Le Jour du thé moments PV

Chronologie
07/07/2050 : C'est pour toi

Équipe Modératus | UTC+8
Mère du dragon - Justice funèbre - Grande Prêtresse Noire - DJ Kraken |

Le Jour du thé moments PV
La bouilloire était prête, les fondants du chaudron d’Aelle et mes dragées surprise étaient bien disposés sur la table, accompagnés de quelques patacitrouilles et autres tritons au gingembre. J’avais renoncé aux pâtisseries et gâteaux d’origine moldue pour cette fois. Au fil des mois, j’avais développé mes connaissances des goûts d’Aelle et j’avais ainsi pu restreindre mes achats. En observant la table du thé ainsi dressée, je pensai avec un air un peu rêveur à notre tout premier Jour du thé et à la table débordant de nourriture et de boîtes de thé que j’avais alors installée, désireuse de trop bien faire. En février, la table voulait dire : je ne sais pas ce que tu aimes, alors voici un peu de tout. Cette fois, elle était moins remplie mais elle ne traduisait pas un manque d’attention de ma part. Au contraire, cette table moins couverte disait : je sais ce que tu aimes, alors voici ce qui devrait te faire plaisir.

Aujourd’hui, j’avais également prévu un autre présent pour ma jeune partenaire du jeudi. Il n’y avait pas d’occasion spéciale, rien à fêter – ce n’était pas son anniversaire, on était encore bien loin de Noël et je n’avais pas un seul instant envisagé que l’on puisse fêter le début de l’été : quand on travaille, on oublie ce que représentent les mois de juillet et d’août pour les jeunes sorciers scolarisés. Ce que j’avais prévu pour Aelle était donc un cadeau surprise qui ne se rattachait à aucun autre prétexte que : j’ai voulu te faire plaisir. Et croyez-moi, Aelle Bristyle n’était pas quelqu’un de facile à combler : il fallait souvent batailler pour lui arracher un sourire et elle avait la fâcheuse tendance à oublier toutes les jolies attentions dès qu’une ombre était ajoutée au tableau. Vous pouviez essayer de la rassurer pendant des heures, si vous aviez le malheur de commettre la moindre erreur, de prononcer un mot qui ne lui plaisait pas, tous vos efforts étaient réduits en cendres. Elle était fatigante, parfois. Souvent. Mais je m’accrochais, parce qu’elle comptait trop pour moi. Peu m’importait qu’il me faille réparer un fichu pas de travers pendant des heures, si à la fin, elle pouvait m’offrir un sourire, une étreinte, un regard qui voulait dire : d’accord, je vous pardonne… pour cette fois.

Ah, certes, ce n’était pas très sain. N’importe qui aurait mieux fait de fuir en comprenant qu’il s’était embourbé dans une telle relation. Mais bon, moi non plus, je n’étais pas toujours facile à vivre. Alors on se faisait du mal, on s’en voulait, on se réparait, on attendait le prochain éclat, on se disputait encore, on se sentait misérable à nouveau, on se disait : ce qu’on est bêtes quand on se fait la guerre, et c’était reparti pour un tour. Encore et encore… Il n’y avait pas beaucoup d’issues possibles à cette relation : on finirait par s’user, se détruire, on se fuirait, ou bien, par miracle, on finirait par se dire : assez, arrêtons nos conneries une bonne fois pour toutes et prenons le thé tranquillement, pour une fois. Et pourquoi pas, un jour : viens, je t’emmène à l’aventure, je me fous de te mettre en danger, si tu veux me suivre, tu n'as qu’à venir, je ne t’en empêcherai pas. Et voilà.

Pour l’instant, je voyais mal comment nous pouvions nous sortir de notre cercle vicieux et destructeur de je-t’aime-moi-non-plus. Malgré les mois qui avaient défilé, nos êtres qui essayaient de s’appréhender, une partie de nous restait toujours en alerte.

Ce bracelet acheté à L’Atelier des Sylves quelques jours auparavant n’y changerait peut-être rien. Il m’avait coûté un peu cher, car même si ce n’était pas le plus onéreux de la boutique, je n’avais pas voulu lui prendre un bijou de premier prix qui aurait risqué de dysfonctionner au bout de deux semaines, ou dont l’attache aurait pu se défaire au premier mouvement trop brusque. Il existait plusieurs types de bracelets vendus à L’Atelier des Sylves : les moins chers faisaient vibrer le bracelet jumeau quand on le touchait trois fois ou dégageaient une douce chaleur. Les plus chers permettaient d’envoyer des messages écrits de quelques caractères au bracelet couplé. J’avais opté pour un entre-deux : il s’agissait d’une petite gourmette dorée, ornée de pierres d’obsidienne, dont la plaque ne permettait d’accueillir qu’une seule lettre. Le gérant du magasin m’avait expliqué le fonctionnement de ces bijoux et j’avais noté toutes les informations nécessaires dans l’un de mes petits carnets noirs pour les partager avec Aelle, au cas où elle ne connaîtrait pas le principe.

J’avais également établi une liste personnalisée des messages que nous pourrions nous envoyer. J’aurais voulu trouver une signification à chaque lettre de l’alphabet, mais j’avais fini par penser que certains messages plus précis pourraient être décidés par la suite. Ensemble, en fonction de nos aventures futures. Pour l’instant, j’étais certaine qu’envoyer un T pour Tea voudrait dire : rejoins-moi au 180, Buck Street. Ce ne serait pas nécessairement pour boire le thé.

Le bracelet d’Aelle était emballé dans un joli papier, avec la liste alphabétique sous forme de tableau : une colonne pour la lettre, une colonne pour sa signification. J’espérais que nous serions inspirées pour décider ensemble des messages que nous souhaitions nous envoyer, entre chaque jeudi. Mon propre bracelet était encore caché dans ma poche. Je déposai le paquet au milieu de la table, entre les fondants du chaudron et les patacitrouilles. Suffisamment visible, mais qui ne lui sauterait pas aux yeux non plus. En voulant manger un fondant du chaudron, elle verrait le paquet, froncerait les sourcils et demanderait : « qu’est-ce que c’est, ça ? » et moi, triomphante, je dirais simplement : « c’est pour toi. »

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Le Jour du thé moments PV
Jeudi 7 juillet 2050


Je me positionne devant la glace pour lancer mon sortilège. Un instant plus tard, mes cheveux sont noués en une natte serrée. Je lance un vague regard dans le miroir pour m'assurer que la coiffure est réussie avant de m'en aller en claquant la porte derrière moi — je n'ai pas de temps à perdre, j'ai un rendez-vous. C'est le cœur léger que je m'y rends, aujourd'hui. Hier, j'ai passé une journée horrible coincée dans un sentiment de crainte inexplicable qui m'a empêché de faire quoi que ce soit. Mais aujourd'hui, je me sens légère et je n'ai eu cesse de compter les heures jusqu'à dix-sept heures. Désormais, il ne reste que dix minutes avant d'atteindre l'heure fatidique que j'ai attendu une semaine durant. Je salue Narym en criant à travers l'appartement et quitte rapidement Mochdinam, transplanant dès que je suis dans la rue.

Une vague de chaleur frappe Londres, aujourd'hui. Une chaleur étouffante avec un soleil brillant qui fait plisser les yeux. Pour la forme, comme chaque jeudi ou presque, j'ai enfilé une tenue qui ne forcera pas les moldus que je vais croiser à me dévisager sur le court chemin entre la ruelle où je transplane et la porte d'entrée du salon de tatouage ; soit ma robe de sorcière la moins sorcière qui redescend sur mes hanches en s'évasant et qui n'a pas de manches.

Comme tous les jeudis depuis longtemps maintenant, je pousse la porte d'entrée, fais résonner la petite cloche, m'essuie les pieds sur le paillasson, salue Marshall et je monte à l'étage sans attendre que Kristen vienne me chercher en bas. Je monde les marches deux à deux, ralentissant sur la fin pour ne pas avoir l'air d'être pressée de la retrouver. J'ai l'air presque calme quand je débarque dans la cuisine du deuxième étage et quand mes yeux partent en quête des siens, mais dans ma façon de dresser le menton avec orgueil, elle devinera certainement le sourire que je m'efforce de retenir. Comme d'habitude, la table est remplie — raisonnablement remplie.

Malgré la chaleur qui m'envahit au plaisir de me retrouver avec elle, je reste silencieuse, comme tous les jeudi à dix-sept heures. Toute la semaine, je m'imagine les dizaines de choses que je pourrais lui dire et qui ne sont pas toujours agréables, mais une fois devant elle c'est le silence. Un malaise étrange qui noue les entrailles et fait palpiter le cœur. Je ne sais jamais trop quoi dire lorsque j'arrive. Alors comme bien souvent, je me contente de la saluer du bout des lèvres, je fais le tour de la table et tire une chaise pour m'installer. Bientôt, elle me demandera ce que je veux boire et le bruit de la préparation du thé apaisera légèrement la piqûre du silence qui règne entre nous. Puis je me lèverai pour ouvrir la fenêtre et j'allumerai une cigarette en attendant, pour avoir quelque chose à faire de mes mains. L'une de nous finira par dire quelque chose, peut-être elle, peut-être moi, puis le compte à rebours sera lancé, les minutes et les secondes s'enfuiront sans qu'on y prenne compte.

Mais voilà, au lieu de me demander ce que je veux boire comme thé aujourd'hui et d'attendre que je lui dise que je veux boire exactement comme la semaine dernière et celle encore d'avant, Kristen, assise en face de moi, pousse quelque chose vers moi à travers les sucreries et pâtisseries posées sur la table. Cette chose est un simple paquet sur lequel je découvre mon prénom écrit. Mon cœur manque un battement. Je fronce les sourcils et lui jette un regard interrogatif, n'osant pas faire le moindre geste pour me saisir de ce qui est vraisemblablement un cadeau m'étant destiné. Kristen ne dit rien, elle se contente de me regarder fixement, si bien que le silence devient plus pesant aussi, entrecoupé par les battements affolés de mon cœur et mes pensées paniquées : est-elle vraiment en train de me faire un cadeau ? Cette pensée semble faire disjoncter tout le reste et il faut que Kristen insiste en arquant un sourcil pour m'inciter à l'attraper, ce paquet.

« Mais pourq... »

Je ne termine pas cette phrase marmonnée. À la place, j'attrape le paquet et le retourne trois fois entre mes doigts, les sourcils froncés, avant d'oser l'ouvrir. Je sens peser sur moi le regard de Kristen. Je n'ose pas lever les yeux, de peur de croiser les siens. Je fais tomber le contenu dans ma paume ouverte : un bracelet recouvert de pierres noires, une feuille de papier. Et mon cœur qui s'abat douloureusement contre ma cage thoracique.

Pour résister à l'afflux d'émotions, je me concentre sur le tableau et mes yeux accrochent la seule ligne pour l'instant remplie : d'un côté un T, de l'autre le simple mot « tea». Le regard fixé sur la lettre, je suis obligée de papillonner des paupières pour réussir à me réveiller. Mon pouce caresse nonchalamment les pierres présentes sur la gourmette. Je remarque cette petite plaque sur laquelle rien n'est inscrit. Puisque je suis loin d'être une idiote, il ne me faut pas plus d'une demi-seconde pour comprendre ce dont il s'agit. Mais puisque je suis complètement perdue et que je n'ose pas y croire, je n'ai toujours pas vraiment compris ce dont il s'agissait. C'est pour cela que cette phrase idiote et hésitante sort de ma bouche :

« C'est... Je... Qu'est-ce que c'est ? »

Et mes yeux qui n'osent toujours pas se lever vers celle qui m'observe de l'autre côté de la table. Mais celle-ci n'a pas besoin que je la regarde, elle me dit de cette voix que j'ai appris à connaître par cœur et à aimer par cœur aussi :

« C'est pour toi. Mets-le. »

Elle ordonne ; mes doigts se referment sur le bracelet. J'arrive à lever les yeux pour observer son visage. Mon cœur fait encore des folies à l'intérieur de moi, je n'arrive pas à croire qu'elle m'ait offert quelque chose. Quelque chose qui est exactement ce que je pense être, puisque sous mes yeux hésitants et fuyants, elle fouille dans sa poche et en sort un bracelet tout à fait semblable, identique en fait, qu'elle me montre comme pour me prouver qu'il existe bel et bien.

« J'ai le même, » m'informe-t-elle alors que ce n'est pas nécessaire.

Sous mes yeux ébahis et sans avoir la moindre idée de ma gorge déjà bien nouée et de l'émotion qui me fait tourner la tête, elle l'enfile autour de son poignet et le manipule d'un geste habile. Dans la seconde, je sens mon propre bracelet chauffer doucement dans la paume de ma main. Je baisse les yeux sur la plaque de métal épargnée par les obsidiennes qui parcourent le reste du bijou et remarque que la lettre T y est apparue.

J'ouvre la bouche sans qu'un son n'en sorte, les yeux braqués sur cette simple lettre qui signifie, je le devine, quelque chose comme : « viens, même si ce n'est pas un jeudi à dix-sept heures ». Kristen ne m'a jamais fait le moindre cadeau. Du moins pas sous cette forme, pas soigneusement empaqueté, pas sans la moindre arrière pensée, et surtout pas un cadeau qui me permettra de la contacter où qu'elle soit... Et elle de me contacter où que je sois... Après toutes ces semaines, tous ces rendez-vous autour d'un thé, tous ces pleurs, tous ces rires fous, tous nos moments écourtés car j'étais en colère, toutes ces crises qui m'ont fait casser une chaise ou balancer une tasse à travers la pièce, tous ces sourires tordus, ces grimaces complices lancées par-dessus nos tasses, ces reproches déguisés, ces aveux timides de notre attachement, toutes ces vérités qui planent constamment entre nous, trop grosses pour que l'on en parle, trop intenses pour qu'on les regarde en face... Après tout cela, peut-être ne devrais-je pas être surprise de ce présent, peut-être ne devrais-je pas ressentir des émotions aussi fortes... Et pourtant.

Pourtant je n'arrive pas à parler. Pourtant je n'arrive pas à la regarder. Pourtant je n'arrive pas à cacher toutes les émotions qui s'inscrivent sur mes traits.

Puisque je suis incapable de dire quoi que ce soit, je me contente d'enfiler à mon tour le bracelet à mon poignet et d'en caresser les pierres noires du bout du doigt, d'un geste timide que je ne reconnais pas. Déjà, j'imagine les lettres qui pourraient nous aider à communiquer lorsque nous ne sommes pas l'une avec l'autre. Une pour dire : « j'existe, rappelez-vous en » ; une autre pour dire : « j'ai besoin de vous » (oserais-je seulement lui proposer une lettre pour ça ?). Un faible sourire apparaît sur mes lèvres ; j'ose un regard vers Kristen par-dessus mes cils.

Je ne peux pas dire merci, parce que ce serait un mot insuffisant qui ne ferait pas honneur à ce que je ressens actuellement et ce serait presque insultant pour celle qui m'a offert ce qui deviendra très rapidement l'une de mes possessions les plus précieuse — qui l'est déjà depuis que j'ai compris ce à quoi servait le bracelet exactement.

À la place, je dis d'une voix rauque et un peu brusque, de cette voix empruntées par toutes les personnes qui ont un jour été incapable d'exprimer l'émotion immense qui les envahissait face au geste précieux d'un proche :

« Je comprends. »

Je comprends que ce cadeau veut dire : je n'ai pas l'intention de t'abandonner. Et aujourd'hui, j'arrive un peu plus qu'hier à réellement y croire.

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Actions de Kristen vues avec la joueuse.