PNJ Islande Miðsumar - Dans l'abîme du jour

Évidemment, elle me devance. Je la laisse ouvrir la porte et se prendre le premier nuage de poussière ; je me faufile ensuite lorsqu'une ouverture se présente et m'avance dans le gite poussiéreux qui va recueillir nos balais le temps de nos explorations. Ce n'est qu'une vieille bicoque poussiéreuse, mais elle a ce petit quelque chose sorcier qui fait que malgré la fraicheur extérieure, l'intérieur des murs est à une température acceptable, presque agréable. Alors je m'enfonce un peu plus loin dans le gite, profitant de la chaleur artificielle enrobée d'une odeur piquante de poussière qui commence déjà à peser sur mes poumons.

Elle me lance sa question à travers la porte d'entrée et je me tords la nuque pour la regarder. Sa silhouette se découpe dans la lumière de l'extérieur ; son chapeau large donne l'impression que son corps est plus grand qu'il ne l'est réellement, plus grand et plus long. L'effet est saisissant, surtout avec ses cheveux bruns qui attirent le regard, son corps maigre qui me fait doucement froncer les sourcils, même si je ne sais pas pourquoi. Je reste un instant saisie par cette silhouette et cette force qui se dégage d'elle, avant que la réalité de notre situation me revienne subitement sous la forme d'une douleur vivace dans mes cuisses.

Si j'ai envie de faire une pause ? J'ai les jambes et le dos en compote suite à notre vol, mes membres commencent à peine à se réchauffer des températures négatives des cieux, j'ai les doigts ankylosés et je suis épuisée à cause de ma mauvaise nuit. Ai-je envie de faire une pause ? Évidemment.

« Aucunement, réponds-je néanmoins sur un ton tout aussi dur que le sien. Nous pouvons y aller. »

Et je me dirige avec une détermination feinte vers l'extérieur. Je verrouille la porte du gite derrière moi après avoir déposé mon balai près de celui de la chercheuse. Enfin, je me tourne vers l'immensité qui nous attend et à ma plus grande surprise, ma détermination se teinte d'une nouvelle motivation. J'ai bien l'intention de prendre à cette femme qui n'a pas l'air de se réjouir de ma présence tout ce qu'il y a à prendre. Toutes ses connaissances, tous les enseignements dont j'ai besoin, quand bien même il me faudrait les lui arracher. Alors même si je suis fatiguée et que j'aurais apprécié prendre dix minutes pour me détendre les jambes et boire à ma gourde, je vais me mettre en marche maintenant, sans attendre. J'aimerais pouvoir dire que je suis motivée à l'idée d'arriver là-haut, de gravir la montagne qui me menace de sa grandeur, de commencer au plus vite nos recherches, mais la vérité c'est juste que je suis incapable d'avouer que j'en ai besoin, de cette pause. Plutôt crever que lui laisser croire que je suis faible.

Je resserre les sangles de mon sac sur mes épaules puis, après un dernier regard calculé lancé à Arlene Howard, je prends la direction de la montagne et du sentier qui grimpe — si tant est que l'on puisse appeler "sentier" ce chemin de terre d'une couleur plus claire que le reste de la montagne qui serpente sur cette immensité noire.

La montagne n'est que cela : un amas de roches obscures qui s'élève très loin au-dessus de ma tête, si loin qu'il cache une grande partie du ciel. Et tout là-haut, sur le sommet, une tête coiffée de blanc qui jure avec le reste. Si de loin et à hauteur de balai, Hekla ressemblait à une grosse colline perdue au milieu d'un paysage escarpé et rocheux, de près elle ressemble exactement à ce qu'elle est : un volcan qui cache en son sein une puissance grondante et fulgurante, une montagne qui s'élève sans égard pour ce qui grandit ou grouille à ses pieds. Et c'est en la considérant ainsi, de ma petite taille insignifiante, que pour la première fois depuis que je suis arrivée dans ce pays, je me réjouis de ma présence ici.

Je ne cherche à cacher ni la joie qui s'étire sur mes traits, ni le sourire vorace qui transforme mes lèvres au moment de m'engager sur le chemin. À cet instant, le feu ardent qui bout dans mon esprit est la seule chose qui compte : l'appel de la découverte efface tout le reste.

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Dommage. La chercheuse se sentit tout d'un coup bien trop vieille. Elle, aurait bien fait halte quelques minutes pour admirer le paysage lunaire du pied de la montagne. Mais peu importe, ses articulations tiendraient le coup et Arlene ne se laisserai certainement pas distancer par la fougue jeunesse.
Le gîte verrouillé par la jeune fille, les deux sorcières prirent d'assaut le versant du volcan. Ignorant la mine déterminée de sa stagiaire, Arlene se dirigea aussi vers le discret petit sentier qui serpentait entre les roches noires. Direction : le cratère du volcan. Ou au moins une étape en dessous. C'est là qu'elles pourront effectuer leurs recherches.

* * *

Une rafale de vent fouetta rageusement les voyageuses comme pour les prévenir que leur ascension ne sera pas si facile. En contrebas, un petit cours d'eau gargouillait, seul témoin de leur départ. Si elles disparaissaient aujourd'hui, personne ne s'en rendrait compte avant plusieurs jours. Et ce paysage étrange semblait réellement être propice à quelques disparitions inquiétantes et autres légendes pour faire peur. Il faut dire, en dehors du sifflement du vent sur les pierres et le bruit de leur pas, peu de chose venait égayer le trajet. C'était tout à fait favorable au développement de l'imagination.
Il était tellement facile de laisser glisser son esprit sur les dunes sombres et imaginer quelques divinités chtoniennes tapies dans les ombres du relief, prêt à maudire les explorateurs un peu trop curieux. Les relents de soufre portés par le vent accentuèrent cette sensation d'être l'intrus d'un monde stérile gouverné par des forces invisibles.

Mais l'esprit cartésien de la chercheuse formait de larges murailles à ce genre de divagations propre à l'humain. Les pensées d'Arlene ne succombaient pas aux curieuses envolées lyriques que pouvait manifester le touriste lambda en découvrant les terres désolées de l'Hekla même si, on ne peut le nier, ce paysage étonnant pouvait inspirer du plus mauvais des bardes au plus ennuyeux chercheur.
Au contraire, malgré son rejet des rêvasseries, Arlene laissait aller et venir ses yeux sur les sols curieux, tentant d'y percer les secrets. Là, perçant au travers d'un amas de cendre aggloméré, une pierre sombre et poreuse était sûrement le témoin de la dernière éruption. Plus loin, une formation rocheuse à l'air curieusement molle était le marqueur incontestable de l'activité d'un stratovolcan. L'esprit de la sorcière fourmillait d'idées et de théories parfois intéressantes, parfois tirées par les cheveux. C'était tout à fait stimulant.

Arlene se retourna afin de discerner si Aelle partageait cet enthousiasme, oubliant presque le ressentiment qu'elle ressentait à son égard.
L'adulte n'avait qu'une hâte, c'était de commencer ses petites expérimentations, mais le chemin était encore long et l’ascension, loin d'être terminée.

Tiens pour un belle référence inspirante de paysage.

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L'ascension commence de la même façon que cette journée de voyage : dans un silence profond, seulement entrecoupé par les bruits de la nature. Concentrée sur mes pieds, j'écoute le bruit du vent et le gargouillement de l'eau qui s'éloigne au fur et à mesure de notre marche. La pierre sur laquelle je marche est rude, fracturée. Je surveille donc mes pas, histoire de ne pas tomber bêtement par terre, ce qui serait humiliant, surtout devant une femme telle qu'Arlene Howard qui est déjà si distante.

Cette distance et son silence, qui sont plus proches de mon propre comportement que de celui de toute personne que je suis forcée de fréquenter au quotidien, me poussent à vouloir me dépasser. Au fond, si je devais être sincère, je m'avouerai que je suis perturbée par sa façon d'être parce qu'elle ressemble à la mienne, et que si elle ressemble à la mienne, j'aurais tendance à croire qu'elle cache un esprit intéressant que j'aimerais découvrir — les esprits qui me ressemblent sont si rare. Mais son visage froid, son silence... J'ai envie de les défier autant que je les respecte. J'ai envie de prouver que je vaux la peine qu'elle abandonne son masque, tout en espérant que ce n'est pas seulement un masque. En fait, je ne sais pas très bien ce que je veux ni ce que je ressens et je n'aime pas ce que je pense et ressens. La seule chose que je peux donc faire, c'est continuer d'avancer, tout en forçant sur mes muscles pour ne pas exprimer la moindre faiblesse, pour ne pas montrer que l'ascension est difficile, que le vent qui me frappe encombre ma marche, pour retenir les nombreuses questions qui s'élèvent dans mon esprit, leur apparition étant favorisé par le silence et le long chemin qui nous attend.

Retenant un soupir qui ne serait que l'expression de mes pensées évaporées, je poursuis mon chemin, mes yeux parcourant l'horizon. Si une partie du paysage est fatalement caché par la montagne — le volcan — que je suis en train de gravir, tout le reste n'est que plaine. Une longue plaine noirâtre qui s'étire loin, loin. Elle est traversée par des monticules rocheux et fracturée par de lointaines routes, ou peut-être bien des rivières, pour ce que j'en sais. Et au plus près de Hekla, la plaine commence à rebondir, à former des vagues, des aspérités dans la roche qui accrochent mon regard, qui laissent croire que pourrait se cacher derrière ces reliefs sombres n'importe quoi — un trou profond, une rivière ou tout simplement une autre dune. Mes yeux alternent de l'horizon infiniment plat et obscur qui ne peut qu'attirer l’œil aux reliefs plus proches que nous aurons à gravir. Mais ils ont beau avoir quantité de choses à regarder, ces yeux, mon esprit, lui, file comme une coulée de lave ; il s'étend, il s'épand dans des directions inenvisageables ou inavouables.

Marcher est une activité terriblement banale et ennuyeuse. Je n'ai jamais randonné de ma vie, me contentant au fil de mon enfance de balades gentilles et familiales qui avaient une limite dans le temps. J'attendais toujours avec hâte qu'elles se terminent pour pouvoir repartir à des occupations plus passionnantes : la lecture, mes devoirs, jouer à Chasse le géant dans la forêt. Là, je suis forcée d'avancer, d'avancer encore et encore, et plus j'avance, plus mon esprit a besoin de soutien, mon esprit a besoin de nourriture intellectuelle, il a besoin de s'appuyer sur quelque chose de concret. Plus concret que le paysage qui m'entoure qui, bien que sublime et étonnamment différent de tout ce que j'ai connu jusqu'ici, n'est qu'un paysage, une terre morte, des dessins sur mon horizon, sous mes pieds, ce n'est que la Terre, après tout. J'ai besoin de plus.

Le regard de Howard me surprend au moment où cet esprit, justement, étant en train de se tourner vers des terrains dangereux. Je prends conscience au moment où mes yeux croisent les siens lorsqu'elle se tourne vers moi que j'étais en train de fouiller ma mémoire à la recherche de... Et bien je ne sais pas exactement. D'une trace. D'un quelque chose qui n'est plus là, mais qui continue pourtant de m'appeler, comme une voix qui nommerait inlassablement mon prénom tout au fond de moi. Aelle. Aelle. Aelle. Sauf qu'elle murmure un autre prénom, mais que je ne sais pas duquel il s'agit.

Je profite donc de l'attention nouvelle que me porte la femme qui ne m'a ni parlé, ni regardé depuis que nous avons quitté la cabane pour me saisir de mon esprit et le brandir comme un bouclier. J'en ai assez de l'évaporation de mes pensées ! Il me faut l'occuper, il me faut le nourrir. Et actuellement, je suis en présence d'un esprit tout aussi capable de réflexion que le mien qui se trouve dans le corps de cette femme-là, caché derrière son masque froid, et j'ai bien l'intention de m'en servir pour rendre cette marche moins tristement inintéressante.

J'allonge le pas pour me rapprocher d'elle, même si ce faisant, je pousse mes jambes à un rythme qu'elles n'apprécient pas.

« Il y a quelques temps j'ai lu dans Magie et Raison un article qui parlait de perturbations magiques. Certaines anomalies avaient été relevées dans la Vallée de la mort, en Californie. L'autrice suggérait que la forte activité géothermique de cet endroit créait des interférences et perturbait l'utilisation de la magie, d'où la présence de zones "blanches", si je puis dire, dans lesquelles utiliser sa magie, même avec un catalyseur, était franchement peu recommandé. »

Je fais une pause pour reprendre mon souffle, sans cesser de marcher, les yeux baissés sur mes chaussures.

« Si des secousses sismiques sont capables de perturber notre magie, j'ose même pas imaginer ce dont serait capable un volcan. »

Puisque c'est une chercheuse, elle aussi, nulle doute qu'elle trouvera un intérêt à discuter de ce genre de choses. J'aurais pu la questionner sur nos recherches à venir, mais j'aurais pris le rôle, ainsi, d'une stagiaire avide qui ne sait pas attendre le bon moment ou, pire, d'une stagiaire qui a absolument besoin d'être rassurée sur les tâches à venir, ce qui est loin d'être le cas.

Je tourne la tête vers Howard, curieuse d'avoir son point de vue sur la question. Et impatiente, surtout, d'éloigner mon esprit de la vacuité mentale qu'apporte une activité aussi banale que la marche.

Après huit ans à l'écrire, je découvre qu'Aelle devient bavarde quand l'ennui est trop fort et qu'elle pense que la personne en face est dotée d'une certaine intelligence.
On parie combien qu'Arlene l'envoie bouler ?

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Le regard de l'adulte s’égare sur l'horizon qui s'étend derrière sa partenaire de voyage. Le paysage n'a pas changé, il est toujours d'un gris sombre et terne. Plat et mystérieux. Arlene s’arrête pour matérialiser un bâton de marche afin de s'appuyer dessus pour le reste de l'ascension. Ses genoux en avaient marre alors avec ce nouveau support, elle leur offrirait une petite pause.

L'intervention d'Aelle, pour une fois, ne la fait pas soupirer. Peut-être parce que ce n'est pas une question. Ou bien parce que cette déclaration ouvre un débat intéressant qui mérite qu'on s'y penche aux yeux de la sorcière. Elle avait lu cet article. Comme beaucoup d'autres. Et tous étaient classés dans son esprit du plus stupide au plus intéressant. Mais ce classement était certainement tout à fait subjectif même si, pour Arlene, il était sûrement tout à fait manifeste de la vérité générale.

L'adulte avale une gorgée d'eau avant de se décider à répondre. "C'est étrange. Plusieurs personnes pensent que la magie vient du sorcier. Ils ne comprennent pas comment une influence extérieure et de plus naturelle pourrait altérer les capacités magiques." Dit-elle sobrement. Arlene inspire lentement l'air au relent de souffre avant de continuer. "De ce point de vue, ces zones 'blanches' ne devraient pas exister." Mais bon, ces ignorants-là n'auraient pourtant qu'à observer un loup-garou une nuit de pleine lune pour faire le lien entre "influence extérieure naturelle" et magie. Si la lune le peut, pourquoi pas la terre ?

Soudain, comme si un souvenir venait de la frapper, Arlene sort précipitamment de sa poche un Scrutoscope pour l'examiner attentivement. Cependant, rien de notable ne pouvait être observer sur le petit appareil. D'un air presque déçu, Arlene range l'objet dans la poche dans laquelle il était rangé à l'origine. Non, elles n'étaient pas encore arrivées. Mais l'adulte espérait que quelques mètres plus haut peut-être...

Arlene avait bien sa théorie sur ces zones blanches dont parlait Aelle mais il n'était pas encore temps d'en faire part à cette dernière. Et puis, comme tout, ce n'était qu'une théorie difficilement prouvable.

Et sur les capacités d'un volcan à créer ce genre de perturbation, Arlene aussi avait son avis. Mais en plus de cet avis, un espoir tout aussi léger qu'immature d'assister peut-être à une éruption. Même si en réalité, la moindre petite réaction imprévue du volcan pourrait les mettre toutes les deux en danger de mort. Et si Arlene en avait peu à faire de sa vie, elle imaginait tout de même qu'Aelle, elle, n'avait pas forcément de mourir ensevelie sous les cendres incandescentes d'une petite colère d'Hekla la porte de l'Enfer. Arlene préférerait pourtant cette mort atroce à enseigner un seul jour dans une de ces université où elle avait pourtant passé sa scolarité, mais ça, c'est un détail.

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Secrètement soulagée par la pause imposée par Howard, j'extirpe à mon tour ma gourde de mon sac pour en boire une longue rasade. L'eau fraîche apaise la douleur aiguë qui tiraillait mes poumons. Mon esprit avide d'occupation, lui, est ravi par la voix de la sorcière qui me donne une réponse tout à fait correcte, encourageant de ce fait une discussion qui permettra de rendre cette ascension moins morne. Étrangement, je m'attendais à une réponse de ce type, assez laconique, peu élaborée, qui va à l'essentiel. Elle en dit suffisamment pour me donner matière, mais pas assez pour contenter. Perturbée, je cille ; ce comportement m'est familier, mais c'est si rare que je rencontre des personnes qui me ressemblent que je me demande si je dois apprécier ça ou m'en méfier. Naturellement, c'est la seconde option qui est la plus envisageable.

Avant même que je ne puisse élaborer une question, la femme extirpe quelque chose de sa poche. Évidemment, mes yeux partent en quête de l'objet qu'elle tient et je m'étonne de
le reconnaître. Les seuls fois où j'ai vu des scrutoscopes, c'était dans la vitrine de magasins, mais ils sont facilement reconnaissables. Je fronce les sourcils, curieuse, mais puisque j'ai le sens des priorités, c'est à sa réplique précédente que je réponds d'abord, tout en prenant le temps de ranger correctement ma gourde dans ma sac.

« Ces sorciers dont vous parlez ne sont que des idiots, commenté-je d'une voix légère. Ça fait bien longtemps que la recherche évoque ces influences extérieures, l'ignorer est une preuve de bêtise. La magie vient peut-être du sorcier, mais elle est aussi bien influencée par ce qui se passe autour que par ce qu’il a en lui. »

Je me redresse et enfile d'un geste fluide les lanières de mon sac à dos. Mon regard se perd sans que je cherche à l'en empêcher sur la poche de la cape de Howard dans laquelle elle a rangé son objet. Je considère que, la discussion étant ouverte et puisqu'elle n'a pas cherché à cacher son scrutoscope, je suis tout à fait en droit de me questionner à son propos, et donc de lui en faire part.

« Au premier abord, un volcan n'est pas un endroit où on penserait à emporter un scrutoscope, » commencé-je en lui lançant un regard en coin.

À vrai dire, j'ai tendance à penser que l'action la plus suspecte des parages ne pourrait provenir que de moi, même si je ne suis pas certaine que cette chose pourrait détecter mon utilisation d'un sortilège de magie noire, puisque je ne m'en sers pas à des fins qui pourraient nuire à sa propriétaire. Pourquoi apporter un tel objet ici ? Une chose dont je suis certaine, c'est qu'une femme telle qu'elle ne fait rien au hasard. Et ne perds pas son temps en quêtes fantaisistes. Le contraire me décevrait énormément. Alors si elle a ce scrutoscope sur elle et si elle l'a sorti aussi précipitamment, cela pourrait signifier que...

« Son usage initial a été détourné, c'est ça ? »

Peut-être me lancera-t-elle ce regard auquel je ne m'habitue pas encore, celui qui ne regarde pas vraiment, qui considère à peine, et qui fait se sentir si insignifiant. Je dresse un peu le menton, au cas où : ma question est légitime, en plus d'être intelligente, si elle ne sait pas le reconnaître, tant pis pour elle.

« Comment ? »

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Un sourire discret vint étirer le coin des lèvres de la sorcière en entendant l'avis de sa jeune interlocutrice. Oui. C'était une très bonne réponse et Arlene partageait tout à fait cet avis. Cependant, elle ne rebondit pas dessus tout de suite, bien trop occupé à chercher en amont l'endroit propice à leur première étude de terrain. Cet endroit tout désigné que seul cette étrange breloque qu'elle avait réussi à se procurer pouvait trouver.

Malgré l'envie brulante de tenter de lui faire deviner, Arlene répondit tout de même à la question, non pas parce qu'elle en avait vraiment envie d'éclairer la lanterne d'Aelle mais plutôt parce qu'elle était particulièrement fière d'avoir pu obtenir cet objet.

"C'est un Scrutoscope altéré. Je l'ai fait faire par un collègue artisan d'objets magiques. Au premier abord, on dirait qu'il ne marche pas." Elle ressort l'objet de l’intérieur de sa cape pour le présenter à sa compagne de voyage, la paume ouverte. "Regarde. Il ne bouge pas." Elle se tait quelque secondes mais ne peut s’empêcher d'expliquer comment il fonctionne. "Il s'activera lorsque le potentiel magique extérieur sera assez différent de celui enfermé à l’intérieur. Là, le potentiel magique ambiant est égal à celui de l'objet. Il ne se passe rien. Lorsque nous arriveront dans une de ces "zones blanches" dont nous parlions tout à l'heure, il devrait se mettre à réagir !" La passion de la recherche donna au ton de la chercheuse une énergie nouvelle. "Allons un peu plus haut ! Nous ne devrions pas être loin d'une de ces zones."

Bien trop pressée de reprendre sa marche, Arlene sonde le terrain afin d'optimiser leur avancement. Entre les pierres sombres et le sable fin, il était facile de glisser en voulant monter trop vite. Avec l'altitude, le paramètre du froid venait s'ajouter à la liste des dangers potentiels. Il faudrait faire attention. Se blesser si tôt dans leur aventure n'était pas tolérable.

A la question du "comment", Arlene était capable d'exprimer une théorie.

"Je pense qu'il fonctionne par pression magique. Un peu comme l'air, je pense que la magie manifeste une pression. Lorsque la pression extérieure est la même que celle à l’intérieur, tout va bien. Mais dans ces zones blanches, j'imagine que la pression est moindre pour une raison que j’ignore. Ce vide attirerai donc toute les formes de magie afin de rééquilibrer les potentiels. La magie enfermée dans le Scrutoscope altéré serait donc comme attirée par le manque à l’extérieur et devrait y réagir... Enfin, nous verrons bien !" En réalité, Arlene n'était pas certaine de comment l'objet manifesterai une réaction, mais là était le goût de la recherche. On ne savait jamais vraiment à quoi s'attendre ! Ah, mais la voilà à déblatérer des phrases et des phrases. Tout ça ne lui ressemblait pas. Il n'y avait vraiment que la fougue de la découverte pour la faire réagir ainsi.

@Aelle Bristyle

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Lorsqu'elle commence à esquisser une réponse, mon cœur échappe à mon contrôle et je le sens qui s'agite en moi avec une ardeur que je connais par cœur. C'est celle de la frénésie qui rencontre brutalement la curiosité. Cela donne un résultat détonnant, mes yeux se mettent à briller, mon regard se fait intense, tout mon corps hurle : dites-m'en davantage ! Mais elle m'en dit déjà énormément et sans que je ne puisse le retenir, un sourire ravi vient m'étirer les lèvres au moment où elle ressort l'objet. Mes yeux s'y jettent dessus avec un curiosité sans faille que je ne cherche ni à brider ni à cacher. Je me penche même légèrement en avant pour mieux observer.

Si j'ai depuis longtemps jeté mon dévolu sur les sortilèges et non pas l'enchantement, la prouesse magique d'une telle invention m'ébahit ; je ne peux m'empêcher de penser à mon camarade de l'AESM, Johnson, et de me demander s'il serait capable de créer un tel objet, lui qui sait parler aux choses et leur donner l'utilité ou le mouvement magique qu'il désire. Sûrement serait-il peu intéressé par sa fabrication, cependant, puisque qu'il préfère la beauté à l'utilité.

Mes yeux remontent brièvement vers le visage de la chercheuse. Pour la première fois depuis que nous sommes parties, je devine dans sa voix la raison pour laquelle je l'ai choisie au préalable : cette passion que j'avais décelé dans ses recherches. Elle est là, elle transparaît ; je m'en sens étrangement soulagée. Comme si cette légère inflexion de la voix me prouvait que je ne suis pas ici pour rien, que je n'ai pas fait un mauvais choix en jetant mon dévolu sur Arlène Howard.

Je finis par hocher la tête aux paroles de la femme d'un air concerné.

« Quelle fabuleuse invention ! me contenté-je de dire, ne ressentant nullement le besoin de commenter ses paroles et n'étant pas du genre à donner mon avis sur le fonctionnement d'une chose que je ne connais pas. Comment s'appelle ce collègue dont vous parlez ? »

Parce qu'un sorcier capable de fabriquer ce genre d'objets pourrait m'intéresser et parce qu'il est toujours bon de connaître le nom de ce genre de personnalité. Puis, d'un air un peu impérieux mais sans me départir pour autant de mon regard brillant et de l'excitation qui m'illumine les traits, je tends la main, paume ouverte vers le haut :

« Je veux le tenir jusqu'à atteindre une zone blanche, si vous permettez, demandé-je en dressant le menton. Pour le sentir réagir aux modifications de l'extérieur et comprendre davantage son fonctionnement. »

Mon regard se dirige naturellement vers la montagne dont l'ascension nous attend encore. Nous avons presque atteint notre but, la pierre noire et poussiéreuse qui s'étire encore au-dessus de nous nous offre le champ libre. Une terre de possibilités et de découvertes au cœur de laquelle se trouve une zone blanche, lieu de perturbations magiques que nous sommes encore bien loin de pouvoir comprendre, nous sorciers, malgré nos recherches frénétiques. Au delà de la montagne, le vide : l'horizon s'étire à l'infini sur cette terre fracturée qu'est l'Islande, une lande rocheuse à peine effleuré par une végétation timide.

« Avec cet objet, trouver la zone blanche ne devrait n'être plus qu'une question de temps, » marmonné-je pour moi-même sans pouvoir contenir le frémissement dans ma voix.

La fatigue et les douleurs musculaires n'existent soudainement plus, totalement repoussés à l'arrière plan de mon esprit par le défi que représente le scrustoscope. J'ai hâte d'atteindre la zone blanche et de commencer à sentir les altérations que subira ma magie et à en explorer chaque subtilités.

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Arlene partage sa passion presque involontairement. Elle hoche la tête au commentaire de Bristyle. C'était en effet une formidable invention, elle ne pouvait le nier. Lorsque son collègue lui avait envoyé ce hibou après des mois de tentatives infructueuses, elle n'avait pu contenir son ravissement. Malheureusement, il n'avait pu en fabriquer qu'un seul pour ce voyage. Peut-être avait-il réussi, depuis leur départ, à reproduire l'exploit. Cependant, les deux chercheuses devraient se contenter d'un seul pour leurs recherches.

Mais lorsque la jeune femme demanda le contact de ce fabriquant, Arlene fut soudain très avare de détails. Partager ses contacts n'était pas quelque chose de très naturelle chez elle. Partager tout court. Même si ce serait sûrement avantageux pour la jeune chercheuse en stage autant que pour ce fabriquant d'objet extraordinaire.

Arlene lui promit de lui donner son contact en grommelant, lâchant avec grand peine son nom et son prénom.

Je veux le tenir ?! Arlene n'en croit pas ses oreilles. Son superbe gadget ? Dans les mains de Bristyle ?! C'était comme confier un verre en cristal à un enfant de trois ans, il en était hors de question. L'adulte pesa le pour et le contre. D'un côté, elle voulait absolument voir comment l'objet allait réagir. De l'autre...

"D'accord. Tiens."

Avec habileté, Arlene attache une ficelle à l'objet pour le tendre à sa jeune stagiaire. Le message est clair, il faut qu'elle l'attache autour de son cou pour ne pas le faire tomber. Un simple Réparo ne fonctionnerai pas sur cet objet si finement ouvragé.

"Mais c'est toi qui relèveras les changements de l'objet régulièrement et qui les consignera dans un carnet de notes. Aspect, température, et tout autre caractéristique qui pourraient avoir l'air importante."

Autant qu'elle se rende utile. En revanche une chose était sûre, si elle le faisait tomber, la chercheuse la tuerai immédiatement. Pouf, plus d'Aelle. Certainement disparue dans le cratère d'un volcan sans laisser de trace.
Après un dernier regard rempli de regret sur son petit objet magnifique, Arlene reprit sa route. Elles n'étaient sûrement plus très loin.

@Aelle Bristyle

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Elle grommelle un nom et un prénom ; je tends l'oreille pour ne rien manquer et note l'information dans un coin de ma tête. Je la remercie du bout des lèvres, tout comme elle a lâché le nom de son contact du bout des siennes — je comprends, à sa place non plus je n'aimerais pas partager ce genre de choses, mais je ne suis pas à sa place et je veux profiter de l'occasion qui se présente à moi pour glaner toutes les informations dont je pourrais avoir besoin à l'avenir. Et avoir le nom de ce contact pourrait s'avérer être très intéressant dans un avenir plus ou moins proche.

La question est très vite balayée par mon excitation lorsqu'elle me tend le scrutoscope amélioré. Aussitôt, mon cœur bondit dans ma poitrine et une grimace réjouie s'installe sur mes traits. Je tends déjà la main alors qu'elle me fait la liste de toutes les nouvelles tâches qui accompagnent l'honneur de pouvoir être celle qui gère l'objet qui permettra de comprendre nos observations. Je ne prends même pas ombrage de la ficelle qu'elle rajoute au scrutoscope et qui n'y était pas quand elle-même l'a sorti de sa poche. Je me contente de récupérer soigneusement l'objet et de passer ladite dragonne autour de mon poignet. Je le fais avec un grand sérieux, tout à fait d'accord avec ses précautions même si elles veulent clairement dire : je ne te fais pas confiance pour ne pas casser mon trésor. Peu importe, je lui prouverai bien vite que je ne suis pas n'importe qui et que je sais prendre soin des choses importantes.

Mon regard monte à l'assaut de son visage. Pense-t-elle que ces nouvelles tâches qu'elle me donne sont des corvées ? J'efface ses certitudes en dressant le menton avec orgueil, sans chercher à ravaler le sourire contenté qui m'étire toujours les lèvres.

« Évidemment que je vais effectuer ces relevés, affirmé-je d'une voix déterminée en tapotant ma poche centrale dans laquelle se trouve, je le sais mais Howard non, le carnet que j'ai tout spécialement choisi pour consigner ce que j'apprendrai en Islande. Je ne comptais pas me balader avec ça et me contenter d'observer le paysage en attendant qu'il réagisse, cela n'aurait pas le moindre intérêt. »

Et sur ce, je me lance à sa suite, toute fatigue oubliée, grimpant sans aucune difficulté le chemin pourtant escarpé qui nous mènera à notre objectif. Je garde les yeux baissés sur le scrutoscope même si cela est parfaitement inutile : je le sentirai quand il aura quelque chose à me dire. Mais c'est plus fort que moi, j'ai envie de le regarder parce que mon cœur palpite et que mon excitation me fait oublier tout le reste. Ma fatigue, mes pensées sombres, le manque d'effet du Sortilège, les brefs souvenirs qui me reviennent parfois sous la forme d'un flash et que je ne comprends pas, le comportement distant et glacial de ma responsable de stage. Tout à coup, cela n'a plus le moindre intérêt, parce que j'ai entre les mains un objet dont l'utilité me passionne.

Je marche à grand pas, attentive aux moindres changements. Tellement attentive, qu'au premier mouvement infime, tellement infime que je ne l'aurais sûrement pas senti si je n'avais pas eu les yeux braqués dessus, je m'immobilise soudainement.

« Là ! » m'exclamé-je d'une voix forte pour forcer Howard, plusieurs mètres devant moi, à s'arrêter.

Le cœur battant à tout rompre et une joie toute enfantine inscrite sur mes traits, je lève la main, paume vers le ciel et l'objet en son centre, pour mieux observer le scrutoscope. Je tourne sur moi même en faisant quelques pas pour trouver la direction de la zone blanche près de laquelle nous nous trouvons certainement.

« On y est presque ! » indiqué-je à ma responsable de stage en fonçant les sourcils.

La curiosité et la concentration remplace la joie. Je continue de marcher, scrutoscope tendu, pour trouver l'endroit où les perturbations magiques sont les plus puissantes. À partir de cet instant, je prends soin de consigner dans un coin de ma tête toutes les informations que je noterai, à savoir tout ce que Howard m'a demander de relever et que j'aurais relevé même si elle ne me l'avait pas demandé.

PNJ Islande Miðsumar - Dans l'abîme du jour
L'adulte poursuivit son ascension non sans garder un œil attentif à sa stagiaire. Sans son scrutoscope altéré, la chercheuse se sentait délestée de toute responsabilité et ça ne lui plaisait pas trop. Elle retint cependant plusieurs remarques du genre "Ne le serre pas trop fort.", "Ne le laisse pas pendouiller comme ça.", "Attention de ne pas le cogner." Même si la jeune fille faisait tout très bien, l'adulte ne lui faisait certainement pas confiance et espérait ne pas avoir de regret quant à sa décision.

Sa patience étant dotant plus réduite par la fatigue qui commençait à prendre le dessus sur ses sens. Pourtant Arlene ne laissa rien paraître et, même si ses genoux manquaient de flancher à chaque pas, même si la tête lui tournait et même si une vilaine aiguille paraissait s'être plantée derrière son œil provoquant une affreuse migraine, la chercheuse garda le rythme.

C'est un cri digne des plus belles découvertes de l'enfance qui fit s’arrêter l'adulte. La déception était lisible sur le visage de la sorcière tandis qu'elle observait la jeune fille. Comment ça le scrutoscope n'avait pas réagit d'une once lorsqu'elle l'avait dans les mains mais dans celles d'Aelle, il semblait s'être décidé à agir ? L'adulte rebroussa chemin afin de s'assurer que la jeune fille ne se moquait pas d'elle. Bien obligé de la suivre, Arlene la laissa les guider jusqu'au point d’intérêt, luttant contre son corps qui n'aspirait qu'à une chose : se reposer.

Ici. La chercheuse le sentait presque naturellement. Sur ce petit promontoire, son énergie était comme discrètement drainée. D'un coup de main habile, l'adulte sortit sa baguette et tenta un sortilège pour vérifier. "Expecto Patronum." Un mince filet de magie argentée s'échappa de la pointe de sa baguette et disparu comme soufflé par un coup de vent. Une sensation atroce accompagna cette tentative de sortilège. Celle d'être aspirée par l'intérieur. Comme si une force invisible tentait de lui dérober toute l'énergie vitale de son corps. Rapidement, l'adulte coupa le lien magique, secoué.

"On monte le camp ici." Fit Arlene en pointant une zone à quelques mètres de là à l'air moins abrupte que le reste du décor alentour. Ainsi, les deux chercheuses ne seraient pas loin de leur zone d'étude mais ne subiront pas les quelques effets inconnus et potentiellement dangereux que cette zone étrange pourrait bien provoquer. Ce n'était pas un endroit de rêve pour camper mais pour la journée, ça suffirait.

Lourdement, la chercheuse posa son postérieur sur un rocher. Ah. Arlene n'avait pas le souvenir que la marche la fatiguait autant. De mémoire, elle était pourtant d'une endurance à toute épreuve. Ses genoux genoux soulagés, sa douleur au crâne parut s'amplifier. Pour ne pas rester inactive, elle décida de préparer du thé. Ce n'était que le troisième jour. Son sachet d'herbes allait rapidement s'épuiser à ce rythme mais l'étude de terrain était plus importante.

Troisième année - 14 ans - Préfet de Gryffondor - Couleur>8f3232