Carnet de voyage 2/5
Le Caire

Bien installé dans son siège d’avion étroit, Erwan relativisa sur son confort en imaginant si il avait fait ce chemin en balai. Cela mettait ce petit espace en valeur. Il n’y en avait que pour cinq heures se disait-il… C’était sans compter sur sa voisine de rangée. Une égyptienne d’un âge mûr qui persista presque tout du long à communiquer avec lui dans un arabe qui contenait quelques anglicismes, mais qui ne suffisait pas à ce que le garçon comprenne un tant soit peu ce dont elle parlait. Une fois arrivé au Caire, le jeune anglais réalisa qu’il n’avait en rien préparé son voyage ! Il était parti la fleur à la baguette, avec l’insouciance de son âge, sans savoir où dormir, sans parler le moindre mot des langues parlées dans les destinations conseillées par monsieur Khan. Il était parti du principe que tout le monde pourrait parler au moins un peu anglais, mais son trajet d’avion avait déjà soulevé quelques doutes que ces premières interactions sur place confirmèrent. Ce premier manquement à sa préparation eut pour effet de révéler tous les autres. Il n’avait appris aucun sort utile pour le voyage, il ne savait pas où dormir ce soir et si il avait quelques pounds sur lui qu’il pourrait facilement changer, ses quelques gallions et mornilles seraient relativement inutiles… Du moins jusqu’à ce qu’il trouve une sorcière ou un sorcier qui pourrait lui indiquer où le faire.
Une fois à l’extérieur de l’aéroport, avec 4350 livres égyptiennes en poche, Erwan céda à la panique. Les rues grouillaient d’une activité qui bousculait le garçon dans ses habitudes et son confort. Des chauffeurs de taxi lui attrapaient la manche pour le traîner jusqu’à leurs véhicules, des vendeurs à la sauvette lui présentaient des tas d’objets dont il n’avait pas besoin, dont il ignorait même l’utilité pour certains… Il se décida à partir en marchant d’un air décidé ; si il avait l’air de savoir où il va, peut-être qu’on le laisserait tranquille. Malgré son apparente tranquillité, son cerveau était en ébullition. Il réfléchissait à tout ce qu’il avait à faire pour dormir sous un toit ce soir. Après avoir marché un gros quart d’heure sans vraiment savoir vers où il allait, l’apparition d’un taxi au loin lui sembla providentiel.
La langue anglaise n’était définitivement pas aussi répandue que ce qu’Erwan aurait cru. Après un échange lunaire entrecoupé de doigts posés sur des cartes, de mimes approximatifs et de oui et non exagérément exprimé par les mouvements de sa tête, le taxi semblait de diriger vers le centre-ville ; le jeune anglais l’espérait tout du moins, car il ne souhaitait pas avoir à reproduire cette scène avec un autre chauffeur. Une bonne vingtaine de minutes plus tard et quelques livres égyptiennes en moins, Erwan descendit du taxi un tout petit peu plus prêt à affronter les épreuves à venir. Il lui fallait trouver un toit en priorité, puis il s’attèlerait à trouver une solution pour changer son argent sorcier. Après avoir marché une bonne vingtaine de minutes, dans l’atmosphère moite de la capitale, force était de constater qu’il n’avait pas été déposé dans un quartier où les hôtels pullulaient. Assoiffé, épuisé, les épaules sciées sous le poids de son sac à dos, le garçon fini par jeter son dévolu sur un café à l’aspect miteux logé entre un vendeur de téléphone et un commerce au rideau métallique fermé. Le nom peint à la main en lettres arabes lui était illisible, mais la climatisation visible à travers la vitre l’attira plus sûrement qu’un sortilège d’attraction. À l’intérieur, l’air était frais, saturé de l’odeur forte du café noir et du tabac. Il s’installa dans un coin, essayant de paraître moins perdu qu’il ne l’était. C’est en observant distraitement les clients qu’il crut rêver ; à deux tables de là, une femme d’un certain âge tenait une cuillère en lévitation au-dessus de sa tasse sans que personne ne semble y prêter attention. La scène ne dura qu’une seconde, mais elle suffit à éveiller une intuition familière, que sept annees passés à Poudlard ne pouvait laisser passer… Ce n’était peut-être pas un simple café. Et si c’était ici que tout commençait réellement ?
Voyageur amateur ~ Digne héritier de l’esprit Weasley ~ commerçant en herbe
Carnet de voyage 2/5
Après une semaine au Caire, Erwan commençait à prendre ses marques. Par chance, ou peut-être par magie, le café dans lequel il était entré la semaine passée était bel et bien un repère où des sorcières et des sorciers se retrouvaient. La sorcière qu’il avait vue faire léviter sa cuillère lui avait adressé un clin d’œil en voyant son air songeur. Le gérant, un homme très âgé qui ne bougeait presque jamais de derrière son comptoir tant il avait du mal à marcher, lui avait expliqué dans un anglais presque correct que le lieu était protégé et que les non-sorciers ne pouvaient pas y entrer. De ce fabuleux point de départ, il avait pu trouver comment changer son argent sorcier britannique, un toit pour dormir pour la semaine et on lui avait recommandé les coins à visiter et les endroits à éviter. D’une franche panique, il était passé à un confort inespéré. Malgré les habitudes qu’il commençait à prendre : le petit café du matin au repère au nom arabe qu’il ne parvenait toujours pas à prononcer, la balade digestive sur les bords du Nil, les achats à l’épicerie pour préparer son repas du soir… Il était temps pour Erwan de bouger. Il avait commencé son voyage par l’Égypte faute d’avoir trouvé un billet direct pour Khartoum. Mais il ne comptait pas partir d’ici sans avoir vu les fameuses pyramides !
Une fois à l’intérieur de l’imposant édifice de pierre, Erwan réalisa à quel point il fallait être moldu pour ne pas voir l’origine sorcière de ces constructions. Les lieux débordaient d’une ancienne magie qui semblait pourtant ne pas avoir vieilli, le garçon le sentait, comme une intuition. Il y avait dans ces lieux comme une aura de protection qui pouvait se montrer violente au besoin. Erwan avait dû payer un guide qui amenait de petits groupes de touristes à l’intérieur des pyramides pour entrer, mais dès qu’il en eut l’occasion, il s’éclipsa pour faire seul sa propre visite. C’était peut-être inconscient, mais sa confiance en lui le poussait à chercher l’aventure et la difficulté. Il était sorcier après tout ! Il se perdit ainsi dans un dédale de couloirs, de salles vides, un vrai labyrinthe dont il regrettait, au bout d’un moment, de ne pas avoir de carte… Il arriva au bout d’un couloir qu’il trouvait logique de voir mener quelque part, mais un mur de pierre l’accueillit. C’est alors que lui revint le souvenir d’un exercice proposé par sa professeure de sortilèges. Ils avaient dû trouver des chemins cachés dans les cachots de Poudlard… Et si… Et si c’était la même chose ici ?
Erwan s’était révélé bon dans l’exercice, autant pour repérer les rudimentaires dissimulations de la pyramide que pour comprendre comment les déjouer, les déverrouiller et passer. C’était un peu comme un de ses jeux de plateau, mais en grandeur nature. Bon… ses jeux à lui ne mettaient pas la vie des joueuses et joueurs en danger, mais l’idée était la même et, une fois la gêne qui le mettait mal à l’aise évacuée, il finit par se sentir dans son élément dans la pyramide. Il y avait là un petit côté château de Poudlard : quand on y entrait pour la première fois, tout paraissait impressionnant et déroutant, des escaliers aux portraits en passant par les portes qui changeaient de place en fonction du jour de la semaine, il était facile de s’y perdre et de subir. Mais une fois qu’on cherchait à comprendre pour y évoluer comme chez soi, tout devenait plus simple et naturel. Sûrement que le garçon n’avait vu qu’un dixième de la pyramide quand il en sortit, il y avait néanmoins passé presque deux jours à l’intérieur. Lorsque le sommeil s’était pointé, il avait trouvé une salle qui semblait inoffensive, avait allumé un feu puis s’était emmitouflé dans son duvet. À son réveil, il s’était retrouvé complètement ailleurs que l’endroit où il s’était endormi… Après plusieurs heures de recherches, il avait finalement trouvé la sortie. Grand sourire, il s’était retourné vers la grande pyramide puis l’avait regardée avec affection comme on regarde un professeur qui nous a appris quelque chose. Quelques taxis plus tard, après avoir récupéré les quelques affaires qui traînaient dans la chambre qu’il louait, il attendait désormais à la gare routière. Le prochain bus l’amènerait vers la destination qui avait motivé tout ce voyage : Khartoum.
Une fois à l’intérieur de l’imposant édifice de pierre, Erwan réalisa à quel point il fallait être moldu pour ne pas voir l’origine sorcière de ces constructions. Les lieux débordaient d’une ancienne magie qui semblait pourtant ne pas avoir vieilli, le garçon le sentait, comme une intuition. Il y avait dans ces lieux comme une aura de protection qui pouvait se montrer violente au besoin. Erwan avait dû payer un guide qui amenait de petits groupes de touristes à l’intérieur des pyramides pour entrer, mais dès qu’il en eut l’occasion, il s’éclipsa pour faire seul sa propre visite. C’était peut-être inconscient, mais sa confiance en lui le poussait à chercher l’aventure et la difficulté. Il était sorcier après tout ! Il se perdit ainsi dans un dédale de couloirs, de salles vides, un vrai labyrinthe dont il regrettait, au bout d’un moment, de ne pas avoir de carte… Il arriva au bout d’un couloir qu’il trouvait logique de voir mener quelque part, mais un mur de pierre l’accueillit. C’est alors que lui revint le souvenir d’un exercice proposé par sa professeure de sortilèges. Ils avaient dû trouver des chemins cachés dans les cachots de Poudlard… Et si… Et si c’était la même chose ici ?
Erwan s’était révélé bon dans l’exercice, autant pour repérer les rudimentaires dissimulations de la pyramide que pour comprendre comment les déjouer, les déverrouiller et passer. C’était un peu comme un de ses jeux de plateau, mais en grandeur nature. Bon… ses jeux à lui ne mettaient pas la vie des joueuses et joueurs en danger, mais l’idée était la même et, une fois la gêne qui le mettait mal à l’aise évacuée, il finit par se sentir dans son élément dans la pyramide. Il y avait là un petit côté château de Poudlard : quand on y entrait pour la première fois, tout paraissait impressionnant et déroutant, des escaliers aux portraits en passant par les portes qui changeaient de place en fonction du jour de la semaine, il était facile de s’y perdre et de subir. Mais une fois qu’on cherchait à comprendre pour y évoluer comme chez soi, tout devenait plus simple et naturel. Sûrement que le garçon n’avait vu qu’un dixième de la pyramide quand il en sortit, il y avait néanmoins passé presque deux jours à l’intérieur. Lorsque le sommeil s’était pointé, il avait trouvé une salle qui semblait inoffensive, avait allumé un feu puis s’était emmitouflé dans son duvet. À son réveil, il s’était retrouvé complètement ailleurs que l’endroit où il s’était endormi… Après plusieurs heures de recherches, il avait finalement trouvé la sortie. Grand sourire, il s’était retourné vers la grande pyramide puis l’avait regardée avec affection comme on regarde un professeur qui nous a appris quelque chose. Quelques taxis plus tard, après avoir récupéré les quelques affaires qui traînaient dans la chambre qu’il louait, il attendait désormais à la gare routière. Le prochain bus l’amènerait vers la destination qui avait motivé tout ce voyage : Khartoum.
Voyageur amateur ~ Digne héritier de l’esprit Weasley ~ commerçant en herbe