PNJ Le nugget de l'amitié PV

Ses yeux tombent sur cette petite main qui s'est accrochée à sa manche presque timidement et ne s'en détournent plus. Ludwig sait reconnaître ce geste, cette tentative de réconfort. Son cœur explose d'une joie bien familière : celle que l'on ressent lorsque l'on est comblé de l'attention de l'autre. Lorsque l'on sait que toute son attention est tournée vers nous, seulement vers nous, et que il ou elle est prête est à franchir des barrières comme celle de la pudeur pour nous montrer son soutien. C'est exactement ce que recherchait le Serpentard en insistant sur une peine qui n'avait pas autant d'ampleur que ce qu'il a fait croire. Maintenant qu'il a ce qu'il voulait, Ludwig a l'impression d'être à deux doigts d'exploser d'un bonheur insoutenable. La seule chose qu'il désire désormais, c'est qu'elle continue de le soutenir et d'essayer de l'aider, il donnerait tout, absolument tout ce qu'il a, pour ce sentiment-là. De fait, puisque les émotions, bien réelles elles, sont bien plus sincères que ses paroles, son corps réagit en conséquence et une couleur coquelicot s'invite sur ses pommettes et sur ses oreilles écartées, dévoilées par ses cheveux dressés sur le sommet de son crâne.

Ludwig ne fait pas attention à ce coin de l’œil que Saïph frotte, pas plus qu'il remarque son visage sincèrement peiné, au point qu'elle-même ressent une tristesse qui n'est pas la sienne. Il est trop concentré sur cette main attachée à sa manche et sur l'assiette qu'elle a poussé vers lui, comme si le vertige de ses mamans l'autorisait à manger tous les gâteaux du monde et à avoir une part plus grosse que les autres — et c'est vrai que je la mériterais, songe-t-il.

Le garçon se délecte des paroles de Saïph comme il apprécierait siroter un bon lait à la fraise. Il boit ses phrases rassurantes et profite du goût de tendresse qu'elles ont. S'il pouvait s'y baigner, il le ferait : qui n'apprécie pas le lait à la fraise, même quand il est sous forme de mots ? Malgré le manque de sincérité de son action, il écoute soigneusement ce qu'elle dit, note de regarder les étoiles les soirs où vraiment ça n'ira pas, même si pour cela il faudra penser à sortir avant le couvre-feu et il hoche la tête d'un air concerné quand elle lui propose de leur écrire. Il leur écrit déjà, toutes les semaines ou alors toutes les deux semaines quand il oublie ou qu'il a la flemme d'écrire — écrire, ce n'est pas marrant, ça fait mal au poignet et trouver des mots qui vont bien ensemble ce n'est pas aussi simple pour lui que ça semble l'être pour Saïph qui parle joliment. Mais si lui parfois ne le fait pas, ses mères, elles, ne laissent jamais une semaine commencer sans lui envoyer un courrier. Parfois, des cadeaux l'accompagnent, parfois seulement une photo ; il est toujours profondément ravi de les recevoir.

Bien malgré lui, les paroles de la petite fille le touchent plus profondément qu'il ne le pensait. Ludwig pensait faire semblant jusqu'à la fin et s'inventer des sentiments, des réactions, mais quand Saïph dit : « Si tu étais tout le temps avec elles, tu n’aurais pas tes deux banofee », ses yeux lui piquent comme s'il allait pleurer. Cela n'a rien à voir avec le banofee, ce n'est qu'un gâteau, mais ça dérange quelque chose au fond de lui et le fait se sentir nostalgique. Tout à coup, sa peine et son manque deviennent bien plus réels. Le sourire qu'il affiche, minuscule, presque invisible, ce qui est étrange venant de lui, est le reflet de ces émotions soudaines qu'il n'attendait pas. Et qui prennent d'autant plus de force quand elle lui demande de se remémorer un souvenir qui n'aurait pas existé sans Poudlard ; Ludwig en a une idée très précise.

« La veille de mon départ la première année, t'sais en première année quand on part pour la première fois, j'arrivais pas à dormir. Impossible. Pas à cause de l'excitation, sourit-il doucement en levant les yeux vers Saïph, parce que je pensais pas trop à tout ce que j'allais vivre à ce moment-là, mais parce que demain elles allaient me serrer dans leurs bras et que je savais que ce serait la dernière fois avant super longtemps. J'veux dire mes mères. »

La tête penchée, Ludwig joue avec sa cuillère. Il n'a pas honte de ses yeux légèrement humides, du moins pas devant la petite fille hirsute, pourtant il se décale de sorte qu'ils ne soient visibles que par elle et par personne d'autre — il ne veut pas que Jack Jevons pense qu'il est un pleurnichard ; est-il encore présent dans la Grande Salle ?

« Alors elles, elles étaient embêtées qu'je dorme pas, parce que je faisais que me lever pour aller boire ou pour aller chercher quelque chose ou pour poser une question sans importance. Alors m'man Rach, c'est ma maman moldue, elle a dit : pour un soir particulier, il faut une chambre particulière ! Et tu sais c'qu'on a fait même s'il était vraiment tard ? s'emballe Ludwig qui sent déjà le bonheur du souvenir remplacer sa peine. Bah on a construit une cabane de draps et de matelas dans le salon ! »

Une méli-mélo de draps de toutes les couleurs qui montaient jusqu'au plafond, une tonne de coussins qui noyaient les matelas, un Lumos Sagita coloré en orange, couleur préférée de Ludwig, qui donnait une ambiance particulière à la construction et au cocon qu'elle formait. Le salon était inaccessible, le canapé complètement poussé vers le mur, la télé a grésillé avant de s'éteindre, la table à manger guère plus qu'une ile lointaine inatteignable. M'man Rach a refusé que la magie soit utilisé pour construire la cabane. Elle a dit : « Les cabanes de draps, c'est des souvenirs à monter soi-même, range ta baguette mon amour ! » et ils ont passé l'heure suivante à rire et à essayer de faire tenir les draps pour leur laisser l'espace de dormir.

« On a dormi tous les trois là-bas, dans notre cabane de draps et c'était génial, j'me suis endormi trop vite ! Maintenant, on le fait tous les 31 août, avant que je reparte à Poudlard. »

Ludwig est certain que jamais ça ne s'arrêtera, qu'il continuera d'exiger cette cabane et d'attendre que ses mères la lui proposent jusqu'en septième année, même après encore. Cela le rassure de savoir que ça n'aura jamais de fin.

Prenant conscience de sa voix trop joyeuse et de son sourire qui commence à s'étirer, Ludwig prend sur lui pour paraître un peu plus triste, car il n'est pas prêt à laisser partir l'attention qu'a Saïph pour lui, pas alors qu'il en a si peu profité. Il s'efforce de prendre une petite voix et donner une teinte peinée à son sourire pour dire :

« Le souvenir, j'crois qu'ça va mieux marcher que les étoiles, même si ça fait pas tout... C'est dur de se débarrasser d'une grosse tristesse, tu crois pas ? »
Dernière modification par Aelle Bristyle le 15 juil. 2025, 15:05, modifié 1 fois.

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Quand il avait regardé sa main, Saïph avait su que le gâteau n’était plus le seul pont qui les reliait désormais. Le contact était moins sucré, il était plus doux et en même temps rugueux. Celui d’un tissu aux couleurs vert et argent. Puisqu’il n’avait pas enlevé brusquement son bras, la poigne de la blondinette s’était faite moins hésitante, plus prononcée. Dans sa paume, c’était la résolution de le voir sourire qu’elle tenait. Alors elle s’y cramponnait en parlant, avec la crainte que gestes et mots ne puissent suffire, avec l’espoir de trouver, parmi tout ce qu’elle étalait devant lui, un pansement à sa blessure d’enfant.

« La veille de mon départ la première année, t'sais en première année quand on part pour la première fois, j'arrivais pas à dormir. Impossible. Pas à cause de l'excitation, parce que je pensais pas trop à tout ce que j'allais vivre à ce moment-là, mais parce que demain elles allaient me serrer dans leurs bras et que je savais que ce serait la dernière fois avant super longtemps. J'veux dire mes mères. »

La cuillère toujours dans sa main, les yeux humides, Ludwig avait pourtant un sourire. Un petit sourire, qui tranchait avec ses immenses, ses énormes tranches de joie. Un sourire qui paraissait nostalgique et en même temps tellement vrai. Ce sourire là, il n’avait pas besoin d’éclater à grand bruit dans cette salle bondée. Il n’avait pas besoin de découvrir une rangée de dents prêtes à mordre la vie de bon coeur. Il était juste là, effleurant les lèvres de ce garçon, comme une brise bienvenue lorsqu’il fait trop chaud.

L’Aiglonne aimait les variations des émotions. Leurs nuances délicates. Telles les feuilles d’arbre qui se teintent pour annoncer saisons, changements, insectes ou maladies. Elle n’était pas encore apte à qualifier la palette impressionnante des sentiments, néanmoins elle était toujours sensible à leurs différentes carnations. Dans les films, elle ne pouvait qu’être éblouie par tout ce qu’un rictus pouvait signifier. Une larme contenue, rigolant au coin d’un œil plissé par le rire, ou brillant sous l’ombre d’un sourcil froncé. C’était sans doute pour cette palette qu’elle n’osait s’essayer aux portraits. Parce qu’elle n’était pas certaine de posséder suffisamment de pinceaux capables de refléter tout ce qu’un visage humain peut dévoiler.

L’histoire du Serpentard la ramenait évidemment à sa propre soirée avant Poudlard. Une idée fugace, qu’elle renvoya d’un geste de la main. Parce qu’elle ne voulait pas se remémorer alors que son vis-à-vis lui contait son histoire. Elle devait rester accrochée au moment présent, ne pas se laisser guider vers les portes qu’il ouvrait inconsciemment. Fort heureusement, son camarade était déjà emporté par le passé et sa joie d’y être replongé était contagieuse. Suivant son récit, l’Irlandaise nia lorsqu’il lui demanda, de façon rhétorique, si elle parvenait à deviner ce que sa mère moldue (elle rangea cette information dans un coin de sa tête, y trouvant une source de chaleur, la reconnaissance d’un lien plus fort qu’un met partagé) lui avait dit.

«  Bah on a construit une cabane de draps et de matelas dans le salon ! »

Saïph éclata de rire, s’imaginant parfaitement ce grand garçon, avec ses deux mères immenses, se cachant dans un château de draps. Elle voyait une énorme maison de voiles multicolores, se gonflant de rires et d’yeux pétillants. Si la magie était liée aux émotions, alors cet instant avait dû faire naître une nouvelle onde magique. Dans l’esprit de la fillette, les draps étaient devenus aurores boréales, et l’amour qu’elle y percevait une nuée aussi étincelante que la Voie Lactée. Peut-être que c’était cela, finalement, qui permettait à Poudlard d’être aussi calme et reposant. Tous ces moments précédant la rentrée scolaire, où parents et enfants permettaient à la magie de se gorger d’émotions.

Avec le sourire de Ludwig, c’était également celui de Saïph qui se renforçait, dans ce palais imaginaire fait à partir d’une literie aussi rayonnante qu’un Lumos Maxima. A travers ses phrases, elle voguait avec lui au milieu de coussins d’arc-en-ciel et se perchait dans cette cabane aoûtienne. Toutefois, tout comme le premier sort lancé par la Première Année, la lumière finit par décroître sur les lèvres du Serpentard. Sa voix reprit les teintes si reconnaissables de la tristesse. Pas autant qu’avant, mais un peu. Comme s’il avait ressorti la tête d’une pensine et se rendait compte qu’il n’était pas dans cette tente aux mille couleurs, que les bras de ses mères n’étaient plus autour de lui, et que seule la main de sa camarade le touchait.

Pour la Née-Moldue, l’atterrissage fut un peu violent. Elle dut papillonner pour se remettre, pas certaine d’avoir quoi que ce soit à répondre à sa question. D’un côté, elle se sentait extrêmement reconnaissante d’avoir pu partager un tel souvenir. C’était comme si Ludwig avait ouvert un livre particulièrement passionnant, dont l’histoire s’était terminée trop vite. Oui. C’était ça. Elle se sentait de la même façon qu’après avoir terminer un ouvrage qu’elle avait aimé. A la fois triste, désœuvrée, et heureuse. Ce mélange étrange qu’était la sensation de perte. Mais sans la frustration, sans la mélancolie. Juste cette assurance d’avoir vécu un instant privilégié. Alors elle sourit délicatement et regarda le brun avec douceur.

- Si, c’est vrai que c’est dur… Des fois, en plus, ça sert à rien d’essayer de s’en débarrasser. Ça part pas vraiment. C’est pas comme quand tu tombes et que tu te fais mal. T’as juste besoin d’un câlin, d’un pansement et d’un médicament dans ces cas-là.

Elle se frotta la tête pour tenter de mettre ses pensées dans le bon ordre.

- Tu sais, je pense que il y a des tristesses qu’on peut pas faire partir. C’est toujours un peu là. Et c’est pas grave. Ça empêche pas d’être quand même content. Moi je suis triste, sans mes parents. Mais je t’aurais pas rencontré, si j’avais été avec eux. Alors – elle haussa les épaules – je pense que, des fois, il faut pas se débarrasser de ce qui nous rend triste. Du moment qu’on est aussi heureux, parfois, et que ça nous empêche pas de l’être, d’ailleurs, et ba la tristesse il faut juste l’accepter. C'est comme quand t'as joué toute la journée dehors et que d'un coup il faut rentrer. Tu veux pas, ça t'embête, et tu sais que tu pourras plus jouer comme ça tout de suite. Mais c'est pas grave. Tu peux être triste. Parce que tu sais que tu as perdu quelque chose. Moi ce qui m'inquiète c'est les gens qui sont jamais tristes ou contents... C'est ça qui doit être dur...quand tu as plus du tout de raison d'être triste ou heureux.

Elle fronça les sourcils en se demandant si cela était juste envisageable. Un creux, simplement un creux sans aucune autre émotion. Elle se figura ce vertige dont avait parlé son compagnon de tablée. Est-ce que l'absence d'émotion pouvait vous happer ? Un frisson l'envahit et elle fut forcée de retirer sa main de la manche du Serpentard pour se frotter les bras. Cligna des paupières revint à elle.

Décidant qu'elle réfléchirait au néant plus tard, elle se secoua un peu et s'intéressa à nouveau à son vis-à-vis. Elle n'avait pas osé le lui dire, parce que cela aurait pu passer pour de la vantardise, mais elle savait que s'il était triste, elle, elle serait là pour lui. C'est avec cette promesse intérieure qu'elle décida donc de continuer à l'éloigner de sa peine.

- Tu as dit qu'une de tes mamans..."m'man Rach"...était une moldue ?

Oui. Parler de ses mères paraissait être un bon traitement contre le vertige de Ludwig. Un traitement aussi contre les pensées un peu trop effrayantes qui planaient désormais quelque part dans la tête de la blondinette.

1100 mots

Saïph - 2e Année RP Promo 2049-2050 - Fiche PR
Dialogues : color=#3e5653

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Pour Ludwig, c'est très compliqué d'imaginer qu'une tristesse puisse être une bonne émotion à ressentir. Pourtant, Saïph le lui explique avec soin, elle utilise des mots jolis et elle fait même attention à lui donner des exemples pour qu'il puisse comprendre. Mais il ne comprend pas. Quand il joue dehors, chez lui, et que c'est l'heure de rentrer, que m'man Rach se tient sur le seuil de la porte, une main sur le front pour se protéger du soleil couchant, et qu'elle crie son prénom à travers la campagne, Ludwig se fait parfois tout petit, tout petit pour faire comme s'il ne l'avait pas entendu. Tout à ses cabanes, à ses batailles de fourmis, à ses courses solitaires sur son mini-balai, il n'a pas envie d'abandonner tout cela pour rentrer, se laver les mains et s'asseoir à table sans bouger pendant un long moment. La tristesse qu'il ressent à ces moments-là finit évidemment par partir quand il aperçoit le poulet rôti ou qu'il entend la musique résonner dans la maison, signe que m'man Ca est rentrée de l'élevage, mais s'il pouvait il choisirait tout de même de ne pas la ressentir. La tristesse, c'est nul. Ça tord le cœur et ça attriste le visage. Il est incapable de comprendre lorsque Saïph dit : « il faut pas se débarrasser de ce qui nous rend triste ». Entendre cette affirmation, ça fait disjoncter quelque chose dans son esprit et ça fait taire ses pensées.

En temps normal, avec ses mamans peut-être car les personnes avec qui il pense pouvoir se montrer sincère sans être rejeté sont très rares, il aurait fait valoir son point de vue et aurait expliqué par A plus B que la tristesse, il faut chercher à l'éviter ou la réparer quand on la ressent, pas la laisser prendre de la place. Mais ce n'est pas un temps normal. Saïph parle si bien et elle est si compréhensive, si curieuse avec lui ! Elle a même partagé son gâteau avec lui et depuis tout à l'heure elle ne s'est pas détournée pour chercher ses amies du regard dans la Grande Salle dans l'espoir de pouvoir les retrouver rapidement. Ludwig aime bien Saïph. Il n'a pas envie de la décevoir et même plus que cela : il veut lui plaire, absolument. Alors il ne dit pas le fond de sa pensée, il se contente de faire semblant et de dire :

« Oui, c'est vrai qu'il faut accepter ce qu'on ressent, c'est comme ça qu'on avance en plus, je l'ai lu dans un livre. »

Ce qui est vrai, même si l'idée de base était très différente, mais il ne peut pas le savoir puisqu'il ne l'avait pas comprise, cette idée de base. Il hoche la tête avec force et renchérir pour s'assurer que Saïph a compris qu'il va totalement dans son sens et qu'il soutient tout ce qu'elle dit.

« T'as carrément raison, oui ! Tu parles vraiment bien, Saïph, » la complimente-t-il, un sourire étirant tendrement ses lèvres — le compliment est certes destiné à lui plaire mais il n'est pas moins sincère.

En plus de bien parler, la jeune fille parle longuement. Là où la plupart des gens se contentent d'une simple phrase ou d'un mot en guise de réconfort, souvent accompagné de la gêne de celle ou celui qui ne sait pas quoi dire, Saïph, elle, ne censure pas ses paroles. Elle parle longuement, elle prend le temps, elle explique, elle fait attention à faire les choses bien pour lui. C'est exactement ce qu'il désirait en feignant sa tristesse et il a été récompensé. Ludwig se sent content, il a envie de trépigner et de s'agiter, mais il sait qu'il doit se contenir pour tenir son rôle.

Le Serpentard est insensible à la tristesse qui s'est faufilée à la fois dans le discours de la Serdaigle et dans son esprit — de toute façon Ludwig est bien incapable de comprendre le néant ou de même commencer à l'envisager, tout comme il ne se demande pas comment ressentent les gens et s'il existe des personnes incapables de ressentir les choses, que ce soit la joie ou la tristesse. Ce ne sont pas des questions qui lui traversent l'esprit et il est très loin d'imaginer que Saïph puisse se sentir un peu mal parce qu'elle, elle est capable d'envisager le néant. Il est persuadée qu'elle est exactement ce qu'elle renvoie : heureuse, attentive, entièrement et totalement dévouée à lui. Et cela lui suffit amplement, il n'a aucune intention de chercher ailleurs. Et puis elle lui a posé une question et les question alpaguent Ludwig.

« Et oui, ma mère est moldue ! Elles se sont rencontrées totalement par hasard, avec mon autre maman. T'as des moldus dans ta famille, toi ? Certains trouvent pas ça bien mais moi je m'en fous. C'est super cool ! Puis j'ai la chance de connaître à la fois le cinéma et la magie. Tu connais le cinéma, toi ? »

Il enchaine presque aussitôt, sa cuillère repartant à l'assaut du gâteau déjà bien entamée :

« T'as froid ? demande-t-il en se penchant beaucoup trop proche d'elle. Tu veux mon pull ? »

Il l'a bien sentie ôter sa main de la sienne et l'a vue ensuite se frotter les bras. Dans les livres, c'est toujours bien vu quand le héro ou la héroïne (mais lui il préfère les héros même si ses mamans lui offrent toujours des livres avec des filles au centre des histoires) donne sa veste à une autre personne. C'est gentil, bienveillant. Enfin... Lui n'a pas de veste et il se voit mal enlever son pull qui sent les nuggets et sur lequel il a essuyé plusieurs fois sa main grasse pour le donner à la fille, sans parler de l'encre qu'il a essuyé du bout de sa manche parce qu'il avait perdu son buvard ce matin. Mais il a quand même envie de montrer à Saïph qu'il est prêt à ce sacrifice.

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Saïph acquiesça doucement aux mots de Ludwig. Elle était heureuse qu’il ait saisi ce qu’elle voulait lui faire comprendre. Accepter ce que l’on ressentait. C’était bien une parole livresque, ça ! Tout comme lui apparemment, elle courait régulièrement chercher, entre des pages cornées, les mots qui lui échappaient. Bien des fois ses cordes vocales étaient devenues les lignes de tel ou tel ouvrage. Sans jamais parvenir à tout à fait échanger sa salive contre cette encre plus délicate, elle tentait cependant d’en imiter l’éloquence.

C’était impressionnant, comme les volumes pouvaient murmurer des vérités. Sur fond de fictions, de contes, ils susurraient des lois universelles et calligraphiaient de la sorte bien des routes. Il suffisait de tendre les yeux pour en saisir quelques arabesques. Et si, de temps en temps, ces dernières s’avéraient indéchiffrables, un adulte plus clairvoyant pouvait prêter son regard le temps d’une compréhension.

En entendant le Serpentard valider ses propos, l’Aiglonne avait presque l’impression d’avoir partager un chapitre. Un nouveau pont se créait entre eux. Elle se demanda quelle couleur il pouvait avoir. S’il était fait de draps ou de parchemins. Vert et Bleu, cela donnait cyan, non ? Elle aimait bien l’encre cyan. Elle aimait également la sonorité de ce mot, qui ressemblait à cygne, ou à signe. Elle sourit. Un pont de signes, c’était une bonne représentation de ce qui se tissait entre eux. D’autant plus s’il pensait qu’elle s’exprimait bien. Elle n’était d’ailleurs pas vraiment d’accord avec cela...

Comment un garçon lisant des livres, dévorant les phrases comme il dévorait les mets, pouvait il dire une telle chose ? Un sourcil se releva sur le front de la blondinette. Non. Il devait simplement être gentil. Parfois, les gens disaient des choses simplement pour être sympathiques. Elle savait que ce n’était pas de vrais mensonges, parce qu’ils étaient un peu pensés. Mais pas avec la tête. Avec le coeur. De la même façon que sa mère trouvait tous ses dessins jolis. En les découvrant des années plus tard, elle s’en était étonnée. Ces esquisses de rien n’étaient finalement que des barbouillis. Des tâches de feutre. Pourtant ses parents les avaient encadrés, et ils étaient désormais signés par sa main et exposés telles des œuvres d’art dans le couloir menant aux chambres. Lorsque vous montiez les escaliers, vous tombiez automatiquement sur le plus récent.

Oui. C’était peut-être la même chose pour le brun. Les gribouillis de ses mots étaient compris et appréciés avec son coeur. En faisant cette hypothèse, l’Irlandaise sentit son propre organe se gonfler de chaleur. Elle n’en était pas certaine, ce n’était qu’une idée, mais elle se laissa pourtant envahir par elle. Les idées pouvaient être des rêves ou des réalités, elle n’avait jamais fait une grande différence entre les deux. Elle n’avait pas besoin de vérifier. Elle n’avait pas besoin d’être déçue ou de s’en enorgueillir. Elle avait juste envie de déguster cette sensation. Après tout, le livre de Ludwig avait bien dit qu’il fallait accepter ce que l’on ressentait, non ? Alors, comme elle le faisait finalement toujours, elle acceptait. Plus encore, elle en profitait.

Un sourire rêveur s’était installé sur ses lèvres, effaçant toute trace de scepticisme. Elle, elle disait rarement des mensonges, quand bien même cela aurait pu faire plaisir. C’était une pratique qu’elle n’avait jamais intégrée. C’était Miss Leabhar qui la lui avait expliquée, un jour où elle avait répondu à un cuisinier en herbe que sa soupe était très bonne. Et qu’au contraire de la libraire, la fillette avait fait une grimace puis refusé de reprendre une cuillerée. Miss Leabhar était tombée d’accord avec elle, quelques minutes après que l’homme ne soit parti en hurlant des insanités : c’était beaucoup trop salé. Elle, elle n’avait rien voulu dire pour ne pas qu’il soit triste. Mais c’est lui qui avait demandé, sa grosse gamelle sous un bras, sa louche dans une main. Elle avait tenté de ne pas casser son sourire. Elle n’avait seulement pas appris à mentir.

Quatre ans plus tard, cet enseignement lui était profitable. Incapable de reconnaître un mensonge amical ou malveillant, elle partait du principe que la gentillesse portait ces antiphrases. Et elle remerciait sincèrement celles et ceux qui les lui affirmaient. Cependant, elle ne voulait pas que l’on dise des choses fausses juste pour son plaisir. Si elle avait parlé comme un livre, elle en aurait été très heureuse. Elle savait toutefois que sa bouche ébréchait les mots comme sa canine abimait sa lèvre. C’est pourquoi elle décida qu’au prochain mensonge, elle le lui dirait, à Ludwig. Elle lui dirait qu’elle n’avait pas besoin qu’on l’entoure de sucre pour que son environnement soit plus doux. Elle, elle voulait goûter à tout, même si cela piquait un peu.

« Et oui, ma mère est moldue ! Elles se sont rencontrées totalement par hasard, avec mon autre maman. T'as des moldus dans ta famille, toi ? Certains trouvent pas ça bien mais moi je m'en fous. C'est super cool ! Puis j'ai la chance de connaître à la fois le cinéma et la magie. Tu connais le cinéma, toi ? »

La pré-adolescente sourit plus encore. L’enthousiasme de son camarade paraissait revenir. Doucement, pas vraiment à la façon d’un cognard qui vous fonce dessus. Plutôt à la manière d’un vif d’or. Il apparaissait, son éclat doré accrochant le soleil le temps d’un battement d’ailes, avant de repartir. Elle se figura en attrapeuse et se tint prête pour le prochain bruissement. Il suffisait d’avoir de quoi l’attirer. Si elle ne connaissait pas les goûts de la balle jaune, elle avait désormais de nombreuses cartes pour le brun. Ses questions lui rappelèrent qu’il n’était pas si fréquent d’être descendant de moldus, dans ce monde. Fort heureusement, elle faisait partie de cette catégorie.

Quand elle ouvrit la bouche pour répondre que oui, elle connaissait très bien le cinéma, même si elle y allait rarement, et qu’elle n’avait pas de télévision chez elle, le Serpentard lui proposa son pull. Elle fut soudain très consciente que son geste avait été repéré et s’inquiéta qu’il ait senti son malaise. Elle ne voulait surtout pas le plonger avec elle dans l’idée du néant. Elle n’était pas certaine que le garçon soit apte, en ce moment, à s’imprégner d’une telle pensée. Peut-être quand il aurait récupéré sa joie, qui pourrait agir en bouclier si le rien devenait menace ? Mais pas tout de suite.

La proposition lui fit tout de même plaisir. Elle s'interrogea sur l'aspect égoïste de cette félicitée. Elle ne pouvait pas s'empêcher de se figurer portant cet énorme pull, se demandant s'il ne pourrait lui servir de robe. Habituellement, ses pulls étaient fabriqués avec la laine de son mouton. La laine de son meilleur ami. Est-ce que porter le vêtement de son compagnon lui ferait le même effet ? L'impression d'être constamment accompagnée de la douceur d'un ami ? Possible... Etait-elle prête à risquer que son potentiel ami ait froid ? Certainement pas. Cette prise de conscience la poussa à se rudoyer intérieurement pour son manque flagrant d'altruisme.

- Ne t’inquiète pas, répondit-elle un peu brusquement. J’ai juste pensé à quelque chose de froid...alors je l’ai senti, c’est tout. Et puis...tu risquerais d'avoir froid, sans ton pull.

Elle accompagna sa remarque d’un geste de la manche, qui manqua à nouveau de s’imprégner du reste de gâteau.

- Mange encore un peu, il paraît que manger, ça fait du bien au moral, ajouta t elle en poussant encore le gâteau, si proche qu’il touchait désormais le bras du brun. C’est quoi ton film préféré ? Il y a des films, aussi, chez les sorciers ? Je connais pas les trucs sorciers, parce que, pour répondre à ta question, mes deux parents sont moldus. Je suis ce que vous appelez une Née-Moldue. C’est bizarre, non ? Moi, avant, je pensais qu’on était juste nés, et que c’était déjà bien.

Elle pouffa. C’était étrange, pour elle, qu’il existe ce genre de dénomination. Cela l'amusait toujours beaucoup. Au début de l’année, dans la salle de métamorphose, elle s’était imaginé avoir elle-même subit une métamorphose. Parce que ça en avait tout l’air, en définitive. Si elle était née moldue, comment était-elle devenue sorcière ? Sa question, qui aurait pu se résumer par « De Circée ou de Chronos, qu’est-ce qui fait de moi une sorcière ? », n’était pas encore résolue. Elle se dit qu’elle pouvait la poser à Ludwig.

- Tu crois que c’est le temps ou la magie, qui fait de nous des sorciers ?

1.335 mots

Saïph - 2e Année RP Promo 2049-2050 - Fiche PR
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Quelque chose de froid ? Ludwig suspend sa bouchée, ses dents à ça d'écrabouiller le gâteau déjà dans sa bouche. Quelque chose de froid, c'est quelque chose de désagréable. Ludwig sait bien que les pensées, parfois, peuvent donner des frissons. Comme quand il s'imagine rencontrer Jack Jevons dans les couloirs quand tous les autres élèves sont occupés ailleurs. Il a peur de ce qui pourrait arriver sans personne pour les surveiller de leur regard. Une fois, c'est arrivé, en première année. Ils étaient que tous les deux dans un couloir glacial et Jack l'a poussé aux épaules en criant : « Espèce de zarbi ! ». Ludwig est tombé brutalement sur les fesses et a écopé d'un bleu. Depuis, il a peur de rencontrer le garçon seul dans un couloir, même si une telle scène ne s'est jamais reproduite. Alors oui, il sait ce qu'est une pensée froide et ses sourcils se froncent aussitôt. Aucun simulacre de masque pour une fois et aucune intention de tromper l'autre : il est réellement inquiet parce qu'il ne comprend pas à quoi elle aurait bien pu penser qui lui aurait donné de tels frissons.

Il tourne la pensée dans la tête, attentif à sa jeune camarade qui refuse gentiment son pull. Se n'est pas grave, se dit Ludwig, il voulait se montrer gentil, elle a vu qu'il était gentil et lui a le droit de garder son pull qui sent les nuggets. Si elle avait dit : j'ai froid mais je ne veux pas que tu enlèves ton pull, il l'aurait quand même enlevé pour lui montrer qu'il était prêt au sacrifice, même s'il n'aime pas avoir froid. Mais elle ne l'a pas dit et Ludwig s'en contente.

Il lui sourit après avoir aussi les épaules et prend un malin plaisir à obéir à ses ordres, à savoir manger. Après tout, il a fait preuve d'une baisse de moral avec le vertige de ses mamans, il a bien le droit de manger ! Il avale sa bouchée et se prépare à en prendre encore une autre, ce qui ne laissera plus grand chose du gâteau. Mais il se dit tout à coup qu'avoir une pensée froide, c'est comme une baisse de moral. Saïph ne mériterait pas, elle aussi, d'avoir un peu de réconfort sucré ? Cela l'embête parce qu'il sent que sa gourmandise n'est pas comblée, mais ses mères lui ont toujours appris à partager. Et lui, il a appris tout seul, comme un grand, que partager ça rend les gens gentils avec lui. Alors au lieu de prendre un gros morceau comme il avait l'intention de le faire, il se contente de n'en couper que la moitié qu'il décale de son côté de l'assiette. L'autre moitié, il la pousse du doigt (il a oublié qu'il avait sa cuillère à la main) pour qu'elle soit de l'autre coté de l'assiette.

Puis il lève les yeux vers Saïph, le regard légèrement troublé par une intense réflexion. En quoi le temps ferait-il d'eux des sorciers ? Après tout, certains moldus attendent toute leur vie sans devenir pour autant sorciers, non ? Face à une question aussi dirigée mais qui ne donne aucune indication sur ce que pense Saïph et donc ce qu'elle aimerait entendre, Ludwig ne peut que se montrer sincère.

« Bah c'est la magie ! s'exclame-t-il et son étonnement transparait dans sa voix. On est des sorciers parce qu'on a de la magie, c'est tout. Toi t'es née-moldue, mais t'as de la magie depuis toujours en fait. C'est ma maman qui m'a dit que la magie était là depuis ma naissance, alors ça doit être pareil pour toi. »

S'aidant de sa cuillère et de son doigt, il récupère le dernier morceau de gâteau lui étant dédié et y donne un coup de langue à même la cuillère, après s'être léché le bout de l'index. Puisque c'est le dernier morceau, il a envie d'en profiter petit à petit.

« Chez les sorciers y'a pas de cinéma parce qu'y'a pas d'électricité, explique-t-il. C'est pour ça que c'est bien de connaître les deux côtés. Mon film préféré à moi, c'est... »

Que doit-il répondre ? Il aime bien les films de dinosaures, il en était même un grand fan à une époque. Et il apprécie toujours beaucoup les films dans lesquels ont voit des super-héros, ceux qui ont des pouvoirs mais qui ne sont pas pour autant des sorciers. Il aime également les dessins animés. Certains de ses préférés lui viennent de ses mamans qui les regardaient quand elles étaient petites et qu'elles lui ont fait découvrir. Il pourrait citer à Saïph une dizaine de titres et affirmer que tous sont ses préférés. Il n'aurait aucun mal à répondre à la question, donc, mais le problème c'est qu'il ne sait pas ce qu'elle pensera de lui s'il affirme aimer les films de dinosaures ou de héros ; et si elle préférait qu'il aime les dessins animés ? Et si jamais il parle des dessins-animés mais qu'elle le trouve trop enfantin, parce que déjà à son âge certains enfants affirment que les dessins-animés, c'est pour les enfants encore plus petit qu'eux ? C'est l'un de ses cousins qui le lui a dit un jour. Trop perturbé à l'idée de répondre à côté, Ludwig décide donc de botter en touche.

« Oh là là ! s'écrit-il en secouant la tête. J'arrive pas à choisir, y'a trop de film beaucoup trop génial, tu crois pas ? Toi, c'est lequel que tu préfères entre tous ? »

Comme ça, il saura quoi répondre, il tâte le terrain. Il se félicite intérieurement d'avoir si bien retourné la question, puis pousse l'assiette vers Saïph.

« Tiens, ce morceau c'est pour toi. » Il désigne celui de son côté à elle. « Les pensées qui donnent froid, c'est pas super agréable pour le moral, alors toi aussi il faut que tu manges. »

Et sur ses mots il donne un nouveau coup de langue joyeux sur le morceau de gâteau dans sa cuillère en songeant au meilleur titre de film à donner à Saïph qui le fera paraître à ses yeux comme un garçon cool et super intéressant.

PNJ Le nugget de l'amitié PV
Ludwig engloutit une bouchée de leur gâteau commun et Saïph fut un peu rassurée de voir que sa tristesse ne l’avait pas totalement détourné de la gourmandise. Son inquiétude s’apaisait légèrement, même si elle était consciente que le sucre ne pouvait tout à fait remplacer les bras parentaux. Si cela avait été un remède, elle était certaine que les hôpitaux auraient laissé place à des trillions de magasins de confiseries en tous genres. Peut-être y aurait-il eu de longs ouvrages et des débats intenses autour des goûts à prescrire pour telle ou telle affliction. Pour le Serpentard, elle aurait sans hésiter prescrit un banofee. Mais pour les autres ? Si chacun avait ses propres préférences, reliées à ses propres souvenirs, il aurait fallu un métier à part pour réaliser de telles ordonnances. Psychomage-chocolatier, psychomage-confiseur, psychomage-sucré-salé, psychomage-crêpier… Autant de recettes qui, elle en était certaine, auraient fait fureur. Après tout, l’alimentation aussi était traitée par des gens sérieux. Aussi précis que l’étaient les médecins. Y aurait-il des sucettes pour faire passer la déception ? Et du lait chocolaté pour les insomnies anxieuses ? Des gaufres contre les craintes de ne pas réussir ses devoirs ?

Emportée dans un pays de coulis caramel et de beignets encore chauds, ce fut le coin de son œil qui avertit la blondinette d’un geste de son camarade. Un geste qui valait toutes sucreries du monde. Il avait coupé le bout qu’il restait en deux et, ostensiblement, poussé un morceau vers elle. Cette attention lui fit l’effet d’un bon feu après une grosse randonnée dans la neige. Quand vous rentrez, les joues rouges et le manteau gelé, pour sentir la chaleur d’une pensée pour vous. Les flammes équivalent alors à un message gravé en lettres rouges : « j’ai pensé à toi, tu vas bien ? »

Il y a des mots, comme ça, qui n’ont pas besoin d’être prononcés. En fait, dits à voix haute, ils perdraient de leur puissance. Aphones, ils sont un réconfort qui n’attend rien en retour. Qui empruntent les habits du naturel pour se faire familiers. Avec cette attention, la blondinette en avait oublié la question posée. Une question qui l'avait pratiquement assommée quand elle tournoyait dans son crâne, dans la salle de métamorphose. Une interrogation à laquelle elle n'avait trouvé aucune réponse pertinente malgré ses recherches à la bibliothèque. Un de ces fréquents mystères insolubles dans lesquels elle plongeait avec acharnement, et dont elle ressortait transie de fatigue, les yeux fous, et la langue pendue par les invariables nouvelles questions qu'elle avait croisées en chemin.

L'assurance de Ludwig la fit donc sursauter. Peut-être était ce parce qu'il était sorcier. Sans doute apprenait-on si vite la magie, que l'on connaissait la réponse sans même se la poser. La jeune fille observa ses mains avec sérieux. Elle avait de la magie depuis sa naissance. C'est ce que son camarade lui annonçait. Pour quelle raison n'était elle pas venue à elle plus tôt, alors ? Une fée marraine s'était-elle arrêtée au-dessus d'un lit, oubliant qu'elle était moldue, pour saupoudrer le ventre encore arrondi de sa mère ? Cette dernière avait-elle senti le chatouillement de ces ailes minuscules, parties enrober d'autres âmes d'ondes crépitantes ?

Un peu estomaquée qu'un tel prodige ne soit pas enregistré dans toutes les bibliothèques du monde, elle leva des yeux surpris sur le mangeur, occupé à lécher sa cuillère. Il paraissait presque remis si elle en croyait la façon dont il savourait. Enfin ce n'était qu'une idée. Parce que les gens savaient faire semblant d'aller bien et qu'un gâteau, ça aidait pour se sentir un peu mieux.

Le garçon alternait entre salivation et phrases. C'était amusant à regarder, un élève si plein de mots et de gourmandise. Elle, elle hésitait à propos de presque tout. Ce n'était donc pas elle qui pouvait arriver à la langue du Serpentard. Elle ne pouvait s'empêcher d'être impressionnée par ces certitudes qui sortaient de lui aussi vite que la nourriture entrait. Elle aussi, elle aurait apprécié être de la sorte. Au moins un peu. Suffisamment pour ne plus faire perdre du temps aux autres, pour ne pas avoir à prendre une heure pour faire un sac, ou manger continuellement tiède suite à des minutes à peser entre les haricots et le chou. C'était difficile, de faire un choix. Son esprit habitué à virevolter au-dessus de tout, elle n'empruntait jamais le bon chemin et se perdait même face aux décisions les plus simples. Ludwig, lui, il paraissait ne pas avoir à vivre ce genre de désagrément. Elle s'évertua à trouver une conviction. Un dogme dont la véracité lui apporterait autant d'assurance et de stabilité que toutes et tous avaient. Quelque chose ne lui donnant aucun scrupule à croire, une évidence garantie par l'exactitude de faits confirmés et authentiques. Elle plissa les yeux. Le fait que le soleil se levait tous les matins à l'est ? Pas tout à fait. Parfois c'était au Sud-Est, et parfois au Nord-Est. Et si, un jour, comme ça, le Soleil se mettait à préférer l'Ouest ? Elle se représenta une carte du monde. Ça, c'était stable, non ? Non-plu. Après tout, les continents bougeaient. La carte du ciel était pareille. Pire encore, car elle avait changé avant que l'on ne se mette à la regarder. Elle se frotta la tête.

« Oh là là ! J'arrive pas à choisir, y'a trop de film beaucoup trop génial, tu crois pas ? Toi, c'est lequel que tu préfères entre tous ? »

Finalement, Ludwig n'était pas non-plu sûr de tout. Donc, Saïph n'était pas aussi étrange qu'il lui paraissait. Elle en fut profondément soulagée, et arrêta de fixer son voisin comme s'il était une sorte de super-héros. À la place, elle se trouva chamboulée par la question qui venait de lui revenir en boomerang. Que préférait-elle comme film, elle ? Certainement les vieux dessins animés, comme ceux venant du Japon, et racontant des histoires de fille chevauchant des loups gigantesques pour sauver l'Être de la forêt. Ou peut-être celui d'amour où un garçon décidait d'oublier la fille qu'il aimait, mais revenait sur sa décision en cours de route, et la pourchassait, ou du moins les souvenirs qu'il en avait, durant son sommeil. La fille n'arrêtait pas de changer de couleur de cheveux et les deux s'agrippaient l'un à l'autre alors que des scientifiques effaçaient tout, en discutant de leurs propres histoires. Ou encore celui où un monsieur servait des gâteaux remplis de pâte de haricot rouge, et parlait avec une lycéenne ainsi qu'une grand-mère.

En y réfléchissant, l'Irlandaise se rendait compte qu'elle aimait beaucoup le cinéma, malgré la rare fréquence de ses visites. Chaque nouveau court ou long métrage était une plongée dans un univers nouveau dont elle ne pouvait que ressortir chahutée. Par la magie, par la morale, par la tristesse ou la violence. Parce que, même si ses parents exécraient la violence, ils avaient tout de même tenu à lui montrer des fictions à propos de la guerre. Pas beaucoup, ils la considéraient trop jeune. Elle l'était aussi pour les films avec des monstres qui dévoraient des gens. À l'école moldue elle en avait entendu parler, avait vu des affiches, sans jamais s'en approcher. La chose la plus effrayante qu'elle ait eue à subir avait été un méchant dans un animé. Un vrai méchant, qui chantait de façon effrayante, et préférait tuer la princesse plutôt que de vivre tranquillement avec son animal de compagnie, adorable pour sa part.

La jeune fille se remémora son âge, et se dit que, bientôt, elle pourrait peut-être se rendre seule au cinéma de son village pour visionner le métrage de son choix. Elle se voyait déjà, achetant sa place et entrant dans n'importe quelle salle, celle qui lui paraîtrait la plus accueillante parmi les deux au choix. Elle savait risquer de rester plantée entre portes, ne sachant que faire, où aller, percevant les sons derrière les entrées mais ne pouvant trier ses options. Néanmoins elle avait quelque chose que les gens raisonnables n'avaient pas. Sans doute l'unique chose, d'ailleurs, qu'elle possédait et eux non. L'esprit d'aventure. Chaque instant de sa vie étant une aventure à lui tout seul, choisir un film puis s'engouffrer dans une de ces pièces plutôt que l'autre, c'était toute expérience. Sélectionner à l'aveugle, pour ne pas se laisser influencer, et passer n'importe quelle ouverture à la faveur d'un coup de vent, offrait des promesses inimaginables. Peut-être, alors, tomberait-elle amoureuse d'un nouveau récit, s'évaderait elle de ses perceptions le temps d'une séquence ?

La Née-Moldue fut forcée de se réveiller alors qu'elle s'était pris pied et tête dans un bric-à-brac d'images jamais observées, qu'elle était pressée de découvrir. Avec tout cela, elle en avait oublié l'attention de Ludwig, qui reposait seule sur son assiette, poussée vers elle par un généreux donateur. Elle offrit un immense sourire à ce dernier. A moitié pour le remercier d'un tel geste, auquel elle était reconnaissante, à moitié pour s'excuser d'être restée ainsi, à regarder dans le vague.

- Merci, c'est très gentil, souffla-t-elle.

Il avait poussé ce morceau pour elle, car il voulait lui redonner de la chaleur. Comment lui dire qu'une telle volonté était l'équivalent d'un incendie ? Que même sans véritable morceau de gâteau, elle aurait pu en savourer le miel jusqu'à la nausée ? Elle ne le fit pas. En effet, elle n'était pas sûre que cela se dise. Elle pensait que, sans doute, ça appartenait aussi à tout ce qu'il était préférable de taire, au risque d'en perdre l'essence. Elle prit donc sa cuillère et ses yeux pétillèrent suffisamment pour que même un myope s'en aperçoive à plus de vingt mètres. Cette bouchée, elle en savourant la texture autant que la saveur. D'ailleurs, elles étaient différentes. Bien meilleures. Fumées à ce feu imaginaire, que Ludwig avait fait pour elle.

- Pour le film, je sais pas trop, finit elle par répondre, après avoir pris un temps considérable à se remettre de cette chaleur qui l'avait atteinte, et qu'elle avait fait durer déglutissant le plus lentement possible. J'aime bien les dessins animés qui racontent des choses autour de la nature, et de légendes. J'aime bien quand c'est lent, avec de la jolie musique, et que c'est un peu magique, avec une jolie morale. J'aime bien aussi les films avec des gens qui essaient d'arriver à leur rêve et qui sont aidés par d'autres gens. J'ai vu un film qui s'appelle Princesse Mononoké, que j'ai beaucoup aimé, par exemple. Mais je suis d'accord, c'est dur de choisir.

Elle rit en baissant les yeux sur leur assiette désormais vide.

- Je pense que je dois encore un peu grandir pour aller voir tous les films que je veux. Pour l'instant, j'en ai pas vu beaucoup.

1755 mots

Saïph - 2e Année RP Promo 2049-2050 - Fiche PR
Dialogues : color=#3e5653

PNJ Le nugget de l'amitié PV
À chaque coup de langue, Ludwig réduit la taille du morceau de gâteau qui trône au centre de sa cuillère. Un peu plus et il tombera sur la table. Bientôt, lécher sera impossible, il lui faudra déposer le gâteau sur sa langue et se contenter de l'apprécier comme ça, jusqu'à l'avaler. Ses yeux se décalent vers l'assiette bientôt vide. Ensuite pourra-t-il la lécher ? Il sait bien que non mais il se laisse la possibilité d'y rêver. Chez lui il y est parfois autorisé. Alors sous le regard amusé de ses parents, il plonge la tête dans l'assiette et lèche chaque partie sucrée restée collée. Il ne laisse plus rien pour le lave-vaisselle ; plus rien non plus pour la baguette de sa mère qui refuse parfois de laisser « les machines moldues » faire ce qu'elle peut faire en un simple sortilège. Mais à Poudlard, dans la Grande Salle, ce ne serait pas futé de le faire. Ce serait très impoli. Alors il se retient et se contente de rêver.

Comme Saïph. Parfois, son regard se perd dans le vague, ses yeux deviennent flous. Elle donne l'impression de se perdre très loin dans ses pensées. Ses yeux se taisent, sa bouche ne dit plus rien et les secondes s'écoulent comme ça, dans un silence un peu inquiétant qui force Ludwig à se demander s'il a dit ou fait quelque chose de mal. Il lui jette des regards en coin, attend impatiemment, balance ses longues jambes sous la table en soulevant un peu les cuisses pour que ses pieds ne raclent pas contre le sol.

Heureusement, la petite fille reprend rapidement vie. Elle s'approche de l'assiette, récupère sa part ; son sourire est un feu d'artifice qui fait trembler les fondations de Ludwig. Un peu chamboulé par la joie simple qui fait briller les yeux de Saïph, il sent ses pommettes et le bout de ses oreilles rougir. Il hausse vaguement les épaules pour paraître modeste, mais n'arrive pas à détourner les yeux de ce bonheur qui brille sur son visage. Il aimerait bien avoir cela tous les jours. Au petit-déjeuner la joie simple d'une Saïph ; au déjeuner ses sourires comme des comètes ; au dîner ses jolis mots et ses compliments. Ce serait une agréable façon de vivre, se dit-il.

Et puis enfin elle lui donne un semblant de réponse pour ce qui est des films et Ludwig écoute avec une grande attention. Elle parle de dessins-animés, cela le rassure : il sait qu'il pourra donner quelques titres qu'il avait en tête, des dessins-animés qu'il apprécie beaucoup et qu'il regarde régulièrement quand il rentre chez lui. Il se sent le droit de le faire maintenant qu'elle a affirmé en regarder aussi. Elle ne lui dira pas qu'il n'est qu'un gamin. Par contre, elle ne parle pas d'action, au contraire même ; elle parle de lenteur, de musique, de morale. Pour Ludwig, ça parait un peu barbant. Il a besoin de musiques qui font du bruit, d'action qui fait sursauter sur le canapé, d'une histoire qui donne envie de hurler pour encourager les héros. Mais cela, il le gardera pour lui.

« J'aime bien les films qui parlent de la nature et qui ont de belles morales aussi, » affirme-t-il.

Ce qui est un fabuleux mensonge, évidemment.

« Princesse Mononoké c'est pas ce film, là, avec la fille qui a des dessins sur le visage et qui se sert d'un loup comme d'un cheval ? » Il s'en souvient vaguement parce que ça fait partie des films que sa maman moldue aime et qu'elle a insisté pour lui montrer. « Lui j'aime bien parce qu'il est pas si lent que ça. »

Il ne se rend pas compte qu'en disant ça, il contredit ce qu'il a affirmé juste avant, à savoir qu'il aimait lui aussi les films lents et contemplatifs. Peu importe, ses pensées vont vite dans sa tête, il préfère les énoncer avant qu'elles s'envolent.

« C'est trop dommage qu'il n'y ait pas de télé à Poudlard, on rate toutes les sorties et après pendant les vacances on a jamais le temps de tout rattraper. »

Sur cette plainte, il arrive enfin au moment où son morceau de gâteau ne peut plus supporter le moindre coup de langue. Alors il le glisse à l'intérieur de sa bouche, le bloque contre sa joue pour le laisser fondre et pose sa cuillère sous la table.

« Mes mamans aussi elles veulent pas que je regarde certains films, parce que je suis pas assez grand. Mais maintenant que j'ai treize ans, je vais avoir le droit d'aller au cinéma tout seul tu sais. Si tu veux, je t’emmènerai avec moi ! s'exclame-t-il en riant. Et tu pourras choisir ce que tu veux voir. Moi, je t'empêcherai pas de regarder ce que tu veux. »

Ludwig se sent tout fier de cette proposition et offre un grand sourire chocolaté à Saïph. En vérité, il sait bien qu'elle n'acceptera pas. Elle sortira une excuse pour refuser, mais ce n'est pas grave. S'il n'essaie jamais, il n'aura jamais personne avec qui sortir au cinéma. Alors il tente régulièrement, il propose, il fait des tentatives. Ce n'est pas grave s'il n'a jamais ramené de copain ou de copine à la maison depuis qu'il est à Poudlard, ses mères lui disent toujours que ça finira par arriver. Lui, il les croit. Alors il continue de proposer sans se rendre compte que faire ce genre de propositions à des personnes qu'il connait à peine, c'est peut-être l'une des raisons pour laquelle il a si peu de succès.

PNJ Le nugget de l'amitié PV
Écrit dans le cadre du duel de l'animation "Duel d'encre et de sucre"
(pardon Plume de Saïph, j'ai outrageusement squatté notre RP pour mon duel)
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Alors puisqu’il faut bien attendre la réponse sagement et faire preuve de patience, « parce que la patience est une verrue » comme dit sa tante (même si Ludwig ne comprend pas ce que vient faire une verrue là-dedans), Ludwig fait couler ses pensées et elles coulent tant est si bien qu’il ne parvient plus à endiguer le flux. L’instant précédent il se trouvait dans la grande salle et à présent voilà qu’il ouvre les yeux sur l’autre bout de la Grande Bretagne, plus exactement sur sa jolie maison à Mothecombe.

J’aurais pu vous décrire toutes les pensées de Ludwig à la vision de sa chère et précieuse maison, réceptacle de ses plus beaux souvenirs d’enfance, de ses plus belles peines, de ses bêtises les plus impressionnantes, des raclées les plus grosses qu’il s’y est prise ou encore vous décrire des murs au plafond sa chambre — et sans doute auriez-vous trouvé impressionnante sa collection de pin's et de carte de chocogrenouilles (il ne collectionne pas les cartes par leur numéro mais le nombre d’exemplaires d’une seule et même carte ; en l’occurrence il a la numéro 13 bronze en cent vingt-sept exemplaires, ce qui est pour lui le summum même de la puissance du collectionneur — parce que son cousin Micah, lui, qui est bien plus âgé, n’en a que vingt-trois dans le même exemplaire et que Ludwig du haut de ses treize années l’a dépassé et l’a laminé, ce qui le rend très fier) —, mais force est de constater que dans les pensées du jeune Serpentard, les pièces de sa maison tant aimées n’arrivent qu’en dernière place.

Lorsqu’il pense à la maison, Ludwig ne songe pas au jardin qui s’étire pourtant sur plusieurs hectares (il n’a pas encore très bien compris qu’au-delà des barrières qui entourent le jardin de taille somme toute assez raisonnable, les champs et la forêt qui s’étirent jusqu’à l’horizon ne font pas partie de son chez lui, mais appartiennent bel et bien à la commune. Ludwig ne sait pas ce qu’est une commune et il ne s’intéresse pas aux explications que ses mères lui donnent, aussi pense-t-il que l’immensité du monde lui appartient et que c’est un terrain de jeu fabuleux pour son exubérante imagination), il ne songe pas même à la balançoire qui, lorsqu’on se balance très rapidement, est capable de nous emmener sur Titan et encore plus loin au-delà. Lorsqu’il visualise sa maison, Ludwig voit ses mamans. Et il n’en a pas honte, même s’il aurait honte de ses pensées s’il devait les dévoiler à un garçon populaire comme Jack Jevons qui se moque si aisément de lui ou pire… Au grand Coop National qui, dans un futur proche lui dévoilera toutes les grandes vérités fondamentales sur l’Amour avec un grand et la façon de confier ses sentiments de sorte que la personne qui les reçoit serait bien incapable de les balayer d’un soupir ou d’un geste de la main (non, il ne s’agit pas d’un filtre d’amour, mais d’une solution bien plus radicale qui a cent pour cent de chance de fonctionner, c’est pour ça que Ludwig vivra bientôt sa plus belle histoire d’amour avec sa professeure de runes — mais c’est une autre histoire). Ludwig ne dira donc rien au Coop National ni à Jack Jevons de son amour pour ses mères, mais dans le sanctuaire de ses pensées il peut bien se permettre d’y réfléchir à loisir. Et il ne s’en prive pas.

Sa mère Caraigh a une fabuleuse chevelure rousse qui a toujours rendu Ludwig vert de jalousie : comment se fait-il que lui, son fils, n’ait pas le droit à une si belle couleur pour ses cheveux ? Il en a piqué des crises de colère quand il était petit garçon et qu’il tirait ces belles mèches rousses en hurlant qu’il les voulait pour lui tout seul, qu’il voulait être roux comme sa maman, que ça devait être ainsi et pas autrement ! Puisque ses cheveux ne changeaient pas de couleur sous l’impulsion de ses seuls caprices, il se jetait au sol et roulait en hurlant et en pleurant jusqu’à ce que m’man Caraigh l’attrape et le serre très fort en lui chuchotant des paroles réconfortantes. Ludwig finira par comprendre la définition de la génétique et aura une réponse à son « pourquoi je ne ressemble pas à maman ? », ou alors il fera semblant et hochera la tête un sourire un peu niais sur les lèvres pour faire croire à son interlocuteur qu’il a absolument tout compris à ce qu’on lui explique.

M’man Ca, donc, a les cheveux les plus splendides de l’univers, des cheveux comme la queue d’une comète dans un ciel obscur, comme le crachat enflammé d’un dragon, comme la flamme d’une bougie qui monte soudainement sous l’effet de l’air. D’aucun dirait que c’est peut-être à cause des cheveux de sa maman que Ludwig tombe amoureux de toutes les filles rousses qui croisent son chemin, mais Ludwig répondrait : « De toute façon ce Daucun il dit que des bêtises, c’est pas vrai du tout ça, ça n’a aucun rapport, hein, moi j’suis pas amoureux de maman ». Une explication tout à fait défendable. Il ajouterait que les cheveux de sa mère sont peut-être splendides, ce n’est pas cela qui la définit, parce que si Ludwig a bien compris une chose des nombreuses leçons que ses mères lui donnent dans l'espoir d’en faire un homme bien, c’est que la beauté se trouve à l’intérieur.

Parfois il y réfléchit et cela le dégoûte parce qu’il a déjà vu à la télévision l’intérieur de quelqu’un (parce que parfois il se lève après que ses mamans l’aient couché et qu’il se glisse dans le salon sans aucun bruit pour regarder du couloir ce qu’elles regardent à la télévision, soit des séries qui lui sont bien souvent interdites ; et dans l’une de leur série médicale favorite, une vieillerie qui ne compte pas moins de vingt-deux saisons de vingt-quatre épisodes chacune, il a pu avoir l’aperçu de l’intérieur d’une personne) et ce n’est vraiment pas joli. Du rouge, du liquide de partout, des morceaux d'organes en veux-tu en voilà, des veines… Tout plein de choses vraiment dégoûtantes. Mais il comprend que cette expression n’est que cela, une expression.

L’intérieur d’une personne, sa beauté intérieure, cela n’a rien à voir avec le sang et les organes. Ce sont les sourires de m’man Ca qui creusent des fossettes sur ses joues pleines, ce sont ses yeux qui brillent comme une topaze éclairée par un rayon de soleil qui la sublime (J’suis même pas sûre que la topaze ait la couleur du sable, songe Ludwig en se mordillant les lèvres, c’est peut-être le saphir ?), ce sont ses grands éclats de rire qui résonnent comme un feu d’artifice, qui éclairent le monde, qui font se sentir si grand et si important, ce sont ses bras quand elle les serre brièvement autour de lui, brièvement mais c’est toujours réconfortant, ce sont les phrases qu’elle lui murmure à l’oreille quand il descendait du bus en rentrant de l’école et qu’il avait les joues humides de larmes parce qu’Olivia Mackensie l’avait bousculé dans la cour et s’était moqué de lui.

La beauté de M’man Ca, c’est ce jour quand elle s’est dressée devant lui dans la rue pour le protéger de la flaque d’eau qui allait le mouiller à cause d’une voiture conduit par un homme qui aimait voir les enfants pleurer ; c’est cette journée merveilleuse passée avec elle à son élevage de veaudelunes quand elle l’a porté sur ses épaules pendant des heures même quand elle était fatiguée et qu’elle devait s’arrêter tous les dix mètres ; c’est sa voix quand elle chantonne dans la cuisine en faisant la vaisselle avec sa baguette magique, que les assiettes tournent autour de sa tête et qu’elle ajoute dans la danse des verres, puis des couverts, n’importe quoi pour continuer de faire rire Ludwig aux éclats parce qu’il adore voir sa maman faire le pitre devant lui. La beauté d’une mère selon Ludwig c’est quand le soir lorsqu’il ne veut pas aller se coucher parce qu’il n’a pas envie de se retrouver tout seul dans sa chambre pendant que ses mères passent du bon temps sans lui devant la télévision, M’man Caraigh laisse sa femme dans le salon et vient le border dans son lit, quand elle l’embrasse sur le front et qu’elle lui murmure au creux de l’oreille : « Je vais laisser la porte entrouverte, comme ça tu pourras nous entendre. À chaque fois que tu entendras nos voix, tu sauras qu’on pense à toi. Tu sais pourquoi ? Parce qu’on pense à toi à chaque instant. Bonne nuit, mon petit dindon. » Quand elle tire la porte derrière elle sans la fermer en lui offrant un dernier sourire, Ludwig attend avec impatience qu’elle rejoigne M’man Rach dans le salon pour les entendre parler. Et quand il entend leur voix, il parvient enfin à fermer les yeux et à s’endormir paisiblement.

Puisque M’man Caraigh ne va pas sans M’man Rach et parce que Ludwig met un point d’honneur à les aimer de la même manière et à penser autant à l’une qu’à l’autre, il faut bien qu’il se mette à penser à sa deuxième maman. Parce que M’man Rach, elle fait partie de la vie de M’man Ca depuis très, très longtemps ; leur histoire d’amour commence aux abords d’un centre commercial, juste à côté d’un espace vide sur l’asphalte réservé aux véhicules d’urgence. M’man Rach lui raconte souvent cette histoire, à la fois parce que Ludwig ne fait que la réclamer mais aussi parce que c’est ce genre d’histoires, celles qui n’arrivent qu’une fois dans notre vie et qui bouleversent absolument toute notre existence, celles qui fracassent tout notre monde, qui nous font nous dire « il y avait un avant et il y a un après », le genre d’histoires qui se gravent dans notre mémoire et sur lesquelles ni le temps ni la vieillesse n’ont la moindre prise. Cette histoire, c’est celle de M’man Ca et de M’man Rach — et ce n’est absolument pas le moment de vous la raconter.

Lorsque Ludwig pense à M’man Rach, il se rappelle cette fois où elle est rentrée à la maison avec dans les mains une énorme peluche de Tyrannosaure Rex. Ce n’est un secret pour personne que Ludwig adore les dinosaures. Tout comme ce n’est un secret pour personne dans la famille Godwinster Breckenrod que Rachel Breckenrod Godwinster ne réfléchit pas toujours avant d’agir. Parfois, elle passe dans un magasin, voit une peluche énorme (Au moins dix mètres de haut ! s’exclamerait Ludwig à quiconque le questionnerait sur cette peluche) qui ne fait pas dix mètres de haut mais bien un mètre cinquante, regarde le prix sur l’étiquette, lit « 137 Livres », songe à la joie de son fils quand elle rentrera avec à la maison et l’achète sans réfléchir aux conséquences. En l’occurence, les conséquences sont l’agacement de sa femme et le manque de place dans la chambre de leur fils. Peut-être est-ce pour cela que la peluche trône depuis des années dans le salon, juste à côté de la télévision. Ludwig, lui, se fiche des conséquences. Le jour où sa mère est rentrée avec cette énorme peluche, il a poussé un hurlement et lui a sauté dans les bras. M’man Rach l’a attrapé et l’a fait tourner, tourner, tourner.

Elle est comme ça, M’man Rach. Parfois, elle attrape son fils sans qu’il s’y attende quand il lit une bande dessinée sagement allongé sur son lit et elle lui dit : « Une aventure nous attend ! ». Alors elle l’embarque dans le jardin (comprenez celui de la commune, qui s’étire au-delà des barrières qui délimitent le véritable jardin de la maison) et se met à courir dans les champs en éclatant de rire. Elle court, trébuche sur les mottes de terre mais elle ne s’arrête jamais. « Allez Ludwig ! L’aventure nous attend ! ». Et lui court de toutes ses forces derrière elle, le souffle court, les joues rouges, les cheveux en vrac sur le sommet de la tête, le pull à moitié remonté sur son torse, le bas de son pantalon tout abîmé par les herbes qui s’y accrochent. Quand elle court comme ça devant lui, il se dit qu’il pourrait la suivre jusqu’au bout du monde, jusqu’au confin de l’univers, il pourrait aller affronter les extraterrestres avec elle et même s’approcher d’un trou noir, même si les trous noirs c’est comme la philosophie, ça lui fait très peur.

M’man Rach ne s’arrête qu’une fois avoir dépassé le premier champ après la barrière qui contourne la maison. Elle s’accroupit alors à sa hauteur, son souffle à peine entamé par sa course alors que Ludwig est en train de cracher ses poumons, elle l’attrape par les épaules et elle souffle : « Alors, de quel côté se cache l’aventure, mon dindon ? ». Lorsqu’il peut le faire sans s’étouffer, Ludwig doit désigner une direction, n’importe laquelle. Un jour, il n’a pas su que désigner car il n’était pas bien certain d’où voulait aller sa maman, alors il a haussé les épaules. M’man Rach s’est aussitôt relevée en fronçant les sourcils, les mains sur les hanches. « Comment ça tu ne sais pas ? a-t-elle fait. Tu n’entends pas ? Tends l’oreille, un peu ! ». Alors il l’a fait, il a tendu son oreille (il peut se targuer d’avoir une très bonne ouïe parce qu’il a de grandes oreilles et qu’Olivia Mackenzie lui a dit un jour qu’avec ses oreilles énormes il devait sûrement être capable d’entendre tous les bruits que les humains normaux ne peuvent pas entendre) et l’oreille tendue il a essayé de capter ce dont parlait sa maman. Et celle-ci insistait : « Tu l’entends ? Le son de l’aventure ? Écoute, ça fait un bruit comme ça et aussi un bruit comme ça… ». Elle s’est mise à fredonner des choses bizarres avec sa bouche. « Ça fait un peu comme le vent ? » a hésité Ludwig et, encouragé par son immense sourire il a hasardé : « j’entends le vent par là-bas » en désignant un champ encore plus loin de la maison. M’man Rach l’a attrapé par la main. « Alors c’est là-bas qu’on va aller à l’aventure, Ludwig. Et n’oublie pas, tu n’as qu’à tendre l’oreille pour trouver la bonne direction, la prochaine fois. L’aventure aura toujours quelque chose à te chuchoter ». C’était un peu bizarre comme parole, mais Ludwig l’a prise au mot et parfois, il tend l’oreille quand il ne sait pas où aller ou quand il hésite entre le Foyer et le parc quand il est à Poudlard.

Les aventures avec M’man Rach, c’est un peu comme les mots chuchotés par M’man Ca : quand il est à Poudlard, cela lui manque tellement que ça lui fait comme un trou dans le corps, juste là au niveau du cœur. Ça creuse, ça creuse et ça aspire les sourires, la lumière et même l’envie de manger du gâteau. Mais Ludwig trouve toujours un moyen de combler ce trou. En se forçant à manger un gâteau, en allant dans la Salle Commune pour parler à ses camarades, même ceux qui n’ont pas envie de discuter avec lui, en s’incrustant dans une conversation dans laquelle il n’a pas été invité, en s’inventant des amis avec lesquels jouer à cache-cache même quand ils oublient de le chercher. Mais parfois, Ludwig n’a aucun effort à fournir pour combler le trou. Parfois, il tombe sur des personnes comme Saïph ; il suffit alors de l'écouter parler, de la voir sourire, de ne pas se sentir rejeter pour qu'il songe avec tendresse à ses mamans sans en ressentir de la tristesse.

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