2 juil. 2025, 00:34
 Solo  La voie du maître - II  PNJ 
Décembre 2049


- Et la petite aux cheveux blancs ?

- Jamais de la vie. Elle aussi, c'est encore un enfant. Vous me prenez pour un imbécile ?

Suileabhan aurait pu jurer que, n'importe quand ou presque depuis qu'il le connaissait, son maitre aurait parfaitement pu répondre par l'affirmative, ou pire encore. Le concierge tendait la baguette pour se faire attaquer, mais il était trop agacé pour ne pas réagir. Il avait très bien compris que Zagan le testait - comme depuis près d'un an, sur à peu près tout et n'importe quoi. Mais, aujourd'hui, c'était un très mauvais test, par dessus le marché.

- Sait-on vraiment jamais, avec vous autres des nouvelles générations ?

- Bien sûr. Veuillez m'excuser, très cher invité, de vous avoir caché jusqu'à présent mon si faible intellect.

- Insolence.


- N'est-ce pas ce que le maître apprend à son disciple en lui posant sciemment des questions allant à l'encontre de nos engagements ?

- Impertinence, maintenant. Tu ne veux pas attendre de mériter ton titre de Maître avant de t'engager dans l'irrespect d'autrui ?

- Si j'attendais cela, serais-je digne de ce titre ?

Zagan hocha simplement la tête, caressant sa barbe un peu moins noire que lorsqu'ils s'étaient vus pour la première fois. Ce simple fait restait une source d'interrogation pour Suileabhan. Le sorcier turc lui avait bien fait comprendre que même lui n'était pas infini, mais quelque chose clochait tout de même. Et ne pouvoir mettre le doigt dessus empêchait l'irlandais de demeurer tout à fait à l'aise en compagnie du puissant sorcier.

- Bien, nous avons assez discuté.

- Je suis d'accord. Quand reviendrez vous, cette fois ?

- Je n'ai jamais dit que je partais. Reprenons.


Suileabhan soupira.

- Quoi donc ?

- Tout. Et remontre-moi ton dernier sort. Il va falloir te dépêcher de compléter tout ça.

Le concierge se leva de mauvaise grâce, même s'il savait que Zagan était dans le vrai. Entrainer les jeunes de l'UDS avait beau être particulièrement bénéfique à ses propres entrainements, il restait encore loin de bénéficier véritablement de son propre arsenal. Et c'était un atout essentiel à acquérir, tant pour lui qu'aux yeux de son maître.

- Pas trop longtemps. Elle ne va pas tarder à arriver.

- Elle est meilleure que toi.


- J'avais déjà compris la première fois, inutile de le répéter. Et puis, j'étais d'accord avec vous.

- Cela ne fait jamais de mal de le répéter. Vois-ça comme une motivation supplémentaire.

Suileabhan grommela, avant de se remettre en position. Sans relâche, il répéta son enchainement d'entrainement, une série presque parfaite d'alternance entre sorts offensifs et défensifs. Et puis, il fut déjà temps de conclure. Temps donc, de relancer ce sur quoi il travaillait depuis plusieurs mois.

- Dilludere !

Le vieux sorcier ne prit même pas la peine de dresser de protection. Silencieux, il finit par finalement poser à nouveau son regard sur son disciple avant de reprendre la parole.

- C'est mieux, mais c'est pire.


- Vous pouvez être encore moins clair ?

Zagan ne répondit pas, fixant simplement le cinquantenaire de ses yeux inexpressifs.

- D'accord, d'accord. Je vous écoute, maître, éclairez-moi.

- Tu te fourvoies dans la construction de l'illusion. Tu as pourtant toutes les pièces du puzzle. Le sort, la méthodologie, tes souvenirs. Alors ?

- ...

- ...

- L'Ukraine..?

- C'est pas trop tôt.

Plutôt que de s'énerver, Suileabhan préféra se rassoir. L'élément manquant, ou plutôt la conclusion manquante, était juste là, sous ses yeux, depuis le début. Et s'il se sentait bête de ne pas l'avoir compris plus tôt, il était en train de se demander s'il n'aurait pas préféré ne jamais trouver. Tout, plutôt que ça.

- Fais chier.

Le turc ne daigna même pas relever, se contentant à présent d'attendre à ce que le second sorcier accepte la réalité. Et l'ancien Serdaigle était loin d'être idiot. Il savait désormais que c'était la solution, et surtout, l'un de ses ultimes test.

- Fais chier.


@Alice Sangblanc pour la quasi-mention
Reducio
- Votre PJ est présent ? oui
- Nom et prénom du PNJ (+ lien avec votre PJ + utilisation "actif" ou "prétexte") : Zagan Selaheddin, Maître, PNJ Actif
- Lien vers la fiche du PNJ : Lien
- Intérêt d'utiliser ce(s) PNJ dans ce RP précis pour votre PJ : Poursuite du RP précédent, progression magique & magie noire, relation entre Suileabhan et son maître

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3 juil. 2025, 01:59
 Solo  La voie du maître - II  PNJ 
- Il reste un problème malgré tout.

- Qui ne devrait pas en être un à ton âge, mais oui.

Suileabhan en doutait. Ce n'était pas le genre d'éléments desquels on pouvait rapidement passer outre - sauf peut-être quand on s'appelait Zagan Selaheddin. La magie possédait-elle suffisamment de complexité elle-même pour ne serait-ce que ralentir le turc ? Dans tous les cas, il n'en restait pas moins que la réponse que l'irlandais venait d'obtenir amenait avec elle une nouvelle difficulté. D'un côté, il ne pouvait gaspiller ni son énergie, ni son mental à façonner de la véritable magie noire en début d'entraînement. De l'autre, en s'engageant dans l'inspiration par de tels souvenirs, il risquait de plonger dans un état difficile à contrôler, représentant un danger non seulement pour sa psyché, mais aussi pour les souvenirs dont il avait besoin. En clair, il devait jouer à l'équilibriste sur un fil à moitié invisible. La moindre erreur, et le concierge pourrait au mieux dire adieu à ses espoirs de progresser sur ses illusions. Et au pire.. non, ses souvenirs étaient aussi vifs que cruciaux.

Soudain, comme mû par la bénédiction de Rowena, l'esprit du sorcier fila dans des cieux d'idées inédites et d'édits inaudibles.

- Attendez. Est-ce que.. est-ce que ça pourrait vouloir dire, qu'en théorie, on pourrait..?

Le concierge ne s'adressait à personne en particulier, pas meme à lui, exprimant simplement une partie de ce qui affluait à l'intérieur de sa tête. Comme s'il pouvait également lire à l'intérieur de celle-ci, Zagan se redressa dans son siège, haussant un sourcil. Quelque chose que Suileabhan aurait pu relever avec stupeur s'il n'était pas déjà trop occupé avec ses propres pensées.

- Oh. Voyez-vous ça.

L'irlandais se retint de sursauter, cette fois surpris par le comportement du maître.

- De quoi ?

- ...

- ...

Suileabhan fronça les sourcils. Ce n'était pas vraiment le moment de jouer, et Zagan avait le don de l'agacer au plus haut point dans ce genre de situation. Pourtant, cette fois, quelque chose était différent, puisque le sorcier arrivait presque à lire une différence dans les yeux du vénérable.

- C'est une conversation que je pensais nécessaire d'avoir avec toi un jour. Disons qu'il se trouve que tu m'as pris de vitesse. C'est la première fois qu'un de mes disciples en arrive de lui-même à ce concept.

L'irlandais faillit en oublier le sens de la parole, mais il était trop intéressé par toutes les implications possibles pour se concentrer uniquement sur ce qui semblait être de la surprise et une amorce de compliment provenant de la bouche de Zagan.

- Alors.. attendez, c'est possible ? C'est vraiment possible ?

- Peut-être, peut-être pas. Avant que tu ne fasses preuve d'insolence, laisse moi continuer. Je dis simplement que c'est possible en théorie. En pratique, cela demande autre chose que simplement théoriser l'idée. J'ai beau être une preuve vivante de réussite, tes prédécesseurs en sont les malheureux exemples contraires.

Plusieurs remarquèrent essayèrent de franchir le palier des lèvres du cinquantenaire. Le vieil homme se contenta lui d'un vague geste de la main.

- Enfin, ne t'emballe pas trop. Ce n'est là que l'un des trois éléments qu'il manquait encore à ta formation.

Ce que Zagan avait choisit de ne pas dire, c'était que Suileabhan était déjà bien engagé du côté de la transmission, et que le dernier pilier restant viendrait avec cette récente prise de conscience.. ou ne viendrait pas. Et là, les perspectives cesseraient définitivement de se parer de leurs atours victorieux.

- Vous avez un nom pour aborder ce concept ?

- Toi et ta fichue manie de tout vouloir nommer. Si tu y tiens tant, tu te l'imagineras dans ta propre langue lorsque tu auras le temps d'en perdre.

Le concierge se leva, encore légèrement agacé mais sentant pointer une migraine mêlée d'idées et de questions.

- Merveilleux. J'ai besoin d'un verre. Et vous ?

Le bruit le fit se retourner, mais Zagan était déjà parti, envolé. Suileabhan soupira, avant de gromeller entre ses dents.

- J'échappe au moins au regard noir.

Mais, la pause rafraîchissement allait elle aussi devoir s'envoler, étant donné qu'il avait des projets pour la soirée qui nécessitaient une certaine sobriété. Ce serait donc un Irish Tea.

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4 juil. 2025, 02:45
 Solo  La voie du maître - II  PNJ 
Plusieurs jours s'étaient écoulés depuis sa dernière discussion avec Zagan, mais Suileabhan ne l'avait pas revu depuis. Il ne le cherchait pas, de toute façon : avant de passer à la pratique, il devait encore passer l'étape de la construction. De son bureau à Poudlard, le concierge avait rapatrié une partie de sa réserve de thé ainsi que plusieurs de ses boitiers à encens, en attendant qu'Antonn ne lui en expédie davantage. Alors, depuis la soirée labyrinthique, il s'était replongé dans ces mêmes exercices qu'il avait enseigné à une Gryffondor de sa connaissance. Seulement, cette fois, il était aussi bien l'élève que le maître. Et seulement, cette fois, il n'était pas question de façonner un palais mental - que l'irlandais possédait déjà au demeurant - mais de reconstruire des souvenirs proches, et si lointains pourtant. Ces lieux, ces vies qu'il avait foulées. Et perdues à jamais.

Suileabhan grimaça. Non, ce n'était pas dans cette voie qu'il devait s'engager. Gorgé de calme, encerclé par les arômes, le sorcier replongea dans sa transe. Il avait deux objectifs à atteindre, et l'un était plus difficile que l'autre - autant que l'on puisse considérer survivre à Charybde plus difficile que survivre à Scylla. Première respiration. Jusque là, tout allait bien. Le ciel, et la terre. L'herbe, la forêt, la nature. L'odeur du feu.. non, pas encore. Pas tout de suite. La scène était là, et elle avait désormais besoin de ses trois actes.

Acte Premier. Le village. Un simple village, des chemins, une clameur indiscernable et des vies qui s'agitent sans se dévoiler. Mais la campagne ukrainienne n'est pas aussi paisible. Ps dans ces souvenirs. Pas dans ses souvenirs. Pas cette nuit-là. Alors, il faut détruire. Les briques s'éloignent les unes des autres, les rues, les familles aussi. Les toits s'effondrent, le calme, les bruits aussi. Non, ils se renforcent, s'éloignent, se mêlent au rugissement du feu.

Acte Second. Le feu. Le feu se répand comme une traînée, comme une vague qui emporte tout sur son passage. L'herbe, la forêt, le vent. Le ciel. Car le feu vient du ciel et ici, ses colonnes s'abattent au gré d'un rugissement grondant au loin. Non. Il est là. Tu l'entends. Il se rapproche. Ici. Là. Au dessus de toi, en dessous, il t'enveloppe, t'arrache au sol, t'arrache au reste du monde. Et pourtant, il te libère. Il t'enferme. Le feu est maître. Le feu est maître, mais ce n'est pas la fin. Les visages, eux, ne sont pas encore là.

Acte Troisième. Les visages. Ces doux visages, observés mille fois hier encore. Une fois au loin, après une promenade. Ce matin encore, plongé dans le creux de ses yeux bleus. Tu le connais, ce visage. Tu as son nom sur le bout de langue. Non, tu connais le nom de chacun de ces visages, tu connais les rêves de chacune de ces images, les désirs brûlants dans chacun de ses yeux. Ils te fuient. Ils te regardent. Se tendent vers le ciel, en direction de leur salvation ou de leur châtiment. Vers la terre, le Paradis ou l'Enfer. Et jamais l'homme n'est allé aussi loin.

Le souvenir est formé. Un souvenir plus brûlant que tout ce qui a été, chimère des horreurs des hivers passés. Et pourtant, il n'est pas réel, lointains échos de mélanges qui n'auraient pas dû être, de destins qui ne se sont pas croisés. Quelque part, cela rend le moment plus supportable. Mais seulement pour lui. Et il est temps d'abaisser le rideau sur les artistes. Cette créature, ce Frankenstein assemblé pièce après pièce par tous ces instants vécus et achevés, Suileabhan devait désormais se l'infliger. Ouvrir son esprit, l'accueillir en son sein, et, surtout, graver sa douleur au fer blanc au milieu des souvenirs cicatriciels. La ressentir au plus profond de lui-même. Et lorsque ce fut fait, le sorcier put ouvrir les yeux d'un visage ravagé par les larmes, mais accueillant un nouveau jour se lever. La douleur, les efforts, le sang et les larmes lui avaient fait deux cadeaux. Pouvoir et Guérison étaient les deux acteurs à avoir été rappelés sur scène. Fermeture de rideau.


@Dawn Wolf pour la quasi-mention

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5 juil. 2025, 02:13
 Solo  La voie du maître - II  PNJ 
- Tu as réussi.

Ni reproche, ni félicitations, simple constatation. Suileabhan hocha la tête sans se retourner. Il n'était pas surpris de constater qu'une nouvelle visite de Zagan coïncidait cette fois encore avec l'un de ses récents progrès, et pas des moindres. Le concierge était depuis longtemps déjà au fait des mystérieuses techniques de surveillance de son maître, et elles ne l'agaçaient pas suffisamment pour qu'il envisage de perdre son temps à développer des contre-mesures. Il avait autre chose à faire pour le moment que de passer plusieurs années de sa vie à mettre au point un sortilège de détection d'alliés avancé, et le sorcier turc étant globalement incontactable, mieux vallait lui laisser des occasions de s'en retourner de lui-même.

- C'était rapide. Cela n'est pas dans tes habitudes.

Derrière le sarcasme, l'irlandais devinait une question. Il se contenta d'hausser les épaules. Sa récente percée de la veille l'avait pour le moment lassé de ce genre de petits jeux. Quatre décennies après l'adolescence, Suileabhan muait à nouveau.

- J'aurais cinquante-deux ans dans quelques semaines. Je ne vois pas bien où se situe la rapidité dans notre histoire.

L'un des sourcils de Zagan frissona.

- Mon maître avait derrière lui soixante-quatre Printemps, et son maître avant lui n'en a jamais perçu que la théorie. Si je te dis que c'était rapide, c'est que ça l'est, Suileabhan.

Lui était bien placé pour savoir que quand le vieux sorcier utilisait son prénom, c'était presque toujours signe d'un certain agacement. Mais cette fois, l'irlandais n'en avait pas grand chose à faire, tout au plus marquant une légère surprise à l'évocation des précurseurs de son maître. Il n'en parlait pour ainsi dire jamais. Mais ce que le concierge retint vraiment de cet échange, lisant entre les lignes, c'était que pour Zagan, c'était arrivé bien plus tôt encore.

- Si vous le dites. Vous voudriez une explication, mais je n'en ai aucune à vous fournir. Pouvons nous maintenant passer au moment où vous essayez de me faire croire - sans le dire de but en blanc - que vous allez me tester pour déterminer si mes progrès ou mon état actuel sont issus d'une quelconque méthode que nos enseignements désapprouvent ? Nous sommes tous les deux trop âgés pour ces faux-semblants. Et vous savez tout comme moi que tout cela est bien en conformité. Vous désirez simplement l'expérimenter par vous-même.

Le maître soupira tandis que des mots turcs inintelligibles dansaient dans sa barbe.

- Jamais ne t'ais-je demandé de t'exprimer à ma place. Tu connais les règles. Quand viendras ton tour, tu seras tout aussi satisfait de leur existence. Du reste, il ne tient qu'à toi que nous allions au delà des faux-semblants.

- Vous avez raison, maître. Pouvons nous continuer ?

Zagan ne répondit pas immédiatement. Suileabhan comprit sans mal qu'il était rapidement en train de scruter le disciple à la recherche d'une trace de sarcasme qu'il ne pouvait aujourd'hui trouver. Le cinquantenaire haussa a nouveau les épaules.

- Oui, oui, soit. Continuons.

Le sorcier turc se redressa sur son siège qui ne lui appartenait ni légalement ni moralement, faisant craquer au passage os et muscles. Pas comme un vieillard, mais comme un vétéran. Cette fois, Suileabhan sourit. Debout - il l'était depuis le départ - il fit glisser sa baguette jusqu'à sa main avant de fermer les yeux.

- Sans, pour commencer.

- Hm hm.

Le sort restait relativement complexe à exécuter, mais la construction l'était davantage. Malgré l'entraînement, il lui fallait encore bien quelques secondes pour en façonner la terreur de l'intérieur.

- Dilludere.

Suileabhan venait d'asséner la formule de son sort le flegme de l'architecte plutôt que la passion du déchu. L'illusion frappait maintenant l'esprit de Zagan. Le village. Détruit. Le feu. Brûlant. Les visages. Les. visages. Mais cette fois, tout était flou, savamment orchestré pour que le vieux sorcier puisse lire dans les scènes de son apprenti les blessures qu'il avait lui-même accumulé. L'irlandais était le manche, mais le turc était sa propre lame.

Le cinquantenaire attendit. Encore. Au bout d'un certain temps, il fit mine d'avancer - moment que choisit Zagan pour cligner des yeux, passant sa main au dessus de sa bouche.

- Maintenant, tu essaies. Vraiment.

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6 juil. 2025, 12:27
 Solo  La voie du maître - II  PNJ 
Même si Suileabhan se sentait différent - prêt - depuis les évènements de la veille, entendre la confirmation venant de la bouche de son maître composait encore un stade supérieur. On était au delà d'un lent progrès, puisque Zagan autorisait son élève à passer à ce qui était toujours la dernière phase de ses entrainements : la pratique à l'aide d'un véritable sacrifice, et donc, un véritable sort de magie noire. Lui qui avait en horreur toute forme d’énergie et de puissance gâchée en vain lui offrait en quelques sortes ainsi son feu vert. Pour le turc, l'irlandais avait tout pour réussir ce soir-même, cela ne faisait aucun doute pour Suileabhan.

Cette fois, le concierge laissa à Zagan quelques instants pour se préparer. Il n'avait pas besoin de plus, mais il aurait au moins besoin de ça pour que son esprit sorte indemne d'une illusion noire, créée non pas pour désorienter, mais pour blesser la psyché adverse. Le vieux sorcier s'était ainsi mit debout, sa longue robe pourpre, presque impériale, ondulant lentement au rythme de la tension lancinante qui tournoyait tout autour d'eux. Le cinquantenaire, lui, se concentrait avant de lancer son sort. Cette fois, il replongeait dans une autre partie de son cœur et de son esprit. Celle qui ne s'était jamais tue jusqu'à présent, rongée par des maux inaudibles et des mots inamovibles.

Il invoqua à lui, rassemblant à l'intérieur de son cœurs toutes les noires émotions nées d'une succession d'images que son esprit perturbé avait lui-même assemblées. Les yeux fermés mais brûlant, Suileabhan sera les deux en sentant la douleur de ses passés affluer dans chacune de ses pensées, chaque once de son être, jusqu'aux doigts tenant fermement sa baguette. L'illusion construite n'en devenait que plus instable, se parant de traits mentalement dangereux. Enveloppé dans son linceul de peine, il conclut d'une voix rauque et puissante, arrachant de son âme ses souvenirs, griffant ce qu'il avait lui même reconstruit.

- DILLUDERE.

Un instant galvanisé par le trait noir qui frappait Zagan, l'irlandais se prépara et subit dans la foulée l'attendu contrecoup. Mais, cette fois, c'était.. quelque chose ne s'était pas passé comme à l'accoutumée. Suileabhan fit taire son angoisse pour le moment, ne pouvant rien faire d'autre que d'attendre que son maître en ait fini - il ne fallait surtout pas le déconcentrer.

Les secondes s'enchaînèrent. Le vieux turc fronçait les sourcils en marmonnant des sons inintelligibles, mais ne semblait pas encore s'être sorti de transe. Voulant éviter de plonger dans une sorte d'état instable, l'irlandais en profita pour débuter un début de régulation méditative. Au bout de quelques minutes, une toux finit par briser le long silence, mettant fin aux efforts de Suileabhan. Zagan toussota à nouveau, deux fois, avant de fixer son disciple de ses yeux sombres.

- Tu as une question.
Cette fois, il ne pouvait s'y tromper. Sa voix était effectivement encore un peu tremblante. Était-ce lui qui ne cessait de se renforcer, ou le vieux sorcier qui se rapprochait lentement d'une impotence qui le cueillerait sûrement dans quelques décennies ? Le concierge n'avait pas oublié la discussion qu'ils avaient fini par avoir ensemble à la fin de l'année dernière, juste avant qu'il ne rencontre à nouveau Angie. Mais, avant de répondre, le sorcier fit un nouveau bilan intérieur, aidé en cela par sa rapide méditation. Le souvenir, la douleur étaient toujours là.. mais quelque chose, une fissure semblait être apparue, presque imperceptible.

- Je ne sais pas si je devais toujours m'attendre à être en possession de cette construction mentale. Et, en conclusion, elle est toujours là mais.. je dirais qu'elle a été endommagée ?

- Et à quoi t'attendais-tu ? Nous sommes des sorciers, Suileabhan. Pas ces dieux que tu vénères. Si tant est qu'ils n'en soient pas eux-mêmes, cela va sans dire.

Suileabhan gronda sourdement mais n'ajouta pas un mot supplémentaire. Zagan, lui, regardait son disciple avec un mélange de.. colère ? De satisfaction ? Le turc soupira tandis que son visage se raffermissait

- À genou.

- Pardon ?

- À. GENOU.

Surpris, Suileabhan s'exécuta, mettant un genou à terre, le faisant remonter à leur première rencontre, près de quinze années en arrière. Les yeux noirs de Zagan s'obscurcirent encore alors qu'il s'approchait du disciple. Il posa finalement sa main droite sur le front de l'irlandais.

- Au péril du Maître, l'Héritier répond. Au péril de l'Héritier, le Maître répond. Au péril du Maître, l'Héritier survit. Le Maître salue l'Héritier.

Le concierge fronça les sourcils. Il savait quoi dire, mais..

- L'Héritier salue le maître.

- Deux jours.

Et Zagan disparu. Ainsi, le vieil homme avait fait son choix. Et Suileabhan s'apercevait désormais qu'il n'avait jamais pensé l'être un jour. Mais son titre aux yeux du maître n'était pas ce qui avait évolué le plus loin. Désormais, il n'y avait plus de place dans son cœur pour ce genre de flagellation. Il était tant de vivre. Et, si ce n'était pas encore déjà fait, d'accueillir son talent qui était sur le point d'enfin rattraper ses efforts pour la première fois de son existence.

[/revelio]
Fin. Et poursuite d'autre chose.

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