Un cocktail à deux étages
La question d’Alice semblait assez évidente après avoir dit ça. Il sonda rapidement sa mémoire pour se rappeler ce qu’il avait pu dire ou faire qu’il regretterait, mais rien ne lui apparut comme un regret évident. Ou alors il ne se rappelait pas, c’était une possibilité. Rares avaient été les soirées où l’alcool avait fait oublier au jeune homme des moments de vie, mais il existait bien des soirées de boisson où il avait bu plus qu’il ne fallait. D’où sa présence d’esprit d’y faire attention aujourd’hui et de prévenir Alice. C’était plus la possibilité d’avoir quelque chose à regretter qui animait la prudence d’Erwan que de véritables regrets. Partager un moment d’ébriété s’était révélé être un merveilleux accélérateur social ; cela aide souvent à rencontrer des gens, aide à dire des choses que la timidité retient, cela permettait bien souvent de se sentir plus sûr de soi, plus adulte, plus… cool ? Néanmoins Erwan avait très vite réalisé ce qui se cachait au fond de ce dangereux cocktail à multiples étages… Derrière chaque point positif se cachait un penchant négatif. Une goutte de trop et tout pouvait basculer dans une tempête de violence, de regrets, voire de perdition. Tout était une question de dosage. De personnes aussi. Il repensait à la dernière fois qu’il aurait dû moins boire, dans ce même bar, accompagné d’Aliénor. Il y avait tant d’amitié et de confiance entre eux que cela justifiait, non, plutôt que cela expliquait qu’Erwan puisse baisser de temps à autre sa vigilance.
En toute évidence, des regrets, Erwan en avait, mais aucun qui découlerait d’une perte de contrôle due à l’alcool. «Non, pas moi. Mais j’ai vu tellement d’gens regretter des actes ou des paroles une fois qu’ils avaient dessoûlé que ça m’a suffi comme leçon. Des regrets…» De brèves images filèrent dans sa tête. Le visage d’une jeune femme, la façade d’un bâtiment, le visage d’un homme, une cicatrice sur un visage… «…on en a tous pas vrai ? Pas besoin d’en rajouter à cause de quelques verres de trop !». Il y a toujours pire que les regrets. Le deuil, la souffrance, la trahison, le remords et plein d’autres sentiments affreux, mais tous ont en commun de pouvoir être atténués, si ce n’est guéris, par le temps. Les regrets sont imperméables au temps, ils sont un poids que chaque âme doit traîner jusqu’à sa mort. Erwan était trop jeune pour être accablé par le poids des regrets, il en avait peu. Il était droit, franc, loyal, des qualités qui avaient tendance à éloigner les regrets ; mais son arrogance et sa naïveté en avaient créé… Était-ce toujours les défauts des humains qui créaient leurs regrets ? Non, parfois la chance ou le destin se chargeait d’en créer aussi. Il regarda Alice une nouvelle fois dans les yeux, elle souriait toujours. Il savait désormais que les remous qui animaient son ventre étaient les symptômes de l’amour. Tout en continuant de sourire, il se demanda quels seraient les regrets que son amour pour Alice créerait… Regretterait-il ses sentiments ? Leur rencontre ? Le fait de n’avoir jamais senti la puissance des sentiments qu’un baiser libérerait…? Oui ! Là seraient ses regrets !
Aimer quelqu’un était finalement un cadeau, pas le fardeau qu’il avait construit avec le temps. Voilà qu’il regrettait d’avoir eu des regrets après qu’Eileen lui eut retiré ce cadeau. Les seuls regrets qu’il pourrait désormais avoir avec Alice seraient de ne rien faire de cet amour qu’il ressentait. Pouvaient-ils vivre ensemble une idylle ? Pouvait-elle ressentir la même chose ? Finiraient-ils par avoir mal ? Par s’oublier ? Par ne plus jamais se quitter ? Toutes ces questions, dont seul le futur connaissait les hypothétiques réponses, ne pouvaient pas amener de regrets. Les regrets ne pouvaient naître qu’ici et maintenant ! Erwan se devait de rester droit, franc et loyal, c’était dans son essence, et cela voulait dire aujourd’hui de s’ouvrir à Alice. «Je crois que j’aurais regretté de ne pas te revoir… J’ai… J’ai beaucoup pensé à toi cette semaine…». Il n’avait aucune idée de comment faire ces choses… Ce n’était après tout que la deuxième fois qu’il ressentait le sentiment amoureux. Il craignait de tout gâcher, de faire peur à Alice, de mal faire… Mais malgré ses craintes, il avait ouvert, ou plutôt entrouvert pour le moment, son cœur. Il se rassura d’un nouveau sourire adressé à Alice, tout en se disant qu’il préférait vivre avec le remords de lui avoir ouvert son cœur plutôt qu’avec le regret de ne l’avoir jamais fait. Lui qui, il y a encore une semaine, était une cause perdue, avait fait du chemin sur la voie de la reconstruction de qui il était vraiment. Le chemin n’était même pas si long et, sans qu’il ne le sache encore, il était en bonne voie d’y arriver. Qu’il fasse ce chemin avec Alice ou non. Mais, par Merlin, que ce chemin serait délicieux avec elle !
En toute évidence, des regrets, Erwan en avait, mais aucun qui découlerait d’une perte de contrôle due à l’alcool. «Non, pas moi. Mais j’ai vu tellement d’gens regretter des actes ou des paroles une fois qu’ils avaient dessoûlé que ça m’a suffi comme leçon. Des regrets…» De brèves images filèrent dans sa tête. Le visage d’une jeune femme, la façade d’un bâtiment, le visage d’un homme, une cicatrice sur un visage… «…on en a tous pas vrai ? Pas besoin d’en rajouter à cause de quelques verres de trop !». Il y a toujours pire que les regrets. Le deuil, la souffrance, la trahison, le remords et plein d’autres sentiments affreux, mais tous ont en commun de pouvoir être atténués, si ce n’est guéris, par le temps. Les regrets sont imperméables au temps, ils sont un poids que chaque âme doit traîner jusqu’à sa mort. Erwan était trop jeune pour être accablé par le poids des regrets, il en avait peu. Il était droit, franc, loyal, des qualités qui avaient tendance à éloigner les regrets ; mais son arrogance et sa naïveté en avaient créé… Était-ce toujours les défauts des humains qui créaient leurs regrets ? Non, parfois la chance ou le destin se chargeait d’en créer aussi. Il regarda Alice une nouvelle fois dans les yeux, elle souriait toujours. Il savait désormais que les remous qui animaient son ventre étaient les symptômes de l’amour. Tout en continuant de sourire, il se demanda quels seraient les regrets que son amour pour Alice créerait… Regretterait-il ses sentiments ? Leur rencontre ? Le fait de n’avoir jamais senti la puissance des sentiments qu’un baiser libérerait…? Oui ! Là seraient ses regrets !
Aimer quelqu’un était finalement un cadeau, pas le fardeau qu’il avait construit avec le temps. Voilà qu’il regrettait d’avoir eu des regrets après qu’Eileen lui eut retiré ce cadeau. Les seuls regrets qu’il pourrait désormais avoir avec Alice seraient de ne rien faire de cet amour qu’il ressentait. Pouvaient-ils vivre ensemble une idylle ? Pouvait-elle ressentir la même chose ? Finiraient-ils par avoir mal ? Par s’oublier ? Par ne plus jamais se quitter ? Toutes ces questions, dont seul le futur connaissait les hypothétiques réponses, ne pouvaient pas amener de regrets. Les regrets ne pouvaient naître qu’ici et maintenant ! Erwan se devait de rester droit, franc et loyal, c’était dans son essence, et cela voulait dire aujourd’hui de s’ouvrir à Alice. «Je crois que j’aurais regretté de ne pas te revoir… J’ai… J’ai beaucoup pensé à toi cette semaine…». Il n’avait aucune idée de comment faire ces choses… Ce n’était après tout que la deuxième fois qu’il ressentait le sentiment amoureux. Il craignait de tout gâcher, de faire peur à Alice, de mal faire… Mais malgré ses craintes, il avait ouvert, ou plutôt entrouvert pour le moment, son cœur. Il se rassura d’un nouveau sourire adressé à Alice, tout en se disant qu’il préférait vivre avec le remords de lui avoir ouvert son cœur plutôt qu’avec le regret de ne l’avoir jamais fait. Lui qui, il y a encore une semaine, était une cause perdue, avait fait du chemin sur la voie de la reconstruction de qui il était vraiment. Le chemin n’était même pas si long et, sans qu’il ne le sache encore, il était en bonne voie d’y arriver. Qu’il fasse ce chemin avec Alice ou non. Mais, par Merlin, que ce chemin serait délicieux avec elle !
Voyageur amateur ~ Digne héritier de l’esprit Weasley ~ commerçant en herbe
Un cocktail à deux étages
Ses longs cils blancs battaient le haut de ses joues avec lenteur, ses yeux braqués sur Erwan alors qu’elle l’écoutait répondre sérieusement à sa taquinerie.
Des regrets.
Il avait raison. Tout le monde en avait, mais Alice préférait ne pas y songer. Pas ce soir. L’instant était trop trop précieux, trop fugace dans le tumulte de sa vie. Écouter ceux d’Erwan passait encore, et de toutes manières elle avait été l’investigatrice de la conversation. Mais parler des siens ? Non, certainement pas.
Alice sourit à Erwan. « Tu as raison », admit-elle. Il était parfaitement hors de question de s’ajouter de nouveaux déboires à cause d’une mauvaise gestion de leurs verres. Elle ne voulait plus être alcoolisée. Plus jamais. Les lendemains étaient douloureux, et les jours suivants méprisables.
Elle bu une nouvelle gorgée, trinquant silencieusement à ses propres résolutions. Cette nuit avec le gérant de l’Atelier des Sylves ne se reproduirait pas. Plus jamais, et quand bien même la compagnie d’Erwan était agréable. Elle ne voulait pas associer sa voix, ses sourires et ses rires à un mauvais souvenir qu’elle préférerait cacher sous le tapis. Ce moment présent, Alice voulait le chérir. Ils étaient trop peu, bien trop peu. Alice ignorait quand et si un jour elle pourrait recommencer.
Recommencer, oui, car fut un temps, Alice prenait le temps de savourer la présence d’autrui. De laisser son coeur battre un peu plus fort pour autre chose que la colère ou la rancoeur. Assise dans l’herbe tendre du parc de Poudlard, elle avait rit avec Irisia. Devant la chaleur de la cheminée de la salle commune de Serpentard, elle avait dansé avec son ancien meilleur ami. Sous un arche fleuri, elle avait sourit pour une Léonie canaille.
Mais depuis que le fardeau chargé sur ses épaules s’était alourdi, Alice ne profitait plus des autres sans qu’une voile noir cache les sourires et les joies du quotidien. Tout avait un goût d’éphémère. Les “pour toujours” se changeait en “et si”.
Et si Erwan finissait par la haïr pour ses propres joies de révolte ?
Et si Aliosus se détournait d’elle ?
Et si elle se perdait dans la vengeance, comme Jacob, comme Kenneth ?
Alice bu une nouvelle gorgée, et s’accrocha au regard d’Erwan comme à une bouée jetée en pleine tempête. L’instant. Se concentrer sur l’instant.
Et comment faire autrement, à présent qu’Erwan faisait preuve de tant d’honnêteté ?
Il suffit de quelques mots pour qu’Alice envoie paître ses propres doutes, pour que les nuages noirs de son futur s’éloignent.
Erwan aurait regretté de ne pas la revoir.
Erwan avait pensé à elle. Beaucoup pensé à elle.
Alice avait-elle pensé à Erwan ? Oui. Elle n’irait pas jusqu’à dire qu’il avait occupé toutes ses pensées, mais elle appréciait se remémorer le souvenir de ses sourires, la chaleur du feu qu’il avait fait pour eux, la douceur de sa joue sous ses lèvres…
Et cette larme qu’elle n’arrivait toujours pas expliqué.
Alice sourit avec douceur. Sans s’en rendre compte, ses doigts s’étaient glissé dans ses boucles laiteuses pour en cacher derrière son oreille, dévoilant la forme de sa mâchoire, le galbe délicat de son cou s’évanouissant sous l’échancrure de sa robe. Elle détourna le regard un instant, juste un, pour ne pas sourire trop fort. Ses mots étaient délicieux, réconfortant. Ils valaient bien des compliments.
Erwan avait apprécié cette soirée autant qu’elle, si bien qu’il en était venu à éprouver du regret à ne pas la revoir.
Sa présence lui avait manqué. Existe t-il compliment plus valorisant que celui ci ?
Et pourtant, Alice ne s’autorisa aucun compliment de cet acabit. Il aurait été inconvenant, juste après le sien. Dans sa bouche, il aurait pu être une clef pour une porte qui devait restée fermée. Alice n’avait ni le temps ni le coeur pour… ça.
« C’est curieux, ne trouves-tu pas ? » demanda t-elle alors dans un sourire. « Nous nous entendons bien, toi et moi. Et pourtant, nous n’avons jamais été prédestinés à une telle entente, au cours de nos années à Poudlard. Je ne me l’explique pas. »
Voilà.
Politesse et convenance. Alice avait gardée la porte fermée, mais lui avait tout de même renvoyé une partie de son compliment.
Alice voulait bien jouer avec Erwan, tant qu’ils ne tombaient pas dans le sentimentalisme. C’était parfaitement hors de question.
Des regrets.
Il avait raison. Tout le monde en avait, mais Alice préférait ne pas y songer. Pas ce soir. L’instant était trop trop précieux, trop fugace dans le tumulte de sa vie. Écouter ceux d’Erwan passait encore, et de toutes manières elle avait été l’investigatrice de la conversation. Mais parler des siens ? Non, certainement pas.
Alice sourit à Erwan. « Tu as raison », admit-elle. Il était parfaitement hors de question de s’ajouter de nouveaux déboires à cause d’une mauvaise gestion de leurs verres. Elle ne voulait plus être alcoolisée. Plus jamais. Les lendemains étaient douloureux, et les jours suivants méprisables.
Elle bu une nouvelle gorgée, trinquant silencieusement à ses propres résolutions. Cette nuit avec le gérant de l’Atelier des Sylves ne se reproduirait pas. Plus jamais, et quand bien même la compagnie d’Erwan était agréable. Elle ne voulait pas associer sa voix, ses sourires et ses rires à un mauvais souvenir qu’elle préférerait cacher sous le tapis. Ce moment présent, Alice voulait le chérir. Ils étaient trop peu, bien trop peu. Alice ignorait quand et si un jour elle pourrait recommencer.
Recommencer, oui, car fut un temps, Alice prenait le temps de savourer la présence d’autrui. De laisser son coeur battre un peu plus fort pour autre chose que la colère ou la rancoeur. Assise dans l’herbe tendre du parc de Poudlard, elle avait rit avec Irisia. Devant la chaleur de la cheminée de la salle commune de Serpentard, elle avait dansé avec son ancien meilleur ami. Sous un arche fleuri, elle avait sourit pour une Léonie canaille.
Mais depuis que le fardeau chargé sur ses épaules s’était alourdi, Alice ne profitait plus des autres sans qu’une voile noir cache les sourires et les joies du quotidien. Tout avait un goût d’éphémère. Les “pour toujours” se changeait en “et si”.
Et si Erwan finissait par la haïr pour ses propres joies de révolte ?
Et si Aliosus se détournait d’elle ?
Et si elle se perdait dans la vengeance, comme Jacob, comme Kenneth ?
Alice bu une nouvelle gorgée, et s’accrocha au regard d’Erwan comme à une bouée jetée en pleine tempête. L’instant. Se concentrer sur l’instant.
Et comment faire autrement, à présent qu’Erwan faisait preuve de tant d’honnêteté ?
Il suffit de quelques mots pour qu’Alice envoie paître ses propres doutes, pour que les nuages noirs de son futur s’éloignent.
Erwan aurait regretté de ne pas la revoir.
Erwan avait pensé à elle. Beaucoup pensé à elle.
Alice avait-elle pensé à Erwan ? Oui. Elle n’irait pas jusqu’à dire qu’il avait occupé toutes ses pensées, mais elle appréciait se remémorer le souvenir de ses sourires, la chaleur du feu qu’il avait fait pour eux, la douceur de sa joue sous ses lèvres…
Et cette larme qu’elle n’arrivait toujours pas expliqué.
Alice sourit avec douceur. Sans s’en rendre compte, ses doigts s’étaient glissé dans ses boucles laiteuses pour en cacher derrière son oreille, dévoilant la forme de sa mâchoire, le galbe délicat de son cou s’évanouissant sous l’échancrure de sa robe. Elle détourna le regard un instant, juste un, pour ne pas sourire trop fort. Ses mots étaient délicieux, réconfortant. Ils valaient bien des compliments.
Erwan avait apprécié cette soirée autant qu’elle, si bien qu’il en était venu à éprouver du regret à ne pas la revoir.
Sa présence lui avait manqué. Existe t-il compliment plus valorisant que celui ci ?
Et pourtant, Alice ne s’autorisa aucun compliment de cet acabit. Il aurait été inconvenant, juste après le sien. Dans sa bouche, il aurait pu être une clef pour une porte qui devait restée fermée. Alice n’avait ni le temps ni le coeur pour… ça.
« C’est curieux, ne trouves-tu pas ? » demanda t-elle alors dans un sourire. « Nous nous entendons bien, toi et moi. Et pourtant, nous n’avons jamais été prédestinés à une telle entente, au cours de nos années à Poudlard. Je ne me l’explique pas. »
Voilà.
Politesse et convenance. Alice avait gardée la porte fermée, mais lui avait tout de même renvoyé une partie de son compliment.
Alice voulait bien jouer avec Erwan, tant qu’ils ne tombaient pas dans le sentimentalisme. C’était parfaitement hors de question.
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 2 ème année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Un cocktail à deux étages
La réponse à sa tentative d’ouvrir son cœur était mitigée. C’est le moins que l’on puisse dire. Il semblait évident à Erwan qu’Alice avait aimé entendre cet aveu ; ses yeux, sa posture, ses lèvres semblaient le dire. Mais ses mots se montraient plus discrets… C’était comme s’il n’avait rien dit, comme s’il n’avait fourni aucun effort pour faire ce pas vers elle. Il l’avait pourtant fait, un pas vers elle, et, sans pour autant qu’elle fasse un pas en arrière, elle semblait toujours être à la même distance de lui. Erwan entendait dans sa réponse la confirmation que leurs attentes dans l’instant présent étaient différentes. Il avait compris plus tôt que ce jeu n’avait pas de règles et s’il espérait ne pas en sortir perdant, il lui faudrait faire preuve de patience. Il avait caressé un instant le doux fantasme qu’elle et lui s’emmitouflent dans la couverture de l’impatience, profitant de la chaleur de l’instantanéité pour se rapprocher l’un de l’autre, mais il en serait autrement. Rien n’était grave de toute façon. Du moment qu’Alice ne se montrait pas méchante, véhémente ou verbalement violente avec lui, rien ne pourrait entacher son optimisme.
Il y avait beaucoup de vrai dans sa réflexion. C’était une esquive, une façon de mettre derrière eux la mise à nu d’Erwan, mais il fallait reconnaître que c’était une belle esquive. Et malgré le vrai, le jeune homme ne pouvait s’empêcher d’y voir également du faux. «Je n’sais pas… Je suis pas sûr. Qu’est-ce qui te fait dire que nous n’étions pas prédestinés à une telle entente ? Étais-tu du genre à opprimer les plus faibles ? À te montrer cruelle ou violente ? J’espère que non ! Il lui adressa un de ses sourires les plus charmeurs pour signifier qu’il n’y croyait pas du tout. Donc je ne vois pas ce qui aurait pu se mettre sur notre chemin commun…». Il y avait un tas de choses, mais Erwan n’était pas apte tout de suite à les voir. Entre son rapport aux femmes des dernières années, sa tendance à squatter la salle commune de Poufsouffle comme si sa santé en dépendait ou encore son arrogance, il existait un tas de raisons qui auraient pu mettre un frein à cette entente qui paraissait aujourd’hui si évidente, quand bien même elle était étonnante ! «Si le destin est vraiment derrière tout ça, c’est juste qu’il voulait qu’on se rencontre maintenant, une fois adultes. Peut-être avions-nous des choses à apprendre avant ? Ou peut-être qu’il fallait juste qu’on soit assez vieux pour boire un cocktail au bar…». Il en profita pour s’abreuver d’une nouvelle belle gorgée.
C’était une explication qui satisfaisait pleinement le romantique en lui. Comme le destin avait bon dos quand il s’agissait de le rendre responsable de tout le bonheur du monde. Si une telle chose existait, Erwan aimait à se dire qu’il devait probablement bien faire les choses, et que s’il avait fallu attendre tant de temps pour s’entendre avec Alice, c’était qu’il y avait une bonne raison. Et cette raison tambourinait encore et toujours depuis un moment maintenant dans sa poitrine. Mais Erwan était bien plus sensible à la notion de karma qu’à celle de destin. Et si lui aussi existait bel et bien, il était redevable envers le jeune homme. L’ancien Poufsouffle avait toujours été profondément bon, juste, fidèle et loyal. Ça l’arrangeait de croire en l’existence du karma, car il ne savait pas comment être autrement que lui-même. Il ne faisait pas le bien autour de lui dans l’espoir d’une récompense, il ne s’astreignait pas à une discipline particulière pour ne pas s’écarter du chemin, c’était tout simplement son naturel. Cela en disait long sur lui et expliquait par la même occasion pourquoi il avait si vite accepté ses sentiments pour Alice comme une bénédiction. Pourquoi la vie, le karma, le destin, peu importait comment les gens nommaient cela, aurait mis sur sa route quelque chose de mauvais ? Il y avait toujours du positif partout ; et contempler une nouvelle fois la beauté d’Alice, les yeux dans les yeux, le confortait dans cette idée.
Entre elle et lui, rien d’autre que du positif ne pourrait voir le jour, c’était son intime conviction. Alors oui, cela relevait d’une certaine naïveté, d’un certain déni de la complexité des relations humaines, mais Erwan voyait au global. Il savait très bien que vivre ses sentiments dans le secret et l’attente serait une souffrance, qu’il existait toujours entre êtres humains des points de désaccord, de divergence, de rupture, il savait très bien que tout n’était pas que positif. Mais c’est là-dessus qu’il se concentrait et se concentrerait toujours. Sa rupture avec Eileen avait été une terrible souffrance, mais il était sorti grandi et il avait appris à vivre seul, en harmonie avec lui-même. Apprendre qu’il allait être père sans l’avoir vraiment voulu avait été un choc, mais il avait découvert un autre amour et pris conscience qu’il voulait transmettre quelque chose de bon… Bref, Erwan arrivait toujours à voir le verre à moitié plein. Le sien, par contre, approchait dangereusement de la limite où il serait plus vide que plein… Il avait beau savoir que c’était dangereux, ce cocktail se buvait très facilement ! «Je te laisserais choisir le prochain d’ailleurs… Celui-ci me semble bien trop dangereux ! Regarde, j’en ai bu la moitié sans m’en rendre compte !». Plus le moment était agréable, plus il était facile de ne pas faire attention. Or, Erwan avait rarement connu, pour ne pas dire jamais, de moment autour d’un cocktail aussi agréable que celui-ci ! Il espérait que c’était aussi agréable pour elle, assez en tout cas pour qu’elle en oublie l’heure ou n’importe quelle obligation qui aurait pu l’arracher à l’instant présent.
Il y avait beaucoup de vrai dans sa réflexion. C’était une esquive, une façon de mettre derrière eux la mise à nu d’Erwan, mais il fallait reconnaître que c’était une belle esquive. Et malgré le vrai, le jeune homme ne pouvait s’empêcher d’y voir également du faux. «Je n’sais pas… Je suis pas sûr. Qu’est-ce qui te fait dire que nous n’étions pas prédestinés à une telle entente ? Étais-tu du genre à opprimer les plus faibles ? À te montrer cruelle ou violente ? J’espère que non ! Il lui adressa un de ses sourires les plus charmeurs pour signifier qu’il n’y croyait pas du tout. Donc je ne vois pas ce qui aurait pu se mettre sur notre chemin commun…». Il y avait un tas de choses, mais Erwan n’était pas apte tout de suite à les voir. Entre son rapport aux femmes des dernières années, sa tendance à squatter la salle commune de Poufsouffle comme si sa santé en dépendait ou encore son arrogance, il existait un tas de raisons qui auraient pu mettre un frein à cette entente qui paraissait aujourd’hui si évidente, quand bien même elle était étonnante ! «Si le destin est vraiment derrière tout ça, c’est juste qu’il voulait qu’on se rencontre maintenant, une fois adultes. Peut-être avions-nous des choses à apprendre avant ? Ou peut-être qu’il fallait juste qu’on soit assez vieux pour boire un cocktail au bar…». Il en profita pour s’abreuver d’une nouvelle belle gorgée.
C’était une explication qui satisfaisait pleinement le romantique en lui. Comme le destin avait bon dos quand il s’agissait de le rendre responsable de tout le bonheur du monde. Si une telle chose existait, Erwan aimait à se dire qu’il devait probablement bien faire les choses, et que s’il avait fallu attendre tant de temps pour s’entendre avec Alice, c’était qu’il y avait une bonne raison. Et cette raison tambourinait encore et toujours depuis un moment maintenant dans sa poitrine. Mais Erwan était bien plus sensible à la notion de karma qu’à celle de destin. Et si lui aussi existait bel et bien, il était redevable envers le jeune homme. L’ancien Poufsouffle avait toujours été profondément bon, juste, fidèle et loyal. Ça l’arrangeait de croire en l’existence du karma, car il ne savait pas comment être autrement que lui-même. Il ne faisait pas le bien autour de lui dans l’espoir d’une récompense, il ne s’astreignait pas à une discipline particulière pour ne pas s’écarter du chemin, c’était tout simplement son naturel. Cela en disait long sur lui et expliquait par la même occasion pourquoi il avait si vite accepté ses sentiments pour Alice comme une bénédiction. Pourquoi la vie, le karma, le destin, peu importait comment les gens nommaient cela, aurait mis sur sa route quelque chose de mauvais ? Il y avait toujours du positif partout ; et contempler une nouvelle fois la beauté d’Alice, les yeux dans les yeux, le confortait dans cette idée.
Entre elle et lui, rien d’autre que du positif ne pourrait voir le jour, c’était son intime conviction. Alors oui, cela relevait d’une certaine naïveté, d’un certain déni de la complexité des relations humaines, mais Erwan voyait au global. Il savait très bien que vivre ses sentiments dans le secret et l’attente serait une souffrance, qu’il existait toujours entre êtres humains des points de désaccord, de divergence, de rupture, il savait très bien que tout n’était pas que positif. Mais c’est là-dessus qu’il se concentrait et se concentrerait toujours. Sa rupture avec Eileen avait été une terrible souffrance, mais il était sorti grandi et il avait appris à vivre seul, en harmonie avec lui-même. Apprendre qu’il allait être père sans l’avoir vraiment voulu avait été un choc, mais il avait découvert un autre amour et pris conscience qu’il voulait transmettre quelque chose de bon… Bref, Erwan arrivait toujours à voir le verre à moitié plein. Le sien, par contre, approchait dangereusement de la limite où il serait plus vide que plein… Il avait beau savoir que c’était dangereux, ce cocktail se buvait très facilement ! «Je te laisserais choisir le prochain d’ailleurs… Celui-ci me semble bien trop dangereux ! Regarde, j’en ai bu la moitié sans m’en rendre compte !». Plus le moment était agréable, plus il était facile de ne pas faire attention. Or, Erwan avait rarement connu, pour ne pas dire jamais, de moment autour d’un cocktail aussi agréable que celui-ci ! Il espérait que c’était aussi agréable pour elle, assez en tout cas pour qu’elle en oublie l’heure ou n’importe quelle obligation qui aurait pu l’arracher à l’instant présent.
Voyageur amateur ~ Digne héritier de l’esprit Weasley ~ commerçant en herbe
Un cocktail à deux étages
La réponse d’Erwan était surprenante, et arracha à Alice une expression de surprise qu’elle ne parvint pas à retenir : ses lèvres s’entrouvrirent, ses sourcils se haussèrent.
Est-ce que seule un comportement violent et oppressif aurait pu les opposer à Poudlard ? Voilà une vision bien enfantine des relations humaines. Erwan ne voyait-il que le blanc ou le noir ? Non. Personne n’était aussi naïf. Leur mésentente aurait pu reposer sur bien d’autres choses bien moins visuelles que la violence.
Il était ami avec Alienor Delphillia.
Il avait de l’intérêt pour un sport qu’Alice méprisait.
Il portait le même nom que son premier et dernier petit ami.
Que croyait Erwan ? Qu’il aurait été le seul à décider si ils pouvaient être amis ? Mais alors… qu’est-ce qui avait pu changer ? Pourquoi Alice avait-elle finit par chercher, espérer et apprécier le contact d’Erwan Martin ?
Son sourire était sans doute le même qu’autrefois… quoi que certainement moins charmeur. Et, de toutes manières, Alice n’avait jamais laissé un sourire l’émouvoir. Celui d’Erwan était délicieux, bien sûr, mais ses affections ne reposaient pas sur de telles banalités. Il lui en fallait plus, bien plus. Sinon, Damiano et elle seraient les meilleurs amis du monde.
La suite de réponse d’Erwan offrit une réponse plus appréciable à Alice, qui sentit sa surprise fondre au profit d’un beau sourire. Oui. Le Destin. La maturité. Ou bien les Ancêtres. Bercée par leur chant transporté par le vent breton, Alice s’était sans doute laissée guidée vers Erwan et sa douce simplicité. Sans doute avait-il vu en ce garçon un cocon dans lequel se cacher pour laisser passer la tempête d’un quotidien trop tumultueux.
Quelque soit le décisionnaire omnipotent caché derrière cette rencontre , cela valait mieux qu’un sourire à désirer.
« Nous aurions donc dû commencer par là… et lever nos verres à l’âge adulte », répondit Alice, un sourire coquin soulevant ses pommettes. Elle imita Erwan et bu elle aussi une grosse gorgée de son cocktail. Il avait l’habitude de boire, aussi lui faisait-elle confiance : faire cela ne devait pas mettre en péril sa sobriété.
Et leurs verres se vidaient à grande vitesse.
Il fallait dire que ce cocktail se buvait bien. L’amertume du rhum se sentait à peine, c’était bien la preuve qu’il y en avait peu. Alice avait suffisamment été éprouvée par l’haleine de Thomas pour savoir que l’alcool avait un goût et une odeur. Celui de son cocktail etait discret, léger, en petite quantité. Alice ne serait pas ivre. Elle avait tantôt pointé du doigt la fourberie de ce cocktail mais… si Erwan le buvait aussi vite après l’avoir pourtant mise en garde, c’était bien pour lui montrer qu’elle pouvait avoir toute confiance en son verre, non ?
Alice glissa son regard sur son cocktail, puis sur celui d’Erwan, jusqu’à lever les yeux sur lui, un sourcil arqué.
Dangereux ?
Avait-il bien utilisé le terme dangereux pour parler du cocktail qu’elle avait bu en le suivant comme un mentor de boisson ?
Circée…
Quelle idiote.
Et voilà que reposait à présent sur ses épaules la responsabilité de choisir un cocktail ! Avait-elle l’air de s’y connaître en boisson ? Trop nombreuses avaient-été les fois où elle avait pénétré dans un bar, mais elle était à chaque fois accompagné de Thomas, et lui seul commandait puisqu’il est tout naturel de laisser cette corvée à celui qui s’y connaît en débauche et alcoolisme.
Tout naturel, ou absolument inconscient. Alice y songeait à présent.
« Je ne m’y connais absolument pas, Erwan » avoua Alice avec lenteur. Elle jeta un regard autour d’elle, cherchant la présence d’une carte pour lui indiquer les pourcentages d’alcool de chaque maudit cocktail, ainsi que leurs compositions, leurs noms, leurs confections…
Elle s’arrêta sur son verre presque aussi peu rempli que celui d’Erwan. Alice n’allait tout de même pas devoir… jeter sa monnaie dans le fond de son verre, lui parler, et voir ses gallions s’empêtrer dans les restes alcoolisés…?
Désemparée, Alice regarda de nouveau Erwan, ses doigts accrochés à son verre.
« … Est-ce… nécessaire de devoir commander quoi que ce soit en jetant notre monnaie dans nos verres…? Je dois t’avouer que… je ne suis pas tres à l’aise avec cette pratique. Cela ne se fait pas, dans ma famille. Je veux dire… laisser l’argent toucher à ce que nous allons boire ou manger. Je t’épargnerai les superstitions associées, pour invoquer le côté fort peu hygiénique d’une telle manœuvre. » Alice souriait néanmoins, ses yeux d’argent dans ceux d’Erwan, implorant sans un mot de plus l’indulgence du jeune homme pour celle qui, de toutes évidences, n’appartenait ni à cet endroit, ni au monde d’Erwan. « … mais je ne veux pas écourter ce moment pour autant. »
Cette précision était nécessaire.
Alice ne voulait pas qu’Erwan puisse prendre ses écœurements pour une tentative de quitter le Pitiponk. Elle n’en avait pas envie.
Quand bien même le gérant de boui-boui méritait de recevoir la visite du service de vérification des normes d’hygiène, Alice etait ici, avec Erwan, et elle aimait cela.
Est-ce que seule un comportement violent et oppressif aurait pu les opposer à Poudlard ? Voilà une vision bien enfantine des relations humaines. Erwan ne voyait-il que le blanc ou le noir ? Non. Personne n’était aussi naïf. Leur mésentente aurait pu reposer sur bien d’autres choses bien moins visuelles que la violence.
Il était ami avec Alienor Delphillia.
Il avait de l’intérêt pour un sport qu’Alice méprisait.
Il portait le même nom que son premier et dernier petit ami.
Que croyait Erwan ? Qu’il aurait été le seul à décider si ils pouvaient être amis ? Mais alors… qu’est-ce qui avait pu changer ? Pourquoi Alice avait-elle finit par chercher, espérer et apprécier le contact d’Erwan Martin ?
Son sourire était sans doute le même qu’autrefois… quoi que certainement moins charmeur. Et, de toutes manières, Alice n’avait jamais laissé un sourire l’émouvoir. Celui d’Erwan était délicieux, bien sûr, mais ses affections ne reposaient pas sur de telles banalités. Il lui en fallait plus, bien plus. Sinon, Damiano et elle seraient les meilleurs amis du monde.
La suite de réponse d’Erwan offrit une réponse plus appréciable à Alice, qui sentit sa surprise fondre au profit d’un beau sourire. Oui. Le Destin. La maturité. Ou bien les Ancêtres. Bercée par leur chant transporté par le vent breton, Alice s’était sans doute laissée guidée vers Erwan et sa douce simplicité. Sans doute avait-il vu en ce garçon un cocon dans lequel se cacher pour laisser passer la tempête d’un quotidien trop tumultueux.
Quelque soit le décisionnaire omnipotent caché derrière cette rencontre , cela valait mieux qu’un sourire à désirer.
« Nous aurions donc dû commencer par là… et lever nos verres à l’âge adulte », répondit Alice, un sourire coquin soulevant ses pommettes. Elle imita Erwan et bu elle aussi une grosse gorgée de son cocktail. Il avait l’habitude de boire, aussi lui faisait-elle confiance : faire cela ne devait pas mettre en péril sa sobriété.
Et leurs verres se vidaient à grande vitesse.
Il fallait dire que ce cocktail se buvait bien. L’amertume du rhum se sentait à peine, c’était bien la preuve qu’il y en avait peu. Alice avait suffisamment été éprouvée par l’haleine de Thomas pour savoir que l’alcool avait un goût et une odeur. Celui de son cocktail etait discret, léger, en petite quantité. Alice ne serait pas ivre. Elle avait tantôt pointé du doigt la fourberie de ce cocktail mais… si Erwan le buvait aussi vite après l’avoir pourtant mise en garde, c’était bien pour lui montrer qu’elle pouvait avoir toute confiance en son verre, non ?
Alice glissa son regard sur son cocktail, puis sur celui d’Erwan, jusqu’à lever les yeux sur lui, un sourcil arqué.
Dangereux ?
Avait-il bien utilisé le terme dangereux pour parler du cocktail qu’elle avait bu en le suivant comme un mentor de boisson ?
Circée…
Quelle idiote.
Et voilà que reposait à présent sur ses épaules la responsabilité de choisir un cocktail ! Avait-elle l’air de s’y connaître en boisson ? Trop nombreuses avaient-été les fois où elle avait pénétré dans un bar, mais elle était à chaque fois accompagné de Thomas, et lui seul commandait puisqu’il est tout naturel de laisser cette corvée à celui qui s’y connaît en débauche et alcoolisme.
Tout naturel, ou absolument inconscient. Alice y songeait à présent.
« Je ne m’y connais absolument pas, Erwan » avoua Alice avec lenteur. Elle jeta un regard autour d’elle, cherchant la présence d’une carte pour lui indiquer les pourcentages d’alcool de chaque maudit cocktail, ainsi que leurs compositions, leurs noms, leurs confections…
Elle s’arrêta sur son verre presque aussi peu rempli que celui d’Erwan. Alice n’allait tout de même pas devoir… jeter sa monnaie dans le fond de son verre, lui parler, et voir ses gallions s’empêtrer dans les restes alcoolisés…?
Désemparée, Alice regarda de nouveau Erwan, ses doigts accrochés à son verre.
« … Est-ce… nécessaire de devoir commander quoi que ce soit en jetant notre monnaie dans nos verres…? Je dois t’avouer que… je ne suis pas tres à l’aise avec cette pratique. Cela ne se fait pas, dans ma famille. Je veux dire… laisser l’argent toucher à ce que nous allons boire ou manger. Je t’épargnerai les superstitions associées, pour invoquer le côté fort peu hygiénique d’une telle manœuvre. » Alice souriait néanmoins, ses yeux d’argent dans ceux d’Erwan, implorant sans un mot de plus l’indulgence du jeune homme pour celle qui, de toutes évidences, n’appartenait ni à cet endroit, ni au monde d’Erwan. « … mais je ne veux pas écourter ce moment pour autant. »
Cette précision était nécessaire.
Alice ne voulait pas qu’Erwan puisse prendre ses écœurements pour une tentative de quitter le Pitiponk. Elle n’en avait pas envie.
Quand bien même le gérant de boui-boui méritait de recevoir la visite du service de vérification des normes d’hygiène, Alice etait ici, avec Erwan, et elle aimait cela.
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 2 ème année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Un cocktail à deux étages
À entendre Alice, Erwan était un expert en cocktail. Lui non plus n’y connaissait rien avant de faire des erreurs et d’apprendre… Même aujourd’hui, il n’était pas un fin connaisseur. Il savait juste que le rhum et la bière passaient mieux que le reste, mais ça semblait déjà être plus de connaissances qu’en avait Alice. Et si choisir un cocktail la laissait perplexe, c’était la façon de le commander qui dérangeait le plus la raffinée française. Erwan aurait pu croire, après l’avoir vue nettoyer le banc sur lequel ils s’étaient assis, qu’elle avait un petit côté maniaque de l’hygiène, mais son explication dévoilait quelque chose de plus complexe qu’un simple attrait pour le propre, même si elle semblait vouloir simplifier la chose comme ça pour ne pas évoquer ses superstitions… Des images de voyages s’invitèrent dans l’esprit du jeune homme. Il avait découvert, bien malgré lui, qu’accorder une telle place à l’hygiène était une lubie de riche occidental. Il avait beau voyager avec le plus petit budget possible, juste de quoi manger et dormir quelque part, il restait, pour la plupart des gens qu’il avait croisés, un riche occidental. Le simple fait qu’il soit ailleurs que chez lui à trimer pour gagner de quoi manger le jour même faisait de lui un privilégié. C’est le genre d’enseignement qu’on ne peut recevoir qu’à ses dépens… Et lorsqu’on est face à une si dure réalité, il est plus aisément compréhensible que l’hygiène de tout ce qui nous entoure ne passe pas au premier plan. L’attitude d’Alice révélait pourtant qu’il y avait autre chose que cette histoire d’hygiène, quand bien même elle était une riche occidentale… Un système de croyances, étranger à l’ancien Poufsouffle, qu’il se réjouissait d’effleurer. Tout ce qui lui permettait de découvrir ce qui faisait d’Alice Alice le réjouissait.
Bien qu’il ne puisse pas faire grand-chose à la façon dont le Pitiponk prenait ses commandes, il se sentait désormais investi de la mission de rendre celle qui trônait dans son cœur plus à l’aise. Si elle ne voulait pas écourter ce moment, Erwan voulait l’étirer le plus possible. Il aurait pu se présenter au pleuroir, exiger qu’ils puissent commander leurs boissons autrement, mais il avait peu d’espoir qu’un tel comportement, sans considérations pour ce qui faisait l’identité du pub, puisse amener quoi que ce soit de positif. De plus, cela le tiendrait éloigné d’Alice bien trop longtemps ; chaque seconde était un cadeau dont il voulait profiter. Qui sait quand ils seraient amenés à partager à nouveau un tel moment ? «Je serais peiné que ce moment soit écourté ! Je crois, malheureusement, qu’il n’y a que comme ça qu’on puisse commander… Est-ce qu’une protection magique ferait l’affaire ? Un impervius sur les pièces et c’est comme si le liquide ne touchait pas la monnaie non ?». Ce n’était pas une solution parfaite, mais ça avait le mérite d’en être une. S’il était bien exécuté, aucune goutte ne toucherait le métal, mais peut-être que ça ne suffirait pas à Alice… Sa réserve avait plus l’air de tenir du principe que du réel contact entre le liquide et le galion. «Sinon…». Il porta une nouvelle fois son verre à ses lèvres.
Alors qu’il avalait le délicieux breuvage, se délectant de sa fraîcheur, se demandant quand l’alcool qu’il contenait montrerait sa face cachée ; il continuait de réfléchir à une solution à apporter à Alice. Sans vouloir en faire une montagne, sans le calculer, son côté serviable et arrangeant prenait le dessus. Elle avait exprimé une gêne et Erwan ne pouvait pas ne rien y faire. Il ne parviendrait peut-être pas à tout régler, mais il aurait essayé. Mais pour Alice, il voulait faire mieux qu’essayer. «… Sinon on peut peut-être essayer de mettre les pièces dans un seul verre et commander deux boissons ! C’est que je ne voudrais pas que tu te soucies d’autre chose que de profiter de ma compagnie pendant qu’on trinque à l’âge adulte.». Il lui rendit le sourire coquin qu’elle lui avait adressé plus tôt. Il fit attention de ne pas finir son verre, laissant juste assez de boisson pour qu’il ne paraisse pas vide, le temps de régler ce qui pourrait ou non gêner Alice. C’était également une façon de faire durer leur rendez-vous improvisé… Il redoutait déjà le moment où ils devraient se dire au revoir. Quand il se retrouverait seul, à devoir regagner son appartement vide, avec la crampe au ventre de ne pas savoir quand il la reverrait. Erwan s’adossa finalement sur le banc puis pencha légèrement sa tête en arrière pour profiter des derniers rayons de soleil qui arrivaient encore à s’infiltrer dans la cour du Pitiponk. Ce n’était pas le moment de penser à son retour chez lui. L’instant présent était délicieux, si délicieux que ni le passé ni le futur n’y avaient une place où exister. Ça, c’était la version poétique et optimiste, aussi vraie et authentique que la version pratique et factuelle ; mais cette deuxième version expliquait surtout qu’Erwan voyait dans ce changement de position une excuse pour se rapprocher du corps d’Alice… Il arrivait de moins en moins à faire taire la petite voix diabolique qui lui murmurait à l’oreille à quel point il désirait sentir à nouveau sa peau contre la sienne. Ah ! C’était peut-être maintenant que l’alcool commençait à montrer son vrai visage…
Bien qu’il ne puisse pas faire grand-chose à la façon dont le Pitiponk prenait ses commandes, il se sentait désormais investi de la mission de rendre celle qui trônait dans son cœur plus à l’aise. Si elle ne voulait pas écourter ce moment, Erwan voulait l’étirer le plus possible. Il aurait pu se présenter au pleuroir, exiger qu’ils puissent commander leurs boissons autrement, mais il avait peu d’espoir qu’un tel comportement, sans considérations pour ce qui faisait l’identité du pub, puisse amener quoi que ce soit de positif. De plus, cela le tiendrait éloigné d’Alice bien trop longtemps ; chaque seconde était un cadeau dont il voulait profiter. Qui sait quand ils seraient amenés à partager à nouveau un tel moment ? «Je serais peiné que ce moment soit écourté ! Je crois, malheureusement, qu’il n’y a que comme ça qu’on puisse commander… Est-ce qu’une protection magique ferait l’affaire ? Un impervius sur les pièces et c’est comme si le liquide ne touchait pas la monnaie non ?». Ce n’était pas une solution parfaite, mais ça avait le mérite d’en être une. S’il était bien exécuté, aucune goutte ne toucherait le métal, mais peut-être que ça ne suffirait pas à Alice… Sa réserve avait plus l’air de tenir du principe que du réel contact entre le liquide et le galion. «Sinon…». Il porta une nouvelle fois son verre à ses lèvres.
Alors qu’il avalait le délicieux breuvage, se délectant de sa fraîcheur, se demandant quand l’alcool qu’il contenait montrerait sa face cachée ; il continuait de réfléchir à une solution à apporter à Alice. Sans vouloir en faire une montagne, sans le calculer, son côté serviable et arrangeant prenait le dessus. Elle avait exprimé une gêne et Erwan ne pouvait pas ne rien y faire. Il ne parviendrait peut-être pas à tout régler, mais il aurait essayé. Mais pour Alice, il voulait faire mieux qu’essayer. «… Sinon on peut peut-être essayer de mettre les pièces dans un seul verre et commander deux boissons ! C’est que je ne voudrais pas que tu te soucies d’autre chose que de profiter de ma compagnie pendant qu’on trinque à l’âge adulte.». Il lui rendit le sourire coquin qu’elle lui avait adressé plus tôt. Il fit attention de ne pas finir son verre, laissant juste assez de boisson pour qu’il ne paraisse pas vide, le temps de régler ce qui pourrait ou non gêner Alice. C’était également une façon de faire durer leur rendez-vous improvisé… Il redoutait déjà le moment où ils devraient se dire au revoir. Quand il se retrouverait seul, à devoir regagner son appartement vide, avec la crampe au ventre de ne pas savoir quand il la reverrait. Erwan s’adossa finalement sur le banc puis pencha légèrement sa tête en arrière pour profiter des derniers rayons de soleil qui arrivaient encore à s’infiltrer dans la cour du Pitiponk. Ce n’était pas le moment de penser à son retour chez lui. L’instant présent était délicieux, si délicieux que ni le passé ni le futur n’y avaient une place où exister. Ça, c’était la version poétique et optimiste, aussi vraie et authentique que la version pratique et factuelle ; mais cette deuxième version expliquait surtout qu’Erwan voyait dans ce changement de position une excuse pour se rapprocher du corps d’Alice… Il arrivait de moins en moins à faire taire la petite voix diabolique qui lui murmurait à l’oreille à quel point il désirait sentir à nouveau sa peau contre la sienne. Ah ! C’était peut-être maintenant que l’alcool commençait à montrer son vrai visage…
Voyageur amateur ~ Digne héritier de l’esprit Weasley ~ commerçant en herbe
Un cocktail à deux étages
Alice sentit sa mâchoire se crisper. Voilà où s’étendait l’absurde frontière du monde sorcier : à force de vouloir user de la magie pour tout et n’importe quoi, on en oubliait la simplicité des gestes élémentaires. Commander un verre devrait être d’une simplicité enfantine. Alice ne se positionnerait pas comme une experte en bar, mais… elle avait assez souvent accompagné son frère pour savoir qu’il suffisait d’un comptoir et d’un barman. Les tenanciers de cet établissement méprisaient-ils donc leur métier pour se refuser à servir leur client en face à face ?
Alice écouta la première proposition d’Erwan. Un sortilège pour protéger leurs monnaie. Visuellement, cela fonctionnerait. Mais au fond de son coeur, Alice savait que ce ne serait pas suffisant. Elle pourrait accepter, se convaincre qu’un sortilège d’imperméabilité suffirait à repousser le mauvais oeil.
Elle ne le ferait pas. Alice ne se mentirait pas pour un cocktail.
Alice ne reprit la parole après le “sinon” d’Erwan laissé en suspens. Elle l’imita en buvant son propre verre, pendue aux lèvres du jeune homme, attendant une solution.
Lorsqu’elle fut annoncée, Alice se figea. Mettre le prix intégral de leur commande dans un seul verre, celui d’Erwan. Ce n’était pas tant l’idée qui séduit Alice, mais le geste, la reflexion en elle même. Erwan aurait pu proposer une seule solution… mais lui en avait offert deux, comme si il se refusait à voir Alice gênée par quoi que ce soit.
Un sourire franc éclata sur son visage, touché par cette attention singulière. Il s’agissait là d’une démonstration de galanterie que jamais on ne lui avait servi. Pourtant, Alice avait rencontré bien des gentleman, et en rencontrerait encore pendant longtemps. On tirait sa chaise pour qu’elle s’y installe, on ouvrait les portes sur son passage… mais jamais on ne prenait le temps de comprendre ses traditions, de les respecter.
« Essayons », répondit-elle alors. Et son sourire, encore vif d’éclat, s’adoucit peu à peu, comme une flamme qui n’est plus que chaleur.
Alice était soulagée. Soulagée qu’une solution soit trouvée. Aurait-elle voulu s’en aller si elle n’avait pas bu commander un autre cocktail ? Sans doute pas. Erwan ? Il aurait certainement proposé de s’en aller, peut-être pour rejoindre son appartement, ou bien un autre bar de sa connaissance ?
Alice aurait accepté. Le bar, pas son appartement. Y pénétrer une première fois fut une erreur, une dérive qu’elle n’aurait pas dû se permettre. Il n’était pas polie de s’inviter de la sorte chez autrui. Mais la faute reposait également sur Erwan : il lui avait parlé de son chat.
Ses lèvres trempées dans son verre pour terminer son verre, Alice songeait. Où était le fils d’Erwan ? Alice n’avait pas vu de berceau dans la chambre d’Erwan, ni dans le salon. Où dormait son enfant ? Vivait-il ailleurs ? Avec la mère ? Où était la mère ? Étaient-ils toujours en bon terme ? Erwan voyait-il son fils ? Souffrirait-il si tel n’était pas le cas ?
Du coin de l’œil, Alice observa Erwan s’étendre à côté d’elle, sa tête jetée en arrière, sa gorge exposée. Elle observa cette peau mise à nue, imaginant sa veine jugulaire battre tranquillement, son cœur apaisé de se savoir en repos plus tôt aujourd’hui. Alice sourit, ses yeux glissant jusqu’à sa mâchoire qu’ils caressèrent sans gêne. Ils se perdirent ensuite dans la courbe de son cou, descendant le long de son épaule. Leur course s’arrêta là, puisqu’elle pouvait dessiner le reste de son bras rien qu’avec la chaleur qu’il dégageait dans son dos, là, juste sur le dossier sur lequel elle n’était pas tout à fait appuyée.
Elle ne le ferait pas plus. Cependant…
Alice se permit de fermer les yeux pour basculer juste un peu la tête en arrière… suffisamment pour soulever ses longues boucles blanches, et les laisser effleurer la peau d’Erwan lorsqu’elle se fit plus droite.
Dans un geste calculé, Alice se tourna vers le jeune homme, ses cheveux suivant son mouvement dans une caresse étudiée.
« Il m’est arrivé un jour de goûter un cocktail avec de la liqueur d’amande, de la liqueur de chocolat… et de la crème, me semble t-il » annonça Alice, dont le souvenir sucré éveillait ses papilles sensibles. « Je ne parviens pas à me souvenir du nom mais… il s’agit du seul cocktail qui m’est laissé un agréable souvenir. Nous pouvons tester ton idée avec cette commande, qu'en dis-tu ? »
Celui ci, Alice l’avait partagé à Paris avec Thomas, quelques jours avant Noël. Elle ne se souvenait pas avoir été alcoolisé avec celui ci. Tout au contraire, Alice en gardait un très bon souvenir.
De plus, il l’avait gardée bien au chaud pour arpenter les rues enneigées de la capitale sorcière.
Alice écouta la première proposition d’Erwan. Un sortilège pour protéger leurs monnaie. Visuellement, cela fonctionnerait. Mais au fond de son coeur, Alice savait que ce ne serait pas suffisant. Elle pourrait accepter, se convaincre qu’un sortilège d’imperméabilité suffirait à repousser le mauvais oeil.
Elle ne le ferait pas. Alice ne se mentirait pas pour un cocktail.
Alice ne reprit la parole après le “sinon” d’Erwan laissé en suspens. Elle l’imita en buvant son propre verre, pendue aux lèvres du jeune homme, attendant une solution.
Lorsqu’elle fut annoncée, Alice se figea. Mettre le prix intégral de leur commande dans un seul verre, celui d’Erwan. Ce n’était pas tant l’idée qui séduit Alice, mais le geste, la reflexion en elle même. Erwan aurait pu proposer une seule solution… mais lui en avait offert deux, comme si il se refusait à voir Alice gênée par quoi que ce soit.
Un sourire franc éclata sur son visage, touché par cette attention singulière. Il s’agissait là d’une démonstration de galanterie que jamais on ne lui avait servi. Pourtant, Alice avait rencontré bien des gentleman, et en rencontrerait encore pendant longtemps. On tirait sa chaise pour qu’elle s’y installe, on ouvrait les portes sur son passage… mais jamais on ne prenait le temps de comprendre ses traditions, de les respecter.
« Essayons », répondit-elle alors. Et son sourire, encore vif d’éclat, s’adoucit peu à peu, comme une flamme qui n’est plus que chaleur.
Alice était soulagée. Soulagée qu’une solution soit trouvée. Aurait-elle voulu s’en aller si elle n’avait pas bu commander un autre cocktail ? Sans doute pas. Erwan ? Il aurait certainement proposé de s’en aller, peut-être pour rejoindre son appartement, ou bien un autre bar de sa connaissance ?
Alice aurait accepté. Le bar, pas son appartement. Y pénétrer une première fois fut une erreur, une dérive qu’elle n’aurait pas dû se permettre. Il n’était pas polie de s’inviter de la sorte chez autrui. Mais la faute reposait également sur Erwan : il lui avait parlé de son chat.
Ses lèvres trempées dans son verre pour terminer son verre, Alice songeait. Où était le fils d’Erwan ? Alice n’avait pas vu de berceau dans la chambre d’Erwan, ni dans le salon. Où dormait son enfant ? Vivait-il ailleurs ? Avec la mère ? Où était la mère ? Étaient-ils toujours en bon terme ? Erwan voyait-il son fils ? Souffrirait-il si tel n’était pas le cas ?
Du coin de l’œil, Alice observa Erwan s’étendre à côté d’elle, sa tête jetée en arrière, sa gorge exposée. Elle observa cette peau mise à nue, imaginant sa veine jugulaire battre tranquillement, son cœur apaisé de se savoir en repos plus tôt aujourd’hui. Alice sourit, ses yeux glissant jusqu’à sa mâchoire qu’ils caressèrent sans gêne. Ils se perdirent ensuite dans la courbe de son cou, descendant le long de son épaule. Leur course s’arrêta là, puisqu’elle pouvait dessiner le reste de son bras rien qu’avec la chaleur qu’il dégageait dans son dos, là, juste sur le dossier sur lequel elle n’était pas tout à fait appuyée.
Elle ne le ferait pas plus. Cependant…
Alice se permit de fermer les yeux pour basculer juste un peu la tête en arrière… suffisamment pour soulever ses longues boucles blanches, et les laisser effleurer la peau d’Erwan lorsqu’elle se fit plus droite.
Dans un geste calculé, Alice se tourna vers le jeune homme, ses cheveux suivant son mouvement dans une caresse étudiée.
« Il m’est arrivé un jour de goûter un cocktail avec de la liqueur d’amande, de la liqueur de chocolat… et de la crème, me semble t-il » annonça Alice, dont le souvenir sucré éveillait ses papilles sensibles. « Je ne parviens pas à me souvenir du nom mais… il s’agit du seul cocktail qui m’est laissé un agréable souvenir. Nous pouvons tester ton idée avec cette commande, qu'en dis-tu ? »
Celui ci, Alice l’avait partagé à Paris avec Thomas, quelques jours avant Noël. Elle ne se souvenait pas avoir été alcoolisé avec celui ci. Tout au contraire, Alice en gardait un très bon souvenir.
De plus, il l’avait gardée bien au chaud pour arpenter les rues enneigées de la capitale sorcière.
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 2 ème année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Un cocktail à deux étages
Si seulement il pouvait faire taire ce petit diablotin sur son épaule. Mais il fallait se faire à l’idée qu’il allait devoir vivre avec… Alice lui avait fait part de ce qu’elle pensait des vils hommes qui la désiraient seulement pour son corps. Si Erwan était très loin de faire partie de ces gredins, il ne prendrait pas le risque qu’elle le pense ! S’il devait y avoir un jour un rapprochement physique entre eux, il serait le fruit d’une évidence, au mieux une réponse au premier pas d’Alice ; mais certainement pas une audacieuse tentative de la part d’Erwan. Il ne lui donnerait pas si facilement l’opportunité de voir en lui ce qu’elle craignait plutôt que ce qui l’animait vraiment. Si Alice faisait un pas vers lui par contre… Il ne répondrait plus de rien. Erwan releva légèrement la tête pour se remettre dans l’instant présent, tentant vainement de faire perdre l’équilibre à l’invité indésirable qui logeait sur son épaule. Il regarda Alice au moment où elle ferma les yeux. Comment pouvait-il espérer déloger cette voix qui lui susurrait à quel point elle était belle… ? Elle ne disait rien d’autre que la vérité. Contemplant son visage, il en venait même à se dire que c’était trop. Chaque ligne était gracieuse, chaque recoin était charmant, chaque centimètre de peau était une invitation à la caresse, à la tendresse, à la muette contemplation de ce que la nature fait de plus beau…
Lorsque l’idée lui vint de regarder plus bas que son visage, la chevelure blanche entra en contact avec la peau de son bras. Un frisson parcourut instantanément son corps tout entier. Pour sûr que la magie circulait dans son corps jusqu’à la pointe de ses cheveux ! Alice rouvrit ses yeux et se tourna vers Erwan. Ses yeux rencontrèrent une nouvelle fois les siens et son mouvement créa la plus agréable, la plus subtile, la plus jouissante des caresses sur son avant-bras. Ce n’était plus une voix qui parlait dans son oreille, c’était une chorale accompagnée d’un orchestre symphonique. Cette délicate caresse venait lui brûler les entrailles, il n’y avait qu’une chose qu’il désirait plus que parcourir les quelques centimètres qui les séparaient l’un de l’autre. Il avait l’image en tête, si claire, de son bras qui se referme sur son épaule en passant derrière son cou, de leurs corps qui se rencontrent de haut en bas, de leurs visages à deux ou trois centimètres qui patientent sagement car ils savent que la passion les réunira si vite… Mais les mots d’Alice ramenèrent Erwan à la réalité, brisant son image mentale en plusieurs morceaux. Il ne connaissait pas ce cocktail, mais tout dans ce que venait de décrire Alice lui donnait l’eau à la bouche. De l’amande, du chocolat et de la crème ? Il suffisait d’enlever le mot liqueur pour que cela devienne une excellente base de gâteau. «Toi, tu sais parler au gourmand que je suis ! Attends, je vais chercher une carte pour voir s’ils servent ça…». Probablement que même si Erwan avait connu le nom du cocktail, il aurait cherché une excuse pour se lever. Il fallait s’éloigner rapidement pour éviter de craquer… Il se leva et fit quelques pas vers une table haute où logeait une carte entre un cendrier et un mini verre qui contiendrait une petite flamme magique une fois la nuit tombée. Il revint s’asseoir aux côtés d’Alice, à la même distance où il se trouvait avant. Même conscient du danger que cela représentait, il ne voulait pas se priver d’une éventuelle nouvelle caresse de cheveux…
Est-ce qu’il jouait avec le feu ? Un peu. Alice jouait un jeu dangereux, elle le savait. Et il savait qu’elle le savait… Elle avait senti le contact de ses cheveux sur le bras d’Erwan, évidemment… Et si cela l’avait gênée ou lui avait déplu, elle aurait eu un mouvement de recul, elle se serait décalée. Mais ce n’était pas pour autant le premier pas pour lequel Erwan avait juré qu’il ne répondrait plus de rien. C’était… fourbe ! Tout comme quand leurs corps s’étaient frôlés sur le pas de sa porte, le jeune homme se demandait si Alice n’était pas en train de le tester. S’attendait-elle à ce qu’Erwan lui donne une raison de le repousser ? Cela arriverait peut-être si elle continuait son jeu dangereux qui ne connaissait aucune règle. Il ne pourrait pas se mettre à son niveau, c’était une partie perdue d’avance, mais il pouvait jouer aussi ! Il jeta un coup d’œil à la carte, puis, après avoir lu quelques lignes qui ne correspondaient pas à la description que lui avait donnée Alice, il amena la carte vers elle. Son bras, au niveau du biceps, vint se coller au bras d’Alice qui était le plus proche du sien. «Tu le vois quelque part ? Amande, chocolat et crème c’est ça ? Si tu cherches à me séduire avec tout ce sucre, et bien c’est réussi.». Il quitta la carte des yeux pour plonger dans ceux d’Alice. Bien sûr qu’il était en train de dire ce qu’il était en train de dire. À demi-mot, pour ne pas froisser, pour ne pas brusquer, pour continuer à jouer… Elle l’entendrait de la façon qu’elle souhaiterait, mais elle l’entendrait. Et cela avec la force de son regard amoureux et la tendresse de son sourire bienveillant. Une pensée traversa son esprit. Je ne suis pas aussi fort que toi à ce jeu Alice, mais je suis le meilleur joueur que tu rencontreras…
Lorsque l’idée lui vint de regarder plus bas que son visage, la chevelure blanche entra en contact avec la peau de son bras. Un frisson parcourut instantanément son corps tout entier. Pour sûr que la magie circulait dans son corps jusqu’à la pointe de ses cheveux ! Alice rouvrit ses yeux et se tourna vers Erwan. Ses yeux rencontrèrent une nouvelle fois les siens et son mouvement créa la plus agréable, la plus subtile, la plus jouissante des caresses sur son avant-bras. Ce n’était plus une voix qui parlait dans son oreille, c’était une chorale accompagnée d’un orchestre symphonique. Cette délicate caresse venait lui brûler les entrailles, il n’y avait qu’une chose qu’il désirait plus que parcourir les quelques centimètres qui les séparaient l’un de l’autre. Il avait l’image en tête, si claire, de son bras qui se referme sur son épaule en passant derrière son cou, de leurs corps qui se rencontrent de haut en bas, de leurs visages à deux ou trois centimètres qui patientent sagement car ils savent que la passion les réunira si vite… Mais les mots d’Alice ramenèrent Erwan à la réalité, brisant son image mentale en plusieurs morceaux. Il ne connaissait pas ce cocktail, mais tout dans ce que venait de décrire Alice lui donnait l’eau à la bouche. De l’amande, du chocolat et de la crème ? Il suffisait d’enlever le mot liqueur pour que cela devienne une excellente base de gâteau. «Toi, tu sais parler au gourmand que je suis ! Attends, je vais chercher une carte pour voir s’ils servent ça…». Probablement que même si Erwan avait connu le nom du cocktail, il aurait cherché une excuse pour se lever. Il fallait s’éloigner rapidement pour éviter de craquer… Il se leva et fit quelques pas vers une table haute où logeait une carte entre un cendrier et un mini verre qui contiendrait une petite flamme magique une fois la nuit tombée. Il revint s’asseoir aux côtés d’Alice, à la même distance où il se trouvait avant. Même conscient du danger que cela représentait, il ne voulait pas se priver d’une éventuelle nouvelle caresse de cheveux…
Est-ce qu’il jouait avec le feu ? Un peu. Alice jouait un jeu dangereux, elle le savait. Et il savait qu’elle le savait… Elle avait senti le contact de ses cheveux sur le bras d’Erwan, évidemment… Et si cela l’avait gênée ou lui avait déplu, elle aurait eu un mouvement de recul, elle se serait décalée. Mais ce n’était pas pour autant le premier pas pour lequel Erwan avait juré qu’il ne répondrait plus de rien. C’était… fourbe ! Tout comme quand leurs corps s’étaient frôlés sur le pas de sa porte, le jeune homme se demandait si Alice n’était pas en train de le tester. S’attendait-elle à ce qu’Erwan lui donne une raison de le repousser ? Cela arriverait peut-être si elle continuait son jeu dangereux qui ne connaissait aucune règle. Il ne pourrait pas se mettre à son niveau, c’était une partie perdue d’avance, mais il pouvait jouer aussi ! Il jeta un coup d’œil à la carte, puis, après avoir lu quelques lignes qui ne correspondaient pas à la description que lui avait donnée Alice, il amena la carte vers elle. Son bras, au niveau du biceps, vint se coller au bras d’Alice qui était le plus proche du sien. «Tu le vois quelque part ? Amande, chocolat et crème c’est ça ? Si tu cherches à me séduire avec tout ce sucre, et bien c’est réussi.». Il quitta la carte des yeux pour plonger dans ceux d’Alice. Bien sûr qu’il était en train de dire ce qu’il était en train de dire. À demi-mot, pour ne pas froisser, pour ne pas brusquer, pour continuer à jouer… Elle l’entendrait de la façon qu’elle souhaiterait, mais elle l’entendrait. Et cela avec la force de son regard amoureux et la tendresse de son sourire bienveillant. Une pensée traversa son esprit. Je ne suis pas aussi fort que toi à ce jeu Alice, mais je suis le meilleur joueur que tu rencontreras…
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Un cocktail à deux étages
Alice était loin d’être idiote. Elle savait très bien quel effet elle avait sur la gent masculine. Elle n’aimait pas en jouer, puisqu’elle préférait ne pas avoir leurs attentions. Même un regard lui était déplaisant.
Il ne s’agissait pas là de vanité. Alice ne tirait aucune fierté des attentions masculines. Tout au contraire, elle les trouvait repoussantes, et préférerait sans doute qu’ils ne lui trouvent aucun intérêt.
Avec Erwan, curieusement, c’était différent. La façon dont il la regardait était autre. Il n’y avait pas de vice dans ses yeux verts, et les sourires qu’il lui offrait n’était pas carnassier. Dans son regard, Alice ne se sentait pas comme un morceau de viande alléchant. Elle était Alice. Rien que cela. C’était rare, et donc apprécié.
Alice savait aussi que ses manœuvres pouvaient changer le regard d’Erwan, que son sourire jovial pourrait se muer en gueule de loup prêt à se repaitre d’une biche lui offrant sa gorge.
S’agissait-il d’un souhait de destruction, ou un piège savamment tendu pour qu’Erwan révèle ses véritables intentions ? Au plus profond d’elle, Alice sentait que l’illusion du gentil garçon finirait par prendre fin. Aucun homme n’était délicat bien longtemps, Alice l’avait suffisamment vu.
Elle avait pour frère un chasseur expérimenté qui savait comment amadouer le gibier. Elle l’avait suffisamment vu faire pour savoir que chaque attention, chaque sourire, chaque regard pouvait cacher un poignard.
Erwan était-il différent ? Pourquoi le serait-il ? Pourquoi lui, qui l’avait pourtant invité à dormir à ses côtés il y a quelques jours, serait différent ? Un homme est un homme. Tante Élise l’avait suffisamment répéter pour qu’Alice grave ces mots dans son subconscient : vous ne serez à leurs yeux qu’un nom sur un registre ou un corps dans leur couche.
Un homme est un homme.
Pourtant… Alice savait qu’elle n’avait pas cherché les frissons d’Erwan pour détruire son reflet dans ses yeux. La raison, en revanche… Alice ne la comprenait pas encore.
Son sourire encore bien accroché à ses lèvres pâles, Alice observa Erwan se relever pour aller chercher une carte, puis profita de son absence pour corriger sa posture.
Elle glissa ses doigts dans ses boucles pour les remettre bien en place, lissa sa dentelle et tira un peu sur son col. Du bout du doigt, elle s’assura que sa tempe ne perlait pas à cause de la chaleur de la journée.
Alice avait chaud, suffisamment pour qu’elle profite de l’absence momentanée d’Erwan pour se faire du vent avec sa main.
Enfin, Erwan revint à leur table, et Alice lui sourit. Elle le laissa reprendre sa place. Ni trop près, ni trop loin. Exactement comme il le fut avant. Il avait pourtant eu l’occasion de se rapprocher… mais ne l’avait pas saisi.
Mais Erwan était malin, n’est-ce pas ?
La carte des cocktails en main, l’anglais la tendit vers elle d’une façon qui lui permit de toucher son bras du sien. Son contact lui provoqua un frisson fulgurant, une décharge soudaine qui la traversa de la nuque jusqu’au creux de son ventre.
Il n’avait fait que l’effleurer. Rien de plus. Et pourtant, son corps réagissait comme si Erwan venait de l’enlacer. Alice se mordit l’intérieur de la joue pour ne pas rougir de ce contact. Elle n’était pas une créature docile que l’on pouvait troubler d’un simple geste.
Alice lui jeta un regard en biais, soudain moins intéressée par le choix du cocktail que par son reflet dans les yeux d’Erwan.
Elle rougissait. C’était indéniable. Elle le sentait. Oh, comme elle le sentait.
Ses yeux se posèrent rapidement sur la carte qu’il lui tendait. Ils dévalèrent les lignes, longtemps, cherchant à se donner du temps à son corps pour reprendre sa couleur diaphane.
Si Tante Elise était ici, à observer cet échange, elle enfilerait son masque de mépris en rappelant à Alice qu’une femme de sa stature ne devait jamais, ô grand jamais, se laisser cueillir de la sorte. Elle lui trouverait des similitudes avec les jeunes bécasses dont elle se servait pour éduquer sa nièce lors des bals. Ces jeunes filles gloussant face à un charmant jeune homme trop sûr de lui.
Tu ne seras à leurs yeux qu’un nom sur un registre ou un corps dans leur couche.
Cette fois, Alice tourna la tête vers Erwan dans un sourire. Elle s’accrocha aux derniers mots qu’il avait prononcé. Sucre. Séduction. Réussite. Le tout prononcé dans un regard tendre et un sourire quel appréciait. Elle n’était toujours pas un morceau de viande à ses yeux, n’est-ce pas ?
Bien.
A présent, rebondir.
« Je sais ce qui éveille l’intérêt d’un Poufsouffle, voilà tout. »
Sans le quitter des yeux, un sourire mutin soulevant la commissure de ses lèvres avec la lenteur d’une dame qui sait qu’elle a déjà gagné, elle tapota son ongle sur la carte.
« Je me demande où tu avais les yeux pour ne pas voir les ingrédients sur la carte. » Elle articula soigneusement chaque ingrédient, glissant lentement son ongle d’un cocktail à un autre. « Liqueur de chocolat. Crème. Liqueur d’amande. »
Alice se recula un peu pour pouvoir appuyer son dos sur le banc, dépouillant Erwan du contact de sa peau. Elle reposa son coude sur son dossier, pencha la tête légèrement sur le côté. Une cascade de boucle déferla dans son geste.
Dans un sourire plus affirmé, son menton légèrement dressé, Alice décida de laisser Erwan agir, désireuse de voir si il était capable de satisfaire les exigences de la jeune Sangblanc.
Il ne s’agissait pas là de vanité. Alice ne tirait aucune fierté des attentions masculines. Tout au contraire, elle les trouvait repoussantes, et préférerait sans doute qu’ils ne lui trouvent aucun intérêt.
Avec Erwan, curieusement, c’était différent. La façon dont il la regardait était autre. Il n’y avait pas de vice dans ses yeux verts, et les sourires qu’il lui offrait n’était pas carnassier. Dans son regard, Alice ne se sentait pas comme un morceau de viande alléchant. Elle était Alice. Rien que cela. C’était rare, et donc apprécié.
Alice savait aussi que ses manœuvres pouvaient changer le regard d’Erwan, que son sourire jovial pourrait se muer en gueule de loup prêt à se repaitre d’une biche lui offrant sa gorge.
S’agissait-il d’un souhait de destruction, ou un piège savamment tendu pour qu’Erwan révèle ses véritables intentions ? Au plus profond d’elle, Alice sentait que l’illusion du gentil garçon finirait par prendre fin. Aucun homme n’était délicat bien longtemps, Alice l’avait suffisamment vu.
Elle avait pour frère un chasseur expérimenté qui savait comment amadouer le gibier. Elle l’avait suffisamment vu faire pour savoir que chaque attention, chaque sourire, chaque regard pouvait cacher un poignard.
Erwan était-il différent ? Pourquoi le serait-il ? Pourquoi lui, qui l’avait pourtant invité à dormir à ses côtés il y a quelques jours, serait différent ? Un homme est un homme. Tante Élise l’avait suffisamment répéter pour qu’Alice grave ces mots dans son subconscient : vous ne serez à leurs yeux qu’un nom sur un registre ou un corps dans leur couche.
Un homme est un homme.
Pourtant… Alice savait qu’elle n’avait pas cherché les frissons d’Erwan pour détruire son reflet dans ses yeux. La raison, en revanche… Alice ne la comprenait pas encore.
Son sourire encore bien accroché à ses lèvres pâles, Alice observa Erwan se relever pour aller chercher une carte, puis profita de son absence pour corriger sa posture.
Elle glissa ses doigts dans ses boucles pour les remettre bien en place, lissa sa dentelle et tira un peu sur son col. Du bout du doigt, elle s’assura que sa tempe ne perlait pas à cause de la chaleur de la journée.
Alice avait chaud, suffisamment pour qu’elle profite de l’absence momentanée d’Erwan pour se faire du vent avec sa main.
Enfin, Erwan revint à leur table, et Alice lui sourit. Elle le laissa reprendre sa place. Ni trop près, ni trop loin. Exactement comme il le fut avant. Il avait pourtant eu l’occasion de se rapprocher… mais ne l’avait pas saisi.
Mais Erwan était malin, n’est-ce pas ?
La carte des cocktails en main, l’anglais la tendit vers elle d’une façon qui lui permit de toucher son bras du sien. Son contact lui provoqua un frisson fulgurant, une décharge soudaine qui la traversa de la nuque jusqu’au creux de son ventre.
Il n’avait fait que l’effleurer. Rien de plus. Et pourtant, son corps réagissait comme si Erwan venait de l’enlacer. Alice se mordit l’intérieur de la joue pour ne pas rougir de ce contact. Elle n’était pas une créature docile que l’on pouvait troubler d’un simple geste.
Alice lui jeta un regard en biais, soudain moins intéressée par le choix du cocktail que par son reflet dans les yeux d’Erwan.
Elle rougissait. C’était indéniable. Elle le sentait. Oh, comme elle le sentait.
Ses yeux se posèrent rapidement sur la carte qu’il lui tendait. Ils dévalèrent les lignes, longtemps, cherchant à se donner du temps à son corps pour reprendre sa couleur diaphane.
Si Tante Elise était ici, à observer cet échange, elle enfilerait son masque de mépris en rappelant à Alice qu’une femme de sa stature ne devait jamais, ô grand jamais, se laisser cueillir de la sorte. Elle lui trouverait des similitudes avec les jeunes bécasses dont elle se servait pour éduquer sa nièce lors des bals. Ces jeunes filles gloussant face à un charmant jeune homme trop sûr de lui.
Tu ne seras à leurs yeux qu’un nom sur un registre ou un corps dans leur couche.
Cette fois, Alice tourna la tête vers Erwan dans un sourire. Elle s’accrocha aux derniers mots qu’il avait prononcé. Sucre. Séduction. Réussite. Le tout prononcé dans un regard tendre et un sourire quel appréciait. Elle n’était toujours pas un morceau de viande à ses yeux, n’est-ce pas ?
Bien.
A présent, rebondir.
« Je sais ce qui éveille l’intérêt d’un Poufsouffle, voilà tout. »
Sans le quitter des yeux, un sourire mutin soulevant la commissure de ses lèvres avec la lenteur d’une dame qui sait qu’elle a déjà gagné, elle tapota son ongle sur la carte.
« Je me demande où tu avais les yeux pour ne pas voir les ingrédients sur la carte. » Elle articula soigneusement chaque ingrédient, glissant lentement son ongle d’un cocktail à un autre. « Liqueur de chocolat. Crème. Liqueur d’amande. »
Alice se recula un peu pour pouvoir appuyer son dos sur le banc, dépouillant Erwan du contact de sa peau. Elle reposa son coude sur son dossier, pencha la tête légèrement sur le côté. Une cascade de boucle déferla dans son geste.
Dans un sourire plus affirmé, son menton légèrement dressé, Alice décida de laisser Erwan agir, désireuse de voir si il était capable de satisfaire les exigences de la jeune Sangblanc.
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 2 ème année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Un cocktail à deux étages
Cette alchimie… Y était-elle insensible ? Quand leurs peaux s’étaient touchées, le cœur d’Erwan s’était mis à danser la salsa, son ventre était devenu une serre à papillons bondée, son corps entier émanait d’une douce chaleur qui protège l’âme et le cœur. Ne pouvait-elle donc pas ressentir tout ça elle aussi ? Pour Erwan c’était d’une évidence limpide… Mais pour Alice, il n’en savait rien. Il la regardait pourtant, intensément, amoureusement, aux aguets de la moindre réaction, si cela lui avait fait quoique ce s… Là ! Il l’avait vu ! Sa joue pincée de l’intérieur et son regard en biais… Elle rougissait… Elle aussi avait donc ressenti quelque chose. Erwan n’avait besoin de rien d’autre. Cette réaction de sa part suffisait à calmer toutes les ardeurs que l’absence de signes dans son comportement avait créées chez Erwan. Certes il y avait eu cette caresse du bout de sa chevelure, mais c’était trop subtil pour rassurer Erwan. Alice aurait même pu nier avoir fait exprès… Mais ce qu’il venait de voir, elle pourrait toujours essayer de nier, le jeune homme savait qu’il venait d’avoir accès à l’expression de ce qu’elle ressentait vraiment pour lui. Il n’était pas capable de le décoder, d’en comprendre les frontières, les tenants et les aboutissants, le pouvait-elle elle-même ? Mais il y avait quelque chose ! Quelque chose, ça lui suffisait pour inonder son cœur de réconfort, peu importe ce que c’était…
Oubliant une seconde la carte qui avait justifié ce rapprochement, toujours le même sourire aux lèvres qu’il était devenu inutile de décrire tant il ne pouvait plus gagner en sincérité, Erwan perdait doucement, mais sûrement, son âme à l’intérieur de la sienne. Il déposait là une partie de lui-même, comme un cadeau posé devant une porte sans note ni raison. Alice l’ignorerait peut-être, laissant mourir la vie qui se trouvait dedans ou peut-être le trouverait-elle et chérirait ce qu’il avait de précieux. Une chose était sûre, elle savait effectivement éveiller l’intérêt de son cœur de Poufsouffle ! Le bruit de ses ongles ramena le jeune homme à la carte des cocktails. S’il avait une réponse toute trouvée pour lui indiquer où vagabondaient ses yeux, il préféra ne pas dire toute la vérité… Son regard suivit le doigt d’Alice le long des différents cocktails où se trouvaient les ingrédients qui pourraient former le cocktail dont elle avait parlé avec une certaine nostalgie. Lorsqu’elle se recula pour s’adosser contre le dossier du banc et qu’elle arracha au bras d’Erwan le contact qui les liait, il éprouva, bizarrement, une forme de bien-être. Le simple fait de savoir qu’elle avait éprouvé quelque chose quand ils s’étaient trouvés avait rechargé sa patience au maximum. Les espoirs qu’il nourrissait étaient tellement plus que ce besoin de sentir sa peau. Son corps n’était que l’agréable enveloppe qui abritait son âme et là résidaient les véritables espoirs d’Erwan.
Ni une ni deux, en voyant Alice prendre la pose, Erwan sut qu’elle attendait de lui qu’il résolve ce relativement simple problème. En voyant ce menton légèrement relevé, ce sourire qui avait troqué les habits de la sincérité contre un costume de défi, son amusement était comblé. Madame la princesse était de retour. Mais ce n’était pas la princesse Sangblanc, celle à qui les traditions avaient sacrifié une existence pour lui apprendre la prestance, la décence et à qui on avait fait croire qu’elle était sortie de la cuisse de Jupiter, quand bien même les siennes étaient sûrement plus attirantes que celles d’une vulgaire déesse grecque, non, la princesse devant lui était la princesse du jeu. Celle avec laquelle il ne pouvait pas rivaliser. Erwan n’avait même plus envie de jouer… Il avait déjà gagné la partie quand Alice avait laissé échapper un réel sentiment à son contact. Mais Erwan était, comme il aimait s’appeler, le joueur ultime. Il ne jouait jamais pour gagner, il jouait pour l’amour du jeu ! Aurait-il laissé sa dulcinée jouer sans lui ? Certainement pas ! Allait-il la laisser partir ce soir sans qu’elle croie avoir mené la danse ? Erwan s’étonnait à accepter l’idée qu’il était prêt à bien des choses pour cette femme qu’il ne faisait que commencer à connaître. Quitte même à lui faire croire qu’elle avait l’avantage dans leurs jeux de séduction… Il ne pouvait rien lui refuser. Et si ce qu’elle voulait était un cocktail à base de liqueur d’amande, de liqueur de chocolat et de crème et bien c’est ce qu’Erwan lui ramènerait ! Bon… Ils étaient au Pitiponk… Il était bien facile de jouer au chevalier blanc en endossant la responsabilité de cette périlleuse mission alors que tout lui permettrait de réaliser rapidement son souhait, mais il n’allait pas se priver d’être celui qui lui amenait ce qu’elle désirait ! «Les désirs de ma dame sont des ordres ! Ses sourcils s’étaient arqués en même temps que ses lèvres, appuyant son ton ironique. Tu bouges pas hein ? Je vais essayer de nous trouver ça !». Il jeta un coup d’œil à l’extérieur et à la partie de l’intérieur du bar qu’il pouvait voir de là où ils étaient, mais aucun employé n’était visible. Il faudrait se rendre au pleuroir… Erwan n’avait jamais vraiment discuté avec Christopher, l’employé qui tenait le plus souvent le pleuroir, mais il avait cet air cool qui faisait penser à Erwan qu’il y avait de grandes chances pour que sa requête puisse aboutir. Il se leva du banc et dans un nouveau sourire, moins ironique que le précédent, il posa le plus délicatement possible l’extrémité de ses doigts sur l’épaule d’Alice. Juste un minuscule instant, comme pour lui rappeler qu’il revenait. «À tout de suite.». Il se hâta de rejoindre le pleuroir.
Oubliant une seconde la carte qui avait justifié ce rapprochement, toujours le même sourire aux lèvres qu’il était devenu inutile de décrire tant il ne pouvait plus gagner en sincérité, Erwan perdait doucement, mais sûrement, son âme à l’intérieur de la sienne. Il déposait là une partie de lui-même, comme un cadeau posé devant une porte sans note ni raison. Alice l’ignorerait peut-être, laissant mourir la vie qui se trouvait dedans ou peut-être le trouverait-elle et chérirait ce qu’il avait de précieux. Une chose était sûre, elle savait effectivement éveiller l’intérêt de son cœur de Poufsouffle ! Le bruit de ses ongles ramena le jeune homme à la carte des cocktails. S’il avait une réponse toute trouvée pour lui indiquer où vagabondaient ses yeux, il préféra ne pas dire toute la vérité… Son regard suivit le doigt d’Alice le long des différents cocktails où se trouvaient les ingrédients qui pourraient former le cocktail dont elle avait parlé avec une certaine nostalgie. Lorsqu’elle se recula pour s’adosser contre le dossier du banc et qu’elle arracha au bras d’Erwan le contact qui les liait, il éprouva, bizarrement, une forme de bien-être. Le simple fait de savoir qu’elle avait éprouvé quelque chose quand ils s’étaient trouvés avait rechargé sa patience au maximum. Les espoirs qu’il nourrissait étaient tellement plus que ce besoin de sentir sa peau. Son corps n’était que l’agréable enveloppe qui abritait son âme et là résidaient les véritables espoirs d’Erwan.
Ni une ni deux, en voyant Alice prendre la pose, Erwan sut qu’elle attendait de lui qu’il résolve ce relativement simple problème. En voyant ce menton légèrement relevé, ce sourire qui avait troqué les habits de la sincérité contre un costume de défi, son amusement était comblé. Madame la princesse était de retour. Mais ce n’était pas la princesse Sangblanc, celle à qui les traditions avaient sacrifié une existence pour lui apprendre la prestance, la décence et à qui on avait fait croire qu’elle était sortie de la cuisse de Jupiter, quand bien même les siennes étaient sûrement plus attirantes que celles d’une vulgaire déesse grecque, non, la princesse devant lui était la princesse du jeu. Celle avec laquelle il ne pouvait pas rivaliser. Erwan n’avait même plus envie de jouer… Il avait déjà gagné la partie quand Alice avait laissé échapper un réel sentiment à son contact. Mais Erwan était, comme il aimait s’appeler, le joueur ultime. Il ne jouait jamais pour gagner, il jouait pour l’amour du jeu ! Aurait-il laissé sa dulcinée jouer sans lui ? Certainement pas ! Allait-il la laisser partir ce soir sans qu’elle croie avoir mené la danse ? Erwan s’étonnait à accepter l’idée qu’il était prêt à bien des choses pour cette femme qu’il ne faisait que commencer à connaître. Quitte même à lui faire croire qu’elle avait l’avantage dans leurs jeux de séduction… Il ne pouvait rien lui refuser. Et si ce qu’elle voulait était un cocktail à base de liqueur d’amande, de liqueur de chocolat et de crème et bien c’est ce qu’Erwan lui ramènerait ! Bon… Ils étaient au Pitiponk… Il était bien facile de jouer au chevalier blanc en endossant la responsabilité de cette périlleuse mission alors que tout lui permettrait de réaliser rapidement son souhait, mais il n’allait pas se priver d’être celui qui lui amenait ce qu’elle désirait ! «Les désirs de ma dame sont des ordres ! Ses sourcils s’étaient arqués en même temps que ses lèvres, appuyant son ton ironique. Tu bouges pas hein ? Je vais essayer de nous trouver ça !». Il jeta un coup d’œil à l’extérieur et à la partie de l’intérieur du bar qu’il pouvait voir de là où ils étaient, mais aucun employé n’était visible. Il faudrait se rendre au pleuroir… Erwan n’avait jamais vraiment discuté avec Christopher, l’employé qui tenait le plus souvent le pleuroir, mais il avait cet air cool qui faisait penser à Erwan qu’il y avait de grandes chances pour que sa requête puisse aboutir. Il se leva du banc et dans un nouveau sourire, moins ironique que le précédent, il posa le plus délicatement possible l’extrémité de ses doigts sur l’épaule d’Alice. Juste un minuscule instant, comme pour lui rappeler qu’il revenait. «À tout de suite.». Il se hâta de rejoindre le pleuroir.
Voyageur amateur ~ Digne héritier de l’esprit Weasley ~ commerçant en herbe
Un cocktail à deux étages
Cette fois, Tante Élise serait fière. Ses illustres ancêtres, cachés dans les nervures de chaque feuilles verdoyantes ou portés par le chant de la brise l’observaient avec fierté. Alice se comportait comme ce qu’ils attendaient qu’elle soit : une dame consciente de sa valeur et de l’extrême bénédiction qu’elle accordait à Erwan en l’autorisant à passer du temps avec elle.
Maintenant, il suffisait de s’en convaincre, et corriger ce sourire taquin en un masque d’autorité.
Alice aurait pu y arriver. Elle aurait pu. Elle le savait. Elle connaissait chacun de ses masques et s’en drapaient comme d’une cape de cachemire.
Elle aurait pu, si Erwan n’avait pas posé ses doigts sur son épaule nue.
Alice se figea. A peine un souffle, le temps que ses nerfs s’embrasent sous la caresse fantôme. Ses masques, ses mille visages appris et légués par ses ancêtres, s’effritèrent d’un seul geste. Tout s’était logé là, dans l’extrémité des doigts d’Erwan : la chaleur d’une promesse, la brutalité d’un rappel qu’elle était de chair et de non de marbre. Ses ancêtres hurleraient au scandale, Tante Elise la flagelleraient de sermons car sous ses épaules portant le poids d’un nom et d’un héritage, Alice n’était rien qu’une femme qui frissonnait d’un contact.
Elle baissa imperceptiblement les cils, dissimulant l’éclat d’une faiblesse qu’elle refusait d’offrir en spectacle, quand bien même Erwan s’était déjà éloigné pour remplir la quête qu’Alice lui avait donné.
Alice port sa main à son verre vide, le caressant du bout des doigts. La chaleur du soleil avait enflammé ses joues, et l’alcool,serpent discret, coulait déjà dans ses veines avec plus de force qu’elle ne l’aurait cru. Elle se sentait légère, aérienne, presque souveraine de ce trône improvisé qu’était le banc. Sa tête, pourtant, flottait avec un décalage infime, comme si ses pensées avaient pris une avance sur son corps.
Voilà pourquoi Alice ne buvait jamais, pourquoi elle abhorrait l’alcool.
Alice serra les doigts autour du verre vide. Son reflet sur la paroi polie lui renvoyait une image aux contours flous : lèvres entrouvertes, pommettes empourprées, regard trop brillant. Elle aurait voulu voir une souveraine de marbre immuable,et ne trouvait qu’une fille troublée, abandonnée à la morsure invisible que les doigts d’Erwan avaient laissé.
La terrasse du Pitiponk bruissait autour d’elle, rires et murmures se mélangeant à la musique lointaine, mais Alice ne percevait que ce vide à ses côtés.
Etait-il partit depuis longtemps ?
Quand reviendrait-il ?
Elle se redressa, le dos cambré malgré le poids invisible qui s’y accrochait, et posa ses coude avec délicatesse sur la table qui ne méritait pas de sentir sa peau. Ses doigts s’égarèrent jusqu’à son cou, caressant machinalement la ligne de sa clavicule nue. L’air chaud s’y engouffra comme une caresse volée, ravivant la mémoire du contact d’Erwan. Une brûlure douce, intolérable.
Vilaine parjure. Regarde toi. Tu es pitoyable. Redresse toi. Redresse toi, et ne laisse personne te tourmenter. Qu’es-tu ? Une Sangblanc, ou l’une de ses petites bécasses que tu moques au quotidien ? Redresse toi !
Alice inspira profondément pour emplir ses poumons d’un souffle nouveau.
Quelle honte.
Quelle indignité.
Personne ne pouvait l’ébranler de la sorte, et certainement pas en une caresse sur son épaule nue ! Mais pour qui se prenait-il ? La voyait-il comme acquise ? Pensait-il pouvoir…
Ah, Circée ! Alice n’aurait pas dû être ici. Elle n’aurait pas dû s’accrocher à son sourire. Elle aurait dû se contenter de le saluer dans sa maudite boutique et repartir. Alice avait bien d’autres choses à faire. Sauver un pays, par exemple.
Et là voilà ici, à attendre le retour d’un jeune père !
Un jeune père !
Que dirait Tante Elise ? Thomas ? Père ?
Que diraient ses glorieux ancêtres ?
Alice jeta une oeillade par dessus son épaule, cherchant la silhouette d’Erwan.
Devait-elle s’en aller ?
Incapable qu’elle était. Pauvre femme. Faible femme. Où se cachait donc l’héritière, la puissante héritière, prête à renverser tout un pays pour venger un affront ?
Etait-elle entre les griffes d’Erwan ?
Maintenant, il suffisait de s’en convaincre, et corriger ce sourire taquin en un masque d’autorité.
Alice aurait pu y arriver. Elle aurait pu. Elle le savait. Elle connaissait chacun de ses masques et s’en drapaient comme d’une cape de cachemire.
Elle aurait pu, si Erwan n’avait pas posé ses doigts sur son épaule nue.
Alice se figea. A peine un souffle, le temps que ses nerfs s’embrasent sous la caresse fantôme. Ses masques, ses mille visages appris et légués par ses ancêtres, s’effritèrent d’un seul geste. Tout s’était logé là, dans l’extrémité des doigts d’Erwan : la chaleur d’une promesse, la brutalité d’un rappel qu’elle était de chair et de non de marbre. Ses ancêtres hurleraient au scandale, Tante Elise la flagelleraient de sermons car sous ses épaules portant le poids d’un nom et d’un héritage, Alice n’était rien qu’une femme qui frissonnait d’un contact.
Elle baissa imperceptiblement les cils, dissimulant l’éclat d’une faiblesse qu’elle refusait d’offrir en spectacle, quand bien même Erwan s’était déjà éloigné pour remplir la quête qu’Alice lui avait donné.
Alice port sa main à son verre vide, le caressant du bout des doigts. La chaleur du soleil avait enflammé ses joues, et l’alcool,serpent discret, coulait déjà dans ses veines avec plus de force qu’elle ne l’aurait cru. Elle se sentait légère, aérienne, presque souveraine de ce trône improvisé qu’était le banc. Sa tête, pourtant, flottait avec un décalage infime, comme si ses pensées avaient pris une avance sur son corps.
Voilà pourquoi Alice ne buvait jamais, pourquoi elle abhorrait l’alcool.
Alice serra les doigts autour du verre vide. Son reflet sur la paroi polie lui renvoyait une image aux contours flous : lèvres entrouvertes, pommettes empourprées, regard trop brillant. Elle aurait voulu voir une souveraine de marbre immuable,et ne trouvait qu’une fille troublée, abandonnée à la morsure invisible que les doigts d’Erwan avaient laissé.
La terrasse du Pitiponk bruissait autour d’elle, rires et murmures se mélangeant à la musique lointaine, mais Alice ne percevait que ce vide à ses côtés.
Etait-il partit depuis longtemps ?
Quand reviendrait-il ?
Elle se redressa, le dos cambré malgré le poids invisible qui s’y accrochait, et posa ses coude avec délicatesse sur la table qui ne méritait pas de sentir sa peau. Ses doigts s’égarèrent jusqu’à son cou, caressant machinalement la ligne de sa clavicule nue. L’air chaud s’y engouffra comme une caresse volée, ravivant la mémoire du contact d’Erwan. Une brûlure douce, intolérable.
Vilaine parjure. Regarde toi. Tu es pitoyable. Redresse toi. Redresse toi, et ne laisse personne te tourmenter. Qu’es-tu ? Une Sangblanc, ou l’une de ses petites bécasses que tu moques au quotidien ? Redresse toi !
Alice inspira profondément pour emplir ses poumons d’un souffle nouveau.
Quelle honte.
Quelle indignité.
Personne ne pouvait l’ébranler de la sorte, et certainement pas en une caresse sur son épaule nue ! Mais pour qui se prenait-il ? La voyait-il comme acquise ? Pensait-il pouvoir…
Ah, Circée ! Alice n’aurait pas dû être ici. Elle n’aurait pas dû s’accrocher à son sourire. Elle aurait dû se contenter de le saluer dans sa maudite boutique et repartir. Alice avait bien d’autres choses à faire. Sauver un pays, par exemple.
Et là voilà ici, à attendre le retour d’un jeune père !
Un jeune père !
Que dirait Tante Elise ? Thomas ? Père ?
Que diraient ses glorieux ancêtres ?
Alice jeta une oeillade par dessus son épaule, cherchant la silhouette d’Erwan.
Devait-elle s’en aller ?
Incapable qu’elle était. Pauvre femme. Faible femme. Où se cachait donc l’héritière, la puissante héritière, prête à renverser tout un pays pour venger un affront ?
Etait-elle entre les griffes d’Erwan ?
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 2 ème année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050