Un noël "normal"

BOURNEMOUTH, ANGLETERRE
Mercredi 25 décembre 2047
Mercredi 25 décembre 2047
Le matin de Noël s’était installé tout doucement sur la maison des Serid. Le sapin embaumait le salon, ses branches un peu tordues retenues par une guirlande qui jetait des reflets doux sur les boules. Une playlist lo-fi de chants de Noël tournait en fond, assez basse pour laisser entendre le cliquetis des tasses. Matthew avait encore en tête le repas de la veille — rires de Stanley, la bonne humeur d’Isaak, l'ambiance typique de sa fête préférée de l'année... et la tarte à la citrouille avec sa montagne de chantilly !
Notre petit sorcier était assis sur le sol, roulé dans un plaid, tasse de chocolat chaud et assiette avec une part de la tarte d'hier à portée de main. Devant lui, quelques papiers cadeau gisaient déjà en confettis, preuve qu’il n’avait pas attendu bien longtemps. Il allait attraper un nouveau cadeau emballé lorsque la sonnerie de la porte d'entrée retentie. Isaak fit un petit sourire derrière sa tasse de café tandis que Stanley et Matthew se levèrent d'un bond pour faire la course jusqu'à l'entrée.
La porte s’ouvrit sur Tante Beverly, manteau chic, écharpe impeccablement nouée et des sacs cadeau à chaque bras.
Stanley devança Matthew de quelques secondes pour se jeter dans les bras de sa sœur, la faisant pousser un cri outragé.
— Tu vas froisser ma tenue !
— C’est Noël, c'est pas fait pour être habillé autrement qu'en pyjama", répliqua Stanley en riant.
— T'est vraiment un gamin", lui répondit-elle en levant les yeux au ciel tout en tapotant le dos de son frère d'un geste précieux.
— Et tu m'aimes comme ça.
Il la relâcha enfin, un sourire accroché aux joues. Beverly se tourna alors vers Matthew pour se pencher et l'enlacer avec un câlin bref, mais franc.
— Joyeux Noël, mon neveu préféré.
— Joyeux Noël, tante Bev !
Puis, sans cérémonie, elle se redressa et tendit son manteau à Stanley comme à un majordome. Il prit un air outré parfaitement théâtral.
— Bien entendu, madame, vestiaire au fond, service cinq étoiles," fit-il en s’inclinant.
— Fais au moins semblant d’être efficace," répondit-elle avec un coin de sourire avant d'enfin entrer et de rejoindre Isaak au salon à qui elle fit la bise.
— Vous avez un "Joyeux Noël" de tout le monde, au fait. On espère que vous viendrez à New York l'an prochain plutôt que de me faire me déplacer.
— Tu dis ça, mais il me semble que tu vas au fashion show de Londres ce soir non ?" Releva Isaak.
— Exact. D'ailleurs, je ne peux pas rester longtemps, je suis juste venue déposer mes cadeaux.
Se disant, elle s'approcha du sapin pour y abandonner ses sacs tandis que Stanley revenais.
— Mais... tu ne vas pas repartir maintenant ! Et pourquoi m'avoir fait ranger ton manteau si tu repars ?
— Je vous invite demain soir au Roots pour me faire pardonner.
Isaak s'étrangla dans sa tasse. Le Roots était le restaurant étoilé le plus cher de la ville, il n'allait pas se laisser inviter là-bas par sa belle-sœur !
Mais avant même qu'il ne puisse protester, Stanley avait déjà re entraîner Beverly dans une étreinte pour lui dire au revoir. La New-Yorkaise ébouriffa les cheveux de Matthew d'un air tendre avant de récupérer son manteau et de repartir.
Comme toujours quand Beverly venait, on avait l'impression qu'une bourrasque venait de chambouler la maison. Matthew explosa de rire face à cette tante de cœur et ses manières qu'il adorait avant de retourner au salon ouvrir les cadeaux qu'elle avait laissé.
— On va quand même pas la laisser nous inviter au Roots ?" s'inquiétait Isaak à Stanley.
Le paquet cadeau fut arraché pour laisser place à la toute nouvelle console de Nintendo®.
— Trop bien !!" s'écria Matthew avec son excitation d'enfant. "Y a même le nouveau Pokemon® !!
La matinée continua dans cette ambiance pleine de bienveillance et d'émerveillement.
Enfin, vers 11h, Matthew se leva et attrapa la tablette de son père.
— Je vais appeler papy, je reviens.
Il monta rapidement jusqu'à sa chambre avant de poser l'objet sur son bureau. Il poussa rapidement son nécessaire d'écriture sorcier pour éviter que son grand-père ne se pose de questions, et lança l'appel.
Il ne fallut pas longtemps pour que de l'autre côté, un visage familier apparaisse.
— Oui, donne-moi une minute.
Matthew attendit sagement, il vit son grand-père se lever d'un canapé et slalomer entre trois ou quatre enfants de l'âge de Matthew assis sur le sol. Eux aussi devaient être en pleine session d'ouverture de cadeau. Matthew entendit une voix féminine demander qui était sur la visio, mais son grand-père la fit taire d'un "c'est rien, c'est personne" avant d'aller s'enfermer dans une pièce. Seul.
Le vieil homme prit un instant pour installer son téléphone devant lui et repris avec son air sérieux habituel.
— Joyeux Noël Matthew.
— Joyeux Noël Papy ! Comment ça va chez vous ?
Le vieil homme fit un signe de la main en disant que tout était comme d'habitude avant de poser plus de questions à Matthew.
— Toi, comment ça va ? Tu n'as pas eu de cadeaux bizarres rassure moi.
Aller. Ça commençait déjà. Matthew offrit un sourire aussi chaleureux que possible a son grand-père avant de répondre.
— Des jeux et des livres.
— Quoi comme livres ?
— Papy...
— Non mais parce qu'on les connaît, avec leur propagande gay là...
— Des livres pour l'école," répondit Matthew en espérant changer de sujet.
— Ah oui ta nouvelle école d'ailleurs ! Ça se passe bien ? Comment elle s'appelle déjà ?
— Oh, bah, tu sais, c'est un nom écossais imprononçable," essaya d'éluder Matthew. "Mais oui ça se passe bien, j'essaye de prendre mes marques doucement.
— Bien. Si ton père a fait une bonne chose dans sa vie, c'est bien de te mettre en internat. Au moins, là-bas, tu ne risques pas d'être perverti par ce...
Matthew muta le son de la vidéo d'un geste habitué. Essayant de retenir un soupir, il continua juste de sourire doucement à l'écran. Il était inutile d'essayer de discuter avec le vieil homme quand il était comme ça, alors Matthew préférais juste ne pas écouter. Il attendrait juste le moment où l'image de son grand-père arrêterait de parler pour remettre le son et essayer de changer la discussion... ou bien mettre fin a l'appel avec une excuse comme d'habitude.
Cependant, il vit d'un coup son grand-père se taire et porter une main à son front. Remettant le son, Matthew demanda :
— Ça va papy ?
— Excuse-moi, garçon. C'est Noël et je dois t'embêter avec mes histoires. Sache juste que je suis heureux que tu sois bien dans ta nouvelle école. Je souhaite juste que tu sois heureux et ai une vie normale Matthew.
— Je... merci papy...
Et pour une fois, ce fut le grand-père qui du mettre fin à l'appel quand sa femme l'appela du salon. Ils se dirent au revoir et Matthew resta un moment assis à fixer l'écran noir de la tablette.
Même si son grand-père était... ce qu'il était, c'était le seul du côté de la famille d'Isaak à s'inquiéter pour Matthew et sa vie. Et même si ce dernier avait pris l'habitude de filtrer les mots du vieil homme, sa dernière phrase raisonna étrangement chez Matthew.
Pouvait-il encore se considérer comme "normal" maintenant qu'il allait dans une école de sorcier ? Et surtout, est-ce qu'il arriverait à se sentir heureux à Poudlard ?
Matthew repensa à toutes ses tentatives pour se lier d'amitié avec les sorciers, en particuliers ceux de sa maison. En vain...
Refusant de déprimer en ce jour de fête, l'enfant se secoua et redescendit au salon avec la tablette. Inutile de se prendre la tête pour ces broutilles ! Bien sûr qu'il serait heureux à Poudlard ! Pas besoin de correspondre à ce que son grand-père considérait comme "normal" pour être heureux dans sa vie !
La preuve avec sa petite famille qu'il aimait plus que tout. Stanley offrit un énorme câlin à Matthew, et son père vient s'asseoir en tailleur sur le sol à côté de lui pour le regarder allumer et paramétrer sa nouvelle console.
Oui, Matthew pouvait être heureux.
— ... Tu te rends bien compte que tu ne pourras pas l'amener à Poudlard Matty ?" demanda Isaak en pointant la console moldu du doigt.
... Ou pas.
Couleur : #00a81c