14 juil. 2025, 12:46
Tracer des rayons de lumière  SOLO   PNJ 
Reducio
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- Nom et prénom du PNJ (+ lien avec votre PJ + utilisation "actif" ou "prétexte") : Ondine Carrington, amie et camarade de chambre, PNJ actif - Abby Llewelyn, amie et camarade de chambre, PNJ actif - PNJs anonymes
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- Intérêt d'utiliser ce(s) PNJ dans ce RP précis pour votre PJ : Écrire la vie d'Alyona à l'IMSM, la faire vivre des événements collectifs, développer son rapport aux autres, son altruisme, son ouverture, l'accompagner dans tous ses moments du quotidien qui la transforment et l'éclairent, lui donner des points d'appui.


Bourgeonner
Ce sujet se fera recueil et me permettra de regrouper des textes d'un ou de plusieurs posts autour d'événements se passant lors de la deuxième année à l'IMSM d'Alyona. Si les solos précédents permettaient plutôt de planter une graine, celui-ci sera axée sur sa croissance. Elle s'affirme, trace sa voie, se singularise. Bref, elle devient une jeune femme avec son avis, ses choix, ses envies et son indépendance.
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Sommaire :
19/09/49 : Se découvrir dans l'ombre des arbres
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1. Se découvrir dans l'ombre des arbres

19 SEPTEMBRE 2049, SOIR
PETITE FORÊT AUX ABORDS DE L'IMSM,

Alyona, 19 ans,

Mon souvenir de l'année dernière est tellement net que je pourrai le dater d'hier. Je me remémore avec exactitude nos regards de pluie qui coulaient sur les murs, brûlants de curiosité et assoiffés de découverte, marquant les angles et sillonnant les couloirs. J'avais beau avaler les couleurs et les formes, je n'étais jamais repue, jamais rassasiée, comme si je me pensais capable d'avaler l'ancien sanatorium dans son entièreté et de tout conserver dans la chaleur de mon corps. Je voulais en faire le tour d'un seul regard, en connaître la vie d'une unique mâtinée et en rencontrer les sorciers d'une parole. C'était le début de quelque chose que j'avais encore du mal à figurer, qui me paraissait immense et que je souhaitais pourtant déjà pénétrer de tout mon être. On est tant avide quand on découvre. On laisse la patience aux grands Hommes et on s'élance comme un jeune oiseau entre les branches, avec un saut dans le vide. Rien ne nous guide plus que la vie, que l'envie.

Je me souviens des formalités. Tous les yeux qui apprenaient à se connaître dans l'amphithéâtre, bien avant de se voir annoncer leurs résultats, d'entendre leur nom prononcé en fonction de leur classement, de faire leur choix ; puis, les couloirs, les dortoirs, les chambres, le tract et le pitiponk, la surprise, les questionnements ; et enfin, l'intégration, la forêt, les discussions, le soir, la nuit, les défis, et les lumières dans le noir. Et Nahele, Abby, Ondine. Je me souviens de tout que trop bien, avec une précision qui me laisse soufflée et hagarde. Je pourrais presque confondre le présent et le passé, attendre que le visage de Nahele apparaisse derrière un arbre, chercher les traits d'autres camarades dans ceux que les lumières éclairent. Presque. Cette nuit reste bien différente. Cette rentrée n'est pas tout à fait la même par de nombreux aspects. Elle en conserve le goût et la forme, pourtant la recette a changé. Qui pourrait le remarquer, sinon ceux qui cuisinent ? Cette année, j'ai cuisiné.
Elle est là, la différence. Cette rentrée n'est pas ma première. Je savais où j'allais, je connaissais de nombreux visages, mes yeux avaient déjà traversé les murs et les pièces, plongés des fenêtres jusqu'à la forêt, et marché dans celle-ci sans s'y perdre. Même la mer a reconnu mon bleu quand ces deux geôliers du ciel se sont recroisés. Je savais à quoi m'attendre. Alors, mon rôle a évolué.

Assise à même le sol, près des touffes d'herbes et des troncs, appartenant à un cercle de jeunes étudiants de ma filière, à côté d'Ondine, je veille, surveille, et surtout souris et m'épanouis. C'est la soirée d'intégration dans la forêt, la première qui réunit tous les étudiants de l'Institut. Cette fois, je ne suis pas de ceux qui découvrent et participent à des défis improbables ; je suis de ceux qui accompagnent. Ce fut également le cas le jour de la rentrée, quand je me suis chargée de présenter les dortoirs avec d'autres étudiants de mon âge et de ma connaissance. J'aurais même pu me joindre au groupe qui a préparé les tracts pour le Pitiponk, il y a quelques jours. Je suis de l'autre côté des murs, dans les coulisses, à préparer, organiser et conduire les événements. Je cuisine les surprises et cela me plaît bien plus que je ne l'imaginais. J'y trouve ce gratifiant sentiment d'importance, d'utilité ; aider me fait me sentir bien. Je me découvre une place dans le groupe et j'ai l'impression de construire le bonheur sans gants, avec mes doigts, ma chair, et la pulpe de ma peau. Je trace des rayons de lumière et je forge des sourires. Quel pouvoir ! Et quelle chance.

Mes mots ont de l'influence. Quand ils s'échappent par volutes de ma bouche, ils créent et façonnent des idées. Je le vois : ceux qui tâtonnent sont attentifs, et quand mes syllabes les touchent, elles les éclairent. Je peux chasser les hésitations et les craintes, je peux construire des nids de nuages, je peux participer à une intégration qui sera bénéfique aux autres. C'est assez incroyable. Pourtant, lorsque je discute avec ces nouveaux élèves, je n'ai pas tout à fait conscience de ce dont je suis capable, malgré mes yeux qui guettent les leurs et observent l'apaisement s'installer sur leur corps comme un voile de soie. Je tâtonne, moi aussi.

Et je questionne, je réponds, j'informe.

D'où venez-vous ? Quelle filière avez-vous choisie ? Comment s'est passé le concours d'entrée ? Savez-vous où vous souhaitez aller, au bout de ce chemin ? Connaissez-vous déjà d'autres étudiants ? Ah, le Pitiponk ! Oui, il y a souvent des étudiants de nombreuses écoles là-bas. Mais si vous cherchez le calme, allez au Petit Niffleur, vous y retrouverez certainement d'autres personnes d'ici, mais cela reste plus silencieux, plus propice aux révisions et au travail. Effectivement, je me suis déjà baignée dans la mer à côté de l'Institut ; elle n'est pas bien chaude mais c'est une expérience que je recommande ! Il y a même des petits coins à l'abri des regards pour se regrouper entre amis. Les professeurs... Il y a beaucoup à dire sur eux ! Mr Carlson est passionnant, mais parfois, son regard se perd pendant quelques instants, le silence prend le dessus et c'est... étrange. Mr O'Landeir a ses préférences, mais il n'est pas méchant. Enfin, c'est vrai que je ne suis pas la meilleure pour en parler, je crois qu'il m'apprécie bien. Mrs Wighters et Mrs Yale sont également de bonnes professeures, assez différentes toutes les deux. Mr Pierce est tellement maladroit ! Tu entendras sûrement beaucoup d'anecdotes sur lui. L'Institut en général, j'étais facilement perdue au début. Mais si tu veux, je pourrai t'aider à t'y retrouver, cela ne me dérange pas, cela me ferait plaisir. Oh, il vaut mieux que tu demandes à quelqu'un d'autre, je n'étudie pas dans cette filière. Je peux te conseiller d'aller voir Abby, elle est là-bas, une petite blonde avec les cheveux bouclés et des lunettes ! Elle est en spécialité infirmière et je suis sûre qu'elle pourra t'aider. Si le rythme est dur... un peu, oui. Non, je n'ai pas encore eu à trouver un stage, mais on raconte que ça va, ce n'est pas trop compliqué. Tu as eu la filière que tu voulais ? Et vous ? Non, vous n'avez pas à vous inquiéter, cela se passera bien, c'est une bonne école.

Et ci, et ça, et ci, et ça. Je parle et ne sais plus m'arrêter. On se regroupe autour de moi. On m'envoie même quelques étudiants qui ont des questions. Certains sont plus âgés, d'autres viennent d'ailleurs. Je me retrouve même à converser avec un ancien élève de Castelobruxo qui connaît Estefânia. C'est assez formidable, et je me sens comblée de joie. Parfois, mon visage se tourne vers Ondine qui, adossée à un arbre, fume avec d'autres personnes. Vers la fin de la soirée, Abby me rejoint pour se cacher dans mon ombre. Cela ne me dérange pas. Je parviens même à échanger avec elle quand les nouveaux étudiants me laissent pour parler entre eux.

C'est agréable, tellement agréable que je ne vois plus le temps passer.

Cependant, les heures chutent dans un puits, et les premiers jeunes adultes commencent à se diriger vers l'Institut. Bientôt, tous sont priés d'y retourner avant que les portes ne soient closes. Je suis de ceux qui ferment la marche, le soleil dans les yeux et le bonheur sur les lèvres.

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15 juil. 2025, 15:00
Tracer des rayons de lumière  SOLO   PNJ 
2. Avec pédagogie


4 OCTOBRE 2049, 14h
SALLE DE CLASSE, IMSM,

Alyona, 19 ans,


On reprend si rapidement le rythme des cours, c'est impressionnant. Pourtant, le tempo de l'Institut n'est pas de tout repos. Les jours sont longs et les soirs aussi, et ce dès le début de l'année. Le programme est imposant, et bien que certains professeurs tentent de conserver une forme de douceur et de progression dans la charge de travail, nombreux sont ceux qui préfèrent donner tout de suite une idée de ce qui nous attend. Nous n'avons d'ailleurs pas vraiment le temps pour une approche progressive, car il faudra venir à bout des cours, des thèmes et des apprentissages : c'est l'objectif. Ce n'est pas simple de former un jeune étudiant en une année, mais l'Institut relève ce défi, même s'il nous entraîne dans de longs mois bourrés d'efforts et d'enseignements. Heureusement, au vu de mon expérience de l'année dernière, je savais ce qui m'attendait, j'en ai encore un dessin dans l'esprit et les couleurs sous les yeux. Suis-je pour autant prête pour ce qui vient ? Je crois. Je n'ai pas l'impression de mal m'en sortir, j'arrive à tenir le rythme. Je n'appartiens pas à ces danseurs qui fatiguent et perdent le tempo. Je suis toujours dans la course, et ce sans que cela ne me demande beaucoup de concentration et de sacrifices. Certains diront que c'est normal car ce n'est que le début, mais je n'en demeure pas moins fière et rassurée, ce n'est pas le cas de tous. Dans ma classe, quelques étudiants sont frappés par l'abondance de travail. J'essaye de les soutenir à ma manière, même si nous ne sommes pas proches. C'est le moins que je puisse faire pour eux.

Assise au centre de la salle de cours, j'écoute avec attention Mrs De Clercq, l'unique nouvelle professeure qu'il m'est donnée de rencontrer après ce changement de spécialité. Je suis sage, attentive, concentrée, et je prends des notes. C'est une enseignante que j'apprécie déjà particulièrement. Sa manière d'être me plaît : elle est chaleureuse, vive, agréable, joyeuse et passionnante ; elle nous illumine. Ses leçons sont faciles à suivre grâce à la façon dont elle les mène. Elle sait parfaitement équilibrer les cas précis, les exemples personnels qui témoignent d'une riche expérience sans être de trop, les notions et les points importants, ce qu'il faut retenir, et la méthode pour agir, se servir de ses apprentissages, faire face à la pratique avec dans son sac ce qui nous a été enseigné. J'apprécie ses cours, la professeure qu'elle est, et le soulagement qu'elle m'offre avec la pensée que je ne me suis pas trompée en prenant cette nouvelle spécialité. Elle confirme mon intérêt. Ses paroles m'attrapent par la main pour m'emmener dans une direction qui me plaît, et que je sais être prometteuse me concernant. Je touche du doigt ma vérité.

Ma classe est elle aussi agréable. J'ai été surprise d'y retrouver Ada, je ne l'imaginais pas intéressée par cette spécialité. Je ne savais pas non plus qu'elle souhaitait poursuivre une deuxième année à l'Institut. Nous ne sommes d'ailleurs pas les seules à y effectuer une autre année. Un troisième étudiant n'en est pas à ses débuts à l'IMSM. C'est amusant, c'est comme si nous étions trois à posséder une forme de savoir que les autres n'ont pas encore : nous les guidons dans les couloirs, nous leur parlons de quelques-uns de nos professeurs, nous leur racontons des histoires qu'on nous a déjà narrées, et nous les emmenons au Pitiponk et au Petit Niffleur. Nous ne partageons pas tous nos cours, notamment à cause des unités complémentaires que nous avons choisies. Dans mon cas, j'ai décidé de prendre celles qui m'avaient échappées l'année dernière : évolution et classification des plantes et mycomagie, et d'y ajouter celle qui m'avait passionnée : l'étude des écosystèmes. Je crois être la seule avec ces choix-là. Cependant, nous glissons tous dans la même direction, peu importe notre expérience et notre passé, nous sommes emportés, déportés, transportés vers l'avenir, nous suivons les traces de demain et dévorons les braises qui nous brûleront.

Mrs De Clerq se déplace pour s'asseoir sur sa table de travail, rangée sans l'être parfaitement. Elle tient sa baguette entre ses doigts et nous observe en souriant. Son visage est creusé de rides, qui lui font comme un champ de sourires naissants. Elle paraît si apaisée, si calme, à croire que le temps assagi vraiment. Et puis, elle ne nous distingue pas en fonction de notre sang ou de l'attention que nous lui portons, elle nous regarde dans notre ensemble, et en même temps assez individuellement. Elle a déjà retenu nos prénoms. Je crois que ses cours ne cesseront pas de me plaire.

« Contrairement à ce qui est raconté, personne n'est naturellement pédagogue. Cela s'apprend, cela se développe, et il y a des outils pour le devenir. Alors, j'espère que vous vous enlèverez vite cette idée de la tête, si toutefois vous l'aviez, car mon objectif de cette année est bien de vous donner les moyens d'enseigner correctement, à n'importe quel type de profil, et pour n'importe quel sujet. »

Je crois que, plus tard, j'aimerais être une professeure comme elle : professionnelle mais pas trop lointaine, agréable sans être trop gentille, passionnante et passionnée, utile et appréciée. Je ne sais pas si je deviendrai enseignante tout de suite, c'est se projeter dans un avenir trop proche pour ne pas être flou. Cependant, je suis convaincue que cela me plairait de partager ce que je sais. Il me faut simplement, avant, continuer à apprendre, à m'enrichir de ce qui m'est offert, et à amasser les connaissances pour être complète dans mes savoirs.

Je ne sais pas ce que l'avenir me réserve, mais cette image du présent qui se grave dans mon crâne m'y donne foi.

Penchée sur mes parchemins, j'écoute et je prends note. Après ce cours viendra celui de Mr Pierce, et ensuite il sera l'heure de travailler mes acquis. Nul doute que la journée sera douce et enrichissante. Les semaines ne sont pas si longues que cela depuis la rentrée.

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24 juil. 2025, 15:40
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3. Poupée de feu


6 NOVEMBRE 2049, 7h20
CAFÉTÉRIA, IMSM,

Alyona, 19 ans,


Mes mains terreuses brûlent au contact du journal. C'est un feu profond, installé, qui chauffe la chair et la terre, menace de former un incendie plus significatif, et pourtant reste difficilement visible, de par sa nature interne. Il rougit à peine la pulpe de mes doigts. Je pourrai lâcher le papier pour étouffer les braises, mais je n'y parviens pas. Depuis ce matin, tout le monde n'a qu'un sujet dans la bouche, et l'avoir sous les yeux, y être directement confrontée, comprendre ce qu'il signifie, c'est tout autre chose que de l'entendre éclore d'entre des lèvres inconnues. Là, je suis obligée d'y faire face, je ne peux ni le fuir ni le nier. C'est écrit noir sur blanc : « Cinq épouvantails en feu ». Qui brûlent, qui brûlent, qui brûlent. J'ai beau lire et relire les mots, les yeux assez écartés pour que tout le bleu en jaillisse, rien n'éteint les flammes qui dansent et semblent me narguer sur la photographie. Elles collent ma paume au papier journal. La une de la Gazette du sorcier a rarement autant retenu mon attention.

Une action terroriste à Godric's Hollow, une menace contre les candidats à l'élection, et cette fumée qui sent tellement la haine et la colère qu'elle pourrait me faire tousser alors que je ne la respire pas. Face au Consilium ! Merlin. J'ai du mal à y croire. Pourtant, ce n'est pas étonnant : les oppositions au gouvernement semblent prendre de l'importance, et la capitale sorcière est l'endroit idéal pour exprimer ce qu'elles pensent et exposer leurs idées. Mais Godric's Hollow ! Le Consilium ! C'est ma ville, c'est le lieu de travail de ma mère, ce sont les valeurs que ma famille défend auxquelles on veut porter un coup. Qui ? Je n'en ai sacrément aucune idée. Pourquoi ? Ça, c'est le plus délicat. Je sais pourquoi, et j'en comprends les raisons. J'en ai parlé avec Nahele et Kaliska, je les ai senties me prendre dans les bras avec Narcisse, il y a de cela un mois, et je les entends dans mon propre crâne, où elles se glissent, s'insinuent, et tentent de se faire une place. Une nouvelle fois, je me sens écartelée : je suis l'épouvantail qui brûle et le sorcier qui y a mis le feu.

Je tends le journal à Abby, qui m'observe curieusement de l'autre côté de la table, comme si elle voulait sonder mon visage pour en lire plus aisément les problèmes et les nœuds.

Il faut que je réfléchisse, que je me positionne, que je me trouve et me découvre. Ma mère a raison, il est temps que je m'intéresse plus sérieusement à la politique de mon pays. Je dois choisir mon camp, mes valeurs, ce que je souhaite défendre, éclairer mon chemin pour mieux m'y avancer. Dans moins d'une semaine, j'aurai vingt ans, et juste après, il me faudra participer à l'élection d'un nouveau président du Conseil. Ma voix n'est peut-être qu'une parmi de nombreuses autres, mais elle devra être exprimée conformément à ce qui me guide. Il va me falloir m'enfoncer dans les fourrées pour comprendre, poser le doigt sur ce qui ne va pas et choisir. Je suis l'avenir de ma famille, et elle compte sur moi. Je dois m'affirmer. Les miens, mes amis... Ils attendent de moi que j'agisse, que je me positionne. Je ne peux pas rester plus longtemps sur un fil, entre deux idées, le cœur balançant au gré des vents. Mais comment faire pour avancer dans ces broussailles ?

Mon ventre est noué. En fait, cela fait longtemps que j'y réfléchis, que je retourne le problème dans mon esprit comme j'inspecterais une plante malade, mais je ne trouve pas de solutions. Quoi que je décide de faire, ce sera décevant. Soit je ferai honte à ma famille, soit je ferai honte à mes amis. Comment choisir entre ces deux groupes qui font de moi qui je suis ? Comment trancher en douceur, sans rien détruire ? C'est pourtant le principe du geste : couper, séparer, affirmer deux bords, deux opposés, deux différents. C'est violent et difficile. Je ne peux pas l'être, je n'y arriverai pas. C'est là que le dilemme moisit depuis des mois : je n'ose rien décider. Je reste sur mon fil, à la frontière, immobile, sans prendre d'issue.

Pourtant, je crois que je sais ce que je veux, ce qui me semble juste, ce qui est important pour moi. Je souhaite que ma famille ne perde pas tout ce qu'elle a conquis à force de temps et de sacrifices, qu'elle reste forte, solide et fière de son héritage et de ce qu'elle est. Je ne veux pas être la honte de ma mère. Je désire aussi que les familles au sang pur conservent le respect dû à leur dévouement étendu sur plusieurs générations pour la société sorcière, elles ont là quelque chose d'exemplaire. Et, en même temps, je sais chercher à construire un monde plus sûr pour les nés-moldus, où ils pourront être acceptés comme n'importe quel autre sorcier et découvrir dans cette société qui leur était inconnue à la naissance une vraie famille, qu'ils s'y sentent comme chez eux, à leur place, et non plus étrangers. Je veux aussi que le monde magique construise une relation plus fraternelle avec le monde moldu. Il est évident que les deux doivent rester séparés, mais ils ne peuvent pas être opposés et confrontés, car ils ont quelque chose d'indissociable. Les moldus ne peuvent pas nous connaître, mais peut-être que nous devrions mieux les considérer. Que les ententes soient cordiales, paisibles, qu'elles ne soient douloureuses ni pour les uns ni pour les autres, c'est le plus important.
Je souhaite que la tension qui brûle dans mon univers s'essouffle pour ne devenir que rougissement tendre et délicat. Que tout rayonne au lieu de flamber. Mais comment l'assumer ? Comment être sûre ? Mes désirs sont-ils seulement compatibles et possibles ? Comment faire en sorte que les choses évoluent ? Que tout le monde soit satisfait ? Que si j'affirme trop fort ce que je pense, on ne m'en voudra pas ? Ah, Merlin ! C'est sûrement là mon problème : je n'aime pas m'opposer à ceux qui me sont chers, car c'est risquer de leur déplaire.

Je lève les yeux de mes pensées pour les poser sur mon assiette. Manger me permettra d'agir et de calmer les houles de mes réflexions. Face à moi, Abby continue sa lecture silencieuse. Je crois que j'ai besoin de son avis, de sa réaction : je sais qu'elle vient d'une famille comme la mienne, et qu'elle aussi est secouée par les tensions qui prennent de l'importance dans notre monde. Comment se positionnera-t-elle, elle qui est beaucoup plus sage que moi ?

L'étudiante en médicomagie finit par reposer le journal, qui est rapidement attrapé par un nouvel étudiant curieux de savoir ce qu'on raconte. Le visage de la blonde est troublé quand il se lève pour faire face au mien.

« Quelles nouvelles... Je ne m'attendais pas à ça, avoue-t-elle.
Moi non plus, réponds-je en secouant la tête. »

Des flammes pour éclairer l'aurore.. Y a-t-il des personnes satisfaites autour de nous ? Des étudiants qui cachent des brasiers dans leurs yeux, prêts à tout brûler, à détester, à arracher le changement avec leurs ongles, quitte à y détruire des fiertés et des familles ? Je frissonne, comme si les dernières traces d'hiver étaient figées dans ma poitrine. J'ai l'impression d'être attaquée avec ce geste, moi aussi, parce que c'est aux valeurs de ma famille qu'on s'en prend, à ce qu'elle défend, à ce qu'elle est, et puisque j'y appartiens, que j'y appartiendrai toujours, c'est comme si on s'attaquait à moi en brûlant ces épouvantails. On met le feu à ma poupée de rêves.

Abby et moi restons un moment sans parler, uniquement tournée vers nos réflexions, les cendres de ces flammes. Je me demande si elle se sent en danger, elle aussi, si elle a l'impression que ceux qui ont des brasiers dans les yeux pourraient s'en prendre à elle si elle ne disait pas les mots qu'il faut, si elle se plaçait dans le « mauvais » camp. Frissonne-t-elle aussi en y pensant ?

Ma bouche est sèche mais le silence est abrasif.

« Tu sais déjà pour qui tu vas voter ? »

Elle jette un coup d'œil à droite et à gauche. Mon amie est-elle inquiète qu'on puisse nous entendre et nous condamner à cause de nos propos ? Dois-je lui proposer de discuter ailleurs, loin des oreilles indiscrètes ? Dois-je murmurer ? Merlin non ! Je n'aurai pas peur ! Ou plutôt : je ne laisserai pas ma crainte me faire plier l'échine. Mon cœur tambourine un peu, mais j'ai encore le droit de m'exprimer.

« Je ne suis pas encore sûre. Il faut que je relise certaines choses, que je m'y intéresse davantage... Et que j'en parle avec mes parents. » Elle hésite un instant. « Je ne suis pas tout à fait certaine d'aller voter... »

La surprise me couronne le visage. Ne pas voter ? L'idée ne m'avait pas traversé l'esprit. Je n'imaginais pas pouvoir me soustraire à cet acte. De plus, tout a été fait pour que nous puissions nous rendre dans des villes et villages magiques et élire un nouveau dirigeant du Conseil. Pourquoi y manquer ? Parce qu'on ne parvient pas à choisir ? Parce qu'aucun candidat ne nous satisfait ? Mes yeux se baissent et je me mords la lèvre. Pourrai-je choisir de ne pas voter ? Ou de voter blanc ? Mes parents n'en sauront rien, mes amis non plus. Cependant, ce serait me refuser le pouvoir de faire changer les choses. Le puis-je, au vu des tensions et des questions qui explosent dans le débat public, à l'heure actuelle ? Puis-je rester silencieuse et ne pas m'exprimer, moi qui le devrai pourtant plus tard, pour porter la voix de ma famille ? Je ne sais pas, cela me met mal à l'aise.

Tout comme cette idée d'en parler à ses parents. Devrai-je vraiment aller leur demander leur avis pour savoir qui voter ? Mon orgueil répondrait « non » sans hésiter. Mais ma raison ? Cela me paraît idiot. Je suis grande, je peux être indépendante. De plus, c'est un moyen de faire entendre ma voix, avant celle de ma famille. J'ai le pouvoir de décider en pleine conscience, en sachant ce qui m'est cher et ce que je veux. Je ne souhaite pas me laisser influencer. De toute manière, je connais déjà l'avis de mes parents sur la question. Alors, à quoi bon le leur demander ?

Je poursuis mon petit-déjeuner comme si de rien était, dissimulant le froncement de sourcils que les propos d'Abby manquaient de faire naître sur mon visage.

« Pourtant, ce serait l'occasion de t'exprimer toi, sans être portée par les opinions de ta famille. Tu pourrais être libre dans ton choix. Ils ne sauront même pas ce que tu choisiras. »

La sorcière réfléchit et garde les yeux baissés sur ses doigts. « C'est vrai. Mais j'ai peur de faire un choix que je regretterai ; je ne sais pas si je suis la mieux placée pour décider de tout ça, m'explique-t-elle.
Je comprends. Moi aussi j'ai des doutes.
Et tu sais déjà qui tu voteras ? » me demande-t-elle, levant enfin les yeux vers moi.

J'inspire. Est-ce que je sais pour qui je voterai, le treize novembre ? Mon front est clair, ma voix est blanche.

« Oui je crois. »

J'ai lu les textes, les revendications, les idées. Je connais les noms des candidats, eux qui ont été représentés comme des épouvantails, brûlant face au Consilium. Je sais ce que je veux, ce qui est important pour moi, et ce que je ne laisserai pas passer. J'ai comparé, cherché, j'en ai même discuté avec Nahele lorsque nous nous sommes vus il y a quelques semaines, mêlant son point de vue au mien. J'ai étudié comme je le pouvais la chose, et le nom d'Emerald Wighters est celui qui me retient et me convient le plus. Est-ce que mon choix changera ? Est-ce qu'il sera le même que celui de mes parents ? Le même que celui de mes amis ? De tout cela je doute beaucoup. Pourtant, c'est le mien. Et je ne crois pas que j'en ferai un autre.

Abby et moi terminons rapidement nos assiettes respectives. Nous ne parlons plus de la Une, ni de politique. C'est un sujet trop flou pour nous deux, nous n'arrivons pas à y naviguer ensemble. Il est bien plus aisé de discuter de nos cours et de ce qui nous attend dans les prochains jours. Mon anniversaire, par exemple. Il viendra un mercredi cette année, mercredi prochain, pour être exacte. Mon amie et moi terminons tôt ce jour-là, et c'est elle qui me propose une balade sur la plage et dans les bois, une après-midi scintillante et apaisante, où Nahele et Kaliska pourraient nous rejoindre si nous sortons de l'Institut. Cela me plaît, cela me fait sourire, et j'en oublie doucement le sujet qui a fait la une du jour.

Pourtant, quelque part, les feux brûlent encore.

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baisse de présence jusque fin juillet

26 juil. 2025, 19:16
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4. N'en garder que le goût


13 NOVEMBRE 2049, 7h01
CHAMBRE, IMSM,

Alyona, 20 ans,


Depuis toute petite, avant même d'entrer pour la première fois à Honeydukes, de découvrir ses rangées de bonbons aux goûts et aux couleurs de l'arc-en-ciel, même en-dehors de la période d'Halloween et de celles des anniversaires et fêtes en tout genre, j'ai toujours eu des sorbets citrons dans mes poches. Réconfort et douceur sucrée pour tous les jours, c'est le remède à mes peines, le feu autour duquel réunir mes amis et le soleil de mes jours gris. C'est l'odeur de ma mère et le goût de chez-moi.

C'est étrange : les citronniers ne poussent ni au Royaume-Uni, ni en Russie, et pourtant ma mère en a toujours adoré la senteur et la saveur. Je ne sais pas d'où cela lui vient, ni comment ce fruit bien souvent jaune est arrivé dans sa vie, ni pourquoi il l'a marqué de cette manière, mais le fait est qu'il y a toujours eu un parfum frais et acidulé dans notre maison, souvent porté par de la citronnelle, parfois par d'autres plantes, mais sans arrêt flottant dans l'air comme un souvenir dont on ne peut se défaire. Cet agrume s'est emmêlé à la fibre de ma vie et ne s'en est jamais éloigné.

Au fait, je n'arrive pas à m'en défaire. Il me rappelle inexorablement ma mère. C'est peut-être à cause d'elle que les sorbets sont arrivés dans ma poche, c'est peut-être elle qui les y a glissés la première fois, ou qui a jeté un sort pour qu'ils y poussent sans cesse. Ce ne serait pas étonnant de sa part, elle a souvent des initiatives étranges, qui m'accrochent à elle, font germer des sentiments doux à son égard, nous rapprochent l'une de l'autre. Mais cette odeur de citron... Cette odeur de citron est toute particulière. Ma nostalgie, mon amour, mon enfance : tout y est attaché. C'est ma madeleine de Proust et le lien qui va de mon cœur à ma famille. C'est ma mère, ses longs cheveux roux, le froid de son visage et la chaleur de ses doigts sur ma tête, ses yeux de terre qui m'observent et se tournent brusquement vers une peinture ou vers le ciel, les lettres qu'elle trace sur des parchemins immaculés et celles qu'elle envoie pour répondre à toutes les sollicitations que sa fonction exige, ses mots acides, tranchants, glacés, puis tendres, délicats et aimables, précieux comme le miel, ses tenues impeccables, son port droit et sérieux, qui jamais ne faiblit, jamais ne montre d'hésitations, l'odeur de sa peau, la douceur de sa peau, la chaleur de sa peau. Ce bonbon c'est ma mère, et en le gardant dans mes poches c'est comme si je l'emportais partout avec moi. Sa main près de ma baguette, son parfum sur mes vêtements, son souvenir que j'avale.

Je glisse ma cape d'hiver sur mes épaules. Noire, elle tranche avec le jaune qui brille entre mes doigts. Elle est chaude et me réconforte dans mon choix, me donne du courage pour la journée qui m'attend. À l'autre bout de la pièce, Abby patiente pour que nous transplanions à deux ; Ondine n'est pas encore prête et se rendra dans un village loin de la capitale aujourd'hui. C'est une drôle de journée qui nous attend. Je ne sais pas pourquoi mes pensées se sont tournées vers les bonbons jaunes alors que même le ciel est gris. Peut-être simplement parce que je les ai sentis dans ma poche, mais je les y sens si souvent !

J'attrape mon sac et ma baguette, jette un dernier coup d'œil autour de moi.

Avant de partir à Godric's Hollow pour les élections liées au Conseil, je glisse un sorbet citron entre mes lèvres et abandonne le sachet sur mon lit.

#466962Botaniste au Jardin de Draíocht
baisse de présence jusque fin juillet

6 nov. 2025, 00:28
Tracer des rayons de lumière  SOLO   PNJ 
en réaction à la lettre d'Ivanovna

5. Le cœur léger


10 NOVEMBRE 2049, TÔT
CHAMBRE, IMSM,

Alyona, 20 ans,


Les minutes passent lentement, poussées par mes doigts elles roulent sur mon ventre comme des ballots de paille, grossissant jusqu'à devenir lourdes. Il faut que j'ouvre les yeux, que je me lève ; ce n'est pas une journée comme les autres, effectivement, mais il n'est nullement nécessaire de la saisir aussi délicatement, comme si elle pouvait prestement m'échapper. Mes cours m'attendent. La routine surveille sa montre. Ondine et Abby s'apprêtent sûrement à quitter leur lit, elles aussi, et Merlin sait que ce n'est pas simple de se bousculer le matin lors de nos préparations ; il faut quelqu'un pour prendre de l'avance, il faut une première. Cela a toujours été moi, aujourd'hui ne peux pas faire exception.

Pourtant je conserve les yeux fermés, comme si je dormais, comme si je pouvais retenir encore éternellement cette nuit, repousser le moment où mes pieds toucheront le sol et heurteront cette étrange idée qui me dit que ça y est, j'ai vingt ans.
Mes doigts s'arrêtent, mon souffle se suspend, on étale cette pensée sur mon thorax comme un baume pour apaiser les douleurs. J'ai vingt ans.
Mes paupières secouées dévoilent mes iris bleus. Le plafond sursaute. Mon expiration me donne l'impression de me vider les poumons.

Les premiers rayons du soleil éclairent à peine les murs, les repeignant en bleu sombre. Il est tôt, mes deux camarades dorment encore. Leurs respirations apaisées et régulières me calment et me rassurent ; c'est un peu comme s'il faisait toujours nuit.

Un toc toc étrange et bruyant me contraint à tourner vivement mon attention vers la fenêtre. Rideaux repoussés, vitre éclairée, et derrière, un hibou portant un paquet. Aussi tôt ! Est-ce pour moi ? Peut-être, sûrement. Mais de qui ? Je détaille l'animal avant de lui ouvrir. Ce n'est pas l'oiseau de la famille de Nahele, mais cela pourrait être un hibou postal, emprunté pour l'occasion, missionné. Mais par qui ? Et pour moi ? On dirait bien, car il semble décidé à me laisser son courrier, dont je me saisis avec une certaine curiosité. Le paquet est léger, odorant — l'olivier, reconnais-je —, accompagné d'une lettre dont le papier ne m'est pas étranger. J'ouvre, cœur battant, impatient, excité. Cette texture, ce grain, cette qualité. Qui ? Et l'évidence, merveilleuse : Vana ! Je n'ai pas besoin de lire pour déjà me réjouir. Pourtant mes yeux se précipitent sur les mots comme les vagues sur la jetée.

L'écriture est différente de celle dont j'ai l'habitude, plus jolie, plus soignée, mais les phrases, elles, ne trompent pas : il s'agit bien de mon amie. Mon regard galope entre les lignes avant de revenir sur ses pas pour savourer les lettres, les effleurer plus doucement. Certaines se détachent du texte. Se revoir, fêter au Pitiponk, un cadeau de plumes, et deux jumelles sorcières. Deux jumelles sorcières. L'expression se niche dans mon crâne, fait le tour de ma bouche avant d'être articulée par mes lèvres. Puis, le bonheur grimpe et gonfle ma poitrine. Merlin ! Il faut que je voie cela, que je le découvre, que j'ouvre ce paquet qui n'attend que mes doigts !

Je pose la lettre et saisis l'objet à la senteur d'olivier. Il ne me faut pas longtemps pour l'ouvrir, le geste me vient simplement, naturellement, par mimétisme et reconnaissance. Il déclenche l'envol des plumes, comme si elles n'attendaient que les mouvements de mes doigts pour être libérées. Mes yeux s'illuminent, s'étonnent, s'émerveillent. L'imagination ploie sous la beauté du cadeau. Les plumes dansent autour de moi, prenant vie, rieuses et enjouées, fantastiques et magiques, elles captivent mon regard et éclairent la pièce, dessinant des couleurs dans mon champ de vision. Bien que prévenue par la lettre de ce qui m'attendait, je n'en reste pas moins éblouie. Les teintes, la délicatesse, la beauté ; j'ai l'impression d'avoir droit, à l'aube de cette journée particulière, à un spectacle sensible dont je suis l'unique spectatrice, qui n'est que pour moi, et qui a été pensé pour dessiner un sourire ébahi sur mes lèvres. La féerie de ce ballet m'enivre, j'avale les secondes qui la composent goulûment, comme si ces couleurs allaient me permettre de repeindre entièrement ma journée à la teinte du bonheur. Et puis, ce mouvement qui m'est destiné me donne l'illusion qu'Ivanovna est avec moi. Ce n'est qu'en reproduisant son geste sur le paquet, obligeant ainsi les plumes à y retourner et à se ranger, que l'étourdissement commence à me saisir. Charmée et ravie, j'ai la sensation d'être encore dans un songe. Était-ce réel ? Ou mes yeux sont-ils toujours fermés ?

Autour de moi, Abby et Ondine dorment encore, paupières lourdes et respirations apaisées. Je les observe, le cœur battant, troublée par ce paquet et son contenu. Mes pensées se tournent sans cesse vers mon amie. Merlin, elle ne m'avait pas dit qu'elle comptait m'offrir quelque chose ! Et quelque chose de si beau ? Mais depuis quand l'a-t-elle ? Et pour moi ! Comment connaît-elle mon attrait pour les plumes ? Se souvient-elle de mon amour obsessionnel des oiseaux datant de mes premières années à Poudlard ? Ou a-t-elle été simplement séduite par la proposition, et souhaitait donc me la partager ? Tant de questions sans importance ! Car tout ce à quoi je parviens à penser sur le moment, comme une boucle à laquelle je m'accroche, c'est ce simple fait bouleversant et sublime : Ivanovna a pensé à mon anniversaire, elle voulait me faire plaisir, elle m'a offert un présent.

Je me sens légère et heureuse, bêtement immobile dans ma chambre, déjà comblée par un jour qui n'en a pas fini de se dévoiler.

Merlin, il faut absolument que je trouve Ivanovna ! A-t-elle commencé ses cours ? Est-elle déjà dans l'Institut ? Est-elle occupée ? Oh, peu importe ! J'ai besoin de la voir, de la remercier, c'est urgent. Ce ballet de plumes m'appelle à elle. Il faut que je lui communique mon étonnement et ma gratitude. N'avons-nous pas cours ensemble ce matin en biomagie ? Cette pensée me traverse pendant que je me vêts en vitesse. L'excitation que j'en tire me pousse à sortir de la chambre quelques minutes plus tard, après des salutations et des vœux bienvenus d'Ondine et Abby.

Je traverse les couloirs, trottine dans les escaliers. Il faut que je trouve Ivanovna, que je la prenne dans mes bras, que je passe du temps avec elle avant que le cours commence ! Comment pourrait-elle, sinon, comprendre la joie et la liberté qu'elle m'offre ? Je vois encore les plumes voler, traçant des rayons de couleurs autour de mon visage. La majesté de cette image me coupe le souffle. Mon cœur est un oiseau qui chante car le soleil est revenu.

#466962Botaniste au Jardin de Draíocht
baisse de présence jusque fin juillet