Drageonner ou végéter
Saison 1 : Embryogénèse
Vendredi 26 Juin 2048
Cela me fait très mal. Je sais bien que la peau ne sera pas affectée ; juste le temps de l’effet. Mais c’est l’erreur de trop. Je me suis protégée en trempant le bras dans un seau toujours prêt. Mère disait qu’il vaut toujours mieux diluer par des moyens non magiques. Un onguent qui ne dit pas son nom. Et je vois bien le produit se dissoudre. J’enrage. Les gants laissés sur le rebord de la paillasse me toisent du haut de leur inutilité assumée. Oui, j’aurais dû vous utiliser. Et alors, c’est bien la peine maintenant de me regarder pleurer de rage et de douleur. Et je ne dois pas frotter sous peine d’étendre la souffrance à l’autre main. Juste agiter ce bras passé par toutes les couleurs. Jaune de la plante puis saumon, et bientôt, sous l’effet de la sueur, rouge vif, et enfin vert, dans l’eau.
- Mmmmmmmmmmmmmmmm……
Alentour, les autres plants s’excitent. Je dois vite, comme trop souvent, tout envoyer au rebus. Deux sorts et une méchante sensation de brûlure plus tard, je replonge celui-ci dans le seau. L’erreur de trop… Rester calme, attendre que plus aucun suc ne paraisse quitter la peau dans une dilution sombre. D’expérience, c’est quand on sent à nouveau les ongles tapoter le bord… là seulement il est possible de passer à la phase magique. Si je savais mieux lancer des sorts de soin...non… si j’étais plus habile...moins risque tout… Seule, exercer cette profession est une arrogance, j’ai beau avoir des prédispositions, la Botanique ne s’invente pas. Une fois encore je me suis mise en grave danger sans l’aide de personne. Non pas tant par la manipulation elle-même mais du fait de précautions oubliées. L’erreur de trop.
De retour à la maison, je me change. Plus de peur que de mal, c’était très violent. Mais passager. Assise devant une tasse de thé, je regarde Fleur. Elle me désapprouve. A distance et à raison car il ne faudrait pas hériter d’une partie de ma souffrance. Instinct animal que je comprends. Et soyons honnête, si elle venait vers moi, ça m’agacerait. J’ai toujours été gênée par ses rares élans de compassion. Cet animal a le don de réveiller en moi la honte d’avoir besoin. « Va donc voir si les souris aiment se faire picoter le buffet ». Mais non, elle se tient là comme un chaperon heureux de son utilité.
La cheminée ne crépite d’aucun bruit, c’est le début de l’été, je ne fais plus de feu. Mes yeux pourtant cherchent la flamme. Rien. Depuis plus d’un an j’essaye de m’en sortir , de produire, de vendre. Ma chatte est bien plus efficace que moi. De son côté, les souris sont en nette régression, sans que cela n’ait eu d’incidence sur sa ligne… la mienne n’a rien à lui envier. Mais pour le reste, je suis inefficace. L’erreur de trop… J’ai retourné le problème dans tous les sens. Je dois apprendre. Et pas qu’un peu… Devenir botaniste… L’IMSM… mais comment faire ? Dans mon coeur je le sais bien. Mais pas question d’y retourner. C’est au-dessus de mes forces. Une autre solution… plus solitaire, cela me conviendra, en ai-je la force ? Rien ne le dit mais il faut sortir de l’impasse dans laquelle je suis. Les ASPICs, en candidate libre… Possible ? Je veux dire aussi bien sur le plan du droit qu’en termes de capacité ? Il le faut. Je dois m’y résigner.
Étrangement, je sens la décision me traverser. Et m’alléger. C’est fait, le poids d’une erreur a disparu. Soulagée, il aura fallu tous ces essais infructueux pour que je comprenne.
Je dois construire une stratégie, bien préparer la suite. J’en prends pour un an. Partir sans aucune aide sur laquelle compter est préférable. Il sera toujours possible d’intégrer un soutien en cas de...mais la vie m’a appris à ne compter que sur mes propres forces. Je ne suis pas mue par l’égoïsme. L’expérience de devoir toujours tout faire seule. A commencer par décider. Oui, j’ai commis de nombreuses erreurs. Mais au final je suis toujours là. Alors pourquoi pas.
Je ne le sais pas encore mais je viens de franchir la première étape : définir l’objectif.
1/10
Drageonner ou végéter
Samedi 27 Juin 2048
J’avais la veille pris la décision de me présenter aux ASPICs. Le travail ne faisait que commencer. Rassembler les livres nécessaires en Botanique, Potions. Et DCFM même si la matière n’était peut-être pas la plus nécessaire à une botaniste. Je misais sur mes capacités de survie, un instinct utile le passé sibérien l’avait démontré. Si l’IMSM ne voulait pas de moi, je pourrais toujours y travailler comme agente de sécurité… Mais je serais un jour étudiante là-bas, rien ne m’empêcherait d’atteindre mon but. Les deux autres matières ne m’étaient pas indispensables. J’aviserais. Mais encore fallait-il choisir la filière. Dans mes souvenirs, la filière Science représentait la voie royale. Mes résultats collaient à merveille à ce sillon, tout cela faisait de la route un chemin en partie tracé.
Il me fallait choisir le terrain. Je venais d’en faire le tour. Mais il m’apparaissait une faille. Avais-je vraiment l’amour de ces matières ? Cette question cruciale me tarauda l’esprit toute la matinée. Passe encore pour la botanique, je tenais cela de Mère, avec la chevelure et le regard perçant. Pourquoi se trouvait-elle en moi au point de conditionner mes choix ?
Faut-il à tout prix parler de vocation ? Ou de gène familial ? Je ne suis pas elle. Ses manières élastiques de toujours s’en sortir par des pirouettes amusaient peut-être son mari, pas moi. Sur ce plan, j’ai bien peur de ressembler plus que je ne l’aurais pensé à ma sœur. Merlin m’en garde !
Choisir le terrain. En fait je n’ai aucun choix, je suis contrainte par mes résultats et les besoins de l’Institut. J’ai juste la chance d’avoir eu les succès requis. Jusqu’ici mais les ASPICs, c’est autre chose. J’ai des craintes en Potions. Je ne m’explique pas mes prédispositions en la matière. J’ai vu Mère dans sa serre toute ma vie à Wick. Nous étions assises à côté d’elle à gazouiller gentiment sans prêter attention à ses travaux. J’ai souvent servi d’auxiliaire : « Peux-tu me tenir la tige le temps que je fasse la ligature ? ». « N’oubliez pas de prendre vos gants » était la phrase sonnant la charge de notre régiment de femmes en direction de la serre. Alors oui je peux le dire, Botanique, l’inverse eut été étonnant. Mais les potions. Un certain écoeurement me prend le ventre à l’idée que cela puisse venir de lui. Je ne suis pas ma sœur, elle le vénérait au point de vouloir à chaque fois l’impressionner. Je n’en veux à personne mais j’aimerais comprendre d’où me vient ce talent magique en potions. Pour tout dire, je ne prends aucun plaisir apparent dans le fait de coller en tous points à un protocole. Il me faut accepter de recevoir ce don sans pour autant remercier le créateur. Me voilà avec un beau statut d’ingrate. Il n’est plus là pour m’en faire le reproche. Je choisis le terrain et tu n’y figures pas, Père. Tous ces fantômes rôdant autour de moi, ils m’obsèdent, je dois m’en détacher si je veux réussir. Je ne pourrai pas perpétuellement penser à eux, travailler contre eux, me battre pour les oublier… Je dois fermer mon esprit, m’interdire la moindre pensée en leur direction. Ma serre, ma petite maison en forme de ruine, même ma chatte…. Tout mon entourage d’aujourd’hui est mon terrain.
Dans cette réflexion entamée à l’intérieur, je trouve une force nouvelle. Hier j’ai décidé. Aujourd’hui, j’entame les préparatifs. Et dans mon cartable d’écolière, la première chose que je ne mets pas, ce sont mes parents. Ils sont à jamais en moi mais ils ne sont pas moi. Je crois bien avoir fini de tourner en rond. Frère et sœur, je vous pleure. Mais pas au point de m’emprisonner avec vous auprès d’eux. Je choisis le terrain. C’est une litanie qui commence, une obsession. Le but, tous mes efforts pour ce but. En fait, il faut inverser la proposition. Je ne tiens pas ça d’eux, je le tiens de moi. Ce ne sont pas mes parents qui ont passé mes BUSEs, ni eux qui me permettront de décrocher la suite. Ce que je vois en sortant de ma petite maison, c’est un jardin, avec une serre, la seule expression d’une solidité réelle alentour. Je n’y réussis pas pour l’instant mais j'y réussirai un jour. Car je suis le terrain.
1- Définir l’objectif.
2- Choisir le terrain.
2/10
Drageonner ou végéter
A la mi-Juillet 2048.
j’ai réfléchi au meilleur emplacement pour un un effort optimal. A Wick, je suis seule, il fait froid, du moins dois-je maintenir une chaleur constante les mois d’hiver, c’est un souci. Travailler dans la serre serait alors plus aisé car la température y est constante. Mais je ne me vois pas étudier entourée de plantes bruyantes me taquinant sans cesse.
J’ai peur que tout cela devienne plus qu’une obsession mais en même temps je l’ai voulu alors il n’y a plus rien à faire sauf de s’y jeter toute entière.
Poudlard ne m’accueillera pas. Une demande serait déplacée et en toute logique refusée. Ce n’est pas la place d’une personne en rupture de ban. Si je dois croiser une autorité, je confesserai mon erreur bien volontiers. J’ai compris. Mais retourner dans un dortoir, même entourée d’élèves de septième année, ce serait… non, le prix du bénéfice… et puis quel bénéfice… non… il faut une autre solution. Et je n’en vois qu’une. A Edimbourg, la cité des étudiants moldus. L’idée me plaît moyennement mais elle a des arguments. Je cherche surtout un endroit calme, une bibliothèque universitaire où le seul son que l’on perçoit est le bourdonnement de notre sang dans des oreilles chauffées par l’étude. Il est risqué de s’y trouver souvent, outre les tenues à adapter au monde moldu, c’est tout le nécessaire de mon monde que je dois camoufler. Compliqué, voire périlleux. Mais possible. Je n’espère même pas un recoin isolé, le genre d’endroit oublié de tous où je pourrais me lover dans les milliers de pages à lire, analyser, synthétiser… je pourrais rêver de cela mais allons, mes aïeuls, aucune bibliothèque n’est utilisée à 95 % de ses capacités. Elles sont toutes pleines à craquer dès l’aube. Jusqu’à la nuit. Non, je dois me camoufler des regards ou camoufler tout mon matériel. Je ne saurais pas confondre autant de gens. Je veux dire, leur envoyer un sortilège de confusion. Et ce serait vraiment une mauvaise action que de leur ôter toute chance de réussir leurs propres études. Je ne suis pas comme ça. Je peux essayer une autre voie… me rendre à ce point détestable que personne ne viendra de son propre chef à mes côtés. Faire en sorte qu’on évite mon voisinage est une possibilité. Tout en volant en direction du sud, je réfléchis encore et toujours. Une odeur abominable serait une autre solution. Mais je risque moi-même de subir la nausée… non, mauvaises solutions…
Quand j’arrive à Edimbourg, il est encore trop tôt, la bibliothèque universitaire n’est pas ouverte. Presque une heure à attendre… Bon, essayons ce pub, on pourra toujours y lire quelques pages… Le lieu m’est étranger, dans les endroits sorciers de ce genre, même au petit matin, le monde grouille d’un bruit qu’on appellera la vie. Par contraste, ici on se croirait à la morgue. Une sorte de crypte. Je suis la seule femme et mon accoutrement est à peine sauvé par la qualité des étoffes. Cet endroit… accueille des gens bien précis. Je n’en suis pas mais on ne me rejette pas. L’homme faisant office de barman s’approche et me demande courtoisement ce que je veux boire.
- Auriez-vous un thé aux agrumes par hasard ?
- Sept agrumes, dit goût russe Mademoiselle. Je vous en prépare quelle quantité ?
Je dois avouer que la question me cisaille. On sert les bières à la pinte mais pas le thé !?! Mes yeux s’écarquillent, comme si je devais avouer une incrédulité enduite de stupidité provinciale. Et puis quoi, du thé russe en plus… je suis une belle gourde.
- je ne sais pas… Un litre ?
Et qui plus est, je réponds la pire des niaiseries. Pauvre sorcière…
- Mademoiselle, vous devez savoir qu’ici on ne reçoit que des gens qui écrivent. Des artistes ou des saltimbanques en quête de la plus parfaite sérénité. Soyez la bienvenue si vous correspondez à ces critères… Je reviens dans cinq minutes.
Alors là mazette… Que voulez-vous répondre ? Savoir si je suis conforme à la norme est impossible en l’état, les informations sont incomplètes mais mon aspect est suffisamment baroque pour passer inaperçue et le calme est la première de mes exigences. Je peux parfaitement me fondre dans ce moule-là. J’hésite entre fuir et observer sans passer pour une vieille chatte curieuse de tout. Mes yeux sont en l’occurrence mes pires ennemis, trahissant le fauve qui se cache de tous et observe des fois que…
L’homme revient avec une théière aux principes japonais. Lourde, d’autant qu’elle contient à l’évidence le litre évoqué plus tôt. Un chaudron minuscule… mais quand même un chaudron…
- J’espère qu’il vous plaira.
Il n’a proposé ni sucre ni lait. Je sais dans quel type de lieu je suis sur ce plan. Reste que...je demeure la seule cliente et la sensation d’être l’objet de toutes les attentions de cet homme me déconcerte. Pour faire bonne figure, je sors un livre, celui dont la couverture ne trahit pas la nature magique. Et me voilà goûtant un thé parfaitement équilibré. Breuvage délicieux. Je commence à lire. Plutôt continué-je au chapitre 17 du manuel de Botanique avancé. Je révise mais bon… n’ayant pas encore acheté les livres demandés par l’IMSM, je me fais les dents sur ce dont je dispose.
Le temps passe ainsi, un seul autre client et tandis que je sirote mon thé, l’heure tourne sans qu’il ne soit possible de me sortir d’une passion gloutonne. Au fur et à mesure, je prends conscience que je le connais sur le bout des doigts. La paix des lieux me convient parfaitement. Vraiment un endroit improbable.
Plus tard je peux en tous points comparer ce pub et la bibliothèque. Conditions semblables, seul le thé fera la différence. Je tiens les conditions requises, un climat propice au travail, une alternative au besoin ce qui n’est jamais un luxe… Oui, autour de moi, ici, se trouve un terreau favorable. Je tiens les conditions que je venais chercher, tout un écosystème amical. Il me faut juste apprendre à manipuler la monnaie moldue. Et savoir esquiver les brûlures d’estomac qu’un abus de thé peut provoquer.
1- Définir l’objectif.
2- Choisir le terrain.
3- Trouver un écosystème favorable.
3/10
Drageonner ou végéter
Un autre soir d’été, Juillet 2048
Rien ne se fait sans un bon matériel. Les cours de sixième année d’Alyona ont en cela constitué le meilleur des révélateurs. Lus, relus, dans tous les sens, aussi bien fascinée par le contenu que par sa manière de les concevoir. Un véritable exemple. J’aurais pu me procurer les précis nécessaires à la préparation de l’année à venir mais j’ai suivi une autre route. Il me fallait, premier travail, reconstruire les ponts entre ce que j’avais appris en prévision des BUSEs et ce qu’on apprend en sixième année. Je me suis attachée à faire aussi souvent que possible les exercices pratiques du professeur de Botanique. Et j’ai décidé de chercher à percer les autres savoirs dont je pourrais avoir besoin en prévision des ASPICs.
Car le savoir est la base, bien sûr mais je n’oublie pas l’enseignant, une autre pointe de ce triangle. Isolée, je dois faire corps avec les livres. D’abord la liste (*) :
- Manuel de Botanique avancé,
- Manuel de défense contre les forces du mal,
- Potions magiques (Arsenius Beaulitron)
- Manuel avancé de préparation des potions (Libatius Borage)
- Mille herbes et champignons magiques (Phyllida Augirolle)
Elle n’est pas si évidente. Entre les manuels utilisés par des professeurs dépassés, ne sachant pas vraiment que faire des nécessités d’aujourd’hui et ceux qui ont une idée farfelue [le terme "byzantine" semble préférable mais il est trop moldu] de ce qu’il faut à notre époque… c’est un peu le grand écart. Je dois faire avec, suivre les recommandations et surtout acquérir les manuels imposés pour les ASPICs. Cela ne m’interdit pas de penser à ces manuels d’années initiales, ceux contenant des détails potentiellement utiles dans telle ou telle situation à l’écrit. C’est un peu stressant. Et je dois me garder d’une trop grande sévérité envers les sorciers chargés de préparer les examens. C’est une erreur impardonnable de se croire meilleure que des gens rompus aux apprentissages. Dans tous les cas, je n’ai pas d’autre choix que de commencer par là. En étudiant les cours d’Alyona en parallèle des contenus des manuels, je vois bien l’apport, au moins dans cette matière, des leçons les mains dans la terre. On peut toujours penser que la pratique a besoin de bases théoriques solides. Mais j’ai assez payé pour savoir qu’en termes de protection de soi, rien ne remplace une bonne pratique. Et si j’ai le plus souvent appris l’art du camouflage, au point d’en avoir fait une seconde nature, je ne peux conclure qu’une chose. On ne fait pas de DCFM en passant son temps à fuir le combat. La pratique s’accompagne d’une réelle intériorisation de la gestuelle. C’est bien de cela qu’il est question. Connecter ce que disent les livres à ce que l’on ressent. Essayer, pratiquer, constater, reproduire et corriger. Mais avant tout il me faut les bases. Et cela dans la plus totale humilité. Je prends ce chemin intime mais il n’est pas question d’en faire état à la terre entière. Je dois aussi ne pas laisser Alyona penser que je suis intéressée. Notre amitié dépasse largement ces questions même si une étrange chiralité nous rapproche, comme deux sœurs aux trajectoires plus que similaires. Je ne peux pas agir autrement, obligation m’est faite de parcourir seule cette route. Les livres sont comme des plantes dont je chercherais le meilleur potentiel pour réussir mon jardin, ma serre. Ma vie.
Au moment d’acheter ces écrits, j’ai bien sûr cherché des compléments possibles. Je suis tombée sur « Arbres carnivores du monde ». Intéressant mais un peu trop pointu, ciblé… « Théorie des stratégies de défense magique » a aussi été ouvert. Mais j’ai vite compris qu’il était par trop… théorique. L’idée m’est venue d’aller chercher dans l’allée des embrumes car Fleury et Bott n’avaient assurément pas certains livres. Mais flâner dans une librairie n’inspire pas forcément de brillantes idées. Que m’importerait de trouver un livre peu recommandé en prévision d’un examen au final très orthodoxe, disons plus simplement conforme à la norme.
Je décidai de m’en tenir à cette première liste. Il serait toujours temps d’affiner la proposition en cas de nouvelle découverte.
1- Définir l’objectif.
2- Choisir le terrain.
3- Trouver un écosystème favorable.
4- Sélectionner les livres adaptés.
4/10
Reducio
* :La liste ici constituée est empirique. Il est possible que le passé de Poudlard.fr, que d’autres sources plus ou moins fiables, donnent des résultats différents. Dans une volonté polymorphe de respect du canon (JKR, PFR…), j’ai établi cette liste. Mais si les yeux qui s’arrêtent sur ces écrits voient un oubli fâcheux quelconque, un petit hibou leur permettra de faire de ce post un tribute encore plus respectueux. D’ailleurs, rien ne dit qu’Ivanovna n’ait pas fait une erreur malgré toute sa bonne volonté. Ce sera sans doute ainsi que la question sera écrite s’il y a un ajustement.
Add-on (même jour, à la relecture, propos valable pour tout le rp) : une autre réalité peut ici trouver explication. Il n'y a aucune arrogance ou suffisance dans son propos, il est décrit ce qu'elle vit, avec les erreurs et approximations. N'oublions pas qu'elle agit seule, ou presque. On est jeune à 18 ans....enfin bref.
Add-on (même jour, à la relecture, propos valable pour tout le rp) : une autre réalité peut ici trouver explication. Il n'y a aucune arrogance ou suffisance dans son propos, il est décrit ce qu'elle vit, avec les erreurs et approximations. N'oublions pas qu'elle agit seule, ou presque. On est jeune à 18 ans....enfin bref.
Drageonner ou végéter
Fin Août 2048
J’ai déjà beaucoup lu. Et pas mal appris. Je m’efforce de classer, trier pour hiérarchiser. Mais je dois plus. Empiler ne suffit pas et s’avérera à terme un frein si je ne pense pas les choses au mieux. Car toutes les piles du monde finissent par s’effondrer si leur architecture est déraisonnée.
Les cours d’Alyona sont sur ce plan instructifs, ils s’en tiennent à une suite de faits. Leur forme est rigoureusement identique mais le contenu est… progressif. Je le sens, l’ordonnancement a été pensé afin que les démonstrations s’emboîtent. Mais cela dépasse la simple esthétique. Ce n’est pas une suite d’idées reliées entre elles par un élargissement ou une question théorique démontrant que toute réponse amène d’autres questions. Je ne saurais nommer la chose mais je sens ici une intention. Le professeur a inclus dans sa démarche une sorte de montée en puissance, une progression. Je me plonge alors dans les tables des matières des manuels que j’ai achetés, y retrouvant parfois cette même idée d’une élévation progressive, et des difficultés, et des connaissances nécessaires, et des compétences devant être mises en application. Je n’avais jamais constaté cela auparavant ; par Merlin, ce processus me semble d’un coup non seulement intelligent, efficace mais surtout parfaitement justifié. On apprend à marcher avant d’apprendre à courir. Voilà la vérité éclairée.
Je dois donc m’en inspirer, bâtir ma propre progression des apprentissages. Puisque je suis sans professeurs, je dois tenter de comprendre comment eux travaillent, me mettre à leur place. Percer les logiques fondant une progressivité. Evidemment, c’est intuitif, à bien y réfléchir cela devient même gênant. « Ok, j’ai compris mais on fait comment ; quel est l’intérêt pour moi de partir en quête de quelque chose que je ne pourrai même pas exprimer durant l’examen ? ». « Tu n’as rien compris si tu crois que cela te sera directement utile. Le but est de faciliter la digestion, l’usage que tu peux en faire. Mais cela n’a pas d’incidence directe sur ta performance ».
Ma méditation se poursuit. Car la progression concerne deux points complètement différents même si tout le monde mes les présentera comme complémentaires. La théorie, la pratique. Le savoir savant et le savoir des utilisateurs. Comment les relier ? Est-ce que la chose est immanquablement attachée, à chaque pas ? Ou est-ce que la connaissance théorique va plus vite, quand la pratique se construit avec une courbe plus… exponentielle ? Progression des apprentissages… arithmétique ? Géométrique ? Spiralaire ? J’ai trouvé ce mot, il m’a poussée à modéliser ce qu’il signifie. Et j’y trouve un parallèle entre la construction d’une serre, d’un jardin et cette quête d’un savoir intégré à ma manière. Malgré moi, forcée que je suis à procéder ainsi mais aussi grâce à moi, encouragée à donner du sens. Voilà donc la clé, donner du sens en construisant les choses comme un château et non un empilement de pierres sans raisons d’être. Je suis la clé de voûte puisque c’est moi qui dois déterminer cette progression.
A ceci près que je ne suis ni celle qui choisit les sujets d’examen ni celle déterminant le programme. J’ai alors l’impression de comprendre les matières par un angle nouveau. Elles ne sont plus des choses à savoir ou savoir faire. Elles deviennent la substance avec laquelle je dois fusionner. En me gardant de prétendre être le professeur. Je suis l’élève et si je ne conserve pas la place qui est la mienne, je vais finir par faire des erreurs que je ne verrai pas. Ce n’est pas ma progression pure et simple que je dois élaborer. Il me faut retrouver l’esprit de chacun des enseignants qui professent à Poudlard. Voilà. Il me semble que ce geste-là est acquis.
Je n’ai jamais vu de précis d’enseignement de la magie. Sans doute existent-ils, d’une manière ou d’une autre ? Et j’en viens même à me penser un jour… non… je ne sais pas m’occuper de moi-même, comment pourrais-je veiller sur tout un groupe de jeunes sorciers ?
1- Définir l’objectif.
2- Choisir le terrain.
3- Trouver un écosystème favorable.
4- Sélectionner les livres adaptés.
5- Bâtir une progression
5/10
Drageonner ou végéter
1er Septembre 2048
Modeler le terrain, modeler le terrain. Plus facile à dire qu’à faire dans certains cas. Puisqu’il s’agit de moi, il serait bon de me demander la permission… Pourquoi donc ai-je eu cette idée baroque ? Parfois, je me demande vraiment ce qui me passe par la tête. Pire, il est clair que je suis aussi têtue qu’un âne grabataire. C’est vrai, j’ai décidé de passer les ASPICs, et tout ce qui s’ensuit. Et les efforts fournis depuis sont impressionnants. Je ne suis pas en train de me lustrer le vison. Je regarde la réalité en face. Le plus dur est devant moi, et pour de longs mois. En ce moment, je suis en premier lieu préoccupée par la défense contre les forces du mal. Je ne prétendrai jamais être douée au point de devenir Auror. Et je ne rêve surtout pas d’action. J’ai eu ma dose. Ah oui, aujourd’hui, je pense exactement comme je suis. C’est le privilège de la solitude, on peut adopter une attitude différente par jour, personne ne vous le reproche. Parce que personne n’est présent pour le constater.
Donc j’étais en train de vous affirmer sans rien démontrer que j’ai eu ma dose. Je suis convaincue de l’origine sibérienne de mon succès en DCFM. Mais cela est de l’histoire ancienne. Depuis, j’ai consulté les programmes de Poudlard et sixième et septième années. Je dois m’attendre à tout. Chaque sort étudié, dans chaque matière, peut « tomber » le jour de l’examen. Et en DCFM, si tu ne sais pas réagir dans l’instant, tu peux dire adieu à l’Optimal (« ...seule issue possible quand on est une Gunnray », disait Mère). Je dois donc préparer le terrain, ce qui revient à dire : m’entraîner. Facile à dire, s’il s’agit d'une Béchamel moldue, alors là oui, le geste est utile mais le savoir faire né de l’expérience encore plus. Et il est évident que je manque d’entraînement. J’ai déjà essayé de lancer un sort précis, le sort auquel je pense. Ce fut un échec retentissant. J’y ai pourtant passé du temps, une certaine énergie. Mais voyez-vous, le pouvoir magique brut ne sert à rien s’il n’est pas canalisé, perçu comme une force créatrice que l’on peut utiliser à bon escient. J’ai besoin d’un maître, besoin de quelqu’un qui m’apprenne ce que je ne sais pas. Elle est là, la différence entre les BUSEs et les ASPICs. L’un peut à la rigueur s’obtenir au talent. Et encore, je vois d’ici les sceptiques… mais pour ce qui est des ASPICs, il me faut un œil capable de corriger point par point chaque erreur ; geste, pensée, instinct, esprit de décision… en vrac et sans logique vous avez compris. Ai-je moralement le droit de demander à un professeur dont mon comportement récuse sa fonction de m’aider dans cette optique ? Pauvre idiote, tu vois que tu ne peux rien sans les autres ? Tu prétends y parvenir seule mais tu es si facilement en défaut… il va te falloir de l’audace, une certaine chance et… de l’humilité si tu espères te voir accorder cette faveur. Tu veux qu’on modèle le terrain que tu constitues. Crois-tu vraiment qu’on puisse aussi simplement que l’on modèle un jardin, modeler un humain, qui plus est un sorcier ? Mais dans le même temps tu as raison. Si tu dois t’adresser à quelqu’un, c’est bien le professeur de Poudlard qui peut le mieux t’aider. Savoir sorcier et pédagogie. Tu as tes chances dans ces conditions.
Mais n’oublie pas les autres matières, il te faut vivre un modelage dans chacune d’entre elles. Chercher tes faiblesses, les remodeler pour qu’elles deviennent tes forces. C’est ainsi que tu augmentes tes chances. Bien se connaître. Mon pire défaut ? J’ai un peu tendance à prendre les mauvaises décisions. Je n’y peux rien s’ils sont tous morts dans la famille mais j’aurais sans doute pu m’éviter un tel chaos scolaire. J’ai mal pensé. Mais reprocher aux morts de n’avoir pas été là, se flageller en permanence d’avoir manqué certaines croisées des chemins ne changera rien à l’affaire aujourd’hui. Ni demain. Je dois lui écrire, je lui écrirai. Il existe encore des âmes emplies de bonté en ce monde. Même si je ne demande pas l’aumône.
Quelques jours plus tard, Ivanovna écrivit, envoya un hibou au professeur de DCFM du collège Poudlard. Comptait-elle sur un engrais quelconque afin de mieux se modeler ?
1- Définir l’objectif.
2- Choisir le terrain.
3- Trouver un écosystème favorable.
4- Sélectionner les livres adaptés.
5- Bâtir une progression.
6- Modeler le terrain.
6/10
Drageonner ou végéter
15 Septembre 2048

Alors cette fois, c’est enclenché. Tout est en place puisque j’ai poussé ma réflexion jusqu’à planifier chaque semaine menant aux ASPICs. Je ne peux plus reculer, mes calculs sont la réussite ou la fin. Je n’irai pas au-delà d’une année si je travaille seulement un jour par semaine. Je veux dire dans la serre, à essayer de gagner ma vie. Je m’en moque. Je mise tout sur mon avenir, l’IMSM ou rien. Discipline digne des plus demanding des professeurs. Planifier ai-je lu, aménager des espaces spécifiques. J’ai compris, appliqué à ma semaine, huit heures par jour, cinq jours par semaine. Et encore, je n’ai pas voulu vous étourdir avec mes prévisions du Samedi/dimanche. Savez-vous au moins ce qu’est une volonté de tous les instants ? Un rêve que l’on ne peut pas s’enlever de l’esprit, il vous hante, vous poussant aux pires décisions. J’ai déjà donné, m’étais jurée de ne plus y revenir. Pour ne pas une fois encore tomber. Mais voilà, je suis faite de ce moule inflexible de l’entêtement. Je suis une femme. Et cela implique une forme d’élan vers le néant, du moins le jusqu’au bout sans calcul. Je me demande ce que cela donnera le jour où je serai amoureuse. Ce sera théâtral je crois. Mieux vaut ne pas y penser. Et d’ailleurs, ce genre de fantaisie m’est interdit. Pour un an au moins. Je ne suis plus un être, au plus une machine, réglée comme une horloge magique, douée de la capacité de découper la moindre seconde en infimes portions, toutes égales entre elles et qui me permettent de faire cent fois ce dont je serais capable sans ce vent dans mon dos.
You'd have to stop the world just to stop the feeling
Je me sens vivante, vous ne pouvez pas comprendre. J’avais besoin de ce défi, j’ai peur. Chaque nuit je pleure de rage contre ce que j’ai fait de moi. Et me relève parce que la vie est un cycle, un cercle sans fin, une semaine, cinq journées. Cinq fois trente… cent cinquante morceaux d’un tout. Ce n’est rien, j’en ai passé cinq fois plus en enfer alors...Je crois que cette force vient des mines, ou plutôt des miens. Je ne suis pas moi, vous regardez les lambeaux des GUNNRAY. Echappée, rescapée mais je suis heureuse, d’être en vie afin de pouvoir verser dans une mélancolie systémique et mieux vous faire pleurer. Je dois réussir. Chauffer mon coeur et mes muscles, chaque jour, puis pratiquer la magie, ce petit bout de moi qui en sort chaque fois que je réussis quelque chose. Des temps longs de pratique sur paillasse, que ce soit en serre ou devant un chaudron. Oui, ne rien oublier, sortir aussi pour mieux entrer dans les précis, le savoir, le seul qui compte. Prendre soin de respecter cette discipline, faire ses gammes, je ne connaissais rien à la musique et j’ai rencontré la mélodie, pulsation d’un coeur qui s’emballe et pourtant ne change jamais de rythme. Je ne me comprends pas mais un instinct me dicte de poursuivre. Le climat est la moyenne des accidents. Une semaine, circonvolutions incessantes, une année, des saisons. Mais un objectif.
Dormir, dormir pour que la journée passée soit digérée, bien dormir pour être en forme le lendemain, capable d’apprendre du jour prochain. Ce n’est pas dans le planning opere citato so what ? Tu auras compris, je cache certains des éléments de ma vie. N’ai-je pas droit à un peu d’intimité dans ce planning de légionnaire ?
1- Définir l’objectif.
2- Choisir le terrain.
3- Trouver un écosystème favorable.
4- Sélectionner les livres adaptés.
5- Bâtir une progression.
6- Modeler le terrain.
7- Etablir un planning de travail.
7/10
I'm cliché, who cares?
.
Dernière modification par Ivanovna Gunnray le 7 juil. 2025, 13:52, modifié 3 fois.
Drageonner ou végéter
Hiver 2048-2049, datation incertaine.
Un corps allongé par terre. Inerte même si Fleur ne s'inquiète pas. Elle est à ses côtés, attendant que maîtresse sorte enfin de ce mutisme. Son cou élastique lui permet de regarder vers la gauche puis tout à fait à droite au gré de ses envies et des signaux d'animaux inconscients. Elle est comme ça Fleur, toujours distante mais jamais absente. A scruter ce bout de femme virevoltant en tous sens, surtout quand elle est ici, dans la serre, dans ce lieu souvent barricadé par une porte au franchissement impossible. Fleur s'ébroue par le haut même si aucune goutte d'eau ne la quitte. C'est un geste de chien auquel vous pensez. L'animal ne fait que chasser une démangeaison passagère nichée dans une oreille. Et je me la frotte avec la patte, et je me lèche celle-ci pour lustrer le pelage. Un temps infini s'écoule. Qu'est-il aux yeux d'un chat ? Elle finit par s'approcher, premier contact, les moustaches chatouillant un corps inanimé. Puis elle lèche la joue apparente. Râpe efficace pour gommer le maquillage mais il n'y en a pas. Râpe encore. Encore et puis toujours. Tu profites de la situation, espièglerie féline. Un miaulement et ce regard sur une plante qui ne répondra pas. Qu’as-tu donc fait pour te retrouver à mon niveau ? Je ne sens même pas d’odeur vénéneuse. Tout cela est bien étrange maîtresse. Mais patiemment je vous attends car l’heure de ma pitance approche, il ne faudrait pas l’oublier…
Mais Ivanovna, évanouie, pourrait bien omettre d’honorer ce rendez-vous quotidien. Epuisée, un peu mais surtout déshydratée. Elle sait pourtant : il faut non seulement s’alimenter mais plusieurs litres d’eau sont un besoin quotidien, même pour un corps jeune et svelte. Elle est entraînée, elle est fatiguée. Elle ne boit pas assez. Il est dit qu’il faut prendre soin d’arroser les plantations, mieux de bâtir un solide réseau d’irrigation. Elle l’a fait. Pour ses plantes, dans la serre. Mais elle ne se connaît pas bien, pas encore, pas suffisamment. Insouciance, moment d’égarement. Elle n’est pas enceinte, grands dieux, non merci. Un jour sans doute mais s’il suffisait de sortir ce genre d’explication à chaque incident médical, tout le monde serait médicomage. Un étourdissement, sans plus. Peut-être une bosse résultant de la chute. Elle devrait déjà avoir poussé d'ailleurs... Mais cela ne laissera pas de traces à terme.
L’appétit insatiable de Fleur, son extrême ponctualité, débloquent la situation. A force de léchage, la râpe finit par produire un effet. Ivanovna ouvre l’œil. Et de suite ses oreilles entendent les récriminations de sa compagne. La chatte miaule mais pour une fois les râles sont accompagnés de légers ronronnements. S’il n’était pas prioritaire de se demander pourquoi elle est allongée là, elle apprécierait. Peut-être… mais Ivanovna peine à se relever. Ses bras tremblent, elle se sent vide de force. Retrouver ses esprits, Fleur qui se frotte contre elle en pensant qu’elle va avoir comme première urgence de satisfaire ce que sa faim réclame. Mais Ivanovna n’en a pas l’énergie. A peine peut-elle se tenir assise. La vision oscille encore entre le flou et l’à peu près net. Mais osciller ne suffit pas. Reprendre son souffle, c’était un petit évanouissement, compréhensible quand on travaille d’arrache-pied comme elle le fait depuis des mois. Cela va passer vite, il ne faut pas s’écouter. Les effusions félines renforcent le devoir d’agir, prendre la direction de la maison pour au moins résoudre ce contre-temps. Un inferius avance lentement, buttant par ici sur un pot vide, malmenant le rosier à l’entrée de la serre. La chatte la précède, comme pour montrer le chemin, l’initier, l’attirer, finalement la tirer vers la cuisine. La sorcière n’a même pas la force de lancer un sort pour accélérer la chose. Elle pousse péniblement cette porte, la chatte a tôt fait de se ruer à l’intérieur, miaulant plus que jamais. Sa faim est réelle. Mais Ivanovna doit penser à elle d’abord. Elle n’entend pas, finit par avaler un verre d’eau. Puis un autre. Encore un autre. Finalement assise, elle sent le corps s’enraciner de nouveau dans le réel. Fleur poursuit sa ronde agitée, miaulant avec insistance. Il ne faut jamais laisser le petit peuple mourir de faim car une fois la révolte initiée, rien ne l’arrête.
Mais si vous croyez que le problème est lié à l’irrigation, vous faites erreur. Il n’est que la conséquence d’un mal plus grave. Ivanovna ne fait que ça, travailler, étudier, lire. C’est à peine si elle sort faire les courses. Il n’est pas ici question d’irrigation du corps. C’est l’âme qui devrait prendre l’air, un peu. Obsédée par son devoir, ses devoirs, portant sur ses épaules un impératif de réussite, elle s’est oubliée. Lentement, depuis des mois. Certes Fleur finit par être nourrie. Et après avoir ingéré un thé accompagné de plusieurs biscuits au gingembre, elle se sent mieux. Mais aura-t-elle retenu la leçon ? Une seule fleur a vu son terreau arrosé en l'instant.
1- Définir l’objectif.
2- Choisir le terrain.
3- Trouver un écosystème favorable.
4- Sélectionner les livres adaptés.
5- Bâtir une progression.
6- Modeler le terrain.
7- Etablir un planning de travail.
8- Aérer le cerveau.
8/10
Dernière modification par Ivanovna Gunnray le 7 juil. 2025, 13:52, modifié 1 fois.
Drageonner ou végéter
Hiver 2048-2049
Je suis mon propre professeur. J’ai construit mon cours, à base de notions issues des savoirs de mes maîtres. Il a fallu recenser, identifier, hiérarchiser. Certains savoirs sont aisés à intégrer, il m’a coûté du temps de cerner les plus revêches, ceux nécessitant plus de recul, de rigueur, la compréhension permettant l’assimilation. Je ne sais pas où j’en suis magiquement parlant mais sur le plan notionnel je me sens prête.
L’idée m’est venue d’organiser des mini-ASPICs de fin de trimestre. Des épreuves de 2 heures tenant sur une journée. Pour chaque matière, une heure de théorie, une heure de pratique. Le tout fondé sur un tirage au sort. J’ai donc constitué des séries de questions, reproduisant mes souvenirs des BUSEs, dans l’esprit. Mais j’ai aussi posé des questions bien plus complexes. Bien sûr, j’en connaissais les réponses mais en faisant dix séries de vingt questions couvrant toutes les années, il m’aurait fallu une sacrée mémoire pour assimiler l’ensemble et pouvoir en réciter les réponses justes par… connaissance préalable. Ce travail préparatoire m’a pris beaucoup de temps le soir. Je considérais que cela faisait partie de mon espace de loisir.
D’ailleurs, ce fut plaisant. Cela m’a permis d’identifier ce que je maîtrisais moyennement, ce que je ne maîtrisais… pas du tout… DCFM et potions demeuraient mes faiblesses majeures. Je ne pourrais pas me permettre plus d’une erreur par examen. Et encore, dans certains cas une seule serait fatale. Je visais la perfection, autant par déformation familiale que par nécessité.
Plusieurs problèmes se posèrent, réduisant la pertinence de cette construction. Je n’avais par exemple pas assez d’ingrédients de potions pour couvrir l’étendue des possibilités des sept années. Surtout, le coût de quelques uns d’entre eux dépassait largement mon budget. Certains potions ne me posaient aucun problème mais je constatai amèrement un lien entre les potions complexes, que j’aurais aimé pouvoir inscrire sur ma liste et leur coût. Plus c’était difficile, et donc préférable de la réviser, plus elle coûtait cher… En outre, devoir attendre longtemps avant de connaître le résultat…c’était hors de mon cadre d’exigence. Bref, je dus composer, faire des choix. Ce qui me poussa parfois à renforcer la maîtrise des étapes les plus délicates des travaux que je ne pouvais mener faute d’argent. Au moins maîtriser les dangers théoriques, les subtilités implicites. En fait, je transformais chaque contrainte en une capacité d’assimilation alternative, peu réjouissante mais efficace autant que possible dans le cadre d’une contingence insoluble… entre discours d’esquive et calcul militaire, j’avais l’impression de mener une guerre personnelle, politique et stratégique. Il ne fallait pas se cacher les difficultés, au contraire mais ne rien laisser paraître de tout cela si un jour je devais m’en expliquer. Une forme d’auto-censure préventive faisait donc partie du plan.
De tout cela il résulte une forme de dépersonnalisation, j’en suis consciente. Tu pourrais croire que je ne suis plus qu’un instrument sans âme, le fruit d’une motivation telle que je ne vis plus que pour cela, une année monacale, à peine interrompue par un sommeil quotidien et quelques ablutions réduites au strict nécessaire. C’est une éducation, une seconde éducation pour être précise. Ou la même se poursuivant bon gré mal gré. Laissons aux autres les nuances, analyser ne sert plus à grand-chose passé un stade avancé de prospection. Il faut regarder les résultats. J’ai donc passé trois fois ces auto-tests. Botanique en verve ; Potions, buvable ; DCFM… Je crois avoir un conflit avec ma baguette. Dans certaines situations, il lui arrive d’outrepasser mon for intérieur. En ces cas, l’effet est augmenté dans une mesure dangereuse. Oui, il est agréable de casser la baraque. « Je suis puissante à un point que vous n’imaginez pas ». Mais moi, ça me fait peur. Je n’en veux pas, ne suis pas là pour ça. Je ne veux pas faire le mal, juste me défendre au besoin. A choisir, réussir l’ASPIC et ne plus jamais y revenir me satisferait. Je n’ai pas envie de plus. Je n’ai même pas devoir de celui-là. En revanche, savoir que j’ai en moi ce pouvoir me dérange. Je ne peux m’empêcher d’y voir les traces de mon père, de cette lignée dont je m’éloigne imperceptiblement depuis mon retour de Russie. Partagée entre ce rejet que je pressens et le désir d’honorer ma famille, j’insiste. Et m’entraîne.
De ces devoirs d’auto-évaluation, je retiens ce sort qui me résiste encore, je ne sais pas pourquoi. C’est peut-être une bonne chose que de me maintenir en éveil. Puisque rien n’est fait, je devrai me battre jusqu’au bout.
1- Définir l’objectif.
2- Choisir le terrain.
3- Trouver un écosystème favorable.
4- Sélectionner les livres adaptés.
5- Bâtir une progression.
6- Modeler le terrain.
7- Etablir un planning de travail.
8- Aérer le cerveau.
9- Tenir un « cahier de gestion ».
9/10
Dernière modification par Ivanovna Gunnray le 7 juil. 2025, 13:52, modifié 1 fois.
Drageonner ou végéter
De l'automne à l'été de cette année-là.
Il demeure un élément, sous-jacent tout du long mais qui n’a pas été mis en avant jusqu’ici. Je ne suis qu’un électron du tout, un micron dans le cosmos. Certes mon pouvoir sur les choses est celui d’un géant. Je ne suis pas seulement un être humain, insouciant car dépensier. Je suis une sorcière. Certains équilibres universels font à ce titre davantage partie de moi. Il est un devoir pour nous de protéger notre jardin, de l’entretenir sans l’ambition première qu’il soit à tout prix l’incarnation de notre génie ultime. Car ce délire est le premier pas vers la démesure, la faillite, l’épuisement de cet écosystème que nous voulons bâtir. Think global, act local. Que voilà une jolie formule, trouvant naturellement sa traduction dans un jardin. Mais s’il est question de moi, de la manière de réussir ce défi, disons-le, d’enfin réussir quelque chose de bien, alors comment dois-je le comprendre, l’appliquer ? Ce principe, je l’ai déjà mis en œuvre en équilibrant mes efforts, en les étudiant sans priorité réelle. Je ne peux faire mieux.
S’il fallait jeter un regard critique sur mes prévisions, mon application, je sais ce qu’il serait urgent de modifier. J’ai trop demandé à mon corps, il arrive passablement épuisé à la fin de la route. Le cycle de mes saisons a soif d’en être à l’hiver, quand enfin je pourrai souffler. Mais si je réussis, et je réussirai, alors un autre cycle s’ouvrira. Puis un autre, et un autre. Est-il possible de s’appliquer à soi ce que l’on nous conseille pour la planète entière ? Se ménager. Jusqu’à quel point ? Dans une quête impossible, frappée du paradoxe, je veux tout exploiter au mieux. Tout en préservant tout. Mais ce n’est pas possible. Cela n’existe pas. Il nous faut vivre en balance harmonieuse avec notre alentour. Ou bien le faire céder à nos moindres désirs. Le chemin du milieu est absent de la carte. En tout cas pour nos vies. Qu’est-ce que l’humanité ? Que sont ces 10000 ans nous séparant du rien ? Plus nous gagnons en connaissances, plus nous prenons mesure du peu de temps qu’il reste. C’est une peau de chagrin. Pourtant nous insistons, moi la première. Je ne compte pas mes heures, mes efforts. J’en oublie la raison pour laquelle je suis là. Soigner mes serres, les aimer au point de tenir un équilibre immuable pour que demain soit le même qu’hier. Je suis un esprit, moins prégnante qu’une bergère au final. Mon devoir est de laisser la nature libre de s’émouvoir pour que chacun trouve une place. Voilà quel est notre équilibre. La biodiversité au son de la magie. Le jardin n’existe pas sans volonté de lui donner les moyens de son autonomie. Cheffe d’orchestre sans intention autre que d’entendre chacun des instruments. Aucun d’entre eux ne doit l’emporter sur les autres.
Un jour j’ai rêvé d’un cygne, une libellule est apparue. J’avais en moi un animal violent et c’est une frêle engeance qui en a découlé. Planter, cultiver, arroser, biner, regarder, parler, protéger, semer, sarcler, désherber… tu crois que je m’amuse à lister tous ces corps d’un métier ? Mais il n’est pas question de cela. Je ne suis pas à l’affût des compliments. J’ai l’envie d’un espace à ce point libre qu’il te paraît naturel alors qu’il ne l’est pas. Je ne suis pas française, mon jardin à l’anglaise, celui d’une écossaise, est l’éden millénaire de mes rêves. Je n’ai rien récolté encore, la moisson attendra. Une graine tombée sur le bord de la route, poussant dans un fossé irrigué de purin. Une tige, un arbrisseau, le tronc tordu sous les effets du vent. Plié en mille sections, des bouts de feuille, un bonzaï écossais. Ici rien ne pousse s’il n’y a pas d’amour : Inverewe.
1- Définir l’objectif.
2- Choisir le terrain.
3- Trouver un écosystème favorable.
4- Sélectionner les livres adaptés.
5- Bâtir une progression.
6- Modeler le terrain.
7- Etablir un planning de travail.
8- Aérer le cerveau.
9- Tenir un « cahier de gestion ».
10- Inverewe Garden.
10/10
Les saisons climatiques s’enchaînent naturellement. Pour celles de nos séries télé, il faut parfois attendre des années. Entre les deux, la suite viendra ici dans quelques semaines.
Quant à Ivanovna, dans l’intervalle, la découverte ou l’ignorance.
