Revoir les montagnes
Reducio
- Votre PJ est présent ? : oui
- Nom et prénom du PNJ : Callum Finlay, père, actif
- Lien vers la fiche du PNJ : ici
- Intérêt d'utiliser ce(s) PNJ dans ce RP précis pour votre PJ : Expliciter la relation très fusionnelle entre Ander et son père (lié aux absences régulières de sa mère) qui explique en partie son caractère et créer un effet de surprise pour l'annonce de la visite à Martin (une des personnes préférées d'Ander, il va le revoir pour la première fois en 3 ans après une séparation compliquée).
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VINGT-SIXIÈME JOUR DU MOIS DE JUIN 2050
Un fumet sucré s'élève de la cuisine, Manoir Finlay
Un fumet sucré s'élève de la cuisine, Manoir Finlay
"Allez, un peu de courage ! Mets tes mains dedans !" m'exhortait Papa en riant. Il s'était positionné dans mon dos et avait saisi avec force mes poignets, lesquels se trouvaient désormais à la merci de sa poigne. Il les approchait dangereusement du saladier, s'amusant à jouer avec mes nerfs. La pâte à cookie me regardait droit dans les yeux : elle me mettait au défi de la toucher. J'admettais volontiers que son allure me rebutait. Les ingrédients se détachaient encore les uns des autres, de telle manière que des morceaux de beurre à moitié fondus et saupoudrés de la farine qui venait d'être ajoutée flottaient à la surface. J'imaginais avec horreur le gras se loger entre mes doigts. Il serait si bien installé qu'il me faudrait plusieurs lavages de mains énergiques pour en venir à bout. Sans parler de la farine qui se coincerait sous mes ongles. L'idée me faisait frissonner.
Je luttai sans conviction et lâchai un "aaaah" plus dramatique que nécessaire alors que mon bourreau plongeait mes doigts dans le bol. Comme si cela ne suffisait pas, il remarqua : "C'est plutôt agréable non ?", chose qui lui valut un regard noir de ma part. Accompagné de son fidèle sourire espiègle, il se mit à mimer l'action de malaxer la pâte. Le geste censé me signifier de m'activer m'incita à glisser dans ma paume une pincée de farine que je lui soufflai sans pitié au visage. *Rendre à Merlin ce qui appartient à Merlin* Papa sursauta de surprise. Sa barbe désormais blanche lui donnait l'air d'un vieil homme. La matière suspendues aux poils - à bout de bras - chutait à chacun de ses pas, couvrant bientôt de sol de la cuisine. Je l'observai alors qu'il se rendait jusqu'à l'évier pour se débarbouiller, sur mes gardes, m'attendant à une contre-attaque. Cette dernière ne vint pas. À la place, Papa me demanda si je souhaitais qu'il mette de la musique, histoire d'animer un peu notre atelier. Quand je répondis par l'affirmative, il sortit de la pièce. Il regagna cette dernière armé de deux vinyles de jazz qu'il me présenta pour que je choisisse. Je pointai ma tête en direction d'une pochette verte : "Celui-là on le connait pas nan ? C'est celui que t'as acheté quand t'es venu me chercher à la gare. On a qu'à l'écouter maintenant !" décidais-je.
Les cuivres résonnaient depuis le salon alors que je m'attelais enfin à ma mission. Papa s'était assis sur une chaise et me regardait travailler. Parfois, il se levait pour imiter un solo particulièrement émouvant. Moi, je l'encourageais à l'aide de cris aigus : "un autographe monsieur ! un autographe !". La pâte fut bientôt prête. Je retirai un par un mes doigts de la gluante mixture tout en appréciant son homogénéité. Une plaque de cuisson fut sortie d'un placard et Papa prit le relai. Je me lavai les mains et m'installai sur une chaise voisine. Depuis mon emplacement, j'admirai les mouvements habiles de ses mains. Mon père extrayait la pâte qu'il roulait ensuite contre sa paume avant de la déposer en sphères sur la plaque. Il répétait cette série avec méthode et précision et prouvait là toutes ses heures passées en cuisine. Mes lèvres s'étirèrent en un sourire attendri. S'il y avait bien une chose qui m'évoquait mon enfance, c'était cette courbe sur le dos mon père qui, penché sur un saladier, confectionnait mon goûter. Il avait toujours l'air apaisé lorsqu'il pâtissait.
Les cookies étaient enfournés. Comme la cuisson durait peu de temps, nous attendions non loin du four. Je me penchais parfois vers la vitre afin de surveiller le bon déroulement de notre opération. Papa brisa le silence le premier : "Alors, cette fin d'année ? Ça a été comme tu voulais ?" demanda-t-il.
- "Hum hum, ça va. C'était les examens donc tout le monde travaillait. C'est dommage que ça tombe pile quand il fait beau, les examens." répondis-je en soupirant.
- "Hahaha, t'es bien comme ta mère ! Le soleil avant tout ! Mais tu vas pouvoir en profiter maintenant, c'est les vacances. T'as quoi de beau de prévu ? Tu vas voir un peu tes copains ?" renchérit-il avec son inépuisable bonne humeur.
- "Non, j'pense pas. Je vais sûrement faire comme d'habitude. Je vais aller marcher avec Hecta et faire des photos pour mon carnet d'aventures. Ashley elle est pas là, elle fait un stage et après elle part. Ernest j'sais pas trop, il m'a pas dit. Élicia non plus. Et puis t'sais y'a aussi Eileen et Merinda et Elijah, mais eux c'est des copains comme ça. 'Fin des copains de classe quoi. Tu vois ce que je veux dire ?" tentais-je d'expliquer.
- "Oulala ça en fait du beau monde ! Réexplique-moi qui est qui, je suis perdu. Sauf Ashley, Ashley je connais. Où est son stage d'ailleurs ? Tu voudrais pas faire ça toi ?", Papa s'adossa contre un mur et se munit d'un torchon.
- "Elle est chez Fleury & Bott, et non merci... Bref, t'exagères. Tu les connais très bien, je t'en ai déjà parlé !" m'agaçais-je, "Ernest il est dans ma promo, c'est un Serpentard. Tu sais ? On est allé à Gringotts ensemble, et on s'est fait punir en Étude des Moldus. C'était carrément abusé d'ailleurs... Et Eileen c'est ma préfète ! Elle est aussi dans ma promo, comme Merinda et comme Elijah ! Je te les montrerai sur la photo de classe. Et Élicia elle est plus grande. C'est la Poufsouffle qui est allée à Beauxbâtons." Papa prit le temps d'enregistrer tout ce que je lui disais et travaillait sa mémoire pour assortir prénoms, visages et histoires.
- "Oui tu me montreras. En tout cas, t'as l'air de beaucoup les aimer, tes copains de promo. C'est bien ! Moi je garde des super souvenirs de mes années à Poudlard !" réagit-il.
Sauvé par le gong, le minuteur sonna pour signaler que les cookies étaient cuits. Papa s'affaira à les sortir du four et m'évita d'avoir à répondre à sa dernière remarque. Peut-être que je les aimais bien, mes camarades de promotion. Je n'avais pas franchement réfléchi à la question. Et peut-être qu'ils me manquaient, mais personne n'avait besoin de le savoir. Sauf Cælena, elle le savait. On se disait tout, c'était la règle ! Et puis, pleurer ne passait pas exactement inaperçu. *Ok je les aime vraiment bien*
La plaque refroidissait tranquillement. Je saisis un biscuit que je divisai en deux et tendis une moitié à mon père. Nous mangions dans un silence ponctué de 'hum' appréciatifs et d'hochements de tête satisfaits. "Bon... J'ai quelque chose pour toi." lâcha mon partenaire de pâtisserie. Je relevai immédiatement la tête et fronçai mes sourcils l'air de suspecter quelque chose. Il termina sa bouchée avant de poursuivre : "Tu pars en vacances !"
- "Comment ça 'tu' ?" réagis-je du tac au tac, "Je pars seul ?"
- "Non non non, tu seras en très bonne compagnie." m'informa Papa.
- "J'suis pas sûr de comprendre... Allez, explique !" râlais-je, sentant grandir la frustration. Je trépignais d'impatience, j'avais le suspense en horreur.
- "Tu pars avec Martin, chez lui, en France. Quelques jours à la montagne pour décompresser !" révéla-t-il enfin.
Je restai figé. L'information me percuta avec la violence d'un Magicobus. Martin ? C'était impossible. Il me l'aurait dit. Et puis, ça faisait si longtemps. Un nœud profondément installé dans ma gorge empêchait les mots de sortir. Comme je ne réagissais pas, mon interlocuteur ajouta : "Martin ? Un grand blond, cheveux courts, français. Accessoirement ton précepteur."
- "Oui oui, c'est bon. J'sais qui c'est. J'suis juste surpris, c'est tout. D'où tu sors ça ? Pourquoi il me l'a pas dit lui-même ?" le questionnais-je, cherchant à démêler l'absurde de la situation.
- "Parce qu'il voulait te faire la surprise. Tu es assez grand pour partir seul maintenant et lui voulait te revoir. Il m'a envoyé une lettre le mois dernier pour t'inviter chez lui. Je me suis permis de dire oui." dit-il.
- "Et... je pars quand... ?" demandais-je.
- "Dans cinq jours !" s'exclama mon père avant de rire devant ma mine déconfite. Son fou rire ne s'arrêtait pas, ni mon visage ne se recomposait. L'information montait doucement au cerveau. *Je vais voir Martin* "Je vais voir Martin !" criais-je au milieu de la cuisine. Mon incapacité à cesser de sourire rendait ma mâchoire douloureuse. J'avouai m'en ficher pas mal. L'odeur de chocolat embaumait la cuisine alors que j'enlaçai Papa de toutes mes forces et enfonçai mon visage dans son torse. "Doucement bonhomme." me souffla-t-il avant de poser une main affectueuse sur le sommet de mon crâne. Nous restions ainsi un moment, perdus au milieu du jazz et le visage couvert de miettes. Le bonheur diffusait tranquillement par la fenêtre où quelque oiseau y répondait parfois.
Je déposai un bisou sur la joue du cuisinier et décollai un cookie de la plaque. Je l'emballai prudemment dans un sachet que je conservai à plat contre ma paume. "C'est pour Ashley, je dois lui raconter." indiquais-je. Puis je quittai la pièce en trombe et filai en direction de ma chambre.
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@Ashley Houston