30 août 2025, 18:06
S'insinuer sous la surface  PV 
17 OCTOBRE 2049, 14h
COULOIRS, IMSM,

Alyona, 19 ans,


Qu'elles sont douces, les après-midi comme celles-ci, où je peux retrouver Ivanovna et parcourir les couloirs avec elle, m'asseoir à ses côtés dans la bibliothèque, où nous pouvons réviser ensemble nos cours dans une salle d'études. Et qu'elles sont rares, surtout ! Nous partageons peut-être des classes, mais de par nos spécialités différentes, certains de nos enseignements sont à des horaires tout à fait opposés, et de ce fait, peu nombreuses sont les après-midi de semaine ou nous pouvons nous retrouver. Heureusement, nous avons des cours en commun. Cependant, comme cela peut être frustrant de se manquer si souvent ! Je vois davantage Abby qu'Ivanovna. Alors oui, ces heures que nous avons devant nous m'apparaissent tintées de promesses.
D'autant plus que j'ai une idée bien précise de ce que je souhaite en faire.

Nous nous sommes réunies pour déjeuner, et je lui ai confié désirer visiter avec elle un lieu de l'Institut dont on m'a parlé tout récemment, et où je n'ai pas encore pu me rendre. Il y avait dans ces paroles un peu de ce mystère étrange, qu'on ne sait pas comment aborder et qui s'annonce sur la pointe des pieds. Mon parfum dégage une certaine malice, ce n'est pas habituel venant de moi, mais dans cette situation, cela me plaît.

J'entraîne Ivanovna au deuxième étage du bâtiment principal, dans des couloirs qu'elle connaît certainement peu, car réservés aux étudiants de médicomagie. Ils me rappellent Nahele. Nous errions si facilement ici, quand le temps nous ouvrait la voie ! La présence de mon ami à l'Institut me manque souvent depuis la rentrée. J'aurais aimé déjeuner avec lui et Ivanovna, pour les présenter. Je pense qu'elle pourrait l'apprécier. Peut-être cela se fera-t-il plus tard, quand une occasion viendra, floue au départ et lumineuse à l'arrivée ? Je glisse ces pensées de côté, dans un coffre de voyage destiné aux jours où les portes s'ouvrent.

Mes pas s'arrêtent brusquement devant une salle à l'apparence tout à fait banale. Je vérifie d'un coup d'œil qu'il s'agit bien de celle qui m'intéresse, et découvre avec une forme de déception que oui. C'est bizarre, mais elle ne m'attire pas vraiment, et mon instinct me murmurerait presque de ne pas entrer.

« C'est par là ! Viens », glissé-je à mon amie avant de pousser la porte.

Le soulagement pose une main sur mes épaules quand je constate que l'endroit n'est pas occupé. S'il y avait eu des étudiants... Je me serais sentie bien idiote de devoir attendre qu'ils s'en aillent.

Le lieu est semblable à bien des autres dans ce qu'il propose : des chaises, des tables, de l'espace pour travailler. Mais une fois la porte passée et refermée, je peux confier à Ivanovna ce qui m'a été partagé il y a quelques jours, dans le secret d'une après-midi étonnante. Peut-être pense-t-elle pour l'instant que je me moque un peu d'elle ? Une salle d'études... Quelle surprise peut réserver un tel endroit ? Il n'a rien de grandiose, c'est le moins qu'on puisse dire. Sa seule originalité semble être son calme et son aspect désert. C'est parfois convoité dans l'Institut, quoi que les étudiants restent globalement assez silencieux et discrets.

« On m'a confié qu'il y avait un passage dans cette salle, murmuré-je par prudence, qu'il menait à d'anciens lieux secrets, ceux de l'époque du sanatorium, avant que le bâtiment ne devienne une école. »

Mon regard, un brin enflammé, coule en direction de mon amie. « Tu te rends compte ! C'est un peu comme la salle sur demande à Poudlard... Des pièces à l'écart et presque inconnues ! Je n'en avais pas du tout entendu parler l'année dernière, et je crois que ni Nahele, ni Abby, ni Ondine ne sont au courant. On m'a dit de garder cela secret, mais je sais que je peux te faire confiance. »

Le « on » de toute cette histoire, celui que je n'ose pas trahir, c'est une étudiante de médicomagie qui s'occupe du club Fusion créative, destiné aux autres élèves de l'école. Nous nous sommes rapprochées depuis ma rentrée, grâce à Abby, surtout, mais aussi à travers les activités proposées par le club. J'aime ce qu'ils proposent, ces animations loin des sciences, qui permettent de rassembler des jeunes adultes de toutes les filières de l'Institut et leur offre le moyen d'oublier leurs cours le temps de quelques heures. Je me suis rendue à plusieurs d'entre elles, et à chaque fois, j'ai été séduite. Découvrir des étudiants, discuter, utiliser mes mains pour autre chose que pour la botanique, m'intéresser à mes semblables ; n'y a-t-il pas là une part de merveille ? Je réfléchis à participer plus activement à ce club, à entrer dans cet étrange groupe permanent de quelques élèves qui en discutent et en choisissent les actions. En fait, on m'en a fait la proposition, et je crois que je vais l'accepter. Mais là n'est pas l'important pour le moment.

Je me tiens droite, face à la porte que je viens de fermer, celle par laquelle nous sommes entrées. Mon regard est tombé sur le sol. Il enquête avec intérêt.

« D'après ce dont je me souviens, il faut appuyer sur les deux carreaux de chaque côté de la porte. »

J'avance, pose un pied sur un des pavés orangés, et l'autre ailleurs. J'essaye ainsi plusieurs carreaux qui entourent la porte, tâtonnant doucement. Et puis, finalement, à ma plus grande surprise, en appuyant avec l'une de mes chaussures, il y a un déclic. Les deux carreaux sur lesquels je me tiens me donnent l'impression de vibrer. Je garde les yeux sur eux, étonnée, et quand mon regard se lève, la porte par laquelle nous sommes entrées... a laissé place à des escaliers de pierre, qui descendent dans les profondeurs du bâtiment.

Merlin ! Je tourne la tête vers Ivanovna, le visage lumineux, teinté d'un peu de fierté, et de beaucoup d'enthousiasme. Je me décale, ouvre le bras vers les escaliers.

« Après toi ! » m'exclamé-je.


@Ivanovna Alekhina

#466962Botaniste au Jardin de Draíocht
baisse de présence jusque fin juillet

2 sept. 2025, 18:34
S'insinuer sous la surface  PV 
HRP : avant de commencer d’écrire ce qui suit, j’ai hésité. Vais-je inventer un territoire ? Au risque de devoir l’effacer pour non conformité ? Ne voulant pas friser l’uchronie ou je ne sais quelle déviance du même ordre, j’ai décidé de m’en tenir au plus light, suivant les descriptions faites par d’autres qui ont déjà écrit sur ces lieux. Tout dépend de ce qu’ils peuvent devenir mais cela, je n’en possède aucune des clés. Donc focus sur le lien d’amitié, après tout, barboter dans une baignoire, une piscine ou l’océan, c’est toujours barboter.


Je ne suis pas du genre à me précipiter dans un lieu inconnu. Mais c’est Aly. Je n’ai pas beaucoup de temps, entre mes devoirs et quelques recherches que je veux entreprendre. Mais c’est Aly. On passe moins de temps que prévu ensemble. Mais c’est la vie, nous faisons toujours en sorte que ce soit de bons moments. Alors je ne vois aucune raison de redouter je ne sais quoi. Car c’est Aly, jamais elle ne me ferait une méchante surprise, du genre de ces crétins bizuteurs...

D’expérience, il faut s’attendre à tout dans ce genre d’exploration mais si elle parle de sanatorium, on devrait trouver des espaces thérapeutiques utilisant les eaux. Autrement dit… piscines, bains… tout peut s’imaginer. Je ne courre pas après les eaux chaudes, disons que mon habitude des bains en Ecosse est plutôt tournée vers le froid. Mais j’adore me baigner. Si les lieux sont confortables, je risque fort d’apprécier. Avant tout, il faut explorer.
Je prends les devants à son invitation, entre excitation et questionnement. Comme c’est fréquent de trouver des lieux secrets dans les constructions magiques. J’ai appris un jour que des menuisiers faisaient ainsi pour certains meubles. Mais je n‘ai découvert que très tard la salle sur demande, bien après le laboratoire caché de Mère dans notre maison. Il m’apparaît que c’est un passage obligé que d’avoir une contrée secrète dans une bâtisse sorcière.
Les lieux ne manquent pas de style et il n’y fait pas froid du tout. Ni trop chaud. Tout au plus perçoit-on une légère moiteur s’intensifier au fur et à mesure de notre avancée. Je me demande déjà ce que je ferai si nous tombons sur un bassin accueillant. Y plonger toute habillée ne se fait pas si ce n’est pas la mer du Nord. Je trouve l’idée tellement affriolante que mes pas s’accélèrent. Nous sommes entre filles, ce corps que je n’aime pas vraiment exhiber, mes seins impudiques, je n’ai pas peur de les montrer à Alyona. Parfois j’ai l’impression qu’ils sont tout de moi. Les garçons s’y perdent un peu trop régulièrement. Plus je pense à ce corps et plus je suis pressée de me marier pour porter à mon doigt un anneau protecteur. Mais ici, entre amies qui ne se cachent rien, c’est juste naturel. Si le bassin me plaît, j’y plongerai sans délai.

- Je te préviens, si elle est bonne, j’irai direct.

Plus aucune réticence, je suis en confiance. Peut-être est-ce un tort que de baisser la garde mais nous sommes en sécurité ici, je le sens. Nous continuons d’avancer, l’excitation augmente, comme une gamine à la vue d’une plage de sable blanc. Nous en avons une à Wick, sauvage, peu accessible, et comme là-bas se baigner est peu prisé, souvent nous y avons été vraiment tranquilles. Ces jours étaient heureux. Je les sens se réveiller en moi. Ou disons plutôt qu’ils me mettent dans une bonne humeur inattendue. Après tout, passer du bon temps aux frais de la princesse se conçoit.
Je me demande ce que la magie peut amener de plus dans un tel lieu ? Mais la simple idée d’un bain chaud, où l’on peut refaire le monde et se détendre sans la pression de regards inquisiteurs me séduit. J’en oublierais presque mes soucis présents. Ce n’est pas plus mal. Quand nous aboutissons dans une pièce semblable à un sauna autorégulé, je ne réfléchis pas longtemps. Hop, les dessus, pliés en ordre sur un banc. Hop, les dessous sans avoir à se soucier de quoi que ce soit. Je fonce me réfugier dans cette eau à l’odeur inspirante. Un fruit exotique… mais c’est une humeur très légère, ni sucrée ni huilée. Malgré l’eau à température parfaite, je sens ma pilosité réagir, je n’ai pas froid mais ce liquide provoque en moi un bien-être inconnu. Je n’ai pas pris soin de cacher les infimes stigmates russes qui zèbrent mon dos. Les nervures sont discrètes, il faut avoir l’oeil dessus pour les voir. Je crois. Et puis je m’en moque. Si Alyona me le demande, je lui expliquerai. De toutes façons, je n’y pense pas. Vraiment, j'ai tout oublié. Mes bras tapotent la surface comme le feraient ceux d’une enfant. Un grand sourire anime mon visage.

- Elle est bonne ! Alyona, hop hop !

Je provoque quelques remous pour accélérer son entrée dans l’eau. Pressée comme trop souvent de partager pleinement. Merci la vie !

10 sept. 2025, 16:12
S'insinuer sous la surface  PV 
L'escalier dans lequel nous nous avançons est immense, c'est comme s'il se prolongeait à chaque marche. Je vais finir par croire qu'il est magique, que c'est là tout l'intérêt de cette porte que nous avons empruntée : nous conduire éternellement d'une marche à une autre, jusqu'à ce que nous devenions folles, que nous soyons perdues, ou que sais-je ! Et je dois avouer que ce n'est pas ce que j'avais prévu ou imaginé. Cependant, à force de patience et de persévérance, il me semble apercevoir une lumière au bout de ce tunnel — et j'entends par-là une lumière autre que ce Lumos jeté par ma baguette. Ivanovna, devant moi, ne paraît pas inquiète ou gênée, et cela me rassure, cette confiance qu'elle me donne, la manière dont elle me suit sans poser de questions. D'un côté, le souci persiste, parce que je crains de l'emmener dans un lieu sans intérêt — je ne suis jamais descendue dans cet endroit, n'aurais-je pas dû le faire avant d'y inviter mon amie ? — ; de l'autre, je lui en suis reconnaissante, et j'ai l'impression de nous voir partir à l'aventure, loin des préoccupations qui nous accompagnaient dans les couloirs de l'Institut. Il y a là quelque chose d'assez excitant.

Enfin, l'escalier prend fin. Nous arrivons dans un grand couloir, donnant sur plusieurs pièces. Tout paraît assez propre et étrangement entretenu, c'est surprenant. Y a-t-il des étudiants qui passent ici nettoyer les lieux, qui en seraient en charge ? Est-ce une habitude de ceux qui les connaissent que de s'en occuper ? Ou est-ce que le personnel de l'école est au courant de l'existence de cet endroit, et est chargé de le conserver ? À moins que ce ne soit une histoire de magie ? Difficile d'obtenir une réponse, il est évident que c'est là un secret bien gardé. Pourtant, à mesure que nous avançons, avec nos surprises et nos questionnements, j'en viens à oublier ma première interrogation ; elle se perd dans mon flot de pensées et d'exclamations intérieures.

Il y a plusieurs pièces, certaines contiennent des bancs sur lesquels sont posées des serviettes, d'autres sont vides, et d'autres encore, plus grandes, sont occupées par des bains. Des bains ! Et des serviettes à disposition ! Il y a des lieux où poser ses affaires, et d'autres où se glisser dans l'eau. Tout est tellement propre, tellement accueillant. On s'y sent bien, comme si ce souterrain faisait partie intégrante de l'Institut, qu'il n'avait pas été abandonné quand celui-ci était devenu une école, et non plus un sanatorium. C'est étrange, n'est-ce pas ? Comment toutes ces pièces peuvent-elles être vides ? Les étudiants qui les connaissent sont-ils donc si peu nombreux ? Mes yeux sont ronds et étonnés, ils glissent sur les surfaces comme des gouttes d'eau, mouillant les murs de surprise.

« Merlin ! Je ne m'attendais pas à ça ! C'est fou, cela ne ressemble pas à un endroit caché, tu ne trouves pas ? »

Mon amie me fait rire, à chercher à se précipiter ainsi dans l'eau ; et, en même temps, je la comprends tellement ! N'est-ce pas l'occasion rêvée ? Il n'y a que nous, et des grands bassins qui nous attendent. Les bains brillent presque, comme si leur surface cherchait à ce qu'on la déride. Pourquoi observer, chercher les problèmes et les détails ? J'ai la certitude qu'il n'y a rien de dangereux ici, comme si les murs avaient le sourire attendrissant de la Lune. Alors pourquoi s'entraver d'hésitations ? N'est-il pas bon de savoir se jeter à l'eau ?

Ivanovna, par la facilité avec laquelle elle agit, finit de me convaincre. Son exclamation m'oblige, et son sourire m'attire. Je n'ai d'autre choix que de la suivre, et cela me convient bien. S'abandonner dans l'eau chaude ? Depuis quand n'ai-je pas eu ce plaisir ?

« Attention, j'arrive ! » lancé-je avec un éclat de rire.

Je me dépêche de retirer ma robe et mes bottines, avec une rapidité qui m'étonne et me laisse à penser que je cherche à expédier ma pudeur pour éviter à mes joues de rougir trop vite. Qu'il est étrange de dévoiler aussi soudainement mon corps, avec toutes ses imperfections, ses défauts, sa pâleur. Mais c'est Ivanovna. Je ne crains pas plus son regard que le mien. Pourtant, oui, je me presse pour me glisser à l'eau, jusqu'à ne dévoiler que mes épaules et ma tête. Mais là encore, le rouge finit par gagner et envahir doucement mes pommettes. J'espère que mon amie pensera qu'il est dû à la chaleur. Ma peau se colore si facilement ! En même temps, la situation me pousse à penser à ma famille, au regard qu'elle poserait sur moi si elle me voyait agir ainsi. Les miens ont toujours été à cheval sur les convenances ! Et pourtant, n'ont-ils pas été étudiants, eux aussi ?

Mes pieds touchent le fond du bain tandis que la chaleur endort mes angoisses. Mes muscles se détendent, mon malaise part en vapeur au-dessus de mon crâne.

« Oh ! m'exclamé-je, C'est tellement agréable. »

Mes yeux se ferment doucement. Je me sens m'assouplir, me relâcher, comme une fleur qui s'ouvrirait enfin. Je découvre une forme de liberté ; il n'y a qu'Ivanovna et moi, nous sommes à l'Institut et en même temps nous en sommes si loin, le monde de l'école s'est dissout dans la chaleur de l'eau, les devoirs, les livres, les cours : tous sont restés avec nos robes, sur les bancs. Peut-être nous regardent-ils tout étonnés ? Qu'ils observent la jeunesse dans sa folie, sa hardiesse et son impertinence.

J'ouvre les yeux sur la chevelure blonde de mon amie. Comme je souris !

« Tu sais, commencé-je à confier, heureusement que nous avons pied, parce que je ne sais vraiment pas nager. » Je pouffe doucement, amusée par ma propre confidence. « Mes parents ont essayé de m'apprendre, enfin surtout mon père. Et même à Poudlard... C'est à cause de cela que j'ai loupé ma BUSE de Défense contre les Forces du Mal. Mais vraiment, je reste nulle... Je préfère voler sur un balai. Même si là, je dois avouer que dans un bain comme celui-ci, c'est assez agréable... »

#466962Botaniste au Jardin de Draíocht
baisse de présence jusque fin juillet

12 sept. 2025, 11:39
S'insinuer sous la surface  PV 
L’eau est agréable, ce n’est pas si fréquent de pouvoir ainsi se relaxer, l’impression d’un territoire maternel que l’on n’aurait jamais quitté. Se détendre. Je ne suis pas à plaindre, loin s’en faut. Le confort de Newhaven est indiscutable, mes conditions de vie sont bien moins frustres qu’à Wick. Et même Wick est à mes yeux un endroit des plus acceptables. Mais une évidence s’impose. Il faut aussi savoir profiter de la vie. Et cela, je ne sais pas faire. Alors, en cet instant, je ferme les yeux, joue les princesses faisant mine de vivre un moment sympathique de plus mais en moi, c’est tout autre chose qui se vit. Un intense moment de sérénité, de douceur. Je suis bien, me sens bien. N’ai pas envie de plus, si le temps s’arrêtait, ce serait peut-être une apothéose mais peu importe. Savourer le silence, histoire de prendre conscience. Que peut-il bien me manquer dans la vie à cet instant ? Aux côtés de mon amie, pas seulement une amie mais mon amie. Me laisser aller, il n’est pas question de procrastination, le genre de mots qui fait envie et ne désigne qu’un état temporaire de stase entre deux frénésies. Je médite, sans autre intention que d’apprécier les odeurs, les sons, clapotis parfumé.
Regardant Alyona, je me prends à sourire, légèrement, les yeux emplis de remerciement. Je pourrais la serrer dans ses bras. Ce ne serait pas suffisant. Lui dire les plus beaux mots qui soient. Ce ne serait pas suffisant. On est si bien.

- Mmmmmmm…

Me laissant aller, je m’immerge pour mouiller mes cheveux, que tous soient également enduits de cette mixture étrange qui n’est pas que de l’eau. Un peu de vapeur s’échappe à la surface, mes oreilles se font entendre, envoyant au cerveau le bruit de bouchons qui poppent en elles. Mes souvenirs de mer sont contraires. L’eau qui repousse, vous éloignant de la liberté, l’eau qui vous brasse, vous fait sentir vivante. Ma plage d’Ecosse, sauvage, les jeux d’enfants. Alexandre qui barbote. Petit frère…
Des pensées sombres, j’en ai un tas en ce moment. Questions sur mon devenir, angoisses d’actions passées sur lesquelles je n’ai pas de prise. Une certaine rage me traverse mais je ne veux pas gâcher ce moment, le diluer dans des remords ou des interrogations. Je ne sais d’ailleurs même pas moi-même ce que je dois penser de tout cela. Ce lieu a des vertus et la première tient au fait que mes idées noires s’évaporent bientôt. Je croirais celui m’affirmant qu’un lutin connaît mes pensées, agit sur la composition de l’eau pour les chasser.

- On est vraiment bien ici.

Susurré-je. C’est d’autant plus agréable qu’aucun regard insistant n’est là pour faire de nous des proies devant succomber à leurs assauts maladroits. Je n’ai rien contre les garçons, d’ailleurs je ne sais même pas pourquoi je pense à ce mot, à mon âge, ils sont tout comme moi adultes. Je suis femme, ils sont hommes. Mais tous ou presque se comportent comme des andouilles. Ils m’énervent avec leur suffisance. Ici au moins, je suis tranquille. Le temps viendra pour ces choses, un jour. D’ici là... je ne suis pas à vendre.

- … Tu as peur de l’eau ou c’est juste comme ça… parce que nager s’apprend à tout âge… C’est quand même bête d’avoir raté un examen là-dessus….dit la fille qui a bien flingué ses études. Je ne dis pas çà pour te casser les pieds. De toutes façons, je ne t’imagine pas auror. Tu es bien trop douce, je t’envie d’ailleurs…

C’est vrai, J’aime Alyona, sa pureté, sa bonté, elle cache en elle des trésors. Ce n’est pas de l’envie, ni une jalousie enfantine. Elle me fascine, le même effet que Mère, des choses dont je ne comprends pas la source. Ma sœur me ressemblait davantage, nous avons le même instinct définitif. A cet instant, je suis calme au point de ne pas en revenir à lui, ce père que je maudis. Entourée de femmes, cela me convient mieux, affaire de caractère.

- On ne peut pas aller contre ses peurs mais si c’est seulement une technique non acquise, alors je pourrais t’aider !?!…

je me rince un peu les cheveux, que l’eau ne coule pas dans mes yeux. La bouche à hauteur d’eau, en surface, j’alterne ouverte et fermée, je préfère ne pas ingérer de cette eau aux composants inconnus.

- C’est vraiment chic de m’avoir invitée ici, Alyona.

Etrangement, je n’éprouve pas le besoin de la regarder, de trop parler, un peu comme si nous dormions côté à côte. Le sentiment d’une compagnie dépassant l’affection ou les habitudes. Une présence reposante, nécessaire. Dans l’air, les pensées douloureuses anesthésiées, un grand calme. Il faut avoir fait l’expérience du réel danger, quand alentour des tueurs vous traquent, vous les sentez. Un silence rôde et vous entoure, la peur primale s’insinue. C’est le même silence qui règne ici, même intensité. Mais je suis dans une autre dimension. Non plus la solitude de Wick, j’écoute les bruits en dehors de ce ventre. Dans ce cocon, des ailes me poussent au bout des bras.

- Je me demande bien ce qu’il se passe ici...

**********


Il faut connaître Ivanovna pour comprendre ce qui se joue en ces instants. Se laisser aller à tout débrancher, ne pas avoir le passé en tête, même pour quelques minutes est de sa part une nouveauté inspirante. Ecrire que sa vie est heureuse a un sens particulier. Dans les murs de cet endroit improbable, elle découvre une sensation nouvelle.

23 sept. 2025, 09:45
S'insinuer sous la surface  PV 
L'eau a des bras tellement confortables, tellement agréables ; ils sont chauds mais ne brûlent pas, ne sont pas douloureux, désagrègent les carapaces et fondent les silences ; plus doux que les bras de la mer et que ceux de ma mère, ils me laissent l'impression que je peux m'abandonner à eux sans aucune crainte, tant de peines et de blessures semblent avoir été déposées dans leurs profondeurs, et toutes se sont évaporées. Peut-être que je pourrai poser les miennes à mon tour, nettoyer mon corps de ses peaux mortes, laver mon âme de ses ombres. Je me laisse aller à la douceur. Après tout, nous sommes si loin du monde, là, toutes les deux, à bien des marches de l'école ! Comme dans un autre univers. Nous avons fermé une porte, et l'Institut s'est dilué, avec ses poids, ses devoirs et ses regards. Nous n'avons même plus nos robes, il n'y a que nous, sans artifice. Et je n'en éprouve aucune peur. Elle aussi est restée sur les bancs, ou tombée comme une pierre au fond des bains.

Mon amie paraît changée, et je crois qu'elle l'est très certainement depuis nos retrouvailles il y a des mois de là, à Pré-au-Lard. Ses mains ne tremblent plus, comme si le vent avait effectivement arrêté de souffler, qu'il s'était enfin apaisé. Mais il y a autre chose, je la sens plus solide, plus épanouie et à sa place. Que c'est étrange de partager de nouveau des cours avec elle ! Et en même temps, ce n'est pas non plus étonnant, cela me rappelle Poudlard, cette période où nous y étions toutes les deux. Tant d'années sont passées depuis ces jours, et nous nous sommes toutes les deux transformées. Pourtant, nous revoici, partageant un lieu de vie, des professeurs, des classes et un quotidien. Comme une boucle, nous sommes revenues à ce point de départ, mais nous ne sommes plus les mêmes. Et j'espère que nous ne nous séparerons plus, car avoir une amie près de soi, c'est se savoir capable d'affronter tous les orages.

Je penche la tête vers l'arrière, faisant glisser une partie de mes cheveux dans l'eau, et non la totalité comme Ivanovna. Puis, j'effectue quelques mouvements de bras, de ceux qu'on apprend quand on cherche à nager, comme si je pouvais apprivoiser ces sensations, les retrouver et m'y habituer. Ma peau humide, mes doigts fripés, mes épaules dénudées et mon corps sous la surface. Cela change de la boue qui tachait mes habits quand je suis partie étudier les tourbières écossaises.

« Tu penses vraiment avoir loupé tes études après être entrée dans cette prestigieuse école qu'est l'IMSM ? murmuré-je en souriant. J'ai l'impression que tu es bien retombée sur tes pieds pour une personne ayant manqué ses études. »

Je finis par plonger l'entièreté de mon crâne sous l'eau, aller-retour bref qui laisse mes cheveux dégoulinants sur mon visage, et que je m'empresse de replacer derrière mes oreilles.

« J'avais peur de l'eau, mais je crois que ce n'est plus le cas maintenant, ou qu'au moins cela va mieux. »

Puis-je seulement le garantir ? Difficile sans en faire l'expérience. Pourtant, je crois que je peux dire qu'aujourd'hui, je n'ai eu aucune crainte en m'immergeant. Cependant, je savais que mes pieds toucheraient un fond, qu'il n'y aurait pas qu'un vide immense et sombre, comme pour le Lac Noir. Pour être certaine de ce que j'avance, il me faudrait plonger dans un lac, ou un bassin profond. Mais comment le pourrai-je, avec ce manque d'assurance que j'ai en nageant, et tout simplement ces insuffisances techniques qui me font craindre de ne pas conserver longtemps la tête hors de l'eau ? Je ne tenterai pas l'expérience de sitôt.
Alors, peut-être que j'ai encore toujours un peu peur.

Mes yeux retrouvent Ivanovna, et un sourire vient éclairer mon visage.

« C'est vrai ? Je pense que c'est comme le serpent qui se mord la queue : je ne suis pas à l'aise parce que je conserve quelques angoisses, et j'ai peur car je ne sais pas bien nager. Peut-être qu'apprendre serait un bon moyen de régler ces problèmes ? »

Cela surprendrait tellement mon père ! Il a bien essayé de m'enseigner la natation, ou même juste des mouvements qui me permettraient de progresser si j'étais emportée, de ne pas paniquer. C'était assez vain, je faisais une mauvaise élève, et je ne progressais pas, ou peu. Mais là où nous en sommes, je ne pourrai même pas dire si cela l'étonnerait, nous n'avons guère de contacts, et demeurons distants. Cependant, pour ce point, je sais que c'est de ma faute autant que de la sienne. Nos rapports sont cordiaux, presque froids. Je ne pense pas que nous pourrons partir pêcher ensemble aussi facilement que nous le faisions lorsque j'étais jeune.

Je détourne le visage, tourne un peu le dos à mon amie. Étranges pensées qui sortent de l'eau pour me grimper sur la peau. Je m'en débarrasse en m'immergeant de nouveau.

En retrouvant l'air frais de la pièce, je sors mes bras du liquide pour m'accouder sur le rebord du bassin. La quiétude touche de nouveau mon cœur, le protégeant de ses tentacules, l'entourant comme une carapace.

« Peut-être que c'est là que se retrouvent les amoureux, lancé-je en réponse à l'interrogation d'Ivanovna, ou ceux qui cherchent le silence... Les deux ont certainement dû se croiser une fois. L'Institut a été construit il y a tellement longtemps... Il a dû s'en écrire des histoires près de ces bains. Si les murs pouvaient parler, comme les tableaux, il y aurait sûrement des secrets de menacés... »

Je pose ma tête sur mes bras pour regarder mon amie avec un sourire étincelant.

#466962Botaniste au Jardin de Draíocht
baisse de présence jusque fin juillet

27 sept. 2025, 16:00
S'insinuer sous la surface  PV 
Les vertus d’une situation étrangère à votre quotidien sont nombreuses. Moi qui ai traversé un certain nombre de… montagnes russes devrais y être habituée. Du moins à les croiser sur le chemin. Alyona ne cesse de me surprendre, ses mots sont d’un réconfort permanent, entre mère, sœur, conscience et confesseuse, elle est plus précieuse que tout. Bien sûr, je viens de provoquer, après tout je ne m’en sors pas si mal. Je suis heureuse ici, elle a bien raison. Mais se l’entendre dire représente tout. Je ne serai jamais ma sœur, brillante, d’une intelligence cristalline. Toujours en moi se trouveront des résidus de mésestime. Alyona est un coeur en or, je lui souris sans mot dire parce que la couvrir en permanence de mon amitié devient gênant. Je pourrais tuer pour elle, l’idée est d’un stupide à faire frémir mais c’est ainsi que je le sens.  Elle est une part de moi, peut-être la plus belle.

C’est amusant de constater que nous avons chacune nos peurs, nos limites. Je ne me souviens plus de la manière dont j’ai appris à nager. Si je devais trancher, je dirais que j’ai toujours su. Cela m’a bien aidé, je dois donc inscrire à tout prix des séances d’initiation.

On lira un jour sur notre tableau d’amitié, à l'IMSM :

Image


Ou quelque chose du genre. Mon sourire s’élargit rien qu’à l’imagination de ses yeux découvrant le flyer.

- je viens d’avoir une idée géniale… mais nous en reparlerons. Commençons par imaginer le passé de ces lieux… et ce que nous pourrions en faire ! Parce qu’à bien y réfléchir, c’est un peu la salle sur demande… C’est quand même bizarre que dans toutes les constructions sorcières, on ait des coins cachés. Je ne sais pas toi mais dans la maison de Wick, Mère avait un territoire soit disant « secret »… tellement secret que j’en connais l’existence… passons… Donc, nous devrions tenter de percer ce mystère tu ne crois pas ?

Quand deux intelligences sorcières se mettent à conjecturer, qui sait ce qui peut en sortir. Le passé, le passé, pourquoi pas mais l’avenir…

-… Je me demande si nous ne devrions pas plutôt réfléchir à ce que nous pourrions en faire… Imagine un lieu secret où nous pourrions construire un meilleur avenir… De quoi notre monde a-t-il besoin ? Que pouvons-nous faire ? Et surtout que devons-nous faire à l’abri du regard d’autrui ?

Le secret, voilà une chose qui la fait frissonner. Elle a beau se donner des airs de GUNNRAY, noble famille à la droiture proverbiale, quand il est question de se lancer dans des entreprises hasardeuses, Ivanovna a bien en elle du sang ALEKHIN. Le risque, son odeur de souffre, mais clarifions ! Un danger aux intentions lumineuses… Elle n’a jamais auparavant discuté de ce genre de choses avec Alyona. Avec personne d’ailleurs mais bon… Dans la moiteur des lieux, une méditation s’enclenche, l’archétype des discussions de fin de soirée dans le monde étudiant : comment refaire le monde de manière à ce qu’il soit un peu plus présentable ? Mayonnaise avec comme ingrédients l’idéalisme, l’utopie, l’indifférence au réel et une folie sans laquelle aucun rêve ne se réalise jamais. Cette fois, la machine est en route. La boîte à délire peut se remplir d’un océan de stupidités, il en suffirait d’une à peu près cohérente pour qu’une révolution sorcière puisse s’envisager.

- Alors… un monde… sans garçons aux regards inquisiteurs faisant de nous des poupées dociles… le bizutage…. Frappé d’interdiction totale sous peine de pétrification immédiate…mmmm, ah, j’en tiens une...possibilité pour tous de proposer des protocoles novateurs quant au rempotage des plantes magiques…

Ivanovna a jusqu-là peu croisé les cours de "Techniques botaniques". Mais ce qu’elle y entend lui déplaît fortement. Au point de devoir développer de véritables trésors de diplomatie pour ne pas rentrer dans le lard du professeur. Il n’est pas étonnant qu’elle ait si vite une pensée dans sa direction… Jusque-là, elle a été très sage dans ses délires. Elle regarde Aly avec les yeux de quelqu’un se préparant à débiter une énormité avec un certain sens de la provocation.

- Un monde plus juste ! Un monde…

Comment fait-on ? Une bouffée  de réalisme, teinté d’une totale incapacité à traiter un sujet politique, elle n’a jamais auparavant médité sur le sujet, lui traverse l’esprit.

- Ce serait pas mal mais faut pas rêver. On est deux poussières dans ce bas monde !

Un instant interrompu, son rire reprend de plus belle et de nouveau elle agite les bras pour brasser les eaux et sentir son corps flotter dans le bassin. Elle est bien, insouciante, aux côtés de la personne qui compte le plus pour elle. Que rêver de mieux ?

3 oct. 2025, 16:55
S'insinuer sous la surface  PV 
Les sorciers ont le mystère sous la peau ; ils se plaisent à se cacher des moldus autant qu'ils aiment se déguiser en eux, ils usent de leurs sorts pour surprendre, se camoufler ou dissimuler leurs intentions, ils évoluent dans un monde merveilleux qu'ils ont écarté de ceux qui n'y appartiennent pas, et ils laissent derrière eux des salles, des lieux et de vrais labyrinthes sans en donner les clefs. Pour toucher la magie, tout doit être clair, et pourtant aucun individu n'est tout à fait transparent. Nous sommes habillés de nos secrets comme les moldus le sont de leurs technologies.

Ma curiosité est piquée par cette « idée géniale » qu'il ne m'est pas donnée de connaître, et je ne suis pas loin de rebondir dessus pour insister gentiment, espérant en apprendre davantage, mais mes pensées se trouvent déviées par mon imagination, qui s'impose à la suite des paroles de mon amie. Le passé de ces lieux, de cette école auparavant sanatorium, qui a dû voir vivre bien des êtres, jeunes, adultes ou âgés, aux motivations et aux parcours différents, et pourtant tous passés par là, à un point de leur existence où leurs routes sont venues à se croiser. Les images me montent rapidement à la tête, il faut dire que l'endroit est inspirant, et il sent la vie. Cependant, tout est une nouvelle fois balayé, comme si chaque idée qui apparaissait sur l'écran de mes pensées n'était jamais la meilleure. C'est Ivanovna qui esquisse et efface, traçant mes réflexions dans les vapeurs agréables de l'eau. Je ne me plains pas : cela me plaît d'être guidée de cette manière, de me laisser aller entre les pistes et les terrains à découvrir. Et puis, c'est vrai que le futur est plus excitant que le passé, tout reste à construire, et tout est possible.

Je pousse les portes de la rêverie d'un grand geste théâtral. Songer à l'avenir, il faut dire que c'est parfois terrifiant. Il y a quelques années, je n'aurais même pas osé entreprendre ce voyage, j'avais la sensation que toute la route était envahie de brouillard, qu'essayer d'y distinguer quelque chose c'était ne trouver que des ombres ou des chemins sans issues. Désormais, j'y avance plus sereinement, ma confiance retrouvée, je sais que tout n'est pas toujours comme on le souhaite, mais se perdre dans son imagination, y faire naître des palais et y dessiner ses utopies, c'est une capacité que l'on n'a pas toujours. Je m'accorde le droit d'en profiter, dans cette eau qui me détend et me libère.

« Réfléchir aux constructions d'un meilleur avenir... Cela me va », affirmé-je avant de couler dans les possibles.

Qu'est-ce qui est important pour moi ? Pour quoi serai-je prête à tout ? Si je devais vivre dans une utopie, à quoi ressemblerait-elle ? Qu'améliorerai-je ? Je ne suis pas bâtisseuse, je n'ai pas de grandes idées politiques comme ma mère, et mes opinions ont plus tendance à tâtonner qu'à oser s'affirmer. Je pense, mais plus facilement en suivant les courants, se dresser face au vent n'a rien d'aisé, et à choisir je préfère soutenir et panser que penser et construire. Pourtant, je ne peux nier la nécessité de connaître ses valeurs, ses désirs, ses convictions, et de se risquer à les porter le plus haut possible. Souvent, tout de même, cela fait peur. Cependant, face à Ivanovna, je sais ne rien avoir à craindre ; je peux tout lui dire, encore faut-il que j'arrive à dire.

Qu'est-ce qui est important pour moi ? Je retourne la question dans tous les sens, comme un casse-tête j'essaye de trouver mes solutions.

« Un monde avec moins de pression... » articulé-je, les yeux fermés.

Moins de pression de la part de sa famille, de son sang, des autres en général, et de soi. Et pour tous ! Merlin, que ce serait agréable. Les relations avec ceux qu'on aime ne sont pas toutes simples comme avec Ivanovna. Ma famille, ces derniers temps, m'est presque devenue étrangère. Je ne sais pas comment cela évoluera à l'avenir, mais si cela pouvait s'apaiser, ce serait tellement mieux, tellement plus doux. Je n'aurais plus peur du noir.

Les idées de mon amie me font sourire. « Sans garçons aux regards inquisiteurs »... Est-ce qu'Ivanovna est gênée par d'autres étudiants ? C'est possible, j'ai peut-être senti des choses, aperçu des yeux... mais je ne suis pas sûre. Le sujet me gêne quelque peu, sans que je ne sache l'expliquer, et pourtant je me sens le besoin d'en parler, de revenir sur ce point. Mais les mots me sont ôtés de la bouche par les nouvelles paroles de mon amie.

Des poussières... Mon sourire se ternit légèrement, enthousiasme refroidit. C'est vrai que nous en sommes. Bien des événements m'en ont fait prendre conscience. Mais de là à perdre l'espoir et le droit de rêver ? Cela m'offusque et je refuse.
Pourtant, je ne réponds pas tout de suite à Ivanovna, replongeant la tête sous l'eau, peut-être pour que son éclat de rire me glisse sur la peau au lieu de la piquer.

« Tu ne crois pas qu'on a tout de même le droit de rêver un peu ? demandé-je d'une petite voix. Nous sommes des poussières quand nous sommes seuls mais à deux, on a plus de force, on peut faire dévier un peu les choses et rêver plus fort tu ne penses pas ? »

Je cherche le regard de mon amie, un sourire hésitant navigant sur mes lèvres. Cette histoire de garçon et de regard flotte encore, je ne l'ai pas oubliée, mais je crois que je m'en saisirai plus tard.

#466962Botaniste au Jardin de Draíocht
baisse de présence jusque fin juillet

7 oct. 2025, 21:25
S'insinuer sous la surface  PV 
Ivanovna sent son sourcil droit se dresser. Elle réfléchit tout en renvoyant un sourire amplifié à Aly. C’est tellement agréable d’être ici sans avoir le sentiment de l’urgence. Elle qui croyait vivre une vie plus paisible en étant à nouveau dans une structure encadrante, une école… mais elles ne sont plus à Poudlard. L’institut est une toute autre béchamel. Il faut travailler, régulièrement. Et elle s’y plaît, aussi le travail ne lui prend que tout son temps, sans la sensation du poids. Mais elle a troqué l’écoeurement contre la crainte récurrente de ne pas avoir ce temps. Le temps d’apprendre, le temps de faire les multiples travaux qu’on leur donne sans cesse, le temps de digérer et celui de se se cultiver sans enjeu. Alors oui, elle comprend parfaitement Alyona quand elle parle de la pression. Ivanovna aime le travail bien fait et l’impression de tout bâcler en permanence est à ses yeux une maladie insupportable.

- Moins de pression… tu l’as dit… Il est plaisant de penser à autre chose… en fait de ne plus penser à rien… le vide…

Le visage détendu comme jamais, Ivanovna découvre la joie simple de ne penser à rien d’autre que l’instant présent. Ni les professeurs, ni la nécessité de boucler les fins de mois, encore moins ces hommes qui l’insupportent chaque jour. Ordinairement elle ne s’en plaint pas mais qu’il est dur de n’être perçue qu’au travers de formes que les autres jugent resplandissantes. Là, dans cette masse d’eau mélangée à elle ne sait quoi, elle n’est plus qu’une personne vidée de ce fardeu. Kara lui a appris combien ces choses relèvent de la chimère. Et bien des geôliers vous regardent avec des yeux de monstres. Combien ont succombé sans avoir eu le choix. C’est à vomir. Mais là, elle n’y pense pas.

-… Oui, deux poussières parmi d’autres. Reste à savoir ce que l’on veut changer. Quand je vois combien j’ai galéré à Wick, j’ai parfois honte de ma nouvelle vie. Tant de gens souffrent et nous, nous sommes là... Je sais, tu vas me dire qu’on ne l’a pas volé. Et je suis bien obligée d’admettre que tu aurais raison. Bon…

Ivanovna se sent trop légère pour retomber de son nuage. Elle décide de poursuivre le sillon tracé par son amie. Donc, il faut des rêves. Disons… au moins un. Du genre magnifique, sans rancune ni rancoeur. La pureté, la bonté, tout ce qui fait qu’on est plus grand rien que d’y penser.

- J’aimerais un monde sans le vice, un univers où l’on n’a pas à se demander quand on va se faire croquer par la vie. Tu sais, l’odeur du bois dans une cheminée, le soir, en hiver. Il fait bon et on l'entend crépiter. Pof, une écorce a sauté, générant trois flamèches. Elles disparaissent avant de faire un trou dans le tapis. Notre vie rythmée par cette douceur, inutile de sortir dehors, tout est à l’intérieur…

Et cet homme, gentil, qui nous donne le sentiment d’être protégée. Sans nous étouffer ni nous enfermer dans un rôle d’enfant malingre. Ce n’est pas même la protection qui nous réchauffe. Juste la sérénité. Existe-t-il, cet homme ? Capable de nous aimer au point de vieillir heureuse à ses côtés ?

- Je ne rêve pas des îles, j’aime mon Ecosse, froide et humide. C’était l’avantage de Poudlard… Tu vois, c’est comme ce bain, il a un sens. On y est bien, comme à l’origine… j’aimerais bien être à nouveau dans le ventre de Mère. Je me demande souvent ce qu’on ressentait. Ce serait une sacrée magie que de parvenir à recréer ce monde, ce moment.

Elle ne lui dira pas mais dans sa période prisonnière, elle pensait de cette manière ; trouver des moyens de s’évader par la pensée. C’est aussi ce qu’elle fit durant l’année des BUSEs. Ce fut dur au point d’en pleurer des nuits entières. Alors elle imaginait sa plage, la main de sa mère tenant la sienne. Tant de bons souvenirs. Et la sensation qu’un joli souvenir de plus est en train de se forger ici, maintenant. Pour la simple et bonne raison qu’elle ne ressent pas d’amertume à penser à tout ça. Au contraire, et c’est un sentiment si rare, elle voit en ces pensées d’hier une raison d’être heureuse aujourd’hui.

- Alyona… Vana* est heureuse.

Car le dire décuple la sensation.

- Décidons d'être heureuses.

Reducio
* : Intervention impromptue de la contesse, biographe officielle des dessous scénaristiques d'Ivanovna => Vana est un surnom familial très rarement utilisé. Ivanovna l'a "donné" un jour à Alyona qui en sait le sens symbolique. Tout lecteur est donc prévenu désormais. Durant sa première année d'études supérieures, Ivanovna accepte enfin qu'une partie de son enfance put être joyeuse. Mais attention, contesse et son miroir rat-conteur sont incontrôlables. Si vous ne voyez pas l'intérêt de cette virgule, ben
- PROUUUUT ! :tongue3:

11 oct. 2025, 14:06
S'insinuer sous la surface  PV 
Le vide... Est-ce possible ? Est-ce que cela existe ? Et qu'est-ce que cela signifie exactement ? Est-ce ne penser à rien, ne plus avoir de préoccupations, de soucis, de problèmes insolvables, jusqu'à ne plus avoir d'images, de futur ou de passé, d'envie autre qu'un présent éternel et éternellement calme ? Dans ce cas, je n'en veux pas. Pourtant, cette idée conserve quelque chose d'attirant, d'intrigant. La sérénité, le silence, l'absence de poids... C'est apaisant, cela doit soulager de bien des maux. Mais, par Merlin, pas plus de quelques heures ! Un peu de vide pour mieux se rattraper à la vie, réapprendre à s'émerveiller, à s'éprendre, à s'approcher d'un nœud pour y apercevoir autre chose que les difficultés et les efforts qu'il exigera. Garder le regard vif, presque naïf. Ou saisir le vide pour y noyer ses sentiments étouffants... Étrange idée qui ne me laisse pas indifférente mais ne saurait me plaire tout à fait. Je préfère flotter sur cette eau qui me porte et me transporte.

Néanmoins penser à rien peut être agréable, cela évite de se retrouver face à son reflet, qui vous regarde de haut en bas avec cet air insatisfait, parce que vous êtes peut-être au courant de certaines difficultés de la vie, vous n'agissez cependant pas. Les poussières sont balayées jusque dans un grand trou, elles y tombent sans bruit, et plus personne ne se souvient qu'elles existaient. Nous n'agissons pas parce que ce n'est pas si simple, pas parce que nous ne le souhaitons pas. Nous sommes des grains de sable, mais seulement quelques-uns, ce n'est pas suffisant. Assez pour offrir nos rêves au silence et ne conserver que le goût mielleux et sucré de l'instant qui coule sans rien presser. Je suis un fruit qui dore au soleil. Rien d'autre ne compte, rien d'autre n'a lieu. Est-ce tant mieux ?

Une pointe de culpabilité me pique la poitrine tandis que je me mords la lèvre, muselant mes ambitions trop nobles pour se révéler possibles. Avant de se jeter sur un cheval et de galoper vers ses espoirs, il faut savoir où ceux-ci sont situés. Il faut connaître ce que l'on revendique.

C'est ainsi que nous glissons de nouveau vers les rêves, regagnant les terres et les horizons malléables qui ne demandent qu'à être bouleversés.

Je repose mes avant-bras sur le bord du bassin pour y appuyer ma tête. La voix d'Ivanovna me calme, et mes réflexions s'éclaircissent, plafond envahi de lumières inattendues. L'univers se redessine autour de moi, et tout commence par une cheminée et un ciel sombre, nocturne, peuplé d'étoiles. Cependant, je suis à l'abri, à l'intérieur, pas trop proche des flammes mais assez pour en apprécier la chaleur. Les odeurs, la douceur, le confort, et Ivanovna près de moi, le vice et les boutons lumineux qui nous regardent comme des milliers d'yeux de l'autre côté des vitres et des murs, à l'extérieur, inatteignables, si lointains qu'ils en paraissent absents.

Être heureuse, décider d'être heureuse... Est-ce aussi simple que de se laisser aller ? Accepter de goûter à l'instant sans rêver d'un autre, s'en satisfaire ? Suis-je heureuse, là, dans cette eau avec mon amie, à refaçonner le monde ? Oui, oui je crois. Non, j'en suis sûre. Je me sens bien, libérée, et je commence à voir flou, la vision brouillée par des gouttes d'eau étonnantes qui naviguent au bord de mes yeux. Choisir d'être heureuse, malgré tout, avant tout...

L'émotion monte, se déplie comme un papier qu'on aurait froissé il y a de cela des années, craquant, révélant les couleurs oubliées, laissées à l'abandon dans des plis vulgaires. C'est un papier ou une main, une fleur qui se déploie, qui s'expose au danger sans crainte, belle dans le simple mouvement de s'ouvrir avec grâce et simplicité ; l'évidence est dans ces secondes suspendues où l'on s'étale sans plus chercher à se cacher.

Je passe une main humide sur une joue qui l'est tout autant. Une larme a roulé, elle se confond avec l'eau du bassin.

Mon cœur est gonflé et mes lèvres, étirées. Je ne suis pas loin de prendre Vana dans mes bras, mais j'ai l'impression que ce serait étrange. Alors, je reste tournée vers elle, et un rire maladroit me traverse le corps. Je me sens bien.

« Moi aussi je suis heureuse, articulé-je doucement, presque délicatement, comme si le dire pouvait abîmer la sensation. Et je suis aussi heureuse que tu sois avec moi. »

Je lui offre mon sourire, profitant de cette sensation, m'y baignant davantage que dans ce bassin. Ça y est, je flotte, je suis bien, je suis à ma place, et ne voudrais être autre part pour rien au monde.

Les secondes s'étirent, tout en douceur, tissant une cape contre laquelle l'hiver et le froid ne pourront rien. Je les laisse exister avec sérénité, le visage lumineux.

« Je suis contente d'être avec toi... répété-je avant d'ajouter : Tu sais, il faudrait qu'on fasse plus de choses ensembles. Se balader dans le Londres sorcier, ou dans la forêt, près de la mer... J'aime bien la ville, c'est plein de vie, différemment d'une forêt, c'est vrai, mais tout aussi lumineux. Et marcher en Écosse avec toi... Mon pays me manque parfois, quand je suis ici. J'aimerais bien y retourner. »

Des larmes roulent encore un peu sur mes joues, mais elles ont le goût du bonheur. Je ne parviens plus à cesser de sourire, mais de toute manière je ne suis pas sûre de vouloir arrêter.

#466962Botaniste au Jardin de Draíocht
baisse de présence jusque fin juillet

14 oct. 2025, 18:21
S'insinuer sous la surface  PV 
C’est grâce à son état d’esprit du moment qu’Ivanovna ne sombre pas. Aly est en train de lui faire comprendre, volontairement ou non, que sa vie depuis les BUSEs n’a été que travail, reconstruction, survie. Voilà pourquoi elle ressent un tel bonheur à ne rien avoir en tête. Ni souci réel ni urgence. Ivanovna se retrouve tout d’un coup libre de pouvoir vivre autre chose. Ou tout simplement vivre. Avoir le temps, en disposer. Est-ce sa manière à elle de vivre la pression ? Avoir dû passer toutes ces années en nécessités impérieuses lui dictant du matin au soir un emploi du temps millimétré ? A moins que certains petits plaisirs de l’existence aient été vécu sans qu’elle ne sache en apprécier la valeur ? Elle aussi elle aime son Ecosse et ne l’abandonnerait pour rien au monde. Oui il y fait froid et oui l’humidité y est traîtresse. C’est bien pour cela qu’elle pensait à un bon feu l’instant d’avant. Mais il est autre chose. L’odeur des landes, le sel dans les embruns. La vie dans l’infiniment petit.

- Nous sommes trop accaparées par nos études, voilà pourquoi nous ne prenons pas le temps…

En fait, dans le programme proposé par Alyona, il n’y a rien à jeter. Tout est plaisant de prime abord. Ivanovna espère que se balader dans Londres ne signifie pas faire les boutiques, en tout cas passer son temps à arpenter les rayons des magasins. Cela, Ivanovna ne courre pas après. Mais s’il le fallait, elle consentirait sans doute à un effort sur ce plan pour lui faire plaisir. Le risque serait grand de dévaliser Dogweed et Deathcap ou autre boutique du genre, même moldue. Mais bon… on a aussi parfois besoin de nouvelles choses, ou juste un outil en état... car cette couleur est originale…

- … mais dans toute expédition il faut de l’organisation !

Ivanovna présente la chose avec un certain sens de l’ordre, une dérision de soi à peine assumée. N’ayant pas l’esprit d’escalier ni celui à butiner, elle conçoit les choses de manière cartésienne. Si l’on doit baguenauder, il faut le faire dans les règles. Stratégie, tactique, ressources, ravitaillement. Une armée en campagne. Et deux sorcières en goguette, c'est suffisant pour faire des dégâts sur un champ de bataille !

- Ton terrain sera le mien ! Londres, Wick ou Edimbourg !!

Trompettes, sonnez la charge, on n’est pas loin de l’assaut.

- Emplettes, randonnées ou ronde dans nos faubourgs de coeur… remarque, on peut tout aussi bien faire les trois si on s’y prend bien. Mais je n’emmène pas Fleur à Edimbourg, à chaque fois elle fait des bêtises. Je ne sais pas, cette ville l’électrise…

Il est vrai que le maudit animal a un don pour lui en faire voir de toutes les couleurs. Si elle était avec elles dans le sanatorium, la chatte trouverait le moyen de boucher les canalisations. Non… Certaines choses doivent se faire en comité restreint. Elle est tentée par Londres mais une chose la retient, le sentiment que c’est toujours elle qui décide. Evidemment, pour le sanatorium ce n’est pas vrai mais pour le reste… Ivanovna aimerait bien laisser Alyona choisir. Wick serait une belle chose mais elle sait que l’endroit n’a rien de grandiose. Proposer un moment fait de rusticité et autres boissons chaudes…

- Bon, je te laisse le choix, Londres ou Wick. Quand tu veux, c’est moi qui régale dans tous les cas !

Wick ne sera pas une dépense. Et si Londres est choisie, il suffira de passer à Gringotts. Après tout, les gallions sont faits pour qu’on les utilise. A bons escient aurait dit sa Grand-mère. C’est le cas.
En pensant à son aïeule, elle se rend compte que jamais personne n’est là pour lui donner ce genre de conseils. Ivanovna aurait bien besoin de quelqu’un. Qui lui dise de cesser ses délires. Qui l’exhorte à s’amuser parfois. Même s‘il fallait entendre qu’elle agit stupidement, ce regard extérieur lui serait salutaire. C’est aussi ça être seule dans la vie. On ne sait jamais ce que l’on fait de bien. Merci Aly.