitant, fascinant que la magie. Il pense au pendentif du danseur irlandais, dissimulé plutôt qu’arboré. Un bout de ses pensées s’interroge sur ce qui attire une jeune sorcière dans ce symbole de l’altération du passé, désormais rareté quasi inaccessible pour leur génération.

Quand elle lui assure que tout va bien, il aimerait sincèrement la croire. Il aurait suffi qu’elle n’insiste pas. Pourquoi répéter ? Ça ne pouvait que sonner comme une modulation. Il convenait dans le jeu social de s’en satisfaire, de se retourner, de vaquer chacun à ses occupations. La personne qui lui répondrait de simplement faire plus attention à sa route à l’avenir, ou qui exprimerait de la compréhension à l’égard de ses pensées vagabondes, ou qui lui confirmerait que l’incident était clos ; eh bien ce n’était pas lui. Un rôle. La vie est-elle une succession de rôles à endosser, certains trop éloignés de ses prédispositions scéniques ou expressives pour les adopter ? Abrite-t-il un peu trop de l’Âme de Wendy Darling, à vouloir raconter des fragments de contes quand il se trouve face à des enfants ? Comme si ça allait les conforter, les toucher. Sa voix transmet les mots de l’héroïne londonienne.


« Seuls les joyeux innocents sans cœur savent voler »

Reducio
“It is only the gay and innocent and heartless who can fly”, issu du chapitre XVII WHEN WENDY GREW UP de Peter and Wendy

Du Barrie. Les Peter Pan piétinent les sentiments et sont prêts à tout, au pire, pour demeurer dans l’insouciance. Délestés de tout poids, ils volent. Un jour, on décide de se soucier. De s’ancrer, perdre ses ailes. C’est étrange de comprendre que l’on est plus un enfant, ni même un adolescent. Alors qu’à l’époque, ça semblait si important de ne pas perdre cette insouciance, elle n’apparaît pas si enviable que cela.

« Ce n’est pas si grave de plus pouvoir voler. »

15 juil. 2025, 10:14
Fresque Consteller
Soudain, le chagrin de l'Etoile n'était plus aussi important et pesant qu'il semblait encore l'être à l'instant précédant la collision entre son Enveloppe et celle de l'Autre. Désormais, son attention s'était complètement dirigée vers lui, sa curiosité s'était aiguisée et son esprit affuté. Les perles d'eau qui avaient rougies ses joues, gonflées ses yeux et humidifié ses lèvres n'étaient plus qu'un vague souvenir, une préoccupation secondaire remplacée par l'envie d'essayer de décrypter l'Autre qui lui faisait face. D'autant plus qu'il semblait être dans cet âge où la petite ne savait si elle devait parler d'Enfant ou d'Adulte, mais elle ne pouvait pas non plus le qualifier de Semblable — n'étant très clairement pas un Autre de son âge. Cette simple réflexion, ce simple questionnement avait suffit à effacer de son esprit toute trace de l'échange plutôt virulent qu'elle avait eu avec sa mère.

Il resta d'abord mutique — quelques instants, mesurables en secondes, peut-être même en quelques courtes minutes — tandis que son regard bleuté dérivait sur elle et qu'elle attendait patiemment — sagement — qu'il ait fini de l'observer tout son soûl. Bien qu'elle ne soit que très peu friande de regards prolongés silencieux, elle ne pu se résoudre à le lui reprocher — elle-même ayant laissé ses yeux analyser longuement l'Inconnu qu'elle avait heurté.
Elle nota le temps qu'il accorda à l'analyse du sablier magique suspendu au bout de la chaîne passée au cou de la jeune Serdaigle, et celle-ci décida qu'il savait probablement de quoi il s'agissait. Il n'avait pas l'air curieux ni surpris, simplement....las ? Elle se retint de hausser les épaules, ne voulant pas chercher trop loin. Peut-être ne gardait-il pas de souvenirs doux et agréables du temps qu'il avait passé entre les murs de l'école de magie. Quoi qu'il en soit, son instinct lui soufflait que la magie courait également dans ses veines, et son intuition, presque toujours correcte, lui suffisait.

Les mots qu'il laissa couler de sa bouche semblaient — au premier abord — assez désordonnés et sans beaucoup de sens. Quels joyeux innocents ? Pourquoi avait-il choisi de s'exprimer par énigme ? Intriguée, Etoile pencha la tête et plissa subtilement les yeux. Attendait-il d'elle qu'elle essaye de décrypter ses propos ? Soit, elle s'adonnerait à l'exercice. Néanmoins, malgré la poésie de ce qu'il avait dit, elle ne comprenait pas pourquoi il s'était soudain sentit obligé de lui répondre ainsi.
De nouveau, il recommença. Une phrase s'échappa de son être pour aller chanter aux oreilles de la petite. Cette fois, elle reçut les Mots en plein cœur. Savoir voler c'est savoir s'échapper du reste, non ?

Honnêtement je préfèrerais pouvoir voler pour le reste de ma vie, maugréa-t-elle avec lassitude. L'illusion d'avoir un cœur léger et un esprit insouciant...c'est plutôt doux comme idée, non ?

A ses yeux, c'était une forme d'oasis inatteignable, un mirage qu'elle poursuivait avec la force du désespoir — en rêve comme de jour — et qui la narguait. Les dieux lui agitaient une pomme de la tentation sous le nez mais la gardaient juste assez hors de portée pour frustrer l'Etoile. Ses pensées et son esprit qui tournaient sans arrêt n'étaient rien d'autre que des boulets, des chaînes fermement enroulées autour de ses chevilles et qui l'empêchaient de prendre son envol.
Son regard curieux s'affuta alors qu'elle se demandait si l'Inconnu partageait son avis.

C'est facile de se retrouver happé dans le Réel, reprit-elle en retenant un soupir. Mais savoir s'échapper sous des Cieux qui n'appartiennent qu'à nous c'est plutôt magique, vous ne pensez pas ?

Ce qu'elle n'aurait pas donné pour pouvoir posséder le secret magique lui permettant de rester la tête dans les étoiles toute la journée, sans avoir à s'inquiéter de quoi que ce soit.

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15 juil. 2025, 18:37
Fresque Consteller
« Le REste de la vie ?! » Le premier nom est puissamment appuyé, mais la suite retrouve un volume sonore réduit, mourant dans le murmure d’un brusque decrescendo. Sur une syllabe et demie, Hjúki n’a pas su se contenir, mais l’habitude de se museler, de se draper d’une aura de discrétion et contrôle de soi a vite repris le dessus. Cette déclaration, si chaque atome sémantique en est assumé, le terrifie. Peu importe son âge exact. La prendre à ce point au sérieux est sûrement déplacé. C’est le propre des enfants d’avoir des coups d’éclat, de mots dépassant leur pensée. Certains ‘je vous déteste’ ou ‘vous êtes les pires …’ des petits sont à assimiler avec prudence. Que des adultes commettent des erreurs, ne s’y prennent de la meilleure des façons, assurément. Les pires ? L’horreur existe, il ne nie cette réalité. Néanmoins il arrive que ces mots durs viennent sanctionner des personnes un peu dépassées, ou ayant décidé de ne pas céder à telle requête ; pour des raisons plus ou moins légitimes. Il n’est pas prêt à gérer les humeurs de ces petits êtres, si libres, mais qu’on ne peut délaisser. Laisser respirer sans abandonner à la sombre solitude, en compagnie d’indicibles. Un équilibre idéal dont il ignore totalement comment des gens parviennent à enrober leur progéniture.

Voler pour elle pourrait revêtir un tout autre sens le sien. Oui, ce serait moins terrifiant à entendre. Tout le monde veut quitter l’illusion. Renaud s’échappe de l’île d’Armide, Ulysse de l’Ogygie de Calypso. Pas que les hommes transis, les enfants aussi. Alice préfère Londres au Pays des Merveilles, Dorothée à Oz ne veut que retrouver son Kansas. Pinocchio… en Enfant véritable, Geppetto a fini par lui manquer, sur cette île aux jouets qui se révèle un enfer. À chaque fois, si céder le temps d’une parenthèse – et en rien pour toute la vie – peut arriver ; toute héroïne, tout héros revient car son cœur est habité de quelque chose de plus fort, vrai et intense qui les attend dans le réel : un lien, une ancre. Cette compréhension du dé à coudre qui échappe à Peter Pan.


« L’idée d’un cœur léger, s’il doit être vide ou sans attaches, ne me séduit pas. Je le préfère… coloré. »

Se refuser à quitter l’illusion, ce serait présumer que rien de plus fort ne l’attend dans le réel, rien n’en vaut la peine. Qu’une enfant puisse ‘honnêtement’ le penser le terrifie. Le plus probable est qu’ils ne conçoivent ces mots d’un même regard. S’échapper, il connaît. Sans doute dans une acception qu’ils ne partagent pas. Sa vie après Poudlard avait consisté à ne s’accrocher à rien. Une Vagance épuisante, minante, écrasante alors qu’il l’avait étirée au-delà du raisonnable. Se noyant dans cet état de flottement, de détachement. Qui survit au tranchage des liens. Au découpage les contours de sa Silhouette, pour s’arracher à la Toile. Ça ne rend pas libre. Perdu. Ô combien il comprend le qualificatif d’enfants ‘perdus’. D’un voyage de découvertes à l’itinéraire défini, d’un navire à barre il était passé au rafiot incapable de prendre le dessus sur les courants. « L’échappée n’a de sens que lorsqu’elle dure un temps. » est-ce qu’il est capable de développer ? Il faudrait repenser à ces années, à se refuser toute perspective, tout horizon. À se convaincre que sa retraite lui convenait. Mieux vaut vivre de contradictions et déchirements internes que de… néant. Il ne va pas partager ses marasmes d’adolescent paumé. Il a grandi… juste assez pour savoir aujourd’hui un peu mieux qu’hier pourquoi il vit. « Ce qui nous meut, inexplicablement, est magique. Je suppose que la définition dudit ‘ce’ dépend de chaque être. »

27 nov. 2025, 19:29
Fresque Consteller
L'exclamation de l'inconnu la fit successivement sursauter, froncer des sourcils puis pencher la tête en réfléchissant. Et bien oui, le reste de la vie. Parce que finalement l'illusion d'être en contrôle de sa vie devenait lassante, contrairement aux illusions de vie parfaite et de songes dénués de cauchemars. Mais après tout, elle ne savait rien de l'inconnu. Et s'il avait commencé à laisser ses émotions déborder aux premières syllabes, ce n'était pas nécessairement une preuve de colère — la phrase avait d'ailleurs progressivement perdue en tonalité jusqu'à devenir un murmure à peine perceptible, un simple souffle dans l'air — mais peut-être plutôt un témoin de sa détresse.

Posant un regard neuf sur lui, Etoile essaya de le cerner. Il devait avoir une dizaine d'années de plus qu'elle — à tout casser — mais il semblait évident qu'une âme d'enfant blessé se cachait derrière ce visage. Visage par ailleurs si ressemblant à celui de la jeune Ruewen, ressemblant au point que ç'en était sacrément perturbant. Etait-ce pour ça que le destin avait décidé de le mettre sur son chemin ? Pour qu'ils se regardent en ayant l'impression de se contempler dans un miroir déformant ? Parce que c'était la sensation qu'elle avait, et c'était...au delà d'être perturbant, c'était comme devoir faire face à sa vie et devoir regarder chaque alternative de la personne qu'elle aurait pu être, deviner chaque décision différente qu'elle aurait pu prendre et qui l'aurait menée sur un chemin différent. A commencer par ce maudit 24 Décembre 2046. Elle serra les dents, comme si elle s'attendait à ce que l'Inconnu connaisse son histoire et qu'il ne commence à l'accabler de reproches — alors que le Fantôme savait déjà très bien faire ça. Elle contracta ses muscles, comme dans l'attente d'une attaque physique, comme si blinder son armure lui permettrait d'échapper aux remords et au goût amer qui se répandait dans sa bouche. Mais pour quoi faire ? Il ne la connaissait pas.

Il. Ne. La. Connaissait. Pas.

Ces quelques mots se frayèrent lentement un passage dans l'esprit de la jeune sorcière, et plus elle y pensait plus elle sentait ses muscles s'affaisser et son visage se détendre. Après tout, pourquoi craindre un Inconnu ? Pourquoi vouloir mener bataille alors qu'agression il n'y avait pas ? Pourquoi diable est-ce que son esprit se montrait aussi vicieux, aussi tordu ? Ce n'était pas normal d'envisager qu'un Inconnu l'attaque, n'est-ce pas ? Soudain, Etoile regretta d'avoir parlé si vite, sans réfléchir. Ce n'était certainement pas ce qu'il voulait dire lorsqu'il avait parlé des « joyeux innocents sans cœur ». Impossible qu'il ait pensé à elle, à une fille qui vivait dans ses rêves, la tête dans les nuages, et qui considérait la réalité comme une malédiction. Elle n'était pas une joyeuse innocente sans coeur. Sans coeur peut-être — quoique depuis sa rencontre avec le Chasseur son coeur s'était mis à battre un peu trop vite en sa présence — mais joyeuse ? Innocente ? Non, elle n'était rien de tout ça.

Alors elle se tut, elle ravala ses Mots et baissa la tête, honteuse d'elle sans même savoir pourquoi. Peut-être parce qu'elle détestait parler sans rien dire, ou peut-être simplement parce qu'elle était intimidée par l'Inconnu qui lui faisait face. Elle avait bien compris qu'elle avait parlé trop vite.

Mais ne vaut-il pas mieux un coeur complet plutôt qu'un coeur déchiré et abîmé à jamais, aussi coloré soit-il ? répondit-elle faiblement en relevant doucement la tête.

Pour sa part, Etoile savait déjà ce qu'elle voulait. Elle voulait se réparer, couler de l'or dans ses fissures et ses cicatrices pour redevenir l'Etre complet qu'elle avait un jour été, cet Etre qu'elle avait pu être pendant une décennie sans que rien ne vienne l'anéantir. Elle voulait se ressentir vivre et exister, pleinement être. Et pour cela, elle aurait sans doute tout sacrifié. Absolument. Tout. Sans même hésiter ni réfléchir, si le bijoux qui reposait sagement sur sa peau avait un réel pouvoir, s'il avait vraiment pu la ramener en arrière, elle l'aurait fait. Elle aurait dit adieu à ce monde qu'elle connaissait et elle aurait fait demi-tour pour retrouver ce morceau d'elle qui s'était détaché lors de cette fameuse veille de Noël, elle aurait couru dans cette rue enneigée et aurait serrée contre elle les fragments brisés de son âme avant que tout n'explose. Si elle avait eu le pouvoir de tout recommencer et de resouder ce fil coupé par les Moires, Etoile l'aurait fait.

Parce que finalement, l'échappée — comme l'Inconnu l'appelait — ne lui suffisait pas, et elle ne lui suffirait jamais. Alors autant faire marche arrière pour essayer de tout recoller, n'est-ce pas ?

Et pourtant c'est cette magie que l'on vante qui ne nous suffit pas, marmonna Etoile, consciente que si elle parlait à un Moldu il serait vite perdu. Quant au dudit "ce" que vous avez mentionné....ne s'agit-il pas simplement de la réaction chimique de notre arrivée sur terre ? Parce qu'au final un humain n'existe que pour vivre, sinon il est raté, conclut-elle avec pessimisme, le regard fuyant.


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Chère Plume, jamais je ne pourrais être plus embarrassée de ce retard que j'ai imposé.

15 ans / 4eme Année RP / fiche PR / / #004d65 / RDD / coucou rappeltout
"Am I boring ? Sure. Social skills ? None. But I’m loyal if you feed me and will never leave you cuz, well…. I need the food."

30 nov. 2025, 14:30
Fresque Consteller
De curiosité et d’étonnement, l’un de ses sourcils se hausse. Quel enfant bercé du conte du sorcier au cœur velu, ou de quelque conte moldu semblable sur une jeune héroïne enfermant son cœur dans un coffre en s’imaginant s’émanciper d’une entrave pour en somme être incapable de ressentir l’amour que pourrait lui porter son enfant ou quiconque, ne comprenant ce dont elle s’est privée qu’au crépuscule de sa vie, en tire l’impression que ce détachement est préférable à accepter d’être en proie à son humanité ? la façon dont elle le présente, c’est comme si par l’intégrité elle entendait un cœur inerte, bien à l’abri, scellé. Les contes ne sont pas l’alpha et l’oméga des leçons de vie, Hjúki ne leur confère par le pouvoir de boussole. À ce titre il n’apprécie par forcément les auteurs qui signent leur récit d’une morale. Chacun est libre d’entendre une histoire avec sa propre sensibilité, d’en tirer ses propres réflexions. L’expérience est plus concluante que les légendes. Le conte du sorcier velu n’empêchera d’autres d’essayer cette froideur, ce détachement. Leur sort n’est pas écrit à l’avance. Certains se réconcilieront bien plus tôt avec leur organe, jaugeront et estimeront que le sentir nourri, partagé, recevoir à travers lui vaut les peines qui le traversent. Certains ne le retrouveront jamais, convaincus que la fonctionnalité rationnelle est le meilleur mode d’existence. Ou tardivement, après tourné le dos plusieurs fois à la chaleur de l’affection, habitués et rassurés par une froideur qui leur tient une compagnie stable et pérenne. Qui ont cristallisé leur identité autour. Que deviendraient-ils sans ?

Il n’est pas le bibliothécaire en ces lieux. Ce n’est sans doute pas son rôle de la guider au rayon des contes pour l’inviter à découvrir tous les possibles du Cœur. Qu’il soit embrassé, mis à distance, ou caressé dans toutes les nuances possibles entre.
« Ce qui est préférable pour soi ne l’est pas pour autrui. Ce qui est préférable aujourd’hui ne l’est pas demain. Je dirais seulement que même sans être prêt à donner, il peut recevoir. Trouver un nouvel équilibre. Marqué à jamais, peut-être ; mais pas irréparable. »

Le jeune mage ne s’était pas attendu à ce que son ‘ce’ soit compris comme… ce que certains appellent le miracle de la vie. Cette réaction ne serait pas bien différente des fils dansants de Geppetto qui meuvent un pantin. Des rouages de l’automate mécanique qui peut écrire, danser, jouer. Chanter, comme Olympia. « Je ne parle pas du mouvement au sens du fonctionnement d’une machine bien agencée. Ce qui meut dans le sens de ce qui fait voir plus intensément, de ce qui est saisissant, de ce qui émane d’un éclat que seule notre sensibilité peut attraper, de ce qui confère de la saveur à l’insipide. La magie peut résider dans une mélodie, un parfum ou un vers. Certains mots assemblés autour de nous sont inertes, d’autres ont un pouvoir inexplicable. Indépendamment de la beauté, il ne s’agit pas d’un plaisir d’esthète. Ce peut venir du disgracieux indécemment réel et vrai. »