Pardons murmurés

Reducio
Image postée par le membre
hoodie de Solveig


rp avec @Églantine Pinehead

le 14 septembre 2050, environ 16h


Après avoir tourné, tourné et encore tourné dans les couloirs interminables de Poudlard, Solveig avait fini par croire qu’elle ne verrait jamais la fin de son errance. Ses jambes de fillette, fatiguées d’avoir arpenté des escaliers, traversé des galeries, pris de mauvaises bifurcations, menaçaient de la lâcher à tout instant. Elle avait fini par rencontrer, au détour d’un couloir désert, un garçon plus âgé, compatissant, qui l’avait mise sur la bonne voie. Sans lui, elle y serait encore. Deux heures de recherche pour elle, deux bonnes heures de marche, c’était déjà une épreuve de marathon pour ses petites jambes.

Son éternel hoodie à capuche de renard recouvrait son uniforme. Le tissu doux et familier lui servait de refuge, comme si le simple fait de serrer les manches entre ses doigts lui donnait un peu de courage. Ses cheveux roux, pour une fois laissés libres, tombaient en une cascade de boucles indisciplinées sur ses épaules. Elle les sentait rebondir à chacun de ses pas lourds, comme si même eux partageaient sa lassitude.

Enfin, la grande porte se dressa devant elle. La porte de la bibliothèque. Ce sanctuaire dont on lui avait tant parlé. Ses yeux s’arrondirent, à la fois de crainte et d’excitation. L’« antre du dragon », ainsi qu’elle l’avait surnommée dans sa tête, n’attendait plus qu’elle. Solveig inspira profondément, ses petites épaules se soulevant comme si elle allait affronter une épreuve décisive. Puis elle poussa le battant, et la lourde porte céda, grinçant doucement.

Dès qu’elle posa le pied à l’intérieur, le bruit sec de ses souliers résonna dans le silence imposant du lieu. Le cœur battant, elle avança de trois pas, et soudain, s’arrêta net.

La salle s’ouvrait devant elle dans toute son immensité. Des étagères démesurées, qui semblaient grimper jusqu’au plafond, croulaient sous les livres. Des allées entières, alignées comme des soldats, formaient un labyrinthe de savoir. La lumière tamisée des chandelles donnait une atmosphère presque sacrée à l’endroit. Solveig en resta bouche bée, totalement figée. Ses grands yeux verts brillaient d’émerveillement. Pendant quelques minutes, elle oublia tout : ses pieds endoloris, ses heures de marche, même sa peur. Elle aurait pu rester plantée là, béate, absorbée par la simple beauté du lieu.

Mais une petite voix, tapie dans sa mémoire, lui rappela la raison de sa venue. Elle cligna plusieurs fois des yeux et se força à reprendre pied dans la réalité. Elle n’était pas venue pour rêver devant les rayonnages. Non… Elle était là pour demander pardon.

Son cœur se serra à ce souvenir. Le jour précédent, dans sa maladresse, elle avait trébuché dans un couloir et renversé un pot de peinture sur la robe impeccable de la bibliothécaire. Rien que d’y repenser, Solveig se sentait rougir jusqu’aux oreilles. Alors, pour réparer sa faute, elle avait mis tout son cœur dans un dessin, accompagné d’une courte lettre d’excuses maladroites, griffonnées de son écriture enfantine.

Ses doigts serrèrent le petit paquet qu’elle portait contre elle. Encore fallait-il le remettre à la redoutable Madame Pinehead. Ses yeux parcoururent la salle, à la recherche de la silhouette qu’elle redoutait et respectait tout à la fois. Enfin, elle la repéra, imposante derrière son comptoir, surveillant ses registres comme une gardienne jalouse de ses trésors.

Solveig inspira un grand coup. Ses jambes tremblaient, mais elle ne pouvait plus reculer. Alors, rassemblant ce qu’il lui restait de courage, elle se mit à trottiner vers le bureau, les boucles rousses dansant autour de son visage. Son cœur cognait fort, mais ses petits pas décidés claquaient avec une détermination nouvelle. Devant elle se dressait Madame Pinehead, sévère et majestueuse.

L’heure était venue.

Couleur :b88d00
La peinture est juste une autre manière de tenir un journal intime...

Pardons murmurés
S'agissait-il d'une mauvaise blague ? La bibliothécaire s'était immédiatement redresser en reconnaissant la sauvage énergumène, l'empotée qui avait renversé son pot de peinture sur sa robe, la veille. Une fois la surprise passée, force était de constater qu'elle restait sans voix. Quelle était donc, par Merlin, cette tenue proprement folklorique ? De toute évidence, renverser de la peinture n'était pas son seul exploit, elle était donc également aveugle, de surcroît. Sacrebleu, elle était parfaitement ridicule, et que venait-elle faire face à elle, tremblante, la défier ? La provoquer ? Non, de toute évidence, la petite semblait proprement terrifiée par l'idée de la confronter à nouveau, mais si elle désire s'expliquer, voire demander pardon, elle s'y prend bien mal... Églantine ne sera pas dans de bonnes dispositions pour l'écouter.

Se redressant dignement, déposant ses deux mains sur le pommeau de sa canne, et prenant une grande inspiration dédaigneuse.

« Mademoiselle, quel est cet accoutrement ? Peut-être devrais-je écrire les règles en plus gros caractères, seriez-vous malvoyante, à tout hasard ? »

Cela pourrait expliquer l'incident d'hier, et celui d'aujourd'hui... De toute évidence, cette misérable gamine semblait avoir un réel problème. Souffrait-elle de bizutage, et devait-elle accomplir quelque gage ridicule ? Ce n'était pas son problème, la seule chose qui l'inquiétait, était le fait qu'encore une fois, son précieux règlement n'était pas respecté. Ce cela était intolérable, encore plus lorsque l'on venait, comme Églantine le soupçonnait, pour faire amende honorable.

« L'article 9, mademoiselle, stipule que le port de la robe sorcière est obligatoire pour accéder à la bibliothèque. »

Quelle perte de temps... Allait-elle devoir installer une beuglante à l'entrée ? Disposer Georges en gardien de ses sacros-saintes écritures ? Par Merlin, elle avait autre chose à faire que de s'occuper de gamins illettrés ou stupides !

Cavalier de l'Apocalypse de 2050 - 2b1146
« Les élèves s'abstiendront de conversations à voix haute. »

Pardons murmurés
« Mademoiselle, quel est cet accoutrement ? Peut-être devrais-je écrire les règles en plus gros caractères, seriez-vous malvoyante, à tout hasard ? L'article 9, mademoiselle, stipule que le port de la robe sorcière est obligatoire pour accéder à la bibliothèque. »

Solveig resta figée, les joues écarlates, tandis que la voix glaciale de la bibliothécaire s’abattait sur elle. Chaque mot, cinglant, lui faisait l’effet d’une douche froide. Son cœur battait si fort qu’elle craignait que toute la bibliothèque l’entende. Ses lèvres tremblaient et ses mains moites se crispaient sur son petit paquet. Pourtant, malgré sa gorge nouée, elle releva légèrement le menton. Elle avait promis de s’excuser, elle ne reculerait pas.

« J… je suis désolée, madame… » balbutia-t-elle, la voix presque éteinte. Tétanisée, elle força ses mains à bouger. Elle attrapa les manches de son hoodie, et dans un geste maladroit, l’enleva d’un coup, révélant en dessous son uniforme complet. Ses cheveux roux s’éparpillèrent sur ses épaules, ses boucles indisciplinées volant dans la lumière. Serrant le vêtement contre elle, un peu comme une armure contre la verve de l’adulte, elle continua, la voix un peu plus claire :

« C’est… c’est la première fois que je viens à la bibliothèque. J’avais pas… enfin, je n’avais pas vu le règlement. » Elle inspira, cherchant du courage au plus profond de sa poitrine. « Mais je ferai plus attention la prochaine fois, promis. »

Ses doigts serrèrent le dessin et la lettre qu’elle avait préparés. Le papier s’était un peu froissé dans son poing, mais elle le tendit, tremblante, à la bibliothécaire.

« Je… je voulais m’excuser… pour hier. Quand j’ai fait tomber la peinture sur votre robe. Voilà. Ce n’est pas grand chose, mais j’y ai mis toute ma sincérité. »

Ses yeux brillèrent une seconde, cherchant un signe, une réaction. Puis elle secoua la tête, chassant ses idées noires; le plus important était de déposer son paquet.

Une fois l’offrande dans les mains de l’adulte, Solveig recula aussitôt de quelques pas, comme si elle avait dépassé des limites qu’il ne fallait pas. Son hoodie serré contre sa poitrine, elle inclina la tête une nouvelle fois, ses boucles rousses masquant ses joues cramoisies.

Un silence lourd s’installa. Elle hésita. Que devait-elle faire maintenant ? Son devoir accompli, devait-elle rester sur place, a attendre la réaction de la terrifiante dame ? Son cœur lui hurlait de fuir, mais Solveig ne voulait pas passer pour une couarde. Elle était timide, pas peureuse.

Finalement, Solveig pivota, ses pieds la guidant vers les rayonnages. Elle ne fuyait pas la bibliothèque, elle voulait juste laisser de l’espace entre elle et le comptoir. Chaque pas résonnait dans la bibliothèque, comme un gong qui annonçait son destin. Elle n’osait pas se retourner, mais ses yeux, malgré elle, lançaient de furtives œillades vers l’entrée de la bibliothèque. Peut-être verrait-elle un signe, rien qu’un simple regard.

Elle disparut enfin entre les étagères, partagée entre la peur d’avoir tout gâché et l’espoir d’avoir été entendue.
*****
Il ne restait d’elle que ce pli discret, posé sur le bois du comptoir. La bibliothécaire n’aurait qu’à l’ouvrir pour découvrir des lignes tracées en tremblant, d’une écriture d’enfant, ronde et appliquée.
Reducio
Image postée par le membre
lettre de Solveig
Chère Madame,
Je vous écris pour m’excuser de l’accident d’hier. Quand j’ai trébuché et que le pot de peinture est tombé, j’ai vraiment eu peur et j’ai honte d’avoir abimé votre robe. Je n’avais pas du tout voulu faire ça, et je comprends que vous soyez en colère contre moi.
J’ai réfléchi à ce que je pouvais faire pour vous montrer que je regrette sincèrement. Comme je n’ai pas grand chose offrir, j’ai décidé de vous faire un dessin. J’y ai mis tout mon cœur. Ce n’est pas grand-chose, mais j’espère qu’il vous plaira au moins un peu.
Je voudrais aussi vous remercier de m’avoir soignée quand je me suis coupée en ramassant les morceaux de verre. Je n’oublierai pas votre gentil geste.
Je vous prie enfin, Madame, d’accepter mes plus sincères excuses.
Avec tout mon respect,
Solveig Sinclair
Image postée par le membre
dessin associé à la lettre


@Églantine Pinehead

Couleur :b88d00
La peinture est juste une autre manière de tenir un journal intime...

Pardons murmurés
Par Merlin, Morgane, et tous les grands sorciers réunis, mais qui était donc cette empotée ?! Cette inadaptée tremblotante comme une feuille face à la moindre contrariété, incapable de supporter le poids pourtant négligeable de ses propres erreurs, se révélait encore pire que ce que la vielle bibliothécaire imaginaire. Son effort pour retirer ce costume ridicule fut apprécié cependant, et elle ne releva même pas qu'elle n'était pas en robe de sorcier. Après tout, elle n'avait aucun moyen de faire apparaître magiquement ce vêtement, hélas. Mais quelle idée, quelle idée ? Quelle idée de se vêtir ainsi, dans une école pareille ? Probablement une vulgaire née-moldu, grossière et mal-éduquée, sans le moindre doute.

Et voilà qu'elle creusait sa propre tombe. La première fois qu'elle venait à la bibliothèque ? Après deux semaines de rentrée ?! Par Merlin, miséricorde, mais quelle ignare ! Quelle erreur ! Comment pouvait-on fouler du pied cette école sans se précipiter en ce lieu de savoir et de connaissance ? Impensable pour la vieille dame. Son soupir fut imperceptible, au fond d'elle, elle espérait qu'il n'y ait jamais de prochaine fois, et que jamais elle n'aurait à croiser de nouveau le chemin de cette bique. Elle voulait s'excuser.

C'en fut trop. Églantine prépara immédiatement sa litanie sur la formulation d'excuses, car de toute évidence, l'éducation de cette enfant avait été plus que négligée. Et il était hors de question que de telles lacunes puissent demeurer en sa... Un pli ? Le temps qu'Églantine ne termine de soupeser l'enjeu d'une telle action, elle put observer l'élève discrètement s'éclipser dans les rayonnages, franchissant de nouveau la porte de son bureau. Quel courage... Miséricorde. En voilà une que la vie n'allait pas épargner, et Églantine ne ferait certainement pas partie de celles qui la traiteraient plus délicatement en raison de cette faiblesse.

Elle demeura une longue minute en silence à fixer ce pli. Mais que croyait-elle ? Qu'une offrande suffirait à apaiser sa fureur et la faire entrer dans ses bonnes grâces ? Pour un peu, elle aurait pu le balancer à la poubelle, rien que pour apprendre la jugeote à cette tête de linotte. Cependant, elle n'avait perçu nulle trace de malice dans les actions de l'élève. En soupirant, elle se résolut alors à ouvrir le pli, et s'empara du parchemin de ses doigts crochus.

Allons bon, elle s'excusait, là encore, quelle erreur. Elle hésita à prendre sa plume pour souligner les fautes avant de rendre le papier à l'enfant. Cependant, petit à petit, et bien malgré elle, les traits de la bibliothécaire se détendirent. Et de façon infime, de façon extraordinaire, elle se retrouva à lire avec attention les mots, et à les laisser trouver leur chemin jusqu'à son cœur desséché. La tournure maladroite, la candeur dans les mots... Et elle ne retient que la gentillesse supposée de son action de soin, alors qu'elle ne voulait qu'éviter les salissures. Et un dessin ? Églantine n'aimait pas les dessins, ni l'art en général, et...

« Seigneur. »

Un souffle, une inspiration manquée. L'absence de couleur, le trait simple et noir, le dessin ne faisant que retranscrire son activité favorite, en essence et âme... Non, Églantine ne put en aucun cas demeurer dans de mauvaises dispositions à l'égard de l'enfant. Elle avait réussi l'exploit incommensurable de réussir à toucher son cœur.

Redressant la tête pour regarder dans la direction où la Poufsouffle venait de s'éclipser, la voilà même qui hésita. Après tout, ce n'était que logique, la moindre des choses de venir demander pardon après de telles bêtises. Et pourtant, elle se surpris à délicatement replier le pli et le dessin pour les glisser tous deux dans son tiroir pour les conserver. Elle expira, impossible de rester en colère après ça, et cela l'irritait pour une raison inconnue.

Cependant, après tout... le seul tort de cette enfant avait été d'être maladroite. De bout en bout, certes, de façon spectaculaire même, mais sans intention mauvaise. Et cela, même Églantine devait le reconnaître. Par conséquent, la voilà qui se lève, attrapant sa canne, pour sortir de son bureau, en guettant la Pousfouffle. Elle cherchait simplement à poser son regard sur elle...

Cavalier de l'Apocalypse de 2050 - 2b1146
« Les élèves s'abstiendront de conversations à voix haute. »

Pardons murmurés
Solveig s'éloigna du comptoir de Madame
Pinehead à pas feutrés et fut bientôt engloutie dans l'immensité des rayonnages de la bibliothèque. Elle erra sans véritable but entre les rangées de livres, laissant sa main tremblante glisser le long des étagères de bois sombre. Ses yeux passaient d’un titre a l’autre sans réellement les lire. Les lettres semblaient danser devant elle sans parvenir a retenir son attention, son esprit encore prisonnier de ses pensées.
Une longue minute s'écoula ainsi..
Puis Solveig s’arreta en plein milieu de l'allée. Elle secoua la tête comme pour chasser ses idées noires, inspira profondément et expira doucement en tapotant ses joues.
«Aller...» se murmura-t-elle «tout va bien.»
Elle avait présenté ses excuse, le reste n’était plus de son ressort. Il n’y avait plus aucune raison de continuer a ruminer.
Redressant ses épaules, elle repris son exploration d’un pas un peu plus confiant, et se mit a lire plus attentivement les titres des livres qu’elle parcourait, a la recherche de celui qui lui ferait de l'œil. Au détour d’une allée, elle se sentit soudain comme emportée vers le fond par une force mysterieuse. Décidant de suivre son instinct, Solveig se retrouva a contempler un livre a la couverture de velours vert. De délicates enluminures en ornaient les bordures, et au milieu, trônait le titre suivant :
«Étiquette et Savoir vivre en société Sorcière :
Un guide des Us et coutumes du monde magique»

Écrit par «Thaddeus Rowle» *
Solveig sourit. Peut-être pourrait-elle enfin arrêter de se ridiculiser devant ses pairs.
Avec une infinie précaution, elle ouvrit la première page et une vieille odeur de parchemin et d'encre engouffra ses narines.
Solveig respira a plein poumon cette odeur qu’elle aimait tant et refermant délicatement le livre, elle repris son chemin en direction d’une place assise. Elle erra encore un peu dans les allées, s'imprégnant de l'atmosphère majestueuse de l’endroit, puis ses yeux se posèrent sur le coin détente.
L’espace offrait une atmosphere chaleureuse et paisible, en contraste avec l'ambiance austère du reste du lieu.
Deux canapés, suffisamment spacieux pour accueillir deux ou trois élèves chacun, trônaient de part et d’autre de la piece. Mais ce qui fit sourire Solveig, fut la vue des larges poufs qui reposaient dans un coin de la piece, semblant l'inviter a s’y reposer. Solveig trottina donc vers le centre ou elle déposa son livre sur la table basse avant de déplacer le pouf choisi un peu plus proche de la porte sans pour autant l'encombrer. Une fois son déménagement terminé, elle repris son livre et tenta du mieux qu’elle pouvait de s’installer gracieusement sur le pouf et commenca sa lecture, tout soucis oublié.
*Cet ouvrage est un ouvrage fictif inventé par moi-même pour mon rp. Toute ressemblance avec un titre/auteur déjà existant serait purement fortuite.
@Églantine Pinehead

Couleur :b88d00
La peinture est juste une autre manière de tenir un journal intime...