Coulure Saveurs PNJ

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Il n’était pas impossible que les sorciers étudient plus que les moldus la flore non-magique et ses propriétés exploitables avec un soupçon de magie, songeait Phœbe. Plutôt que d’étudier la nature telle qu’elle est, les moldus paraissaient vouloir l’altérer, la contraindre, la contrôler depuis la création en serres de variétés agricoles. Parfois pour le pire, mais pas toujours. Sans transformation naturelle ou induite, il n’y aurait de nectavignes ou de clémentines, des fruits dont elle ne regrettait pas l’existence. Néanmoins, elle n’avait pas pleinement confiance en leurs cultures, quand ils pouvaient avoir recours à des substances empoisonnées pour les aider à se développer. Les sorciers se comporteraient-ils si différemment avec la nature cultivée s’ils étaient aussi nombreux que les moldus ? La science botanique magique semblait plus se concentrer sur le pouvoir curatif des plantes que les méthodes pour en bouleverser l’essence. C’est du moins ce pouvoir qu’elle avait appris à chercher en se spécialisant dans les secrets des antidotes. Si cette appétence pour repousser les limites menait parfois à l’abject, quant l’éthique était balayée, cela rendait à la sensibilité de la guérisseuse les arts moldus d’une portée plus puissante. Elle ne s’imaginait réduire son horizon au répertoire musical sorcier, évoluant en des cercles trop restreints. Souriant, elle commente « Cette sincère curiosité à l’égard du monde russe des mélodies est belle à voir. »

Une vie ou plutôt une petite vingtaine d’années à traverser sans musique était difficilement concevable pour Hjúki, qui ne s’imaginait ce qu’aurait été son existence si sa rencontre avec les mélodies avait été aussi tardive. Nettement, l’accompagnement de Phœbe avait accéléré les choses, développé ses connaissances, initialement confinées aux quelques œuvres vécues en concert, en théâtre. Ce plaisir régulier sans être fréquent s’était transformé… presque en étude. Que la Musique ait été la clef à sa magie lui avait conféré une dimension utilitaire. Avoir la tête emplie d’airs était devenu une nécessité pour éveiller son instrument, au point qu’il lui arrivait de s’éloigner de sa baguette, pour que la plongée dans les notes n’ait pas une portée purement fonctionnelle. Si Alyona avait grandi sans, son approche n’était pas entachée du même besoin que le sien. Cela signifiait aussi qu’elle avait passé son existence jusque là avec d’autres sources d’exaltation. Les études, la botanique ? Il ne la connaît pas assez intimement pour poser le doigt dessus. Jamais l’étude de la magie ne lui aurait suffi. Elle ne l’aurait épanoui seule, c’est une certitude. Il avait peut-être bien fait de ne pas s’enfermer dans quelque institut supérieur. Sans exaltation, la rigueur studieuse est vaine. Il finit les ultimes vestiges glacés en regardant les ombres s’allonger par-delà la terrasse. Découvrir les belles sensations que cet art suscite à cet âge, le jeune adulte pourrait l’envier. Le souvenir s’inscrira d’autant plus précisément que dans l’esprit d’un enfant, que le temps pille. « Je vous souhaite de savourer pleinement cette première expérience. Qui sait, peut-être que de la musique russe naîtra un goût pour la Musique. »

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Quand on se fait une promesse à soi-même, il est aisé de ne pas la tenir. Un engagement comme celui-ci est-il seulement important ? Qui risque-t-on de décevoir si on ne le tient pas ? Soi ? Qui craint de se décevoir ? Il suffit parfois d'ouvrir la main pour laisser tomber ce nœud qu'on gardait, c'est tellement facile. On se libère en un clin d'œil. Ce n'est pas comme une promesse qu'on fait à d'autres, et qui touche à notre dignité et à notre confiance, qui nous lie particulièrement à quelqu'un et qu'on ne peut pas chasser par désintérêt soudain ; cela reviendrait à perdre toute crédibilité. Face à soi-même, on peut être sans prétention et très terre-à-terre. Surtout, on peut manquer de courage, ne pas chercher dans ses ressources, abandonner aisément. Qui s'encombre, face à son reflet, d'un engagement qu'il sait ne pas pouvoir tenir ? Et pourtant, s'obstiner, persister, essayer, cela m'apparaît tellement essentiel ! Chercher à se satisfaire, avant de satisfaire autrui, accorder de l'importance à ses souhaits, se donner du temps pour porter vers l'avant sa volonté, Merlin ! comme cela peut être gratifiant, comme cela peut être agréable ! Je veux m'offrir ce droit, comme un cadeau à moi-même, prendre le temps de tenir ma promesse, de remonter jusqu'à mes racines pour mieux les découvrir, même si cela ne plaît pas à tout le monde, même si cela signifie effectuer ce chemin seule. Je le ferai, cela ne me fait pas peur ; au contraire : l'envie gonfle dans mon cœur, comme une source d'eau qui trouverait enfin une échappatoire à la cuve dans laquelle on la retient. Ce sera mon acte de courage et la revendication de ma liberté.

Les pensées tournoyantes dans ma tasse vide, je réfléchis, le doigt posé sur la hanse. Devrai-je en parler avec ma grand-mère paternelle, elle chez qui je me rends, et qui apprécie tant la musique ? Devrai-je en discuter avec ma grand-mère maternelle, elle qui a si longtemps vécu en Russie, et qui en connaît la langue aussi bien que la culture ? Les deux pourraient très certainement me faire des recommandations intéressantes, mais je ne sais pas si j'en ai besoin. Les conseils de Hjúki et de Phœbe me suffisent. Je tiens à parcourir ce chemin seule, à en faire ma quête et non celle des autres. Par la suite, je pourrai réfléchir à partager ce vers quoi je m'avance, mais pour le moment ce n'est pas ce que je désire. Je grandis, change et me transforme, et je suppose que cela nécessite de passer par une recherche d'autonomie. Il me faut découvrir comment tracer ma voie dans le monde.

Mon regard s'envole vers celui de l'étudiante en potions, étirant mes lèvres dans son ascension. Cette curiosité qui est désormais la mienne, j'ai l'impression que c'est d'eux que je l'ai reçue. Si le sujet n'avait pas été abordé, s'ils ne m'en avaient pas partagé les connaissances et la passion qu'ils en ont, je crois que rien n'aurait germé de cette manière, tout serait resté simple et sans prétention, sans force dans l'envie et sans futur dans l'imaginaire.

« Merci à vous deux », réponds-je simplement.

Mes yeux jettent leur bleu sur le Chemin de Traverse, ses rues, ses passants et ses bâtiments. Ils l'inondent jusqu'à revenir se poser maladroitement sur la table, un peu étourdis. Ils s'étaient habitués à voir en moi l'azur d'un futur projeté.

« Il est temps que je vous laisse, je crois, annoncé-je d'une voix calme. Merci pour ce moment, c'était très agréable. J'espère vous revoir. »

Je laisse mes paroles se diluer dans l'air avant de me lever doucement et d'attraper mes affaires d'une main ayant retrouvé sa force et son assurance. Je me sens plus apaisée, j'ai la sensation de tâtonner beaucoup moins, de pouvoir me reposer sur des résolutions qui m'éclairent. La détermination, sur mon visage, s'est vue remplacée par une sérénité et une joie bienvenues. Mes traits sont piqués par les rayons du soleil qui contraint mes yeux à se plisser légèrement. Je ne sais pas tout à fait où je vais, mais je suis en route, le cœur léger. C'est étrange comme les rencontres avec Hjúki semblent toujours me laisser un sentiment de paix et de quiétude agréable, à croire que le sorcier sait comment calmer l'agitation qui se lève parfois dans mon esprit. C'était une chance de le croiser ici avec son amie, aujourd'hui ; j'avais sûrement besoin de fixer ma pensée sur une volonté concrète et farouche, qui me donnerait de la force pour avancer de nouveau entre les arbres, sans crainte.

C'est normalement une fin pour moi. Merci beaucoup pour cette jolie pause glacée, c'était un plaisir.

#466962Botaniste au Jardin de Draíocht

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Reducio
Merci pour ce Trio en Saveurs ; je clos donc
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« Merci d’avoir accepté de venir vers nous, bon retour. » réagit simplement Phœbe en voyant l’étudiante se préparer à partir. Les consommations épuisées et la fin d’après-midi approchant, c’était naturel. N’ayant pas suivi l’écoulement du temps sur des aiguilles, elle n’avait pas idée de la durée exacte de leur discussion. Assez pour commencer à sentir la fatigue de fin de journée poindre. Peu après, elle se lève, imitée par son aîné. Elle ne pense pas pouvoir prolonger leur rencontre. Elle pourrait, elle aimerait… Quitte à être à Londres, dormir au Chaudron Baveur serait une option. Pourquoi ne lui propose-t-elle pas de rester dîner avec elle, ici-même ? Pourquoi n’arrive-t-elle pas à lui parler de ses carnets d’études, des pensées qu’elle lui consacre quand elle œuvre dans l’art des potions… depuis que leurs entrevues ne sont que ponctuelles, la fluidité de leurs échanges en avait pris un coup. Quand elle prend les mains de Hjúki, consciente que ce contact est le dernier avant elle ne sait combien de semaines, elle le sent légèrement tremblant. Qu’est-ce que lui ne dit pas... ah ! si seulement tout se confier était facile, comme avant. Avant qu’ils ne se séparent artificiellement par des choix d’orientation radicalement différents. Ça n’aurait pas dû être un prétexte à ne plus savoir se parler. Par l’intermédiaire d’Alyona, ils avaient un peu réussi. Plus en sa direction, tierce, qu’entre eux. Et là, des pensées s’accumulent sans franchir le seuil des lèvres.

« Un bel envol » murmure en écho Hjúki, qui n’a pas oublié l’Oiseau de leur premier croisement, adolescents. Il suit sa Sœur-de-Cœur sur le Chemin de Traverse, elle s’arrête et il se pose face à elle. Presque toutes les boutiques vont bientôt fermer, du moins sont sur leur dernier créneau de la journée, pour les visiteurs tardifs. Un instant, il se demande si elle veut l’entraîner dans une enseigne ou l’autre. Qui sait, le piéger en l’invitant à s’immerger dans les saveurs d’ingrédients magiques. Ça n’a pas l’air d’être son intention. Va-t-elle le raccompagner au Magic’Port ? Leur deux ont accepté que chaque rapprochement est suivi de cet éloignement. Inéluctable, sur lequel ils ne cherchent pas avoir prise. La perspective de retourner à Dublin ne l’excite pas. Le jeune adulte n’aurait été comblé par les études, mais ce qui a mis en œuvre pour les éviter ne le satisfait pas non plus. Il ne veut pas entraîner Phœbe vers le bas. L’a laissé aussi tranquille possible pour qu’elle brille là où il s’est refusé à émettre son éclat. Après son stage, il n’aura plus l’excuse de ne vouloir briser son sanctuaire de studiosité. Actuellement, sa place n’est pas à côté de lui. Il ne peut l’arracher à ce qu’elle a. Ce soir, chacun doit rentrer dans son antre déraciné, après s’être muettement partagé l’espoir de se retrouver auprès de racines partagées.