Sa prison dorée
La demeure ne lui avait jamais semblé si haute. Si imposante. Les tours, qui semblaient s'étendre jusqu'au ciel, l'écrasaient sous leurs ombres. Les fenêtres closes, les rideaux tirés, l'étouffaient avant même qu'elle n'eût posé le pied sur le sol marbré de sa demeure d'enfance. Rhéa sentait sa respiration s'accélérer, son regard se vider. Chaque détail, chaque dorure, chaque surface lustrée semblait crier au monde qu'ici, tout était parfait. Trop parfait. Comme si la moindre trace de vie avait été polie jusqu'à disparaître. Mais sous cette perfection, Rhéa ne voyait que des barreaux.20 juin 2050, 15H
Manoir des Sywell
Elle était de retour chez elle, dans sa prison dorée.
Son bras tomba mollement le long de son corps, libéré de la poigne pressante du maître des lieux. Son père s'avança sans un regard pour sa fille, qui le suivit en silence, les poings serrés, la mâchoire crispée.
Sans un mot, ils pénétrèrent dans l'obscurité du manoir. Puis se séparèrent, sans qu'aucune phrase n'ait résonné entre les murs onéreux. Son père prit le chemin de son bureau, tandis que celle qu'il appelait Eleanora se réfugia dans sa chambre.
Elle était grande, impeccable. Le lit surplombait l'espace, lui offrant un nid douillet. Bien plus confortable que ceux du dortoir, elle le savait. Et pourtant, elle n'avait qu'une hâte : s'enrouler dans les couvertures bleues des dortoirs de Serdaigle.
Elle retint un soupir et ouvrit les rideaux tirés. Un paysage luxueux s'offrit à elle. Des jardins taillés, ordonnés. Aucune branche ne dépassait. Et pourtant, elle les trouvait incroyablement discordants. La forêt, qui s'étendait de l'autre côté du manoir, à contrario, lui semblait si belle, si vivante, si indomptable qu'elle n'eut qu'une envie : s'enfuir de nouveau.
Mais elle ne le pouvait pas. Elle était coincée.
Elle avait beau s'opposer aux règles, les briser à la moindre occasion, au fond d'elle, une peur indomptable s'élevait. La peur de son père. La peur de sa famille. La peur du mal qu'elle pourrait causer à son précieux frère. Cette crainte irrésistible s'étendait doucement dans son cœur, peu à peu, jusqu'à en prendre le contrôle.
Elle s'écroula sur son lit, mollement. Ses yeux, embués de larmes reniées, fixaient le vide. Elle serra son coussin dans ses bras, le visage enfoui dans le tissu vert. À chaque inspiration, son nez s'emplissait d'une odeur délicate de lessive. Et pourtant, tout ce qu'elle désirait, c'était sentir l'odeur humide du lac, le feu de bois qui ne semblait jamais s'éteindre dans la salle commune.
Elle ravala ses sanglots, étouffés sous le poids de son silence. Et serra son coussin comme une enfant, de toutes ses maigres forces. Poudlard lui manquait déjà. Elle jeta un coup d'œil à la fenêtre, le regard guettant inconsciemment la boule de plumes qui viendrait lui apporter sa lettre.
La clé de sa prison.
461 mots
Reducio
- Votre PJ est présent ? oui
- Nom et prénom du PNJ (+ lien avec votre PJ + utilisation "actif" ou "prétexte") :
Gwendara Thorneval : Cousine —Actif
Isolde Thorneval : Tante — Actif
Terence Sywell : Père — Actif
Amélia Sywell : Mère — Actif
Callistus Sywell : Grand-père — Actif
- Lien vers la fiche du PNJ : ici
- Intérêt d'utiliser ce(s) PNJ dans ce RP précis pour votre PJ : Je souhaite développer l’été 2050 de Rhea, un été qu’elle passe dans le manoir de son père ou loge temporairement toute sa famille. Elle va donc interagir avec eux.
Dernière modification par Eleanora Sywell le 7 sept. 2025, 13:02, modifié 1 fois.
"On n'apprend pas à marcher en suivant les traces des autres."
Couleur RP : #4d5f84
Sa prison dorée
3 juillet 2050, 10H
Manoir des Sywell
La rumeur monta dans le manoir avant même que Rhéa ne voie quiconque. Des bruits de valises qu'on posait, des pas fermes sur le marbre, un souffle de voix trop claires dans le hall. Son cœur accéléra aussitôt. Elle s'immobilisa en haut de l'escalier, la main crispée sur la rambarde.
Elle descendit une marche, puis une autre. Ses doigts étaient moites, ses jambes lourdes. Une ombre passa dans le hall. Puis une silhouette raide, stricte. Isolde. Son dos droit comme une lame, son visage figé dans la sévérité. Gwendara suivait, à la même image : les bras croisés, le regard froid, presque inquisiteur.
Rhéa eut un haut-le-cœur. Elle sentit ses muscles se tendre, sa respiration se hâter. Une bouffée de chaleur lui monta au visage. Elle voulut inspirer, mais l'air lui sembla trop lourd, saturé, comme si la maison entière la jugeait.
Elle recula d'un pas, à peine perceptible. Elle aurait voulu descendre, les accoster, dire quelque chose de piquant. Mais son corps refusa. Son estomac se noua, ses doigts tremblaient. Leurs voix résonnaient en contrebas, chaque mot sonnait comme une intrusion dans son espace. C'était chez elle, et pourtant, elle n'avait jamais eu l'impression d'être autant étrangère entre ces murs.
Son souffle se bloqua dans sa gorge. Ses yeux cherchèrent une échappatoire. La honte la traversa — honte de fuir, honte de céder. Mais ses jambes se mirent en mouvement avant même qu'elle l'ait décidé. Elle tourna les talons, traversa un couloir, ouvrit une porte secondaire.
L'air extérieur la frappa. Elle se mit à courir. Ses pas résonnaient sur les dalles, puis sur la terre, jusqu'à ce que la forêt l'avale. Elle s'enfonça entre les arbres, haletante, le cœur battant à tout rompre.
Là, enfin, elle s'arrêta. Sa poitrine se soulevait violemment. Elle s'adossa contre un tronc, les bras serrés contre elle. Ses mains tremblaient. Elle ferma les yeux. Honte. Rage. Colère. Je fuis comme une lâche. La phrase tournait en boucle dans sa tête.
Elle aurait voulu se croire forte, fière, capable d'affronter leurs regards. Mais elle n'était qu'une gamine de treize ans, prisonnière de son propre corps, de cette peur qui écrasait tout. Alors elle resta là, immobile dans la forêt, le souffle court, jusqu'à ce que les battements de son cœur ralentissent.
La fraîcheur de la forêt l'enveloppa comme une couverture rêche. L'air sentait l'humus et la résine. Un parfum brut, vrai, loin de l'odeur trop polie du manoir. Elle inspira profondément, les poumons douloureux d'avoir trop couru. Ses jambes tremblaient encore.
Elle s'écroula contre un tronc, les genoux repliés, la tête enfouie dans ses bras. Sa respiration sifflait entre ses dents.
Honte. Elle n'y croyait pas. Elle avait fui. Elle, qui jurait de ne pas se laisser plier, qui voulait leur montrer qu'elle ne serait jamais comme eux... Elle avait tourné le dos, incapable de soutenir un seul regard. Elle grinça des dents, tapa du poing contre l'écorce rugueuse.
Son frère. Il était encore dans le manoir. Avec eux. Leur mépris allait finir par se poser sur lui aussi, tôt ou tard. Rien que d'y penser, son ventre se serra. Il n'avait rien demandé. Et elle, sa grande sœur, venait de fuir. Elle sentit ses yeux la brûler, mais ravala les larmes. Pas question de pleurer. Pas maintenant.
Ses pensées dérivèrent vers Poudlard. Elle revit la salle commune, les rideaux bleus du dortoir, le bruissement du lac à travers les vitres. Tout paraissait si loin, déjà. Là-bas, elle avait l'impression d'exister. Ici, elle n'était qu'une ombre écrasée par les murs et les regards. Elle se sentit étrangère dans sa propre maison.
Elle releva la tête. Les branches s'entremêlaient au-dessus d'elle, indomptées, vivantes. Rien à voir avec les jardins trop parfaits du manoir. Cette liberté sauvage lui serra le cœur. Elle aurait aimé disparaître là, se fondre dans la forêt, ne jamais revenir.
Mais elle savait qu'elle devait rentrer. Le repas l'attendait. Les regards aussi. Elle inspira une dernière fois, profonde, douloureuse. Ses doigts se crispèrent sur l'écorce. Elle rassembla ses forces, repoussa sa honte au fond d'elle-même, et se remit debout.
Pas maintenant... pas devant eux.
Elle repartit vers le manoir, la gorge nouée, les poings serrés, comme si marcher vers sa prison était déjà un combat.
702 mots
"On n'apprend pas à marcher en suivant les traces des autres."
Couleur RP : #4d5f84
Sa prison dorée
La maison s'était remplie sans qu'elle ait pu s'y préparer. La veille encore, seuls Isolde et Gwendara avaient traversé le hall, imposantes et droites, mais ce soir-là, la grande salle à manger débordait de silhouettes. Son grand-père Callistus occupait la place d'honneur, droit comme un pilier de pierre. À sa gauche, Elowen, presque effacée, le visage calme mais indéchiffrable. Plus loin, Seraphine, tout sourire, élégante, qui attirait les conversations et les regards avec la fluidité d'une actrice. À ses côtés, Ophelia, parfaitement lisse et brillante, tandis que Clarissa minaudait, faussement innocente. Théodora s'effaçait sous des sourires faux, l'étincelle de ses yeux depuis longtemps éteinte.3 juillet 2050, 20H
Manoir des Sywell
Rhéa descendit les marches, le pas plus lourd qu'elle ne l'aurait voulu. Elle avait choisi un pantalon noir, sobre mais délibérément provocant dans cet univers de robes et de conventions. Sa chemise blanche n'avait rien de disgracieux, mais ici, chaque écart devenait une offense. Elle sentit aussitôt le poids des regards. Callistus leva un sourcil, glacé. Seraphine eut un mince sourire amusé. Ophelia, hautaine, posa sa fourchette comme si elle n'avait pas à cacher son mépris.
Son père, lui, la scruta longuement. Ses yeux froids glissèrent sur sa silhouette, et sa mâchoire se crispa. Il ne dit rien. Pas encore. Mais le silence qui suivit son entrée pesa plus lourd que n'importe quel mot.
Elle avança, le cœur cognant. Ne pas flancher. Ne pas céder. Elle se força à tenir la tête haute, même si ses mains tremblaient à peine.
Lorsqu'elle s'assit, la tension redoubla. Le repas commença dans une ambiance artificielle. Des voix s'élevaient, mais Rhéa n'entendait que des échos lointains, comme à travers une vitre. Les conversations sur le Ministère, les affaires de la famille, les projets des cousines... rien qui n'ait d'importance pour elle.
Puis la question fatale tomba. Callistus, d'une voix sèche, presque lassée :
— Et l'héritier ?
Un silence. Tous les regards se tournèrent vers le frère de Rhéa, minuscule à côté d'eux, qui triturait nerveusement son assiette. Un rire bref de Clarissa. Un commentaire venimeux d'Ophelia. Les mots tombèrent comme des lames, insinuant qu'il était faible, qu'il ne ferait pas honneur au nom.
Quelque chose se brisa en Rhéa. La mâchoire serrée, elle lâcha, à demi-mot, un murmure acide :
— Il vaut toujours mieux que certains d'entre vous.
Ophelia sursauta, ses yeux s'embrasèrent, mais ce fut Isolde qui réagit la première. Son ton claqua comme un fouet :
— Insolente.
Rhea releva la tête. Sa tante la fixait, glaciale, implacable.
— Tu n'as ni la place, ni l'âge, ni le droit de prononcer de tels mots, poursuivit Isolde. Tu n'es qu'une enfant, et tu ferais bien de t'en souvenir.
Le cœur de Rhéa s'emballa. Ses poings se crispèrent sous la table. Elle avait honte d'avoir peur, mais la colère prit le dessus.
Les mots de sa tante résonnaient encore, froids et secs. Rhéa avait l'impression que la table entière s'était liguée contre elle, que chaque regard pesait sur ses épaules. Son frère, minuscule, se tassait un peu plus dans sa chaise, et personne ne faisait rien pour lui. Personne ne disait un mot. Pas même...
Elle jeta un coup d'œil vers sa mère. Elle était là, droite, pâle, les mains croisées près de son assiette. Silencieuse. Ses yeux ne la quittaient pas, mais ils n'exprimaient rien. Ni colère, ni compassion. Rien qu'un vide poli.
Un gouffre s'ouvrit dans la poitrine de Rhéa. Toujours muette. Toujours absente. Toujours à se taire. Ses ongles s'enfoncèrent dans sa paume sous la nappe.
Qu'elle l'abandonne, elle pouvais l'encaisser. Elle n'avais plus rien à attendre d'elle. Mais lui... son frère... lui, elle n'avais pas le droit.
Les mots lui échappèrent, tranchants, tremblants :
— Tu ne dis jamais rien. Jamais. Qu'on m'écrase, soit. Mais ton fils ? Tu les laisses l'insulter devant toi ? Tu ne fais rien pour lui non plus ?
Un silence glacial suivit. Sa mère baissa les yeux. Pas une réponse. Pas un geste.
Alors la gifle claqua, si soudaine que Rhéa en resta hébétée une seconde. Sa joue brûlait, ses yeux piquaient, mais elle refusa de céder à la douleur. Elle releva le menton, ses larmes coincées au bord des paupières.
Son père, furieux, cracha d'une voix basse et sifflante :
— Assez. Tu montres ton vrai visage, devant toute ta famille. Tu crois que je tolérerai ça ? Vas dans ta chambre.
La sentence tomba, lourde et irrévocable. Elle serait confinée dans sa chambre, privée de tout, surveillée. Une prison dans la prison.
Rhéa sentit sa gorge se nouer. La rage et la honte se mêlaient en elle, étouffantes. Elle se leva brusquement, la chaise raclant contre le sol.
—Ça ne changera rien, dit-elle d'une voix étranglée. Jamais je ne serai comme vous.
Elle sortit de la salle, le cœur battant à tout rompre, sa joue en feu.
800 mots
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Sa prison dorée
Les lourdes portes de la salle à manger claquèrent derrière elle. Le silence du manoir l'engloutit aussitôt. Ses pas résonnaient sur le marbre, rapides, heurtés. Chaque battement de son cœur cognait dans sa poitrine comme un tambour de guerre. Sa joue brûlait encore, mais c'était sa fierté qui faisait le plus mal.3 juillet 2050, 21H
Manoir des Sywell
Elle traversa le grand hall, les poings serrés. Les portraits, accrochés aux murs, semblaient l'observer, témoins muets de son humiliation. Les tapisseries étouffaient les bruits, mais en elle, le vacarme ne cessait pas.
Elle accéléra, tournant dans un couloir plus étroit. La colère la dévorait, une flamme qui ne trouvait pas où s'échapper. Sa respiration était saccadée, presque douloureuse.
Puis elle passa devant une porte sombre, massive. Le bureau de son père.
Ses pas ralentirent malgré elle. C'était interdit. Défendu depuis toujours. Elle sentit son ventre se tordre. Une part d'elle voulait fuir jusqu'à sa chambre, se jeter sur son lit et étouffer son chagrin. Mais une autre hurlait.
Pourquoi pas ? Pourquoi obéir encore, après ça ?
Elle resta figée devant la poignée, le souffle court. Sa main trembla quand elle se tendit. Un instant, elle hésita encore, mais son corps avait déjà décidé. La colère, l'humiliation, la soif de défi prirent le dessus.
La poignée tourna. La porte céda dans un léger grincement.
Elle entra.
Le bureau s'ouvrait devant elle, vaste, écrasant. Des étagères gorgées de livres reliés de cuir, un bureau massif couvert de papiers parfaitement alignés, l'odeur du bois ciré et de l'encre. Tout respirait l'autorité et le contrôle. Mais ce qui attira son regard fut une petite boîte entrouverte, posée sur le côté.
Elle s'en approcha, méfiante. Dedans, quelques photos, jaunies, oubliées. Ses doigts tremblants en saisirent une.
Ses doigts se resserrèrent sur la photo. Elle la fixait avec une intensité fébrile, comme si ses yeux pouvaient traverser le papier pour rejoindre ce passé qu'elle n'avait jamais connu.
Sa mère... souriante. Ce sourire avait quelque chose de bouleversant. Large, sincère, presque insouciant. Rien à voir avec le masque figé, les lèvres closes et les yeux ternes de la femme qu'elle croisait chaque jour au manoir.
Rhea sentit sa gorge se nouer. Elle ne comprenait pas. Comment cette femme-là avait-elle pu devenir l'ombre silencieuse qu'elle connaissait ? Qu'est-ce qui avait brisé ce sourire ?
Et ces deux adultes à ses côtés. Leurs traits lui échappaient, mais la ressemblance était là, subtile. Ses grands-parents maternels. Ceux dont elle n'avait jamais entendu parler. Jamais un mot, jamais une histoire, jamais une trace. Comme si, en épousant un Sywell, sa mère avait effacé son ancienne vie.
Un frisson la parcourut. Elle a eu une vie avant. Des parents. Des souvenirs. Et moi, je ne sais rien.
Rhea réalisa l'ampleur de son ignorance. Tout ce qu'elle croyait savoir de sa famille venait des Sywell, de leur manoir, de leurs règles. Sa mère, elle, restait une énigme. Une étrangère dans sa propre maison, une étrangère pour sa propre fille.
Un mélange étrange monta en elle. De la colère, oui. De l'amertume aussi. Mais surtout une curiosité presque douloureuse. Pour la première fois, elle avait l'impression qu'il existait, quelque part, une autre vérité. Une autre histoire. Une autre possibilité.
Elle porta la photo contre elle, comme pour s'assurer qu'elle ne lui échapperait pas. Cette image, fragile, était peut-être la seule preuve que sa mère avait été autre chose qu'un fantôme.
Rhea inspira profondément. Ses mains tremblaient encore, mais sa rage s'était muée en quelque chose de plus confus, plus lourd. Elle sortit du bureau sans rien déranger, l'esprit bourdonnant.
Dans le couloir silencieux, elle marcha lentement. Sa colère n'avait pas disparu. Mais derrière elle, une nouvelle fissure s'était ouverte.
609 mots
"On n'apprend pas à marcher en suivant les traces des autres."
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