Un moment d’égarement - Partie 2

Adossé à sa chaise, fier de ses propositions, Erwan attendait en observateur assidu l’effet qu’aurait son annonce. Il ne fut pas déçu ! Ali manqua de s’étouffer avec sa bière et du tousser pour se remettre du choc de l’annonce. C’était gagné, enfin… ce serait d’autant plus gagné quand elle devrait boire une gorgée de son verre parce qu’elle aura choisit la mauvaise proposition. Ce qui arriva rapidement, sa réflexion était vite faite et Erwan ne pouvait pas la blâmer. Lui-même avait encore du mal à croire au fait qu’il était père… «Et bien ma très chère Ali, sache que je ne recommande pas du tout les prisons péruviennes ! On y est mal accueilli, les chambres sont sales, les repas froids et, le comble, on ne t’y parle qu’espagnol ! J’pige pas un mot d’espagnol moi ! J’ai rien fait de grave je te rassure, mais apparemment la fille avec qui je voyageais avait du acheter de la drogue ou quelque chose comme ça… Comme j’avais rien fait, j’ai pas voulu payer de pot-de-vin et la policia m’a laissé deux jours en prison pour que je revoie mon jugement. Ça n’a pas manqué, j’ai payé direct quand ils m’ont redemandé ! Bien joué.». Première vérité révélée. Erwan jubilait déjà de la suite. Il entama son deuxième verre, autant par plaisir de ce moment de jeu et de partage avec Alienor, que pour lui faire croire qu’elle avait raison et qu’il buvait à cause de sa réponse.

Quand il reposa son verre, son cœur battait plus vite. Comme si annoncer ça allait créer un gouffre entre eux, le jeune homme avait peur d’être jugé, il avait peur qu’Ali le rejette. Qu’elle lui fasse la morale d’être là à boire des coups plutôt qu’au chevet de son bébé… Mais si Ali, une de ses plus anciennes amies, ne le soutenait pas, alors qui le ferait ? C’était trop de responsabilités pour son âge, trop d’un coup, pour qu’il ne s’accorde pas ce moment hors du temps avec Ali, quitte à la regretter le lendemain matin… «J’ai vu un requin en Nouvelle-Zélande. Un gros truc tu vois, avec une tête aussi grosse qu’un anneau de Quidditch, mais j’l’ai vu dans un aquarium Ali… Va falloir que tu boives un coup, ou plutôt va falloir trinquer avec moi. Je suis papa depuis presque trois semaines…». Voilà, le cognard était lâché. Une info fracassante, dont Erwan espérait qu’elle ne se retourne pas contre lui et qu’Ali serait batter avec tact et empathie. Le sourire de l’anglais s’était quelque peu effacé. Il éprouvait autant de joie de l’annoncer que de peine de l’avouer. Il amena une nouvelle fois son verre à ses lèvres, pour se donner une contenance, pour cacher l’appréhension qui l’avait envahi.

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Un moment d’égarement - Partie 2
Il était donc allé au Pérou ! Et il avait vraiment fait deux jours dans une prison là-bas ? Aliénor en resta bouche bée bien que la mention de la drogue ne l’étonne pas tant que ça au vu de la région. Mais tout de même ça aurait pu mal se passer pour l’ancien Poufsouffle, elle avait bien du mal à s’imaginer son ancien camarade derrière des barreaux entourés de détenus latinos.

-Je t’apprendrais l’espagnol.

Lança-t-elle dans la discussion. Entre ces racines espagnoles, ces correspondances avec Izel et Camilla, et ces cours les vacances sur l’application de son téléphone avec son père, Aliénor ne cessait de s’améliorer dans cette langue. Elle sourit, toute fière d’avoir vu juste sur cette affirmation, en même temps, elle n’avait pas énormément de doutes quant à ces choix.

Erwan mentionna ensuite le requin, il en avait bien vu et ce que l’autre côté de la planète en Nouvelle-Zélande. Aliénor arrondit ces yeux, elle avait vraiment du mal à se rendre compte du périple d’Erwan et tout ce qu’il avait pu voir. Mais à la suite de son énoncé l’étudiante en sport fronça les sourcils. Attends… l’affirmation était fausse donc… « Je suis papa depuis presque trois semaines ». La bouche de la jeune fille s’ouvrit sans qu’elle ne puisse rien y faire et ces épaules tombèrent de chaque côté de sa nuque. Elle devait assimiler l’information, et quelle information !

-Attends quoi ? Papa ? T’as un mini-toi dans ton appart à Londres c’est ça que tu me dis ? Nan mais… tu dois me raconter ! Quand, où, avec qui ? Je la connais ? Mais attends ! Félicitations !

Aliénor bondit de sa chaise reprenant soudainement vie et ouvrit grand les bras pour offrir un câlin en toute amitié à son ancien camarade de promotion. Papa… Elle n’en revenait pas. Une fois l’accolade donnée Aliénor se rassit à sa chaise, l’air pensif, elle attrapa sa bière et but sa gorgée de circonstance avant de lever les yeux vers son ami.

-Maintenant raconte, je veux tout savoir !

Fini la séduction, ce n’était plus vraiment approprié et de toute façon ce n’était pas une bonne idée de base. Mais elle devait en savoir plus sur cette bombe qu’il venait de lâcher, c’était trop gros ! Si elle s’attendait à ça… C’était on ne peut plus inattendu. En même temps qui pouvait s’y attendre, ils avaient à peine 19 ans, ils sortaient juste de Poudlard ! Ça ne devait pas être dans les plans initiaux du garçon ! C’est à cause de ça qu’il avait pris ce travail chez Weasley ? Pour subvenir aux besoins de sa nouvelle famille ? C’était sa nouvelle famille d’ailleurs ? 2tait-il en couple ou alors ce bébé était-il un accident avec une inconnue sous ivresse ? Il y avait beaucoup trop de questions ! Aliénor ne pouvait pas attendre, elle avait besoin de réponses !

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Aliénor Delphillia Batteuse remplaçante des Chauves-souris de Fishucastel

Un moment d’égarement - Partie 2
Ali avait réagi à peu de choses près tel qu’Erwan l’avait imaginé. La franche surprise, l’accolade, les félicitations, puis la curiosité. Tout était là. Erwan fut soulagé qu’il n’y ait aucune once de jugement ou de mauvaise surprise dans sa réaction. Il n’y avait pas vraiment de raison pour qu’il y en ait, mais Erwan était depuis quelque temps en proie à des doutes inexpliqués, ce qui ne lui ressemblait pas. «J’vais tout te raconter, bien sûr ! On dirait une histoire de cinéma tellement c’est fou…». Et il exagérait à peine. Avoir été pris dans ses bras était vraiment réconfortant. Une fois les félicitations d’usage passées, Erwan se rassit également puis imita son amie en buvant une gorgée de bière. Il fallait qu’il raconte tout sans oublier de détails. «Je suis arrivé en Inde juste après avoir quitté l’Afrique. À Delhi, mais j’ai vite fui car la ville est tellement oppressante que c’en est à devenir fou ! Je me suis dirigé vers le nord, vers les chaînes de l’Himalaya. Après la chaleur africaine, j’avais envie de fraîcheur. Puis je me suis arrêté dans une petite ville appelée Manali. On n’est pas dans les grands sommets, mais c’est déjà haut. Bref, un jour, je me suis fait recaler par une très jolie fille qui s’est bien moquée de moi, le petit touriste. Elle avait, dans sa franchise et son tact, quelque chose qui me faisait penser à toi, d’ailleurs…». Il n’avait jamais vraiment fait le rapprochement, mais maintenant qu’il l’explicitait à l’oral, il était clair que la franchise, parfois brutale, et la façon de ne pas le ménager étaient des points communs que partageaient Ali et Anjali.

Il raconta ensuite comment lui et la belle Indienne étaient devenus amants, qu’ils avaient partagé une brève et passionnante histoire, pour que, finalement, presque huit mois plus tard, elle se retrouve sur le pas de sa porte. «Ça m’est tombé dessus d’un coup… J’rentrais d’une soirée au Pitiponk, je suis passé de presque saoul à bientôt papa en une fraction de seconde. J’peux te dire que ça te fait l’effet de dix douches froides ! Puis voilà… mon fils est né le quatre mai. On l’a appelé Vihan. Pour l’instant, ils habitent chez moi… On ne sait pas trop comment ça va se passer maintenant, Anjali cherche des appartements. Elle va sûrement finir ses études ici, mais rien n’est sûr pour l’instant. C’est pour ça que j’ai pris ce boulot, il me fallait un salaire rapidement et j’ai pas les fonds pour lancer mon commerce de jeux. Pas sûr que j’les aie un jour, mais bon…» Il avait plus ou moins fait le deuil de sa carrière de rêve, mais le dire à voix haute était plus douloureux qu’il ne l’avait pensé. «En tout cas, j’crois bien que tu dois boire un coup ! Et… je suis pas contre des cours d’espagnol !». Le gros de l’annonce était passé, et Erwan ne comptait pas la laisser gâcher la belle et bonne soirée qu’Aliénor lui faisait vivre !

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Un moment d’égarement - Partie 2
Aliénor réajusta sa position, comme pour s’installer plus confortablement en attendant le récit du garçon. Le dos bien calé contre le dossier de sa chaise, les yeux sur le visage du garçon pour capter ces expressions et les mains posées sur la table comme pour s’encrer dans le réel, elle se laissa porter par le récit. Quitter l’Afrique découvrir l’Inde et s’approcher des montagnes. L’étudiante tentait de s’imaginer les paysages et les visages de ces gens. Puis cette fille, visiblement au caractère bien trempé. Elle sourit à la comparaison avec l’inconnue. Puis l’annonce, rentrer de soirée et apprendre ça… C’est bien quelque chose qu’elle ne souhaiterait jamais vivre. Son regard changea et de l’amusement de l’amourette décrite, il passa à une sorte de tristesse partagée. Tout son monde a dû s’effondrer d’un coup. Aliénor posa un nouveau regard sur le garçon, il a dû réorganiser toute sa vie, et ce extrêmement rapidement. Elle connaissait Erwan, elle avait joué au quidditch avec lui et connaissait sa force mais une telle force mentale ? Non. Un tas de questions restaient en suspens et Aliénor quitta des yeux le visage de son ami pour le laisser tomber sur son verre et les bulles qui remontaient à l’infini vers le ciel pour se libérer de ce liquide.

Elle se ressaisit quand Erwan lui indiqua qu’elle devait boire. Elle lui sourit secouant la tête de gauche à droite avant d’avaler une gorgée, rejointe rapidement par le jeune papa.

-Je connais une super appli pour téléphone moldu et puis avec Izel j’ai eu des cours accélérés.

Son cœur se serra à l’évocation du Mexicain. Non, elle ne voulait pas y penser.

-Mais du coup, vous vivez ensemble ?Et tu veux faire quoi toi ? Parce que c’est ta famille… Tu veux t’installer avec eux ? Enfin t’es pas obligé de répondre, on peut passer à autre chose si tu veux. En tous cas si t’as besoin de quoi que ce soit n’hésite pas. L’Irlande c’est pas loin en transplanant et je connais le pas de ta porte.

Elle sourit au garçon avant de prendre une nouvelle gorgée de bière. Elle ne se voyait pas reprendre sur son petit jeu d’anecdotes. Elle n’avait rien d’aussi fou à dire… Mais avec la confession d’Erwan, elle ne se voyais pas rester sans rien dire et le laisser s’empatouiller dans ces histoires.

-J’ai l’impression de perdre mon copain, t’sais Izel, mon correspondant au Mexique, on est ensemble et… je sais pas j’ai l’impression qu’il est de plus en plus distant et moi… Je suis totalement perdue.

C’était étrange de déballer ça à Erwan, mais le dire aussi franchement lui enlevait un poids des épaules, poids qu’elle ne s’attendait pas à porter. Elle poussa un grand soupire avant d’enlacer ces doigts autour du verre frais et humide.

-On a qu’à trinquer à ça ! Aux histoires de cœur compliquées !

Elle leva son verre, le plaçant entre eux et sourit à Erwan. Trinquer pour boire et oublier leurs problèmes le temps d’une soirée.
Dernière modification par Alienor Delphillia le 13 juil. 2025, 08:03, modifié 1 fois.

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Un moment d’égarement - Partie 2
Ali aurait pu lui poser toutes les questions les plus indiscrètes qu’Erwan n’aurait pas été gêné. Ses interrogations étaient légitimes, le jeune homme lui-même se les était posées… Il n’avait pas, pour le moment, malheureusement, réponse à tout. «T’inquiète, ça m’dérange pas d’en parler. Au contraire… Oui, ils vivent tous les deux à l’appartement. Elle n’avait nulle part où aller, je pouvais pas lui dire d’aller ailleurs… Puis bon, c’est mieux pour le bébé. J’dors sur le canapé, moi. On cherche un logement pour elle, pas trop loin… On a habité ensemble quand j’étais en Inde, mais genre trois ou quatre semaines. Mais c’était surtout passionnel, tu vois ce que je veux dire… Mais au final, il n’y a rien entre nous, enfin… maintenant il y a un être humain, quoi…». Elle ne s’en doutait pas, mais son amie venait d’offrir à Erwan un exutoire formidable. Il n’avait pas encore eu l’occasion d’exprimer tout ça à voix haute. Et voilà qu’il pouvait tout déballer… Le simple fait de dire « il n’y a rien entre nous » était libérateur. Cela le peinait, il avait encore du mal à l’accepter, mais c’était la réalité. Elle et lui étaient désormais les parents d’un beau garçon, mais jamais ils ne s’aimeraient. Ce n’était pas comme ça qu’Erwan voyait son futur, mais il fallait l’accepter… c’était désormais son présent.

Il accompagna Ali en descendant lui aussi une gorgée de son verre. «Merci, je penserai à toi si j’ai besoin…». C’est vrai qu’ils pouvaient rapidement se retrouver. Puis ce fut au tour d’Ali de vider son sac… Erwan ne l’avait pas vu venir, mais pourquoi la forte, solide et coriace Aliénor n’aurait-elle pas, elle aussi, des failles ? C’était à son tour de se montrer à la hauteur, d’être l’ami qu’Ali méritait. Ainsi donc, Aliénor était en couple avec son correspondant et tout ne semblait pas bien se passer… Il trinqua volontiers aux histoires de cœur compliquées ! «Il semblerait qu’on y connaisse tous les deux un rayon ! Ça fait longtemps que tu l’as pas vu ? Ça doit être dur s’il est loin, non ?». Erwan n’aimait pas savoir Aliénor triste, encore moins pour des histoires de cœur. Il se rappelait très bien la discussion qu’ils avaient eue, où Ali lui avait dit qu’elle attendait la bonne personne. C’est tout ce qu’elle méritait… Mais voilà qu’elle ressentait le besoin d’en parler à Erwan. Lui qui lui avait dit qu’il serait toujours présent pour lui rappeler qu’elle était belle comme une fleur… Il chassa cette pensée de son esprit. Si son amie était perdue, au moins autant que lui, il ne fallait pas jouer à ce jeu là. Elle avait très certainement plus besoin d’une oreille attentive et de bons conseils que d’un admirateur éméché qui la perdrait encore plus. Heureusement qu’ils n’en étaient qu’à deux bières… Pas sûr qu’il aurait eut autant de facilité à avoir ce raisonnement avec une ou deux pintes de plus.

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Un moment d’égarement - Partie 2
Trinquer et boire une nouvelle gorgée. Une grande gorgée, certainement peu raisonnable, suivie d’une seconde gorgée. Pose cette bière Ali. Elle ne voulait pas plomber l’ambiance, surtout pas, alors hors de question de se laisser aller à la morosité. La jeune fille fit claquer son verre sur la table. Verre à moitié vide, sacrée descente…

-Depuis l’été dernier, le Mexique c’est pas vraiment à côté. Mais ça va, en s’envoie des lettres, on s’appelle quand on peut.

C’était loin d’être idéal dans l’esprit de la jeune fille et finalement, si c’était comme un poids en moins sur ces épaules de mettre des mots sur ce qu’elle ressentait, ça lui faisait aussi de la peine. Elle ne voulait pas ressentir de la peine, pas aujourd’hui, pas ce soir. Elle sourit à Erwan, un sourire autant pour le rassurer que pour la forcer à positiver. Il était hors de question qu’elle gâche cette soirée. Elle souffla un grand coup avant de reprendre vie, comme si son esprit revenait à elle, ici à Londres alors qu’avant il était partit quelque part dans la forêt amazonienne.

-Un humain c’est déjà un sacré lien. En plus il demande de l’attention celui-là, il compterait presque pour deux !

Elle ne savait pas de quoi elle parlait, mais c’était connu que les bébés ça prenait du temps et sa faisait baisser drastiquement le temps de sommeil des parents. Donc cette phrase paraissait à propos. Elle leva tout de même les yeux au ciel, cette phrase était une d’une banalité. Elle n’en était pas à là avec Erwan, ils se connaissaient depuis plus de 7 ans maintenant, elle ne voulait pas prétendre et faire juste la conversation comme on le ferait avec un simple collègue après le travail. Même si, être lié à quelqu’un via un enfant, ce n’était pas quelque chose d’anodin. Elle, elle avait quoi comme lien avec Izel ? Un tas, vraiment un tas de lien, mais rien d’aussi solide et durable qu’un être humain. Mais l’idée d’un bébé lui fit tourner la tête, un bébé… Ça change une vie, ça coupe une carrière, sa bouleverse tous les plans… Non sans façon !

-T’as eu un gosse en Inde, c’est quand même fou. Mais Weasley, ça te plait quand même hein ?

Voilà qui était un peu mieux, moins banal, plus réel. Après tout ça l’inquiétait vraiment. Tout avait dû aller si vite pour lui, prendre des décisions rapides et trouver un travail alimentaire. Parfois on se retrouvait à faire des choses qui ne nous plaisaient pas vraiment et c’était bien loin de ce qu’elle souhaitait pour son ami. Même s’il vivait un moment de sa vie plutôt…Compliqué, il ne devait pas non plus se mettre entièrement au second plan. Ils avaient 20 ans même pas et comme beaucoup le disait, c’était les meilleures années de leur vie ! Hors de question qu’il ne les gâche où qu’il ne s’enterre dans un travail qui ne lui apportait pas de bonheur. Après elle ne se faisait pas trop de bile non plus. Le magasin Weasley était un lieu merveilleux et même si l’univers n’était pas tourné qu’autour des jeux, Erwan y trouverait certainement son compte. En espérant qu’il laisse un peu de place à sa créativité quand son quota de sommeil lui permettra à nouveau de créer toute sortes de jeux.

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Un moment d’égarement - Partie 2
Si Erwan ne connaissait pas aussi bien Ali, son semblant de sourire aurait pu l’avoir mais ce n’était pas le cas. Il n’allait pas lui dire qu’il n’y croyait pas, il fallait être plus subtil. Lui aussi savait disséminer de faux sourires quand il le fallait mais ce n’était pas ce qu’il attendait de leur relation. Ali cachait un poids dont elle ne voulait pas parler, ou il y avait en tout cas quelque chose qu’elle préférait ne pas aborder. Il espérait qu’elle savait qu’elle pouvait le faire si tel était son besoin. Et comme elle ne le faisait pas, il fallait respecter son silence. «Ah oui… ça fait loin l’été dernier… Ça me paraît dur mais si tu me dis que ça va. J’suis là en tout cas si tu veux en parler.». Erwan hésitait entre l’admiration et l’incompréhension quand il entendait ces histoires de relations à distance… Pour lui qui s’évertuait à ne jamais s’attacher ça lui semblait fou. Comment pouvait-on s’aimer autant sans se voir ? Sans se toucher ? L’amour platonique était à mille lieues de son mode de vie et il n’arrivait pas à trancher sur ce qu’il en pensait. Était-ce si beau que cela méritait son respect ou était-ce un triste déni voué à l’échec ? L’attitude d’Ali semblait le conforter vers un des deux choix.

Alienor évitait le sujet en reparlant de Vihan au centre de sa relation avec Anjali. Cela devait vraiment être plus lourd à porter qu’elle ne voulait le dire ce soir… Ce fameux faux sourire en disait long. Mais Erwan avait fait son choix, ils étaient assez proches tous les deux pour qu’Ali soit assez à l’aise de lui parler de tout. Si elle ne voulait pas le faire elle avait ses raisons. Il était « son amour » après tout ! Fût-ce la quantité de bière déjà ingérée ou bien un nouvel élan de curiosité mais son amie sembla se ressaisir et le questionna sur son emploi au magasin Weasley. «C’est fou oui…» un silence passa malgré lui imposé par la folie de leur constat. «Mais oui ça me plaît de bosser là-bas. Ça aurait pu être tellement pire ! Au moins je suis dans mon élément… Avant que tout ça n’arrive, j’ai perdu mes grands-parents. Ils m’ont toujours encouragé à faire des jeux… Ils m’ont laissé un petit héritage pour que j’y arrive. J’espère que j’pourrai leur faire honneur un jour quand même.». Cela faisait du bien à dire. La force des choses lui avait imposé la mise en pause de ses projets personnels ambitieux, mais le fait de dire qu’il y croyait encore gardait ses rêves en vie. Cela prendrait sûrement du temps ce serait plus fastidieux encore que ça ne l’aurait déjà été, mais jamais il n’abandonnerait.

Oh et puis tant pis. La vie était trop courte pour ne pas suivre ses rêves, pour laisser une amie se terrer dans le silence. Cette réalisation poussa Erwan à aller encore un peu plus vers son amie. «Mais toi Ali… t’es sûre que ça va ? J’ai l’impression qu’il y a quelque chose qui va pas… Et» Le ton était devenu plus jovial un peu comme une porte ouverte à la confession qui libère. Un ton qui mettait en confiance et lui rappelait qui elle avait en face d’elle. Un ton peut-être légèrement influencé par l’alcool qui circulait actuellement dans son sang… Boire sans modération est toujours une mauvaise idée. Il le payerait demain ou plus tard encore mais il le payerait. «je n’aime pas voir mon amour qui me cache quelque chose.». Il adressa un malicieux clin d’œil pour atténuer sa prise de risque d’être allé là où Ali n’avait peut-être pas envie qu’il aille. Si c’était le cas il comptait sur elle pour lui dire sans détour ni diplomatie. On pouvait toujours compter sur elle pour dire franchement ce qu’elle avait à dire. Et elle pourrait toujours compter sur lui pour se préoccuper de son bonheur.

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Un moment d’égarement - Partie 2
Elle ne pouvait qu’acquiescer aux remarques de son ancien camarade de maison. C’était dur, ne pas le voir, ne pas le sentir rien qu’être en sa présence, ça manquait énormément à la jeune fille. Mais elle ne pouvait rien y faire, c’était un choix qu’elle avait fait et qu’elle devait assumer. Izel était étudiant au Mexique et elle en Irlande. Un océan entier s’érigeait entre eux deux et ils tentaient de maintenir cette flamme vacillante de l’amour en vie. Elle doutait oui, mais dès qu’elle repensait aux moments vécus avec lui, son cœur s’emballait à nouveau. Elle murmura un merci à Erwan en souriant. Elle préférait se concentrer sur son récit à lui.

Il était heureux chez Weasley et c’était déjà une très bonne chose. Il pouvait y exprimer une partie de ce qu’il avait reçu de ces grands-parents même si les jeux n’étaient pas le cœur d’activité de la boutique Weasley.

-Tu sais George Weasley se fait vieux, il devra bien arrêter un jour et Fred aura besoin de quelqu’un pour l’aider. Qui sait, tu finiras peut-être gérant de la boutique à ton tour !

Ce serait merveilleux. Il pourrait revoir l’image du lieu tout en gardant la nostalgie et la magie de cette boutique qui n’a jamais failli. Elle aurait presque hâte de voir cette éventualité se réaliser. D’autant qu’avec son tour du monde, il avait du en découvrir des jeux, des astuces, des produits du monde entier et encore inconnus ici. Finalement n’était-il pas un successeur parfait à la boutique des jumeaux ?

-En tous cas je suis certaine que tu sauras faire rêver des tas de gens en créant tes propres jeux.

Mais alors qu’elle se laissait aller à ces rêveries en caressant son verre frais, Erwan refit un virage sec dans la conversation qui fit redescendre Aliénor sur terre. La jeune joueuse de Quidditch se mordit l’intérieur de la joue. Mais elle ne put retenir un sourire en entendant Erwan l’appeler par ce surnom affectueux qu’elle avait pris l’habitude de lui donner.

-C’est du chantage affectif que d’utiliser ce surnom pour le faire parler !

Elle envoya une petite claque sur l’épaule de son ami avant de boire une nouvelle gorgée de bière. C’était faux, elle ne se sentait pas obligée. Mais forcée de constatée que son mal-être se voyait, et ce bien plus qu’elle ne le souhaitait. SI se confier sur sa relation a distance avait été une façon de dédramatiser l’annonce d’Erwan, elle ne s’attendait pas à ce que ça la touche autant.

-Je… J’en sais rien. J’ai juste l’impression de tout perdre en ce moment. Avec Izel c’est compliqué, ces lettres sont de plus en plus espacées dans le temps et à la fois est-ce que je peux lui en vouloir de vivre sa vie ? En plus il m’a parlé d’une autre fille dans une lettre et je sais pas, je peux pas m’empêcher de me faire des films. Et puis à l’ISMI j’avais une amie, tu te souviens ? Fiona elle était en sport et soin et à Poufsouffle avec nous et elle faisait beaucoup de courses de balais mais finalement elle a changé d’école et j’ai l’impression d’être toute seule maintenant. Il y a toujours Eliott mais c’est pas pareil.

Elle soupira avant de prendre une nouvelle gorgée de bière et terminer pour la seconde fois de la soirée son verre. Elle le reposa sur la table en soupirant.

-J’crois que je suis totalement paumée…

Elle leva des yeux de croup vers Erwan, légèrement humides mais retenant la moindre larme. Elle n’allait tout de même pas pleurer alors qu’elle retrouvait son ami ce soir. Elle n’aimait pas avoir ce genre de pensées, elle n’aimait pas être vulnérable et même si c’était Erwan, elle n’aimait pas se montrer faible et morose. Non, elle, elle était forte et s’amusait de tout. C’était bien mieux comme ça.

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Devenir un jour le gérant du magasin Weasley Farces pour sorciers facétieux était un doux rêve qu’il n’osait même pas toucher du doigt… Certes c’était un beau fantasme mais Erwan préférait rester plus terre à terre en ce moment. De plus, après avoir vu George travailler au magasin, il fallait se rendre à l’évidence que c’était une force de la nature et qu’il n’était pas prêt de laisser la boutique à son fils. Mais il remercia tout de même son amie pour sa confiance et le sublime compliment qu’elle lui avait glissé. Les compliments qui venaient d’Ali avaient une saveur toute particulière tellement ils dégoulinaient de franchise. Erwan attendait de voir comment elle allait prendre sa demande. Le sourire après avoir entendu « mon amour » la tape dans le dos pour ne pas avoir à dire « merci d’être un ami » tous ces signes réconfortèrent Erwan et lui firent comprendre qu’il avait bien fait. Les ressentis d’Ali étaient bien plus profonds et en proie aux doutes qu’elle ne l’avait laissé entendre en en parlant la première fois et Erwan ne pouvait que comprendre pourquoi. Aliénor aimait quand les choses filaient aussi droit que des cognards sauf que ce qu’elle décrivait ressemblait plus à des cognards ensorcelés qui partaient dans le sens opposé à celui où on les avait frappés…

Cet Izel avait intérêt à ne pas faire souffrir Ali… Sinon… Probablement rien, mais il aurait les oreilles qui sifflent sur plusieurs générations ! Erwan réagissait verbalement à tout ce que lui disait son amie tout en écoutant attentivement les moindres détails. «Une autre fille !? Mais il est bête ou quoi ? Même si c’est personne c’était sûr que ça t’inquiéterait…» ou encore «Ahh mince… Pas cool qu’elle soit partie… C’est sûr que ça met un coup au moral…» et même «Au moins tu as des amis loyaux qui sont là pour toi. Moi aussi je suis là, je bouge plus d’ici !». Sa bière descendait aussi vite que celle d’Ali pendant qu’il se montrait plus attentif aux ressentis de son ancienne coéquipière qu’à sa descente de boisson. Sa dernière phrase eut le même effet qu’un bain d’eau glacée. C’était normal, ça arrivait à tout le monde de ne plus trop savoir où ils en étaient, mais Erwan n’avait jamais vu Ali dans un tel moment. Un élan d’empathie s’empara de lui, c’était trop pour son cœur tendre.

Il posa sa main dans le cou d’Aliénor en passant son bras par-dessus son épaule. Entre la tape amicale dont les coéquipiers de Quidditch avaient l’habitude et le geste doux qui se voulait rassurant de sa simple présence, Erwan avait le mérite d’avoir essayé. Il aurait aimé la prendre dans ses bras pour lui dire que tout allait rentrer dans l’ordre et que ça allait aller mais le geste lui paraissait déplacé. Il commençait à avoir pas mal bu et il savait très bien que sommeillait en lui cette saine attirance physique pour son amie. Il lui avait déjà avoué dans le passé, la prendre dans ses bras combien même ses intentions étaient pures et amicales relevait d’une limite qu’il ne pensait franchissable ce soir. Ça ne l’empêchait pas de lui dire ! «Tu… tu traverses une sale passe mais ça va aller Ali ! Ton amoureux serait vraiment le dernier des idiots s’il laissait passer ça.» À la mention de « ça » Erwan désigna le corps d’Ali comme elle-même l’avait fait dans ce fameux pub de Bristol sauf qu’en désignant « ça » Erwan parlait autant de son âme que de la belle enveloppe qui la contenait. «Puis si jamais il merde je lui enverrai un colis entier de Frisbee à dents ensorcelés ! Non mais oh ! Pour l’école je suis désolé mais il va falloir arrêter d’être aussi forte ! Tu commences par en décourager une, puis deux, trois et tu finiras la seule étudiante ! Fais un effort pour t’intégrer, baisse ton niveau de jeu s’il te plaît. Je… j’suis sûr que c’est qu’un mauvais moment à passer !» L’humour avait le mérite de tout faire passer. Et si les problèmes d’Ali mettraient peut-être, eux, quelques temps à se régler, leur poids pouvait disparaître ce soir grâce à la magie de la bonne compagnie et de la bonne blague au bon moment ! Erwan termina son verre cul sec histoire qu’Aliénor ne prenne pas trop d’avance sur lui. «On en prend une autre pour pas se laisser abattre ?».

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Un moment d’égarement - Partie 2
Les réactions de son ami fusaient tout au long de son discours. Parfois elle faisait la moue, parfois il lui arrachait un sourire. Mais ça faisait du bien de se sentir soutenue et comprise. Même si Erwan n’avait pas connu cette vie étudiante, il faisait l’effort, tentait de la comprendre et de se mettre à sa place. Le contact du garçon perturba un instant Aliénor qui se raidit avant de se détendre la seconde suivante. C’était Erwan et même si elle aurait aimé un rapprochement physique quelque minutes auparavant, les cartes étaient rebattues ce soir. Les annonces et les confidences les rapprochaient certes, mais elle avait besoin d’un ami bien plus qu’un amant ce soir et serait ravie de le trouver en la personne d’Erwan. Elle accueillit donc ce geste et les mots qui l’accompagnèrent sans arrière-pensée, profitant juste du contact chaud et rassurant dans son cou en fermant pendant quelques secondes les yeux et en reprenant le contrôle de sa respiration.

Elle rouvrit les yeux à la fin de la phrase du garçon, décalant sa tête pour libérer la main du garçon alors qu’un sourire amusé ornait ces lèvres. Il était vraiment devenu charmeur à temps plein celui-là ! Même sans le vouloir visiblement ce qui amusait beaucoup la jeune fille, et ce côté lié à sa protection quoi qu’étrange à coup de frisbee à dents termina de faire sourire Aliénor qui se laissa aller à un rire sincère.

-On en prend une autre.

Elle fit un clin d’œil au garçon avant de pencher la tête en arrière et commander deux nouvelles bières qui ne tardèrent pas arriver. Aliénor leva son verre pour trinquer à nouveau avec son ami et poursuivre la discussion.

-C’est pas ma faute s’ils sont nuls ! Je ne baisserais pas mon niveau de jeu pour eux, et puis moins de concurrence c’est plus de place dans les équipes officielles !

Fiona n’était pas un risque pour prendre sa place dans une équipe vu qu’elle faisait principalement des courses sur balai et que de toute façon elle n’en faisait plus. Mais c’était un constat réel. Ces coéquipiers d’aujourd’hui seront certainement ces adversaires de demain et ils se battront pour les mêmes places qu’elle. Mais pour l’instant elle était étudiante et ce pour encore une année, elle n’avait pas besoin de réfléchir à tout ça et ça l’arrangeait bien.

-Plus sérieusement le niveau est fou, il y une concentration de joueurs incroyable assez dingue. Mais je me sens à ma place. Et puis t’as raison, c’est pas parce qu’on est pas dans la même école qu’on devient des étrangers. D’ailleurs t’as des nouvelles autres un peu ? J’écrit à Eileen, Minie et Gryffs assez souvent mais on a pas encore eu l’occasion de se revoir.

Garder des relations, ce n’était pas chose facile. Mais elle s’y tenait. Envoyer des lettres tous les mois, mais elle devrait leur proposer de sortir un de ces 4. Ce serait tellement sympa et ils ont tellement de choses à se dire.

Perséphone: Batteuse, reine des Rumeurs
J'ai plus de virilité dans mon petit doigt que toi dans tout ton corps.
Aliénor Delphillia Batteuse remplaçante des Chauves-souris de Fishucastel