13 sept. 2025, 15:31
Qu'en est-il de nous ? E. Martin
Dès qu’Erwan répliqua son geste, dès qu’il se leva de la banquette en face d’elle pour venir à sa rencontre, tous les sens d’Eileen se mirent en alerte. Ses yeux, rivés sur l’adolescent, étudiaient avec appréhension chacun de ses mouvements. Ses oreilles étaient accordées au silence qui emplissait le compartiment, ce dernier seulement brisé par le bruit continuel des essieux du Poudlard Express glissant sur les rails. Son odorat lui, était bercé par l’odeur caractéristique du train, à laquelle se mélangeaient quelques notes de la fragrance naturelle d’Erwan. Sa peau, bien que protégée par sa chemise, fourmillait déjà à l’idée de rentrer en contact avec celle du garçon.

Un instant, il était encore assis sur le tissu rouge de son siège, l’autre, il était contre elle, ses bras encerclant ses épaules, sa tête posée sur la sienne. Les yeux de la Poufsouffle papillotèrent, encore sous le choc de la rapidité avec laquelle Erwan l’avait prise dans ses bras. Comme si le geste le démangeait, comme si, en cet instant, c’était sa seule envie, la seule chose qui comptait pour lui. Et peut-être était-ce le cas. Et Eileen dans tout ça ? Elle forçait son corps à ne pas la trahir, à ne pas montrer ce que cette étreinte lui faisait réellement ressentir. À quel point elle avait envie de se perdre dans les bras qui la tenaient. Mais elle ne pouvait pas. Elle ne pouvait pas non plus rester les bras ballants. Car si c’était la dernière fois qu’ils partageaient un tel moment ensemble, alors l’adolescente voulait tout de même en profiter. Même si ça la déchirait de l’intérieur.

Levant ses bras de leur position initiale le long de son corps, l’Irlandaise les amena à mi-chemin avant de s’arrêter. Là, ses poings se serrèrent afin d’essayer de calmer leurs tremblements, avant de, enfin, finir par poser la paume de ses mains sur le dos de l’Anglais. De justesse, l’adolescente réprima le frisson qui avait menacé de parcourir son corps de la tête aux pieds. C’était désormais indéniable, cette étreinte était à la fois la meilleure et la pire issue à leur conversation. Eileen savait, bien avant qu’ils ne se retrouvent ici, que leur relation était insauvable, même s’ils s’aimaient encore. Alors, l’Irlandaise n’avait seulement espéré qu’il puisse trouver quelque part dans son cœur, la force de lui pardonner ses erreurs. Jamais elle n’aurait pensé en arriver là, dans les bras d’Erwan. Même si c’était seulement la dernière fois. Dans cet aspect-là, c’était la meilleure issue. Mais d’un autre côté, c’était comme si elle se compromettait. Il n’y avait rien de pire que de retomber dans son étreinte, car la séparation n’en sera que plus déchirante.

Ce fut d’ailleurs pour cette même raison que la châtain décida de se défaire de leur enlacement en se reculant et en s’extirpant doucement des bras d’Erwan. Comme le Poufsouffle lui avait fait comprendre, et il était tout à fait en son droit, qu’il était impossible de retourner en arrière et de revenir à ce qu’ils étaient avant qu’elle ne disparaisse. Il était donc temps de refermer ce chapitre de leur histoire, même si cela leur faisait mal. La douleur qu’il ressentait aujourd’hui serait sûrement moindre que celle engendrée chaque jour s’ils n'avaient pas eu le courage de s’expliquer.

Face à l’Anglais, ses yeux bleus encore brillants de larmes plongés dans ceux d’Erwan, Eileen demanda alors une dernière fois, « Amis ? » dans une voix qui se voulait neutre, mais qui était tout sauf. Une dernière fois comme pour sceller ce qu’ils seraient à l’avenir, mais surtout, pour énoncer ce qu’ils n’étaient plus.

« Free will does exist, it's just fucking hard.»
Étudiante à la GEAD - Membre de l’UDS [#601070]