Un rayon de soleil sur ses cheveux roses E.P

MAI 2043
CAMPUS MAGIFAC
@ELLE PETERSON


Adossé à la vitrine réfrigérée qui laissait entrevoir gâteaux, salades et autres mets, Niall attendait sa commande, tout en observant Elle, la tête penchée sur ses parchemins. Depuis qu’il fréquentait la sorcière, l’Irlandais avait dû revenir plusieurs fois sur le Campus où il avait étudié quelques années plus tôt. En les observant elle et lui, si l’on demandait à n’importe qui, tous pourraient dire que les deux avaient l’air de jouer la scène parfaite du couple parfait, à se retrouver autour d’une petite table en terrasse, à s’embrasser avant de se quitter et à rire entre deux anecdotes racontées. Parfaite, et pourtant, revenir sur ces lieux provoquaient, à chaque fois, l’intrusion de souvenirs difficilement effaçables. À chaque chemin, chaque bâtiment, il revoyait le Gallois emprunter chaque détour que Niall empruntait aux côtés d’Elle. Et plus ses souvenirs revenaient, plus Niall se rassurait en pensant qu’ils finiraient par partir ; que s’il venait suffisamment, il s’en créerait de nouveaux plus forts et plus écrasants que ceux qui bataillaient en lui. Une promesse qu’il devait souvent multiplier lorsqu’il se voyait aux côtés d’Elle. Car Elle n’était pas Lui.

Sauvé par les deux boissons servies, Niall remercia la serveuse et retrouva la sorcière et ses cheveux sauvagement roses. La tête penchée par dessus l’épaule d’Elle, Niall tenta de déchiffrer les notes inscrites sur les deux ou trois parchemins déroulés.

— Histoire de l’art ? Tu t’en sors ?

Il fit le tour pour s’asseoir en face d’elle et déposa soigneusement les deux verres de bières pour les protéger de potentiels coups maladroits.

En observant Elle relevait la tête, Niall remarqua que les rayons de soleil offraient de jolis reflets à ses cheveux. Dans ce constat — ce seul constat —, Niall se fit également la réflexion plutôt triste qu’à chaque fois qu’il s’efforçait à y trouver autre chose pouvant valider ses sentiments, l’exercice ne l’amenait à rien d’autre que de simples observations que n’importe qui pourrait faire sur elle. S’il repensait à Fáelán, il en trouvait des dizaines à la seconde, alors que l’exercice aurait pourtant dû être de n’en trouver aucun. Alors parfois, il observait Elle en lui souriant durant quelques secondes, à la fois tendrement et tristement — tendrement pour celles et ceux qui ne savaient pas, tristement pour le seul qui savait. Alors est-ce qu’Elle n’était que cela ? Un rayon de soleil sur ses cheveux roses ?

Et lorsque ces moments presque imperceptibles se terminaient, Niall reprenait son jeu et son image. De sa main droite, il se saisit de son verre, en but deux gorgées et s’intéressa aux cours que suivait Elle. Car s’il y avait au moins une autre raison qui le faisait venir ici, c’était toutes ces connaissances qu’il n’avait pas et qui flottaient autour de lui.

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La brise printanière venait agiter mes cheveux délicatement lâchés dans mon dos. Quel bonheur de s'asseoir en terrasse. Pour une fois, le Soleil nous avait fait le plaisir de pointer le bout de son nez. Ses rayons chauds annonçaient l'été, mais aussi la fin de l'année imminente. Une fin que je redoutais particulièrement mais je préférais ne pas y penser.

Pour l'instant, je m'étirais sur ma chaise, laissant mon visage profiter de la chaleur ambiante. Mes parchemins d'histoire de la magie, disposés sur la table devant moi, m'ennuyaient profondément. Je devais réviser pour mes examens prochains et pour cela, j'avais proposé qu'une charmante compagnie me rejoigne. Niall O'Barden. J'aimais penser à son nom, penser à lui. Ensemble nous étions... Quelque chose. Une relation, à deux, pas forcément très définie, pas forcément très aboutie. Nous profitions du beau temps ensemble, voilà tout ce qu'il fallait retenir. Pas la peine de plus y réfléchir, il n'y avait rien d'autre à trouver.

Niall était parti commander des boissons pendant que je relisais pour la énième fois mon cours sur l'historiographie artistique. Ennuyant au possible... Je préférais l'observer par la vitre de la terrasse alors qu'il attendait notre commande. Ces cheveux noirs qui lui tombaient devant les yeux, ces yeux gris perçants, cette posture fixe, presque figée, qui contrastait avec ce que son visage exprimait... Niall était un bel homme, et je ne manquais pas d'en profiter.

Néanmoins, si nous profitions mutuellement tous les deux de notre relation, il n'avait jamais été question de plus. Peut-être que si nous avions été moins nous, nous aurions pu être plus que la somme de nos deux individualités. Mais je ne cherchais pas ça. Je cherchais à m'évader, à oublier les examens et l'après, alors que lui cherchait quelque chose en moi - je ne savais pas quoi. Je ne savais même pas s'il avait trouvé ce qu'il cherchait lui-même. Mais ça m'allait. Tout m'allait tant que je passais du bon temps, et j'en passais assurément avec Niall, posée à cette terrasse.

Pas trop... Qui a dit que l'historiographie devait s'étudier ? Je ris en levant les yeux en l'air. L'art c'est pas ça... L'art, c'est du mouvement, de la spontanéité, de la vie ! Alors que là c'est juste... Chiant.

Je freinais ma diatribe pour boire une gorgée de la bière que Niall venait de m'apporter. Je le remerciais rapidement, avant de passer à un autre sujet que mes cours. Je n'étais pas avec lui pour parler d'histoire de l'art, quand bien même lui aussi avait été un étudiant de Magifac quelques années plus tôt. Je préférais lorsque nous parlions de littérature, de peinture, de tout ce qui ne tournait pas autour de nos personnes respectives. Apprendre à connaître l'autre par le biais d'anecdotes pêchées au détour d'une conversation avait beaucoup plus de saveur qu'un interrogatoire froid et sans âme. Je ne connaissais pas grand chose de Niall, de sa vie, de lui, mais les infimes détails que j'avais pu récolter me suffisaient pour aimer passer quelques moments avec lui.

Leur bière est toujours aussi bonne en tout cas ! rajoutais-je en reprenant une gorgée de la boisson. Puis, je me laissais retomber au fond de ma chaise, désaltérée.

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Lorsqu'Elle prit la parole, Niall eut l'impression de pouvoir cocher une autre case dans la liste des particularités qu'il appréciait chez elle. En dehors de ses cheveux et de leur couleur pour le moins original, il y avait son franc parler. Tout ce qu'il n'y avait que très rarement chez l'Irlandais. Du moins, à chaque fois qu'il l'avait constaté, elle ne semblait pas le contrôler comme lui le faisait et cela le faisait sourire. Comme si personne ne pouvait l'entendre — sans pour autant parler trop fort —, Elle semblait dire ce qu'elle pensait à la seconde où ses idées lui traversaient l'esprit. Et cette fois non plus, cela ne manqua pas. Sa manière de qualifier la matière qu'elle s'évertuait à réviser lui décrocha un rire qu'il ne s'était pas attendu à lâcher. Alors Niall se redressa — comme on peut se redresser lorsqu'on l'est pourtant déjà — et d'un sourire en coin, planta son regard dans celui de la sorcière.

— Non, non, non, je refuse de croire que ça. Il se pencha pour attraper de son index et son pouce le parchemin que lisait Elle. puisse être chiant.

Le regard concentré sur le papier de l'étudiante, il parcourait — ou tentait de lire — les notes qu'elle avait retranscrites. La tâche parut d'ailleurs plutôt difficile et Niall dut lutter pour retenir ses sourcils qui se relevaient et se fronçaient, tant il devait s'y reprendre à plusieurs fois. Entre desseins, ratures et écriture sans dessus dessous, le sorcier ne savait plus où donner de la tête. Trop poli pour se moquer, mais pas assez pour ne pas oser un commentaire, l'Irlandais releva la tête en se pinçant les lèvres, pour se retenir de rire.

— Wow, Ellie.. Tu arrives à te relire ?, demanda-t-il en posant sa main sur la sienne, avant de reprendre sa lecture (et sa main). Tu veux du mouvement ? Il sortit sa baguette et la pointa doucement vers l'interrogée. Une illusion, une œuvre. T'as trente secondes pour me dire de qui c'est, quel courant et quelle année de création.

Il n'aurait pas besoin de lui présenter une grande illusion, juste suffisamment pour qu'elle puisse être reconnue. Et puis Niall n'avait pas non plus un stock d'œuvres en tête qui permettraient à la sorcière de réviser tout son programme, mais il faisait assez confiance à sa mémoire pour lui en présenter quelques unes. Même si sa filière n'avait pas été pas la même, il avait pu côtoyer quelques étudiants ayant choisi les mêmes options qu'Elle. Il lui suffirait de replonger dans ce qu'il se souvenait et dans les... Notes qu'il avait entre ses mains.

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Ses yeux. Ses yeux gris, tantôt rieurs, tantôt sérieux. A la fois doux et tempétueux. J'aimais les yeux de Niall. J'aimais son regard, mais c'était aussi le cas chez toutes les personnes avec qui j'avais pu entretenir une relation. Les yeux étaient le miroir de l'âme, disait un auteur moldu. Je ne pouvais qu'approuver. L'esprit flottait dans l'iris sans fin, le cœur transparaissait au centre de sa pupille sombre.

Mes yeux croisèrent une dernière fois son regard avant que je ne les détourne pour fixer mes cours posés devant moi. L'amas de feuilles me désespérait. L'Art devait sortir du plus profond de soi, de ses tripes ; Il devait se vivre. Qui n'avait jamais ressenti un frisson ou un coup au cœur devant une œuvre passionnelle ? Qui n'avait jamais repensé, encore et encore, à un tableau ou une photographie marquée au fer rouge dans son esprit ?

Et bien regarde... Tu vas vite voir que j'ai raison ! m'exclamais-je en poussant d'un geste de la main mes cours.

Pendant que Niall lisait, je l'observais. Une mèche de ses cheveux tombait devant ses yeux. J'avais envie de m'en saisir mais retiens mes doigts malhabiles.

Les moments passés avec lui étaient simples, c'était peut-être pour ça que je les appréciais tant. Nous jouions chacun nos rôles mais c'était un masque qui m'allait bien. Un de mes préférés. Il me faisait oublier la fin des cours, tous les soucis dans ma tête et j'adorais ça. J'en redemandais, tous les jours, toutes les semaines. Se perdre dans ses bras et s'échapper d'ici. Absolument délicieux.

Me relire ? Je fronçais les sourcils, avant de sourire. Evidemment ! C'est un chaos... Organisé ! Je m'y retrouve, la plupart du temps ! Il est vrai que j'avais parfois un peu de mal à relire ma propre écriture car mes notes étaient souvent sans dessus dessous.

Inconsciemment - ou pas, tout avait toujours l'air calculé avec le sorcier - il lui avait pris la main et ce simple contact m'avait fait sourire tendrement. Le moindre toucher me mettait toujours dans tous mes états. Peau contre peau, je n'y pouvais rien, cela me faisait fondre à chaque fois.

La proposition de Niall m'excita dès que je l'entendis. Je me redressais sur ma chaise, emballée par le projet. Dis-moi tout ! Je n'étais pas sûre d'avoir bon à tout - au contraire vu mes révisions et mon attention en amphi - mais cette méthode d'apprentissage me convenait déjà bien plus que la relecture ennuyante d'une volée de feuilles. Peut-être qu'avec ça - et Niall - j'aurais eu de meilleures notes à mes BUSEs ? Et à mes ASPICs. En règle générale, à tous les examens que j'avais pu un jour passé.

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Un chaos organisé ? Niall lâcha un rire amusé par la remarque qu’il trouvait plutôt étonnante. De toute évidence, les deux ne regardaient pas le même parchemin.

Attentif aux gestes de la sorcière, ce redressement sur sa chaise et ce sourire signaient un accord dans le jeu qu’il venait de lui présenter. Elle semblait prête, sans même savoir ce que le sort qu’il lancerait lui réservait. Niall paraissait toujours étonné de ne jamais lire de réticence de sa part, comme si tout était un jeu, comme si une baguette pointée sur elle ne pouvait l’atteindre. Ou peut-être qu’elle n’était jamais inquiète quand il s’agissait de lui ? Ou peut-être que tout ce qui cassait sa routine la rendait, de fait, partante ? Et peut-être que derrière toutes ses hypothèses auxquelles l’Irlandais aimait chercher des réponses, il y avait du temps qui passait pour ne pas réfléchir aux siennes.

— Très bien, commença-t-il en avançant sa main gauche, paume ouverte, vers Elle. Si l’illusion te fatigue, tu presses ma main, d’accord ?

Il attendit confirmation de la part de la sorcière et poursuivit.

— Bon, laisse-moi réfléchir à une première oeuvre. Les yeux levés vers le plafond du café, il parcourut ses souvenirs un instant et s’arrêta sur une première page que le manuel de la sorcière lui avait appris un jour. Ok, j’ai ! Il patienta une seconde pour vérifier à nouveau dans le regard d’Elle qu’elle était toujours prête et s’élança. Dilludere !

L’illusion allait englober la sorcière d’une couleur verte et bleue pour représenter la Manche. Une petite barque noire, plus loin, flottait sur l’eau et portait un homme en son extrémité. Face à cette barque, et sur la terre ferme mais les pieds dans l’eau, se tenaient trois hommes peints en noir, côte à côte, observant la scène. Niall aurait aimé y ajouter des illusions sonores et olfactives, mais son niveau ne le permettrait sûrement pas, et son énergie s’épuiserait trop vite. Alors il s’était contenté d’ajouter le plus de détails possibles dans cette vision improvisée et observait avec un vif intérêt les réactions de l’Anglaise. Une peinture britannique et moldue pour commencer. Peut-être qu’il viserait les Gobelins et les peintures sorcières plus tard.

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Ne jamais se retourner. Toujours avancer vers le prochain coup, le prochain choix, le prochain mot. J’en avais fait ma philosophie de vie. Car si je m’arrêtais, je craignais de ne jamais redémarrer. Si je m’arrêtais, mes démons me rattraperaient. Ils étaient toujours à mes trousses. Je tournais le regard et ils me guettaient. Seule solution : courir. Toujours, encore. Dire oui même lorsque tout me criait de m’écarter. Ne jamais dire non pour aucune sortie. Si je manquais la soirée de la décennie, Ils me mangeraient toute crue. La crainte d’être considérée comme une personne ennuyante courait dans mes veines. Sourire pour mieux cacher que j’avais peur de ne pas être assez. La jauge était pleine, la goutte de trop. Assez de ce trop-plein. Et pourtant, sans cesse, elle se remplissait sans jamais déborder. J’étais cette jauge. Je me laissais être vidée jusqu’à le remplissage suivant.
Je souris à Niall ; serrais sa main.

Tout ira bien.

Niall était un enchanteur bien plus doué que moi. Sa baguette s’agitait pour me créer des illusions dont je n’aurais jamais pu rêver. Cette maîtrise était hors de ma portée. Je n'étais pas une prodige, pas même une bonne sorcière. La bonne élève de la classe, je l'avais toujours regardé avec un brin d'admiration. Elle était ce que je n'étais pas. Tout comme Niall qui me tenait la main en me regardant avec ses yeux tempétueux.

C’est beau… Bien plus que ce que je ne pourrais jamais créer Vraiment tu t’es surpassé ! Qu’est-ce que tu me trouves, je suis si quelconque… J’ai de la chance de t’avoir pour mes révisions ! T’avoir, mais pour combien de temps ?

L’illusion m’engloba. Seuls mes yeux avaient été transporté au milieu de cette scène bucolique, pourtant il me suffisait d’y croire un peu pour convaincre mon cerveau que l’endroit était réel. J’aurais aimé y croire. Croire que tout était vrai. Me perdre à travers la mer, et le gris de ses yeux. Je papillonnais du regard parmi ce tableau qui m'était offert. Mon visage devait refléter ma surprise, et ma joie. Sans aucun doute, Niall venait de ravir un morceau de mon cœur.

Je me reconcentrais. Après tout, j’étais là pour réviser, si cela avait vraiment un sens. Les robes plus que la scène de vie qui se déroulait devant mon regard m’indiquèrent que nous étions à la fin du XIXème siècle. Je pouvais reconnaître ce corset serré, ces corps féminins muselés de très loin. Les silhouettes fuselées et les rubans rouges des jeunes filles me criaient que ce n’était pas du Turner… Le paysage anglais ne se serait jamais allé à mettre en valeur de vulgaires corps. Je fronçais les sourcils. Peut-être…

Du Steer ?

La mousseline qui volait au vent, la lumière vespéral, les voiles lointaines qui voguaient au vent… Et ce style impressionniste. Plus j’y réfléchissais, plus mon esprit logique me soufflait la réponse. Je levais la main pour tenter de saisir le contour d’une ombre. Elle s’évapora sous mon toucher.

Tu en as une plus dure à me proposer ? blaguais-je, ravie d'avoir trouver.

Il n'y avait rien de plus excitant qu'un challenge. L'adrénaline d'avoir raison. Ou tord. De jouer, de perdre ou de gagner.

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La baguette pointée vers les yeux de la sorcière, Niall les avait observés se fermer. D'abord, il se concentra sur le mouvement oculaire, se demandant si, comme lors d'un sommeil paradoxale, le mouvement de ses yeux finiraient par s'accélérer, puis il déposa son regard sur ses sourcils et son front. En pleine réflexion ou découverte de l'illusion, Elle semblait prise au jeu. Et Niall se perdait également dans le sien.

Balayant le compliment qui n'avait pas lieu d'être par un silence, Niall continuait d'observer les traits changeants du visage de l'Anglaise. Toutefois, tenir son illusion et l'observer demandait un effort et une énergie qu'il n'était pas certain d'avoir. Alors il déplaça sa concentration principalement sur l'illusion et patienta que l'étudiante propose une réponse.

Arborant un sourire satisfait et fier, Niall s'empressa d'acquiescer face à la réponse parfaite et rapide qu'Elle lui avait finalement donnée et mit fin à son illusion.

— Bravo ! Je n'ai pas eu le courant et l'année, mais j'en déduis que tu le sais ?

Et comme il s'en était douté, l'Anglaise en redemandait. Une œuvre plus difficile à deviner qui plus est. Cette fois, son sourire devint joueur. Si c'était un challenge qu'elle voulait, il allait bien lui en donner un.

— Très bien. Je dois pouvoir te faire ça.

Profitant du défi que la sorcière demandait, il se prit au jeu et chercha à ajouter du mouvement à son illusion. Si Faelan avait été là, il aurait sûrement pu glisser une vision auditive à son illusion. Mais si Faelan était là, et bien Niall ne serait pas face à la sorcière, alors à quoi bon l'imaginer prendre part au sortilège ?

D'un second coup de baguette, l'Irlandais changea la vision précédemment créée en quelque chose de plus monochrome, plus flou et plus humain. Le premier plan montrait un jeune garçon adossé à un petit muret, les mains soutenant sa tête, le regard rêveur. Niall avait été touché par cette photo et ne savait même pas si Elle l'avait réellement étudiée. Il était certain de l'avoir découverte dans son manuel.. Ou peut-être était-ce ailleurs ?

Dans son illusion, Niall ajouta quelques brises de vent, des paupières qui se fermaient puis s'ouvraient à nouveau, un souffle qui s'échappait des lèvres de l'enfant et une certaine sensation de froid dont l'Angleterre avait le secret. La sensation ne tiendrait pas bien longtemps, l'Irlandais n'en avait pas l'énergie, mais elle avait demandé quelque chose de plus difficile. Alors il espérait que les soudaines conditions météorologiques la freineraient un temps, et que la photographe moldue présentée aurait échappé aux révisions de l'Anglaise.

— N'oublie pas la date cette fois !, précisa-t-il en chuchotant, presque pour ne pas déconcentrer la sorcière.

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La sorcière n'était pas du genre à se laisser impressionner. Elle semblait prise au jeu de l'illusion, souriant sans pour autant se laisser distraire et Niall la regardait parcourir ce qu'il venait de créer. L'effort que l'exercice lui demandait n'était pas des plus fatigants, mais associer l'illusion à l'observation scrupuleuse des réactions de Elle venait titiller ses ressources. Il avait beau apprécier la pratique de sa magie, il connaissait ses limites et si ce n'était pas elle qui y mettait fin en donnant les réponses attendues, il le ferait, lui.

— Elle était super douée cette photographe ! En plus, elle était très engagée.

Le dernier commentaire n'avait sûrement aucun sens pour Elle. Du moins, venant de Niall, elle pouvait s'en étonner. Il n'était pas vraiment du genre à parler politique, ni même à suivre les conversations qui la rendaient centrale, mais puisque Fáelán avait, plus tôt, traversé l'esprit de l'Irlandais, la mention lui avait paru inévitable. Puis, vint l'agacement d'y avoir cédé, auquel il fit tout son possible pour ne pas rendre visible en resserrant sa concentration sur la sorcière.

— Alors ?, demanda-t-il tout en mettant fin à son sortilège. Tu l'as ?

Un sourire aux lèvres, indiquant à l'Irlandais que la réponse était positive, Niall la devança en s'appuyant contre le manuel d'art que la sorcière avait sorti plus tôt.

— Tu n'as visiblement pas besoin de moi !, conclut-il en se relevant, un sourire aux lèvres et une main tendue vers son amie. Pause voyage ?

Toute excuse était bonne pour quitter les lieux. Aussi, il savait que même sans s'expliquer, en plaçant sa main dans la sienne, Elle acceptait l'idée de transplaner ailleurs.

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