Prends bien soin d'elle...
Précédemment
J'étais restée encore un moment, recroquevillée dans le placard, comme engourdie. Je ne saurais dire combien de temps. Mais mes joues avaient fini par sécher et j'étais seule. Ma mère était partie et je ne m'en été pas aperçue.
J'avais murmuré un "maman" sans bien savoir à qui j'avais parlé.
"Maman" ce mot simple et tellement intime m'avait alors semblé étranger.
Comme soumise à un électrochoc, je m'étais levée d'un bon. Sans prendre la peine de ranger les papiers éparpillés au sol, j'avais couru pour quitter la pièce. J'avais couru à travers le salon et la cuisine, croisant mon père, le regard inquiet. Mais un sentiment d'étouffement m'avait envahie. Je suffoquais. Il me fallait de l'air...
L'après-midi touche maintenant à sa fin, et l'air se rafraîchit. Mes cheveux virevoltent avec la brise. Moi, je suis immobile, assise sur le banc en bois blanc craquelé. Celui au fond du jardin, juste avant les escaliers de roche qui descendent jusqu'à la plage.
Les yeux fermés, je laisse les rayons doux et chauds du soleil caresser mes joues et mon âme. Je me repasse le fil des dernières heures. Ça me semble flou, comme si les contours de mon esprit étaient brouillés. Irréel. *Comment ? Pourquoi ?*
Je sens du mouvement. Une présence. Je tarde à ouvrir les yeux. Et je vois ma mère. Elle esquisse un sourire mais ses yeux reflètent autre chose. De la tristesse, de la douceur. Elle pointe du doigt le banc et l'espace vide a côté de moi. Son geste s'accompagne d'un son, un chuchotement "je peux ?".
Je ne réponds pas, mais ne refuse pas non plus. Alors ma mère s'assoit à côté de moi. On reste comme ça un instant. Elle, droite, les mains posées sur les genoux et le regard fixé sur la mer, à l'horizon. Moi, qui la regarde. Ou plutôt qui l'observe. Je la détaille à la recherche d'un signe, de quelque chose qui me dirait que tout ça n'est pas vrai. Mais tout ce que je vois m'indique le contraire. Son nez droit, ses cheveux blond miel, ses yeux noisette aux reflets d'or, sa mâchoire anguleuse, sa peau pâle... Nous ne nous ressemblons pas.
Si elle sent mon regard sur elle, elle n'en dit rien. Elle me laisse faire, digérer. Je m'attends à ce qu'elle dise quelque chose. Mais elle reste ainsi, silencieuse pendant encore quelques minutes. Peut-être attend-elle que je lui pose une question ? Mais quoi ? Par où commencer ? Je ne sais pas. J'essaie de cacher mon malaise en détournant mon regard vers l'horizon. Vers l'ailleurs, l'inconnu.
Elle laisse échapper une longue respiration, comme pour se donner du courage, puis d'une voix douce, elle interrompt le silence. Un murmure pour révéler un secret enfoui...
- Elle était... Tu es... C'est difficile à expliquer. Et à comprendre, je sais.
Elle parle lentement, avec de l'air entre chaque mot, comme pour me laisser le temps de les absorber.
- Je venais de finir l'écriture de mon premier livre quand j'ai reçu un courrier demandant ma collaboration pour un projet d'écriture. Il venait de ta mère, Victoria. Victoria Spencer. Elle est historienne et elle voulait publier un ouvrage sur ses recherches. Elle souhaitait mon aide pour l'écriture de son livre. Elle avait lu mes thèses et mon roman...
Elle fait une pause, pour rassembler ses souvenirs, peut-être, ou pour chercher comment me raconter son histoire. Mon histoire. Je ne dis pas un mot.
Pourtant, les questions se percutent dans ma tête mais je serai bien incapable de dire quoi que ce soit de toute façon. Alors je la regarde, silencieuse.
Elle respire, et d'une voix mieux assurée, elle continue :
- Nous avons donc travaillé ensemble pendant plusieurs mois et voyagé pour ses recherches. Et puis, au fil du temps, nous sommes devenues amies. Elle était enceinte de toi déjà, à cette époque. Ça semblait la rendre triste... Elle était assez secrète et je n'ai pas vraiment posé de questions. Après tout, je me disais que c'était personnel et que si elle avait voulu me parler, elle l'aurait fait.
...
Toujours est-il que nous nous sommes quittées à Londres, juste avant les fêtes de fin d'années. Je devais rester sur place encore au moins 2 mois, pour peaufiner les détails du livre et rencontrer des éditeurs.
Puis, à peine quelques jours après le départ de Victoria, je rentrais à ma chambre d'hôtel et je t'ai trouvé là. Dans un couffin, posée sur mon lit. Tu étais toute petite, enveloppée dans un plaid blanc. Juste toi et un mot indiquant "Elle s'appelle Charlotte, elle est née le 28 janvier. Prends bien soin d'elle s'il te plaît". J'ai tout de suite reconnu l'écriture de Victoria.
Je ne savais pas comment tu été arrivée là. Il n'y avait pas d'explication, seulement ce petit mot. Et personne a l'hôtel n'avait vu qui que ce soit dans ma chambre...
J'ai tout de suite essayé d'appeler Victoria mais le numéro ne fonctionnait plus. Je l'ai cherché, j'ai envoyé des mails mais rien. Elle avait disparu.
Ton père est venu me rejoindre à Londres, et nous avons pris la décision de te garder.
Elle t'avait confié à moi...
Et puis, tu étais un cadeau du ciel. A cette époque, nous tentions d'avoir un enfant mais ça ne marchait pas. Nous avons fait des examens médicaux, nous faisions parti d'un programme pour les gens qui ne peuvent pas avoir d'enfants... C'est très difficile pour nous.
Alors quand on t'a vu, si petite, fragile, tellement merveilleuse, le choix n'a pas été difficile.
C'est ta tante Mary, qui nous a aidé a obtenir des papiers. Elle s'est débrouillée pour officialiser ta naissance à l'hôpital où elle travaillait.
C'est comme ça qu'on t'a ramené à la maison. Notre fille.
Elle me regarde avec un sourire triste, en se tournant vers moi, sa jambe repliée sur le banc qui frôle la mienne.
Elle se tait maintenant. Ses doigts effleurent mes cheveux, presque imperceptiblement, comme si elle craignait que je ne la rejette.
Je suis toujours silencieuse. Un moment.
Puis une question finit par franchir mes lèvres :
- Comment tu savais que je suis une sorcière ? Tu l'as toujours su ?
Finalement, les mots trop longtemps retenus se déversent en flot :
- Et elle où Victoria ? Pourquoi elle m'a pas gardée ? C'est qui mon père ? Elle aussi c'est une sorcière ? Et c'est quoi cette école ?
Ma respiration est rapide, saccadée, tout comme mon cœur qui est sur le point d'imploser.
Ma mère, elle, est calme. Comment peut elle être aussi calme ? C'est son truc, elle est toujours calme et sereine. C'est réconfortant.
Elle me regarde droit dans les yeux, en me répondant de sa voix douce :
- Je suis désolée ma puce, je n'ai pas toute les réponses.
Je ne peux pas expliquer son choix, ni te dire qui est ton père, je ne le sais pas. La seule chose que je sais, c'est qu'il s'appelle Anthony et qu'il est français. C'est tout.
Et pour la magie, j'imagine que Victoria est aussi une sorcière, comme toi. Je l'ai compris il y a deux ans, quand tu brisais les objets sans les toucher ou que tu les faisais disparaitre. Et puis il y a quelques années, une rumeur avait circulée, disant que les sorciers existaient. Pour finir par être démentie. C'était un canular.
Et Poudlard, c'est un collège en Écosse où tous les sorciers britannique étudient. Comme tu es une sorcière, tu y es inscrite depuis ta naissance. C'est la personne qui travaille là-bas et qui a apporté la lettre qui me l'a dit.
J'ai du mal à croire que tout ça est vrai. Ça fait beaucoup. Victoria, la magie, l'Ecosse... L'Écosse ! Je vais devoir partir, quitter ma famille.
Cette idée me frappe comme un coup de poing dans l'estomac. Je me jette dans les bras de ma mère et la serre fort, en enfouissant mon visage sur sa poitrine pour cacher mes larmes. Elle m'enveloppe de ses bras, son visage dans mes cheveux, comme une armure. Me laissant pleurer.
On reste là, blottie l'une contre l'autre sur notre banc, face à la mer, pendant un moment. Un long moment. Jusqu'à ce que le vent rende frais l'air de la fin de journée.
Alors sans dire un mot, ma mère m'entraîne avec elle, contre elle, vers la maison...
Shanklin, île de Wight
Fin juillet 2050
Fin juillet 2050
J'étais restée encore un moment, recroquevillée dans le placard, comme engourdie. Je ne saurais dire combien de temps. Mais mes joues avaient fini par sécher et j'étais seule. Ma mère était partie et je ne m'en été pas aperçue.
J'avais murmuré un "maman" sans bien savoir à qui j'avais parlé.
"Maman" ce mot simple et tellement intime m'avait alors semblé étranger.
Comme soumise à un électrochoc, je m'étais levée d'un bon. Sans prendre la peine de ranger les papiers éparpillés au sol, j'avais couru pour quitter la pièce. J'avais couru à travers le salon et la cuisine, croisant mon père, le regard inquiet. Mais un sentiment d'étouffement m'avait envahie. Je suffoquais. Il me fallait de l'air...
L'après-midi touche maintenant à sa fin, et l'air se rafraîchit. Mes cheveux virevoltent avec la brise. Moi, je suis immobile, assise sur le banc en bois blanc craquelé. Celui au fond du jardin, juste avant les escaliers de roche qui descendent jusqu'à la plage.
Les yeux fermés, je laisse les rayons doux et chauds du soleil caresser mes joues et mon âme. Je me repasse le fil des dernières heures. Ça me semble flou, comme si les contours de mon esprit étaient brouillés. Irréel. *Comment ? Pourquoi ?*
Je sens du mouvement. Une présence. Je tarde à ouvrir les yeux. Et je vois ma mère. Elle esquisse un sourire mais ses yeux reflètent autre chose. De la tristesse, de la douceur. Elle pointe du doigt le banc et l'espace vide a côté de moi. Son geste s'accompagne d'un son, un chuchotement "je peux ?".
Je ne réponds pas, mais ne refuse pas non plus. Alors ma mère s'assoit à côté de moi. On reste comme ça un instant. Elle, droite, les mains posées sur les genoux et le regard fixé sur la mer, à l'horizon. Moi, qui la regarde. Ou plutôt qui l'observe. Je la détaille à la recherche d'un signe, de quelque chose qui me dirait que tout ça n'est pas vrai. Mais tout ce que je vois m'indique le contraire. Son nez droit, ses cheveux blond miel, ses yeux noisette aux reflets d'or, sa mâchoire anguleuse, sa peau pâle... Nous ne nous ressemblons pas.
Si elle sent mon regard sur elle, elle n'en dit rien. Elle me laisse faire, digérer. Je m'attends à ce qu'elle dise quelque chose. Mais elle reste ainsi, silencieuse pendant encore quelques minutes. Peut-être attend-elle que je lui pose une question ? Mais quoi ? Par où commencer ? Je ne sais pas. J'essaie de cacher mon malaise en détournant mon regard vers l'horizon. Vers l'ailleurs, l'inconnu.
Elle laisse échapper une longue respiration, comme pour se donner du courage, puis d'une voix douce, elle interrompt le silence. Un murmure pour révéler un secret enfoui...
- Elle était... Tu es... C'est difficile à expliquer. Et à comprendre, je sais.
Elle parle lentement, avec de l'air entre chaque mot, comme pour me laisser le temps de les absorber.
- Je venais de finir l'écriture de mon premier livre quand j'ai reçu un courrier demandant ma collaboration pour un projet d'écriture. Il venait de ta mère, Victoria. Victoria Spencer. Elle est historienne et elle voulait publier un ouvrage sur ses recherches. Elle souhaitait mon aide pour l'écriture de son livre. Elle avait lu mes thèses et mon roman...
Elle fait une pause, pour rassembler ses souvenirs, peut-être, ou pour chercher comment me raconter son histoire. Mon histoire. Je ne dis pas un mot.
Pourtant, les questions se percutent dans ma tête mais je serai bien incapable de dire quoi que ce soit de toute façon. Alors je la regarde, silencieuse.
Elle respire, et d'une voix mieux assurée, elle continue :
- Nous avons donc travaillé ensemble pendant plusieurs mois et voyagé pour ses recherches. Et puis, au fil du temps, nous sommes devenues amies. Elle était enceinte de toi déjà, à cette époque. Ça semblait la rendre triste... Elle était assez secrète et je n'ai pas vraiment posé de questions. Après tout, je me disais que c'était personnel et que si elle avait voulu me parler, elle l'aurait fait.
...
Toujours est-il que nous nous sommes quittées à Londres, juste avant les fêtes de fin d'années. Je devais rester sur place encore au moins 2 mois, pour peaufiner les détails du livre et rencontrer des éditeurs.
Puis, à peine quelques jours après le départ de Victoria, je rentrais à ma chambre d'hôtel et je t'ai trouvé là. Dans un couffin, posée sur mon lit. Tu étais toute petite, enveloppée dans un plaid blanc. Juste toi et un mot indiquant "Elle s'appelle Charlotte, elle est née le 28 janvier. Prends bien soin d'elle s'il te plaît". J'ai tout de suite reconnu l'écriture de Victoria.
Je ne savais pas comment tu été arrivée là. Il n'y avait pas d'explication, seulement ce petit mot. Et personne a l'hôtel n'avait vu qui que ce soit dans ma chambre...
J'ai tout de suite essayé d'appeler Victoria mais le numéro ne fonctionnait plus. Je l'ai cherché, j'ai envoyé des mails mais rien. Elle avait disparu.
Ton père est venu me rejoindre à Londres, et nous avons pris la décision de te garder.
Elle t'avait confié à moi...
Et puis, tu étais un cadeau du ciel. A cette époque, nous tentions d'avoir un enfant mais ça ne marchait pas. Nous avons fait des examens médicaux, nous faisions parti d'un programme pour les gens qui ne peuvent pas avoir d'enfants... C'est très difficile pour nous.
Alors quand on t'a vu, si petite, fragile, tellement merveilleuse, le choix n'a pas été difficile.
C'est ta tante Mary, qui nous a aidé a obtenir des papiers. Elle s'est débrouillée pour officialiser ta naissance à l'hôpital où elle travaillait.
C'est comme ça qu'on t'a ramené à la maison. Notre fille.
Elle me regarde avec un sourire triste, en se tournant vers moi, sa jambe repliée sur le banc qui frôle la mienne.
Elle se tait maintenant. Ses doigts effleurent mes cheveux, presque imperceptiblement, comme si elle craignait que je ne la rejette.
Je suis toujours silencieuse. Un moment.
Puis une question finit par franchir mes lèvres :
- Comment tu savais que je suis une sorcière ? Tu l'as toujours su ?
Finalement, les mots trop longtemps retenus se déversent en flot :
- Et elle où Victoria ? Pourquoi elle m'a pas gardée ? C'est qui mon père ? Elle aussi c'est une sorcière ? Et c'est quoi cette école ?
Ma respiration est rapide, saccadée, tout comme mon cœur qui est sur le point d'imploser.
Ma mère, elle, est calme. Comment peut elle être aussi calme ? C'est son truc, elle est toujours calme et sereine. C'est réconfortant.
Elle me regarde droit dans les yeux, en me répondant de sa voix douce :
- Je suis désolée ma puce, je n'ai pas toute les réponses.
Je ne peux pas expliquer son choix, ni te dire qui est ton père, je ne le sais pas. La seule chose que je sais, c'est qu'il s'appelle Anthony et qu'il est français. C'est tout.
Et pour la magie, j'imagine que Victoria est aussi une sorcière, comme toi. Je l'ai compris il y a deux ans, quand tu brisais les objets sans les toucher ou que tu les faisais disparaitre. Et puis il y a quelques années, une rumeur avait circulée, disant que les sorciers existaient. Pour finir par être démentie. C'était un canular.
Et Poudlard, c'est un collège en Écosse où tous les sorciers britannique étudient. Comme tu es une sorcière, tu y es inscrite depuis ta naissance. C'est la personne qui travaille là-bas et qui a apporté la lettre qui me l'a dit.
J'ai du mal à croire que tout ça est vrai. Ça fait beaucoup. Victoria, la magie, l'Ecosse... L'Écosse ! Je vais devoir partir, quitter ma famille.
Cette idée me frappe comme un coup de poing dans l'estomac. Je me jette dans les bras de ma mère et la serre fort, en enfouissant mon visage sur sa poitrine pour cacher mes larmes. Elle m'enveloppe de ses bras, son visage dans mes cheveux, comme une armure. Me laissant pleurer.
On reste là, blottie l'une contre l'autre sur notre banc, face à la mer, pendant un moment. Un long moment. Jusqu'à ce que le vent rende frais l'air de la fin de journée.
Alors sans dire un mot, ma mère m'entraîne avec elle, contre elle, vers la maison...
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