8 sept. 2025, 16:29
PNJ Islande Miðsumar - Dans l'abîme du jour
Le promontoire sur lequel je suis immobilisée et où me rejoint Howard surplombe l'étendue aride et rocheuse qui s'étire à tout azimut ; les terres d'Islande me tendent les bras, des kilomètres et des kilomètres de roche sombre et de cette herbe rase que nous avons survolée ce matin. Les bourrasques de vent font s'agiter mes cheveux autour de ma tête et les mèches me fouettent le visage. Comme je tiens le scrutoscope dans une main, je peux difficilement m'en occuper, aussi les laissé-je voler librement autour de moi. Je suis de toute manière bien trop passionnée par le petit objet qui s'agite au creux de ma main.

Howard s'est arrêtée près de moi, ses yeux braqués sur son précieux objet qu'elle m'a confié. Je lui jette un coup d'œil en sondant mon corps à la recherche d'une trace, quelque chose qui pourrait prouver que l'objet a raison. Mais la femme a une façon bien plus efficace que moi de le faire. Quand elle lance son sortilège, je ne manque rien de sa gestuelle et de sa manière de prononcer la formule ; j'espère voir apparaître le résultat que je trouve toujours fascinant de ce sortilège que je suis incapable de lancer parfaitement et que je réussis très mal, même pour n'obtenir qu'un filet lumineux. De sa baguette s'échappe justement un fil de magie... Qui disparaît tout aussi vite, comme aspiré par... Quelque chose.

J'arrondis les lèvres, le souffle coupé, ma curiosité mise à rude épreuve — une frénésie familière me noue les entrailles d'impatience. Je sais ce que cela signifie : j'ai besoin d'expérimenter et de comprendre. Je laisse la femme s'éloigner après m'avoir donné des ordres. Oui, oui, le camp. Mais ma tente attendra. Pour l'instant, je me fiche totalement du camp. Je reste dans la zone dite "blanche" et je passe le scrutoscope de ma main droite à ma main gauche ; je reste très prudente durant la manœuvre et prends soin de passer la dragonne autour de mon poignet. Ainsi, j'ai la main droite libre pour attraper ma baguette magique.

« Reducto, » m'exclamé-je en pointant ma baguette vers un rocher esseulé.

Ma baguette et ma magie m'ont toujours parfaitement répondu, surtout depuis que je suis détentrice de cette baguette japonaise qui comprend ma magie plus que mon ancien catalyseur le faisait. Depuis, mes sortilèges de réduction ont toujours été impressionnant de réussite. Toujours. Mais là, le fuseau de magie qui s'échappe de mon arme est pale, maladroit, et quand il touche la roche, au lieu d'être réduite en poussière, celle-ci se contente de frémir... Et encore.

La frustration forme une boule compacte dans ma gorge. C'est comme si on m'avait réduite au silence alors que j'allais dire quelque chose d'important ; comme si on m'entravait alors que je voulais courir ; comme si on me bouchait les oreilles alors que je voulais à tout prix écouter. Je me sens désespérément emprisonnée. C'est un horrible sentiment qui me donne envie de hurler. Pourtant, un sourire vorace étire mes lèvres.

Je reviens à grand pas vers Arlène Howard qui s'est déjà choisie une pierre en guise de siège et qui prépare son thé. Je lance un coup d'œil acéré aux herbes qu'elle tient dans la main — j'ai bien compris qu'il ne s'agissait pas de simples herbes à thé et j'en suis encore à me questionner sur l'intérêt de boire ça : pour ça santé ou pour une autre utilité ? Mais ce n'est pas le moment de perdre mon temps à réfléchir à ça.

« Tenez, » lui dis-je en ôtant la dragonne de mon poignet et en lui tendant soigneusement l'objet.

Puis je repars dans la zone qui étouffe et emprisonne ma magie, ma baguette serrée entre mes doigts. Je suis déjà fatiguée par la montée et la marche à laquelle je ne suis pas habituée, mes jambes sont douloureuses, tout comme mes pieds, sans parler de mon arrière-train malmené par le long vol en balais. Pourtant, je brandis ma baguette magique et rassemble ma concentration et ma magie.

Je lance un sortilège, puis un second, un troisième. Chacun d'eux est entravé par le lieu. Au lieu de faire tomber la foudre à dix mètres de moi avec Meteorribilis Recanto, une simple lumière m'éblouit un instant ; au lieu de faire fuser une pierre à la vitesse d'une balle avec Waddiwasi, le caillou rebondit bêtement sur le sol ; au lieu de faire exploser un coin du promontoire avec Confringo, un simple bruit de pétard mouillé soulève la poussière. C'est frustrant, terriblement frustrant, pourtant je sens mon sang bouillir dans mes veines et ma curiosité monte en flèche.

Plantée au milieu du promontoire, une grimace réjouie sur le visage et la baguette coincée sous le bras, je sors le carnet de ma poche, le crayon qui va avec et entreprends de rédiger quelques notes au milieu des bourrasques de vent qui font battre mes vêtements autour de mon corps frigorifié.

8 sept. 2025, 18:00
PNJ Islande Miðsumar - Dans l'abîme du jour
Doucement, la théière réchauffa l'eau et l'adulte fit infuser ses herbes. L’arôme tranquillisant de la préparation apaisa légèrement les douleurs d'Arlene même si l'épine invisible qui s'enfonçait désormais profondément dans l'arrière de son œil ne disparut aucunement. La chercheuse inspira profondément, comptant sur ces quelques respirations pour apaiser ces tourments physiques présents. Mais c'était sans compter la jeune Bristyle qui décida de n'en faire qu'à sa tête.

Arlene récupéra le scrutoscope, non sans observer les actions chaotiques de la jeune femme qui l'accompagnait avec la plus grande curiosité. Son regard était celui d'un juge sévère et cruel. Mais Arlene n'eut pas besoin de faire preuve d'une quelconque intransigeance en observant les techniques d'étude d'Aelle. C'est plutôt l'indulgence qui aurait été préférable dans cette situation car c'est bien sans aucune préparation ni cadre que la jeune femme se lança dans ses expérimentations. N'avait-elle donc rien apprit à l'école ?

C'était pourtant évident. Elle ne pouvait deviner le protocole habituel qu'Arlene appliquait à chacune de ses études sur le terrain. Et pourtant, observer la jeune femme tenter aléatoirement tout un tas de sortilège sans même préparer quoique ce soit fit bouillonner Arlene de l'intérieur, torturant son esprit cartésien par des démonstrations de sortilèges aussi futiles que dangereuses.

"Stop." Fit-elle aussi sèchement qu'il était possible de l'être. Cette manière d'étudier était particulièrement puérile et absurde et la chercheuse ne pouvait soutenir cette vue plus longtemps. Elle se retint cependant d-... "Ta technique d'étude est tout à fait stupide. Par pitié, épargne-moi cette vue atroce et cesse de lancer des sortilèges à tout va." Finalement, elle ne se retint pas et annonça sans détour ses critiques.

En plus de ne rien apporter de mesurable ni quantifiable, ce processus pouvait parfois s'avérer dangereux lorsqu'on ne connaissait pas assez bien son environnement. Et même si l'idée qu'Aelle disparaisse plaisait bien à la chercheuse, il lui fallait la mettre en garde.

Howard hésita. Sa patience limitée par la douleur, elle retenait tant bien que mal quelques insultes avancées sur les méthodes aléatoires de sa stagiaire.

"Tu arrêtes. Maintenant regarde." L'adulte se saisit de quelques petits piquets colorés dans son sac puis s'approcha de la zone, sans y pénétrer. "Lumos." Un éclat lumineux, même au cœur d'une terre sur laquelle le soleil ne se couche pas, vint illuminer le bout du catalyseur de l'adulte.

Arlene fit un pas en avant vers Aelle. Puis un autre. Et encore un autre. Lorsque la lueur sur la pointe de sa baguette frémit, elle se pencha pour planter un piquet dans le sol obscur à ses pieds. Puis, elle reprit son étrange manège. Un pas, puis un autre. Lorsque la lueur fut diminuée de moitié, la chercheuse planta à nouveau un piquet. Encore quelques pas, et un nouveau piquet. Arlene continua son avancée jusqu'à arriver presque trop proche de la jeune Bristyle. Là, la lueur de sa baguette fut complètement soufflée. Presque aux pieds d'Aelle, l'adulte planta un dernier piquet. La zone était désormais balisée, sur un côté du moins.

"Maintenant. Le camp." Fit-elle en pointant leurs affaires déposées négligemment quelques mètres plus loin.

Troisième année - 14 ans - Préfet de Gryffondor - Couleur>8f3232

12 sept. 2025, 16:47
PNJ Islande Miðsumar - Dans l'abîme du jour
Je gribouille frénétiquement au milieu des coups de vent rageurs de la vieille Islande caractérielle, au sommet de Hekla ; la page de mon carnet se remplit rapidement de mots que je serai la seule à pouvoir relire, de notes, d'abréviations qui n'ont de sens que pour moi seule — et c'est le but car je suis la seule à pouvoir mettre le nez dans mes carnets. J'ignore tout ce qui m'entoure, complètement ravie et heureuse, ce que je n'ai pas ressenti depuis une éternité.

C'est sans compter ma maîtresse de stage qui, d'un mot qui résonne comme une sentence, m'oblige a arrêter tout mouvement. De fait, elle dit « stop », ce qui veut tout dire. M'arrêté-je pour autant ? Non. Je ne lève pas les yeux de mon carnet, pas plus que j'éloigne ma main portant la plume ou que je me retourne pour jeter un coup d'œil à la femme. En fait, je l'ignore purement et simplement. Ce n'est pas elle qui m'empêchera de mener mes expériences. Personne ne m'en a jamais empêché et personne en m'en empêchera jamais. Je suis libre, je suis douée, je suis une sorcière capable, je suis...

« Ta technique d'étude est tout à fait stupide. »

La voix résonne dans mon dos par-dessus les rafales de vent. Cette affirmation injuste et très fausse me révolte. Cette fois-ci, je lève les yeux et j'éloigne ma plume de la page de mon carnet. Surtout, je me tourne pour lui jeter un regard furibond. Comment ose-t-elle ! Une flambée d'émotions s'élève dans mon cœur ; une colère tout à fait familière qui me fait froncer les sourcils, pincer les lèvres et serrer les dents. Stupide ?! Stupide, moi ? Ce mot ne s'est jamais accordé avec ce que je suis et ne le fera jamais, je ne suis pas stupide, ma technique d'étude n'est pas stupide ! Le mot atroce qu'elle emploie ensuite termine de me mettre en colère et je me retrouve figée par la rage au beau milieu de la zone blanche, vexée au plus profond de moi et incapable de le reconnaître, ma baguette coincée sous le bras, mon carnet qui pend au bout de mon bras ballant.

J'ouvre déjà la bouche pour lui dire bien allègrement d'aller se faire voir, que je fais ce que je veux et que ce n'est pas parce qu'elle est une chercheuse officielle et qu'elle est ma maîtresse de stage qu'elle peut se donner le droit de me donner des ordres et de critiquer ma façon de faire qui était particulière, certes, mais pas plus stupide qu'une autre.

Mais voilà, un sortilège apparait au bout de la baguette de la femme et bien malgré moi, ma curiosité est piquée. Et l'injustice m'étouffe de toute manière bien trop pour que j'ai quoi que ce soit de constructif à rétorquer pour le moment— et je sais quand l'ouvrir et quand la fermer pour en pas paraître idiote. Malheureusement, l'idée de pousser Howard aux épaules jusqu'à la faire dévaler la montagne pour qu'elle atterrisse violemment en bas n'est pas une solution, alors je ravale mon « mais je vous emmerde ! » qui a irrésistiblement voulu franchir mes lèvres et croise les bras sur mon torse pour bien montrer que je suis hors de moi.

Elle s'avance, plante un piquet, s'avance encore, plante un autre piquet, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'elle soit très proche de moi, de mes bras croisés et de ma colère brûlante. Je dois bien reconnaître que sa technique est intéressante, mais je ne la trouve pas meilleure que la mienne. Car c'est exactement ce que j'allais faire : établir un périmètre de la zone blanche, c'est ce que je comptais faire après avoir fait mes expérimentations. Comprendre les limites de la magie avant de comprendre celles de la zone physique du phénomène. C'est tout aussi légitime que sa technique à elle !

Howard se tient devant moi avec son visage pale, ses traits tirés et son air coincé de grande dame qui en sait bien plus que moi et qui me le montre. D'un doigt impérieux, elle désigne le camp. Elle m'ordonne : va le monter, va préparer la tente. Ma fierté n'aurait pas moins été labourée si elle m'avait dit : « au lit, maintenant », comme on le fait pour les petites enfants. Je me sens comme quand, adolescente, maman me donnait un ordre que je ne voulais pas exécuter, sans très bien savoir pourquoi. Je crispe très fort les mâchoires, serre mes poings cachés au creux de mes coudes. Pendant un moment, le silence flotte entre nous. Les bourrasques de vent s'amusent avec nos mèches de cheveux, le froid fait courir les frissons sur ma peau ; mes yeux noirs sont plantés dans ceux de Howard. La tension est palpable.

« Non. »

Je l'affirme avec force, à travers mes dents serrés, le menton dressé.

« Bravo pour votre balisage, me forcé-je à dire en gardant mes yeux profondément enfoncés dans les siens — et tant pis si mon compliment sonne un peu ironique, je m'occuperai de l'autre côté après. Mais là, je vais continuer mes expérimentations. Et si ça vous parait stupide, vous pouvez aller vous occuper du camp vous-même. »

J'ai été suffisamment bien éduquée pour comprendre que je viens de dépasser les bornes, que j'ai été insolente et que ce n'est normalement pas la posture à avoir lorsque l'on est en plein stage, et ce n'est surtout pas une façon de parler à sa maîtresse de stage. Peut-être. Mais je suis parfaitement consciente de qui je suis, de mes capacités, de mes talents et de ce que je vaux, et je ne compte pas me faire cracher dessus par cette femme, toute chercheuse et maîtresse de stage soit-elle. Et puis moi, la bonne éducation, je m'en fiche comme de mon premier chaudron.

Sur cette affirmation, après un dernier regard dédaigneux, je me retourne et commence à lever ma baguette. Je n'avais même pas l'intention de lancer un autre sortilège, j'en ai assez vu aves les précédents. Pourtant, je lève ma baguette et gonfle déjà mes poumons de tout l'air nécessaire pour prononcer une formule magique, n'importe laquelle.

Arlene fait sa maîtresse de stage sévère ? Ok, Aelle fait son élève insolente. Nah, la boucle est bouclée.