Bal Un pas après l'autre

31 Décembre 2049
Avec (dans l'ordre) @Adélaïde Brennen, @Lavinia W. Campbell & @Alice Sangblanc


Suileabhan fut presque surpris une première fois par cette approche qu'il n'attendait pas. Un coup d'œil à la dame lui arracha un sourire - la robe à elle seule en aurait mérité plusieurs. Quand à la stellaire présence marquée, l'irlandais failli sourire à nouveau à la personnalité qui commençait à peine à colorer la toile nocturne. Séparés par la mer, il aurait presque pu pourtant entendre l'approbation de Jenna.

- Un oiseau bleu est souvent signe de sagesse.

Pourtant, s'il avait précédemment failli succomber à la surprise, il s'y engagea à pied joint suivant la question de celle qui s'était invitée dans son regard.

- Cela peut m'arriver.

Le concierge masqué exécuta une légère révérence, de celles qu'il n'avait que rarement importé ici depuis l'Allemagne, avant de saisir dans sa main les doigts de l'inconnue.

- Faisons en sorte que cela puisse arriver ce soir pour tous les deux.

Une valse. Une chance qu'il avait, de tomber justement sur l'une des seules danses qu'il pouvait prétendre à maîtriser - autre que celle du combat. Mais la chance pour Suileabhan avait toujours un autre nom, et celui-ci était Destin. Et bien, si c'était le destin... Main accrochée à celle de l'inconnue aux yeux étoiles, le sorcier les fit entrer tous les deux dans la valse au rythme de l'orchestre. Mais, avant de s'autoriser à maintenir la femme auprès de lui, il lui fallait questionner.

- J'ose espérer que cette proximité ne vous effraie pas trop ? J'ai pour principe de toujours terminer ce que j'ai commencé.

Un regard, Suileabhan, un costume enflammé. C'était bien une valse à trois temps.

Suprise ! Je pensais à un ou deux posts chacun consacré, l'un après l'autre, au moment que nous n'avions pas eu le temps d'écrire. J'espère que cela vous conviendra !

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Bal Un pas après l'autre
Le regard d'Adélaïde transperça son masque orangé, fuit l'animation effervescente pour en rencontrer un autre.

D'ailleurs, ce fameux masque, il n'était pas à son goût. Absolument pas. L'accessoire était bien trop lourd, inconfortable. Sur son nez il appuyait, sur ses paupières il faisait pression. L'Allemande n'avait pas l'habitude de cacher sa nature derrière une pièce de tissu. À quoi bon. C'était étouffant. Il n'y avait point d'autre mot. Les plumes décoratives semblaient se coincer dans les quelques mèches qui servaient de fondation à son chignon soigné, et ses tempes se voulaient libérées de l'emprise du matériau exagérément fixé à la partie supérieure de son visage. De plus, en y réfléchissant, la couleur flamme n'était peut-être pas celle qui la mettait le plus en valeur. Du moins, pas autant que lorsqu'elle s'était analysée devant la glace tout à l'heure, et jamais plus que toutes ces jolies femmes drapées d'élégance qui, là, la faisait sentir bien moindre, dans un coin de foule animée qui pourrait sans encombre l'apercevoir et ainsi se demander pourquoi diable avait-elle opté pour pareil accoutrement.

Encore une fois serait-elle le reflet du nom qui lévite autour de son âme comme une malédiction spontanée qui ne cesserait jamais de la traquer. Brennen, la médiocrité. Une réflexion qui avait fleuri maintes fois dans cet esprit-là, à l'origine pour assouvir la rancœur inexpliquée, désormais pour apaiser son ennui ; on trouve souvent un divertissement en ce qui ne devrait pas l'être. Tant de tentatives à vider le mépris Brennen de ses veines, à essuyer l'hypocrisie O'Sullivan de sa peau terne, à chasser ce petit grincement de dents issu de Maeve, celle-ci agacée, mais tant de fois essayé de détacher ces chaînes de ses poignets, celles qu'avaient verrouillés Lothar en donnant naissance à la fierté féminine familiale du nouveau siècle ; mais rien. Adélaïde s'était rendue à l'évidence : elle aurait beau vociférer discours et plaintes, exposer rancune et arguments, fuir le Main-Spessart pour la Grande-Bretagne, qu'intervienne la distance matérielle ou factuelle, tout était vain, elle était comme eux. Ce fut une réalisation vide de parfum, aussi fade qu'une infusion après une déception, aussi inintéressante que ceux qui voient en la répétition du cycle lunaire un ennui profondément lassant.

Il y avait eu de ces choix à faire, de cette indifférence à répartir, et ces gens qui un jour lui donnèrent leur sang n'étaient plus une raison valable de se morfondre.

En revanche, ce qui l'était tout particulièrement, ce soir, c'était le costume de cet homme. Si bref aurait été le regard accordé — et encore y vois-je une logique impossibilité —, la Directrice de l'Astronarium aurait cru qu'en l'inconnu se tenait la figure principale, baignant au centre de cette foule rouge, orange, jaune, qui l'aveuglait tout autant qu'elle se détestait elle-même de n'avoir fait original ce soir. En cet homme, elle voyait l'audace. En cet homme, elle notait une distinction forte de ce reste mouvant, distinction, dans laquelle elle se noyait avidement, cherchant à savoir si elle voulait ou non en comprendre l'essence.

Réalisant l'ampleur de sa divagation, la sorcière s'éclaircit — trop — rapidement la gorge, ce qu'elle aurait perçu à titre individuel comme un signe de perturbation, mais qu'elle espérait assez peu intuitif pour que personne ici ne puisse le constater.

Personne, comme s'il comptait pour cent.

Saluant ses réminiscences, un nouveau rictus se dessina sur ses lèvres, le fameux qu'elle arborait avec une confiance flagrante lorsqu'elle attendait quelque chose de quelqu'un ; une réponse, un geste, une explication, quelle qu'elle soit, ou, dans certains cas, les trois.

Un oiseau bleu est souvent signe de sagesse.

Les vibrations de cette voix ondulèrent par fragment jusqu'à ses tympans.

« Espérons que vous ne dérogiez pas à la règle, dans ce cas, à moins que ce souvent ne fut prononcé pour représenter l'exception à laquelle vous appartenez... Son sourire s'élargit, comme pour appuyer la taquinerie perceptible. Vous m'en verriez néanmoins déçue. »

La trentenaire se demanda pourquoi il lui fallait toujours plaisanter pour se sentir à l'aise.

Au moins chasserait-elle les faux-semblants. Ironique, pour un bal masqué. Fuira qui le voudra.

Enfin, le véritable intérêt naissait. À son tour, lui aussi, il manifesta son pigment et sa nuance, comme ces fleurs autour des Landes à l'immersion annuelle du printemps. Et à cette réponse si simple qui comblait sa passion ce soir, Adélaïde y répondit d'une expression toujours plus rayonnante, quelque chose qu'elle aurait comparé à la tendre lueur de Neptune, si ainsi avait-elle été fabuleusement narcissique.1

L'homme avait de ces gestes élégants, qu'on associent parfois à la haute société bien qu'ici, rien de ces mouvements qui caressaient l'espace de leur présence n'était exagéré. Elle se laissa simplement porter par l'aise de son interlocuteur.

En une fraction de seconde, dans la flamboyance de la piste de danse, sa main se retrouva — plus surprenant que cela n'aurait dû l'être — dans celle du phénix bleu. Et ce fut étonnant de songer que lointaine fut la dernière fois qu'elle eut tenu la paume d'un homme dans la sienne. Antonn s'était effacé, Iaros refusait même de croiser le regard de celle qui autrefois aurait dû être sienne, et de cet autre homme blond que parfois elle rencontrait le temps d'une nuit, elle n'en retenait que l'apaisante musique du chant de l'oubli, celui qui, dans la pénombre bleutée de mère Hécate, lui conférait le sentiment d'avoir trouvé sa place, comme celle dont on oublie le nom dès l'âme vidée de la chambre.

Ses iris s'attardèrent bien trop longtemps sur ces doigts si proches les uns des autres, savourant lentement l'effet que cela lui faisait. Ce fut comme retrouver la maison après une année à Durmstrang, comme sentir à nouveau la sensation du vent frais glisser sur la peau imparfaite après un rude et lourd été. En l'inconnu, elle retrouvait l'acquis, et le corps qui portait cette âme n'était à l'instant que marionnette du sentiment meurtri.

Pourtant, dans cette voisine apparence débordante d'assurance émergeait la prévention. Le questionnement. Quoi que cela pouvait être, cela plaisait plutôt bien à Adélaïde, qui se remit alors à sourire. Ses pommettes gagnèrent alors en volume, et ce fichu masque ne fut jamais aussi inconfortable qu'à présent.

« Le duelliste demande-t-il à l'adversaire la permission de le toucher de sa magie, une fois sur l'estrade ? Interrogea-t-elle en penchant légèrement la tête. Doux principe, un éclat joueur traversa ses yeux, fuyez, vous m'en verriez effrayée. Poursuivez, et je ne saurais rechigner. »

Ainsi soit-elle, la mentalité de celui qui se veut rester, de celui qui affronte l'invisible. En cette danse, la scientifique liait découverte et espoir, le reste, ce serait à l'homme de le construire, l'image qu'il renvoyait ne dépendait que de lui, et bien trop soigné fût-il pour prétendre ne pas en connaître une syllabe.

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1 Adélaïde, narcissique ? :roll:

Directrice de l'Astronarium since Octobre 49 • Αδελαΐδα Μπρένεν
PNJs • Demande de relations •
Impératrice-Sirène des Contrées Germaniques, Célestes et Maritimes • Idole d'Elam • Adézheimer

Bal Un pas après l'autre
Suileabhan répondit sans crainte d'un sourire derrière son masque. Sans crainte, mais avec une audace lui traversant l'esprit jusqu'à sa langue après qu'il eu perçut un détail dans la voix étoilée de l'inconnue. Un détail qui, s'il visait juste - et il visait toujours juste - lui permettrait d'étoffer réponse et parade aux éventuelles oreilles traînantes alentours.

- Je ne suis pas ce genre d'exception*

Lui savait que son propre accent allemand se noyait facilement dans son anglais, perdu au milieu des contrées proches et lointaines qu'il et qui l'avaient traversé. Mais la langue de ses ancêtres lui venait naturellement, presque autant que la main de la sorcière dans la sienne. L'inattendu pourtant frappa à nouveau de ses mains élégantes dans un tourbillon de braises éclatantes, rapprochant soudain les deux compagnons de valse. Flamme contre flamme, peau contre peau, et peut-être une lueur plus haut, quelque part dans le regard. La proximité qu'induisait leurs pas était aussi propice à la chaleur qu'aux mots chuchotés, presque comme une confession à la nuit.

- Un détail cependant, je ne provoque ni ne m'honore de duels. Je me contente d'être victorieux - autant que je ne pourrais l'être.

Ce n'était pas sa première valse, ce ne serait pas sa dernière, mais c'était deux feux dansant l'un contre l'autre, s'alimentant tous deux de fougue et de raffinement. Au terme de la douce musique finalement, Suileabhan prolongea le contact un instant avant de conclure.

- Il semble temps de nous séparer à regret.

Sa main gauche encore partagée, le sorcier recula puis s'inclina doucement devant sa première partenaire de la soirée.


*Les dialogues sont en allemand mais sont traduits par facilité.

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