26 août 2025, 15:53
Se frayer un passage au-dehors de ces murs  SOLO 
↬ en réponse à la lettre d'Ivanovna
@Ivanovna Alekhina, comme promis

6 JUILLET 2049,
CHAMBRE, IMSM

Alyona, 19 ans


Il y a des jours qui se ressemblent, et d'autres qui ne sont comparables à aucun. Ce six juillet deux-mille-quarante-neuf n'a été comparable à aucun autre.

Pourtant, il se présentait simplement, banalement, n'annonçait rien de particulier et paraissait ressembler aux jours qui l'ont précédé. C'était un mardi, et il a débuté comme tous les autres mardis du mois de juillet : par un cours sur les théories et les applications en botanique. Cours général, théorique, donc, en classe, avec prise de notes et sans pratique. Quatre heures à mémoriser pour les examens de fin d'année. Rien d'ennuyant ou de difficile dans ce travail, si ce n'est de muscler assez son attention pour la garder fixée et éveillée tout ce temps. Je pense pouvoir dire que je m'en suis bien sortie, mais j'ai bénéficié de nombreux entraînements tout au long de mon année. Enfin ! La journée n'a pas été aussi prévisible, car après le repas, une surprise est arrivée à tire-d'aile, réclamant son propre festin avant de délivrer son présent entre mes doigts étonnés.

L'odeur de l'enveloppe m'a indiqué sa provenance avant que je n'en dévoile le contenu.

Il m'a fallu du temps pour lire, chaque mot portait avec lui un univers d'émotions qui me submergeait. Mes yeux se posaient, déchiffraient, et s'arrêtaient une fois le propos compris. Avide et tremblante, tout le monde qui m'entourait s'était dissous, était devenu muet et presque inexistant. Je vacillais assise, incapable de comprendre ce qui arrivait, de saisir ce qui m'étais offert, avec la sensation qu'on déposait à mes pieds une fleur rare capable de tout guérir, de tout supporter, confidente et sincère, solide et fortifiante, belle et portant avec elle une odeur d'éternité. Qui étais-je pour me voir remettre un tel présent ? Les lettres tracées paraissaient virevolter comme des lucioles autour de ma robe. Pourtant, je les ai relus, ces phrases, encore et encore, comme si je voulais les graver dans mon âme. Il y a des choses qu'on ne doit pas oublier, et d'autres qu'on ne veut pas oublier. Là, je ne souhaitais rien perdre. Tout retenir entre mes bras, comme des bouquets de soleils, quitte à passer la journée le nez plongé dans leurs pétales au parfum envoûtant du bonheur.

Pour expliquer, il faudrait mettre des mots. En choisir, d'abord, et ensuite leur donner du sens en les accordant à d'autres. Ce n'est pas un travail évident, et je n'ai jamais été très douée pour ce genre d'expression. Et puis, comment mettre des mots sur l'amitié, la confiance, une relation dans tout ce qu'elle a de complexe et d'évident, de libre et d'entrelacé, de magique et d'ordinaire ? Comment dire les sentiments, les liens noués, les moments offerts, les mots offerts, et tout ce qu'ils apportent, le socle solide qu'ils forment, la cabane de souvenirs dans les bois qu'ils construisent pour deux personnes ? Comment révéler, avant même d'expliquer ? Est-ce seulement possible ? Est-ce seulement nécessaire ? Cela n'est-il pas de ces richesses qu'on ne peut pas partager ? Je serai incapable d'exprimer ce que la lettre d'Ivanovna a bouleversé. Ce serait inutile d'essayer, parce qu'impossible à envisager.

Je suis restée assise de longues minutes, les yeux accrochés au parchemin, avec un sourire évident. J'ai lu, relu. J'aurais même pu transplaner directement chez mon amie, ce n'est pas l'envie qui me manquait. Et puis, avec une journée de recul, dans le silence de ma chambre, j'ai rédigé une réponse. En repassant le regard sur ces mots, désormais, me préparant à les glisser dans une enveloppe avant de les envoyer, je les trouve tellement simples. Je ne suis pas loin de revenir dessus, de chercher à les peaufiner, à les rendre plus précis, et ce avec un perfectionnisme vain. En réalité, je crois qu'Ivanovna comprendra ce qui se cache derrière. Ne sait-elle pas, d'ailleurs, que j'ai des difficultés à exprimer ce que j'ai en moi par l'écrit, que j'ai toujours préféré les gestes, les regards et les bras passés autour des épaules à des mots si petits dans un immense univers de sensations ? Elle comprendra, j'en suis certaine. Mais qu'elles me paraissent imparfaites, ces phrases ! Ce sont elles qui ne comprennent pas, qui se vêtent de leurs habits chics alors que je leur avais demandé de porter des couleurs flamboyantes. Elles ne pourront jamais être à la hauteur, jamais convenir pour exprimer de qui doit l'être, elles ne remplaceront pas la lumière sur mon visage quand il croisera celui d'Ivanovna. Elles ne peuvent même pas lui faire concurrence. Pourtant, il s'agit ici de transmettre, de partager un peu de cette clarté, de la faire ressortir, elle qui déborde, de l'étaler sur le parchemin, en espérant qu'elle ne perde pas de sa saveur lors du voyage, qu'elle conserve des traces de l'intensité qu'elle avait en naissant sur mon cœur.
Alyona Farrow,
Institut de Médicomagie et des Sciences Magiques, Angleterre

Pour Ivanovna Alekhina
Wick, Écosse



Ma chère amie,

Il m'a fallu du temps pour trouver comment commencer cette lettre. J'avais envie de venir chez toi pour te serrer dans mes bras avant de trouver des mots. Mais parfois, il faut savoir se poser, réfléchir, rédiger, écrire même si l'exercice n'est pas évident, les lettres restent, on peut s'y accrocher, les collecter pour qu'elles nous protègent des jours de pluie, quand il n'y a personne. Ta lettre, c'est sûr, me protégera lors des jours de pluie. À moi de t'en offrir une en retour, parce que je te le dois, parce que je le souhaite, parce que tu le mérites. Mais tu le sais, moi aussi je ne suis pas toujours à l'aise avec les mots, surtout ceux qui confient, on nous apprend à nous tenir droites mais pas à vivre libérées. Pourtant c'est important aussi de dire : tu comptes pour moi, ta présence me délivre, m'autorise, passer du temps avec toi ce n'est jamais du temps perdu, et je t'aime fort, parfois sans savoir l'expliquer, parce que je me sens bien quand tu es là, parce que j'aime rire avec toi, et parler, et marcher bras-dessus bras-dessous à tes côtés, et te confier mes dernières découvertes en botanique. J'ai très hâte que tu me rejoignes à l'Institut ! Je suis sûre que tu pourras venir. Et moi, je crois que j'ai besoin d'y rester un peu, d'étudier encore, je ne sais pas exactement dans quelle spécialité ou filière, mais il me faut du temps. Enfin, c'est autre chose. Ce qui est certain, c'est qu'on pourra passer encore plus de temps ensemble, et se voir davantage, et ce sera merveilleux. Je ne pensais pas trouver une amie à l'heure du départ de Poudlard. Tu es comme une sœur pour moi, je t'en suis éternellement reconnaissante, et je te promets de prendre soin de ta confiance comme d'une plante rare et précieuse. Elle ne sera jamais oubliée ou négligée dans mon jardin.

J'ai laissé passer une journée avant de répondre à ton hibou, et je le regrette presque. Maintenant, j'ai peur que mes mots t'apparaissent tous simples et fades, alors qu'en réalité je me sens encore tellement joyeuse et ébranlée ! Si tu savais, mes mains tremblent encore un peu, et même Nahele m'a demandé si j'allais bien quand nous nous sommes vus, cet après-midi. Je ne lui ai rien expliqué, parce que j'ai l'impression que tu m'as fait don de quelque chose de tellement merveilleux que je veux le garder encore un peu pour moi, dans mes mains, presque égoïstement, comme si cela pouvait s'envoler. Mais finalement oui, c'est comme une plante, si on en prend soin elle durera, et je te jure que je vais en prendre grand soin parce que je suis sûre que cette plante pourra encore donner des fleurs si belles que tous les autres grands jardins nous envieront.

Toi aussi prends soin de toi Vana, je t'embrasse et j'espère te revoir vite pour fêter ton entrée à l'IMSM.
Alyona

#466962Botaniste au Jardin de Draíocht
baisse de présence jusque fin juillet