Se fondre dans la masse
Le 23 Août 2050,
Fin de matinée.
Sortie Moldue du Chaudron Baveur.
Avec @Nyxis Calderon.
Aristide avait arrêté d'être attentif au monde autour de lui quand sa mère avait annoncé son idée. Avant hier, Nyxis était arrivée à la demeure Griffiths, sous les hurlements de Autumn (qui avait demandé trois fois s'ils allaient se marier, depuis) et Dawn s'était donné comme objectif de relever le niveau de ses vacances. Elle avait su par son fils que l'été de la jeune Calderon n'avait pas été des plus agréables et aucune fillette n'entrait dans sa maison sans en ressortir avec le sourire. Evidemment, cet objectif n'avait rien d'officiel. Techniquement, Aristide Sr et le vieux Michaël s'étaient mis d'accord pour que Nyxis passe quelques jours chez son bon ami Serdaigle pour décharger le vieil homme tout en permettant à sa petite fille de passer du temps avec un adolescent de son âge qui soit de bonne influence. C'était flatteur et en même temps, Aristide en avait été profondément frustré. Ce caractère de cochon que se coltinait Nyxis faisait son charme et il trouvait agaçant que sa famille ne l'apprécie pas comme lui. Et puis, s'ils n'étaient pas si ennuyants, l'adolescente aurait sûrement moins de mal à se tenir correctement à Poudlard durant l'année.
Il ignora la petite voix dans la tête qui lui soufflait que, en réalité, Aristide ne supportait personne d'autre avec le même comportement que Nyxis et se blotti plus près de sa mère. La différence entre les autres élèves qui faisaient des bêtises à Poudlard étaient qu'ils étaient idiots, là où Nyxis avait une présence d'esprit agréable et un côté joueur généralement amusant. Sauf quand elle bizutait des premières années, mais c'était un détail qui était passé sous silence après qu'ils se soient déjà disputé à ce sujet. En bref, pas un souvenir à se remémorer à l'instant T. Il plongea son visage contre l'épaule de sa mère et grimaça alors que la monture de ses lunettes s'enfonçait douloureusement contre son nez. Une petite partie de lui s'imaginait que, s'il fermait les yeux, le monde autour de lui disparaîtrait et qu'il pourrait devenir invisible lui aussi. Ou peut-être qu'elle prendrait pitié, comme lorsqu'il était jeune, et qu'elle le ramènerait à la maison en fredonnant que ce n'était pas grave d'avoir peur.
Elle n'en fit rien et un courant d'air plutôt frais lui fouetta le visage alors que sa mère, dans toute sa splendeur de boucles brunes et de beaux bijoux, les abandonnait dans le Londres Moldu. Elle leur fit un petit signe de la main avant de tourner les talons pour s'enfoncer à nouveau dans cette arnaque d'hôtel. Il jeta un coup d'œil anxieux autour de lui et gratta son index avec l'ongle de son pouce dans l'espoir de se calmer un peu. Nyxis, évidemment, avait été ravie quand sa mère leur avait proposé de l'accompagner au chemin de traverse pour ses achats, et encore plus ravie quand Dawn lui avait proposer d'embarquer son fils chez les moldus, elle qui aimait tant ça. Aristide, lui, avait hoché la tête avec difficulté tout en se répétant mentalement qu'il était indigne de sa part de se jeter à ses pieds pour pleurer tout son soul.
Après réflexion, il aurait dû le faire. Peut-être que ça aurait évité à cette voiture - il savait au moins comment ce monstre de ferraille s'appelait - de déraper au fond de la rue en lui donnant pratiquement une crise cardiaque. Et plus d'épaule contre laquelle se cacher parce que Nyxis était plus petite que lui quand il portait ses talonnettes - et il était hors de question de les retirer. Non, il était trop tard pour s'apitoyer sur son sort et impossible de fuir sans passer pour le plus couard de tous les sorciers à avoir jamais foulé cette Terre. Il était bloqué, envoyé sur le front d'une bataille qui n'était pas la sienne. Jeté en pâture à des ogres, abandonné dans une forêt sans miettes de pain pour retrouver le chemin de la maison. Jeté dans un monde inconnu qu'il n'avait croisé que quelques fois. Pas suffisamment pour remplir deux mains, et surtout jamais d'aussi près. Aristide se souvenait uniquement de son jardin quand ils habitaient encore à Londres et de la librairie au coin de la rue. La vendeuse avait toujours été amicale et Aristide l'avait apprécié uniquement parce qu'elle ne conduisait pas de machine étrange et que rien ne bipait dans sa boutique. Et surtout, il avait apprécié que sa mère s'occupe de tout et le laisse se glisser dans un coin sans parler à personne.
Il resserra son nœud papillon avec anxiété avant de tirer sur le petit mouchoir caché dans sa poche, lequel servit à lui essuyer les mains avant d'être rangé. Ensuite, le Serdaigle prit une longue inspiration, jeta un nouveau coup d'œil à Nyxis avant de tendre la main droite pour attraper celle de son amie qui pendait le long de sa jambe. Le visage rouge, il détourna les yeux et se rapprocha légèrement plus d'elle, se plaçant par reflexe derrière son bras comme si cela pouvait le protéger contre les dangers quelconques du monde moldu. Sa main serrait celle de la Serpentard comme une ancre alors qu'il se mordillait les lèvres. Un de mes voisins dit que les moldus kidnappent les jeunes en leur proposant des sucreries. S'il te plait, je ne veux pas aller déjeuner dans un café plein de pâtisseries. chuchota-t-il à son amie avant de serrer sa main légèrement plus fort.
Sa mère lui avait rempli les poches d'argent moldu, en leur souhaitant de trouver un endroit joli où prendre un repas mais Aristide ne pouvait s'empêcher d'imaginer les moldus manger d'horribles choses en plus d'enfermer les enfants de riches dans de petites cages. Ce n'était pas qu'il n'aimait pas les moldus ou qu'il les trouvait inférieur - loin de là, même - c'était qu'il n'y connaissait rien. Et que, comme toutes les choses qu'il ne connaissait pas, ça faisait peur. Plus peur encore que de boire une potion inconnue, ou d'arriver à un contrôle en ayant oublié de relire le dernier chapitre. Les nombreuses histoires de Nyxis ne suffisait pas à se faire une image réelle des sans magie et aucun livre n'expliquait en détail toute la culture moldue. Il aurait fallut plusieurs dizaines de lourds tomes ne serait-ce que pour expliquer l'utilité de tout ce qu'il pouvait voir autour de lui. Alors pour expliquer tout le monde moldu au delà de cette rue ?
Il espérait que Nyxis comprendrait d'elle même qu'il était terrifié pour lui épargner la honte d'avoir à l'annoncer à voix haute, mais la connaissant elle ferait probablement pire que ça une fois qu'elle s'en rendrait compte. Dawn avait jeté son fils dans la fosse aux lions avec pour seul guide une veuve noire qui pouvait mordre même sans en avoir conscience. Il était foutu. Merlin lui-même lui offrirait une place au panthéon des plus grands sorciers une fois son décès constaté. Un décès héroïque en essayant de sortir de sa zone de confort, quand l'extérieur de cette même zone ressemblait - pour son anxiété - à un champ de mines désorganisé, sans paterne précis et sans aucun moyen de savoir quelles zones allaient exploser.
1205
034f42 -> Ma couleur, que je mets ici pour la retrouver en sachant que j'oublierais que je l'ai mise ici.