Pour une poignée de caillasse PV

Espère-t-elle se grandir en s'avançant d'un pas vers lui ? À force de pas qui les rapprochent l'un de l'autre, ils finiront par se rentrer dedans et ce serait très inconvenant, même pour Christopher qui n'a pas l'habitude d'être dérangé par l'inconvenance. Cependant, l'idée de reculer ne lui traverse même pas l'esprit. Il est encore suffisamment grand pour la dépasser en taille — même si ce n'est pas non plus flagrant — et puisqu'elle est proche il peut facilement faire peser sur elle ce regard qu'il sait être moqueur. Qu'elle s'approche donc ! Ses propos ne gagneront pas pour autant en poids !

Il l'a voit inspirer calmement et déjà Christopher se prépare à étirer un énième sourire victorieux, ne serait-ce que pour l'agacer. De toute façon, que peut-elle répondre à une telle affirmation ! Il sait qu'il a raison. Elle doit se sentir bien bête, elle qui a l'air de tenir en si haute estime le noble art du métier de couturier de ne pas connaître le nom d'Edgard Gomba. D'ailleurs regardez-là qui fouille dans son sac ! Espère-t-elle détourner l'attention ?

Curieux mais aussi moqueur, Christopher se penche pour faire mine de regarder à l'intérieur de l'outil féminin. Il se retient à très grande peine de sortir une remarque qui sonnerait très sexiste — mais il faut dire qu'elle le mérite avec son menton dressé, ses lunettes qui cachent si bien son regard et son port princier. Si elle avait une apparence commune, il n'aurait pas été si dur. Mais voilà, elle en fait partie. De la haute. De ces gens qui ont un balai coincé dans...

Ses pensées trébuchent quand il aperçoit la pierre dans la paume de sa main. Le coin de ses lèvres se retroussent, il jette un regard au visage concentré de la fille et se demande ce qu'elle dirait s'il lui proposait comme l'a fait Lionel un peu plus tôt de lui vendre ce qui ressemble très fortement à un trésor. Mais voilà, Christopher n'a pas le temps de faire le malin parce qu'une seconde plus tard elle se retrouve avec une combinaison en cuir entre les mains. Et ça, il ne s'y attendait pas, mais alors vraiment pas du tout, comme le prouve ses lèvres arrondies et son air ébahi.

Quand on aime les vêtements, d'autant plus quand on aime les vêtements de qualité, on est capable de reconnaître au premier coup d'œil quand une pièce est unique et quand elle a été confectionnée avec un soin tout particulier — et quand elle a coûté une petite fortune. Ceci, Christopher le remarque au premier regard. Au second, il fait attention aux petits détails, à la brillance et à la qualité indéniable du cuir, à la façon dont se marient parfaitement les différentes matières, il imagine même l'odeur de cette magnifique pièce. Parce que oui, il ne suffit que de trois coups d'œil pour qu'il la qualifie de magnifique et d'un quatrième pour qu'il en oublie subitement, l'espace de quelques secondes du moins, qu'il était censé rester fier et inébranlable devant une insupportable petite bourgeoise incapable de voir en lui sa connaissance pour la mode et son respect pour les matières qu'il considère comme nobles.

Ses yeux s'arrondissent quand elle tend la combinaison vers lui. Christopher lui jette un regard dubitatif et méfiant, mais il n'est pas d'un naturel à cracher sur les présents qu'on lui fait alors puisqu'elle lui tend il l'attrape rapidement avant qu'elle ne décide de changer d'avis. La sensation du tissu sur la pulpe de ses doigts est absolument merveilleuse et Christopher en oublie totalement qu'il est accompagné : son visage s'éclaire. Mais évidemment, il fallait qu'elle parle — elles gâchent toujours tout en parlant, surtout celle-ci ! Un léger tic lui plie les lèvres parce qu'il lui suffit d'entendre sa voix pour qu'il ait aussitôt envie de lui rire au nez et de lui faire des sourires moqueurs, mais cela fait bien longtemps que Christopher a appris à se contrôler, aussi se contente-t-il d'apprécier la sensation de la combinaison contre ses doigts tandis qu'elle lui rabâche tout son blabla destiné à... Quoi donc ? L'impressionner, le rabaisser ?

Une moue aux lèvres, Christopher manipule soigneusement la pièce qu'elle lui a confié — oh par Morgane, par Morgane, elle a dit « gaufré en écaillés fines » et « satin noir » et « cape en cachemire » ! Christopher n'a aucun attrait particulier pour les capes, sauf lorsqu'elles lui font des épaules plus carrées, parce qu'il s'est une fois empêtré les jambes dans une cape quand il était plus jeune et qu'il ne s'est jamais remis du sentiment de honte qui l'a saisit à la gorge quand il est tombé la tête la première devant une foule, par contre le cachemire... Le cachemire est l'une des merveilles de ce monde.

Alors évidement, Christopher essaie de faire en sorte que ces pensées ne s'affichent pas sur ses traits et il y parvient très bien parce qu'il a été éduqué par une famille pour laquelle l'apparence et les faux-semblants sont tout. Et c'est un peu difficile, c'est vrai, de s'avouer qu'il admire cette combinaison alors qu'il est incapable, et c'est un fait, absolument incapable de remettre le nom de Félicien Marchal. D'autant plus quand l'autre affirme qu'il ne doit pas le connaître, ce nom — comment avouer que ce n'est effectivement pas le cas ?! Pourtant il en connait des créateurs français et il a quelques pièces absolument fantastiques et d'une qualité indéniable qui proviennent tout droit de l'autre côté de la Manche dans son armoire, mais Félicien Marchal ? Ce nom ne résonne en rien dans son esprit et c'est avec un lourd sentiment de lassitude, tout en observant la combinaison qu'il tient devant lui, les jambes retombant sur son avant-bras tatoué, que Christopher comprend qu'il peut difficilement clouer le bec à cette fille.

A-t-elle réellement dit qu'il avait de beaux yeux ?
Figé, il coule un regard vers la sorcière, mais il se rend rapidement à l'évidence : ses compliments sont du venin et elle s'en sert apparemment à outrance, persuadée qu'elle est qu'il ne connait rien de son couturier attiré. Petite peste, songe-t-il en se mordillant les lèvres.

Christopher baisse les bras sans pour autant rendre sa précieuse pièce à la jeune Sangblanc. Il apprécie à sa juste valeur la sensation de la matière sur sa peau et compte bien en profiter quelques secondes de plus. Mais il va bien falloir lui répondre, même si la fierté l'étouffe et qu'il pourrait en grogner tant il est frustré de devoir dire « je ne connais pas ».

Il consent à relever la tête pour lui lancer :

« Vous êtes soit très orgueilleuse, soit pas très futée pour confier à un parfait inconnu qui fréquente des crapules une pièce de cette qualité, » fait-il en haussant le menton à sa manière pour se moquer d'elle. Puis il secoue la tête, parce que tout fier qu'il soit, Christopher n'a pas pour autant honte de qui il est : « Le fait que je ne connaisse pas le nom de ce couturier va certainement vous complaire dans la certitude que je ne suis qu'un rustre qui n'y connait rien à la haute couture. »

Il hausse les épaules et fait un pas en arrière pour s'assurer qu'elle ne récupère pas son bien.

« Pas grave, » lance-t-il d'une voix forte.

Sur ses lèvres est de retour son éternel sourire en coin. Encore une fois, il se penche en avant pour lancer son regard à l'assaut du sien. Il tirerait presque la langue pour la narguer — ou la choquer. Il ne sait pas très bien ce qui le retient.

« Vous ne saurez jamais rien de toutes les magnifiques pièces uniques de couturier dont vous ne connaissez pas le nom que j'ai dans mon armoire. »

Sur ces mots, il tourne de nouveau son attention sur la combinaison qu'il admire désormais sans ne plus sans cacher. Ce n'est que maintenant qu'il peut observer le vêtement sans se soucier que la sorcière le considère avec mépris (il a plus ou moins accepté qu'elle avait gagné cette manche) qu'il se demande dans quelles circonstances cette fille-là peut être amenée à porter une combinaison comme celle-ci.

Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER

Pour une poignée de caillasse PV
Comme c'était curieux.
En exposant sa sublime combinaison de vol, Alice avait réussi à clouer le bec de cet abominable sorcier. Elle aurait dû en être fière, très fière. Satisfaite, victorieuse.
Mais un sentiment bien différent l'empêcha d'exposer un vilain sourire.
Christopher contemplait sa combinaison comme elle le ferait devant le Saturne de Fransico de Goya, et cette vision lui procura un vif plaisir.
Il avait l'oeil d'un homme qui sait reconnaître une œuvre d'art lorsqu'il la voit.
Il avait le toucher d'un homme qui effleure le sacré du bout de ses doigts mécréants.

Alice sentit ses épaules s'abaisser doucement. Il n'avait peut-être pas menti, finalement. Il manquera sans doute le sourire qu'elle décida de ne pas retenir en observant avec quel respect il caressait sa combinaison. Celle qu'elle ne voulait jamais porter trop longtemps pour ne pas accrocher des regards lubriques, mais qu'elle enfilait parfois dans sa chambre juste pour contempler avec quelle grâce le cuir épousait ses formes. Non, il ne s'agissait pas de vanité. Alice avait eu du mal à accepter son corps de jeune adulte. Si elle passait d'un pied à un autre devant son miroir pour contempler l'effet du cuir, ce n'était que par thérapie.
Et de toutes manières, Alice faisait bien ce qu'elle voulait.

Chris allait à présent lui rendre sa jolie combinaison, et admettre qu'Alice s'y connaissait en cuir, que ses conseils n'étaient point déplacés. Il lui dirait également qu'il avait trouvé en cette jeune femme une connaisseuse, qu'il s'en voulait d'avoir osé mettre un pantalon de cuir en Été et qu'il était prêt à boire ses paroles avisées.

Mais il ne fit rien de tout cela. Et, surtout, il ne lui rendit pas sa jolie combinaison.
Au lieu de cela, il leva la tête vers elle pour lui cracher une évidence qui, pourtant, ne lui avait pas effleurer l'esprit : Alice avait donné la création qui faisait la fierté de son dressing à un inconnu connu d'un malandrin édenté.
Elle se figea, son sourire fondant comme neige au soleil.
Non.
Non, non non.
Son coeur se mit à battre plus fort, ignorant les perfidies que sa vilaine bouche crachait encore.
Non, pas sa combinaison. Surtout pas sa combinaison. Alice l'aimait, sa combinaison. Comme on aime un enfant ! Enfin, sans doute. Qu'importe ! Il s'agissait de sa combinaison !
La voix de tante Elise revenait dans son cerveau et répétait, encore et encore, que c'est avec la confiance que l'on nous poignarde toujours. Mais Alice ne lui avait pas donné sa confiance ! Ou bien, peut-être un peu ? Non, certainement pas ! Elle avait eu confiance en la logique humaine, c'était une chose bien différente. Elle lui avait tendu sa combinaison, oui, mais pour qu'il apprécie le cuir et admette qu'Alice était hautement qualifiée pour remettre en question son port de cuir en Été. Pas pour qu'il reparte avec !

Il recula d'un pas, et Alice avança d'un autre, ses yeux d'argent braqué sur lui, ses doigts encore contre ses hanches mais prêts à bondir en avant pour la récupérer. Ah, et il osait sourire ! Il osait la narguer ! Alice serrait les dents, et le laissa se pencher vers elle. Dans cette position, il pourrait voir avec quel regard assassin Alice le poignardait par dessous ses lunettes.

Sans le quitter des yeux, quand bien même il avait décidé de regarder la combinaison d'Alice, elle tendit une main vers lui, paume en l'air dans un donne moi ça informulé.
Et qu'est-ce que c'était que cette réplique ? Vous ne saurez jamais rien de toutes les magnifiques pièces uniques de couturier dont vous ne connaissez pas le nom que j'ai dans mon armoire. Mais Alice n'avait aucune envie de suivre cet homme jusqu'à chez lui ! Quand bien même la curiosité titillait son air farouche affiché. Sa main tendue vacilla un instant, pour finalement se faire plus affirmée.

« Je pourrais vous en dire autant », rétorqua Alice avec une agressivité à peine contenue. « Ma combinaison, Chris ». Elle insista sur son prénom avec grand soin. « J'admets que vous savez de quoi vous parlez lorsque vos lèvres s'articulent pour autre chose que du mépris, mais vous auriez tort de penser que me voler est une bonne idée. »

Alice replia et déploya ses doigts. Elle espérait qu'il ne s'agissait là que du jeu d'un sale garnement coincé dans un corps d'adulte.

Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 2 ème année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050

Pour une poignée de caillasse PV
Elle le suit d'un pas en avant et le sourire narquois de Christopher s'agrandit ; il s'y attendait. Lui courrait-elle après s'il décidait sur un coup de tête de s'enfuir avec sa combinaison ? La tentation est grande, ne serait-ce que pour la forcer à quitter son attitude parfaite de petite bourgeoise. Cette fois-ci, il ne manque rien du regard assassin qu'elle lui lance au travers ses verres — pas si teintés que cela, finalement ! La voir réagir est d'autant plus plaisant que Christopher sait combien c'est difficile d'arracher à ce genre de personnage la moindre expression. Il se félicite de faire mine de tenir son bien loin d'elle, quel plaisant sentiment de la savoir énervée !

C'est avec une lenteur toute calculée que Christopher tourne la tête et baisse les yeux sur cette main tendue qui exige et qui prouve que la sorcière a compris la menace voilée — qui n'avait pas la moindre sincérité, mais ceci elle n'a pas à sa savoir — qu'il a proféré. Et regardez donc cet air farouche qu'elle a ! Il voit sa main vaciller et il s'imagine qu'elle ne fait la fière que par principe ; peut-être est-elle réellement effrayée. Dans ce cas sa bravoure est louable, mais Christopher préférerait encore la voir geindre et taper du pied comme elles le font parfois quand elles n'ont aucun autre argument que leurs larmes.

Il apprécie tout particulièrement l'agressivité qu'il discerne dans sa voix et il s'en amuse déjà avec un sourire tout aussi moqueur que les précédents. Son début de ricanement, cependant, s'étouffe dans sa gorge quand elle l'appelle Chris. Il s'immobilise brièvement, surpris qu'elle emploie son surnom, avant de se souvenir de son altercation avec Lionel. Il n'avait pas conscience que le petit malfrat avait utilisé son prénom devant elle. Voilà qui change complètement la donne. Christopher prend quelques secondes de réflexion. Le temps, surtout, d'apprécier qu'elle ait admit quoique ce soit lui concernant, et il lui fait comprendre que cela lui fait grandement plaisir avec une œillade faussement complice. Évidemment, la menace de la jeune femme lui passe totalement par-dessus de la tête.

« Je ne doute pas un instant que vous me feriez l'étalage de vos nombreuses pièces coûteuses et uniques si vous en aviez l'occasion, » rétorque-t-il à son tour en ignorant consciemment sa main et sa menace.

Il accorde de nouveau son attention à la combinaison dont les jambes reposent négligemment mais soigneusement sur son avant bras droit. De ses doigts, il caresse le plastron, un léger sourire aux lèvres. Évidemment, il n'a aucune intention de la voler, cela n'aurait aucun intérêt. Faire un larcin, pourquoi pas, mais voler à la vue de tous, ça non. C'est parce qu'il a des valeurs que Christopher ne s'est jamais fait attraper pour ses trafics. Et parce que c'est un homme raisonnable. Et c'est l'homme raisonnable mais peut-être pas tant que ça qui tourne les yeux vers la jeune femme qu'il détaille encore une fois de haut en bas.

« Et pour vous ce sera Monsieur Hangoover, Miss Sangblanc, articule-t-il d'une voix crâneuse. Se montrer nos petits trésors, peut-être... » Il lève fièrement la combinaison. « Mais utiliser nos surnoms ? Déjà ? C'est tellement inconvenant. »

Il fait mine d'être offusqué avant d'éclater d'un petit rire qu'il sait insupportable. Il ne sait pas pourquoi il lui a dévoilé son nom. Peut-être parce qu'il a voulu lui prouver qu'il en savait plus sur elle qu'elle sur lui et, ainsi, la ridiculiser davantage. Il n'aime pourtant pas être appelé Monsieur Hangoover ; c'est comme cela que l'on appelle son père et à son frère. Lui, c'est Chris, tout simplement. Même dans la bouche d'une jeune bourgeoise comme cette Sangblanc, il préférerait Chris. Mais c'est trop tard, il ne va pas revenir sur ses mots.

Ses doigts continuent de caresser le cuir qui, il le reconnait, est d'une qualité exquise. Il en profite encore un instant encore avant de tendre la précieuse pièce à la jeune femme. Il aurait bien joué avec elle un peu plus longtemps, mais il ne la connait pas et elle pourrait bien faire une crise parce qu'elle n'a pas ce qu'elle désire. Qui sait, elle pourrait avoir le bras suffisamment long pour lui attirer des problèmes. Christopher ne préfère pas jouer avec le feu. Et il ne la déteste pas encore suffisamment pour réellement vouloir lui faire croire qu'il a l'intention de la voler. Peut-être plus tard, s'ils sont menés à se recroiser. Ne serait-ce que pour voir comment elle réagira.

Il la regarde bien en face, les bras tendus, satisfait d'être celui qui décide quand être magnanime et quand ne pas l'être. Certains trouveraient ça orgueilleux. Dans la famille Hangoover, on dit seulement que c'est être maître de la conversation.

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Pour une poignée de caillasse PV
Alice regrettait amèrement de s’être levée ce matin. Quelle naïveté d’avoir imaginé que cette journée se passerait comme elle l’avait décidé. Il y avait pourtant eu pléthore d’indice.
Ses boucles étaient obéissantes.
Daniel n’avait point joué à se prendre pour un chanteur d’opéra au petit matin.
Elle ne s’était pas blessée à la gencive avec son toast.
Tout avait été trop parfait bien trop longtemps. Vraiment, Alice aurait mieux fait de ne pas tenter le Destin, prendre un livre et passer sa journée à lire. Cela lui aurait évité de se retrouver dans une situation aussi fâcheuse.

Si elle avait été une vilaine fille de basse éducation, Alice se serait saisie de sa baguette, l’aurait enfoncé dans les côtes de cet imbécile et lui aurait jeté un expulso bien ressenti. Elle le ferait, si il venait à tenter de s’échapper.

Il n’en fit rien.

Il préférait continuer à se moquer. Alice sentait son cœur battre plus fort encore à sa tempe. Qu’il continue. Qu’il continue à jouer au coq avec elle. Peut-être la prenait-il pour une délicate jeune fille, prête à le supplier ou bien à invoquer le nom de son père pour se défendre ? Ce ne serait pas étonnant, Alice avait élevée pour apparaître ainsi.
Mais de la délicate jeune fille, Alice n’en avait que l’apparence.

Sa main toujours tendue, Alice l’observait continuer à caresser sa combinaison. Étonnement, elle ne ressentait aucun dégoût à le voir ainsi faire. Cet homme, aussi désagréable soit-il, ne la rebutait pas. Elle n’imaginait pas la pulpe de ses doigts graisseuse, tout au contraire de tout les autres inconnus qui croisaient sa route. Lui… eh bien, il avait l’air d’attacher beaucoup d’importance à sa précieuse personne. Il suffisait de voir ses cheveux impeccablement coiffés, ou le soin qu’il avait apporté à son style vestimentaire. Tout chez lui avait été étudié pour attirer le regard.
Dont celui d’Alice.

Un nom tomba, juste à côté du sien. Mais celui ci ne l’étonnait guère : Alice savait qu’elle n’était pas n’importe qui.
Hangoover. Chris Hangoover. Pourquoi diable ce nom lui parlait-il ? Alice était persuadée de l’avoir déjà entendu dans la bouche de son frère. Hélas, il parlait bien trop pour qu’elle soit capable de tout retenir.
Hangoover, Chris, qu’importe : ce fanfaron jouait encore. Il riait d’une manière théâtral, juste pour l’agacer un peu plus. Il jouait.

Alice connaissait suffisamment de joueur pour ne pas se laisser pousser à bout. Après tout, elle avait pour frère le meilleur d’entre eux, et jusqu’à présent, elle ne l’avait pas encore étranglé.

Et enfin, enfin, Chris lui tendit à nouveau sa combinaison.
Ses yeux braqués dans les siens, Alice tendit la main pour la poser sur son précieux bijoux de cuir, là, non loin de la sienne, prête à lui attraper si il osait tenter de s’échapper. L’autre main arriva par le dessous, et se referma sur la combinaison.
Elle la récupéra, sans jamais le quitter des yeux, comme si à tout moment il pouvait s’enfuir. Elle recula d’un pas, sorti sa baguette, métamorphosa à nouveau sa combinaison en pierre et la glissa dans son sac.
A présent, ils pouvaient discuter.

« Il est trop tard pour craindre l’inconvenance Chris : vous avez contemplé, caressé et désiré une tenue que je porte près du corps, » rétorqua t-elle, se penchant légèrement en avant pour qu’il capte la lueur taquine qui brillait au fond de ses yeux d’argent.
Alice n’avait plus envie d’être polie. Il ne méritait pas de monsieur. Son respect, oui, il l’avait, puisqu’il n’en restait pas moins un homme intéressant. Intéressant, oui, sinon Alice s’en serait déjà allé. Il éveillait en elle sa curiosité, à laquelle Alice était sensible.
Mais il n’était pas un monsieur. Un fripon, un lutin, une canaille en cuir, cela, oui.

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Ni les yeux de Christopher ni ceux de la jeune femme ne se détournent pendant qu'elle récupère son bien. Lui dresse le menton de façon moqueuse, son sourire grandissant sur ses lèvres ; elle surveille qu'il ne s'en aille pas en courant avec sa précieuse combinaison, c'est flagrant et le côté enfantin de Christopher résiste très fort à l'envie de la titiller encore un peu, juste pour voir. Finalement, elle récupère son vêtement et il la regarde l'ensorceler et le ranger dans son sac, la tête penchée sur le côté. Quel drôle de sortilège et quelle drôle de façon de prendre soin d'un vêtement aussi précieux. Est-ce qu'elle le sort de son caillou une fois chez elle, pend-elle sa combinaison à un cintre, la glisse-t-elle dans une housse protectrice ? Christopher aime le croire, cela l'amuse de l'imaginer.

À son tour il se se recule d'un pas. S'il avait pu, il aurait glissé nonchalamment les mains dans les poches de son pantalon mais voilà, il ne peut pas. Alors il se contente d'un glisser ses deux pouces tout en continuant de poser sur la jeune femme à la peau diaphane un regard dans lequel brille une évidente lueur de moquerie. Elle n'a rien montré de sa surprise qu'il connaisse son nom et bien qu'il ne l'avouerait pour rien au monde, cela frustre Christopher ; comme toutes les filles de son rang, elle doit être habituée à ce qu'on la reconnaisse. Le nom Hangoover lui est-il familier ? Son regard sur lui a-t-il changé ? Christopher a beau plisser des yeux, observer tous les détails de son visage et de ses expressions qu'elle lui permet de voir, il n'en a pas la moindre idée.

Puis elle se met à parler d'inconvenance... Tout en faisant clairement preuve d'inconvenance. Surpris qu'elle ose ce qu'elle a osé dire, Christopher écarquille les yeux, perturbé par l'éclat taquin qui fait un instant resplendir le visage de la sorcière. Il a un mouvement de recul durant lequel, il ne peut s'en empêcher, ses yeux glissent le long de son corps avant de remonter dans l'autre sens. L'imagination étant ce qu'elle est, il imagine évidemment durant cette fraction de seconde la précieuse combinaison qu'il a tenu entre les mains sur ce corps- et il doit dire que la vision qu'il en a est plutôt appréciable — seulement niveau esthétique, bien sûr, car il s'y connait suffisamment bien en cuir pour savoir que celui qu'il a palpé un instant plus tôt doit parfaitement épouser les formes de la personne pour laquelle il a été taillé. Sur mesure, a-t-elle dit après tout !

« C'est bien là toute la subtilité de la chose, réplique-t-il en essayant de retrouver une contenance — ce n'est pas gagné. Je n'ai désiré que la tenue et au vue de sa qualité, c'est plutôt une preuve d'intelligence et de bon goût que d'inconvenance. »

Maintenant, il s'efforce de ne regarder que son visage. Non pas que ses yeux soient attirés ailleurs, mais le sujet de la conversation fait qu'il pourrait être tenté de regarder ailleurs, sans le désirer pour autant, et ce ne serait pas inconvenant, pour le coup, mais complètement déplacé, même pour quelqu'un comme Christopher. Avec une femme dix ans plus âgée, il s'en serait donné à cœur joie. Mais avec elle ? Non. Quoi que, pour la bousculer un peu, peut-être... Mais non, décide-t-il. Quoi qu'elle ait voulu sous-entendre, il n'a pas la moindre intention de tomber dans son ridicule et vile petit piège. Mais tout de même, il reste peut-être, un tantinet, légèrement perturbé par sa réplique qu'il n'attendait pas — surtout pas dans la bouche d'une personne qu'il a automatiquement rangé dans la case des "bourgeoises précieuses". D'ailleurs, étonnant qu'une personne de son rang porte un tel tissu prés du corps.

« C'est donc à cela que vous sert cette tenue, poursuit-il en étirant un sourire moqueur, pour le plaisir de sentir sur vous les regards ? Ça c'est inconvenant. »

Il penche la tête sur le côté dans une mimique qui se veut agaçante. Il n'imagine pas une seule seconde qu'elle se soit fait faire une telle tenue pour le simple plaisir de se pavaner. Pourquoi en est-il aussi sûr ? Parce qu'il veut bien reconnaître qu'elle s'y connait au moins un peu en haute couture et qu'il sait que ce n'est pas la vanité qui l'a motivé, mais autre chose. Quant à savoir quoi... Il est beaucoup trop fier pour le lui demander directement : elle l'a appelé par son surnom alors même qu'il ne peut pas répliquer de la même manière car il n'a aucune idée de quelle Sangblanc elle est. C'est terriblement frustrant. Il faut bien se défendre comme on peut, non ?

En parfaite conclusion à cette réplique qui, il l'espère, va l'outrer au point qu'elle en perde son masque, Christopher croise les bras sur sa poitrine sans se départir de son sourire en coin.

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Les mots d’Alice firent mouche ! Voilà, balayée son air goguenard. Il ne s’était pas attendu à entendre de tels mots dans sa bouche si soignée, n’est-ce pas ? Il ignorait sans nul doute qu’Alice avait eu de très bons professeurs pour lui apprendre à renverser ses adversaires sans lever le petit doigt. Tante Elise lui avait montré comment se comporter avec les hommes. Thomas ? Ah… Thomas lui avait montré tout ce qu’il ne fallait pas faire pour être douce et docile avec ceux qui ne le méritait point.
Monsieur Hangoover n’avait pas la moindre chance avec Alice.

C’était à cela qu’elle songeait, avant de voir son regard dégouliner le long de son corps. Un sentiment se rapprochant du dégoût lui arracha un frémissement d’inconfort tout en peignant ses pommettes d’une vilaine teinte vermeille. Quel goujat ! La réplique d’Alice n’était certainement pas une invitation pour la regarder ainsi !
Alice maudit Thomas en songe pour ses conseils et ses expertises. Oh oui, il s’y connaissait en indélicatesse, et il y avait fort à parier que si une femme l’avait regarde ainsi, il en aurait éprouvé une satisfaction déplacée.

Alice se retint de conserver une allure digne, droite, mais son sourire taquin déclinait et se tordait en une grimace écœurée.
Il poursuivit, et usa de mots délicats pour poignarder sa confiance en elle. Que la tenue ? Il n’avait désiré que la tenue ? D’une part, Alice n’avait jamais envisagé ni même pensé à… cela. Et, d’autre part… qu’elle indélicatesse ! Que la tenue, osait-il dire. Avait-il seulement conscience que ce qui se cachait sous cette tenue avait longtemps été un sujet de conflit chez les biens nés français, désireux de se l’accaparer ?
Alice se fustigeait mentalement d’oser songer à cela. A cause de lui. Cet homme la bousculait, la forçait à se comporter comme une vilaine fille. C’était bien trop souvent le cas, avec ces gens là. Ils la poussaient dans ses retranchements, l’encourageait à enfiler une peau qui n’était pas la sienne.
Peste soit de cet énergumène. Alice n’avait pas à perdre son sang-froid devant un homme incapable de jouer la nonchalance jusqu’au bout, puisqu’il ne parvenait même pas à mettre ses mains dans les poches de son cuir bien trop serré.

Il poursuivit, encore, son sourire de retour. Alice lui arracherait, encore. Après avoir répondu à sa provocation.
Ce sourire la débectait. Il lui rappelait bien trop celui de Thomas. Celui de son frère la dérangeait bien moins puisqu’elle le voyait quotidiennement s’en servir contre d’autre.
Lui osait s’en servir contre elle pour se moquer. Il n’y avait aucune douceur fraternelle dans son regard, aucune taquinerie amical. Rien que du mépris, de l’arrogance.
Pour elle.
Au moins sa colère avait-elle fait disparaître le sang bouillant sous ses pommettes. Il chauffait ailleurs, à présent. Là, juste dans sa gorge.

Alice leva le menton, sa main venant se poser sur sa hanche pour en souligner la courbe. Elle singea Chris, et pencha sa tête de l’autre côté.

«  Je n’ai nul besoin de faire appel à un couturier pour attirer les regards », rétorqua Alice, son sourcil arqué par la condescendance qu’elle affichait à la perfection. «  C’est une tenue de vol. Hors de question que je ressemble à tout ces joueurs de Quidditch lorsque je chevauche. »

Alice se garda bien de préciser qu’elle ne supportait pas le regard d’autrui lorsqu’elle portait sa combinaison. Elle préférait qu’il continue à penser qu’elle avait toute confiance en elle, assez pour supporter les autres et leurs contemplations déplacées.
Et puisqu’il avait eu le culot de la regarder avant, Alice ne se priverait pas de le faire.

Volontairement, elle abaissa ses lunettes sur le bout de son nez, dévoilant ses yeux courant le long des tatouages qui grignotait son corps.

« Vous devez vous y connaître en artifice pour attirer les regards, n’est-ce pas, Chris ? » Elle leva les yeux vers lui, juste pour lui offrir son plus beau sourire. «  A moins qu’il ne s’agisse d’une tentative pour attirer autre chose de plus délicieux, comme la désapprobation de papa et maman»

Hangoover. Oui. Alice s’en souvenait à présent, et cela arrivait à point nommé.

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Main sur la hanche, menton dressé. Christopher sent son sourire s'agrandir. Regardez comme elle tente de garder une contenance ! Le sourire de la dame se fane — quelle vision exceptionnelle ! Il n'a aucune idée de si elle s'offusque de ce qu'il a dit autant qu'il aimerait qu'elle s'en offusque, mais il se persuade que c'est le cas. Et puis elle a l'air d'y tenir, aux regards qu'elle attire, parce qu'elle semble tout à fait conscience de ce qu'elle est et de la beauté indéniable — il faudrait être idiot pour dire le contraire, ou aveugle — qu'elle dégage.

La beauté, c'est une chose. Le charme, une autre. Peut-être qu'elle n'a pas besoin de couturier pour attirer les regards, songe Christopher, mais elle devrait travailler sur elle si elle espère dégager le charme qu'elle croit dégager. Parce que sur lui, ça ne fonctionne pas le moins du monde. Et pour le prouver, il dévoile ses dents dans un sourire moqueur, son regard se baladant de nouveau le long de son corps mais cette fois-ci avec un sourcil arqué, comme s'il disait : « Mouais, je ne vois pas ce qu'il y a à regarder, de toute manière ». Agir comme cela lui évite de penser au fait qu'elle doit avoir une bien meilleure allure avec sa combinaison de qualité que tous les joueurs de Quidditch du monde.

Ah ! Qu'il aurait aimé avoir le temps d'être insolent ! Pouvoir se pencher doucement vers elle sans se départir de son sourire et dire quelque chose comme : « Ça m'étonne déjà d'apprendre que vous chevauchez. Et vos cheveux, y avez-vous pensé ? Vous oseriez vous montrer avec la chevelure en désordre ? Quelle indécence ! Et d'ailleurs, je ne veux même pas savoir ce que vous chevauchez. ». Et il aurait ri de la voir poser une main sur sa poitrine, outrée.

Mais voilà, elle lui dévoile ses yeux gris en baissant ses lunettes et Christopher voit son regard courir sur ses tatouages. C'est l'ego qui le piège. De voir ses yeux sur ses tatouages, Christopher en oublie le temps d'une seconde, une seule, qu'il doit parler, trop occupé qu'il est à surveiller dans ses yeux à la couleur étrange l'éclosion de l'admiration ou, mieux, de l'attirance.

Et puis elle se met à parler.

Christopher sent mourir son sourire sur ses lèvres en même temps que son nez se froisse d'une grimace offusquée. Les mots papa et maman résonnent si étrangement dans sa bouche qu'il sait instantanément qu'elle sait qui il est. Que son nom de famille ne lui est pas inconnu. Et que, comme la plupart des gens qui font partie de ce cercle, elle a entendu dire qu'il était le mouton noir de sa famille. Ou quelque chose comme ça. Le méchant garnement qui a le corps recouvert de tatouages. Qui s'occupe d'un pub — hérésie ! Qui a une coupe de cheveux digne d'une racaille (ce qu'il est, par ailleurs).

Il comprend toutes ces choses, mais ce qui vise le plus juste c'est qu'elle s'en prenne à ses tatouages. Quelle appelle cela "artifices" alors qu'il en est si fier, que ses tatouages font partie de sa personnalité. Quelle pense qu'il ne s'agit que d'une tentative d'attirer l'attention, la désapprobation de ses parents. Pfouah ! lui ? attirer la désapprobation de ses parents ? Mais ses tatouages, il les a fait pour lui-même ! Pour lui-même, madame !

Trop tard pour ne serait-ce que songer à contrôler ses expressions. Son visage est froissé par l'indignation et ses mâchoires se sont méchamment crispées quand elle a osé parlé de ses parents. Dans ces moments-là, quand il ne reste plus aucune arme pour se défendre et que vous venez, au contraire, de donner à votre adversaire le bâton qui lui permettra de vous battre, il faut faire avec ce qui reste. Même si ce n'est pas très reluisant. C'est une question de fierté, voilà tout.

« Pour attirer les regards, ils les attirent, oui ! Surtout le votre, hein ? lance-t-il, son insolence seulement un peu gâchée par la colère qui bat dans ses tempes. Vous voulez peut-être vous approcher pour mieux les voir ? »

Mais avant de lui en laisser l'opportunité, lui-même s'approche d'un pas. Il décroche ses bras noués et lève le droit juste devant le visage de la jeune bourgeoise, avec son insupportable petit sourire, ses insupportables lunettes, cet insupportable petit air suffisant, ses insupportables boucles bien coiffées, son insupportable mise bien repassée.

« Allez, ne vous gênez pas, regardez. » Son sourire moqueur déforme sa voix. « Celui-là, c'était justement pour papa et maman, » affirme-t-il en secouant le coude juste sous son nez.

Il pointe le tatouage du doigt. On peut voir à cet endroit-là un hideux visage déformé par un hurlement. Il ne s'agit en réalité que de la reproduction d'une pochette d'album de l'un de ses groupes préférés. Peut-être que ses parents détestaient qu'ils écoutent ce genre de musique qu'ils qualifiaient de « musique de dégénéré ». Et peut-être aussi que Christopher est aller dîné chez ses parents juste après s'être fait faire ce tatouage et qu'il a secoué son coude devant leur nez comme il le fait devant celui insupportablement bien formé de la fille Sangblanc. Mais peut-être a-t-il fait la même chose pour tous ces tatouages.

« Vous voulez en voir d'autres ? » poursuit-il, cette fois-ci clairement provocant, en faisant mine d'ôter sa chemise.

Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER

Pour une poignée de caillasse PV
« — Les Hangoover, nous n’en tirerons pas grand chose pour le moment, à moins d’avoir de l’influence.
Nous ne devrions pas effacer ce nom trop vite. Nous avons besoin d’alliés avec des connexions et de l’argent.
Je suis bien d’accord, mais pas ceux là. Pas tout de suite. Lorsque tu auras un pied bien ancré en Grande-Bretagne, tu pourras les envisager. Ceux-là… je crains qu’ils changent trop vite de râtelier. »

Thomas était vite passé à autre chose. Il avait raison. Alice, toute jeune cheffe de famille qu’elle était, avait besoin d’allié de qualité. La quantité etait un trompe-l’œil qu’elle ne se permettrait pas pour le moment. Aussi ne s’étaient-ils pas attardé sur l’existence des Hangoover plus de temps que nécessaire, et étaient vite passé à d’autres noms bien plus fiables.
Alice ne savait donc rien sur qui etait Chris, mais lui laisserait entendre qu’elle savait tout de lui. Elle avait suffisamment rencontré d’héritiers, de deuxième nés ou de mauvais fils pour savoir en reconnaître un.
Christopher Hangoover était l’un d’entre eux.
Ce n’était pas pour cette raison qu’il avait le mépris d’Alice. Elle n’avait rien contre sa naissance, son style vestimentaire ou ses tatouages. Tout au contraire, Alice prendrait plaisir à les observer, puisqu’il s’agissait d’une œuvre d’art. Et l’art ? La française pouvait en dévorer pendant de longues heures sans se lasser. Si Chris avait été autre chose que… ce qu’il était, Alice aurait pu s’approcher, suivre de ses yeux d’argent les lignes d’encre qui disparaissaient sous ses vêtements, parler avec lui de l’artiste…
Mais voila, Chris était ce qu’il était, et Alice utiliserait ce qu’elle savait, voyait et imaginait pour lui faire perdre son petit air narquois.

Et comme elle l’avait présagé, il l’avait perdu. Alice se délecta de sa grimace dans un sourire glouton. Elle vainquait, encore. Toujours. Quelque soit sa place dans cette famille, il n’avait pas la moindre chance face à Alice. Il pouvait se moquer d’elle et la dévorer des yeux d’un seul regard, user de sarcasme pour la tourner au ridicule, jamais ô grand jamais il ne parviendrait à gagner contre Alice Sangblanc, dernière née de la branche principale, jeune cheffe de la branche irlandaise. Elle avait la victoire dans le sang. Lui ? Rien que de l’encre.

Tout en insolence d’enfant blessé, Chris rétorqua. Alice le laissa faire, puisqu’elle n’avait plus rien à prouver. Elle se permit même un sourire plus aiguisé. Ses tatouages attiraient son regard, bien sûr, puisqu’ils étaient là pour cela. Si elle voulait s’approcher pour mieux les voir ? Non. Elle n’avait point envie de donner plus d’intérêt à cet homme qui…

Son buste se recula lorsque l’autre s’approcha pour lui ficher son bras sous le nez. Elle fronça les sourcils, ses cils blancs battant le haut de ses pommettes haussées par son sourire figé. Son regard accrocha le coude encré qu’il agitait devant elle. Elle se retint de le repousser, comme si elle craignait de se brûler à son contact… ou de s’y salir.
Bien, il voulait qu’elle regarde ? Qu’elle affiche le même air outré que ses parents en découvrant son coude tatoué ? Alice allait le faire. Elle se moquerait, mais ne serait pas outrée. Elle remettrait en question ses goûts, mais ne serait pas outrée.

Alice fut bien des choses… mais pas outrée.
Pourquoi ce visage monstrueux s’imposait à elle comme un souvenir ? Il était imprécis, mais peut-être le serait-il moins si l’autre arrêtait de le secouer le la sorte. Cette fois, Alice se retint d’agripper son coude, de le tirer vers elle pour qu’il lui laisse le temps de se rappeler où elle avait pu voir ce visage. Elle fronça les sourcils, persuadée, tellement persuadée qu’elle l’avait vu, qu’elle avait déjà fait un commentaire dessus…
N’était-ce pas chez oncle Kenneth, sur une pochette de vinyle ? Sugar Kelpy… non, ce n’était pas cela. Alice avait fait une remarque sur le nom du groupe associé à ce visage. Avec un animal. Un nom d’animal, dans le nom du groupe. Ce n’était pas Sugar KelpyGraphorn… non…

Chris mit un terme à sa réflexion pour lui proposer de voir ses autres tatouages. A cette proposition, à cette chemise qu’il semblait vouloir retirer, Alice adopta un sourcil haussé pour réponse.
Ses bras, jusqu’ici noués dans son dos, se déplièrent pour se croiser sous sa poitrine. Alice n’était pas stupide, et devinait aisément ce qu’il pensait d’elle. Il voyait en elle ce qu’elle voulait que tous voient.
Une jeune fille de bonne et noble famille.
Ce qu’elle était, bien sûr.
Mais elle n’était pas jeune fille à grincer des dents devant un tatouage. Elle ne changeait pas de trottoir pour éviter un rockeur du dimanche ou tout autre hurluberlu dans le genre de monsieur Hangoover.
Alice ne réagirait certainement pas comme il voudrait qu’elle réagisse. Elle ne serait pas prévisible, quand bien même elle n’avait aucune envie de voir un seul morceau supplémentaire de sa peau.

Ses yeux levés sur le visage de Christopher, Alice attendait, un sourcil haussé.

« Mais avec grand plaisir, très cher », rétorqua Alice sans faire le moindre mouvement pour s’écarter de lui. Il ne le ferait pas. Cet homme avait suffisamment pensé à sa tenue du jour pour ne pas ôter sa chemise, Alice en était persuadée. Il faisait bien trop attention à son image, à défaut de songer à son cuir.

Alice extirpa un doigt de ses bras croisés pour pointer son coude tatoué du doigt. « Je peine à me souvenir du nom du groupe, pourriez-vous me rafraîchir la mémoire ? »

Et toc, oserait-elle lui jeter au visage si elle avait manqué d’éducation.

Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 2 ème année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050

Pour une poignée de caillasse PV
S'il n'avait pas été pas aussi en colère qu'on lui jette ses parents au visage, Christopher aurait gloussé en la voyant écarter le buste comme pour éviter que son coude touche son précieux visage. Puis il aurait sautillé en avant pour faire mine de le toucher, justement, et se serait amusé qu'elle le fuit, comme un vilain garçon qui n'a rien de mieux à faire qu'embêter les jolies filles. Mais voilà, il est trop en colère et cela ne risque pas de s'arranger puisqu'à sa plus grande frustration, son intense frustration, elle n'a même pas l'air survoltée qu'il l'approche comme ça pour lui mettre ses tatouages sous le nez. Pire encore : elle lui propose d'aller au bout et d'enlever sa chemise.

Pendant une demi-seconde, Christopher se fige. Pardon ? Vient-elle réellement de lui demander d'enlever sa chemise ? Elle était censée refuser net, être outrée, s'offusquer en fronçant le nez, taper du pied ! N'importe quoi qu'aurait pu faire sa sœur ou n'importe quelle femme de leur sorte. Et voilà qu'elle l'encourage ? Christopher voit clair dans son jeu : ce n'est qu'une bravade de plus, une façon d'avoir le dessus, comme si elle était persuadée qu'il n'allait pas le faire, qu'il n'en était pas capable. Sauf qu'il est capable de bien des choses, surtout d'aller au bout de ce qu'il a commencé — surtout si on le défit de le faire. S'il n'est pas du genre à relever n'importe quel défi dans le simple but de se faire mousser, il a part contre suffisamment d'ego pour ne pas revenir sur ce qu'il a dit. Surtout pour prouver à une insupportable jeune fille de bonne famille qu'elle a tort.

Avant d'enlever sa chemise, Christopher songe tout de même à sa tenue. Il a une pensée désolée pour l'accord parfait de couleurs de son choix vestimentaire du jour. S'il met une chemise en plein été, c'est parce que les différents éléments de sa tenue vont ensemble, sinon il se serait abstenu. Surtout pour une chemise à manches courtes dont il garde les boutons détachés. Sans elle, il ne sera qu'un type en débardeur. En débardeur et en pantalon en cuir. Cela le dérange-t-il ? Puisque le cuir le moule parfaitement, que son débardeur souligne la ligne de ses épaules et de ses pectoraux, et que le tissu est suffisamment lâche pour cacher son ventre rebondit, non, cela ne le dérange pas le moins du monde.

Avant qu'il n'aille au bout de son geste, elle pointe son doigt vers lui, vers le visage grimaçant tatoué près de son coude en fait, et voilà que Christopher est déstabilisé pour la seconde fois en l'espace de bien trop peu de temps. Cette fois-ci, c'est plus difficile à cacher. Ses yeux plissés par la méfiance passent du doigt au visage de la bourgeoise. Comment ça elle a reconnu qu'il s'agissait d'un groupe ? Évidemment que c'en est un, mais une fille comme elle n'est pas censée reconnaître un groupe de hard rock, fut-il sorcier ou non !

L'amour de la musique est peut-être ce qui dessert Christopher et ce qui risque de lui faire perdre le prétendu avantage qu'il était persuadé d'avoir sur la Sangblanc. Il aurait pu répliquer de bien des manières et jouer de son insolence pour tenter à tout prix de la déstabiliser davantage. Cependant, la simple idée qu'elle puisse connaître son groupe préféré lui fait ravaler ses tentatives d'intimidation. Pendant un instant, rien qu'un instant, il la regarde avec un œil neuf qui aurait pu lui faire changer d'avis à son propos. Mais cela ne dure qu'un instant. Il avait un projet et il ne l'a pas oublié. Il ravale yeux méfiants et son air curieux pour se draper de nouveau dans son attitude insolente — sans oublier le petit sourire en coin, qui parait un peu maladroit et superficiel après tout ce qui vient de se passer. Peut-être parce qu'il l'est effectivement, superficiel.

D'un coup d'épaules savamment maîtrisé (il s'est entraîné devant sa glace), Christopher fait tomber sa chemise. Elle glisse facilement sur ses épaules dénudées et il la réceptionne dans son dos comme s'il avait fait ça toute sa vie. Le voilà désormais épaules nues dans les rues de Tinworth, tout fier dans son banal débardeur. Fier, surtout, de l'encre qui est désormais dévoilée à toute personne voulant le mirer. D'un geste parfaitement conscient, Christopher se place légèrement de biais, pour que son bras droit soit bien sous le regard de la dame, tout comme sa nuque. Peut-être ses yeux seront-ils attirés par l'encre qui court le long de son cou et dont les motifs complexes sont cachés par le tissu. Il ne manquera rien du spectacle si tel est le cas.

Pour l'effet, il reste immobile une seconde ou deux. Son sourire est clairement narquois. Il lutte pour ne pas passer la main dans ses cheveux — il a mis du gel, rappelons-le. Mais bientôt, il n'y tient plus. Même s'il fanfaronne et qu'il fait tout pour qu'elle puisse lire sur son visage ce qu'il pense tout bas, c'est à dire : « Vous ne vous y attendiez pas, hein ? », il ne peut plus retenir la question qui lui importe vraiment.

« Ça vous plait, j'espère ? » la provoque-t-il en s'avançant d'un nouveau pas vers elle.

Ils sont très proches, désormais, et il espère la voir reculer.

« Vous écoutez Unikorn, vous ? » demande-t-il enfin, sceptique.

Il n'a même plus à cœur de se servir de sa taille pour l'intimider davantage ou, mieux encore, de sa proximité pour essayer de la faire rougir, reculer ou s'empêtrer dans sa gêne. C'est souvent comme cela avec lui. Il fait le fier, il est impertinent et insolent, jusqu'à ce que soit évoqué un sujet qu'il aime ou qui le passionne. Difficile alors de continuer de détester l'autre ou de lui reprocher tous les maux de la terre. Alors même si on peut entendre dans sa voix tout son mépris pour les filles de bonne famille et tout l'agacement que lui inspire celle-ci particulièrement, c'est facile également de remarquer cette lueur d'intérêt dans son regard. Mais il ne faudrait surtout pas le lui faire remarquer, car il en aurait tellement honte qu'il s'empresserait de l'effacer à grand renfort de provocations et de « non mais c'est même pas vrai, de toute façon ! ».

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Il ne retirerait pas sa chemise.
Il n’oserait pas. Pas à présent qu’Alice avait aussi bien menti. Elle avait tout prévu, absolument tout.
Il userait de sarcasme, ou d’humour taquin en lui jetant quelque chose d’aussi peu subtile qu’un “oh finalement je n’en ai plus très envie, vous êtes déjà bien assez inconvenante pour que je continue à me risquer à provoquer votre intérêt pour ma précieuse personne”. Il s’écarterait, et s’accrocherait aux derniers mots d’Alice pour repartir sur un terrain qu’il connaissait.
Voilà ce qui aurait dû se passer, et Alice fut confortée dans cette idée en voyant le résultat de ce plan si intelligent sur le visage de Christopher. Il n’avait pas laissé tomber sa mâchoire comme Alice aurait aimé. Ce fut plutôt dans ses yeux que la magie opéra. Ce fut léger, discret, mais bien présent, suffisamment pour qu’elle soit persuadée qu’il ne s’attendait pas à ce qu’elle reconnaisse son tatouage.
Enfin, reconnaitre était exagéré. Alice avait vu ce visage sur la pochette d’un vinyle, mais était bien incapable de retrouver le nom des artistes, ou de donner le titre d’une chanson. Les artistes sorciers, Alice n’en connaissait que trop peu. Plusieurs fois, elle s’était promis de refaire sa culture musicale. Mais quand ? Quand trouverait-elle le temps d’arpenter les rayonnages d’une boutique de vinyle ? Ah, voilà ce qu’elle aurait dû faire aujourd’hui !
Bien. Chris allait remettre correctement sa chemise, répondre à sa question, faire l’étalage de sa connaissance musicale. Alice lui demanderait où elle pourrait trouver un vendeur de vinyle, et elle le laisserait ici, mais pas sans que sa mâchoire ne se décroche.
Voilà comment tout aurait dû se dérouler.

Mais encore une fois, la brebis galeuse du monde sorcier décida d’agir différemment, arrachant un grondement silencieux à la jeune fille qui n’aimait point que les choses ne se déroulent pas comme elle le voulait.
Avec toute la théâtralité des plus grands acteurs, Chris fit tomber sa chemise. Ses épaules nues se dévoilèrent sous les yeux d’une Alice qui sentit ses dents se desserrer. Elle les claqua aussitôt d’un coup de mâchoire, et dressa le menton. Par Circée, il avait osé.
Et il osa pousser son vice en s’improvisant mannequin ! Alice l’observa se replacer pour lui présenter son bras et sa nuque encrée. Elle leva le menton encore un peu plus, faisant mine de ne pas être impressionnée.
Néanmoins… comment une amoureuse des beaux-arts pourraient s’empêcher de contempler une oeuvre d’art offerte à ses yeux gourmands ?

Droite, menton haut, Alice consenti à le baisser un peu, lentement, puis un peu plus, tout en lenteur, goûtant chaque ligne, chaque arabesque, chaque forme, jusqu’à ce que sa tête se replace naturellement.
Et voilà que son sourire revenait. Ne pouvait-il pas disparaître pour ne plus jamais revenir ? Chaque victoire sur ce maudit sourire finissait par avoir un goût de cendre, puisqu’il finissait toujours par rebondir pour s’accrocher aux lèvres de l’Hangoover !

Il s’approcha à nouveau. Trop proche, bien trop proche. Cette proximité la dérangeait bien plus à présent qu’il était à demi-nu.
Elle recula d’un pas, ses bras se décroisant naturellement pour se dresser en rempart nonchalante, mais prête à le repousser avec véhémence si il osait s’approcher encore.

« Absolument splendide », répondit-elle à sa provocation, ses lèvres se plissant avec dégoût alors qu’elle imaginait l’odeur de sa peau.

Enfin, il posa la question qu’il aurait dû poser bien avant.
Unikorn ! Évidemment. Pas Sugar Kelpy, ni Graphorn ! Unikorn. Une créature bien trop pure pour un groupe utilisant un visage monstrueux pour pochette de vinyle.
A moins qu’il ne s’agisse d’un paradoxe. Dans ce cas, Alice apprécierait.

Ses bras se croisèrent à nouveau dans son dos, ses yeux s’accrochant à ceux de l’homme.

« Non », rétorqua Alice.« Car cela fait bien longtemps que je n’ai pas eu l’occasion d’écouter des groupes de rock sorciers. Néanmoins, je connais quelques noms et en apprécie d’autres. » Elle pencha un peu sa tête sur la droite dans un sourire. Alice n’aimait pas le scepticisme qu’elle avait reconnu sur le visage de Chris. Le monde de la musique était éclectique, et Alice prenait plaisir dans la découverte de tout ce qui pouvait s’écouter. Hélas, il était vrai, sa place de jeune héritière bien née la tenait naturellement éloignée de tout ce qui n’était pas de son monde.
Pourtant, Alice avait prit plaisir à découvrir le monde musical des Sans-Pouvoir avec Imogen. Elle se souvenait de la première fois où elle avait utilisé ce petit appareil relié à des écouteurs, deux petits cylindres reliés par un fil lui même relié à la boîte électronique permettant de diffuser des chansons. Cette première fois, Alice avait entendu une guitare électrique puissante, puis une voix grave, chantant dans la langue d’oncle Magnus. Alice avait aimé. Elle n’aurait pas dû, n’est-ce pas ? Imogen aimait le vieux rock, comme elle disait. Rammstein, les Red Hot, System of quelque chose… et Metallica. Imogen aimait Metallica, et leur Nothing Else Matters.
Oncle Kenneth, lui, préférait les groupes de hard rock sorciers mais, puisqu’il avait tendance à toujours écouter les mêmes choses, Alice avait finit par se lasser. Aujourd’hui, elle le regrettait. Pas seulement par manque de matière pour définitivement annihiler le sourire narquois de Chris.
Alice regrettait Oncle Kenneth et sa tendance à massacrer les chansons qu’il écoutait.

« C’est… du hard rock, c’est bien cela ? » poursuivit Alice, son regard glissant à nouveau vers son coude. Peut-être parviendrait-elle à se remémorer quelques chansons…?

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