31 juil. 2025, 18:53
 OS  Dernières vacances entre deux mondes
Mi-août


Un dernier voyage tous les quatre, avant que tout ne change… Voilà ce que m’avait dit ma mère hier dans l’après-midi, esquissant un petit sourire même si son regard restait voilé de peine. Elle avait décidé de partir sur un coup de tête et n’a laissé le temps ni à mon père, ni à mon frère, ni à moi-même de pouvoir émettre une quelconque protestation. Alors nous avons tous bouclé nos valises dans la soirée sans trop avoir le temps de réfléchir et puis ce matin, nous embarquions à bord d’un avion direction Paris comme si fuir notre vie quotidienne pouvait ralentir le temps et empêcher l’inévitable de se produire.

D’ordinaire, mes parents étaient friands des vacances hivernales où nous nous rendions dans les montagnes pour faire du ski et profiter des sports d’hiver, il était plus qu’inhabituel que nous partions en été, ma mère ne supportant pas les chaleurs et fuyant le soleil à cause de sa peau pâle. Malgré mon jeune âge, j’ai finalement compris les raisons qui l’avait poussé à prendre une telle décision et pourquoi nous étions partis précipitamment.
Tout avait changé depuis la lettre, depuis que le professeur envoyé par Poudlard était apparu dans le salon et qu’il avait nous avait annoncer que je n’étais pas totalement comme les autres, que j’avais un petit quelque chose en plus, que j’étais un sorcier, un vrai, qui allait devoir suivre sa scolarité magique dans une école cachée aux yeux de ceux qui n’avaient pas de pouvoirs et surtout loin de ma famille. Pour ma mère qui était très protectrice et qui avait toujours eu du mal à couper le cordon, cela était difficilement imaginable quant à moi, c’est comme si mon monde avait totalement été chamboulé. J’avais encore du mal à saisir tous les changements qui allaient survenir mais bientôt l’envoyé du monde magique reviendrait pour me conduire là où je pourrais effectuer mes achats et où j’allais débuter ma nouvelle existence.

Nous étions dans le taxi qui nous conduisait vers l’hôtel que ma mère avait réservé comme pied à terre et je regardais pensivement les bâtiments défiler par la vitre baissée de la voiture, le vent chaud d’août faisant se balancer mes cheveux. Est-ce que les passants que nous croisons dans les rues savent le secret qui habitent ce monde ? Est-ce qu’il y a parmi eux des sorciers qui cachent leurs réelles identités et leurs baguettes ? Quoiqu’il en soit, il ne faisait aucun doute que ces vacances impromptues ressemblaient fort à un adieu discret à leur vie d’avant, à leur famille telle qu’elle avait été jusque-là. Quelque part au fond de moi, je dois bien avouer que j’ai peu d’oublier qui je suis ou tout du moins qui j’étais dans ce futur tourbillon de magie et les expériences que j’allais traverser. En attendant, nul doute que je me devais de profiter de ce voyage en famille pour n’avoir aucun regret lorsque le moment du départ sera venu.

C’est ce que je fis. Etrangement cette semaine-là, Paris semblait avoir été enveloppée dans un anticyclone doré qui avait protégé la ville de la moindre goutte d’eau et ou aucun évènement négatif n’était survenu. Même les relations avec mon père et mon frère qui d’habitude sont tendues et houleuses semblaient avoir été adouci par le climat qu’offrait la capitale française. Pendant ce temps suspendu de nos vacances, nous avons visité des musées notamment le magnifique Louvre et sa pyramide de verre si époustouflante, nous avons profité pour faire un pique-nique sur les quais et visiter les jardins sans oublier de monter jusqu’à Montmartre et grimper les nombreuses marches de la Tour Eiffel. La vue sous l’Arc de Triomphe ou la traversée des Champs Elysées étaient d’autres souvenirs qui venaient remplir mon cœur et ma mémoire et qui m’accompagnerais pour la suite. Malgré tout, une partie de mon esprit était ailleurs et préoccupée par cet autre monde. Dans certaines vitrines, dans quelques coins d’ombre ou au gré de rencontres particulières, j’avais l’impression de tomber sur des fragments de celui-ci caché aux yeux des autres mais que je découvrais désormais sans comprendre réellement ce que j’avais devant moi.

Par exemple, il y avait cette ruelle que nous avions traversée le premier jour lors de notre première escapade familiale où j’avais repéré une impasse minuscule entre deux immeubles du quartier du Marais, sans plaque ni aucune indication. Elle ne semblait exister que pour moi car personne n’y faisait attention. Était-ce le fruit de mon imagination ? Mais alors comment expliquer ce qui s’était produit dans une petite boutique de souvenirs près du Panthéon. J’avais remarqué au fond du magasin, quelques étagères que personne ne regardait comme si elles étaient totalement invisibles à leurs yeux. Sur une d’entre elle, un sablier doré qui scintillait me faisait de l’œil et lorsque je l’ai touché, le sable à l’intérieur s’est mis à virevolter pour se mettre à couler à l’envers, il remontait le long de la paroi pour s’accumuler sur le dessus. Mon cœur tambourinait dans ma poitrine et j’avais jeté des coups d’œil dans toutes les directions pour voir si d’autres étaient témoins du même phénomène que moi. Mais non, personne ne faisait attention à cette scène, seule la commerçante, une vieille dame m’adressa un clin d’œil discret. Je tus tous ces évènements à mes parents pour ne pas faire éclater la bulle qu’ils essayaient de maintenir autour de ces vacances.
Dans une petite boutique de souvenirs près du Panthéon, il remarqua un sablier minuscule posé sur une étagère. Personne ne le regardait, comme s’il était invisible pour tous les autres. Lorsqu’il le toucha, le sable à l’intérieur se mit à couler à l’envers.

Notre dernier soir, nous dinions en terrasse d’un petit restaurant qui se trouvait dans une cour reculée de la rue passante et nous profitions de la fraîcheur du soir. Le ciel piqué d’étoiles et sans nuage finissait de dresser cette jolie carte postale quand mon père s’adressa à moi :
- Tu es prêt ? demanda mon père. Tu sais… pour ton… voyage ?

J’étais plus que surpris. C’était bien la première fois qu’il faisait allusion à cela, il n’avait depuis l’annonce jamais fait référence à cela et semblait être totalement détaché à cette idée. Je ne suis pas sûr… voulus-je lui répondre.

- J’ai peur mais en même temps je suis excité.

Surtout, je n’arrivais pas à mettre les mots sur ce qui me gênait désormais. Je m’étais rendu compte pendant ces vacances que je ne voyais plus les choses de la même manière. Tout me paraissait différents comme si cachés partout, un nouveau monde restait à être découvert. Alors je sortis la lettre de Poudlard que j’avais reçu, je l’avais toujours sur moi comme pour réaliser chaque matin que ce n’était pas un rêve et pour qu’elle me serve aussi de boussole vers cet univers encore si flou.

- J’ai encore tellement de choses à voir, à découvrir murmurais-je doucement à moi-même.
- Tu les verras répondit ma mère qui avait toujours eu le don pour entendre même mes soupirs les plus discrets, simplement… autrement.

Ce que je réalisai pendant cette semaine de vacances en famille, c’est que contrairement à ce que j’avais pensé au début du voyage, elle n’était pas un adieu. Nous venions tous les quatre, ensemble, de franchir un cap, de traverser le passage, la porte entre deux mondes, entre nos deux vies qui allaient coexister mais dans deux univers différents. C’est à Paris, ville pleine de secrets et de mystères qu’il avait doucement ouvert les yeux, les choses changeraient c’était une évidence.

Qui a dit que le changement était une mauvaise chose ?


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