A.S. PNJ La Sorcière au coeur velu

Vous la perdrez, qu’il disait, mais il ne savait rien. Rien.

Il ne savait rien des choix de Garwen. Rien de la disgrâce dans laquelle elle s’était jetée pour une flamme éphémère, lorsqu’elle avait bravé les siens pour épouser Ludwig - rien de l’amour inconditionnel qu’elle avait pour son propre fils, quand bien même il était aussi terrible que son père. Rien.

Et pourtant, il était là, à s’accroupir, avec une supplique dont elle ne s’était pas attendu de sa part, mais dont elle ne pouvait rien faire.

Elle inspira lentement.

« C’est tout ce que je souhaite pour ma petite-fille. Un époux à sa hauteur. Mais ce genre d’homme n’existe pas. Pas pour une sorcière comme Morgan. Pas pour une femme déjà bien trop âgée aux yeux de ceux qui font les alliances. Et encore moins si elle se montre distraite. »

Elle se leva à son tour, et s’éloigna de plusieurs pas, en tournant le dos à la forme de Thomas.

« Ne me prenez pas pour le diable - elle n’aurait jamais eu autant de temps si je ne l’avais pas exigé de nos anciens, si promptes à vouloir l’attacher au premier venu quand elle est revenue auprès des siens. Elle s’est battu pour obtenir son titre, et pour être libre de choisir - et c’est à cause de vous qu’elle l’abandonne à présent. »

Garwen aurait dû s’arrêter avant. Elle le savait - il suffisait de mettre fin à l’échange, maintenant que tout avait été dit. Maintenant que tout était clair.

« Qu'importe ce que vous pensiez - elle est tout ce qu'il me reste, avec sa soeur. Je n'ai à cœur que son intérêt - et son avenir. »

InRP, professeure remplaçante de DcFM arrivée le 1er juin 2051.
#BotrucSuprématie #Le M c'est le S #4f246b

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Parler ne servait à rien avec ce genre d’engeance, Thomas le savait. Le sang et l’héritage passaient avant tout. Bien sûr. Si il ne s’agissait pas de Morgan, Thomas l’encouragerait puisqu’il n’aurait cure du destin de sa petite fille et de toute sa fichue lignée. Contre rétribution, il l’aurait même aidé à atteindre ses objectifs.
Mais voilà. Il s’agissait de Morgan.

Garwen se releva, laissant Thomas là, accroupi comme un suppliant. Elle poursuivait, encore, et encore, et encore. Ah, le Diable… elle ne l’était pas, puisqu’elle avait laissé à Morgan du temps pour choisir sa corde.
Thomas souriait, et Garwen ne le verrait pas.
Elle ne verrait jamais la douleur que ses mots, ses accusations provoquaient chez l’héritier.
C’est à cause de vous.
Thomas se releva lentement.
Elle est tout ce qu’il me reste.
Il fit rouler les muscles de ses épaules.

Il aurait dû emmener Morgan avec lui. Il aurait dû écouter son coeur, et l’emmener avec lui. Dans un tour du monde. Pour une éternité. Morgan et lui, loin de tout. Loin de la famille. Loin du sang. Loin des impératifs des jeunes héritiers. Loin des sacrifices.

Thomas se tourna à nouveau vers Garwen. Il suffirait d’un sort, un seul, pour faire gagner du temps à Morgan. Il la prendrait avec lui et…
… et Morgan reviendrait. Car elle avait accepter de se marier. Elle avait accepté le fardeau que la famille avait posé sur ses épaules.

Sa langue claqua contre son palais alors que ses sourcils se fronçaient.
Un sort, juste un… là, en plein dans son coeur. L’âge l’aurait emporté sur Garwen. Un coeur défaillant qui n’aurait pas supporter la discussion. Thomas se jetterait à ses genoux, lui lancerait des sortilèges de soins en continu. Il appellerait à l’aide, en suppliant la matriarche de rester avec lui, de ne pas abandonner. Il pourrait même simuler des larmes. Suivre une thérapie auprès d’un psychomage. Faire des cauchemars. Toujours des cauchemars. Se réveiller. Boire. Boire jusqu’à s’endormir avec leurs yeux tournés vers lui. Les yeux des fantômes. Ceux que la boisson ne parvenait pas à faire disparaître.

Thomas sourit.

« Vous savez quoi ? »

Il s’approcha, à pas de velours, à pas de chasseur.

« J’en ai rien à cirer des mensonges que vous vous répétez pour vous endormir le soir. J’en ai absolument rien à cirer. J’aurai beau vous dire quoi que ce soit. Je pourrais vous ouvrir mon cœur, vous me la refermez en pleine face. C’est ce que vous avez fait, d’ailleurs. »

Il s’arrêta à deux pas d’elle, son sourire encore bien accroché à ses lèvres fines.

« Vous savez, nous avons plus en commun que vous le pensiez. Ah, peut-être que l’idée vous débecte ? Mais c’est la vérité. Je ferai toujours passer ma famille avant tout. Le Monde pourrait brûler, j’aurai plus de soucis pour l’ongle cassé d’une cousine. Mais la différence est que leur bonheur m’importe plus qu’un nom sur un putain de Registre. Là est ce qui nous oppose, ma Dame. Vous n’aimez pas Morgan, vous n’aimez pas sa sœur. Sinon, vous seriez prête à sacrifier jusqu’à la plus petite infime de votre humanité pour les voir heureuse. »

Le sourire de Thomas avait dépérit sur son visage. Ne restait plus qu’un vague vestige du mensonge que lui même se répétait pour ne pas vaciller.
Je suis un bon garçon.

« J’aime Morgan comme j’aime ma famille, miss. Avec les tripes bien avant le cœur. Je brûlerai l’entièreté de votre arbre généalogique si cela pouvait m’assurer de la voir sourire. Alors votre Morgan ? Votre précieuse Morgan ? Je vais l’épouser. Dus-je abandonner mon titre d’héritier, je le ferai. Si cela peut m'assurer de la voir sourire encore un jour, je le ferai. »

Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 2 ème année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050

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Garwen en avait plus qu’assez de la manière dont il osait lui parler, mais elle se contenta d’inspirer profondément, retenant la vague de dédain qui lui montait aux lèvres, faisant abstraction des fourmillements bouillants qui circulaient sous sa peau, et se retourna pour lui faire face. Qu’il crie, qu’il menace, qu’il jure par tout son sang — rien de cela n’avait le moindre poids. Ou presque.

Ses lèvres s’étirèrent à peine, dans une grimace. Dans un rire sec, étranglé.

« Vous ? L’épouser ? »

Les mots résonnaient encore, trop audacieux pour ne pas l’effleurer. Elle envisagea, l’espace d’un battement de cœur, ce que cela signifierait. Mais la pensée s’effaça aussitôt tout comme lorsqu'elle avait découvert le 'secret' de sa petite-fille, balayée par la lucidité qui avait guidé toute sa vie. Thomas parlait de renoncer à son héritage avec une conviction qui trahissait l’homme qu’il était : un passionné, prompt à sacrifier aujourd’hui ce qu’il regretterait demain. Abandonner son titre ? Peut-être le croit-il, dans l’ivresse de ses sentiments, mais il reviendrait tôt ou tard vers ce qui l’avait façonné. Et même si, par impossible, il tenait parole… combien de temps avant que cette flamme qu’il appelait amour ne se consume ?

« Votre esprit de conquête n'est un secret pour personne, Thomas Sangblanc, ni votre talent pour les mots et les discours. Mais combien de cœurs et d’honneurs avez-vous laissés derrière vous, brisés ? Combien de serments avez-vous déjà prononcés pour les renier ensuite ?

Pourquoi devrais-je croire que Morgan échapperait à ce sort ?
»

InRP, professeure remplaçante de DcFM arrivée le 1er juin 2051.
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Ses yeux couleur argent brillaient avec l’intensité d’un feu blanc. Les flammes dévoreraient la Garwen et ses anciens, le passé et le futur qu’elle avait voulu imposer à Morgan. Elles consumeraient tout ce qui se dresserait entre la femme qu’il aimait et un avenir où elle pourrait s’épanouir loin des ombres et des tourments. Elles chaufferaient à blanc l’armure de chevalier de Thomas jusqu’à ce qu’elle se lie à ses chairs.
Père lui en voudrait. Mais lui aussi avait un jour abandonné ses obligations. Étaient nés de ce choix trois enfants qu’il aimait à en crever, et qu’il ne regretterait jamais.
Alors il comprendrait.
Il comprendrait lorsqu’il rencontrerait Morgan.
Morgan et ses boucles noires qui lui rappellerait sa mère.
Alice aimerait Morgan. Comme la soeur qu’elle n’avait jamais eu. Morgan lui enseignerait tout ce qu’elle savait pour un jour espérer la voir devenir une femme aussi forte qu’elle.

Un sourire répondit au rire sec de la Rosenwald.
Oh oui, il l’épouserait. Et il l’aimerait. Il la chérirait. Il la ferait rire. Il la porterait jusqu’à l’autel où il lui jurera amour et fidélité. Il l’emmènerait avec lui aux quatre coins du monde. Il l’embrasserait sous l’ombre d’un palmier au Mexique, ou dans une cabane au fond des Appalaches. Il poserait son front contre son ventre front en murmurant des absurdités à leur enfant. Il la regarderait s’épanouir loin des serres d’une vieille sorcière. Il rencontrerait sa sœur, et il l’aimerait comme la sienne.

Ah, et la voilà qui osait penser le connaître.
Thomas Sangblanc, le voleur de vertu. Thomas Sangblanc, le parjure.
A son tour de rire.
Que s’imaginait-elle ? Que Thomas serait resté ici, à défendre un amour voué à s’éteindre dans le lit d’une autre ? Par les Astres, était-ce bien la réputation qu’il avait.
Oui, Thomas avait noyé ses peines dans l’alcool et les draps. Il n’en rougissait pas. Jamais. Il aimait les femmes, oui. Et alors ? Aurait-il rencontré sa Morgan si il n’avait pas été charmé par l’idée de l’avoir pour une nuit ? Serait-il ici si il n’était pas entré en chasse, des mois plus tôt.
Non. Il serait dans le lit d’une autre à des centaines de kilomètres de cela. Ou des milliers. Thomas avait annulé un voyage en Iran pour être ici.

« Si mon esprit de conquête n’est pas un secret pour vous, vous savez à quel point je suis prêt à tout pour obtenir ce que je veux. Et ce que je désire, ma Dame, c’est la main de votre petite-fille. »

Il se pencha un peu sur elle dans un sourire carnassier.

« Mais j’imagine que vous faîtes référence à la chienne Harrison, n’est-ce pas ? Sinon, je n’en vois pas d’autre. Elle ? C’était un mariage d’intérêt. Et voyez comme tout s’est terminé. Franchement, Garwen… Vous devriez prendre cette histoire comme assurance que tout se terminerait très mal si vous promettiez Morgan à un homme qu’elle n’a pas choisi. Quant à pourquoi vous devriez croire à la sincérité de mes sentiments… ah… »

Thomas se redressa.

« Quoi que je puisse vous dire, ma Dame, rien ne changera l’avis que vous avez de moi. Et je ne tiens pas particulièrement à discuter avec vous de sentiments sincères , de promesse d’amour éternel, bla bla bla… Vous ne sauriez pas quoi faire de tout cela. N’est-ce pas ? Moi j’en suis persuadé. Alors je vais faire comme j’aurai toujours dû faire avec les vieilles matriarches dans votre genre : je vais vous rendre votre avis sur ma personne, et vous invitez à vous étrangler avec. »

L’héritier se recula d’un pas, lui sourit à pleine dents dans une ample révérence avant de remettre son chapeau sur sa tête.

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Garwen se déplaça de quelques pas, les traits figés par une colère contenue - il avait finalement usé de sa patience avec ces propos et son attitude. Ses doigts se crispèrent contre le dossier du fauteuil le plus proche, comme si elle se retenait d’y planter ses ongles.

« Qu'importe de qui je fais référence, je n'accepterai nullement entendre une insulte de plus à mon encontre ou à celle d'une autre sorcière, sous mon toit ! Mais vous avez raison sur une chose, monsieur Sangblanc - rien de ce que vous pourrez dire ne changera l’avis que j’ai de vous. »

Elle fit un pas dans sa durection, le regard dur, planté dans le sien.

« Vous voulez l’épouser ? Soit. Vous êtes un homme de bonne famille, habitué à obtenir ce que vous désirez, peu importe les conséquences. Et quand bien même il y en aurait… vous n’en porteriez jamais le poids. C’est Morgan qui le portera. Comme toutes les femmes de notre lignée qui ont choisi leurs sentiments au lieu de la raison, elle se consumera. Elle le sait — elle a été suffisamment claire en préférant me laisser si désespérément le choix son futur époux plutôt que d'envisager de vous laisser une chance en dehors de sa fantaisie de crasse et de vulgarité. »

Ses lèvres se tordirent dans un rictus amer.

« Convainquez-la, donc. Si vous le pouvez. Vous la ruinerez au passage, elle et son avenir. Mais souvenez-vous de mes mots lorsque son sourire se fanera et qu’elle vous haïra, lorsque votre flamme brûlera pour une autre. Vous aurez peut-être sa main… mais vous l’aurez condamnée, et vous avec elle. »

Finalement, Garwen retourna à son fauteuil sans un mot, ses jupes effleurant le parquet dans un froissement sec. Elle s’assit, reprit sa tasse de thé, froid, et en porta le bord à ses lèvres, comme si la conversation n’avait jamais eu lieu, ou presque :

« Alors, allez-y, Thomas Sangblanc. Prenez-la si vous le pouvez. »

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Ah ! Enfin, la vieille harpie était scandalisée ! Il était temps. Thomas la regarda s’échapper, suivant ses déplacements du coin de l’œil. Qu’elle accepte ou non ses propos importait peu l’héritier. Et puis, la chienne Harrison , ce n’était pas une insulte, enfin. C’était un petit surnom affectueux pour une femme qui avait attenté à sa vie. Cela, le savait-elle ? Bien sûr que non. Que ferait-elle de toute la vérité ?
Garwen s’était déjà fait tout un avis sur lui. Un avis dont Thomas commençait à comprendre le fond.

Il la regarda avancer vers lui pour cracher son fiel à son visage. Du haut de son mètre quatre-vingt-dix, Thomas laissa lui exposer ses réflexions philogynes qui auraient fait sourire sa petite sœur. Lui ? Oh, lui ne souriait pas. Il sentit même disparaître son éternel rictus narquois.
Habitué à obtenir ce qu’il désirait ? Pauvre idiote. Ce qu’il désirait, Thomas l’obtenait au prix de terribles sacrifice que jamais elle ne pourrait imaginer. Maudite sorcière. Alors quoi ? C’était cela qu’elle voyait ? Un foutu héritier capricieux ne vivant que pour accumuler toujours plus de plaisir ? L’image qu’il désirait renvoyer, au final, hein ? Bien sûr. Et l’autre harpie misandre devait s’en régaler. Oh, pauvre petite Morgan, élevée pour écraser et haïr les hommes comme sa vieille folle de Matriarche. C’était de sa faute, hein ? C’etait de sa faute si Morgan souffrait autant de sa condition ? Merlin. Thomas peinait à imaginer le lavage de cerveau que sa belle furie avait dû subir depuis ses plus jeunes années. Et là voilà désormais contrainte de choisir entre sa famille et lui.

Thomas sentit une rage sourde glisser dans le bout de ses doigts alors qu’il suivait Garwen rejoindre son fauteuil comme une reine lasse d’avoir donner son précieux temps à un plébéien. Que n’aurait-il pas donné pour voir ce trône improviser prendre feu et cuire sa vieille carcasse. Cela pouvait encore arriver, hein ? Un petit sort et… pouf.

Thomas lissa le bord de son chapeau, son regard planté sur le visage de Garwen. Ses mots résonnaient en lui. Chacun de ses mots. Des provocations, rien que des provocations, celles d’une femme qu’il avait acculé. Encore une fois, Garwen montrait qu’elle ne connaissait pas l’homme se tenant face à elle.
Ce constat réanima son sourire.
Condamner Morgan ? Oui. Il la condamnait se réveiller chaque matin en se sachant regardée comme si elle était la plus belle chose que le Monde n’ai jamais engendré. Il la condamnait se sentir soutenue, quoi qu’elle entreprenne. Il la condamnait à être aimée et chérie tant qu’elle voudrait de lui.
Quant à se condamner lui ? Bah ! Thomas, en tout bon premier né, était voué à être sacrifier pour garantir la pérennité des siens. Il se damnerait une seconde fois si cela pouvait garantir à Morgan de vivre la vie qu’elle méritait, que ce soit à ses côtés ou non.

« Il parait que j’obtiens toujours ce que je veux. » Il souffla un rire en reculant vers la porte, haussant ses épaules dans un geste théâtral. « Je m’en voudrai de vous contredire. »

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Ses lèvres s’étaient pincées, minces traits de glace sur son visage demeuré impassible. Pas un mot ne vint répondre à la bravade de l’héritier. Il aurait peut-être voulu une réplique, un éclat de colère, une pique venimeuse pour nourrir son triomphe — mais il n’y eut rien. Rien qu’un silence épais, où ne subsistait que le léger tintement de la cuillère d’argent contre la porcelaine.

Un léger claquement sec rompit son silence : elle avait frappé du bout de l’ongle contre le bois poli d'un des accoudoirs. Dans l’ombre du salon, un elfe apparut presque aussitôt, la tête baissée. La voix de Garwen s’éleva enfin, basse et tranchante, mais elle ne s’adressa pas à l’héritier.

« Raccompagnez notre invité. »

Pas plus. Pas moins.

Le parasite avait eu son spectacle, son moment de bravoure. Il n’en aurait pas davantage. Et pourtant… Sous le masque d’acier, une part d’elle, infime, honteusement naïve, osait espérer qu’elle se trompait, comme elle s’était déjà trompée par le passé. Qu’il ne sonnerait pas le glas de son héritière. Une pensée qu’elle chassa aussitôt, mais qui demeura tapie au fond d’elle, comme un murmure obstiné.

Garwen ramena la porcelaine à ses lèvres, goûtant une nouvelle gorgée froide.

Nous verrons.
Oui, nous verrons.

Elle n'avait d'autres choix que de faire confiance à Morgan pour prendre la bonne décision et de s'y tenir, pour son avenir et celui de sa famille.

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Une fois dehors -ou plutôt mis à la porte- Thomas ajusta son chapeau sur ses boucles blanches. Ses doigts restèrent longtemps accrochés à son rebord. Son regard s’était perdu quelque part dans la rue. Son sourire, son éternel sourire, dégoulinait comme un masque de cire sous une bougie.
Il n’y avait plus personne à haïr devant lui. Plus aucun visage à mémoriser pour cracher dessus. Il n’y avait plus que lui et ses pensés. Ses terribles, ses affreuses, ses misérables et proscrites pensés.
Morgan était un obstacle sur son glorieux chemin pavé d’or et de sang. Il aurait dû la laisser le repousser jusqu’à ce que naisse l’indifférence.
Il aurait dû.
Putain, ce qu’il aurait dû.
Sa Morgan, son bel oiseau noir, le conduirait à sa perte. L’amour, ce n’était pas pour les héritiers. Ce n’était pas pour les chevaliers. Son coeur devait battre au rythme des coups d’épée et des éclats de bouclier. Pas au rythme des battements de cils de Morgan.
Il ne devait pas.
Il ne pouvait pas.
Pas plus qu’il ne pouvait laisser la femme qu’il aimait condamner son existence pour un nom qu’elle ne portait pas en public.

Le corps de Thomas se mit en mouvement. Il avançait dans la rue, une main glissée dans sa poche, ses doigts serrés autour de sa baguette.
Il n’avait qu’à faire demi-tour, et faire flamber l’antre du dragon. Il savait faire cela. Il savait faire disparaître les preuves puisqu’il avait apprit à les trouver. Il pouvait. Il devait.
Il s’arrêta sur les pavés, sa baguette extirpée de sa poche.
Ses épaules se tournèrent vers la bâtisse, il brandit son bras vers elle, et …

Le visage de Morgan passa devant ses yeux. Ses paupières closes, quelques boucles noires tombant sur son visage de porcelaine, paisible dans son sommeil. Sa Morgan. Sa belle Morgan. Celle pour qui il était prêt à renier jusqu’à son nom. Celle pour qui il laisserait choir sa fidèle armure.
Il mettrait la Grande-Bretagne à feu et à sang si cela pouvait garantir son bonheur. Alors… pourquoi hésiter ? Pourquoi ne pas aller jusqu’au bout, et cramer ce putain de manoir ?

Son bras retomba le long de son corps dans une expiration rageuse. Son buste bascula en avant, jetant son fédora à terre. Ses doigts crispés autour de ses genoux, Thomas sentait son coeur battre plus fort que jamais. Ses mâchoires étaient serrées, ses dents fermées avec force, retenant tout ce qu’il crevait de hurler.
Vous avez pas le droit.
Vous avez pas le droit de lui faire ça !
J’ai pas signé pour ça !
J’ai jamais voulu ça !
Je l’aime ! Putain, je l’aime ! Vous avez pas le droit de me faire ça !


Thomas leva un regard enragé vers le manoir Rosenwald. Elle méritait de crever pour ça. Toute cette foutue famille. Ne resterait que Morgan et sa soeur. Elles seraient libres. Et il consentirait à ne pas se damner pour l’épouser.
Putain !
C’est ça qu’elle voulait, hein ? Oh si elle savait à quel point il en avait, des responsabilités ! Et il se fracassait contre elles ! Il était prêt à envoyer valser une vie de sacrifice rien que pour voir Morgan heureuse ! C’est ça, l’amour ? Choisir entre un gouffre ou un autre ?
Oh il allait se jeter dedans ! Il allait le faire ! Et elle crèverait de voir qu’il l’emporterait avec lui ! Il allait épouser Morgan. Il allait la rendre heureuse. Père ? Il n’aurait qu’à faire un gosse à sa débile de femme pour avoir un héritier tout neuf.
Lui ? Il allait encrasser son armure encore un peu plus jusqu’à ce que l’acier vire au rouge sang.
Sa Morgan, il allait la rendre heureuse.
Et que le reste crève.

Thomas tendit le bras et ramassa son fédora. Il se redressa, et prit une grande inspiration.
Maintenant, Pitiponk.

Et c'est une fin pour moi, ma chère Morgan ! Merci pour ce RP :kiss2:

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