La Basse-cour des Soupirants
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Juin 2050, 𝄞 ♪♭𝅗𝅥♫Tinworth Depuis quelques jours, une famille de sorciers au complet se dépensait sur l'une des plages de Tinworth, village magique doté de tous les atouts pour ravir des vacanciers estivaux qui cherchaient à fuir un instant les aléas d'un quotidien dissimulé parmi les moldus. Il était rare que l'on puisse réunir tous les membres de la famille Tripplehorn en dehors du sacrosaint Noël et si l'idée pouvait paraître charmante, il n'en restait pas moins que le Maestro Piccolo avait déjà perdu la moitié de ses affaires personnelles - dispersées entre les mains de ses neveux - et que l'on avait déjà dû former des clans pour éviter des départs de bagarres en tout genre parmi les adultes. Le matin, il avait été décidé que les six sœurs et leurs familles redécouvriraient le village à travers ses ruelles pittoresques - offrant sûrement aux habitants leurs meilleurs chahuts matinaux en compagnie de leurs petits héritiers. Leur frère leur avait indiqué une merveilleuse impasse dont elles ne pouvaient faire l'impasse : par l'un des plus purs hasards, elles trouveraient au bout de la ruelle la nouvelle maison de la Petite Renata, son ancienne rivale de l'Opéra qui s'y était installée en décembre. C'était devenu une habitude de s'envoyer des cadeaux empoisonnés. |
Restés au calme devant le lever trop rapide du soleil, Piccolo et ses parents profitaient d'une plage encore peu fréquentée. Les pieds enfouis dans le sable, il laissait sa mère lui appliquer une couche épaisse d'une lotion solaire dans son dos. « Oh là là, il faut que tu t'épaississes un peu » constatait-elle en pressant ses épaules. Piccolo et son père s'échangèrent un regard d'habitués en quittant un instant leur lecture de la nouvelle édition de la Gazette du sorcier. « Et tu es encore plus pâle qu'à notre arrivée... » Voilà qui était impossible étant donné que Piccolo avait passé plusieurs après-midi entières à fuir le capharnaüm entre les ruelles de Tinworth. « Ce n'est pas comme ça que tu trouveras ta Reine. » Son cœur manqua un battement. Ça, en revanche, il ne l'avait pas vu venir. Piccolo fit mine de s'intéresser davantage à un article sur la prolifération des Boullus dans les lacs magiques, mais il sentait bien qu'un regard inquisiteur s'était posé derrière lui. A vrai dire, il n'osait pas même risquer de s'intéresser à l'avis de son père, qui rejoignait celui de sa mère sur ce sujet précis : il tardait à leur présenter quelqu'un, et la disparité entre sa situation et les familles déjà fondées de ses sœurs n'avait jamais été aussi voyante qu'aujourd'hui. Le sorcier sentait que le vent tournait en sa défaveur depuis son trente-neuvième anniversaire il y a peu. « Je suis en parfaite santé. » Piccolo s'avança d'un cran pour se dégager des mains inquiètes de la sorcière. La lecture reprit, entrecoupée de quelques cris de goélands et du ressac sur la berge. « Je vais me promener un peu dans l'eau », trancha Piccolo en s'époussetant du sable. Il possédait sa propre méthode pour calmer toutes rumeurs à son sujet : faire celui qui se vexait facilement. Pris de remords, ses parents ne s'aventuraient alors plus sur le chemin de l'investigation. Du moins, jusqu'à maintenant c'était ainsi qu'il avait pu se préserver de sujets fâcheux. « Bien, nous te suivons », décida soudain son père. Hein ? La sorcière rangeait déjà son tricot en cours de confection. Lorsque ses parents le collaient ainsi, c'était qu'ils avaient quelque chose d'important à lui dire. Son père ouvrait la marche, ses mains toujours peinturlurées liées derrière son dos. Accrochée à son bras qu'elle avait jugé trop maigre, sa mère progressait plus lentement dans l'eau. Sans grande surprise, il y avait bien quelque chose dont on voulait lui parler. « La mer est plutôt calme... Elle invite à la discussion. » Placido allait riposter mais, sans se retourner, son père leva un doigt menaçant qui le garda silencieux. Ils reprirent leur marche, plus lente, plus pesante peut-être. « C'est important de savoir où le prochain voyage nous mènera. Tes sœurs l'ont bien compris : au fil des années, elles ont toutes laissé tomber leur nom pour celui de leurs maris et ont accroché leurs chaussons de danse pour s'occuper de leurs héritiers. Je ne les blâme pas, au contraire, nous avons toujours accueilli à bras ouverts les plus étranges des énergumènes dans notre famille... Le nombre est la force des Tripplehorn, et de toutes ces unions émane la vie. » Placido aurait pu sourire, s'il n'avait pas deviné où allait mener cette discussion. « ...Mes beaux-fils, aussi bizarres demeurent-ils, ne seront jamais ce que tu représentes pour moi. Je n'ai pour ainsi dire qu'un seul fils, mon Jars meneur de troupe. » Il s'arrêta pour le fixer droit dans les yeux, l'air plus que sérieux, tandis que son épouse s'agrippait davantage. « Ce titre lui confère une mission... Une mission de la plus haute importance dont il a été détourné - je lui concède - mais qu'il semble vouloir négliger encore longtemps. » Le regard apeuré, Placido était redevenu le temps d'un ressac, ce petit garçon impressionnable. Est-ce qu'il était en train de se faire gronder ? « Ecoute-moi. Je me fous qu'elle soit sans le sou, je me fous qu'elle ait des parents Moldus, je me fous qu'elle soit laideron, pingre, pédante, qu'elle chante faux ; tu vas trouver une sorcière et t'y tenir pour préserver notre lignée. — Oh, amore mio, pas un laideron tout de même ! » s'immisça soudain la sorcière, toujours agrippée à son fils. Immobile, Placido semblait avoir aperçu un Détraqueur doté de parole. Etaient-ils devenus fous, pendant son absence ? Eux qui s'étaient toujours accordés pour le traiter comme le Phénix des hôtes de ces bois, se retournaient maintenant contre lui ? Le visage blême, le sorcier se perdait dans les vagues, comme si une vision persistante le hantait. Il ne pouvait pas être celui qui ferait disparaitre leur nom, comme il avait déjà été un peu à l'apparition de son nom de scène. Il s'agissait d'une mission ordonnée par son père, absolument impossible à refuser. Si son honneur s'en trouvait bafouée ou même seulement menacée, la mission s'arrêterait nette : il s'en faisait la promesse. « Je... comprends vos inquiétudes. » Son père s'était approché de telle sorte que l'on aurait cru qu'il avait directement transplané sur lui. « Merveilleux ! » Comme revigoré, il avait perdu son affreuse expression sérieuse et s'était emparé du bras encore libre de son fils. Entre son père et sa mère, celui-ci perdait un peu le fil de ses pensées. Venait-il de signer un véritable accord ? Il était incapable de déterminer si cette histoire d'échéance était sérieuse. Ses interrogations devaient se lire dans son silence. « Pour t'aider un peu, j'écrirai à mes amies dont les filles sont encore célibataires. » Comme pour le rassurer, sa mère caressait une mèche de ses cheveux. Elle le voyait peut-être encore comme le petit garçon taciturne, plongé dans ses propres occupations au point d'effacer de son monde toute personne qui le déplaisait de trop. Merlin, il en avait fait des bêtises à l'Opéra - certaines dont il ne restait que des suppositions tant leur souvenir ne tenait qu'à un fil. « Il a le charme naturel des Tripplehorn et une bonne situation, je ne vois pas bien ce dont il pourrait encore avoir besoin, souligna son père. — Le charme naturel des Tripplehorn a bien suffi pour moi, il est vrai... souriait sa mère d'un air songeur. Mais les mœurs changent et nos traditions s'effritent... Les sorcières n'ont plus besoin que l'on subvienne à leurs besoins : elles veulent donner du sens à leurs sentiments en plus de trouver un ajout utile et agréable à leur vie - sinon le risque n'en vaut pas la chandelle, elles peuvent très bien continuer leurs routes seules. » Piccolo frissonna : somme toute, faire la Cour s'apparentait à réaliser la plus délicate des potions. Il ne comptait pas jouer à ce jeu de la même manière qu'à ses débuts, les enjeux pouvaient s'avérer importants. La bonne situation que lui attribuait son père pouvait donner lieu à des débats : les gallions commençaient à s'accumuler dans son coffre, il avait hérité d'un bien immobilier de la part de feu sa protectrice à l'Opéra - appartement qu'il louait à un drôle de sorcier - mais il n'avait toujours pas trouvé l'endroit de ses rêves, comme s'il était incapable de quitter la maison familiale de Londres et le confort de ne rien avoir à se soucier. Bien qu'il n'ignorait pas le charme des Tripplehorn, il ne pouvait qu'entrer en accord avec sa mère : il avait besoin d'autres atouts pour convaincre une sorcière de partager son quotidien - encore fallait-il mettre de côté le court délai accordé par son père. Voilà qui allait lui donner du fil à retordre alors qu'il commençait à se complaire dans son petit quotidien bien rôdé. |
Reducio
- Votre PJ est présent ? oui / non
- Nom et prénom du PNJ (+ lien avec votre PJ + utilisation "actif" ou "prétexte") : Raimondo Tripplehorn (père ; utilisation "actif")
Purdie Tripplehorn (mère ; utilisation "actif")
Six sœurs, leurs époux, leurs enfants (utilisation "prétexte")
- Lien vers la fiche du PNJ : lien vers le post déclarant vos PNJ dans l'index des PNJ
- Intérêt d'utiliser ce(s) PNJ dans ce RP précis pour votre PJ : Raimondo Tripplehorn pose un ultimatum à son fils à l'occasion de leurs vacances en famille, celui de se marier au prochain été. Ce RP est peut-être l'introduction de quelque chose d'important dans la vie de mon sorcier et ce sont ces deux PNJ qui en sont à l'origine (ils ne veulent pas que leur fils se retrouve seul quand ils partiront, mais ils font passer cela pour un devoir qu'il doit accomplir, "une mission", pour conserver le nom des Tripplehorn - histoire de le presser un peu). Mon sorcier a besoin de ses parents pour accomplir cette mission, il leur porte les plus grands égards de par la réussite de leur mariage et ne pourrait pas suivre d'autres conseils que les leurs.
La présence de ses sœurs et de leurs familles dans le premier post est ici pour souligner la problématique : il est le seul qui ne semble pas avoir pensé à créer sa propre famille alors que les Tripplehorn sont habituellement portés sur ces valeurs d'héritage à transmettre.
Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
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La Basse-cour des Soupirants
Le fameux Jars meneur de troupe n'avait pas trouvé le sommeil. Profondément perturbé, il avait passé la nuit à se créer des scénarios-catastrophes pour se préparer aux inévitables épreuves qui l'attendaient. Installé sur la terrasse du petit restaurant, le sorcier avait laissé son thé refroidir, comme devenu imperméable à la beauté du lieu. Comment devait-il aborder cette mission ? Il était facile de nouer des connaissances lorsque l'on se produisait sur les planches de l'Opéra sorcier, puisque les connaissances venaient à vous - bien qu'à l'époque, sa protectrice la Grande Renata avait souvent fait rempart... Derrière son dos, il sentait la présence de sa mère. Elle réajustait le voile transparent qui dépassait de son chapeau pointu pour la protéger du soleil. Depuis toujours, il lui avait connu cette rigueur de présentation. Purdie avait mis son beau visage laiteux au service de certains numéros de Sorcière Hebdo, en plus d'avoir été la muse d'un portraitiste talentueux - un certain Raimondo Tripplehorn. Pourtant, Raimondo était déjà marié à l'époque. La sorcière avait pris la place d'une autre dans son cœur, au point où il en était venu à divorcer pour l'épouser. L'idée de concevoir n'avait semblé jusqu'alors pas avoir effleuré l'esprit du sorcier, pourtant sept enfants furent accueillis après son union avec Purdie. Nul doute qu'il s'agissait d'une version édulcorée de l'histoire car si l'on demandait l'avis de la première femme de Raimondo, un tout autre portrait se dessinerait. Pourtant, Placido Tripplehorn avait toujours cru à cet amour qui ne prévient pas et qui brûle éternellement. Pour lui, c'était une affaire de laisser le destin choisir et de savoir identifier ce moment déterminé. Du moins, c'était ce qu'il avait pensé au départ, avec toute l'assurance d'un jeune sorcier qui n'avait encore vécu aucun drame. A l'Opéra, il avait été trop aimé, au point où il n'avait jamais pris le temps de s'intéresser à une personne en particulier. Il pouvait avoir très bien ignoré les signes du destin et avoir raté le grand amour de sa vie, cette pensée le hantait depuis la veille. Il lui semblait plus rien savoir de l'amour. La seule certitude qui se dessinait devant ses yeux, c'était celle de devoir trouver une sorcière à tout prix. Derrière lui, un soupir se fit entendre. « Ah, les parents et leurs attentes... » Sa mère l'étreignit avant de prendre place à ses côtés, sûrement soucieuse à l'idée d'y être allé trop fort d'un seul coup. « Quoi qu'il se passe, je ne te laisserai pas entre les griffes de n'importe qui alors ton père devra bien attendre le temps qu'il faudra pour trouver la bonne sorcière. » Pour la première fois depuis son réveil, le visage du sorcier s'éclaira. L'amour qu'il portait à ses parents pouvait être un bon départ pour aborder sa propre idée du couple. « D'ailleurs, s'il y a bien quelqu'un surentraîné pour distinguer les bonnes des mauvaises âmes... Elle se désigna du pouce : Six mariages, six réussites. Le septième sera parfait. » Son optimisme le faisait rire, il tira sa tasse de thé auprès de lui et la réchauffa d'une petite incantation. Il fallait qu'il lui demande : « Toi qui me connais mieux que quiconque, quel genre de personne pourrait... » Il détourna son regard. Par politesse, la sorcière fit semblant de réfléchir à sa question posée à demi-mot, car elle paraissait avoir une réponse très assurée : « Il te faut quelqu'un qui ne te cause pas trop de souci, puisque tu en as déjà eu assez pour plusieurs vies. » Tiens tiens, c'était une curieuse réponse. Il ne s'était pas imaginé avoir rencontré plus de soucis qu'un autre - que ses sœurs par exemple. Cela dit, il aimait se faire plaindre. « Tu trouveras ta perle rare, parce que tu as toujours eu le goût du Beau. » Il ne savait pas de quoi elle voulait parler exactement, mais il voulait que la conversation prenne soudain une autre direction. Sa tasse fut vidée en quelques secondes sous un regard lourd d'évocation. Elle le connaissait, sans aucun doute, mais était-il réellement si superficiel ? Quelque chose l'interpela alors. « C'est quoi le "charme des Tripplehorn" ? » Cette expression n'avait cessé d'être évoquée hier, et peut-être bien avant, pourtant Piccolo ne savait la définir. — Oh tu ne sais pas ? railla sa mère. C'est assez cocasse, toi qui l'exploite bien plus encore que ton père... Ne me regarde pas de la sorte, je vais essayer de t'éclairer. C'est un charme qui prend sa source dans la fibre des passionnés, de ceux qui sont capables de créer un monde qui leur appartient entièrement. Quand vous êtes plongés dans votre art, ton père et toi, vous avez cette expression de sorciers inarrêtables. Lorsque vous créez, c'est comme si vous réalisiez un cadeau à une poignée d'âmes privilégiées. Cette expression de passion, j'en suis tombée amoureuse, au point de vouloir que ton père l'ait à chaque fois qu'il pose son regard sur moi. C'est ce qui m'a donné envie de faire partie de son monde... » Cette fois-ci, le sorcier buvait les mots de sa mère. Toutes ces choses qu'il ignorait, auxquelles il n'avait jamais réfléchi... Cela dit, sa mère semblait froncer les sourcils, comme si elle n'avait pas fini son explication. « Suis-moi... » La sorcière le fit monter dans la chambre qu'elle occupait avec son époux pour la durée du séjour. Elle lui tendit la main pour l'amener devant un grand miroir sur pied. Le regard de Piccolo se fit un peu fuyant. A ses côtés, elle commenta : « Le charme des Tripplehorn n'est pas une science, c'est surtout ce que tu en fais toi. Ton père et toi ne partagez pas la même âme, bien qu'elles se ressemblent réellement... Je ne veux pas que tu retombes dans ce rôle qui t'a trop longtemps collé à la peau auprès de cette femme. Alors promets-moi qu'à la fin, tu seras toujours maître de tes choix. » Piccolo voyait très bien à qui elle voulait faire référence : la Grande Renata s'était immiscée dans sa vie pour mieux en contrôler tous les aspects. « Oh Mamma, je sais... Elle n'a plus aucune emprise sur moi. » Il avait correctement réalisé son deuil, bien que tardivement. Il savait que si son père reprenait ce rôle de guide un peu à l'image de la cantatrice, c'était uniquement par crainte de voir s'éteindre son nom. Ils s'observèrent dans le miroir. « Je te promets, c'est aussi ma décision, je veux essayer. — Dans ce cas, ton père t'attend près de la place centrale. Je crois qu'il veut t'aider à sa façon, lui aussi... » |
Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
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La Basse-cour des Soupirants
Installé sur un banc à l'ombre d'un arbre, son père l'attendait sur la place, l'air tranquille comme à son habitude. Les bras croisés, il avait laissé son fidèle chevalet reposer à ses côtés. Lorsqu'il entendit son fils approcher et ses efforts pour ne pas le déranger, il lui servit presque immédiatement le même discours que son épouse -, comme s'ils avaient partagé la même angoisse de s'être montrés aussi tyranniques que la Cantatrice et qu'ils s'étaient accordés pour calmer un peu leurs attentes. Il n'y avait peut-être pas meilleure preuve de leurs bonnes intentions pour Piccolo. Une seule chose différait de l'opinion de sa mère : « Tout de même, je ne pense pas que ce délai est exagéré... J'ai simplement hâte de te voir construire ton petit foyer. » Piccolo observait la toile déposée sur le chevalet : on n'y distinguait que quelques traits, si fins qu'ils en étaient indéchiffrables à cette étape de l'esquisse. « Etant donné que tes sœurs sont parties à la plage, nous devrions être tranquilles pour la matinée. Je voulais te faire travailler quelques phrases d'accroche. » Oh, dans quel marais s'était-il empêtré à présent ? « Ne t'en fais pas, je... Je sais très bien me comporter. — Non tu ne sais pas. Avec les femmes, mieux vaut partir du principe que tu ne sais rien. » Piccolo songeait que ça commençait à faire beaucoup de paroles à cacher à sa mère... Il fixa le visage de son père encadré par des favoris grisonnants. L'assurance dont il faisait preuve paraissait innée chez lui. En quelque sorte, Piccolo se rendait compte qu'il l'avait toujours imité, dans tous les domaines. « Nous descendons d'une lignée de beaux parleurs... Certains diraient plutôt de baratineurs. Manier les mots, c'est rabattre les cartes du destin : un mauvais départ peut toujours se transformer en une bonne fin. » Son fils fronçait les sourcils, semi amusé. — Tu veux dire que tu as... baratiné Maman ? Le regard effrayé de son père croisa le sien avant qu'il ne balaye d'un revers de la main : — Non, non, non. Disons que je n'avais pas tous les atouts que tu peux avoir à ton âge. J'étais un peu plus jeune, bien moins réfléchi, il m'a fallu batailler pour capter l'attention de ta mère... C'était impensable que je laisse passer l'amour de ma vie. » Derrière le terme "atouts" se dissimulait peut-être le fameux charme des Tripplehorn. Tout cela lui paraissait encore nébuleux, mais Piccolo ne pouvait prétendre qu'il n'était pas intéressé à l'idée de connaitre les rouages d'un amour complice qui perdure au-delà des limites imposées par leur statut de mortel. Les ricanements des deux sorciers résonnaient dans la cour, et les bons souvenirs se mêlaient à des confessions plus difficiles à assumer. « Ah, je ne m'en fais pas pour toi. Tu es bien plus débrouillard qu'on ne le pense... — Si je peux compter sur ton mentorat, peut-être pourrais-je viser plus haut que le mariage. Pourquoi pas m'offrir un titre comme ceux des Moldus ? proposa Piccolo qui sentit aussitôt que la blague ne passait pas. Tu sais, j'aurais fini par y songer... Peut-être même que j'y ai déjà songé parfois. Mes petits disciples m'ont souvent donné envie d'être père. — Ne me fais pas trop attendre, c'est tout ce que je te demande », sourit l'italien aux yeux baratineurs. Il s'éclaircit soudain la gorge : ˖⁺‧₊˚ꨄ˚₊‧⁺˖ Je peindrai mille portraits de toi, pour que nos regards ne se quittent jamais... Voilà que les hostilités étaient lancées. Piccolo dissimula sa bouche, atterré par cette phrase d'accroche qui, il en était certain, avait dû fonctionner sur sa mère. ˖⁺‧₊˚ꨄ˚₊‧⁺˖ Je n'aurais plus jamais utilité d'un métronome puisque le battement de votre cœur est inscrit dans ma mémoire. Raimondo Tripplehorn acquiesçât allégrement, partant dans un rire gras. Reprenant son souffle, il répliqua : ˖⁺‧₊˚ꨄ˚₊‧⁺˖ Excusez-moi, nous nous sommes déjà vu quelque part, non ? Ah oui, je me souviens, j'ai rêvé de vous pas plus tard que la nuit dernière, et toutes les nuits d'avant. ˖⁺‧₊˚ꨄ˚₊‧⁺˖ Puis-je vous soustraire à vos occupations un instant ? Bien que ce ne soit pas la seule chose que j'aimerai vous voler... « Ah non, elle sonne moins bien celle-là. Son père le rassura immédiatement : — Si, si, c'est pas mal. Mais que dis-tu de celle-ci : ˖⁺‧₊˚ꨄ˚₊‧⁺˖ J'ignorais que les déesses existaient et se promenaient parmi nous autres mortels... Laissez-moi vous peindre pour prouver votre existence au monde ignorant. Piccolo s'avouait désarmé, bien qu'il prenait tout en note dans un coin de son cerveau. La silhouette élégante d'une sorcière au visage dissimulé sous un voile transparent s'approcha. Deux minuscules caniches s'affairaient à ses pieds tandis qu'elle transportait la cage de Romeo et Juliet jusqu'à eux. Les deux sorciers leur firent de la place sur le banc, un silence plus que mystérieux les entourant d'un seul coup. — J'ai raté quelque chose ? s'enquit-elle en observant son époux et son fils du coin de l'œil. — Oh non, rien que tu ne saches déjà. » Le peintre avait saisi un fusain, bien qu'il se contentait de survoler sa toile blanche comme s'il réfléchissait à son prochain geste. Piccolo avait posé la petite cage de ses précieux inséparables sur ses genoux. Il était étonnant que sa mère ait pensé à les promener en plus de ses petits chiens, puisqu'elle avait toujours peur que les oiseaux ne s'enfuient. Elle s'assurait toujours que toutes les fenêtres de la maison - il y en avait pléthore - étaient closes avant d'ouvrir la cage. Romeo et Juliet avaient l'air heureux, à chantonner à tout-va sur les différents niveaux de leur cage. Comme d'habitude, Romeo était le plus bavard. Le regard du sorcier se perdit un peu dans son plumage bleuté. A y regarder de plus près, on aurait dit qu'il servait ses propres phrases d'accroche à sa petite Juliet, ce qui avait de quoi le faire sourire. « Tu n'as pas besoin de tout ça, elle est déjà toute à toi. La sorcière à leurs côtés l'observa d'un air curieux : — Plus de quinze ans de vie commune, et ils se font encore la Cour comme deux jouvenceaux. Peut-être détiennent-ils la clef de la longévité ? » Amusé, Piccolo reporta son attention sur ses oiseaux. Il ne se lassait jamais de les observer. A bien des égards, ils formaient un couple aussi charmant que celui de ses parents. N'était-ce pas ce qui était souhaitable ? Sans crier gare, il lui semblait qu'il s'acclimatait de plus en plus à l'idée. |
Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
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Une voix s'éleva dans le silence agréable de la cour entrecoupé parfois par la présence de petits sorciers à la recherche d'un brin d'ombre. « Dis-moi mon fils, tu sais toujours produire un Patronus corporel ? » Raimondo Tripplehorn continuait d'expérimenter à distance son prochain geste sur la toile. Bien que concentré, il laissait penser qu'il attendait quand même la réponse à sa curieuse question. « Je ne pense pas... Je n'y suis parvenu qu'une seule fois il y a longtemps, et c'était dans un contexte particulier. » Voilà un moment qu'il ne voulait pas remémorer à ses parents : c'était arrivé lors de sa cavale à travers les campagnes anglaises, en compagnie d'une certaine troupe itinérante - et formatrice malgré tout. Lorsque Piccolo leur avait expliqué avoir eu un jour recours au sortilège du Patronus, son père n'avait cessé de vanter sa "prouesse" à qui voulait l'entendre. « Si tu n'as jamais eu besoin de réutiliser ce sort jusqu'à aujourd'hui, c'est plutôt une bonne chose. Alors, rappelle-moi quelle forme avait ce Patronus ? » Un sourire un peu fier se dessina sur les lèvres de Piccolo : — Un petit oiseau. — Je me souviens bien, intervint Purdie Tripplehorn d'un air rêveur. Tu insistais sur le fait que ce Patronus était un Chardonneret pour qu'il corresponde à ton surnom à l'Opéra... Tes sœurs te rendaient dingue en affirmant qu'il s'agissait plutôt d'une bécasse. » Romeo secoua ses ailes, visiblement peu enchanté qu'on ne le mentionne pas en tant que petit oiseau. A cette époque, Romeo et Juliet n'étaient pas encore ses compagnons de route. Le destin était parfois étonnant. Ses parents se remémoraient les souvenirs de leur première venue dans le village de Tinworth. Le sorcier entoura la cage de ses bras et y reposa sa tête, pensif. Une mystérieuse admiratrice lui avait offert ces oiseaux, sans rien préciser de leur provenance, il y a plus de quinze ans de cela. Il s'agissait d'un curieux présent qu'il avait d'abord craint - pour le bruit qu'il produisait -, sans pouvoir décider de s'en séparer. A vrai dire, il avait d'abord refusé, comme s'il avait été question d'un colis encombrant, petit ingrat qu'il était. La cage n'avait pas été encore enlevée de sa loge, qu'une nuit d'orage les avait rapprochés pour sceller leur amitié. Ses petits compagnons représentaient peut-être quelque chose de particulier et profond pour lui ; une tranquillité à atteindre, une douceur de vie rêvée, une place au soleil... Leur présence l'avait toujours préservé de la solitude, aussi bien à l'Opéra qu'aujourd'hui, dans sa cabine au château de Poudlard. Il fallait dire qu'ils avaient aussi été les témoins privilégiés de tous ses états d'âme : ses colères lorsqu'il n'obtenait pas le rôle qu'il voulait - toujours le premier rôle -, sa frustration de ne pas pouvoir défier le temps pour progresser plus vite, ses déceptions, ses sentiments de trahison, ses rares moments de satisfaction... Il était étonnant que ces inséparables fassent encore preuve d'une certaine stabilité psychologique. Piccolo leur avait promis une maison plongée dans un soleil méditerranéen, bien conscient qu'ils le méritaient. La chaleur s'accentuait, même à l'ombre, et les Tripplehorn regagnaient l'auberge de leurs pas fatigués. Dans la fraîcheur toute relative de sa chambre, Piccolo croisa son visage émacié devant un miroir pendant. « A notre âge, on ne peut pas tout recommencer éternellement... » pensa-t-il tout haut. Voilà qu'il comprenait enfin réellement ce que son ancienne rivale avait voulu dire, vaincue. Lui ne l'était pas encore, et il ne l'avait jamais été réellement grâce à toutes les âmes qui l'avaient entouré de leur protection, à l'épreuve des mauvais sorts - médicomages, moustachus, maîtres luthistes ou oiseaux. Bien sûr, dans un moment de défaite, on pouvait se sentir entièrement fini. Dans sa malle, il trouva quelques habits au tissu plus estival qu'il allongea avec soin sur son lit. Sa conseillère de mode en chef fut libérée de sa cage. L'inséparable à la tête vermillon sautilla entre les capes et les manches gigots, réalisant son choix avec adresse. Pipipi. Juliet ne manquait pas de goût. Tiens, qu'avait voulu dire sa mère en évoquant son goût du Beau ? Etait-il réellement si vain que cela, à ne prêter qu'une importance esthétique aux choses ? Il devait bien avouer qu'il était un peu difficile, sinon il aurait accepté les logements qu'on lui avait proposé. Un éventail enchanté vint caresser ses cheveux du vent qu'il produisait avec douceur, tandis que Romeo poursuivait Juliet. « Attention de ne pas l'épuiser, Romeo... Sinon c'est la cage. » La menace le calmait autant que les petits coups de bec de Juliet. Lui-même devrait sûrement se méfier un peu, car il avait tendance à énerver son entourage sans s'en rendre compte. Dans l'exercice de la Cour, cela pouvait être dramatique. S'il en croyait sa mère qui avait sûrement déjà envoyé des hiboux postaux à ses amies, il allait devoir rencontrer plusieurs sorcières sur une période courte tant il était occupé par le château de Poudlard. A vrai dire, il ne pensait rien de cette méthode de rencontre un peu forcée, à croire qu'il commençait à retrouver foi à la méthode du destin... La légende de l'unique Grand amour rencontré au hasard d'une promenade au bord de l'eau lui plaisait bien davantage. D'un coup de baguette magique, il rangea ses vêtements dans sa malle et se laissa tomber sur son lit, les bras en croix. Que se passerait-il s'il appréciait une demoiselle sans qu'elle ne l'apprécie en retour ? Il n'était pas sûr de pouvoir survivre à l'humiliation, bien qu'il s'était promis de tout arrêter si quelque chose de ce genre arrivait. Oui mais, à présent, le feu brûlait en lui : une charmante épouse, un ou deux jolis et polis enfants, une maison au soleil... Serait-il réellement capable d'abandonner complètement cette vision paisible maintenant qu'on la lui avait fait goûter ? Les yeux figés sur un point invisible du plafond, Piccolo sommeilla, comme tranquillisé à la pensée qu'une épouse lui suffirait bien assez pour le moment. Les inséparables se poursuivaient toujours avec ardeur dans les hauteurs de la pièce. |
Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
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La Basse-cour des Soupirants
Les températures devenaient moins voraces à l'heure de la brunante. Une famille de sorciers - qui occupait au moins la moitié de la petite salle - finissait des desserts au restaurant de l'auberge, constitués principalement de sorbets au citron. Il y a à peine deux jours de cela, Piccolo aurait menacé d'enfiler des cache-oreilles pour dissimuler les cris de ses neveux semblables à ceux des Mandragores ou de Gorgone. Curieusement bien réveillé de sa sieste, il s'était aujourd'hui davantage impliqué pour divertir les plus petits avant le service à table. C'était un peu comme s'il testait quelque chose, une sorte de pouvoir dont il aurait bien besoin si tout se passait comme lui et ses parents le désiraient. Il n'avait même pas quitté la table de fureur quand l'un de ses neveux lui avait croqué le doigt, ce qui avait quelque chose de terrifiant pour ses sœurcières trop habituées à d'autres comportements de sa part. Avait-il atteint un point de non-retour, prévoyant de partir avant la fin des vacances, la nuit venue ? En aucun cas : il testait simplement sa résistance face aux enfants les plus turbulents et exigeants de ce monde et en apparence, il avait survécu sous le regard attendri de ses parents. Après avoir confié ses gallions à son père, il s'était lentement éclipsé sur la terrasse, dans les derniers rayons du soleil. La façade qu'il avait maintenu jusqu'à présent s'effondra alors immédiatement : il avait envie de pleurer de douleur et d'épuisement. Ses pas l'éloignèrent encore un peu de l'auberge, bien décidé à créer une grande distance entre lui et le vacarme encore audible. La marée était haute, ce qui l'obligea à rester sur la promenade qui la longeait. La brise marine s'engouffrait dans ses longues manches, et son regard ne cessait plus de se perdre dans l'horizon. Si son expérience n'était pas de bonne augure, le sorcier pouvait tout de même se rassurer sur certains points : premièrement, il n'était pas comme ses sœurs, alors ses futurs enfants ne seraient pas comme les leurs, deuxièmement, même s'ils finissaient aussi bruyant qu'un Tripplehorn de base, s'il choisissait bien sa compagne, il y aurait un travail d'équipe pour gérer le chaos. Troisièmement, il pouvait tout aussi bien se contenter de vivre de chants d'oiseaux pour le reste de sa vie si le destin décidait pour lui. Depuis la petite poche de sa chemise, Piccolo tira un minuscule carnet dépliable et un crayon étirable, encore une habitude prise de son père. Que souhaitons-nous de notre sorcière ? « De grandes qualités, évidemment, mais pas trop, il ne faudrait pas qu'elle me relègue dans l'ombre lors de nos sorties. Une beauté simple, élégante, passe-partout. Non, plutôt avec une once de sophistication. Elle sera un peu plus petite que moi, et ne portera rien de trop extravagant. Elle ne devra présenter aucune addiction ou bien je l'en écarterai. Il faudra qu'elle soit douce mais, pourquoi pas, qu'elle me pousse dans mes retranchements si nécessaire. Elle devra connaitre quelques recettes de cuisine ou nous les apprendrons ensemble. Elle devra s'intéresser à mon travail ou du moins me demander régulièrement des nouvelles. Elle devra... » Le sorcier qui réalisait plusieurs allers-retours le long de la promenade s'arrêta pour tourner la page de son calepin. Quelque chose le chiffonnait apparemment, puisqu'il retourna sur la page noircie pour se relire. "Elle devra", "Il faudra", "Elle sera"... Toutes ces injonctions lui sautaient aux yeux comme le crapaud qu'il était : s'il se montrait trop exigeant envers sa future épouse, elle pourrait certainement exiger tout autant de lui, ce qui ne l'arrangeait pas beaucoup, d'autant plus qu'elle supporterait déjà la présence d'un grand tumulte nommé Tripplehorn dans sa vie. Il repensa alors à ce que sa mère lui avait répondu lorsqu'il s'était demandé qui pourrait vouloir de lui à ses côtés, en voyage, au quotidien, peut-être même jusque derrière le voile s'il existait un après... Une personne sans tumulte ni chaos existait-elle réellement dans ce monde ? Si son chaos était contrôlé comme le sien, ils pouvaient bien trouver leur paix ensemble. Le sorcier réalisa une grande croix sur la page et écrivit seulement quelques mots : confiance, affection. Voilà qui le convenait bien davantage que sa première liste. « Et la fidélité ? » Piccolo se retourna sur lui-même, son père l'avait suivi, les mains dans les poches. Il avait beau ne jamais l'avouer, le sorcier saturait parfois tout autant que lui. Il insistait : « A moins que ça ne te chiffonne pas plus que cela... — Bien sûr que si, c'est tout à fait fâcheux : je n'y ai pas pensé simplement parce que c'est du bon sens. Pourquoi l'amour de ma vie aurait besoin de quelqu'un d'autre que moi dans sa vie ? » Le regard amusé, Raimondo imita son fils en s'accoudant sur le rebord de la promenade, l'étendue bleue à perte de vue. « S'il y a bien un domaine où tu ne brilles pas, c'est celui-ci. Mais je ne m'en fais toujours pas parce que je sais que tu auras déjà tout théorisé sur l'amour d'ici demain matin. » Plus vexé qu'il ne le laissait paraitre, Piccolo referma son calepin qui disparut dans la poche du cœur. Avoir trouvé son âme sœur faisait de son père l'expert de la salle, alors il ne pouvait pas rétorquer grand chose. Cela dit, il aurait été sûrement étonné d'apprendre que son fils avait déjà aimé... de loin, certes. Au moins, il savait ce que cela pouvait provoquer en lui. On ne parlait plus d'invitations éphémères et oubliables dans sa loge d'Opéra, mais d'admiration incontrôlable, d'évitements à s'en rendre nauséeux, d'une lucidité décuplée des moindres faits et gestes en la présence de l'être parfait... Et une ribambelle de non-lieux et de non-dits. « Je te donnerai un dernier conseil pour la route, de Mentor à fils préféré, puisqu'il prend sa mission au sérieux : ne sacralise pas le mariage, ou tu prendras peur à la première chose qui n'ira pas dans ton sens. Il n'y a pas que des bons moments, même si je sais que toi, tu y trouveras ton compte. Il soupira longuement : Enfin... Nous n'y sommes pas encore rendus. » Il tapota son épaule, comme un marin ayant traversé toutes les mers du globe. Piccolo pensait avoir déjà survolé tous les scénarios-catastrophes possibles la veille, mais il n'avait pas beaucoup pensé à la période post-union. Curieusement, il n'était pas aussi inquiet que son père à ce sujet puisque comme sa mère lui avait rappelé, il avait déjà traversé beaucoup de tempêtes. Peut-être bien qu'il allait partir à la dérive dans un flot de déceptions... Mais lui qui aimait quand les choses se passaient comme elles devaient se passer avait confiance en cette rigidité pour faire face aux tempêtes. |
Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
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La Basse-cour des Soupirants
Les jambes à moitié plongées dans l'eau salée, Piccolo s'était trouvé un coin de la plage bien moins occupé que les autres et pour cause : il se trouvait au niveau des rochers - seul endroit trop risqué pour les enfants. « Amore ! Amore ! » entendait-il au loin. Sa mère voulait sûrement lui rappeler de renouveler sa protection solaire. Il décoinça sa baguette magique d'entre ses dents et visa le ciel sans nuages pour réaliser le sort du Parapluie. L'effet de chaleur sur ses épaules parut s'atténuer au travers de son parapluie et les cris vigilants cessèrent à l'autre bout des rochers. « Hum, hum, fit la gorge du sorcier qui observait son reflet au-dessus de l'eau calme. Reprenons : J'ignorais que les déesses... Non pas comme ça. J'ignorais que les déesses parmi les mortels... Ah, zut ! J'ignorais que les déesses existaient et se promenaient parmi nous autres mortels... » Il releva la tête : Qu'est-ce que c'était la suite, déjà ? Il ne pouvait décemment pas demander à son père de la répéter. De retour à l'auberge, il se risqua au pas des escaliers, laissant passer sa famille pour observer la partie restaurant qui demeurait vide en cette après-midi et pour cause, elle était fermée. Ce qui l'intéressait, c'était la sorcière qui s'afférait à enchanter de grosses éponges pour qu'elles savonnent les tables. « Mademoiselle... tenta-t-il d'un ton si solennel qu'il pouvait laisser penser qu'il s'apprêtait à intenter à sa vie. J'ignorais que les... Que les... » Eh bien, que lui arrivait-il ? Il se souvenait parfaitement de sa phrase, en grand parolier. Pourquoi sa langue ne refusait de fonctionner, et pourquoi s'éloignait-il au lieu de s'avancer - trouvant finalement refuge dans la pénombre des escaliers en bois ? Sa main en tremblait encore, que s'était-il passé ? Pour quelle raison s'était-il noyé aussi rapidement ? Le regard fuyant, Piccolo s'enferma dans sa chambre. Ce n'était rien, il retenterait sur quelqu'un d'autre et éviterait la sorcière pour le reste du séjour. Le lendemain, sur le marché local, Piccolo trouva un moyen de s'éclipser de sa famille pour retenter l'expérience. La vendeuse d'agrumes semblait l'avoir vu arriver de loin. Atteignant son niveau en se faufilant comme un serpent, Piccolo laissa tomber légèrement la visière de son chapeau pointu en avant. Il lui acheta deux oranges et deux citrons comme le plus lambda des clients, puis s'isola à l'ombre près des poissons frais. Miséricorde, l'exercice était devenu bien plus difficile qu'il ne l'avait imaginé, comme si tout son corps refusait de lui obéir... Profondément meurtri, ses oranges et ses citrons dans les bras, il s'en retourna à ses parents telle une barque paumée entre deux phares. « Tout est fini, la mission ne pourra être accomplie. Je ne pourrais plus jamais aborder de sorcières de ma vie ! les alarma-t-il tout bas pour ne pas risquer d'être entendu par l'une de ses sœurs. — Mm... Ne me dis pas que tu as tenté les phrases préfaites et mille fois remâchées de ton père ? » devina à moitié sa mère, ramassant des mains de son fils citrons et oranges pour les placer dans son panier en osier. Les deux sorciers s'échangèrent un regard apeuré. « Triple bougre de stupide idiot, tu veux qu'il reste célibataire jusqu'à ses deux cent ans ? » Elle se servit d'un poireau pour désigner d'un air menaçant son époux qui se défendit en baragouineur de première : — Je ne lui ai jamais conseillé de réellement utiliser mes phrases... Et il faut dire qu'il en a des belles dans en réserve, lui aussi... avoua Raimondo avec un fier sourire : Tu as testé laquelle ? » Après avoir servi son regard noir au sorcier, Purdie Tripplehorn avait attrapé le bras de son fils pour le mener à l'ombre d'une échoppe à chapeaux. Elle l'observa avec la plus grande douceur. « Ce n'est pas qu'une histoire de mots... Je ne sais pas, je suis immédiatement en panique quand je m'approche d'une sorcière. Alors que normalement... — Oh je sais mon chat, je crois que c'est parce que tu y penses beaucoup trop... Maintenant que tu as cette mission en tête, tu imagines automatiquement tout ce qu'il pourrait se passer avec la personne que tu abordes, dans un futur proche ou lointain. » Placido l'écoutait attentivement. S'il comprenait bien, sa mission était devenue une sorte de malédiction qui lui créait un pic de stress. Comment allait-il pouvoir discuter normalement avec ses collègues sorcières s'il ne réglait pas ce problème avant la prochaine rentrée ? « La clef est de ne penser qu'au moment présent : chaque chose en son temps. Et on ne courtise pas juste pour s'entraîner à courtiser, il faut avoir une bonne raison d'approcher une sorcière - sinon elle le sentira » lui expliqua sa mère, un dernier regard grognon à son mari. Pour Piccolo, il lui paraissait presque plus facile de remonter sur les planches de l'Opéra pour regagner en popularité et engager sa première admiratrice pour des épousailles express. Tout de même un peu plus rassuré par cette explication - le sorcier se laissa le temps des vacances pour fignoler sa propre méthode de Cour, sans rejeter pour autant le curieux apprentissage de son père. Il en était persuadé, ses phrases pouvaient fonctionner, seulement la mise en scène et la performance du comédien comptaient également. Si lui leur trouvait un charme, l'amour de sa vie les aimerait probablement aussi. Il en revenait à présent au destin d'abattre ses cartes. |
Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
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