Je t'emmène avec moi
Sa main se dépose sur ma joue, plus légère que la brise du vent, aussi brûlante que le regard du soleil. Je pourrais m'en déloger avec une simplicité folle. Il ne me faudrait qu'un mouvement pour attraper ma baguette et faire voler Gabryel sur dix mètres. J'ai une vision très claire de cette scène dans mon esprit et elle continue de se répéter en boucle lorsqu'il s'approche. Je la répète encore lorsque mes yeux se ferment en miroir des siens et je la répète toujours lorsque son souffle se mêle tant au mien que je suis incapable de les différencier. Tout le long, la scène est là. Elle se joue de dix façon différentes, elle se termine toujours par le bruit sourd du corps de Gabryel qui tombe par terre. Ce corps qui se penche sur moi, ces bras qui m'entourent, ces mains en coupe autour de mon visage et l'autre posée sur ma hanche sans souhait aucun de me retenir de m'en aller si je le désirais, cette chaleur que nous produisons ensemble et la forêt qui s'est tue autour de nous, qui n'existe plus mais dont j'essaie désespéramment de me rappeler. Tout contre son torse, j'ai l'impression qu'il pourrait sentir mon cœur s'ébattre.
Je sais ce qu'il va se passer — mon corps immobile me le dit. Alors dans un sursaut d'angoisse venue dont ne sais où, je me mets à à me remémorer tous les moments où j'ai fui Gabryel, quand j'ai récupéré une main, détourné le regard, tourné la tête pour m'éloigner, quand j'ai fait un pas en arrière, que j'ai froncé les sourcils ou haussé les épaules. Il me suffirait de reproduire la même chose. C'est simple pourtant. Bouger, reculer, éviter. Je devrais le faire. Je vais le faire. Mais il dépose ses lèvres sur les miennes et je n'ai toujours rien fait.
La seconde d'après, c'est moi qui m'avance pour affermir le contact et sceller définitivement nos visages l'un avec l'autre. Une partie de moi refuse tout simplement qu'il ait agi seul et qu'il pense qu'il a ce contrôle sur moi ; une autre partie renâcle profondément à ce geste car elle sait qu'il pourra s'en servir de preuve pour affirmer que j'en avais envie aussi ; la dernière partie, enfin, en a effectivement envie et somme aux deux autres de se taire. Étrangement, elles obéissent.
Ses lèvres sont douces, très différentes de celles que j'ai déjà embrassées. Maladroites, retenues, douces. Une couverture de soie sur mon visage. Son souffle a le goût de la magie quand elle coule sans retenue dans nos veines ; j'en prends davantage. Sans savoir exactement pourquoi je le fais, je retrouve enfin le contrôle de mon corps pour venir crocheter ma main autour de son col, sans pour autant l'attirer vers moi.
Je le revois petit garçon étendu dans la boue, les yeux vissés à une grenouille ; je le revois tout aussi petit, dressé avec sa colère amusante, audacieux avec sa baguette pointé sur moi ; je le revois le regard brillant d'attente et d'espoir que je lui enseigne la magie, et le plaisir qui colore son regard lorsque j'accepte ; je le revois enfant, adolescent, désormais adulte, je le revois durant cinq ans, je connais mille nuances de son visage, je connais tous les tons que peuvent prendre sa voix, je connais déjà la sensation de sa main sur son visage et m'est aussi familière celle de ses doigts doucement posées sur ma hanche.
Ce baiser aussi m'est familier. Il sent le sous-bois les jours de pluie. C'est peut-être cela qui m'effraie. Une pointe soudaine qui s'enfonce dans mon cœur. Mes doigts se serrent plus fort autour de son col et mes lèvres cessent de suivre la douceur de Gabryel. Je prends le contrôle, je donne un ton à ce qui est en train de produire en me hissant sur la pointe des pieds pour cesser d'avoir l'impression que mon horizon et mon monde entier est constitué du visage de Gabryel et de son torse plus large que le mien. Il y a une certaine impatience dans mes gestes, née de la violence de l'angoisse qui fuse dans mes veines, mais je suis incapable de distiller cette violence dans mes mains, justement parce que je sais qui elles touchent et qui elles agrippent.
J'ouvre légèrement les paupières. Ses longs cils noirs caressent ma joue. Le haut de ses joues est rosé. Ses mèches de cheveux sur son front s'amusent doucement dans le vent et se mêlent aux miennes. Une chaleur se répand dans mon cœur ; une tendresse qui n'a pas de nom, de laquelle on ne doit pas parler, qui me coupe le souffle. Qui m'effraie.
Doucement, totalement consciente que je le fais à reculons car j'aurais préféré que ce baiser se poursuive pendant encore longtemps, si seulement j'étais capable de faire taire mes pensées, je détache mes lèvres des siennes et recule la tête, déjà prête à mettre un, deux, trois mètres de distance entre nous et de me draper d'une fierté qui rendra ce moment inexistant. Encore prête à avaler les centimètres qui nous séparent et exiger que nous poursuivions, seulement pour que le reste cesse d'exister.
Je le sais et toi aussi tu sais tout ce que j'en pense.
Quel moment sublime tu viens de me faire vivre. Merci. (et cette chanson ! magnifique !)
Je sais ce qu'il va se passer — mon corps immobile me le dit. Alors dans un sursaut d'angoisse venue dont ne sais où, je me mets à à me remémorer tous les moments où j'ai fui Gabryel, quand j'ai récupéré une main, détourné le regard, tourné la tête pour m'éloigner, quand j'ai fait un pas en arrière, que j'ai froncé les sourcils ou haussé les épaules. Il me suffirait de reproduire la même chose. C'est simple pourtant. Bouger, reculer, éviter. Je devrais le faire. Je vais le faire. Mais il dépose ses lèvres sur les miennes et je n'ai toujours rien fait.
La seconde d'après, c'est moi qui m'avance pour affermir le contact et sceller définitivement nos visages l'un avec l'autre. Une partie de moi refuse tout simplement qu'il ait agi seul et qu'il pense qu'il a ce contrôle sur moi ; une autre partie renâcle profondément à ce geste car elle sait qu'il pourra s'en servir de preuve pour affirmer que j'en avais envie aussi ; la dernière partie, enfin, en a effectivement envie et somme aux deux autres de se taire. Étrangement, elles obéissent.
Ses lèvres sont douces, très différentes de celles que j'ai déjà embrassées. Maladroites, retenues, douces. Une couverture de soie sur mon visage. Son souffle a le goût de la magie quand elle coule sans retenue dans nos veines ; j'en prends davantage. Sans savoir exactement pourquoi je le fais, je retrouve enfin le contrôle de mon corps pour venir crocheter ma main autour de son col, sans pour autant l'attirer vers moi.
Je le revois petit garçon étendu dans la boue, les yeux vissés à une grenouille ; je le revois tout aussi petit, dressé avec sa colère amusante, audacieux avec sa baguette pointé sur moi ; je le revois le regard brillant d'attente et d'espoir que je lui enseigne la magie, et le plaisir qui colore son regard lorsque j'accepte ; je le revois enfant, adolescent, désormais adulte, je le revois durant cinq ans, je connais mille nuances de son visage, je connais tous les tons que peuvent prendre sa voix, je connais déjà la sensation de sa main sur son visage et m'est aussi familière celle de ses doigts doucement posées sur ma hanche.
Ce baiser aussi m'est familier. Il sent le sous-bois les jours de pluie. C'est peut-être cela qui m'effraie. Une pointe soudaine qui s'enfonce dans mon cœur. Mes doigts se serrent plus fort autour de son col et mes lèvres cessent de suivre la douceur de Gabryel. Je prends le contrôle, je donne un ton à ce qui est en train de produire en me hissant sur la pointe des pieds pour cesser d'avoir l'impression que mon horizon et mon monde entier est constitué du visage de Gabryel et de son torse plus large que le mien. Il y a une certaine impatience dans mes gestes, née de la violence de l'angoisse qui fuse dans mes veines, mais je suis incapable de distiller cette violence dans mes mains, justement parce que je sais qui elles touchent et qui elles agrippent.
J'ouvre légèrement les paupières. Ses longs cils noirs caressent ma joue. Le haut de ses joues est rosé. Ses mèches de cheveux sur son front s'amusent doucement dans le vent et se mêlent aux miennes. Une chaleur se répand dans mon cœur ; une tendresse qui n'a pas de nom, de laquelle on ne doit pas parler, qui me coupe le souffle. Qui m'effraie.
Doucement, totalement consciente que je le fais à reculons car j'aurais préféré que ce baiser se poursuive pendant encore longtemps, si seulement j'étais capable de faire taire mes pensées, je détache mes lèvres des siennes et recule la tête, déjà prête à mettre un, deux, trois mètres de distance entre nous et de me draper d'une fierté qui rendra ce moment inexistant. Encore prête à avaler les centimètres qui nous séparent et exiger que nous poursuivions, seulement pour que le reste cesse d'exister.
Je le sais et toi aussi tu sais tout ce que j'en pense.
Quel moment sublime tu viens de me faire vivre. Merci. (et cette chanson ! magnifique !)
Je t'emmène avec moi
Lorsqu’Aelle relacha son étreinte, le garçon ouvrit les yeux. La clairière s’offrait comme un souffle au cœur de la forêt, un écrin secret que seule la lumière d’octobre savait caresser ainsi. Les troncs noueux des chênes et des bouleaux formaient une enceinte irrégulière, laissant filtrer, entre leurs branches déjà dénudées par endroits, de longs rais dorés qui semblaient danser dans l’air immobile. Le soleil, bas mais éclatant, déposait sur l’herbe humide des éclats de cuivre et d’émeraude, comme si chaque brin était serti d’un bijou minuscule.
L’odeur de terre humide, mêlée à celle, plus sèche, des feuilles mortes, montait du sol et emplissait l’air d’une douceur presque sucrée. De temps à autre, une bouffée plus vive venait, portée par un souffle discret, apportant la senteur salée d’une mer lointaine ou le parfum âpre de la bruyère. Le vent lui-même paraissait marcher sur la pointe des pieds, effleurant à peine les fougères qui bordaient le cercle herbeux, comme pour ne pas troubler le secret des lieux.
Au-dessus, le ciel était d’un bleu lavé, strié de nuages fins qui ressemblaient à des plumes effilochées. Dans cette lumière tendre, deux geais passèrent en criant, leurs ailes battant l’air avec une urgence joyeuse. Plus haut encore, une buse décrivait de larges cercles, immobile par instants, puis glissant à nouveau dans un silence presque irréel. On entendait le clapotis d’un ruisseau, invisible mais tout proche, mêlé au craquement délicat des feuilles écrasées par un écureuil pressé de rejoindre son grenier végétal.
Chaque détail semblait plus intense, comme si le temps s’était ralenti pour mieux graver ce moment dans la mémoire. La chaleur du soleil, malgré la fraîcheur d’octobre, s’installait doucement sur la peau, tel un chuchotement rassurant. Les ombres, longues et fines, s’allongeaient paresseusement, s’entremêlant au sol comme les doigts d’amants encore hésitants.
C’était un lieu qui semblait avoir été attendu, découvert au détour d’un sentier par hasard, et qui pourtant donnait l’impression d’avoir toujours été là, prêt à accueillir un instant de silence partagé. Comme ce premier baiser, tout y paraissait plus clair, plus vif, plus vrai. Les couleurs, les sons, les parfums… chaque nuance vibrait comme un secret confié à demi-mot.
Le Rouge et Or se mit à courir dans l’herbe, les bras levés vers le ciel, le bonheur chevillé au corps, poussant des cris de joie comme un soleil retrouvé après un hiver sans fin. Il finit par revenir vers la jeune fille, et s’écroula à ses pieds, le visage face au ciel. Un large sourire radieux ne quittait pas ses lèvres. À cet instant, Gabryel savait qu’en quittant la clairière, il resterait dans son cœur la certitude d’avoir vu, ne serait-ce qu’une fois, la forêt respirer dans toute sa lumière, au rythme de leurs corps enlacés.

Fin pour moi. Encore et encore merci de m’autoriser à partager avec toi ces rp si inspirants pour moi.
L’odeur de terre humide, mêlée à celle, plus sèche, des feuilles mortes, montait du sol et emplissait l’air d’une douceur presque sucrée. De temps à autre, une bouffée plus vive venait, portée par un souffle discret, apportant la senteur salée d’une mer lointaine ou le parfum âpre de la bruyère. Le vent lui-même paraissait marcher sur la pointe des pieds, effleurant à peine les fougères qui bordaient le cercle herbeux, comme pour ne pas troubler le secret des lieux.
Au-dessus, le ciel était d’un bleu lavé, strié de nuages fins qui ressemblaient à des plumes effilochées. Dans cette lumière tendre, deux geais passèrent en criant, leurs ailes battant l’air avec une urgence joyeuse. Plus haut encore, une buse décrivait de larges cercles, immobile par instants, puis glissant à nouveau dans un silence presque irréel. On entendait le clapotis d’un ruisseau, invisible mais tout proche, mêlé au craquement délicat des feuilles écrasées par un écureuil pressé de rejoindre son grenier végétal.
Chaque détail semblait plus intense, comme si le temps s’était ralenti pour mieux graver ce moment dans la mémoire. La chaleur du soleil, malgré la fraîcheur d’octobre, s’installait doucement sur la peau, tel un chuchotement rassurant. Les ombres, longues et fines, s’allongeaient paresseusement, s’entremêlant au sol comme les doigts d’amants encore hésitants.
C’était un lieu qui semblait avoir été attendu, découvert au détour d’un sentier par hasard, et qui pourtant donnait l’impression d’avoir toujours été là, prêt à accueillir un instant de silence partagé. Comme ce premier baiser, tout y paraissait plus clair, plus vif, plus vrai. Les couleurs, les sons, les parfums… chaque nuance vibrait comme un secret confié à demi-mot.
Le Rouge et Or se mit à courir dans l’herbe, les bras levés vers le ciel, le bonheur chevillé au corps, poussant des cris de joie comme un soleil retrouvé après un hiver sans fin. Il finit par revenir vers la jeune fille, et s’écroula à ses pieds, le visage face au ciel. Un large sourire radieux ne quittait pas ses lèvres. À cet instant, Gabryel savait qu’en quittant la clairière, il resterait dans son cœur la certitude d’avoir vu, ne serait-ce qu’une fois, la forêt respirer dans toute sa lumière, au rythme de leurs corps enlacés.

Fin pour moi. Encore et encore merci de m’autoriser à partager avec toi ces rp si inspirants pour moi.
Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR
Je t'emmène avec moi
C'est lui qui met de la distance entre nous. Soudainement il s'éloigne et ce n'est pas le jeune homme que j'ai embrassé qui se met à courir dans la clairière, mais le garçon que j'ai rencontré lorsque j'étais en troisième année. Mes pieds se déplacent dans la terre lorsque je tourne sur moi-même pour continuer de le suivre du regard. Je suis encore là-bas, dans notre étreinte. Je sens encore la sensation douce de ses lèvres sur les miennes et ma peau ne s'est pas débarrassée de cette chaleur soudaine qui l'a recouverte ; mon cœur palpite toujours, il s'emballe encore. Et Gabryel court comme l'enfant qu'il a été et qu'il est encore parfois, il pousse des cris de joie, il exprime son bonheur dans sa course. Je le regarde, un peu ébahie c'est vrai, incapable de faire autrement. Jusqu'à ce qu'il vienne s'allonger à mes pieds et que son sourire m'attire à lui.
Je m'accroupis à côté de lui. Ainsi, je le surplombe. J'ai tout le loisir d'observer les traits de son visage et les ombres qui courent sur ses paupières. Ses yeux sont des puits de lumière ; ses lèvres de viles tentatrices. Je reste ainsi un moment, plongé dans ses yeux, le cœur battant faiblement à l'intérieur de moi. Je ne sais pas ce que je ressens et je crois que je n'ai pas envie de savoir. Le monde s'est tu autour de moi et mon horizon s'est réduit au visage de Gabryel et à la forêt qui nous entoure. Ce serait si simple s'il n'existait que cela au monde. Le souvenir de ce baiser et la joie simple de ce garçon devenu jeune homme.
Pendant les quelques secondes qui suivent, il ne reste effectivement que cela. Lui, allongé par terre avec son sourire grand comme une comète sur le visage ; moi, les yeux baissés vers lui, mon regard plongé dans le sien. Je découvre après coup, au bout d'un moment seulement, que mes lèvres également se sont étirées. Pas aussi grand que les siennes, évidemment, de façon beaucoup plus discrète, quasiment invisible, mais elles sont étirées quand même.
Et c'est peut-être vrai qu'à ce moment-là n'existe rien d'autre que nous deux et ce que nous avons partagé. Sans pensée parasite, sans la barrière de ma fierté, sans questionnement. Parce qu'après toutes ces années, Gabryel Fleurdelys m'a embrassé et c'est comme si j'attendais cela depuis très longtemps, mais sans l'avoir su avant ce jour. Avec ce baiser, c'est comme s'il scellait quelque chose. Comme s'il me disait : je suis là et je veux rester près de toi, peu importe ce que tu exiges de moi. Alors je lui souris en retour de son sourire et c'est comme si je lui disais : je veux que tu restes près de moi, peu importe ce que j'exige de toi.
Je m'habituerai à toi, Gabryel. À ta présence, à ton écoute, à ton regard, à tes baisers. Alors n'espère pas t'éloigner une seule seconde et sois toujours présent quand je voudrais de toi. Il se passera parfois des semaines sans que je le désire, parfois des mois, mais je finirai toujours par revenir vers toi. Parce que ce que nous avons, toi et moi, personne d'autre ne l'a. Tu es mon souffle quand je le perds. Ne l'oublie pas toutes ces fois où je te repousserai, tous ces mois sans avoir de mes nouvelles, toutes ces fois où je te congédierai avec des regards noirs. Ne l'oublie pas, parce que moi je ne pourrais jamais le faire.
Et fin pour moi également, mais jamais pour eux. Merci à toi et à toutes ces années d'écriture commune — jamais je ne pourrais me lasser de ce que ça fait, d'écrire avec toi.
Je m'accroupis à côté de lui. Ainsi, je le surplombe. J'ai tout le loisir d'observer les traits de son visage et les ombres qui courent sur ses paupières. Ses yeux sont des puits de lumière ; ses lèvres de viles tentatrices. Je reste ainsi un moment, plongé dans ses yeux, le cœur battant faiblement à l'intérieur de moi. Je ne sais pas ce que je ressens et je crois que je n'ai pas envie de savoir. Le monde s'est tu autour de moi et mon horizon s'est réduit au visage de Gabryel et à la forêt qui nous entoure. Ce serait si simple s'il n'existait que cela au monde. Le souvenir de ce baiser et la joie simple de ce garçon devenu jeune homme.
Pendant les quelques secondes qui suivent, il ne reste effectivement que cela. Lui, allongé par terre avec son sourire grand comme une comète sur le visage ; moi, les yeux baissés vers lui, mon regard plongé dans le sien. Je découvre après coup, au bout d'un moment seulement, que mes lèvres également se sont étirées. Pas aussi grand que les siennes, évidemment, de façon beaucoup plus discrète, quasiment invisible, mais elles sont étirées quand même.
Et c'est peut-être vrai qu'à ce moment-là n'existe rien d'autre que nous deux et ce que nous avons partagé. Sans pensée parasite, sans la barrière de ma fierté, sans questionnement. Parce qu'après toutes ces années, Gabryel Fleurdelys m'a embrassé et c'est comme si j'attendais cela depuis très longtemps, mais sans l'avoir su avant ce jour. Avec ce baiser, c'est comme s'il scellait quelque chose. Comme s'il me disait : je suis là et je veux rester près de toi, peu importe ce que tu exiges de moi. Alors je lui souris en retour de son sourire et c'est comme si je lui disais : je veux que tu restes près de moi, peu importe ce que j'exige de toi.
Je m'habituerai à toi, Gabryel. À ta présence, à ton écoute, à ton regard, à tes baisers. Alors n'espère pas t'éloigner une seule seconde et sois toujours présent quand je voudrais de toi. Il se passera parfois des semaines sans que je le désire, parfois des mois, mais je finirai toujours par revenir vers toi. Parce que ce que nous avons, toi et moi, personne d'autre ne l'a. Tu es mon souffle quand je le perds. Ne l'oublie pas toutes ces fois où je te repousserai, tous ces mois sans avoir de mes nouvelles, toutes ces fois où je te congédierai avec des regards noirs. Ne l'oublie pas, parce que moi je ne pourrais jamais le faire.
— Fin —
Et fin pour moi également, mais jamais pour eux. Merci à toi et à toutes ces années d'écriture commune — jamais je ne pourrais me lasser de ce que ça fait, d'écrire avec toi.