Vient l'audace.

Chaque coup de pinceau vint lui chatouiller le crâne, occasionnant de gloussements involontaires. La petite se dandinait sur le banc, toute joyeuse à l'idée de pouvoir enfin avoir une discussion avec Brynn. Enfin, une discussion, était-ce vraiment une discussion lorsque le loupiot ne lui sortait que quelque mots par phrase ? Elle sentait parfois qu'elle devait combler les silences, mais elle n'avait pas conscience qu'elle pouvait avoir la même énergie qu'un chiot trop agité.

« Ça picote un peu, dit-elle avec un léger sourire. Mais genre... Comme une fourmi curieuse. »

La partie maintenant recouverte lui tombait à la figure, aussi gluant qu'un casque de slime. La jeune fille ne parvenait pas à décider si c'était la chose la plus incroyable ou dégoûtante au monde. Pouvoir se pavaner devant les autres camarades avec son ami était la seule motivation qui la faisait se tenir tranquille, et supporter ce calvaire sensoriel.

Elle jeta furtivement un œil à Brynn pour éviter que ses doigts parfaitement adroits ne lui badigeonnent le cou de teinture difficile à effacer. C'était qui déjà, Pearce ? Les sourcils arqués et le regard au ciel, elle parcourut mentalement toute la liste des enseignants de l'école. Ses yeux se plissèrent petit à petit, comme si elle avait du mal à mettre un visage sur son propre professeur d'astronomie. Quand enfin elle se souvint de l'homme, elle poussa un bref Ah ! avant de se retourner vers Brynn.

« Moi j'imagine que ça devrait être... Lydon. Elle arbora une mine de dégoût, avant de reprendre un certain sang-froid. J'sais pas, on s'ennuie à mort dans son cours, et elle est giga... Pas stricte, mais genre, on dirait qu'elle est jamais satisfaite par notre travail ? »

Un doux silence les envahit. Cette fois-ci aucune gêne, simplement deux enfants qui s'étaient mis au travail à transgresser le règlement intérieur de l'école. Ils étaient enfants, ils manqueraient à leur statut s'ils ne brisaient pas au moins une règle par jour. L'ex-rouquine fredonna un air de lo-fi, tandis que son partenaire s'appliquait à la tâche.

« Pourquoi Pearce te fait peur ? » lança-t-elle soudainement. C'était pour elle un prof parmi d'autres.



@Brynn Wathen Au moins tu ne pourras plus être impressionnée par ma vitesse d'écriture.

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Vient l'audace.
Brynn avait ouvert de grands yeux en entendant le nom de Miss Lydon, ainsi que les commentaires que sa camarade en fit. Lui aimait beaucoup Miss Lydon, principalement parce qu'il aimait sa matière mais aussi parce que l'enseignante le mettait à l'aise. Il avait même été en cuisine faire des gâteaux avec elle et d'autres élèves, une fois !

Il avait plus de mal avec les exercices oraux qu'elle leur imposait - de son point de vue de plus en plus régulièrement - mais de là à en penser ce qu'en pensait Hallie, il y avait tout un monde. Il ne fit cependant rien de plus que de froncer le nez, pensif, en reprenant son œuvre dans ses cheveux et en cherchant dans sa mémoire des moments où Miss Lydon aurait pu être méchante. Il n'en trouva pas, mais sa camarade se mit ensuite à fredonner une musique qui le distraya efficacement, avant de lui demander des précisions sur sa propre affirmation précédente.

Fronçant le nez de nouveau, avant de hausser les épaules, il répondit avec hésitation, presque surpris qu'on puisse lui demander pourquoi il faisait peur.

« Il a pas l'air très gentil. Comme s'il nous aimait pas beaucoup. » Est-ce que c'était aussi l'impression qu'Hallie avait pour Miss Lydon ? Et dans ce cas, pourquoi ? « Surtout depuis le cours où Augustin a frappé Lance et où Monsieur Pearce il a lancé un sort sur la fille qui pleurait. »

La fille qui pleurait - Aleyna Rankins - s'était aussi emportée contre son professeur, mais Brynn avait surtout retenu une grosse dispute, le Silencio, et les élèves sortis de la classe d'autorité sans pouvoir faire leur contrôle, puisque c'était aussi un jour de contrôle.

Lâchant les cheveux de sa camarade, Brynn avait ensuite fait un pas en arrière, essayant de jauger ce qu'il observait : n'avait-il pas fini ?

Si jamais, Brynn parle de ce jour-là

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Vient l'audace.
Hallie ne put en croire ses mireilles lorsqu'elle entendit la nouvelle. Son visage s'était figé dans le temps, alors même qu'elle cherchait les mots adaptés pour répondre à une telle confession. Elle avait entendu des rumeurs à ce sujet de ses camarades de classe, mais elle était loin de se douter que ces dires étaient avérés. Le fait qu'elle eusse été absente ce jour ci ne l'avait pas aidé. Comment un professeur pouvait-il infliger ça à des élèves ? Si cela témoignait de quoi que ce soit, ce n'était que de l'incompétence de Monsieur Pierce, qui retranché dans ses limites, avait utilisé la magie contre un élève. Pathétique.

Hallie chercha dans les recoins de sa mémoire en essayant de trouver une fois où un de ses instituteurs auraient pû lever la main contre un élève, même ceux qu'elle n'avait pas eu. L'absence de réponse la fit froncer des yeux. C'était la première fois qu'elle entendait une prof lever la main sur un enfant. Ce n'était pas normal, ça ne pouvait pas l'être.

« Et, qu'est-ce qu'il s'est passé ensuite ? Genre, pour Pearce ? Tu sais ? »

La petite aperçut son reflet dans l'une des surfaces de la serre et s'admira brièvement avant de décocher un nouveau petit sourire de satisfaction. Elle opposa les micros restes d'aluminium dans ses cheveux, et remercia chaleureusement son camarade. Tout était fin prêt, il ne manquait plus qu'à respecter le temps de la pose.
Maintenant que Brynn avait fini de travailler sur ses cheveux, les siens devaient avoir fini de mariner suffisamment pour pouvoir les rincer, et le libérer des jougs gluants de la teinture.

L'ex rouquine se dirigea vers un des éviers de la serre, et y apposa un arrosoir en le remplissant à la moitié. Elle fredonna un autre chant en attendant, et tapota des doigts en rythme. Lorsque l'arrosoir fut rempli, elle s'en saisit à l'aide de l'ance mais il ne bougeait pas. On aurait dit un moineau qui s'imaginait déménager une bûche. Des petits gémissements s'en suivirent lorsqu'enfin, à l'aise du poids de son corps, elle reversa l'arrosoir pour en vider la plupart de son contenu et n'en garder qu'une quantité plus raisonnable.
Cette fois-ci, à même de porter l'ustensile, elle le rapporta près de Brynn et lui indiqua de se rasseoir en lui tirant doucement le bras. Hallie lui enleva l'aluminium de ses cheveux un par un, les faisant voler au vent pour les faire respirer. Les deux enfants étaient un peu ridicules ; Hallie qui s'était transformée en jeune grand-mère avait maintenant ses vêtements recouverts de terre étalée par l'eau de l'évier. Heureusement pour elle, le ridicule ne tuait pas.

Satisfaite, elle positionna avec tant bien que mal l'arrosoir au niveau de la petite tête de Brynn et lui demanda joyeusement :

« T'es prêt ? Ça va être un peu froid. »

Sans attendre sa réponse, Hallie se mit à verser progressivement le liquide sur Brynn en essayant de pas lui en mettre sur la figure. Dans son moment de génie, elle avait oublié que l'eau s'écoulait de son côté, et elle comprit pourquoi elle commençait sérieusement à avoir froid. La teinture jaune vif de son ami coulait, se déversait sur elle en traversant tous ses vêtements, pour enfin flotter sur les sols imperméables de la serre, sans issue. Les cheveux étaient bien rincés, prêt à leur nouvel usage, mais le sol, lui, témoignait de leur bêtise du siècle.

La petite laissa s'échapper un cri de surprise en réalisant le bazar qu'elle avait pu causer. Sa mâchoire se crispa et son visage, paniqué, se tourna vers Brynn laissant s'échapper un petit :

« Punaise. »

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La question d'Hallie suspendit un instant les gestes de Brynn et il observa fugacement ses cheveux tartinés de substances moldues en fronçant le nez, comme s'ils avaient la réponse.

« Rien ? » puis, comme ça ne lui semblait pas suffisant, il ajouta « Je sais pas. »

Voir son enseignant user de magie ce jour-là l'avait perturbé. D'autant plus après ce qui avait précédé, qui l'avait également rendu nerveux et incertain quant à la conduite à tenir. Il était resté suspendu, là aussi, incapable de savoir s'il était normal qu'il trouve cela anormal, hésitant en constatant que l'adulte n'avait pas plus tiqué que cela en apprenant ce qu'il s'était passé. Sa perception de ce qui était juste ou autorisé avait été quelque peu bousculée, sans qu'il ne comprenne vraiment pourquoi ou comment. L'adulte était après tout un adulte. Et les adultes avaient toujours raison.

Il s'était ouvert à ce propos auprès de Marjanne, avec qui il savait partager une certaine appréhension de leur enseignant, en plus d'aimer observer les étoiles, et ils avaient hésiter à aller demander conseil à une de leur préfète, mais ils ne l'avaient finalement jamais fait. Les jours s'étaient enchaînés, les cours étaient passés, et Brynn avait simplement laissé grandir le malaise que leur professeur d'astronomie lui inspirait. Il avait finit par intégrer que ce qui s'était passé était normal, ou du moins acceptable, et que Monsieur Pearce était simplement un professeur sévère qui avait le droit de l'être s'il en avait envie. Il en gardait cependant un certain malaise.

Brynn aimait bien écouter Hallie chanter. C'était du moins ce qu'il découvrait en l'observant d'un œil curieux déplacer un arrosoir. Il se laissa donc sagement guider sur la chaise, ne sachant pas trop ce qu'elle allait faire mais supposant que c'était l'étape finale. Il avait tout de même hâte de découvrir ses nouveaux cheveux peints en jaune.

S'il émit quelques sons de protestation lorsque le liquide froid toucha sa tête, il s'efforça de ne pas broncher davantage. Du moins pas avant d'entendre Hallie s'exclamer à son tour comme s'il y avait un problème.

« Qu'est-ce qu'il y a ? » ses cheveux avaient-ils un problème ?

Mais Hallie ne regardait pas ses cheveux, elle regardait le sol. Et Brynn comprit pourquoi en suivant son regard vers lui: ce dernier était un mélange d'eau et de jaune. Est-ce qu'Hallie avait enlevé toute la couleur de ses cheveux en ajoutant de l'eau ? Ça semblait finalement logique, maintenant qu'il y pensait : la peinture de cheveux craignait l'eau. Il ne comprenait pas trop pourquoi Hallie lui avait donc versé un arrosoir d'eau sur la tête, mais le résultat était que le sol était tout jaune. Il en oublia presque ses cheveux qui dégoulinaient dans son dos.

« Zut. Il faut qu'on nettoie. » mais il n'avait aucune idée de comment il fallait s'y prendre. « Si mon met plus d'eau ça va partir ? » ou au moins diluer ? « Ou on pousse jusqu'à dehors ? »

Il ne savait pas trop ce que de la peinture moldue pour cheveux pouvait donner comme résultat dans de la terre, mais il lui semblait que même si la terre devenait jaune c'était moins grave que pour le sol de la salle de classe.

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