Galochage - 201

Ce millième baiser en appelait encore des milliers d'autres. Ils devaient avoir l'air de n'importe quel couple de tourtereaux enamourés s'embrassant dans le parc si d'aventure quelqu'un devait réussir à les apercevoir dans le creux de l'arbre contre lequel ils s'enlaçaient, et pourtant. Chacun de ces baisers était une phrase, un sentiment, une idée, chacun était différent, signifiait quelque chose, qu'il soit paresseux, provocateur, mutin, mordant, lascif, c'était un langage dans le plus littéral des sens qu'on pouvait imaginer, un langage de langues, de lèvres, de soupirs et de gémissements.

Celui-ci signifiait à la fois «Je suis sérieuse» et «Ne m'oublie pas». Mais pas seulement, il signifiait aussi des promesses qu'il lui rendit aussitôt avant qu'elle ne prenne un peu de recul pour s'offrir à son tour.

Il n'osa pas répondre oralement, dans ces moments là le pourtant très sur de lui et se son verbe Aliosus Nerrah préférai se taire, trop peu confiant dans sa capacité à trouver la juste phrase. En revanche, il savait qu'il pouvait compter sur les actes. Aussi déposa-t-il d'abord ses lèvres doucement sur le front de sa bien aimée pendant que ses mains replongeaient dans ses cheveux, puis ce fut le début de sa nuque, juste un peu derrière l'oreille, puis plus bas, et petit à petit ses mains suivaient le même chemin.

Le baiser de Yesenia avait aussi signifié «Je te veux» et la douce chaleur qui émanait de sa peau ne faisait que confirmer ce que le corps d'Aliosus avait déjà traduit, cet appel auquel il répondait.

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Aliosus ne répondit pas. Du moins, par verbalement. Yesenia aurait pu s'en inquiéter. Ne pas avoir de réponse à une ouverture de ses sentiments aussi intime, et pourtant... Il en avait fait bien plus qu'elle ne pouvait imaginer. Elle, dont le cerveau fulminait à vitesse grand V, sans jamais stopper le flot d'informations, retrouvait le calme et la sérénité au contact de son petit ami. Le reste se figeait, et il n'y avait de place que pour ce qu'elle ressentait pour lui.

Yesenia eut une pensée pour ces sentiments qui s'étaient logés au creux d'elle, lors de sa quatrième année. Ils étaient timides, maladroits. Lorsqu'elle croisait Aliosus, ou passait du temps avec lui, elle se sentait étrangement nerveuse, et il lui arrivait de parler de débiter des paroles invraisemblables. Elle se sentait alors ridicule, ou stupide.

Au départ, elle n'avait pas tant compris ces émotions qui la touchaient en plein coeur. Pourquoi ressentait-elle de la colère, et de la déception lorsqu'elle le voyait parler à d'autres filles ? Elle avait mis tout cela sur le compte de la jalousie en amitié. Mais rapidement, cette idée s'était estompée. Elle était possessive avec ses amis, mais elle ne se sentait jamais en danger, ou en compétition.

Les sentiments grandissaient jour après jour sans qu'elle ne s'en aperçoive, et pourtant les signes étaient déjà là. Si par mégarde, leurs corps s'effleuraient, Yesenia en frissonnait, et son coeur s'accélérait. Dépendante de cette sensation, elle tentait timidement de provoquer d'autres moments. Aujourd'hui, rien n'avait changé, et pourtant tout avait changé. Aliosus ne la rendait plus nerveuse, mais il provoquait en elle d'autres émotions et sentiments qu'elle apprivoisait avec le temps, et l'expérience.

Yesenia ferma les yeux, envoûtée par les lèvres de son petit ami, caressant le creux de son épaule. Elle marmonna tout bas : « Encore. » le coeur battant, le corps frissonnant, la peau brûlante, effets dont elle ne se lasserait jamais.

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Aliosus la contempla une seconde, comme pour s’assurer qu’il avait bien entendu. « Encore. » Le mot vibrait encore contre ses lèvres, cette injonction fiévreuse qui résonnait dans ses oreilles, cette supplique intime qui s'infiltrait jusque dans ses veines. Il ne prit même pas le temps de sourire, ses mains, déjà posées sur elle, s'arrimèrent avec d'autant plus d'assurance qu'elles ne faisaient qu'obéir aux désirs de sa petite amie, la pressant plus fort, maximisant le contact des corps dans un ballet sulfureux. Elle voulait, encore, et il obéissait avec un sérieux amoureux, avec une ardeur tranquille.

Ses lèvres s’emparèrent des siennes sans attendre, d’abord douces, comme leurs premiers baisers timides, puis de plus en plus exigeantes, dévorantes. Il ne s'agissait plus de baisers mais d'incendies qu'il allumait sur ses lèvres, des brasiers sur lesquels il soufflait, le long de sa joue, de sa mâchoire, il s'enivrait de la chaleur qu'il provoquait, des ondes frissonnantes qui texturait la peau velouté de sa dulcinée, il continuait de poser autant de jalons, de déclarations de possession, vers sa nuque, son épaule, chaque parcelle de peau accessible tandis que son propre souffle se faisait plus court, plus impatient.

Ses doigts dans ses cheveux, s'accrochaient comme on s'accroche à une promesse, comme on s'accroche à une bouée lorsqu'on menace de sombrer dans les flots noirs de l'inconnu et de la séparation. « Encore… » lui souffla-t-il, la voix basse,Est ce bien raisonnable ?». Il savait cependant très bien qu'elle le savait parfaitement ce à quoi elle s'exposait. Malgré son caractère impétueux, Yesenia plongeait volontairement, tête la première, dans cet incendie dont elle était la pyromane.

D’un geste sûr, il l’attira complètement contre lui, si près qu’il lui sembla qu’ils ne formaient plus qu’un. Leurs souffles se mélangeaient, saccadés, reléguant l'air frais écossais à un lointain souvenir tant une chaleur solaire rayonnait de leur fusion. Aliosus remonta son visage et reprit sa bouche avec une fougue qu’il avait rarement osée, ses inhibitions tombant au gré des gémissements et des paroles qu'il entendait, qu'il ressentait, et pendant qu'il s'abandonnait, ses mains la parcouraient, apprenant chaque forme pour la graver dans son esprit, la mémoriser par cœur, connaitre chaque relief, dévaler chaque creux, tout apprendre de la topographie de mademoiselle Yesenia Cooper.

Quand enfin il recula de quelques centimètres, ce fut seulement pour plonger son regard clair en elle. Il ne le savait pas, mais il lui exposait ses pupilles dilatées, brillante du désir, intense de gravité.

« Que vais je bien pouvoir devenir loin de toi ? »

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Les joues brûlantes, Yesenia couvrait son petit ami de ses caresses pressantes, presque suppliantes, et de ses baisers mordants, dont la langue ne pouvait s’empêcher d’explorer ce qu’Aliosus acceptait de lui offrir.

- Je n’arrive pas à être raisonnable avec toi. Murmura-t-elle, se mordillant la lèvre inférieure.

Elle sourit.

- Je préfère ne pas l’être, en fait.

Elle s’attardait sur chaque parcelle du corps de son petit ami, saisissant d’un frisson parcouru ou d’un souffle plus intense pour en comprendre toutes ses mécaniques, laissant glisser ses lèvres sucrées là où il la voulait, murmurante de plaisir. Elle ne pouvait s’empêcher de le regarder, de l’observer, re-découvrant Aliosus Nerrah sous des facettes que personne ne connaissait, à part elle. Son regard amoureux, et la désirant comme elle le désirait lui faisait battre le cœur plus fort encore. Elle se sentait connectée.

- Une année. Quelques mois à peine. On se verra durant les vacances, on s’écrira beaucoup.

Sa voix était soudain tremblotante, étouffant un sanglot, refusant de lui montrer tant elle était faible, et combien il lui manquerait. Tout ceci, elle y avait déjà pensé, elle avait déjà prédit ce qu’il se passerait. Lui, il continuerait sa vie, il rencontrerait de nouvelles personnes. Le temps était différent, à Poudlard. Il était lent, monotone, prévisible.

- Tu es Aliosus Nerrah, loin de moi ou pas. dit-elle d’un sourire à peine forcé. C’est moi qui risque de dépérir sans toi.

La gorge nouée, elle posa son front contre celui de son bien-aimé, plongeant ses yeux dans les siens.

- Tes lèvres vont me manquer… tes mains… murmura-t-elle, cherchant l’entrelac entre leurs doigts. Ta voix, ton parfum…

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