Winchester Le doigt glacé de la vérité

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"Nul ne saurait décrire le monstre, aucun langage ne saurait peindre cette vision de folie, ce chaos de cris inarticulés, cette hideuse contradiction de toutes les lois de la matière et de l'ordre cosmique. " L'Appel de Cthulhu (1926)

*


Des années passèrent et Poudlard devint un lointain souvenir dans l'esprit embrumé par les visions de l'ex-Gryffondor. Désormais infirmier dans un hopital sorcier, le jeune homme passait ses journées à jongler entre son travail exténuant et ses visions fiévreuses. Lorsqu'il n'était pas à l'hôpital, ni dans son appartement miteux, on pouvait le retrouver dans les quelques rares bars qui acceptaient sa présence et ses excès.

L'adulte avait tout perdu du garçon souriant et joyeux qu'il était à Poudlard. Il n'était plus que l'ombre de lui-même. Les yeux injectés par son addiction et par le manque de sommeil, Lance ressemblait à un fantôme. C'était à se demander ce qui le maintenait en vie à ce jour. Tel un zombie errant sans but précis, on pouvait le retrouver chaque jour au même endroit selon l'horaire. Le matin, alors que le soleil n'était pas encore levé sur les prairies vertes d'Angleterre, l'infirmier rejoignait son lieu de travail, effectuait ses tâches d'un automatisme glacial avant de quitter l'hôpital et rejoindre ses bars habituels afin de prendre une bière ou deux pour accompagner les quelques substances qui lui étaient devenues indispensables pour faire face à ses visions.

Son esprit baignant constamment dans une brume confuse superposait des fragments de réalité à ses rêves désordonnés par la fatigue. Aujourd'hui, il serait probablement incapable de reconnaître ses propres parents.

*

Comme un poisson noyé à l'air libre, Lance inspira brutalement avant d'ouvrir les yeux. Quelques secondes lui furent nécessaire pour reconnaître où il était. Il finit cependant par reconnaître la texture douce de la couverture de sa chambre, le souffle régulier de Ségurant et la lueur pâle de la lune filtrant au travers des rideaux de la fenêtre. Il était chez lui.

Troisième année - 14 ans - Préfet de Gryffondor - Couleur>8f3232

Winchester Le doigt glacé de la vérité
Comme tiré par une force puissante, Lance fut aspiré vers l'obscurité. Seule la lueur blafarde du crépuscule pouvait l'aiguiller et l'aider à différencier le bas du haut. Plus loin, se détachant dans le bleu du ciel, les branches sombres d'un arbre gigantesque griffaient l'horizon. Certainement haut de plusieurs dizaines de mètres, son sommet se perdait dans les nuages d'un ciel délavé. Effrayé tout d'abord, le garçon s'approcha finalement. Autour de lui, à part cet arbre monstrueux, rien ne se détachait. Il flottait comme dans une transe et rien d'autre que cet arbre ne nécessitait son attention.

En s'approchant, Lance eut un mouvement de recul. Là, en haut, perché sur une branche se dressait une silhouette noire. En plissant les yeux, l'enfant remarqua qu'elle était loin d'être seule. Sur chacune des branches étaient perchés de curieux ectoplasmes muets, les yeux rivés sur lui. La peur le quitta un instant lorsqu'il reconnut une silhouette comme étant celle de son père. Rassuré, le garçon s'approcha pour l'appeler.
Papa. Mais son appel resta silencieux. C'était comme si ses cordes vocales ne vibraient plus. Aucun souffle ne sortit de sa bouche et ainsi, aucun cri.

Le garçon examina chacune des silhouettes, non sans en découvrir de nombreuses autres, cachées entre les branches épaisses. Il reconnut dans celle d'un jeune homme à l'air adolescent, son frère. Plus loin, celle de son grand-père. D'autres, parmi les branches plus lointaines, plusieurs dont il ne reconnut aucun visage. Ces étranges visages sur lequel manquait les yeux et la bouche.

Une ombre filante entre les branches hautes de l'arbre le fit frissonner d'effroi. Contrastant avec l'immobilité effrayante des silhouettes, une créature étrange semblait se mouvoir rapidement à la cime. Quelque chose d'effroyable allait arriver si cette créature le trouvait, il en était certain. Une angoisse terrible le prit à la gorge, et seul un sentiment d'urgence le poussa à se mouvoir. Fuir.

*

Le garçon haleta, cherchant désespérément son souffle. Difficilement, il desserra ses doigts contractés pour passer le dos de sa main sur son front trempé de sueur. Quelque chose n'allait pas. La gorge sèche, le garçon quitta son lit au beau milieu de la nuit pour se servir un verre d'eau. A cette heure, même Rubey, son elfe de maison devait être en train de dormir.

Lance avala à petites gorgées son verre en observant l'obscurité béante sur laquelle s'ouvrait la fenêtre de la petite salle de bain de l'étage.

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Deux yeux bruns fixaient intensément droit devant sans un seul clignement qui pourrait briser l'immobilité angoissante des deux pupilles. Elles étaient comme figées sur quelque chose ou quelqu'un dans le lointain.

Lance s'approcha. Pour une fois, il n'était pas effrayé car dans les iris sombres de ces deux yeux-là, il reconnaissait le regard sévère de sa mère. Ce regard qu'il avait dû tant supporter depuis le début de sa courte vie. Un regard froid dans lequel il avait maintes et maintes fois cherché du réconfort sans pour autant n'y trouver autre chose que de l'affection distante voir parfois une insensibilité flagrante et douloureuse à supporter.
Et pourtant, comme à chaque fois il y chercha une chaleur propre à l’éternelle quête d'amour d'un enfant. La chaleur de l'amour caractéristique d'un parent envers sa progéniture.

Mais là, c'était pire que tout. Lance s'approcha doucement du regard et n'y vient rien. Il plongea ses yeux dans ceux de sa mère mais n'y trouva qu'un mur de pierre apathique. C'était comme échanger un regard avec un cadavre frais qui ne vous le rendait pas, fixant intensément le lointain d'un monde différent du nôtre.

Puis il cilla...

Un mouvement presque imperceptible fit trembler l'iris brun, muant peu à peu l'expression glacée en un regard souffrant et vitreux. Lance frissonna d'effroi. Observer la douleur les yeux dans les yeux n'était pas un exercice facile et pourtant, jamais il ne quitta sa mère du regard alors même qu'un ombre semblait s'abattre sur elle.

L'adolescent eut envie de la tirer d'ici, de lui prendre la main pour partir loin. Mais, alors même qu'il tentait de lui saisir le bras, sa main ne rencontra que de l'air brouillant la silhouette certes visible mais intangible d'Arlene.


*


Lance ouvrit les yeux pour fixer le plafonnier de sa chambre pendant de longues minutes. Ces rêves devenaient clairement envahissant, transformant ses nuits de repos en d'épuisantes aventures très souvent angoissantes.

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