De la Nostalgie en bouteille
Jeudi 11 août 2050
Pitiponk, Londres
@Christopher Hangoover
Pitiponk, Londres
@Christopher Hangoover
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Hyacinthe n’avait rien prévu pour sa soirée. Comme souvent, il s’était dit qu’il se contenterait d’un repas léger, d’un livre à moitié entamé posé sur sa table basse et, peut-être, d'un petit épisode de sa série du moment si l'humeur le lui disait. Il avait espéré être plus fatigué avec l'heure tardive, sinon sa nuit allait encore s'annoncer particulièrement longue et tortueuse. Tout devait être simple, cadré, et accompagné d'un son doux et rythmé qui donnait vie à la pièce.
Et pourtant, un souvenir avait frappé le jeune homme avec la douce violence d’une réminiscence que l'on n’attendait pas. Il n’y avait pas eu d’élément déclencheur précis - peut-être un parfum croisé dans la rue plus tôt, lorsqu'il est allé faire des courses, peut-être une intonation dans une voix lorsqu'il était à la caisse, peut-être rien du tout. Mais l’image avait été claire : des rires un peu trop forts, une chaleur de compagnie, une silhouette insolente mais rassurante à la fois. Christopher.
Le nom résonna en lui avec une familiarité qui lui tira un sourire. Pas l'un de ceux qu'il servait habituellement, crispés, polis, mais un sourire qui avait même surprit ses propres lèvres. Hyacinthe se souvint de soirées passées dans un flou confortable, de jeux de rôles hypocrites dans lesquels ils avaient tant bien navigués, de conversations sans importance qui prenaient pourtant toute la place, de cette certitude, rare, précieuse : il pouvait baisser la garde.
Il avait aimé Chris. Pas avec la passion d’un feu qui dévore, mais avec cette sincérité calme qui, parfois, se suffisait à elle-même. Il avait aimé son insolence, son exubérance, ses colères dirigées contre le monde entier, et aussi - surtout - l’attention discrète qu’il lui avait portée. Assez pour qu’il n’ait jamais peur. Assez pour qu’il se sente vu. Assez pour qu'il soit en confiance et qu'il puisse se permettre de vivre. Peu de relations avaient eu cette saveur. Peu de souvenirs avaient survécu à l’usure des années avec autant de netteté. Mis à part de précieux souvenirs d'école et les quelques relations qu'il avait construit au fil des ans, les années que le sorcier a passé en Grèce avaient affecté la perception de son historique en Grande Bretagne. Alors, sans réfléchir davantage, Hyacinthe quitta son appartement.
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Il marcha longtemps, la veste légère serrée contre ses épaules, les mains glissées dans ses poches comme pour contenir l’élan qui le poussait en avant. Ses pas l’avaient mené à Soho, dans ce quartier où il était tant allé dans ses années étudiantes. Cela avait été étrange, d'y revenir le mois dernier. L'endroit avait tant changé et pourtant, tout était resté pareil. Hyacinthe retrouva sans mal la ruelle étroite où se trouvait le Pitiponk et s'y glissa avec familiarité.
La porte était là. Un timide sourire aux lèvres, Hyacinthe inspira profondément puis leva la main et frappa trois fois, suivant le rythme idiot du refrain de Fais l’hippogriffe. Il se surprit à sourire encore, d’un sourire plus ironique cette fois. Par Merlin, la chanson datait au moins de l'époque de ses parents. Mais elle avait un caractère intemporel qui plaisait toujours au trentenaire.
La façade du Pitiponk se révéla aussitôt, montrant les deux grandes fenêtres d'où l'on pouvait voir un peu d'activité. C'était typique, pour un jeudi soir. Pas assez bondé pour que Hyacinthe ne s'y sente oppressé par une quelconque ambiance trop festive.
C'est en ouvrant la porte du bar que le sorcier resta figé quelques secondes, doigts crispés sur la poignée. Avait-il vraiment eu une bonne idée ? Et si Christopher n’y travaillait plus ? Il était vrai qu'il n'avait pas pris de ses nouvelles depuis longtemps. Depuis... Non, en fait, il n'avait pas pris de ses nouvelles depuis l'époque. Ce n'était pas particulièrement surprenant au vue de leur relation puisque les deux hommes avaient été comme ça depuis Poudlard. Ils se croisaient à plusieurs reprises au cours de leur vie respective et ne faisaient qu'attendre la prochaine occasion. néanmoins, Hyacinthe aurait transplané jusqu'à Londres pour rien. Remuer ces souvenirs lui avait fait plaisir, mais si Chris était encore là... ils pourraient au moins le faire à deux, si cela tentait l'autre sorcier.
Le Pitiponk l’accueillit alors avec toute sa démesure. Le regard du rouquin fut happé aussitôt par l’immense fresque qui occupait le mur du fond. Une myriade de personnages fantasques, grotesques ou magnifiques, se déplaçaient sans fin sur la peinture. Hyacinthe ne se souvenait plus si elle avait été là, auparavant. Il devait bien avouer que ses premières habitudes au Pitiponk n'étaient pas centrées autour des soirées tranquilles où il pouvait prendre le temps de regarder le décor. Le sorcier répondit aux salutations que lui lançaient certains personnages peints avant de reprendre sa route, pas après pas.
Ses yeux glissèrent sur le reste de la salle : elle n'avait pas tant changé, au final. Le vol incessant des verres et des chopes qui virevoltaient au-dessus des têtes était aussi familier que les couloirs du deuxième étage de l'IMSM. La pièce était emplie par les conversations parfois interrompues par un choc maladroit ou un rire particulièrement fort. Des étudiants discutaient avec animation près d’une table haute, des sorciers plus âgés buvaient posément dans un coin. Les gens étaient différents, mais tout était comme avant. L’endroit n’avait pas changé, son chaos organisé était particulièrement plaisant à voir. Hyacinthe sentit une boule de nostalgie grandir dans sa gorge, mais il l'ignora en affichant un sourire amical.
Il s’avança lentement alors que ses doigts tapotaient nerveusement contre la couture de son pantalon, un tic discret qu’il n’avait jamais réussi à effacer. Chaque détail que ses sens captait le ramenait en arrière : le bruissement des conversations, l’odeur de l’alcool mêlée au bois ciré, le souvenir de nuits où il s’était senti presque heureux. La seule différence était qu'il était bien plus serein, aujourd'hui. Il avait aussi sacrément mal au dos.
Est-ce qu’il travaille encore ici ? La pensée revenait, curieuse. Hyacinthe serait vraiment ravi de pouvoir revoir Chris après tout ce temps. Est-ce qu'il a changé ? Bien sûr qu'il a changé, ça fait tant d'années...
En réalité, peu importait. Le trentenaire était surtout venu ici pour boire un verre à la nostalgie. Si Chris ne travaillait plus ici, il se contenterait d'un verre avec ses propre souvenirs. S'il était toujours là... alors il verrait bien. Hyacinthe se posa à une table libre non loin d'une zone passante avec une lenteur habituée, puis réfléchit à ce qu'il pouvait commander. Sans alcool, c'était certain. Mais est-ce qu'il était plutôt d'humeur pour un cocktail ou pour quelque chose de plus simple ?
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Tonton Hya - #5f957c
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De la Nostalgie en bouteille
Jeudi 11 août 2050
AU PITIPONK
AU PITIPONK
Christopher n'aime rien moins que de perdre son temps sur la paperasse qui incombe à son rôle de responsable de bar. Lorsqu'il doit s'occuper des papiers du Pitiponk, il s'enferme toujours dans son bureau. C'est certes l'occasion d'écouter la musique et de faire quelques pas de danse dans l'espace exiguë entre le bureau, les étagères et la porte, mais en attendant le centre névralgique de l'activité du Pitiponk se déroule très loin de lui, sans lui, et cela Christopher a du mal à l'accepter. C'est pour cela qu'il disperse ses heures de bureau dans la journée, pour ne pas avoir à passer trop de temps loin du bruit, des clients, de l'activité frénétique du pub. D'autant plus en cette période de Coupe d'Europe de dragonnerie ; lui-même étant excité et plein de ferveur, il en résulte quelques difficultés de concentration plutôt embêtantes quand on a le devoir d'effectuer ses heures de travail.
Ce soir ressemble aux autres soirs de la semaine : enfoncé dans son fauteuil, Christopher s'entend à peine penser tant la musique résonne dans son bureau. Sur la gauche, une fenêtre à croisillons donne sur le mur du bâtiment mitoyen. S'il se penche suffisamment, il a une chance d'apercevoir le ciel grisâtre. Mais Christopher se fiche du ciel. Les Unikorn hurlent à tue-tête et font vibrer les vitres. Il ne devrait pas écouter la musique si fort, ses collègues le lui ont déjà reproché : il n'entend pas quand ils l'appellent du rez-de-chaussée et ils sont donc forcés de quitter leur poste pour venir frapper à la porte de son bureau. De la perte de temps, donc. Mais Christopher a le vice d'aimer la musique et il l'aime forte, qui résonne, qui vibre dans ses oreilles et dans ses os. Qu'y peut-il ?
Un bâillement intempestif lui arrache la mâchoire. Il bâille bruyamment en étirant les bras au-dessus de sa tête avant de se frotter les yeux. Un coup d’œil vers la pendule l'informe que la corvée est terminée. Maintenant, un choix s'offre à lui : aller s'occuper de ses stocks, faire l'inventaire de la semaine, aller aider Sasha en cuisine ou libérer Elisha de son enfer personnel, à savoir le Pleuroir. Ce dernier point permettrait à Christopher de voir du monde tout en s'occupant de ses affaires. Peut-être peut-il faire une fleur à son employé... Pas pour lui, mais pour son propre plaisir.
Christopher a l'esprit embrouillé par son long et barbant travail de bureau. Il pense au ralenti. Il se lève sans cesser de s'étirer et éteint la musique d'un coup de baguette. Il referme la porte de son bureau derrière lui et fait quelques pas dans la coursive pour se dégourdir les jambes. La lumière qui filtre à travers les fenêtres qui donnent sur la salle principale l'attire. Il s'appuie contre la vitre et parcoure la pièce des yeux. Le simple fait de voir les clients qui s'affèrent en contre-bas amène un sourire sur ses lèvres. Il imagine le bruit des conversations et celui de la musique, le tintement des verres au plafond et les éclats de rire. Dans un pub, il y a toujours de la vie. C'est peut-être pour cela qu'il a choisi d'en faire son métier alors qu'il n'était encore qu'un étudiant en faculté de droit persuadé qu'il devait décrocher son diplôme.
Son regard passe une fois sur lui sans faire attention avant de se perdre sur la porte par laquelle entre une grappe de jeunes clients déjà passablement éméchés (à surveiller, donc, songe Christopher en les suivant du regard). Mais la silhouette aperçue un peu plus tôt lui reste un tête, aussi tourne-t-il de nouveau les yeux vers elle sans savoir pourquoi exactement elle l'a interpellé. Sa première réaction en apercevant l'homme à la longue chevelure rousse, c'est de faire dévaler un regard appréciateur le long de son corps ; sa seconde réaction est un sourire nostalgique né des bas-fonds de son âme dont il ne reconnaît même pas l'origine ; sa troisième réaction, enfin, c'est de le reconnaître lui. Subitement, comme s'il avait toujours su, alors même que l'homme, simple silhouette à cette distance, ne lui a pas dévoilé son visage.
Christopher aspire une douloureuse bouffée d'air en se redressant, les yeux écarquillés, la main sur la vitre.
« Bordel de me... »
Il ne termine pas sa phrase, trop perturbé pour avoir la force de jurer. Sous ses yeux, une vision du passé, une réminiscence brutale qui lui arrache quelques battements de cœur et qui fait trébucher ses pensées. Pendant quelques secondes, il est incapable de réfléchir. Il se contente de fixer Hyacinthe Kyros, parce que c'est bien lui. Hyas. L'un des plus agréables fantômes de son passé. Un sourire éclot sur les lèvres de Christopher. Il se penche jusqu'à ce que son front touche la vitre.
« Merde, murmure-t-il en plissant des yeux, c'est bien lui ! »
L'instant d'après, il se précipite dans les escaliers qui descendent vers le rez-de-chaussée. Il a déjà dévalé la moitié lorsqu'il s'arrête brusquement en grimaçant. Immobile, il réfléchit une seconde avant de remonter à toute allure. En passant de nouveau dans la coursive, il s'assure que son inattendu invité n'a pas bougé et, le voyant toujours à la même place, il trottine jusque dans son bureau, ferme la porte et se plante devant le miroir qui occupe le dos de la porte.
Le regard soucieux, Christopher se penche sur son profil. Sa tenue est terriblement austère, aujourd'hui. Un pantalon noir et une chemise noire. J'aurais dû mieux me fringuer, pense-t-il avant de se tourner pour jeter un coup d'oeil à son postérieur. Il a une moue en appréciative en s'apercevant de dos. Pas si mal finalement. Il siffle la mélodie de son tube préféré des Unikorn en se remettant de face et en retroussant les manches de sa chemise, dévoilant ainsi son bras droit intégralement tatoué. Il arrange le col et sourit lorsqu'il croise son propre regard dans le reflet. Les tatouages qui montent sur sa nuque sont parfaitement visibles eux aussi. Puis, toujours dans la précipitation, il se penche en arrière pour récupérer un pot de gel qu'il garde toujours dans son bureau. Il allait s'en enduire généreusement la chevelure, mais il suspend son geste au dernier moment. Le reflet dans le miroir lui renvoie l'image séduisante d'un homme aux pattes d'oie discrètes au bord des yeux, au regard noir comme l'onyx mais tendre comme une nuit d'été et une touffe de cheveux dans laquelle lui-même voudrait passer la main.
Christopher aime l'effet de son physique sur les gens autant qu'il en aime l'effet sur lui-même. Mais ce soir, il n'a pas envie de plaire. Pas avec Hyas. Cela fait bien longtemps qu'il n'a pas chercher à lui plaire. Non pas parce qu'il n'y voyait aucun intérêt, mais parce qu'il est persuadé depuis leurs années d'étude qu'il n'a besoin d'aucun des artifices qu'il aime tant face à Hyacinthe. Alors, un sourire attendri aux lèvres, Christopher repose le pot de gel et, après s'être assuré que ses mèches retombent comme il le désire sur son front, il quitte son bureau.
En descendant les marches deux à deux, Christopher remet en place les bracelets et les bagues qui lui ceignent doigts et poignets, ses pensées entièrement tournées vers l'homme qui se trouve dans la salle du Pitiponk et qu'il compte rejoindre, tous ses devoirs oubliés. Une brève image clignote dans son esprit ; celle de deux garçons qui partagent un éclat de rire à un embranchement de couloirs à Poudlard. L'image a la fragilité des souvenirs très anciens et l'odeur des jours heureux. Mais ce n'est pas à ces jeunes garçons auquel songe Christopher. C'est aux hommes qu'ils sont devenus. C'est aux soirées recroquevillés dans un canapé à refaire le monde à voix basse, aux regards qui avaient la force de la complicité. Hyacinthe a été cette havre de paix qui jamais ne souffrait de la moindre bourrasque ; une oreille confiante à qui confier ses petits traquas ; un regard tendre devant lequel se dévoiler.
En traversant la cuisine sous le regard inintéressé de Sasha en pleine confection d'un coktail, Christopher amène avec lui toute la tendresse qu'il a eu pour cet homme qui a quitté sa vie sans éclat il y a de nombreuses années maintenant. Une tendresse qui n'a pas souffert du temps passé. Dans le couloir qui mène à la salle, Christopher s'immobilise. Le bruit l'entoure avec bienveillance, comme un vieil ami qui lui passerait la main autour des épaules ; le bruit, les odeurs, les discussions, les rires bruyants — tant de sons qui réconfortent Christopher. Son regard, lui, est dirigé vers Hyacinthe qu'il observe quelques instants avant de se remettre en marche.
Une main nonchalamment glissé dans la poche de son pantalon chino, Christopher se glisse habilement entre les clients et prend soin de ne croiser le regard de personne ; les clients ont tendance à l'alpaguer dès qu'il rentre dans la salle mais ce soir il n'est pas là pour ça. Il prend soin de se faire voir avant d'arriver près de Hyacinthe, pour ne pas le surprendre. Sur ses lèvres, un sourire en coin qu'il ne contrôle pas. Christopher se glisse près de lui en s'appuyant de sa main droite sur la table qu'il occupe. Il se penche inconsciemment en avant, en penchant la tête sur le côté ; son regard brillant cherche à croiser celui de l'autre dans lequel il s'est si souvent plongé dans il n'était qu'un gamin qui croyait pouvoir trouver son bonheur dans les yeux d'un autre.
« Hyacinthe Kyros, dans mon pub ! »
Il n'y prend pas garde, mais il donne à sa voix un timbre plus grave, comme un doux roulement de tonnerre qui part du fond de la gorge.
« Hyacinthe Kyros, en Grande-Bretagne ! » insiste-t-il en feignant la surprise.
Son sourire s'étire désormais également vers la gauche. Il s'approche légèrement, sans pouvoir retenir le début de rire qui veut grimper dans sa bouche.
« Hyacinthe Kyros, devant moi ? » s'exclame-t-il en arrondissant les yeux de façon moqueuse.
Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
De la Nostalgie en bouteille
Hyacinthe se laissa glisser sur la chaise qu’un verre nerveux consentit enfin à lui présenter. Il posa sa tasse devant lui - un simple café noir, qui tranchait presque ridiculement avec les cocktails extravagants qui virevoltaient au-dessus de sa tête. Mais un cocktail ne le tentait pas trop - sûrement parce qu'il connaissait son budget ce mois-ci -, comme aucune autre boisson fraîche sans alcool.
Il fit tourner la cuillère contre la porcelaine, juste pour s’occuper les mains, et leva à nouveau les yeux vers la fresque mouvante qui occupait tout un pan de mur. Les personnages s’y animaient avec la même agitation que les clients : farces, disputes, scènes burlesques qui s’enchaînaient comme des échos de la salle elle-même. Il sourit légèrement et continua à observer les tables alentours avec tranquillité.
Les plus jeunes, une bande déjà passablement ivre, s’agitaient non loin. Ils semblaient prendre tout l’espace sonore, s’interpellaient d’une voix trop forte, leurs chopes oscillant dangereusement à chaque geste. Hyacinthe les regarda un instant sans agacement, presque attendri par leur insouciance. À une autre table, des hommes plus âgés discutaient d’un ton grave, verres de whisky à la main, leurs visages burinés par des années de travail ou de voyages. Les générations se croisaient, s’ignoraient, parfois se heurtaient dans un éclat de rire ou une dispute théâtrale. C'était là tout le charme du Pitiponk, depuis sa création jusqu'à aujourd'hui.
Hyacinthe savourait cela. Le bruit, la vie, l’agitation - autant d’éléments qui ne l’incluaient pas vraiment, mais dans lesquels il aimait se glisser, spectateur ou non. Il n'avait pas été d'humeur à jouer depuis un sacré bout de temps, il était vrai. Mais observer ces individus qu'il ne reverrait sans doute plus jamais était une activité dont il ne se lassait pas.
À plusieurs reprises, le rouquin sentit sur lui des regards un peu trop insistants. Peut-être à cause de sa chevelure flamboyante. Pensait-on qu'il était une femme ? Dans tous les cas, il espérait ne pas être abordé ce soir. Tandis que certains intéressés finirent par détourner le regard lorsque Hyacinthe les fixait avec des yeux méfiants, d'autres semblaient simplement se délecter d'une appréciation à distance. Le sorcier ne s'en préoccupait pas. Il n'avait rien à prouver, rien à défendre.
Il porta la tasse à ses lèvres et inspira doucement la vapeur du café. Son regard errait toujours, accrochant ici une scène comique entre deux clients qui se disputaient la possession d’un verre à moitié rempli. De l'autre côté, une jeune femme tentait d'essuyer avec un mouchoir la boisson qu'elle avait fait tomber, oubliant le fait qu'elle était une sorcière, visiblement, tandis que les yeux de Hyacinthe parcouraient le reste de la salle.
Et puis, il sentit quelque chose changer.
Ce n’était pas le bruit ambiant, ni le mouvement des verres. C'était comme si certains regards, qui jusque-là glissaient sur lui avec curiosité, avaient trouvé une nouvelle cible à laquelle se lier. Curieux, le rouquin se retourna, un sourcil levé.
Christopher.
Le trentenaire, d’abord, ne bougea pas. Il resta dans une immobilité presque étudiée, comme s’il avait deviné que le moindre geste trop vif trahirait le choc. Il ne voulait pas de ça. Pas de maladresse. Pas de trouble visible. Mais, sous la surface, son cœur avait eu ce sursaut brutal, ce battement manqué qui avait totalement chamboulé le sorcier.
Il prit alors le temps d'examiner le nouvel arrivant en silence. Chris n’avait pas changé. Ou plutôt : il avait évolué, mais rien qui altérait la justesse de l’image que Hyacinthe avait gardée de lui. Les tatouages, les bagues, la chemise sombre aux manches retroussées… tout cela vibrait d’une évidence : il était chez lui. Dans cet espace bruyant, lumineux, excentrique, Chris avait l’air d’un roi naturel. Le rouquin remarqua quand même que son vieil ami et amant avait pris de l'âge, et qu'il avait rajouté quelques tatouages à sa toile corporelle.
Au final, il avait raison d'être venu ici. Depuis la fin de ses études, Christopher avait vraiment appris a habiter l'endroit d'une façon complètement différente de l'étudiant qu'il était. Hyacinthe sentit ses lèvres s’étirer en un sourire, d’abord discret, puis plus franc, plus large, presque enfantin. Au diable les apparences, qu'est-ce qu'il était heureux de le revoir !
C'est alors que Christopher s’appuyait sur sa table, se penchant vers lui avec cette intensité familière. Le timbre grave de sa voix, ses répétitions faussement incrédules, tout cela résonnait d’un écho qui fit vibrer quelque chose de profondément enfoui. Hyacinthe éclata de rire, ne croyant pas que les premiers mots de Chris seraient ça. Son sourire toujours accroché aux lèvres, il avait une tendresse dans le regard qu'il ne cherchait pas à cacher.
- Je vois que certaines choses n’ont pas changé, souffla-t-il. Toujours la même façon de faire croire que tu es surpris alors que tu avais déjà deviné depuis un moment que c'était moi. Hyacinthe fit mine de reprendre sa tasse, jouant un instant avec l’anse, avant de la reposer sans boire. Ses yeux restaient fixés sur Chris. Et toi… Tu n’as pas changé, par Merlin. Tu es toujours exactement là où tu devrais être.
Autour d’eux, Hyacinthe remarqua que les regards avaient à nouveau glissé dans leur direction. Rien de pesant, mais un intérêt certain se faisait sentir pour les occupants de sa table. Hyacinthe savait que Chris attirait l'attention naturellement. Le rouquin n'en fut pas gêné, au contraire. C’était normal. Cela avait toujours été comme ça. Quand Chris entrait dans une pièce, il captait tout, d'une façon bien différente de ce qui arrivait de temps en temps au rouquin. Et quand il venait à lui, tout le reste pouvait bien continuer de tourner, il n’y avait plus que cet espace entre eux.
Hyacinthe s’adossa un peu plus confortablement contre son tabouret, ses yeux brillant d’un éclat amusé.
- Tu comptes répéter mon nom encore combien de fois, Christopher ? Lança-t-il, malicieux. Parce que si tu continues, je vais finir par croire que je t'ai manqué, son sourire s’élargit encore, presque complice.
Cette fois-ci, le liquide contenu dans la tasse de Hyacinthe atteint définitivement la barrière de ses lèvres. Le goût amer du café l'aidait à garder confiance tandis qu'il fixait du regard l'homme qui l'avait rejoint à sa table, fort et fier.
Il fit tourner la cuillère contre la porcelaine, juste pour s’occuper les mains, et leva à nouveau les yeux vers la fresque mouvante qui occupait tout un pan de mur. Les personnages s’y animaient avec la même agitation que les clients : farces, disputes, scènes burlesques qui s’enchaînaient comme des échos de la salle elle-même. Il sourit légèrement et continua à observer les tables alentours avec tranquillité.
Les plus jeunes, une bande déjà passablement ivre, s’agitaient non loin. Ils semblaient prendre tout l’espace sonore, s’interpellaient d’une voix trop forte, leurs chopes oscillant dangereusement à chaque geste. Hyacinthe les regarda un instant sans agacement, presque attendri par leur insouciance. À une autre table, des hommes plus âgés discutaient d’un ton grave, verres de whisky à la main, leurs visages burinés par des années de travail ou de voyages. Les générations se croisaient, s’ignoraient, parfois se heurtaient dans un éclat de rire ou une dispute théâtrale. C'était là tout le charme du Pitiponk, depuis sa création jusqu'à aujourd'hui.
Hyacinthe savourait cela. Le bruit, la vie, l’agitation - autant d’éléments qui ne l’incluaient pas vraiment, mais dans lesquels il aimait se glisser, spectateur ou non. Il n'avait pas été d'humeur à jouer depuis un sacré bout de temps, il était vrai. Mais observer ces individus qu'il ne reverrait sans doute plus jamais était une activité dont il ne se lassait pas.
À plusieurs reprises, le rouquin sentit sur lui des regards un peu trop insistants. Peut-être à cause de sa chevelure flamboyante. Pensait-on qu'il était une femme ? Dans tous les cas, il espérait ne pas être abordé ce soir. Tandis que certains intéressés finirent par détourner le regard lorsque Hyacinthe les fixait avec des yeux méfiants, d'autres semblaient simplement se délecter d'une appréciation à distance. Le sorcier ne s'en préoccupait pas. Il n'avait rien à prouver, rien à défendre.
Il porta la tasse à ses lèvres et inspira doucement la vapeur du café. Son regard errait toujours, accrochant ici une scène comique entre deux clients qui se disputaient la possession d’un verre à moitié rempli. De l'autre côté, une jeune femme tentait d'essuyer avec un mouchoir la boisson qu'elle avait fait tomber, oubliant le fait qu'elle était une sorcière, visiblement, tandis que les yeux de Hyacinthe parcouraient le reste de la salle.
Et puis, il sentit quelque chose changer.
Ce n’était pas le bruit ambiant, ni le mouvement des verres. C'était comme si certains regards, qui jusque-là glissaient sur lui avec curiosité, avaient trouvé une nouvelle cible à laquelle se lier. Curieux, le rouquin se retourna, un sourcil levé.
Christopher.
Le trentenaire, d’abord, ne bougea pas. Il resta dans une immobilité presque étudiée, comme s’il avait deviné que le moindre geste trop vif trahirait le choc. Il ne voulait pas de ça. Pas de maladresse. Pas de trouble visible. Mais, sous la surface, son cœur avait eu ce sursaut brutal, ce battement manqué qui avait totalement chamboulé le sorcier.
Il prit alors le temps d'examiner le nouvel arrivant en silence. Chris n’avait pas changé. Ou plutôt : il avait évolué, mais rien qui altérait la justesse de l’image que Hyacinthe avait gardée de lui. Les tatouages, les bagues, la chemise sombre aux manches retroussées… tout cela vibrait d’une évidence : il était chez lui. Dans cet espace bruyant, lumineux, excentrique, Chris avait l’air d’un roi naturel. Le rouquin remarqua quand même que son vieil ami et amant avait pris de l'âge, et qu'il avait rajouté quelques tatouages à sa toile corporelle.
Au final, il avait raison d'être venu ici. Depuis la fin de ses études, Christopher avait vraiment appris a habiter l'endroit d'une façon complètement différente de l'étudiant qu'il était. Hyacinthe sentit ses lèvres s’étirer en un sourire, d’abord discret, puis plus franc, plus large, presque enfantin. Au diable les apparences, qu'est-ce qu'il était heureux de le revoir !
C'est alors que Christopher s’appuyait sur sa table, se penchant vers lui avec cette intensité familière. Le timbre grave de sa voix, ses répétitions faussement incrédules, tout cela résonnait d’un écho qui fit vibrer quelque chose de profondément enfoui. Hyacinthe éclata de rire, ne croyant pas que les premiers mots de Chris seraient ça. Son sourire toujours accroché aux lèvres, il avait une tendresse dans le regard qu'il ne cherchait pas à cacher.
- Je vois que certaines choses n’ont pas changé, souffla-t-il. Toujours la même façon de faire croire que tu es surpris alors que tu avais déjà deviné depuis un moment que c'était moi. Hyacinthe fit mine de reprendre sa tasse, jouant un instant avec l’anse, avant de la reposer sans boire. Ses yeux restaient fixés sur Chris. Et toi… Tu n’as pas changé, par Merlin. Tu es toujours exactement là où tu devrais être.
Autour d’eux, Hyacinthe remarqua que les regards avaient à nouveau glissé dans leur direction. Rien de pesant, mais un intérêt certain se faisait sentir pour les occupants de sa table. Hyacinthe savait que Chris attirait l'attention naturellement. Le rouquin n'en fut pas gêné, au contraire. C’était normal. Cela avait toujours été comme ça. Quand Chris entrait dans une pièce, il captait tout, d'une façon bien différente de ce qui arrivait de temps en temps au rouquin. Et quand il venait à lui, tout le reste pouvait bien continuer de tourner, il n’y avait plus que cet espace entre eux.
Hyacinthe s’adossa un peu plus confortablement contre son tabouret, ses yeux brillant d’un éclat amusé.
- Tu comptes répéter mon nom encore combien de fois, Christopher ? Lança-t-il, malicieux. Parce que si tu continues, je vais finir par croire que je t'ai manqué, son sourire s’élargit encore, presque complice.
Cette fois-ci, le liquide contenu dans la tasse de Hyacinthe atteint définitivement la barrière de ses lèvres. Le goût amer du café l'aidait à garder confiance tandis qu'il fixait du regard l'homme qui l'avait rejoint à sa table, fort et fier.
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De la Nostalgie en bouteille
Maintenant qu'il est proche de lui, Christopher a tout le loisir d'observer celui qu'il a connu avant même d'apprendre à craindre l'approche de la trentaine. Le jeune adulte qu'il a laissé il y a des années ressemble en bien des points à l'adulte affirmé qu'il est devenu et pourtant... Certains détails que ne remarquent en général que ceux qui ont dépassé la trentaine ne trompent pas. Les rides discrètes autour des yeux, les marques d'expression qui s'incrustent dans la peau même quand l'expression disparaît, la forme plus massive des épaules, les gestes plus affirmés et ce quelque chose sur lequel on ne peut pas mettre de mot, ce quelque chose qui dit : voilà, nous sommes tous deux adultes, vraiment adultes. Christopher observe ces marques et ces preuves avec une certaine réserve, toujours étonné de voir qu'il les apprécie chez les autres alors qu'il les exècre chez lui. Chez Hyas, c'est encore différent. Ces différences, il pose sur elles un regard tendre, comme il pourrait le faire avec Peter qu'il connait depuis presque aussi longtemps. Il y a quelque chose de précieux à voir le passage du temps chez ceux que l'on apprécie et Christopher a envie d'en profiter avant que la crainte de la vieillesse ne vienne tout gâcher.
Son rire est un souvenir à lui seul. Avec cet éclat, Hyacinthe rappelle à Christopher tous les autres rires qu'il a eus devant lui. Il sent son sourire s'agrandir, réponse naturelle à l'hilarité qu'il a cherché à créer. Comme d'habitude, Hyacinthe devine tout avant même que Christopher lui-même se dise qu'il y avait quelque chose à deviner. Évidemment qu'il a feint la surprise et évidemment qu'il s'est approché de Hyacinthe en sachant exactement ce qu'il allait lui dire. Christopher hausse légèrement les épaules, une moue amusée sur les lèvres, l'air de dire : « oups, cramé ! ».
Exactement là où tu devrais être. Un sentiment particulier éclot dans la poitrine de Christopher à ces mots. Il est habitué depuis des années à écouter les critiques de sa famille sur son choix de carrière. Cela a beau faire plus de dix ans qu'il bosse au Pitiponk, ne se passe pas un repas de famille sans essuyer une remarque désobligeante de la part de ses parents ou de son frère. Quant à Peter, il n'a jamais été trop avare en compliment ou en ce genre de phrase dont Hyacinthe a le secret. A vrai dire, il n'y a personne d'autre que Gallois pour lui sortir des trucs comme ça. Chris ne montre rien d'autre que son habituelle nonchalance mais il apprécie à sa juste valeur la chaleur qui s'épand dans sa poitrine ; elle est la preuve qu'il a eu raison de tout mettre de côté pour rejoindre ce vieil ami. Et plus que ça.
« Juste une dernière fois, Hyacinthe Kyros, réplique-t-il en étirant un sourire plein de dents. Pour que tu puisses sérieusement te demander si tu m'as manqué ou non. »
Son sourire réduit mais ne disparaît pas. Il récupère sa main qui était posée sur la table et se redresse, son regard glissant sur tous les recoins du visage d'un homme auquel il n'a pas pensé depuis un moment mais qui est toujours le bienvenue dans ses pensées. Lui a-t-il manqué ? Parfois, oui. Bien sûr. Il y a toujours des moments où nos pensées côtoient des zones anciennes de nos souvenirs et quand elles croisent le chemin d'une vieille connaissance qui nous était chère, se manifeste parfois cette émotion comme une vague qui nous fait nous dire : « Nous étions bien ». Alors oui, Christopher a ressenti cette vague quand ses pensées croisaient le chemin du Hyacinthe Kyros qu'il a connu et il faisait cette constatation, « nous étions bien », avant de passer à autre chose sans sentir son cœur s'alourdir de la douleur qui accompagne parfois le manque.
« Mais tu sais que je préfère aux identités complètes et barbantes les noms moins officiels, Hyas, ajoute-t-il, le coin droit de ses lèvres subtilement retroussé. Je t'ai aperçu de là-haut, avoue-t-il en désignant du pouce les coursives des fenêtres en hauteur, au-dessus de la fresque, à travers lesquelles les clients ne peuvent pas voir. Preuve que j'ai au moins un peu changé : j'ai monté en grade. »
Sans demander son avis à l'autre, et sans le quitter du regard non plus, Christopher tire un tabouret de sous la table et y pose le bout de ses fesses, ses longues jambes allongées devant lui, proches de celles de Hyacinthe. Mais ses yeux finissent par glisser sur la tasse qu'il tient entre les doigts. Un sourcil inquisiteur s'arque sur le front de Christopher.
« C'est un café ? L'établissement va t'offrir quelque chose de spécial ! Après tout, il faut fêter ta présence ici, tu ne crois pas ? » dit-il en approchant son buste de la table et en y appuyant son coude.
Son sourire, cette fois, lui plisse tendrement les yeux, faisant apparaître ces marques qu'il a tant de mal à apprécier dans la glace.
« Nous avons de très bons cocktails sans alcool. »
Une conclusion qui signifie : je n'ai pas oublié. Ni les détails, ni les souvenirs.
Son rire est un souvenir à lui seul. Avec cet éclat, Hyacinthe rappelle à Christopher tous les autres rires qu'il a eus devant lui. Il sent son sourire s'agrandir, réponse naturelle à l'hilarité qu'il a cherché à créer. Comme d'habitude, Hyacinthe devine tout avant même que Christopher lui-même se dise qu'il y avait quelque chose à deviner. Évidemment qu'il a feint la surprise et évidemment qu'il s'est approché de Hyacinthe en sachant exactement ce qu'il allait lui dire. Christopher hausse légèrement les épaules, une moue amusée sur les lèvres, l'air de dire : « oups, cramé ! ».
Exactement là où tu devrais être. Un sentiment particulier éclot dans la poitrine de Christopher à ces mots. Il est habitué depuis des années à écouter les critiques de sa famille sur son choix de carrière. Cela a beau faire plus de dix ans qu'il bosse au Pitiponk, ne se passe pas un repas de famille sans essuyer une remarque désobligeante de la part de ses parents ou de son frère. Quant à Peter, il n'a jamais été trop avare en compliment ou en ce genre de phrase dont Hyacinthe a le secret. A vrai dire, il n'y a personne d'autre que Gallois pour lui sortir des trucs comme ça. Chris ne montre rien d'autre que son habituelle nonchalance mais il apprécie à sa juste valeur la chaleur qui s'épand dans sa poitrine ; elle est la preuve qu'il a eu raison de tout mettre de côté pour rejoindre ce vieil ami. Et plus que ça.
« Juste une dernière fois, Hyacinthe Kyros, réplique-t-il en étirant un sourire plein de dents. Pour que tu puisses sérieusement te demander si tu m'as manqué ou non. »
Son sourire réduit mais ne disparaît pas. Il récupère sa main qui était posée sur la table et se redresse, son regard glissant sur tous les recoins du visage d'un homme auquel il n'a pas pensé depuis un moment mais qui est toujours le bienvenue dans ses pensées. Lui a-t-il manqué ? Parfois, oui. Bien sûr. Il y a toujours des moments où nos pensées côtoient des zones anciennes de nos souvenirs et quand elles croisent le chemin d'une vieille connaissance qui nous était chère, se manifeste parfois cette émotion comme une vague qui nous fait nous dire : « Nous étions bien ». Alors oui, Christopher a ressenti cette vague quand ses pensées croisaient le chemin du Hyacinthe Kyros qu'il a connu et il faisait cette constatation, « nous étions bien », avant de passer à autre chose sans sentir son cœur s'alourdir de la douleur qui accompagne parfois le manque.
« Mais tu sais que je préfère aux identités complètes et barbantes les noms moins officiels, Hyas, ajoute-t-il, le coin droit de ses lèvres subtilement retroussé. Je t'ai aperçu de là-haut, avoue-t-il en désignant du pouce les coursives des fenêtres en hauteur, au-dessus de la fresque, à travers lesquelles les clients ne peuvent pas voir. Preuve que j'ai au moins un peu changé : j'ai monté en grade. »
Sans demander son avis à l'autre, et sans le quitter du regard non plus, Christopher tire un tabouret de sous la table et y pose le bout de ses fesses, ses longues jambes allongées devant lui, proches de celles de Hyacinthe. Mais ses yeux finissent par glisser sur la tasse qu'il tient entre les doigts. Un sourcil inquisiteur s'arque sur le front de Christopher.
« C'est un café ? L'établissement va t'offrir quelque chose de spécial ! Après tout, il faut fêter ta présence ici, tu ne crois pas ? » dit-il en approchant son buste de la table et en y appuyant son coude.
Son sourire, cette fois, lui plisse tendrement les yeux, faisant apparaître ces marques qu'il a tant de mal à apprécier dans la glace.
« Nous avons de très bons cocktails sans alcool. »
Une conclusion qui signifie : je n'ai pas oublié. Ni les détails, ni les souvenirs.
Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
De la Nostalgie en bouteille
Hyacinthe se laissa aller à un rire plus doux que sonore, semblable à une expiration amusée, alors qu’il gardait ses mains autour de sa tasse encore tiède. Il releva le regard vers Christopher, appréciant encore et toujours le redécouvrir pièce par pièce. Face à sa nouvelle investigation, son sourire s’élargit avec une franchise inhabituelle.
- Je le sais bien, répondit-il dans un souffle amusé. Pour toi, je resterai toujours Hyas, même si je ne comprendrai jamais pourquoi tu as été le seul à vouloir rajouter ce 's'.
Le trentenaire secoua doucement la tête, ses mèches rousses se mouvant comme une flamme au gré de ce geste. Ses yeux se baladèrent à nouveau un instant dans la salle, effleurant les silhouettes sans vraiment s’y attarder. Il reposa son regard sur Christopher, le fixant plus que nécessaire.
- À l’époque, je n’aimais pas ça, je l’avoue. Mais… ça me fait plaisir de l’entendre à nouveau dans ta bouche, Chris.
Hyacinthe n'avait pas été habitué à être appelé avec des surnoms. C'était quelque chose qui l'avaient vite mit mal à l'aise, lui qui était si fier de son prénom grec. Mais à force de l'entendre, il devait bien avouer que Hyas était devenu une habitude. Son oreille s'était certainement habituée au surnom, depuis le temps, à son plus grand désarroi.
- Oh. Alors comme ça, tu m'as observé comme une vieille chouette depuis ta fenêtre ? Glissa-t-il d'un air moqueur. Le rouquin se rattrapa cependant bien vite en notant les promotions de son vieil ami. Il le félicita de tout cœur, sa voix trahissant son sérieux et sa fierté, coupant net avec le ton joueur qui s'était installé entre les deux hommes un peu plus tôt.
- Ça te va bien, tu sais, Ses doigts dessinaient un cercle distrait sur la condensation de la tasse. Pas seulement l’endroit. Toi, derrière ces murs... Tu donnes l’impression d’être complet ici.
Il haussa les épaules, comme pour minimiser l’aveu, mais ses mots étaient pesés, volontairement clairs. Christopher, avec cette vivacité nonchalante, parlait de sa prise d'âge comme d’une ascension ; "monté en grade", avait-il dit. Cela n’avait rien d’étonnant pour Hyacinthe, puisque même si l'idée de vieillir ne plaisait pas à Christopher, ce que l'âge pouvait lui apporter l'intéressait beaucoup plus. Chaque année avait fait en sorte que chaque brique du Pitiponk se range naturellement pour lui.
Le contact furtif de leurs jambes sous la table suffit à donner une une impression d’ancrage familière à Hyacinthe malgré l'absence totale de suggestivité. Le sorcier en fut soulagé, bien qu'il n'en doutait pas vraiment. Chris et lui étaient dans un état d'esprit bien différent d'à l'époque, et il n'y avait aucune ambiguïté là-dessus.
À la remarque de Christopher sur le café, Hyacinthe baissa les yeux vers sa tasse encore pleine à moitié. Son sourire revient, plus fin, presque ironique.
- Oui, un café. On ne se refait pas, tu sais. Ça m’aide à tenir debout et puis, il vaut mieux garder l’esprit clair quand on ne sait pas vraiment sur qui on peut tomber. Il releva le regard vers lui, son sourire s’adoucissant. Et je n’aurais sans doute pas autant goûté cet instant si j’avais été sur le point de m’écrouler de fatigue.
Le jeune homme prit le temps d'avaler une autre gorgée sans quitter Christopher des yeux. Son mouvement était lent, délibéré. Puis il reposa sa tasse avec douceur, comme si rien ne s'était passé. Motivé par le bonheur et l'heure tardive, il décida de poursuivre.
- Mais après ça, je ne dirai pas non à un cocktail sans alcool. Surtout si c’est la maison qui l’offre, ajouta-t-il dans un clin d’œil complice. Un rire bref lui échappa, presque surpris de constater que Chris avait retenu ce détail. Je te laisse faire. Montre-moi ce que tu as de meilleur.
- Je le sais bien, répondit-il dans un souffle amusé. Pour toi, je resterai toujours Hyas, même si je ne comprendrai jamais pourquoi tu as été le seul à vouloir rajouter ce 's'.
Le trentenaire secoua doucement la tête, ses mèches rousses se mouvant comme une flamme au gré de ce geste. Ses yeux se baladèrent à nouveau un instant dans la salle, effleurant les silhouettes sans vraiment s’y attarder. Il reposa son regard sur Christopher, le fixant plus que nécessaire.
- À l’époque, je n’aimais pas ça, je l’avoue. Mais… ça me fait plaisir de l’entendre à nouveau dans ta bouche, Chris.
Hyacinthe n'avait pas été habitué à être appelé avec des surnoms. C'était quelque chose qui l'avaient vite mit mal à l'aise, lui qui était si fier de son prénom grec. Mais à force de l'entendre, il devait bien avouer que Hyas était devenu une habitude. Son oreille s'était certainement habituée au surnom, depuis le temps, à son plus grand désarroi.
- Oh. Alors comme ça, tu m'as observé comme une vieille chouette depuis ta fenêtre ? Glissa-t-il d'un air moqueur. Le rouquin se rattrapa cependant bien vite en notant les promotions de son vieil ami. Il le félicita de tout cœur, sa voix trahissant son sérieux et sa fierté, coupant net avec le ton joueur qui s'était installé entre les deux hommes un peu plus tôt.
- Ça te va bien, tu sais, Ses doigts dessinaient un cercle distrait sur la condensation de la tasse. Pas seulement l’endroit. Toi, derrière ces murs... Tu donnes l’impression d’être complet ici.
Il haussa les épaules, comme pour minimiser l’aveu, mais ses mots étaient pesés, volontairement clairs. Christopher, avec cette vivacité nonchalante, parlait de sa prise d'âge comme d’une ascension ; "monté en grade", avait-il dit. Cela n’avait rien d’étonnant pour Hyacinthe, puisque même si l'idée de vieillir ne plaisait pas à Christopher, ce que l'âge pouvait lui apporter l'intéressait beaucoup plus. Chaque année avait fait en sorte que chaque brique du Pitiponk se range naturellement pour lui.
Le contact furtif de leurs jambes sous la table suffit à donner une une impression d’ancrage familière à Hyacinthe malgré l'absence totale de suggestivité. Le sorcier en fut soulagé, bien qu'il n'en doutait pas vraiment. Chris et lui étaient dans un état d'esprit bien différent d'à l'époque, et il n'y avait aucune ambiguïté là-dessus.
À la remarque de Christopher sur le café, Hyacinthe baissa les yeux vers sa tasse encore pleine à moitié. Son sourire revient, plus fin, presque ironique.
- Oui, un café. On ne se refait pas, tu sais. Ça m’aide à tenir debout et puis, il vaut mieux garder l’esprit clair quand on ne sait pas vraiment sur qui on peut tomber. Il releva le regard vers lui, son sourire s’adoucissant. Et je n’aurais sans doute pas autant goûté cet instant si j’avais été sur le point de m’écrouler de fatigue.
Le jeune homme prit le temps d'avaler une autre gorgée sans quitter Christopher des yeux. Son mouvement était lent, délibéré. Puis il reposa sa tasse avec douceur, comme si rien ne s'était passé. Motivé par le bonheur et l'heure tardive, il décida de poursuivre.
- Mais après ça, je ne dirai pas non à un cocktail sans alcool. Surtout si c’est la maison qui l’offre, ajouta-t-il dans un clin d’œil complice. Un rire bref lui échappa, presque surpris de constater que Chris avait retenu ce détail. Je te laisse faire. Montre-moi ce que tu as de meilleur.
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@Christopher Hangoover
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Psychomage depuis septembre 2050.
Tonton Hya - #5f957c
Tonton Hya - #5f957c
De la Nostalgie en bouteille
Le sourire de Christopher s'étire et il ne cherche pas à le camoufler. Il a du mal à se redresser pour libérer Hyacinthe de son regard. Mais après tout, pourquoi ferait-il une telle chose ? Après tout ce temps, il a bien le droit de l'observer. Il lui faut un peu de temps pour se faire à cet étrange contraste : la familiarité que lui inspire l'homme tout en s'étonnant de toutes les différence qu'il a acquis avec l'âge. C'est bien Hyas, en face de lui, celui avec lequel il la partagé plusieurs mois d'une très grande complicité. Mais ce n'est plus le jeune homme qu'il a connu et qui a quitté le pays quelques temps après qu'ils se soient fréquentés. Le même, tout en étant différent. C'est un concept étrange avec lequel Chris n'a pas l'habitude. Alors il observe les expressions de son visage, cette façon qu'ont ses lèvres de s'ourler très discrètement quand il sourit, les dents qui apparaissent furtivement, ces mèches qui retombent sur son front, celle qui est blanche comme une traînée de neige sur fond orange, les rides qui s'étirent sur le bord de ses yeux. Tant de petites choses.
Heureusement qu'il y a leurs souvenirs. Eux n'ont pas changé, ils sont intacts, seulement épicés de la nostalgie du temps qui passe et s'enfuit. Christopher rigole doucement lorsque Hyacinthe évoque le surnom qu'il lui a donné. Il ne se souvient même pas d'où est sorti ce Hyas, mais il se rappelle que le Gallois a eu du mal à l'accepter. Dans son habitude, Christopher a persisté à l'utiliser. Par pour l'embêter, mais parce que c'était plus fort que lui. Pourquoi ce surnom ? Parce qu'il voulait se différencier des autres ? Non. Peut-être seulement parce que cela sonnait plus logique dans sa bouche, Hya paraissant trop court, Hyacinthe trop long ; Hyas n'est peut-être, après tout, qu'un juste milieu entre ces deux choix ?
Un drôle de sentiment émerge des couches profondes du cœur de Christopher. La tête penchée sur le coté, un sourire en coin sur les lèvres destiné à cacher sa gêne et son émotion, il écoute Hyacinthe lui dire une chose que lui-même ressent tous les jours sans être capable la plupart du temps de mettre des mots concrets dessus : ici, il est à sa place. Il a trouvé l'endroit où il voulait être, le travail qui lui convenait, l'ambiance quotidienne dans laquelle il voulait évoluer. Qu'importe que sa famille condamne ses choix ou qu'elle le juge pour ces derniers ? Christopher est heureux. Et quand on est heureux et qu'une personne que l'on a pas vu depuis des années nous dit qu'elle le remarque, nous le prouve, cela donne un sentiment d'éternité peu commun qui ôte un peu, mais seulement pour un temps, les mots de la bouche de Christopher. Il se contente donc d'observer Hyacinthe avec ce sourire discret au coin des lèvres.
Puis son regard tombe sur la tasse de café et un ricanement intempestif lui secoue les épaules. Évidemment, garder l'esprit clair. Hyacinthe n'a jamais été le genre de personne à vouloir perdre le contrôle de son esprit, surtout lorsqu'il se trouve dans un environnement comme celui-ci. Chris lui lance un regard complice et amusé ; il le met au défi, donc.
« Bien sûr que c'est la maison qui offre, réplique-t-il, il faut bien qu'il y ait des avantages à avoir couché avec le responsable de bar du Pitiponk. »
C'est cru, sans détour. L’œil de Christopher brille d'une insolence que Hyacinthe trouvera peut-être familière. Il n'a jamais été du genre à prendre des détours pour dire les choses telles qu'elles sont et il ne va pas commencer maintenant. Il se demande tout de même si l'autre saura. Que ce n'est pas tant le fait d'avoir partagé quelques nuits ensemble qui lui donne ce privilège, mais bien le fait que Hyacinthe soit une personne à l'importance particulière dans son cœur.
« Puisque tu veux garder l'esprit clair et que tu es apparemment incapable de te passer de caféine même le soir, on peut partir sur un cocktail à base de café, commence Christopher en offrant un sourire amusé à Hyacinthe, de l'autre côté de la table. Mh, disons... »
Le coude planté sur la table, le menton dans le creux de la main et les yeux levés vers le plafond où se croisent et s'entrecroisent les verres, Christopher fait mine de réfléchir. Sous la table, ses longues jambes ne sont pas loin de frôler celles de Hyacinthe et la sensation qui s'en dégage ressemble à un vieux souvenirs. Sauf qu'aujourd'hui, Christopher n'a aucun désir de décaler légèrement sa jambe pour approfondir le contact. S'il devait le faire, ce serait plus un signe de complicité qu'autre chose. Il n'y a qu'avec d'anciens amants avec lesquels tout est clair que cela est possible. Et à trente-trois ans, Christopher le découvre avec un certain étonnement. Il n'est pas habitué à garder de bons contacts avec les personnes qui partagent le temps d'une nuit ou plus sa vie.
Après s'être passé rapidement la liste des ingrédients qu'ils ont en stock et avoir fait une liste peu exhaustive des cocktails à base de café réalisables sans alcool qu'il connait, Christopher se redresse soudainement, allonge le bras sur la table et se penche sur cette dernière pour se rapprocher de l'homme.
« Avec ça, tu tiendras debout ! s'exclame-t-il avant de tirer un verre à lui et de lui dire comme si c'était tout à fait naturel de parler à un verre : « Sasha, fais-moi deux Expresso Tonic, s'il te plait. C'est moi qui régale alors me renvoie pas le verre parce qu'il n'amène aucune pièce. »
Le verre s'envole vers le plafond et Christopher lance une œillade amusé à Hyacinthe :
« Tu découvriras ce qu'il y a dedans en goûtant, Hyas. D'ailleurs, ce s ajouté à ton surnom n'est qu'une façon de prolonger le plaisir de le prononcer. Hya, c'est trop court, réplique Christopher d'une voix cassante en plongeant dans ses yeux de l'homme. Alors que Hyas... »
Il fait exprès de faire traîner le s sur sa langue, comme pour bien le goûter. Malgré lui, ses lèvres s'étirent en un sourire provocant.
Heureusement qu'il y a leurs souvenirs. Eux n'ont pas changé, ils sont intacts, seulement épicés de la nostalgie du temps qui passe et s'enfuit. Christopher rigole doucement lorsque Hyacinthe évoque le surnom qu'il lui a donné. Il ne se souvient même pas d'où est sorti ce Hyas, mais il se rappelle que le Gallois a eu du mal à l'accepter. Dans son habitude, Christopher a persisté à l'utiliser. Par pour l'embêter, mais parce que c'était plus fort que lui. Pourquoi ce surnom ? Parce qu'il voulait se différencier des autres ? Non. Peut-être seulement parce que cela sonnait plus logique dans sa bouche, Hya paraissant trop court, Hyacinthe trop long ; Hyas n'est peut-être, après tout, qu'un juste milieu entre ces deux choix ?
Un drôle de sentiment émerge des couches profondes du cœur de Christopher. La tête penchée sur le coté, un sourire en coin sur les lèvres destiné à cacher sa gêne et son émotion, il écoute Hyacinthe lui dire une chose que lui-même ressent tous les jours sans être capable la plupart du temps de mettre des mots concrets dessus : ici, il est à sa place. Il a trouvé l'endroit où il voulait être, le travail qui lui convenait, l'ambiance quotidienne dans laquelle il voulait évoluer. Qu'importe que sa famille condamne ses choix ou qu'elle le juge pour ces derniers ? Christopher est heureux. Et quand on est heureux et qu'une personne que l'on a pas vu depuis des années nous dit qu'elle le remarque, nous le prouve, cela donne un sentiment d'éternité peu commun qui ôte un peu, mais seulement pour un temps, les mots de la bouche de Christopher. Il se contente donc d'observer Hyacinthe avec ce sourire discret au coin des lèvres.
Puis son regard tombe sur la tasse de café et un ricanement intempestif lui secoue les épaules. Évidemment, garder l'esprit clair. Hyacinthe n'a jamais été le genre de personne à vouloir perdre le contrôle de son esprit, surtout lorsqu'il se trouve dans un environnement comme celui-ci. Chris lui lance un regard complice et amusé ; il le met au défi, donc.
« Bien sûr que c'est la maison qui offre, réplique-t-il, il faut bien qu'il y ait des avantages à avoir couché avec le responsable de bar du Pitiponk. »
C'est cru, sans détour. L’œil de Christopher brille d'une insolence que Hyacinthe trouvera peut-être familière. Il n'a jamais été du genre à prendre des détours pour dire les choses telles qu'elles sont et il ne va pas commencer maintenant. Il se demande tout de même si l'autre saura. Que ce n'est pas tant le fait d'avoir partagé quelques nuits ensemble qui lui donne ce privilège, mais bien le fait que Hyacinthe soit une personne à l'importance particulière dans son cœur.
« Puisque tu veux garder l'esprit clair et que tu es apparemment incapable de te passer de caféine même le soir, on peut partir sur un cocktail à base de café, commence Christopher en offrant un sourire amusé à Hyacinthe, de l'autre côté de la table. Mh, disons... »
Le coude planté sur la table, le menton dans le creux de la main et les yeux levés vers le plafond où se croisent et s'entrecroisent les verres, Christopher fait mine de réfléchir. Sous la table, ses longues jambes ne sont pas loin de frôler celles de Hyacinthe et la sensation qui s'en dégage ressemble à un vieux souvenirs. Sauf qu'aujourd'hui, Christopher n'a aucun désir de décaler légèrement sa jambe pour approfondir le contact. S'il devait le faire, ce serait plus un signe de complicité qu'autre chose. Il n'y a qu'avec d'anciens amants avec lesquels tout est clair que cela est possible. Et à trente-trois ans, Christopher le découvre avec un certain étonnement. Il n'est pas habitué à garder de bons contacts avec les personnes qui partagent le temps d'une nuit ou plus sa vie.
Après s'être passé rapidement la liste des ingrédients qu'ils ont en stock et avoir fait une liste peu exhaustive des cocktails à base de café réalisables sans alcool qu'il connait, Christopher se redresse soudainement, allonge le bras sur la table et se penche sur cette dernière pour se rapprocher de l'homme.
« Avec ça, tu tiendras debout ! s'exclame-t-il avant de tirer un verre à lui et de lui dire comme si c'était tout à fait naturel de parler à un verre : « Sasha, fais-moi deux Expresso Tonic, s'il te plait. C'est moi qui régale alors me renvoie pas le verre parce qu'il n'amène aucune pièce. »
Le verre s'envole vers le plafond et Christopher lance une œillade amusé à Hyacinthe :
« Tu découvriras ce qu'il y a dedans en goûtant, Hyas. D'ailleurs, ce s ajouté à ton surnom n'est qu'une façon de prolonger le plaisir de le prononcer. Hya, c'est trop court, réplique Christopher d'une voix cassante en plongeant dans ses yeux de l'homme. Alors que Hyas... »
Il fait exprès de faire traîner le s sur sa langue, comme pour bien le goûter. Malgré lui, ses lèvres s'étirent en un sourire provocant.
Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
De la Nostalgie en bouteille
L'amusement que ressentit Hyacinthe lorsque Chris lui répondit était tout à fait délicieux. Il était bel et bien l'homme qu'il avait laissé il y a toutes ces années. Il eut un rire franc et inhabituellement bruyant, se frottant le coin de la joue.
- J'espère bien bénéficier de ces avantages encore un moment, en effet, contra le rouquin en clignant d'un œil.
Christopher avait toujours été doué pour que Hyacinthe se sente d'humeur joueuse. C'était cette façon d'être qui l'avait tout d'abord attiré chez lui, et cela n'avait pas changé depuis. Et bien que l'insolence de Christopher mette Hyacinthe dans une humeur similaire en ce moment même, il décida de ne pas s'attarder là-dessus.
La lumière du pub accrochait les tatouages de Christopher et accentuait le reflet doré de ses bagues. Hyacinthe s’étonna de trouver ce tableau étrangement familier, il songea à garder ce souvenir pour plus tard. Si l'envie le lui disait, peut-être qu'il peindrait en pensant à ce moment. Quand le verre commanda son cocktail en disparaissant vers le plafond, il suivit du regard le ballet au-dessus de leurs têtes, avant de revenir vers Chris. Sa façon de prononcer son nom le fit presque frissonner, mais, à l'aise avec sa façon de gérer ce flirt sans but, Hyacinthe ne répondit qu'avec un soupir doux, le regard fixé aux yeux du brun.
- Je te fais confiance avec mon café. Tu sais que je suis difficile à convaincre, ajouta-t-il d’un ton volontairement sérieux, bien qu’un sourire vienne trahir le jeu. Une certaine curiosité titillait cependant le trentenaire à l'idée de découvrir un cocktail pouvant autant répondre à son besoin de caféine.
Il s’installa plus confortablement, croisant les bras un instant avant de reposer l’un d’eux sur la table.
- Alors, dis-moi... ta sœur va bien ? Ça fait une éternité que je n’ai pas eu de nouvelles d’elle.
Hyacinthe n’avait jamais rencontré la jeune sœur de Christopher ; son existence ne lui était parvenue qu’à travers les récits du brun. Pourtant, ces quelques confidences suffisaient à lui faire comprendre qu’Annabelle occupait une place particulière dans le cœur de Chris, bien plus importante que celle du reste de sa famille. Le psychomage se souvenait aisément des conflits dont son ancien amant lui avait fait part et il était évident que ces derniers ne s'étaient pas résolu : la présence de Christopher au Pitiponk le soulignait très clairement. Pour Hyacinthe, cela ne faisait aucun doute : la jeune femme était non seulement une soeur, mais aussi un pilier au milieu de la vie tumultueuse de Chris. Il s’interrogeait alors, non sans une certaine inquiétude, sur la nature de leur relation actuelle. Étaient-ils restés unis malgré les tensions de leur foyer ? Hyacinthe espérait ardemment que rien n’avait changé.
- J'espère bien bénéficier de ces avantages encore un moment, en effet, contra le rouquin en clignant d'un œil.
Christopher avait toujours été doué pour que Hyacinthe se sente d'humeur joueuse. C'était cette façon d'être qui l'avait tout d'abord attiré chez lui, et cela n'avait pas changé depuis. Et bien que l'insolence de Christopher mette Hyacinthe dans une humeur similaire en ce moment même, il décida de ne pas s'attarder là-dessus.
La lumière du pub accrochait les tatouages de Christopher et accentuait le reflet doré de ses bagues. Hyacinthe s’étonna de trouver ce tableau étrangement familier, il songea à garder ce souvenir pour plus tard. Si l'envie le lui disait, peut-être qu'il peindrait en pensant à ce moment. Quand le verre commanda son cocktail en disparaissant vers le plafond, il suivit du regard le ballet au-dessus de leurs têtes, avant de revenir vers Chris. Sa façon de prononcer son nom le fit presque frissonner, mais, à l'aise avec sa façon de gérer ce flirt sans but, Hyacinthe ne répondit qu'avec un soupir doux, le regard fixé aux yeux du brun.
- Je te fais confiance avec mon café. Tu sais que je suis difficile à convaincre, ajouta-t-il d’un ton volontairement sérieux, bien qu’un sourire vienne trahir le jeu. Une certaine curiosité titillait cependant le trentenaire à l'idée de découvrir un cocktail pouvant autant répondre à son besoin de caféine.
Il s’installa plus confortablement, croisant les bras un instant avant de reposer l’un d’eux sur la table.
- Alors, dis-moi... ta sœur va bien ? Ça fait une éternité que je n’ai pas eu de nouvelles d’elle.
Hyacinthe n’avait jamais rencontré la jeune sœur de Christopher ; son existence ne lui était parvenue qu’à travers les récits du brun. Pourtant, ces quelques confidences suffisaient à lui faire comprendre qu’Annabelle occupait une place particulière dans le cœur de Chris, bien plus importante que celle du reste de sa famille. Le psychomage se souvenait aisément des conflits dont son ancien amant lui avait fait part et il était évident que ces derniers ne s'étaient pas résolu : la présence de Christopher au Pitiponk le soulignait très clairement. Pour Hyacinthe, cela ne faisait aucun doute : la jeune femme était non seulement une soeur, mais aussi un pilier au milieu de la vie tumultueuse de Chris. Il s’interrogeait alors, non sans une certaine inquiétude, sur la nature de leur relation actuelle. Étaient-ils restés unis malgré les tensions de leur foyer ? Hyacinthe espérait ardemment que rien n’avait changé.
457 @Christopher Hangoover
Psychomage depuis septembre 2050.
Tonton Hya - #5f957c
Tonton Hya - #5f957c
De la Nostalgie en bouteille
Le verre reparti, Christopher ramène son bras qu'il croise avec l'autre sur son buste, le regard rivé à l'amusant soupir qui s'échappe de ces lèvres qu'il a bien connues, à une époque. Un léger sourire relève le coin droit de sa bouche — Hyacinthe, bien qu'homme fait désormais (même si le terme homme n'est pas toujours celui qui le met à l'aise), n'a pas plus changé que lui. À le regarder, Christopher a l'impression de regarder dans une pensine et d'observer ses vieux souvenirs. Les rires de Hyas, sa façon de le regarder, de se frotter la joue, de remettre ses cheveux en place, sa façon de bouger, d'être... La familiarité fait sourire Christopher, si bien que lorsque le sujet famille tombe comme un cheveux sur la soupe, il ne peut pas se tendre, s'énerver ou même penser à contrôler son expression. Il réagit avec un naturel né d'une relation vieille de plus de quinze ans.
Un long râle lui échappe et il décroise aussitôt les bras pour les allonger sur la table lorsqu'il s'affale sur elle dramatiquement. Ses yeux roulent dans leur orbite.
« Des années qu'on ne s'est pas vus et tu me parles d'Annabelle Hangoover-désormais-Falcrey ! gémit-il en ramenant ses orbes sur le visage avenant de Hyacinthe. Alors que tu pourrais parler de moi ou mieux encore, de toi... » Il lui lance un regard suggestif totalement factice. « Mais non, tu choisis de me parler d'elle ? »
Le drame terminé et conscient que la question de Hyas n'est motivé que par sa bonne connaissance de lui et ses souvenirs exacts concernant la relation positive qu'entretient Christopher avec sa jeune sœur, ce dernier se redresse avec un petit rire léger qui se moque de lui-même.
« Tu te souviens qu'elle a eu une gamine ? demande-t-il en plantant énergiquement son coude sur la table et en déposant son menton dans le creux de sa main. Ils ont mis du temps, avec son... » abruti de mari qui est un bourgeois comme il s'en fait tant, c'est à dire qui a un balai profondément enfoncé dans le « ...son agaçant mari qui a un balai coincé tu-sais-où, mais ils ont réussi. Eva, elle s'appelle. Elle est insupportable, pourrie-gâtée au possible. Elle m'adore, précise Christopher avec un sourire plein de dents en se penchant sur la table. Mais ça fait six ans que je me demande pourquoi. »
Parmi tous les membres de sa famille, Annabelle est celle qu'il voit le plus régulièrement. Alors qu'il se contente de fréquenter Donovan, ses neveux ou ses parents lors de repas de famille auxquels il ne peut pas (ne sait pas) se dérober, il arrive que Christopher voit Annabelle le reste du temps lorsqu'elle a envie de s'éloigner de son morne quotidien, de passer le bout de son précieux nez dans ce qu'elle appelle son « repaire de mécréants » ou de lui fourrer sa nièce dans les pattes en échange de quelques pièces. Il se pourrait aussi que Christopher recherche son contact quand il a envie de parler avec quelqu'un qui le connait par cœur, comme l'on peut se connaître par cœur entre frère et sœur même si ce n'est pas toujours positif, quand il veut cracher sur ses parents ou son frère avec quelqu'un qui les connaît bien ou tout simplement quand sa lunatique sœur lui manque.
Dans une inconsciente tentative de camouflage et le regard plongé vers le visage de Hyacinthe que la lumière tamisée du pub ne gâche pas, bien au contraire, Christopher bouge la main pour que ses doigts se retrouvent devant sa bouche. Parler de sa famille ne l'a jamais mis à l'aise, sauf lorsqu'il s'agit de cracher sur elle, mais avec Hyas c'est comme si c'était une vieille blague : Christopher se rappelle subitement de toutes ces fois où, quand il était jeune homme et étendu nu sans la moindre gêne dans le lit de Hyacinthe, il lui racontait les horreurs que sa famille avait débité sur lui lors du dernier repas familial. Rapidement, Christopher changera de sujet, s'enquerra de la mode sorcière en Grèce ou questionnera Hyas sur son retour en Grande-Bretagne, et le Gallois le laissera faire, mais pour le moment il accepte que ce sujet soit abordé et il accepte aussi l'aigreur dans sa propre voix, bien qu'il aime sa sœur plus que de raison parce qu'elle est la seule de sa famille à ne l'avoir jamais condamné pour ce qu'il est — bien qu'elle soit parfois une agaçante petite peste.
Un long râle lui échappe et il décroise aussitôt les bras pour les allonger sur la table lorsqu'il s'affale sur elle dramatiquement. Ses yeux roulent dans leur orbite.
« Des années qu'on ne s'est pas vus et tu me parles d'Annabelle Hangoover-désormais-Falcrey ! gémit-il en ramenant ses orbes sur le visage avenant de Hyacinthe. Alors que tu pourrais parler de moi ou mieux encore, de toi... » Il lui lance un regard suggestif totalement factice. « Mais non, tu choisis de me parler d'elle ? »
Le drame terminé et conscient que la question de Hyas n'est motivé que par sa bonne connaissance de lui et ses souvenirs exacts concernant la relation positive qu'entretient Christopher avec sa jeune sœur, ce dernier se redresse avec un petit rire léger qui se moque de lui-même.
« Tu te souviens qu'elle a eu une gamine ? demande-t-il en plantant énergiquement son coude sur la table et en déposant son menton dans le creux de sa main. Ils ont mis du temps, avec son... » abruti de mari qui est un bourgeois comme il s'en fait tant, c'est à dire qui a un balai profondément enfoncé dans le « ...son agaçant mari qui a un balai coincé tu-sais-où, mais ils ont réussi. Eva, elle s'appelle. Elle est insupportable, pourrie-gâtée au possible. Elle m'adore, précise Christopher avec un sourire plein de dents en se penchant sur la table. Mais ça fait six ans que je me demande pourquoi. »
Parmi tous les membres de sa famille, Annabelle est celle qu'il voit le plus régulièrement. Alors qu'il se contente de fréquenter Donovan, ses neveux ou ses parents lors de repas de famille auxquels il ne peut pas (ne sait pas) se dérober, il arrive que Christopher voit Annabelle le reste du temps lorsqu'elle a envie de s'éloigner de son morne quotidien, de passer le bout de son précieux nez dans ce qu'elle appelle son « repaire de mécréants » ou de lui fourrer sa nièce dans les pattes en échange de quelques pièces. Il se pourrait aussi que Christopher recherche son contact quand il a envie de parler avec quelqu'un qui le connait par cœur, comme l'on peut se connaître par cœur entre frère et sœur même si ce n'est pas toujours positif, quand il veut cracher sur ses parents ou son frère avec quelqu'un qui les connaît bien ou tout simplement quand sa lunatique sœur lui manque.
Dans une inconsciente tentative de camouflage et le regard plongé vers le visage de Hyacinthe que la lumière tamisée du pub ne gâche pas, bien au contraire, Christopher bouge la main pour que ses doigts se retrouvent devant sa bouche. Parler de sa famille ne l'a jamais mis à l'aise, sauf lorsqu'il s'agit de cracher sur elle, mais avec Hyas c'est comme si c'était une vieille blague : Christopher se rappelle subitement de toutes ces fois où, quand il était jeune homme et étendu nu sans la moindre gêne dans le lit de Hyacinthe, il lui racontait les horreurs que sa famille avait débité sur lui lors du dernier repas familial. Rapidement, Christopher changera de sujet, s'enquerra de la mode sorcière en Grèce ou questionnera Hyas sur son retour en Grande-Bretagne, et le Gallois le laissera faire, mais pour le moment il accepte que ce sujet soit abordé et il accepte aussi l'aigreur dans sa propre voix, bien qu'il aime sa sœur plus que de raison parce qu'elle est la seule de sa famille à ne l'avoir jamais condamné pour ce qu'il est — bien qu'elle soit parfois une agaçante petite peste.
Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
De la Nostalgie en bouteille
Hyacinthe éclata d’un rire franc à la théâtralité de Christopher, levant les mains comme pour s’excuser. Ce petit numéro lui rappelait tant de souvenirs ! Il but une gorgée de café, se rapprochant dangereusement du fond de la tasse, laissant la chaleur amère couler dans sa gorge avant de répondre, sa voix vibrante d’une ironie douce.
- Que veux-tu, j’ai mes priorités. Si je te parle de ta sœur, c’est uniquement parce que je m’intéresse à toi. Et je compte bien te faire parler de toi pendant une bonne partie de la soirée, alors ne fais pas semblant de t’indigner, Chris. Le trentenaire accompagna ses mots d’un sourire malicieux. Et, après une courte pause, il ajouta avec une étincelle de défi dans les yeux : Quant à moi… si tu veux des nouvelles, tu sais comment faire. Tu n’as qu’à demander.
Il laissa retomber la conversation sur Annabelle, se laissant porter par la manière dont Christopher en parlait. C’était étrange, en vérité. Étrange de la façon la plus habituelle possible. Les familles, Hyacinthe n’avait jamais su les apprivoiser. La sienne avait toujours été une sorte de grande maison dont la rare chaleur laissait le plus souvent place à de la brûlure. La seule façon dont le sorcier avait appréhendé le concept de famille avec un œil bienveillant était par son travail. Il s'était réconcilié avec l'idée, depuis, et avait fait connaissance avec la partie grecque de sa famille ces dernières années. Ce qui restait de ses liens familiaux, justement, il le devait surtout à sa cousine Danaé.
- Eva, répéta-t-il avec un petit sourire attendri. Quel âge a-t-elle ? Tu sais, ça me fait penser à Danaé. Cousine, côté maternel, précisa-t-il. Elle aussi a eu une petite fille. Hélène, qu'elle s'appelle. C'est une sorcière... C'est idiot, mais c'est la seule, avec mon grand-père et moi. Ca me donne l’impression que j’ai encore un vrai morceau de famille qui vaut la peine.
Il eut un bref silence, chassant la mélancolie de son regard, puis supprima son air sérieux d’un rire franc.
- Enfin, ça, c’est ma version. Tu parles d'Annabelle et de son mari avec tellement de fiel, c'est plaisant à voir. Pourtant, il était facile pour le psychomage à quel point Chris éprouvait de la tendresse pour sa sœur. C'est dommage que ce type ne se soit pas décoincé depuis le temps, cependant. Il doit être terriblement barbant.
Après un temps, il changea volontairement le sujet, sa voix reprenant de l’élan.
- Mais trêve de famille, sinon on va finir par plomber la soirée. Dis-moi plutôt... qu’est-ce qui fait vibrer le Pitiponk en ce moment ? Parce que tu ne vas pas me faire croire qu’avec ce bar, tu n’as rien de croustillant à raconter. Hyacinthe planta son regard dans celui de Christopher, une malice assumée dans l’éclat sombre de ses yeux.
- Et je parle autant des clients que de toi, précisa-t-il, presque en chuchotant.
- Que veux-tu, j’ai mes priorités. Si je te parle de ta sœur, c’est uniquement parce que je m’intéresse à toi. Et je compte bien te faire parler de toi pendant une bonne partie de la soirée, alors ne fais pas semblant de t’indigner, Chris. Le trentenaire accompagna ses mots d’un sourire malicieux. Et, après une courte pause, il ajouta avec une étincelle de défi dans les yeux : Quant à moi… si tu veux des nouvelles, tu sais comment faire. Tu n’as qu’à demander.
Il laissa retomber la conversation sur Annabelle, se laissant porter par la manière dont Christopher en parlait. C’était étrange, en vérité. Étrange de la façon la plus habituelle possible. Les familles, Hyacinthe n’avait jamais su les apprivoiser. La sienne avait toujours été une sorte de grande maison dont la rare chaleur laissait le plus souvent place à de la brûlure. La seule façon dont le sorcier avait appréhendé le concept de famille avec un œil bienveillant était par son travail. Il s'était réconcilié avec l'idée, depuis, et avait fait connaissance avec la partie grecque de sa famille ces dernières années. Ce qui restait de ses liens familiaux, justement, il le devait surtout à sa cousine Danaé.
- Eva, répéta-t-il avec un petit sourire attendri. Quel âge a-t-elle ? Tu sais, ça me fait penser à Danaé. Cousine, côté maternel, précisa-t-il. Elle aussi a eu une petite fille. Hélène, qu'elle s'appelle. C'est une sorcière... C'est idiot, mais c'est la seule, avec mon grand-père et moi. Ca me donne l’impression que j’ai encore un vrai morceau de famille qui vaut la peine.
Il eut un bref silence, chassant la mélancolie de son regard, puis supprima son air sérieux d’un rire franc.
- Enfin, ça, c’est ma version. Tu parles d'Annabelle et de son mari avec tellement de fiel, c'est plaisant à voir. Pourtant, il était facile pour le psychomage à quel point Chris éprouvait de la tendresse pour sa sœur. C'est dommage que ce type ne se soit pas décoincé depuis le temps, cependant. Il doit être terriblement barbant.
Après un temps, il changea volontairement le sujet, sa voix reprenant de l’élan.
- Mais trêve de famille, sinon on va finir par plomber la soirée. Dis-moi plutôt... qu’est-ce qui fait vibrer le Pitiponk en ce moment ? Parce que tu ne vas pas me faire croire qu’avec ce bar, tu n’as rien de croustillant à raconter. Hyacinthe planta son regard dans celui de Christopher, une malice assumée dans l’éclat sombre de ses yeux.
- Et je parle autant des clients que de toi, précisa-t-il, presque en chuchotant.
487
@Christopher Hangoover
@Christopher Hangoover
Psychomage depuis septembre 2050.
Tonton Hya - #5f957c
Tonton Hya - #5f957c
De la Nostalgie en bouteille
Un sourire moqueur aux lèvres, Christopher accueille les paroles de Hyacinthe et acquiesce comme s'ils partageaient un secret ; il ne doute pas un seul instant que l'homme soit capable de le faire parler de lui une heure durant. Et Christopher ne doute pas une seule seconde non plus être capable, en choisissant le bon sujet de conversation, d'amener le Gallois à parler de lui-même durant une encore encore — s'il le lançait sur la mode, nulle doute que Hyacinthe n'aurait plus en tête de lui poser des questions sur sa famille. Pour un temps du moins. Mais, son sourire à peine caché par les doigts devant sa bouche, Christopher ne se lance pas dans ce projet et laisse son vieil ami-ex-amant parler, se contentant de hausser les sourcils d'un air suggestif lorsqu'il précise que si Chris veut en savoir davantage sur lui, il saura comment s'y prendre.
Cependant, comme souvent quand les gens sont à l'aise, il n'y a pas besoin de poser dix questions à la suite pour avoir les réponses que l'on désire. Christopher ne s'attendait pas à voir Hyacinthe poursuivre sur le sujet de la famille en évoquant la sienne ; s'il y a bien un sujet dont il évite en général de parler, c'est bien celui-ci. Même si cela ne se remarque pas dans sa façon de se tenir, Christopher devient plus attentif, un peu plus sérieux aussi, pour pouvoir accueillir cette preuve de confiance sans en louper le moindre morceau. C'est facile de s'imaginer Hyacinthe en Grèce, entouré de cette nouvelle famille. Un sourire compréhensif passe sur les lèvres de Christopher qui acquiesce doucement lorsque le Gallois évoque sa nièce, sa fille.
Avant qu'il n'ait pu y aller de son petit commentaire, il avait pourtant beaucoup de choses à dire, tant sur son barbant beau-frère que sur cette petite Hélène (il aurait aimé savoir son âge et ainsi se faire une idée des petites filles de six ans dans le monde : sont-elles toutes si insupportables ?), mais comme à son habitude, Hyacinthe poursuit avec une réplique qui le fait se redresser et éclater d'un rire bruyant.
« Du croustillant, répète-t-il avec un sourire plein de dents en secouant la tête, son regard accroché à la lueur malicieuse présente dans les yeux du Gallois. Je ne sais pas s'il vaut mieux que je te raconte ceux du Pitiponk ou les mi... »
Il est arrêté par l'arrivée soudaine des verres au-dessus de la table.
« Ah, enfin ! »
D'un geste fluide né d'une habitude bien encrée depuis les années, Christopher se redresse pour les attraper.
« Et voilà, le cocktail de monsieur, » sourit-il en en posant un devant Hyacinthe
Il se rassied en gardant le sien dans sa main. Il ne boit pas car il faudra trinquer pour ça, mais une conversation étant lancée il préfère attendre un peu. Christopher ramène aussitôt ses yeux sur Hyacinthe.
« Ne crois pas pouvoir changer de sujet indéfiniment, je suis certain que tu as des choses à raconter sur cette Hélène ! Et sur Danaë. Bon, des choses certainement moins insultantes que ce que je pourrais dire à propos Xavier-j'endors-le-monde-dès-que-j'ouvre-ma-gueule, mais c'est pas plus mal. »
Un petit sourire amusé soulève le coin droit des lèvres de Christopher. Il lance un clin d’œil amusé à Hyas avant d'enchainer rapidement, puisque les rumeurs croustillantes du Pitiponk intéressent apparemment son interlocuteur :
« Tu veux que je te raconte la fois où le Pitiponk a bien manqué s'écrouler sous les cris survoltés d'un gamin qu'on m'avait laissé au Pleuroir... Au Pleuroir ! s'offusque Christopher. Tu t'en rends compte ?! Bref, ça ou toutes les fois où je dois repousser les avances de clients trop entreprenants ? »
Cependant, comme souvent quand les gens sont à l'aise, il n'y a pas besoin de poser dix questions à la suite pour avoir les réponses que l'on désire. Christopher ne s'attendait pas à voir Hyacinthe poursuivre sur le sujet de la famille en évoquant la sienne ; s'il y a bien un sujet dont il évite en général de parler, c'est bien celui-ci. Même si cela ne se remarque pas dans sa façon de se tenir, Christopher devient plus attentif, un peu plus sérieux aussi, pour pouvoir accueillir cette preuve de confiance sans en louper le moindre morceau. C'est facile de s'imaginer Hyacinthe en Grèce, entouré de cette nouvelle famille. Un sourire compréhensif passe sur les lèvres de Christopher qui acquiesce doucement lorsque le Gallois évoque sa nièce, sa fille.
Avant qu'il n'ait pu y aller de son petit commentaire, il avait pourtant beaucoup de choses à dire, tant sur son barbant beau-frère que sur cette petite Hélène (il aurait aimé savoir son âge et ainsi se faire une idée des petites filles de six ans dans le monde : sont-elles toutes si insupportables ?), mais comme à son habitude, Hyacinthe poursuit avec une réplique qui le fait se redresser et éclater d'un rire bruyant.
« Du croustillant, répète-t-il avec un sourire plein de dents en secouant la tête, son regard accroché à la lueur malicieuse présente dans les yeux du Gallois. Je ne sais pas s'il vaut mieux que je te raconte ceux du Pitiponk ou les mi... »
Il est arrêté par l'arrivée soudaine des verres au-dessus de la table.
« Ah, enfin ! »
D'un geste fluide né d'une habitude bien encrée depuis les années, Christopher se redresse pour les attraper.
« Et voilà, le cocktail de monsieur, » sourit-il en en posant un devant Hyacinthe
Il se rassied en gardant le sien dans sa main. Il ne boit pas car il faudra trinquer pour ça, mais une conversation étant lancée il préfère attendre un peu. Christopher ramène aussitôt ses yeux sur Hyacinthe.
« Ne crois pas pouvoir changer de sujet indéfiniment, je suis certain que tu as des choses à raconter sur cette Hélène ! Et sur Danaë. Bon, des choses certainement moins insultantes que ce que je pourrais dire à propos Xavier-j'endors-le-monde-dès-que-j'ouvre-ma-gueule, mais c'est pas plus mal. »
Un petit sourire amusé soulève le coin droit des lèvres de Christopher. Il lance un clin d’œil amusé à Hyas avant d'enchainer rapidement, puisque les rumeurs croustillantes du Pitiponk intéressent apparemment son interlocuteur :
« Tu veux que je te raconte la fois où le Pitiponk a bien manqué s'écrouler sous les cris survoltés d'un gamin qu'on m'avait laissé au Pleuroir... Au Pleuroir ! s'offusque Christopher. Tu t'en rends compte ?! Bref, ça ou toutes les fois où je dois repousser les avances de clients trop entreprenants ? »
Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER