Au clair de lune nuit

Jeudi 7 avril 2050
Aux alentours de minuit


La nuit était douce en ce début de printemps. La lune, pleine, illuminait les rues d’un éclat naturel. Tout était propice à me laisser tenter par une balade nocturne alors que je peinais, comme souvent, à fermer les yeux à une heure décente. Merlin sait que je vais le regretter au réveil demain matin… Heureusement que la boutique n’ouvre pas aux aurores ou je serais bonne une nuit blanche entre deux journées de travail bien remplies.

L’air frais m’aide à me vider l’esprit quand celui-ci continue à vivre au rythme de ma journée, alors que la nuit est déjà bien entamée. J’enfile un manteau et je sors doucement pour ne réveiller personne dans la maison. Cela fait bien longtemps que j’ai débuté cette petite habitude, au grand dam de ma mère qui m’imaginait traîner dans tous les coins sombres de la ville jusqu’à pas d’heures. Elle a bien tenté de m’en empêcher. Je peux comprendre l’inquiétude d’une mère sans en être une. Mais je ne sors jamais sans ma baguette magique et même si je n’avais pas la moyenne en cours de Défense Contre les Forces du Mal, j’y ai retenu deux ou trois petits trucs qui pourrait m’être utile. À l’heure actuelle, je n’en ai jamais eu besoin et j’ai pu le prouver à ma mère en l’emmenant se balader à mes côtés. Depuis ce jour, elle me laisse tranquille à ce sujet.

Parfois, mes pas me mènent le long des quais où je regarde l’eau ruisseler au fil de ma marche. Mais ce soir, ma promenade s’effectue un peu plus au centre de la ville. La plupart des maisons et des commerces sont éteints. Rares sont les personnes que l’on croise malgré la position centrée des rues que j’arpente. Seuls quelques couche-tard comme moi résistent au sommeil, souvent accoudés aux comptoirs des bars encore ouverts. La quiétude des lieux est plus que bienvenue après une journée passée à faire mille choses à la fois.

@Fabio Dermott dis moi si quelque chose ne te convient pas.

Employée chez Madame Guipure depuis le 28 février 2050

Au clair de lune nuit
Fabio avait passé la soirée au Misty. Les notes de blues résonnaient toujours dans son crâne. Par fragments, certaines mélodies lui échappaient en brefs sifflotements s'inscrivant sur le rythme de ce métronome qu'était le claquement mesuré, régulier, de ses chaussures sur le pavé nocturne de la capitale. Capitale enveloppée dans l'air frais d'un minuit de mars, plutôt paisible à cette heure-ci. Capitale bleutée là où les façades ne jetaient pas leurs longues ombres au pied d'un réverbère allumé – douce auréole jaunâtre sur ce fond obscur de la ville drapée de nuit. Peut-être que la lumière attirait les papillons de nuit et autres petit insectes, mais elle attirait également les égyptiens en quête d'un peu de chaleur – et n'était-elle que visuelle – dans cette nuit aux faibles degrés. Et dans ce claquement régulier sur lequel venaient sautiller quelques notes sifflées en écho à ce qu'il avait entendu en cours de soirée, Fabio allait d'un réverbère à l'autre à travers les rues de la capitale, direction Quai Glanmore Peakes, pas spécialement pressé d'arriver.

Oh oui, Fabio aurait pu transplaner et se retrouver chez lui, de l'autre côté de la Towy, en moins d'une minute. Mais le chemin n'était de toute façon pas très loin et bien qu'il faisait plutôt froid, le directeur de la salle de spectacle trouvait un certain plaisir à arpenter Godric's Hollow la nuit, l'esprit léger et les sens légèrement affutés par les deux-trois verres de vin qu'il avait avalé ces dernières heures.

Au coin d'une rue, Fabio croisa une sorcière. Par bonne humeur et politesse, il lui lança une brève salutation :

Bonsoir. Belle soirée ! ajouta-t-il, laissant planer le doute sur la nature de cette belle soirée qu'il venait d'évoquer : la souhaitait-il à la sorcière dont il venait de croiser le chemin, ou bien s'agissait-il là d'un simple constat ?

Fab’ulous
#583400

Au clair de lune nuit
Un sifflement musical me parvint jusqu’aux oreilles. Mon chemin allait bientôt croiser celui de d’une autre personne. Le genre de situation dans lesquelles les jeunes filles de mon âge tiennent un peu plus fermement la garde de leur baguette. Il est vrai qu’on ne sait jamais sur qui on peut tomber. Les passants peuvent rester de simples passants ou être plein de mauvaises intentions. De mon côté, je trouve plutôt amusant de laisser le hasard décider des personnes qui croise mon chemin.

La rencontre ne tarde pas et j’aperçois une silhouette au détour d’une rue. L’obscurité ne me permet pas de distinguer le visage de l’étranger. Il aurait été amusant de croiser une personne de ma connaissance dans de telles circonstances. Une chose était sûre, il ne semblait pas malintentionné. Au contraire, il me salua poliment.

- Belle soirée à vous aussi, répondis-je tout aussi poliment en souriant, sans savoir si celui-ci était visible ou non.

La soirée était belle effectivement. La pleine lune apportait une atmosphère argentée des plus plaisante. Sans arriver à reconnaitre une quelconque mélodie, l’air qu’il sifflait était plutôt agréable à écouter. Je me demandais s’il s’agissait d’un morceau qu’il venait d’entendre dans une soirée ou juste une mélodie qu’il avait en tête.

Alors que je continue à avancer quand nos chemins se croisent, je me retourne soudainement. J’ai bien envie de savoir d’où il vient pour siffloter comme cela, même s’il y a de faibles chances que je m’y rende ce soir. Ne sachant pas comment l’interpeller je tente avec un "Monsieur ?"

Employée chez Madame Guipure depuis le 28 février 2050

Au clair de lune nuit
Fabio n’avait pas eu l’intention de s’arrêter. Il avait salué la sorcière spontanément et avait pensé continuer son chemin – ou à vrai dire, il n’avait pas pensé grand chose du tout en la croisant. C’était ce genre de salutation banale agrémentée d’un sourire spécialement forgé pour le moment de croisement peut-être, mais dont la nature restait celle d’une salutation d’un inconnu dans la rue : avec de fortes chances d’oublier les traits du visage croisé à peine quelques mètres plus loin. Dans la pénombre, il n’avait en réalité même pas pu distinguer ses traits. Ainsi, la sorcière avait, certes, répondu à son bonsoir, Fabio avait mentalement déjà poursuivi sa route. Sauf que.

Sauf que soudainement, il entendit la cadence des pas de l’inconnue changer – s’interrompre, plus précisément : elle s’était arrêtée. Puis retournée. Et à peine plus tard, la voix féminine s’était élevée à nouveau dans le silence de la nuit. Adressée à lui, cette interrogation qui tenait en un seul et unique petit mot. Monsieur ? À son tour, Fabio s’arrêta, les bras décollant légèrement lorsqu’il effectua ce tour (un peu théâtral) sur lui-même qui l’orienta vers la jeune femme. Il s’accorda trois secondes pour volontairement marquer une pause (un peu théâtrale) avant de répondre (très simplement, finalement, pour tant de théâtralité) :

Oui ?

À présent que Fabio s’attardait sur son visage, ses traits lui semblaient d’une certaine façon pas entièrement inconnus, mais il ne parvenait pas à mettre le doigt dessus.

Fab’ulous
#583400

Au clair de lune nuit
Il n’est pas dans mes habitudes d’aborder un passant dans la rue et encore moins à cette heure avancée de la nuit. Je ne suis pas particulièrement timide mais je dois avouer avoir espéré l’espace d’un instant que mon interpellation se perde dans la pénombre. D’autant plus que maintenant que l’homme s’est lui aussi arrêté, je ne sais pas comment poser ma question sans paraître ridicule à présent.

- Je me demandais… Pardonnez mon indiscrétion mais… D’où venez-vous? Je veux dire… Cet air que vous sifflez, vous l’avez entendu quelque part?

J’observe alors mon interlocuteur. Il ne m’est pas facile de distinguer l’entièreté de ses traits au clair obscur, mais son visage me semble familier. Je sais que je l’ai déjà croisé mais je peine un peu à me rappeler des circonstances qui nous ont amené à nous rencontrer. Il faut dire que je croise pas mal de monde à la boutique en ce moment. Et c’est là que ça me frappe. Des visages d’inconnus, j’en vois tous les jours mais celui-ci s’est imprimé plus fort dans ma mémoire car il est le premier client que j’ai servi. Et maintenant que je le remet, j’espère qu’il ne me trouvera pas trop indiscrète.

Pour autant, je ne perds pas contenance. Mon côté impulsif m’a déjà mis dans des situations bien plus embarrassantes. Et puis, j’ai bien envie de m’amuser. Si ce n’est ce soir, ce sera toujours bon d’obtenir l’information pour plus tard.

Employée chez Madame Guipure depuis le 28 février 2050

Au clair de lune nuit
Elle s’était arrêtée. Lui aussi était à l’arrêt – tant l’écho de ses pas sur les pavés que ses sifflotements étaient devenus muets. La curiosité piquée, Fabio attendit une réponse, celle que la sorcière lui apporterait, la raison qui expliquerait pourquoi leurs trajectoires n’avaient pas simplement fait de se croiser dans interruption.

Il remarqua les pauses qui s'étaient immiscées entre ses interrogations. Signifiaient-elles une hésitation ou bien une certaine forme d'embarras ? Ou bien venaient-elles témoigner du caractère spontané de son interpellation ?

Fabio vit le regard de la jeune femme s'attarder sur lui alors sans gêne, il l'observa en retour. Soudainement, il se souvint d'où venait la légère familiarité que lui inspiraient les traits de ce visage. La sorcière travaillait chez Madame Guipure – il y était passé lors de son premier jour de travail et elle l'avait conseillé sur les chapeaux. La vendeuse se souvenait-elle de lui ? Fabio aimait penser que oui.

La lumière jaune du réverbère laissait deviner le sourire que le sorcier arborait en répondant :

Des mélodies comme ça, à Godric's Hollow, on n'en trouve qu'à deux endroits.

Par comme ça, l'Egyptien entendait probablement quelque chose comme "qui continuaient de vivre leur vie de mélodie dans la tête des gens bien après que les instrument qui la leur insufflait s'étaient tus". L'un de ces endroits était – en toute modestie – la salle de spectacle avec les concerts qu'elle abritait. L'autre...

En l'occurence, elle vient du Misty. Le jazz club à la Rue Salazar. Vous connaissez ?

Curieux, il n'avait pas pu s'empêcher de demander. Au fil des mois, lui-même était devenu ce que l'un pourrait appeler un client habituel. Et compte tenu du nombre de fois qu'il avait déjà évoqué ou recommencé l'endroit, il pourrait pourrait même passer pour publicitaire des lieux, songea Fabio tout en s'amusant de la pensée.

Fab’ulous
#583400

Au clair de lune nuit
L'homme face à moi ne semble pas s'offusquer de ma curiosité lancée au travers de ma question impertinente. Il semblait même s'en amuser au vu du sourire qu'il arborait en me répondant.

Le Misty… Elle en avait entendu parler mais n'y avait encore jamais mis les pieds. De ce que j'en sais, il s'agit d'un club de jazz situé à l'intérieur du mur d'enceinte, mais pas si loin de chez moi. Je me demande pourquoi je ni suis-je jamais allée? L'ambiance est sans doute différente des bars bruyants que j'ai plutôt l'habitude de fréquenter.

- De nom, seulement, avouais-je. Mais vous m'avez rendu curieux. J'irais y faire un tour.

Peut-être pas ce soir au vu de l'heure avancée de la nuit et de ma tenue pas du tout adéquate pour une sortie de ce genre. Ce n'était pas le but que j'avais donné à ma balade en sortant de mon domicile et je comptais bien rester sur mon idée de profiter de la fraicheur de la nuit.

Mais en parlant de curiosité, l'homme avait évoqué une chose qui me titillait l'esprit, une nouvelle question à laquelle j'espérais bien trouver une réponse s'imposa. Car si le Misty lui tendait maintenant les bras, il y avait apparemment autre chose et j'avais l'impression que mon interlocuteur me mettait sur la piste.

- Au fait, quel est l'autre endroit? Celui où l'on trouve des mélodies identiques?

La conversation ne semblait pas le déranger alors autant la prolonger de quelques secondes avant de disparaitre tout deux dans la nuit.

Employée chez Madame Guipure depuis le 28 février 2050

Au clair de lune nuit
Fabio hocha la tête afin de montrer son approbation vis-à-vis de la conclusion à laquelle la jeune femme était venue :

Je vous le recommande vivement.

Avec un sourire, il se dit que s'il continuait de recommander le Misty aussi fréquemment qu'il le faisait ces derniers temps, le jazz club risquait de finir bondé – déjà qu'il était plutôt populaire... et à raison ! C'était bien l'un des quelques endroits qui faisait de Godric's Hollow une ville dans laquelle il appréciait vivre. Certainement pas la ville de ses rêves – pour cela, elle était (entre autres) bien trop souvent recouverte d'un manteau gris et froid –, mais la capitale sorcière restait une ville dans laquelle il pouvait raisonnablement se voir habiter les quelques prochaines années. En tout cas, il fallait dire que la proximité avec la Salle de Spectacle était plutôt pratique.

À propos : la vendeuse de Madame Guipure l'interrogea sur la seconde mélodie. Fabio en fut fort satisfait car c'était précisément la question qu'il avait espéré obtenir en formulant sa précédente réponse... quitte à glisser dans le rôle de conseiller culturel, autant se montrer un minimum complet. Et l'Egyptien n'avait aucun scrupule à ne pas se montrer désintéressé dans ses recommandations puisqu'il était sincèrement convaincu par leur qualité.

Pas identiques, oh que non ! Chacun de ces endroits a ses particularités et c'est bien pour ça qu'il est important que les deux existent parallèlement.

Inclinant la tête dans la direction de la sorcière comme s'il s'agissait-là d'une confidence – il ne pouvait pas s'empêcher d'ajouter ce petit côté théâtral-là – Fabio glissa :

La Salle de Spectacle. La connaissez-vous également que de nom ?

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Fab’ulous
#583400

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Une mélodie attirante en un simple sifflement entendu au coin d’une rue, une vive recommandation. Il n’en fallait pas plus pour me donner envie de visiter ce lieu. J’ignore encore qui je vais forcer à m’accompagner, mais ce qui est certain, c’est que je ne tarderai pas à me promener à nouveau. Je suis sûre que Isaac apprécierait ce genre d’endroit où l’on entend de la bonne musique.

L’homme mentionna ensuite la salle de spectacle de Godric’s Hollow. Effectivement, on n'y trouvait sans doute pas la même chose que dans un club de Jazz. L’ambiance devait être totalement différente. L’intention de se divertir était itinérante à ces deux adresses, mais le moyen d’y arriver n’était pas tout à fait le même et impliquait des choses assez différentes. À ce sujet, elle ne pouvait qu’être d’accord avec l’inconnu.

- Pas que de nom, non. J’ai eu l’occasion d’y mettre les pieds quelques fois.

Pour des concerts ou des pièces de théâtre, principalement. Au-delà de discuter autour d’un verre, j’aimais particulièrement me divertir de cette façon. Les spectacles humoristiques ont ma préférence, mais je reste ouverte à toutes possibilités. Fidèle à moi-même, je suis toujours fascinée par les costumes. C’est aussi une manière pour moi de voir ce qui se fait ailleurs que dans une boutique, dans un autre univers plus imaginaire celui-là.

- Vous êtes un habitué de ce lieu aussi?

Je m’étais permise à quelques suppositions. Car même s’il n’avait pas précisé fréquenter régulièrement ces deux endroits au cours de la conversation, je suis partie du principe qu’il devait les connaître suffisamment bien pour les recommander aussi vivement.

Employée chez Madame Guipure depuis le 28 février 2050