23 sept. 2025, 17:15
Manuel du parfait mal reçu
Vendredi 23 Septembre 2050
Bureau de la bibliothécaire - Poudlard
@Églantine Pinehead

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Le chemin menant au bureau de la bibliothécaire avait quelque chose d’intimidant. L’air de la bibliothèque semblait plus lourd qu’ailleurs, saturé par l’odeur persistante du bois ciré et des piles de vieux grimoires. Hyacinthe s’efforçait d’y évoluer avec élégance. Sa silhouette élancée, droite, donnait l’impression d’une confiance qu’il ne ressentait pas. C'était bien différent de ce qu'il avait connu lorsqu'il était étudiant et que Miss Minal était en poste. Peut-être était-ce du à la femme austère qui avait reprit les rennes de l'endroit. Ses doigts fins se serraient autour du revers de sa manche, geste nerveux dont il ne parvenait toujours pas à se défaire. Avait-il bien fait de quitter son bureau un peu plus tôt ? Le roux n'en était pas sûr.

Arrivé devant la devanture du bureau, il resta immobile une seconde. Ne pars pas avec des a priori, s’intima-t-il mentalement. En plus d'avoir eu un bel aperçu de l'intransigeance et du goût pour la discipline de Miss Pinehead au cours de ce mois de septembre, le roux avait entendu mille histoires en marchant dans les couloirs, surtout au sujet de sa froideur à l'égard des élèves. C'était sans doute exagéré. Les jeunes avaient toujours tendance à tout extrapoler. La femme savait faire son travail après tout, non ? C'était pourtant difficile de passer outre quand Hyacinthe se préparait à s'entretenir avec elle. Ne t’arrête pas à ça. Tu es ici pour une raison précise.

Il s'annonça à Miss Pinehead et observa son air sévère, l'attitude presque figée dans une rigueur intemporelle. Hyacinthe sentit son estomac se contracter, mais son visage se para aussitôt de ce sourire poli qu’il avait appris à porter comme une seconde peau.

- Madame Pinehead ? Veuillez me pardonner pour le dérangement, mais auriez-vous un moment à m'accorder ? Je ne voudrais pas abuser de votre temps...

Sa voix se voulait avenante, bien que la tension nerveuse vibrait encore dans ses intonations. Il fit quelques pas vers le bureau, mains jointes devant lui pour se donner une contenance. Après une inspiration subtile, Hyacinthe reprit avec assurance :

- Je me demandais quelles dispositions avaient déjà été prises, ici, pour encourager l’inclusion. C’est, hm... c'est une préoccupation sur laquelle j’ai beaucoup travaillé, tant durant ma formation que dans ma pratique, commença-t-il avec pragmatisme. Ses yeux cernés restaient fixés sur le visage de son interlocutrice, cherchant à en décoder la moindre expression. Si vous le permettez, j’aimerais peut-être vous proposer quelques pistes complémentaires.
409 mots

Psychomage depuis septembre 2050.
Tonton Hya - #5f957c

28 sept. 2025, 13:41
Manuel du parfait mal reçu
Églantine n'était pas une grande pratiquante de la magie. Certes, elle faisait partie de son quotidien et rythmait sa vie, comme chaque sorcier qui se respectait. Mais elle avait toujours préféré l'usage de son esprit à celui de sa baguette. Les sortilèges de traduction et d'écriture automatique représentaient, par exemple, l'ultime décadence de la flemmardise sorcière. Plutôt perdre sa main que s'adonner à une telle magie, pratiquée seulement par des loques incapables. Cependant, quelques sortilèges simples trouvaient grâce à ses yeux. Comme celui de la lévitation, bien utile pour ranger à leur juste place quelques ouvrages. Et le spectacle offert par ces livres flottants, justement placés, parfaitement synchronisés, avait quelque chose de... magique, oui.

Ce fut dans de bonnes dispositions que la bibliothécaire se tourna vers l'arrivant, prenant soin de terminer le rangement de son dernier ouvrage avant de lui accorder sa pleine concentration. Les étagères personnelles de son bureau seraient les mieux rangées du Royaume-Uni.

« Bonjour. Mister Kyros, si je n'abuse. »

Malgré la légère répugnance que lui inspirant ce nom à consonnance étrangère, elle lui accorda in hochement de tête calme pour l'inciter à continuer ce qu'il avait à dire. Toujours aussi droite, elle avait reprit sa canne pour y déposer sa main, afin de mieux pouvoir garder son dos impeccablement droit, soutenu par son corset. L'homme faisait sans difficulté une, voire deux têtes de plus que la bibliothécaire, mais cela ne l'intimidait en rien, tant elle n'avait cure de ce genre d'attribut bassement physique.

Cependant, la suite du discours suffit à faire basculer le sourcil d'Églantine dans une perplexité suffisante. Elle soupesa ces mots, examina le sens de sa phrase. Inclusion ? Chaque élève était le bienvenue dans sa bibliothèque, aux dernières nouvelles, et les seules exceptions pouvaient se trouver dans les singes qui ne savaient pas respecter les lois simples de son règlement. Aussi se dirigea-t-elle vers son bureau pour s'y asseoir, en silence, parfaitement adossée à sa chaise. Elle lui accorda encore un instant de réflexion, avant de l'inviter d'un simple geste de main à prendre place sur une des chaises face à son bureau.

« L'inclusion, vous dites ? Je dois bien vous accorder ne trouver que perplexité face à votre questionnement. Les portes de ma bibliothèque sont grandes ouvertes, de 8h du matin, jusqu'à 19h30, le soir. Les seuls élèves auxquels j'interdis l'accès sont ceux ayant écopés d'une juste punition. »

Son dernier regard ne trompait guère, elle attendait davantage. De toute évidence, la vieille bibliothécaire réactionnaire ne pouvait se contenter d'une si maigre demande, sans autre détail. Sans compter qu'elle avait gracieusement passé l'éponge sur l'arrogance de ce jeune homme. Oser lui soumettre des pistes complémentaires... comme si elle ne savait pas parfaitement comment gérer sa bibliothèque, sur le bout des doits. Quelle impudence.

Cavalier de l'Apocalypse de 2050 - 2b1146
« Les élèves s'abstiendront de conversations à voix haute. »

30 sept. 2025, 16:07
Manuel du parfait mal reçu
Hyacinthe s’installa sur la chaise qu’on lui désignait, ses doigts sagement posés sur ses genoux, le dos droit dans une pose confiante. Il ne se sentait pas tendu. Un début d'irritation ? Peut-être. Il avait l'impression que cette discussion n'allait pas être facile. Derrière ses longs cils, ses yeux sombres détaillaient la bibliothécaire dont l'attitude semblait difficile à percevoir. Percevoir n'était pas le bon mot. Hyacinthe avait rapidement compris quel type de personne il avait face à lui. Mais s'y adapter, en revanche, était une tâche bien plus complexe. Ouverte de huit heures à dix-neuf heures trente, certes. Mais encore ?

- Je vous remercie de cette précision, Miss Pinehead, et j'ai pleinement confiance en votre gestion de cet endroit. Sa voix était douce, mais il s’efforçait de contenir une pointe sèche qui menaçait de percer. Cependant... ouvrir les portes et appliquer un règlement ne suffisent pas toujours à garantir que tous les élèves puissent se sentir réellement à l’aise, ni même qu’ils puissent utiliser cet espace pleinement.

Il marqua une pause, cherchant ses mots. Puis, une fois les idées claires, il reprit en commençant par une réassurance quant à ses intentions.

- Ne vous méprenez pas, je ne doute pas un instant de vos compétences professionnelles, annonça-t-il d'une voix claire. Je pense simplement que certains jeunes rencontrent des difficultés qui ne se règlent pas simplement par l’accès matériel. Pour un élève distrait par le bruit, ou qui se perd dans des rayonnages trop uniformes, une salle pleine de livres peut vite devenir un obstacle. Pour d’autres, un espace trop rigide, trop silencieux, peut être source d’angoisse.

Ses mains se serrèrent un instant, puis il reprit, un peu plus vite, comme si les phrases brûlaient ses lèvres :

- Je me permet cela parce que nous sommes une équipe. Une équipe dont l'objectif est de répondre aux besoins de tous les élèves. Même si cela peut se traduire par certains aménagements, une signalétique adaptée ou des supports visuels, par exemple. Rien qui n’entrave votre organisation, soyez en sûre.

Son sourire avait progressivement fait place à une expression sérieuse et professionnelle. Hyacinthe avait la sensation qu'un ton se voulant amadouant et amical ne ferait que l'aider à foncer dans le mur.
371 - @Églantine Pinehead

Psychomage depuis septembre 2050.
Tonton Hya - #5f957c

23 oct. 2025, 18:56
Manuel du parfait mal reçu
TW : Capacitisme, handiphobie.
Reducio
Coucou ! Après écriture de ce post, je pense que je dois préciser aux lecteurs que Églantine ne fait que dire de la merde ! Ne prenez pas une seule de ses pensées pour réelle mdr, elle est juste détestable, infecte et ignoble... C'est un personnage, elle reflète ceux et celles qui sont trop intolérants pour comprendre ce genre de sujets. Et accessoirement, c'est totalement illégal, ce genre d'opinion. Bises à vous !
Où diable ce jeune homme, aux traits particulièrement désagréables à cerner, souhaitait-il en venir ? Telle était la question que se posait la vieille bibliothécaire en se redressant pour écouter ce qui allait être, selon elle, un long discours. Et elle ne fit point fausse route, car à peine les faibles et faux remerciements prononcés, voilà que le psychomage partit en litanie incompréhensible. Églantine était tiraillée entre le froid mépris et une certaine curiosité de voir jusqu'où il pouvait aller. Après tout, la curiosité est fondation de savoir, et connaître les gens qui nous entourent, plus particulièrement nos collègues, est absolument indispensable.

Et allez qu'il la flattait à la va-vite je te pousse... Elle avait bien appris, au cours de sa vie, que peu importe les mots prononcés avant une suggestion, ils se retrouvaient effacés par nos réelles pensées qui s'ensuivaient. Le bruit ? Quel bruit ? Dans sa bibliothèque, il n'avait pas sa place, voilà donc un problème résolu, pour commencer. Se perdre dans un rayonnage trop uniforme ? De quelle façon un rayonnage peut-il trop être uniforme ? Par Merlin, c'était à n'y rien comprendre. Si un vermisseau était incapable de retrouver un livre dans un rayon pourtant parfaitement indiqué, sa place n'était pas à Poudlard.

Son regard ne cillait pas d'un millimètre, telle une statue de marbre sculptée dans la pierre la plus froide. Les traits de son visage ne transparaissaient en rien son profond mépris envers les difficultés qu'il présentait, et elle réalisait peu à peu où il voulait en venir. Une expiration profonde, avant de venir saisir sa théière, éternellement pleine, prête à servir, pour remplir les deux tasses face à elle, sans même s'enquérir si le psychomage en désirait. Après tout, qui diable ne buvait pas de thé ? Elle prit son temps, par Morgane. Le silence dura, afin qu'elle prenne sa première gorgée, sans se décomposer un seul instant, avant de reprendre, tasse entre ses doigts crochus de vieille sorcière.

« Le bruit n'a pas sa place dans ma bibliothèque, jeune homme. Par conséquent, ce problème est à rayer de vos préoccupations. Secondement, le but d'une bibliothèque, nous n'allez pas sans l'ignorer, est d'être propre et organisée. La discipline est de mise, le sérieux est primordial, et il est hors de question que je déroge à cela pour bénéficier à un nombre infime. »

Et puis quoi encore ? Allait-elle diffuser une petite musique réconfortante pour ces pauvres petits chérubins qui n'étaient pas comme les autres ? Pas de chance, c'est à vous de vous adapter au monde, et non l'inverse. Il est impensable d'importuner les gens normaux pour tenter d'intégrer ceux qui, de toute manière, ne pourront jamais correctement l'être. À eux de faire des efforts, chacun avait des difficultés, de toute manière, n'est-ce pas ? Après une nouvelle expiration, elle laissa flotter sa main avant de la reposer sur sa tasse.

« Quoiqu'un peu de Bach... discrètement joué, en fond, sans déranger. Voilà qui serait favorable à l'apprentissage, ne pensez-vous pas ? Quant à cette histoire d'aménagements, le contenu des rayonnages est écrit en toutes lettres sur la devanture des étagères. Les livres seront triés par auteur, catégorie, année, ordre alphabétique, sans hasard. N'importe quel élève, même le plus obtus, pourra s'y retrouver, je vous le garanti. »

Pensait-il réellement qu'elle était incapable d'organiser correctement sa propre bibliothèque ? Et puis quoi encore, qu'il se tienne à ses pseudos sciences, elle se tiendra à ses livres. La santé mentale... une histoire de faible d'esprit, si on lui demandait. Tout n'est qu'une question de volonté, ceux qui sont incapables d'en faire ne doivent pas devenir un poids pour les autres. Poudlard était la meilleure école de sorcellerie du monde ! Et ceux ou celles qui sont incapables de s'y adapter n'ont tout simplement pas leur place ici. Elle en avait vu, des fainéants se réfugiant derrière leur soi-disant dépression ou trouble bipolaire, pour justifier leur flemme monumentale et leur absence de volonté à faire des efforts.

Cavalier de l'Apocalypse de 2050 - 2b1146
« Les élèves s'abstiendront de conversations à voix haute. »

31 oct. 2025, 15:30
Manuel du parfait mal reçu
Le silence d’Églantine s’étira comme une corde tendue, jusqu’à devenir presque douloureux. Hyacinthe, lui, restait immobile, le dos droit, le regard poli. Tout en cette femme respirait la maîtrise - la lenteur étudiée de ses gestes, la précision méthodique du thé versé, le froissement du tissu raide de sa manche lorsqu’elle reposait sa tasse. Il la regardait faire, fasciné par cette minutie d’un autre âge. Elle vit dans un monde figé, songea-t-il. Pourtant, la sorcière ne semblait pas particulièrement âgée. Rencontrer des personnes aussi ancrées dans les traditions et la constance était chose rare pour le psychomage. Etonnamment, il associait souvent cela à un mauvais moment.

Il sentit sous sa chemise le rythme discret de son cœur, plus rapide qu’il ne l’aurait voulu. Les mots de la bibliothécaire tombaient avec une régularité implacable, presque clinique, et alors que Hyacinthe maniait son masque tranquille avec aisance, les mots choisis par sa collègues effleuraient sa sensibilité avec tranchant.

...un nombre infime.

L’expression le heurta comme un coup de règle sur les doigts. Un nombre infime. Ces mots-là, il les avait déjà entendus trop souvent. À l’hôpital de Patras, dans la bouche d’un directeur de service qui refusait d'obtenir le matériel nécessaire à un protocole "trop coûteux pour si peu de patients" et qui les envoyait à l'autre bout de la région. Dans celle d’un professeur de son école primaire, jadis, dont le nom et le visage avaient disparu dans les méandres de son esprit, lorsqu’une de ses camarades avait voulu comprendre pourquoi l’on punissait les élèves qui pleuraient au lieu de leur apprendre à gérer leurs émotions. Toujours la même rengaine : le monde n’allait pas se plier pour quelques âmes trop fragiles. Et lui, que ce soit à ses treize, ses vingt-huit ou ses trente trois ans, s’était juré que jamais il ne deviendrait un être humain aussi médiocre.

Il inspira profondément, tentant d’étouffer le feu qui lui montait au ventre. Ses doigts tremblaient à peine, joints sur ses genoux. S'emporter pouvait être très facile, mais Hyacinthe avait confiance en sa retenue. Il n'allait pas faire un scandale à cause d'une vieille femme et de ses idées arriérées. Quand Hyacinthe parla enfin, sa voix demeurait douce, presque apaisante, mais trop contrôlée pour ne pas trahir les émotions enfouies dessous.

- Je comprends votre attachement à la rigueur et à la discipline, Miss, et, croyez-le, je ne cherche pas à les remettre en question. Un sourire courtois effleura ses lèvres, aussi clair qu'il était faux. Cependant... peut-être que la discipline et l’inclusion ne sont pas des notions incompatibles. Les besoins particuliers de certains élèves ne relèvent pas d’un caprice. Ils ne demandent pas des privilèges, simplement des conditions qui leur permettent d’apprendre avec les mêmes chances que les autres.

Il se redressa un peu, cherchant dans l’ombre de la pièce les mots justes, les mots capables d’amadouer sans céder.

- Je ne parle pas de bouleverser votre organisation, ni de troubler le calme que vous entretenez ici. Peut-être simplement prévoir un espace plus libre, à l’écart, où travailler autrement. Un espace surveillé, bien sûr, c'est une évidence.

Ses orteils se crispèrent jusqu’à blanchir tandis que ses mains restaient souplement posées sur ses genoux. Les mots lui faisaient mal aux oreilles, et le roux était persuadé qu'il n'avait encore rien entendu. Confondre des invalidités en tout genre avec une quelconque idiotie était d'une gravité qui choqua Hyacinthe.

- Les troubles dont je parle ne se limitent pas à de la paresse ou à un manque de volonté. Ce sont des réalités médicales, neurologiques, parfois invisibles. Que feriez-vous si un élève vient en quête d'information et qu'il présente des troubles de la lecture ?

Son ton, sec, se brisa à peine, une infime fêlure au milieu de la maîtrise parfaite. Il l’ignora.

- Si Poudlard se doit d'être un modèle, alors l'école doit montrer l’exemple, non pas en rejetant ces élèves, mais en leur permettant de s’épanouir malgré leurs différences, n'est-ce pas ?

Il s’interrompit, laissant retomber la tension de ses épaules, mais son regard demeura fixé sur Églantine. Son visage ne laissait presque rien paraître, sinon une fatigue sourde dans le coin de ses yeux.
694 - @Églantine Pinehead

Psychomage depuis septembre 2050.
Tonton Hya - #5f957c

26 nov. 2025, 12:58
Manuel du parfait mal reçu
Là où son interlocuteur semblait démontrer les plus grandes difficultés à maintenir son calme et sa bienséance, Églantine ne flanchait pas d'un iota. Il fallait dire qu'il était plus simple pour une personne qui se contre moque totalement des concernés de ne pas s'émouvoir de leur sort, là où le psychomage apparaissait plus que touché. La vieille bique bibliothécaire n'en avait cependant cure, et peut lui important les états d'âme de l'adulte face à elle. Un adulte, justement, il s'agissait d'un adulte, censément mature et dont la croissance cérébrale était supposément terminée. On ne se laisse pas guider par les émotions, mais par la raison, le calme, la rationalité et la mesure.

Elle respectait cependant la capacité qu'il faisait montre à se contrôler. Désormais, elle avait bien compris l'enjeu de cette interaction, et la sensibilité toute particulière de Mister Kyros. Pathétique... Engager une âme fragile et naïve comme celle-ci... Par Merlin, cette école n'avait-elle donc plus aucun standing ? Et il était psychomage en plus... Les pauvres chouchou qu'il allait bien dorloter et les conforter dans leur médiocrité, elle les voyait venir gros comme une maison. Et elle n'avait nullement le temps pour ces simagrées.

Son travail, à elle, au moins, avait la décence et le mérite d'être utile, et non basé sur une pseudo-science. La conversation l'ennuyait. Elle n'avait que faire des jérémiades puériles d'un pauvre psychomage qui pensait que forcer le monde à s'adapter aux petits faibles leur rendrait service. Et peu importe les formes qu'il y mettait, elle sentait bien toute sa contrariété. Le bas de son visage désormais dissimulé derrière ses mains jointes, son menton reposant sur ses pouces, elle écoutait en silence. Elle écoutait, sans broncher, les arguments et vaines pérégrinations d'un innocent trop choyé par la vie.

Retenant un soupir, elle laissa planer un silence avant de répondre, prenant soin d'organiser ses mots pour qu'ils soient impeccablement structurés, comme à leur habitude.

« Si un élève vient me voir avec de telles difficultés, il est de mon devoir de prendre sur mon temps pour lui faire travailler sa lecture. Et ce, qu'importe les troubles rencontrés par cet élève, cela va de soi. »

En réalité, elle pensait encore une fois imposer sa discipline de fer et se révéler intraitable, mais peut-être que cette volonté de traiter ces élèves en difficulté comme n'importe lesquels n'était pas forcément si mauvais... À ses yeux, avec suffisamment de travail, de discipline, d'effort, et éventuellement d'accompagnement soigneux, tout pouvait être surmonté. À qui le tour d'être naïve ?

Un nouveau silence pour accorder la réflexion, et la concession éventuelle. Un infime mouvement de la tête qui se penche sur le côté. Son prédécesseur utilisait ce qu'il aimait appeler "un coin détente"... Églantine avait fermé cet espace depuis son arrivée, la bibliothèque n'est pas un endroit pour vaquer loisir. Peut-être pourrait-il être réaménagé en espace de travail isolé...

« Vous m'avez donné suffisamment matière à réfléchir. Vos suggestions seront prises en compte, et je ne manquerai pas d'y accorder un peu de mon temps. »

Pas tout à fait un "lu et s'en tape" mais pas loin... Mieux que rien, il fallait l'avouer. Son esprit travaillait, tiraillée entre sa volonté de demeurer droite dans ses bottines, et celle qui la poussait à dispenser son savoir à toute personne digne de l'entendre. Elle s'adossa à son fauteuil en posant ses mains soigneusement sur la table.

« Puis-je faire autre chose pour vous ?»

Cavalier de l'Apocalypse de 2050 - 2b1146
« Les élèves s'abstiendront de conversations à voix haute. »

2 déc. 2025, 16:31
Manuel du parfait mal reçu
La bibliothécaire parlait, toujours posée, toujours stable, toujours si sûre d’elle-même. Hyacinthe resta un long moment immobile après que la femme eut terminé, comme suspendu dans l’air épais de la pièce. Son visage demeurait parfaitement calme, ses traits fins impeccablement lissés dans une expression polie, presque douce. Il n’était pas homme à hausser le ton - il s'était privé de ce droit lorsqu'il est entré dans sa vie d'adulte. Son corps avait appris, bien avant son esprit et ses mots rocambolesques, que rester courtois était une forme de survie. Son adolescence acerbe était bien été une exception, celle même qui l'avait poussé à créer cette règle.

Alors il le restait même maintenant, même quand le mépris et la condescendance de la sorcière piquaient. Ce n'était pas la première fois qu'il était confronté à une telle situation, Léandre avait suffisamment eu cette attitude pour que cela soit l'une des principales causes de discorde entre lui et le roux. Et tout comme le sorcier grec le faisait, Églantine conservait une posture digne, rigide et non violente. Elle était simplement... certaine d’avoir raison. Et, quelque part, cela rendait les choses plus simples pour lui : la neutralité froide était toujours plus facile à affronter que le chaos.

- Je suis heureux d’entendre que mes propos pourront nourrir votre réflexion, Miss Pinehead. C’est déjà beaucoup.

La part de lui qui grondait se calmait lentement, laissant place à une indignation calme, mesurée, que le trentenaire réussit à cacher en son fort intérieur. Il ne se sentait pas en danger, seulement tiraillé. Frustré, oui, mais pas hors de lui. Il respira profondément, ajusta sa posture, puis releva la tête. Son sourire se dessina lentement, un peu plus fragile qu’au début, mais étonnamment sincère. Il regarda Pinehead dans les yeux.

- Si un élève venait échanger avec vous, je suis certain qu’il apprécierait l’attention que vous lui porteriez. Un accompagnement adapté peut faire une grande différence.

Cette phrase-là lui coûta davantage qu’il ne voulait l’admettre. Pas parce qu’il mentait, mais parce qu'il doutait qu'un grand nombre d'élèves vienne quémander l'aide de la sorcière. Les quelques élèves qui l'avaient mentionné lors de ses séances étaient des indicateurs suffisants pour que Hyacinthe se permette d'émettre cette hypothèse sans trop se fouler.

- Je n’ai rien de plus à ajouter pour aujourd’hui. Merci de m’avoir écouté. Et... merci de prendre le temps d’y réfléchir. C’est tout ce que je pouvais espérer.

Il se leva avec précaution, en contrôlant chaque mouvement : le glissement de la chaise le plus silencieux possible, la façon dont il lissait d’un geste délicat un pli sur son pantalon, même le léger redressement de son menton. Un salut gracieux termina le geste.

- Je vous souhaite une excellente journée, Miss Pinehead.

Puis il sortit de la pièce, sans se presser mais sans s’attarder non plus. La porte se referma doucement derrière lui, dans un souffle à peine audible, tandis que Hyacinthe se dirigeait vers les escaliers. Il les montait d’habitude avec une aisance presque flottante, malgré son cruel manque d'activité sportive, mais les marches avaient aujourd'hui le poids d'un souvenir désagréable. Il avait l'impression d’avoir été poli contre un mur.

En atteignant le troisième étage, le silence du couloir lui apparut comme une délivrance. Vide. Pas un élève. Pas un tableau bavard pour commenter son état, semblait-il. Il s'arrêta quelques secondes devant la porte de son bureau, soufflant longuement, lentement, puis ouvrit la porte. Ses appartements lui semblaient particulièrement attirants. Une jolie pause avant le dîner.

592 - @Églantine Pinehead
C'est une fin pour moi ! Je te remercie pour l'occasion d'écrire ! ^^

Psychomage depuis septembre 2050.
Tonton Hya - #5f957c