La respiration lente, Hjúki gisait sur l’herbe, paupières abaissées, écoutant les frémissements de la Nature. Astaroth reposait sur une partie de son torse, le reste de ses anneaux sinuant sur l’herbe. Elle n’avait pas l’air incommodée par les légères élévations de son corps que son souffle provoquait. Du moins, pas au point de rompre le contact. Il se remémorait mentalement des airs de Vivaldi. La première fois qu’il avait ressenti ses couleurs, il était si petit… y penser lui donnait l’impression de replonger dans une autre vie. Plus récemment, il avait découvert par un ballet en duos que Seán lui avait présenté les Saisons qu’il croyait connaître : construites, texturées d’un toute autre manière. Pas forcément plus plaisante, sa préférence restait au phrasé vivaldien pour le deuxième mouvement de l’Hiver. Certaines réflexions printanières l’avaient en revanche bouleversés. C’est de cette architecture de cordes que le mage s’emplissait la tête, la superposant aux chants environnements. Le clapotis d’un cours d’eau au lieu, le paisible sifflement de la serpente, le bruissement des brins d’herbe sur lesquels il reposait, le vrombissement de quelque insecte ; entités formant un charmant ensemble symphonique. La vibration de sa baguette ; bourdonnait-elle ? ses doigts lâches ne la tenaient pas fermement. Ce n’était pas son habitude, que de se rendre attentif à ses murmures. Les interludes du minimaliste, à la fois peu naturels par manque d’acoustique et trop naturels par l’intégration au paysage de mélodies nues de la nature. De de piaillements issus de résonateurs organiques, vivants. En sifflotement, quelques fragments musicaux s’échappent de ses lèvres. Cette expiration modulée ne fait pas autant résonner tout le corps comme le chant, la variation doit être discrète pour sa serpente. Qu’en ressent-elle ? La musique n’est pas que phonique, quand elle vrombit des semelles jusque dans la poitrine… ces vagues lui sont peut-être plus perceptibles. Sa prise se raffermit sur l’instrument de bois alors qu’il ne regarde toujours pas les nuages. Que raconteraient-ils, ce matin ? en ce moment, il sent exactement quel alignement musical faire couler de son fuseau. Ils se construisent dans son esprit, accompagnés de la base imaginative de Richter ; ces chants en volées. Les mécanismes se mettent en place, le geste pensé avoir soin, jusqu’au bout des ongles. *Avis !*. Ce n’est qu’à ce moment qu’il ouvre les yeux, rencontre les moineaux invoqués par sa Musique. Aussitôt vocal, Hjúki n’attend rien d’autre de l’apparition que de remplir éphémèrement l’espace, compléter la composition. Il se redresse, à peine, pour ne pas faire basculer Astaroth dont le poids l’ancre contre le sol. *Entends-tu le chant des Oiseaux…* songe le mage qui se laisse envahir de la sensation de chaque écaille pesant sur sa peau.