A.S. PNJ La Sorcière au coeur velu

14 Juillet 2050.
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@Alice Sangblanc

La déception.
La colère.

Garwen bouillonnait, confrontée à l’étendue insondable de la stupidité de celle pour qui elle avait tant sacrifié, tant œuvré, afin de la faire reconnaître comme héritière.

Cette enfant — cette enfant — qu’elle avait élevée, façonnée, protégée depuis sa naissance jusqu’à sa jeunesse rebelle. Même lorsqu’elle était revenue, après avoir trahi les siens par lâcheté, Garwen avait pardonné. Elle aurait dû le savoir. Elle le savait, au fond. Morgan était instable comme sa mère, comme sa sœur, trop impulsive. Trop difficile. Mais elle avait la force. Elle avait l’esprit. Garwen l’avait vu en elle… cette froideur, cette lueur, qui pourrait la faire devenir — un jour — une matriarche digne de ce nom. Bien meilleure qu’elle-même.

Ensemble, elles avaient initié un changement, grâce aux années de labeur acharné de Garwen, à ses innombrables sacrifices pour la famille, et grâce à la légitimité du sang qui coulait dans les veines de sa petite-fille.

Et voilà qu’elle trahissait à nouveau les siens — pour une histoire de sentiments.

Non, pas encore une trahison, mais Garwen voyait plus loin. Elle savait. Elle lisait dans les silences de Morgan, dans les regards échappés, dans ces lettres froissées qu’elle croyait dissimulées, dans cette boîte à gramophone si soigneusement gardée. Depuis combien de temps cela durait-il ? Impossible à dire. Il fallait croire que Morgan maîtrisait presque aussi bien qu’elle l’art de masquer ses pensées. Presque. Mais pas assez pour tromper l’œil de l’aînée.

Lors de leur confrontation, Morgan avait juré que cela ne changerait rien. Qu’elle ferait son devoir. Qu’elle laisserait même Garwen choisir son futur époux. Qu’elle ne mettrait pas en péril la légitimité de sa descendance. Qu’elle ne mourrait pas d’un mariage d’amour, comme sa propre mère.

Et pourtant, Garwen avait senti la faille.
Morgan vacillait.

Qui avait empoisonné sa chair, son esprit, sa loyauté ? Dans les éclats de voix, dans la tension des mots, Garwen n’avait rien lâché. Elle devait savoir. Elle devait trancher à la racine.

Un Sangblanc.

Le choc fut bref, glacé. Les Sangblanc… vieille famille de sang-purs français. L’union aurait pu convenir, en apparence. S’il l’épousait, l’équilibre aurait été préservé. Mais jamais Morgan n’aurait été pleinement acceptée — elle n’était pas française. Elle aurait fondu dans cette lignée comme une branche secondaire, vite effacée. Non. Morgan devait épouser un sang-pur, oui, mais pas ce genre de sang-pur.

Thomas Sangblanc.

Et encore moins lui.

Garwen avait failli éclater de rire. Un rire amer. Froid. Noir. Parce qu’elle affirmait qu’il ne savait pas qui elle était. Parce que cet homme, cette nuisance de la haute société… il avait séduit tant de femmes, mariées ou non, sages ou insouciantes. Un charmeur, un corrupteur, un prédateur masqué derrière des manières exquises.

Morgan valait mieux que ça. Elle était mieux que ça. Elle était l’héritière. Sa chair, son sang.
Et pourtant.
Cela faisait bouillir la vieille matriarche. Elle devait protéger son œuvre, son héritage. Et elle n’avait pas besoin d’un parasite français pour menacer ce qu’elle avait bâti.

« Tu vas lui écrire une lettre, oui, pour couper court à toute relation avec lui. »

Bien sûr, Morgan s’opposa à ses paroles, elle n'avait pas "besoin de son intervention "— sa petite-fille avait toujours été dans l’opposition, depuis l’enfance. Mais Garwen avait su la faire plier autrefois, et elle le ferait encore. Car elle connaissait ses faiblesses par cœur.

Et une part d’elle haïssait cela. Ce qu’elle était forcée de faire.
Elle ne voulait pas lui faire de mal.
Mais elle n’avait pas le choix.
Il ne lui restait qu’une seule arme : Arden.

Car c’était la seule chose qui rattachait encore la jeune sorcière : sa culpabilité. Ses regrets. Sa sœur.

« Je veux que cette lettre soit sur mon bureau avant notre dîner de ce soir. Tu n’as pas oublié que nous recevons des invités, et que tu es conviée, n’est-ce pas ? »

Et Garwen comptait bien s’assurer que personne — personne — ne la ferait changer d’avis ni vaciller de son chemin.

Alors, quand Morgan disparut, elle s’installa à son bureau.
Et elle écrivit une lettre.

À destination du parasite.

Une invitation à prendre le thé au manoir Blethen, dans les prochains jours. Signée Garwen Rosenwald, Secrétaire d'Etat à l'innovation magique.

A voir s'il viendra, où si elle devrait faire appel à d'autres méthodes.


Reducio
- Votre PJ est présent ? non (présence uniquement dans le premier post)
- Nom et prénom du PNJ (+ lien avec votre PJ + utilisation "actif" ou "prétexte") : Garwen Rosenwald, grand mère de Morgan + PNJ actif
- Lien vers la fiche du PNJ : lien
- Intérêt d'utiliser ce(s) PNJ dans ce RP précis pour votre PJ : Garwen va amener une conclusion à la problematique entre Thomas et Morgan, d'une manière ou d'une autre, ce qui impactera directement la vie de Morgan

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InRP, professeure remplaçante de DcFM arrivée le 1er juin 2051.
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A.S. PNJ La Sorcière au coeur velu
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- Nom et prénom du PNJ (+ lien avec votre PJ) : Sangblanc Thomas. Frère.
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Thomas est mon PNJ Joker

Thomas savait reconnaître un piège lorsqu’il en voyait un. Il avait beau être couché sur du papier avec de jolis boucles, il savait.
Il ne connaissait que trois secrétaires d’Etat qui pourrait vouloir de lui pour prendre le thé.
Ivelios Harrison, pour parler affaires.
Moïra Brassica Joyce, pour parler famille et affaires.
Et sa chère mère, Renesmée Nerrah, mais celle ci n’avait plus rien à lui dire.

De Garwen Rosenwald, Thomas ne savait rien. Il avait réussi à faire le lien entre elle et son ancien professeur d’art du duel lorqu’il était encore étudiant à la GEAD, mais il n’avait pas plus d’information. Thomas n’aimait pas cela.

Pourtant, ce fut tout naturellement qu’il rejoignit Cardiff. De toutes manières, il devait retrouver Alice. Il l’avait suffisamment laisser jouer à la grande dame sans surveillance. Les Astres seuls savent ce qu’elle a bien pu trafiquer pendant sa petite expédition en solitaire. Il s’attendait à la revoir avec une haleine sucrée, des poignées d’amour et de nouvelles chaussures.

Ce fut d’ailleurs en partie pour elle qu’il accepta de se glisser dans un piège dont-il avait conscience. Parce qu’il existait une infime chance que cette Garwen représente une alliée pour la branche que sa soeur avait créé. Thomas n’était pas du genre a laissé passer les occasions, même si elles avaient tout l’air d’être un sacré foutu buisson d’épines.

Son éternel Fedora sur la tête, enfilé dans son trench-coat noir, il se présenta au manoir Blethen, l’invitation glissé dans sa poche intérieure. Armé d’un sourire et d’un joli bouquet de roses blanches - sans être bilingue, il savait tout de même reconnaître quelques mots d’allemand - Thomas frappa à la porte qui sonnerait peut-être le début de quelque chose de regrettable.
Et franchement ? Il n’en avait plus rien à foutre. Si c’était un piège ? Il partirait. Si la vieille Rosenwald-Blethen voulait quoi que ce soit des Sangblanc ? Il étudierait la demande, et partirait. Si elle cherchait une distraction aux traits délicats ? Bah. Franchement, est-ce que ça avait encore de l’importance ? Et si le Ludwig Rosenwald voulait lui proposer une place de professeur aux Loges d’Hécate ? Il n’aurait qu’à se pencher vers lui pour lui serrer la main, sentir les effluves alcoolisées émanant de son manteau et il saurait que l’idée était très mauvaise.

Une invitation à prendre le thé, franchement…

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Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050

A.S. PNJ La Sorcière au coeur velu
La sorcière se tenait devant la baie vitrée, qui ouvrait sur les jardins de pierres et de plantes. Elle observait. Elle réfléchissait. Droite comme une stèle, le menton haut, le visage impassible — comme toujours. Elle portait une robe sorcière, d’une simplicité trompeuse et de broderies brunes - élégamment sobre, richement simple.

Elle revenait d’une matinée à Godric’s Hollow, dans son bureau au Consilium, et avait mangé seule dans la salle à manger. Le silence était devenu une compagne familière. Et dans la longue vie de la galloise, une compagne fidèle.

Elle ne demanda pas à ses elfes employés où se trouvait son mari. Elle n’en avait pas besoin. Il était sans doute enfermé dans son bureau, tout en haut, ou reparti à Godric’s, occupé à ses affaires — à ses Loges, à ses chimères de duel — sans jamais se soucier de leur lignée.
Comme toujours.

C’était elle qui portait ce fardeau.
Elle, qui s’occupait de la descendance, de l’héritage, du sang.
Comme toujours.

Si elle avait su, des décennies plus tôt, tout le malheur que le nom Rosenwald allait lui apporter… L’amertume revenait ces jours-ci. Lente. Persistante. Et à raison.

Mais bientôt — bientôt, elles pourraient tourner la page. Morgan et elle.
Tourner la page… ou la brûler.

Une part de Garwen fut pourtant légèrement surprise lorsqu’un elfe vint lui annoncer que l’invité de la semaine passée était à la porte. Elle ne laissa rien paraître, bien sûr. Pas même une ride de sourcil.
Tant mieux, cela rendrait la résolution de son problème d’autant plus simple.

« Bien. Faites-le entrer. »

Lorsqu’elle entendit les doubles portes du salon s’ouvrir, la sorcière se retourna d’un mouvement fluide.

« Bienvenue, monsieur Sangblanc, salua-t-elle le nouveau venu, affichant un air tout autre que celui qu’elle arborait un instant plus tôt - celui-ci était presque sympathique, polie. J’ose espérer que le trajet fut sans encombre ? »

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Thomas n’attendit pas bien longtemps.
Son chapeau retiré - car il restait tout de même un garçon respectueux - Thomas se laissa emmener à son hôte. Sur le chemin, il nota mentalement chaque détail. Chaque sortie. Chaque porte.
Et, enfin, le lieu de rencontre.

La vieille Garwen Rosenwald était comme il l’avait imaginé. Vieille. Un visage qui n’invitait pas à la discussion. Des cheveux desquels il ne serait pas étonné de voir des pattes arachnéennes en sortir tant ils semblaient épais et abondant.
Et pas l’ombre d’un Ludwig avec lequel échanger sur l’après GEAD. Donc, pas d’invitation à devenir professeur. Tant pis. Thomas aurait adoré que son ancien professeur voit en lui autre chose qu’un galopin un peu trop porté sur la chose. Quoi que. Thomas avait sans doute montré bien plus de lui au cours de ces deux années d’écoles. Il ne se serait pas permis d’être trop turbulent dans une aussi prestigieuse école. Mère ne l’aurait pas tolérée… et surtout pas la doyenne.

« Madame Rosenwald. Quel plaisir de vous rencontrer ». Thomas s’inclina bas, un brin théâtral. Il releva la tête vers elle dans un sourire. Il se redressa. « Je n’ai rien à déplorer, miss. Je vous remercie pour votre inquiétude »

Thomas balayait la pièce du regard, attentif au moindre détail. A la moindre porte d’où pourrait émerger quoi que ce soit. Le sorcier n’aimait pas être dans l’ignorance. Parfois, cela l’amusait. Aujourd’hui ? Il aimerait savoir à quelle sauce Garwen Rosenwald avait décidé de le manger.

Il se tourna à nouveau vers elle, ses canines exposées dans un sourire.

« Que me vaut le plaisir de votre charmante rencontre, miss ? Je ne doute pas que votre thé soit délicieux, mais concernant la personne avec qui le partager… je ne pense pas me tromper en affirmant que vous auriez pu trouver des invités bien plus disponibles que ma personne. »

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Garwen Rosenwald ne perdit pas son sourire, mais quelque chose dans son regard changea — comme une brume qui se lève sur une falaise. Elle lui fit un signe de tête pour qu’il prenne place dans l’un des fauteuils sombres du salon, puis elle s’assit à son tour, les mains croisées sur ses genoux, parfaitement droites.

« Je fais face à un problème… des plus épineux. Et j’espérais obtenir votre aide à ce sujet. »

Elle fit une légère pause. Aide était un euphémisme - elle voulait qu'il disparaisse du paysage, tout simplement.

« Voyez-vous… Cela ne fait que peu de temps que ma famille — ou, devrais-je dire, la famille de mon époux — a rejoint le Registre des familles sangs-purs de Grande-Bretagne. Une reconnaissance tardive, rendue possible par les réformes du décret sur la transmission et l’identité sorcière. Mais je vous épargnerai les détails administratifs. »

Elle baissa les yeux brièvement, comme pour lisser une ride invisible sur sa robe, puis les releva avec la même intensité.

« Ce que je veux dire monsieur, c’est que ma famille se tient aujourd’hui à un carrefour délicat. Notre héritière, ma petite-fille, est une jeune femme brillante. Ambitieuse, forte, ingénieuse… et, je le crois sincèrement, capable de devenir une matriarche d’exception. Un jour. »

Elle accentua les deux derniers mots - car Morgan était encore loin de l'être, prête.

« Mais, comme beaucoup d’esprits fougueux et torturés, elle s’est éprise d’un… mode de vie singulier. Cela fait des années qu’elle fréquente les lieux putrides et brumeux du monde, et depuis quelque temps de Londres, dans cette ruelle crasseuse du Chemin — y travaille, même, avec un nom de sa propre invention. Elle y a trouvé ce qu’elle appelle un équilibre, une forme de liberté. Un passe-temps, en somme. »

Le mot passe-temps suinta presque le mépris, bien que son ton ne dévia jamais de sa politesse initiale.

« Jusque-là, cela n’était qu’un exutoire. Une lubie. Mais ces derniers mois, ce goût pour la marge semble avoir infecté sa manière de voir ses devoirs. Elle s’est éloignée de l’un des fondements de sa position : assurer l’avenir de notre lignée par un mariage approprié. Gallois, bien sûr. De sang et de culture respectable. »

Elle s’arrêta, laissant le silence parler un instant. Puis elle le fixa.

« Vous êtes vous-même l’héritier d’une maison ancienne. Vous connaissez ce poids, ce devoir. Vous savez à quel point il est crucial de penser à ceux qui viendront après nous — et à la manière dont ils porteront notre nom.
Vous comprenez donc, je l’espère, mon problème.
»

Un elfe s’approcha discrètement pour servir le thé, et Garwen prit une tasse, faisant une pause dans son discours.

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Ah… le piège revêtait enfin son manteau. Dardé d’épines et d’or.

Thomas s’installa dans le fauteuil que l’épouse Rosenwald lui avait indiqué. Il l’écouta sans un mot, un bras sur l’accoudoir, l’autre planté dans sa cuisse pour poser son menton dans sa paume de main. Toujours avec un sourire
Et il écoutait. Chaque mot.
Plus il écoutait, plus les épines grandissaient et plus son sourire se figeait.
Au début, Thomas s’était attendu à ce que Garwen Rosenwald lui demande ses services. Comme si il avait une réputation de mercenaire, ici, en Grande-Bretagne.
A la mention d’une petite-fille, il s’était de suite imaginé payé pour faire disparaître un petit ami non désiré. Il aurait peut-être accepté, si le salaire était suffisamment intéressant.
Il avait ensuite pensé qu’on voulait lui donner la belle en mariage. Cela, il l’aurait refusé.

Mais plus la vieille parlait, et plus le portrait de la petite-fille se dessinait. Pas assez clairement pour qu’il puisse mettre un nom, le nom, sur son visage mais assez pour qu’il se redresse un pue. Des jeunes filles de bonnes familles cherchant leur dose d’adrénaline dans le danger des taudis, c’était chose assez répandu. Il en avait suffisamment rencontré au cours de ses pérégrinations.

Et puis… Garwen planta ses yeux sur Thomas pour le jeter dans son histoire d’héritage compromis.
Thomas garda le silence un moment, laissant le temps à l’elfe de maison d’apporter le thé. Il sourit en dépliant ses doigts qui vinrent tirer sur le col de sa chemise.

« Ma dame… voilà un problème regrettable », commença le français d’un ton doucereux. « Je ne peux que comprendre et partager vos inquiétudes. » Il jeta un bref regard au thé qui l’attendait sans doute. « Cependant… »

Thomas se pencha un peu en avant, son sourire désormais souvenir.

« Parler sans ambage, miss Rosenwald. Et dîtes-moi clairement ce que vous attendez de moi. »

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Garwen réajusta le pli de sa robe, et redressa légèrement le menton. Elle ne répondait pas à la demande directe de Thomas. Pas encore. Il voulait qu’elle aille droit au but — comme un homme habitué à négocier, à déchiffrer vite, à couper court. Elle, en revanche, n’avait aucune hâte.

Elle observait.

Le parasite avait percé les défenses de l’enfant de son propre fils. Elle voulait comprendre, d’une certaine manière, car Morgan était loin d’être aussi naïve et désespérée que n’importe quelles autres sorcières. Il était charmant, assurément. Mais par Circé, sa petite fille avait passé son enfance à se battre avec des bâtons dans la boue, et sa vie d’adulte préférant les objets poussiéreux et les criminels de bas étages.

« Ma petite-fille aime les illusions. Les masques. Elle est une excellente menteuse — depuis l’enfance. Et pourtant… lorsqu’il s’agit de ses propres sentiments, elle est d’une transparence affligeante. Elle effleura la tasse de thé du bout des doigts, sans la porter à ses lèvres. C’était visible dès ses premières années. Toujours si farouchement protectrice de sa sœur. Si réfractaire à l’autorité. »

Et elle s’était battue contre cette rébellion, patiemment. Longuement. Elle avait tenté de la rediriger, de l’encadrer… De la briser, dans un sens. Pour la rendre plus forte.

« Mais il y a une chose que je n’ai jamais eu à lui apprendre. Une seule. C’est la dangerosité — et la futilité — de l’amour. Certains attribuent cette lucidité à la perte précoce de sa mère. Personnellement, je crois que c’est un trait de caractère. Héréditaire. Inévitable. Et pourtant… ma chère enfant, si intelligente, si prévoyante, semble s'être laisser gagner par cette même faiblesse. Par cette… naïveté.

Fort heureusement, elle n’est pas encore totalement perdue. Lors de notre dernière discussion, elle m’a suggéré — de son propre chef — que je choisisse son futur époux. Ce qu’elle s’était toujours acharnée à refuser.
»

Ce qui avait été plus plus un aveu des ses sentiments qu'une preuve de leurs absences. Elle laissa tomber son regard une seconde sur le bouquets de roses blanches, sur la cheminée. Maladroites. Inadéquates. Ridicules.

« Je ne sais pas si elle n’est qu’un nom de plus sur votre… liste. Une distraction. Une conquête. Ou si, pour une raison obscure, vous nourrissez de quelconque sentiment pour Morgan. Ou... quel que soit le nom qu’elle vous ait donné. »

Elle le regarda, frontalement. Elle voulait voir ce que cela réveillait en lui. S’il oserait toujours ne point reconnaître Morgan dans ses mots.

« Peu importe la nature exacte de vos intentions : vous êtes un obstacle. »

Garwen posa lentement ses mains à plat sur les accoudoirs de son fauteuil. Droite. Ancrée. Implacable.

« Je vous conseille donc de mettre fin à cette relation, quelle qu’elle soit. De ne plus chercher à la voir. Vous n’êtes pas encore lié à elle publiquement - je vous offre donc une chance de vous en éloigner sans plus d’infortune. »

Et elle conclut, cette fois en le regardant dans les yeux. Pas avec colère. Pas même avec menace. Simplement avec la certitude d’une vérité sans appel :
« Ne pas la saisir serait… une erreur. »

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Morgan.
Morgan Rosenwald
Son nom tomba tout au fond de son ventre comme une pierre.

Son souffle se coupa, et Thomas eu toute les peines du monde à retenir un hoquet de surprise.
Non. Pas sa Morgan. Pas la sienne. Thomas espérait encore qu’il s’agisse d’une autre Morgan. Pas la sienne. Pas son bel oiseau noir si sauvage, si libre, si pur dans son orgueil.
Thomas sentit ses doigts se crisper sur l’accoudoir.
Les mots de Garwen dégoulinait sur lui, attaquant le métal solide de son armure. Il entendait la souffrance de la femme qu’il aimait à qui on refusait la liberté qu’elle méritait. Qu’elle avait cherché à retrouver en quittant l’or et le prestige d’une lignée dorée.
Thomas souffrait. Pas de savoir qu’on voulait l’éloigne de Morgan. Non.
Il souffrait de savoir que Morgan traversait les mêmes tempêtes que lui. Celles qu’ils ne pouvaient jamais esquiver éternellement.

Thomas garda le silence longtemps. Bien trop longtemps. Il ne souriait plus. Ne restait plus que le regard d’un homme qui voyait le visage de la bête qui traquait la femme qu’il aimait.

Garwen avait vomit les secrets que Morgan ne lui avait jamais confié. L’existence d’une soeur. La mort d’une mère. Des choses qu’elle aurait lui dire avec ses propres mots. Allongée dans des draps froissés, assise sur un fauteuil ou bien dos à lui sur un toit, qu’importe. Elle lui aurait dit lorsqu’elle l’aurait décidé. Sa grand-mère lui avait voler cela.

Thomas détourna le regard, craignant de s’emparer de sa baguette si il continuait à la voir. Sa mâchoire tremblait. Son coeur battait un rythme effréné.
Il ne disait rien. Pas un mot. Si il ouvrait la bouche, il le regretterait amèrement. Il le savait.

Morgan. Sa belle Morgan.
Elle avait voulu dompter sa Morgan comme si il ne s’agissait que d’un cheval à briser pour s’assurer sa serviabilité. Et elle semblait en tirer une satisfaction écoeurante.
Thomas enrageait.

« Une erreur » répéta Thomas d’une voix qui ne lui ressemblait plus. Plate. Froide. Sans miel. « L’erreur, ma Dame, serait de sous-estimer l’affection que je porte à Morgan. »

Thomas accepta enfin de lui adresser un regard. Envolée, la malice.

« Vous voulez me menacer ? Me forcer à oublier votre précieuse petite fille ? Vous n’aurez jamais assez de potion d’Amnésie. Jamais assez de magie. Ni pour moi… ni pour elle. »

Ses mots sortaient sans difficulté, mais ils n'étaient pas ceux qu'il voulait prononcer.
Putain... qu'elle ose seulement. Qu'elle ose tenter de lui arracher sa Morgan.
Si il avait pu, il l'aurait fait bien avant cette discussion.

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La Secrétaire d’État ne détourna pas les yeux.
Elle avait vu le souffle se bloquer, le tremblement discret dans la mâchoire, la tension violente jusque dans ses phalanges, agrippées à l’accoudoir comme à une falaise.
La pierre avait bien coulé.

Un instant, peut-être, elle aurait pu reconnaître dans sa réaction une certaine sincérité. Elle ne doutait pas qu’il éprouvait quelque chose. Mais ce genre de sincérité, elle l’avait vue cent fois — et elle savait qu’il ne s’agissait pas d’amour. Seulement d’instinct. De perte. D’orgueil piqué au vif.

Elle, en revanche, ne bougea pas. Son visage demeura paisible, presque serein, comme si tout cela n’était qu’une affaire administrative, un dossier à régler. Mais la colère était toujours là, au fond.

« Il y a quelques minutes encore, vous ignoriez jusqu’à son nom. Cela en dit long sur la solidité de votre… relation. Et vous dites l’aimer ? Non, avoir une ‘affection’ qu’il ne faut pas que je sous-estime. Enfin — j’imagine que vous êtes un expert, en ce domaine. »

Il fallait le ramener à la raison. Le faire redescendre. Mais Garwen savait ce que cela impliquait. On ne raisonne pas un homme. Encore moins un homme égoïste. Encore moins un homme qui pense qu’aimer suffit.

« Je ne vous ai point menacé encore, monsieur Sangblanc. Je n’ai fait qu'énoncer un problème et sa solution. Vous savez désormais dans quelle position se trouve ma petite-fille — et son avenir est bien plus précaire que le vôtre, car elle n’a pas le luxe de s’y soustraire indéfiniment, sans en subir de bien tristes conséquences. »

Elle se pencha légèrement en avant.

« Vous êtes un héritier. Vous aussi. Vous avez un nom à faire vivre, une lignée à prolonger. Croyez-vous vraiment qu’on vous laissera vivre votre idylle ici indéfiniment, auprès d’une femme galloise à peine régularisée aux yeux des autres sang-purs ? »

Elle le regarda droit dans les yeux. Plus de jeu, plus d’ironie — juste une vérité : « Morgan sera mariée avant Yule. Ce n’est pas un caprice - ni, encore une fois, une menace. C’est un fait. Elle le sait. Cette… affection n’est qu’un poids supplémentaire, et une entrave. Pour elle, comme pour vous. »

Un instant, elle le jaugea froidement.

« Je ne vous laisserai pas la ruiner, comme bien des femmes qui ont eu le malheur d’être sur votre chemin.»

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Garwen maniait les mots comme des lames. Dans d’autres circonstances, Thomas aurait prit grand plaisir à converser avec elle.
Aujourd’hui, il rêvait de voir ces lames s’enfoncer dans sa vilaine carcasse.

Thomas se redressa un peu. Il glissa une main dans ses cheveux, son regard ailleurs. Elle avait le contrôle. Bien sûr. Si Thomas était là, ce n’était que parce qu’elle avait décidé de le laisser se passer la corde au cou comme un grand. Quelle douce attention.
Ses doigts pianotaient dans ses bouches blanches. Il écoutait. Il réfléchissait. Du moins, il essayait. Son coeur battait à tout rompre. Pas de peur, ça jamais. Mais de colère. De douleur. Le visage d’une Morgan plus jeune se peignait sous ses yeux. Son visage farouche refusant de courber l’échine face à une grand-mère autoritaire. Ses boucles noires s’agitant d’un côté puis de l’autre dans un “non” après de nouveau commandement. Une robe à enfiler, peut-être. Un fils de bonne famille à rencontrer. Ou tout simplement parce qu’un “oui” aurait été une arme contre elle, tôt ou tard.

Pour Morgan, pour le souvenir d’une jeune fille qu’il n’avait pas connu, Thomas laissait Garwen l’outrager. Cela ne le touchait plus. Il avait essuyer pire offense que cela. Il savait encaisser.
Même si on remettait son amour en question.

Il la laissait la poignarder de son regard. Il ne la regardait pas encore. Il préférait réfléchir. Essayer de réfléchir. Il n’y arrivait pas. Morgan tournait et tournait encore dans son esprit.

Finalement, il fallu une phrase pour lui arracher un rire. Un de ces rires sans joie, trop sec, trop bref, qui laisse un goût de fer dans la bouche. Il n’avait pas vraiment réagi à ces mots ci, mais plutôt à tout le reste. A l’absurde. A l’inévitable. A la douleur qu’il refoulait depuis des semaines.

« Vous avez aucune idée de ce dont vous parlez… Aucune. Putain. D’idée. »

Thomas appuya ses mains sur ses genoux et se releva. Il déploya son corps comme une arme.

« Mais je suis grand prince, et je vais vous expliquer. »

Il se pencha en avant, ses yeux d’argent braqués dans les siens. Et ces yeux ? Ils brûlaient. Non pas de rage, mais de cette froideur implacable qu’on retrouvait chez les Sangblanc quand ils avaient décidé que la partie ne serait pas jouée selon les règles des autres.

« Vous pensez que je l’aime comme on aime un caprice. Une distraction. Un plaisir. »

Il ferma les yeux un instant, remuant la tête négativement.

« Je ne vous contredirai pas, ma Dame. J’ai eu de nombreuses aventures avant Morgan et, si vous voulez mon avis, vous auriez dû profiter de vos jeunes années pour vous offrir un peu de compagnie. »

Thomas se redressa, et recula d’un pas.

« Mais soit ! Vous voulez marier votre fille à un homme de votre choix ? Très bien ! Vous la perdrez. Vous aurez vos héritiers, mais elle ? Vous la perdrez. M’est d’avis que vous n’en avez absolument rien à foutre… Mais moi, ça m’importe, vous voyez ? Parce que moi je l’aime avec le cœur, pas avec un nom. »

Il marqua une pause nécessaire à calmer la violente tempête qui meurtrissaient ses doigts. Il se voyait tant lui écraser la gorge, lui hurler de laisser sa Morgan loin de ses machinations. Alors, il inspira, et expira longuement.

« Vous ne la briserez pas, vous savez. Même si vous la forcez à mettre une robe, à dire oui à un con de gallois, à faire des gosses avec un bon pedigree… vous ne briserez jamais Morgan. »

Ses yeux accrochèrent ceux de Garwen comme deux chaînes d’acier.

« Vous briserez tout le reste. L’amour qu’elle pourrait encore avoir pour votre famille. Sa confiance. Son éclat. Mais elle ? Elle restera debout. Même si c’est pour vous haïr jusqu’à son dernier souffle. Son mari ? Ses gosses ? Elle les haïra. Elle reproduira exactement le même cycle que vous avez elle… ou alors ? Elle les laissera faire leurs propres choix pour mettre un terme à cette putain de folie du Sang-Pur. »

Il s’avança à nouveau, et s’accroupit non loin d’elle, juste pour être à sa hauteur.

« Laissez la choisir son époux. Ce ne sera pas moi. J’en ai toute conscience… mais laissez lui le temps de choisir un époux à sa hauteur. Un époux qu’elle ne regardera pas comme un regret. »

Il ne dit rien. Son regard resta un instant suspendu aux yeux de Garwen.
Il savait que leur amour ne se vivrait jamais au grand jour. Et ça faisait mal. Tellement mal. Si il avait pressenti qu’elle pouvait être vouée à finir ainsi, Thomas l’aurait arraché à la Grande-Bretagne et l’aurait emmené avec lui, pour toujours. Ils se seraient enfui ensemble. Ils auraient voyagé autour du monde, sans un regard en arrière. Chaque jour ensemble aurait été une aventure.
Cet idylle, il s’était refusé à le vivre depuis bien longtemps. Il devait rester pour sa famille. Epouser une française et lui faire des enfants.
Il aurait continué à rendre visite à sa Morgan. A l’embrasser. A se noyer dans ses boucles d’ébène.

Mais voilà qu’elle acceptait de se sacrifier, elle aussi. Thomas ne la laisserait pas faire. Pas comme cela. Pas sans s’assurer qu’elle trouve un jour le bonheur dans cette condition.

Avatar dessiné par ma merveilleuse Élicia Caldin
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050