7 oct. 2025, 22:12
Corne d'abondance  PV 
26 JUIN 2050, APRÈS-MIDI
FALAISES DE MOHER, IRLANDE,

Alyona, 20 ans,


Les larmes me montent aux yeux, désagréables, piquantes, serrant ma gorge comme un étau. Merlin ! C'est juste le vent, le froid, il souffle des poussières dans mes iris et me fait renifler, comme s'il me rendait malade. J'essaye de m'en convaincre, même quand mes doigts frottent mes paupières et que, la voix cassée, brisée, perdue, je ne parviens plus à ouvrir la bouche, de peur de sentir qu'un sanglot s'en échappe, que l'eau finisse par couler de partout sur mon visage pour ruisseler sur les courbes de mes joues et tremper mes paumes sèches. Je me sens tellement ridicule, minuscule. Je ne suis rien dans cette immensité ; à peine vivante, à peine perceptible, à peine convenable à écouter. Le vent a une voix plus forte et imposante, l'herbe des couleurs plus vives, la mer des ambitions plus hautes. Je suis incroyablement insignifiante dans cette nature qui me dépasse. On ne me remarque pas. Je ne dénote de rien. Mes os seront des cendres depuis des millénaires que ces falaises persisteront encore, magnifiques, puissantes et sauvages. La mer rugit, la brise crie, ma gorge se noue. Par Circé que c'est beau ! Les mots me manquent, j'ai l'impression de ne plus rien tenir, d'être nue et désarmée face à ce spectacle. Le vert, le bleu. Et moi je suis tellement terne, j'existe à peine dans cette histoire. À quoi bon se déchirer à penser ? À quoi bon s'écraser de questions ? À quoi bon s'entourer d'illusions ? Mes jambes s'affaiblissent, je suis emportée comme un amas de feuilles mortes, traces que la brise dissipera, emportera, éparpillera loin, à l'autre bout du monde. Mon corps se fragmente quand une larme finit par rouler sur ma joue.

Cela fait des années que je n'ai pas été secouée de cette manière, pitoyablement, comme un linge qu'on agite avant de le suspendre. Je me disloque et me casse, soufflée. Si on me demandait de parler, je n'y parviendrais pas, ce serait impossible. Je n'arrive plus très bien à m'exprimer, comme si j'étais emportée par plus fort que moi. Je suis le caillou qui roule dans les vagues, le grain de sable avalé par l'écume, une grande main trempée m'érafle et m'attrape sans même s'en rendre compte, et l'embrun me ronge la peau.

Je suis assise dans l'herbe, les yeux grands ouverts, au sommet des falaises de Moher, à quelques centaines de mètres des chemins de randonnée destinés aux touristes. Le vent est fort et les nuages sont comme des navires qui ne maîtrisent plus leur trajectoire, ils se heurtent et s'échouent dans un ciel teinté de bleu. Mes affaires reposent plusieurs mètres derrière moi, abandonnées et oubliées comme une mue. Les yeux grands ouverts, avalant l'horizon, je médite.

Ma magie s'étale comme une robe autour de moi, se dissolvant dans l'herbe haute. C'est un état étrange, fragile et fascinant, plein de déséquilibres. Si je m'égare, je glisse ; si je glisse, je perds. J'ai pleinement conscience de mon environnement, de ma peau, du froid, de la force de la mer en contrebas, et même ces fleurs, ces plantes qui grandissent autour de moi, j'ai l'impression de pouvoir les effleurer par la pensée. Je me sens tentaculaire, ou semblable à un voile, léger et transparent. Je n'ose ni avaler ni cligner des yeux. J'essaye de toucher du bout des doigts la magie, de comprendre sa direction, sa provenance, cela nécessite une ouverture immense, permanente, et une conscience aiguë. Tous mes autres sens m'apparaissent aveugles, ils ne me renvoient rien, ne murmurent plus. La baguette posée sur mes paumes, les traversant pour les unir, je suis comme frappée par la foudre. Mon visage est figé, mes yeux sont ronds, une larme roule sur ma pommette, conséquence de cet effort et résultat de ce bien-être qui me touche et se diffuse en moi. C'est comme si je flottais, que j'étais allongée sur la nappe froissée de la mer, les yeux aveugles posés sur le ciel, s'émerveillant de ce bleu qu'ils ne peuvent voir.
C'est étrange, et je ne suis pas loin de me demander si je ne suis pas descendue trop profondément dans cet état méditatif qui est le mien. Mais je ne peux pas laisser à cette pensée le pouvoir d'exister, elle renverserait tout, me jetterait de nouveau au bord de ma peau. Alors, je continue à flotter.

Et je flotte tant que je m'éloigne de la rive et du monde. Je n'entends pas les bruits dans l'herbe, derrière mon dos. Je n'entends pas les caprins qui progressent lentement en troupeau jusqu'à moi, broutant sans se soucier de ma présence. Les chèvres qui s'avancent, confiantes, jusqu'à glisser leur mufle humide dans mon sac. Elles sont trois, et on peut dire qu'elles ne se gênent pas, entourées des leurs. Mais je ne les vois pas, je leur tourne le dos. Elles se régalent de ce que j'ai emporté, et moi du paysage qu'elles me laissent.


@Cillian O'Dea, n'hésite pas à me dire s'il y a quoi que ce soit à changer !

#466962Botaniste au Jardin de Draíocht
baisse de présence jusque fin juillet

21 oct. 2025, 12:00
Corne d'abondance  PV 
Cillian se promenait le long des falaises. Il prenait un peu de vacances, maintenant que l’année scolaire était enfin terminée. Il passait donc quelques temps dans la campagne irlandaise avant de rentrer chez lui en Écosse, et s’était décidé pour la côte. Il se retrouvait donc aux falaises de Moher à marcher pour profiter du paysage. Il se souvenait être venu ici avec sa famille quand il était petit, une seule fois, et sa mère était terrorisée car Niamh ne cessait de s’approcher dangereusement du vide. Par sécurité, il avait choisi un chemin qui passait relativement loin du bord des falaises.

Alors qu’il contournait une grosse pierre, il vit plusieurs silhouettes à quelques centaines de mètres, pas toutes humaines. En plissant les yeux contre le vent, il distingua une personne qui semblait assise dans les herbes hautes, et, un peu derrière, trois chèvres. En s’approchant, il lui sembla que les chèvres avaient les naseaux dans un sac. Probablement celui de la personne assise dos aux chèvres. Elle ne semblait rien avoir remarqué.

Il s’approcha à grand pas des chèvres en s’exclamant d’une voix forte, un peu malmenée par le vent.

« Eh ! Vous là ! Ouste ! »

Il arriva au niveau des chèvres, qui ne semblaient pas du tout perturbée par son arrivée, et commença à pousser l’arrière-train de celle qui avait sa tête la plus enfoncée dans le sac.

« Ouste j’ai dit », continua-t-il d’une voix moins forte.

Il lança un regard vers la personne. Une femme aux cheveux roux.

« Miss ! Je crois qu’on veut vous voler vos affaires ! »

@Alyona Farrow

#595d2b
Tu peux me tutoyer horsRP !

23 oct. 2025, 11:27
Corne d'abondance  PV 
Flotter, c'est être en équilibre, se tenir entre deux mondes, effleurer leur surface sans appartenir à aucune, voir son corps s'effacer sur les frontières, se distendre, se confondre, se dégrader sur les limites, et finalement se fondre sur elles, étendu, détendu, affreusement et merveilleusement libre. Je suis semblable à un voile blanc posé sur la mer, comme un drap trempé de rêves, je me mélange aux houles sans jamais être emportée, sans jamais y disparaître, je suis leur nouvelle peau, leur nouvelle écume tombée du ciel, toujours lisse, toujours étalée, insensible au vent qui tente de m'arracher. Mes respirations sont lentes, profondes et calmes ; elles distordent les secondes et découpent les sensations. Étrangère à mon corps, je me sens bien, en paix, sereine comme si j'étais suspendue à un songe dont la magie est la musique. Cela pourrait durer des heures, il me suffit simplement d'inspirer, de respirer et de rester immobi--

Brusquement, une main sortie de nulle part m'attrape de toute sa poigne, me froisse, me comprime dans sa paume, me tire à elle avec une violence qui me fait sursauter. Je suis plongée dans l'eau, je glisse dans ses tréfonds, dans ses abysses, mon cœur accélère, confus, paniqué, on me frappe dans le dos et je suis jetée au bord de ma peau, contrainte de retourner tout en haut de cette falaise, en Irlande, contrainte de retrouver mes joues froides mordues par le vent, et mes membres engourdis, et le poids du tissu sur ma peau, et mes pensées désarçonnées, confuses. Je suis tirée au bord du monde comme si un hameçon s'était accroché à ma poitrine, et on m'éjecte de mon rêve, on m'expulse des vagues pour me jeter sur la terre. Je tousse sur ma réalité, trébuche sur mes perceptions.

« Ouste » ? Le mot est confus, saugrenu et incohérent, je ne suis pas certaine de le comprendre. Mais il se répète, s'affirmant, se renforçant, jusqu'à devenir palpable, blessant. Mais qui dit ? Qui me chasse ? Pourquoi dois-je m'en aller ? Oh Merlin, je n'ose pas me retourner, j'ai l'impression d'avoir été surprise comme une enfant, au mauvais endroit, au mauvais moment. Les sanctions seront sévères et dures ; celles de ma mère l'étaient souvent. Et ma baguette posée sur mes doigts ! Oh, par Circé, si quelqu'un voit ma baguette ! Je suis en territoire moldu. Mais comment pourrai-je me relever et cacher mon catalyseur dans le même mouvement ? Il va falloir que je me retourne, sinon le mot se répétera, plus fort, plus terrifiant. On me demande de partir, je ne peux pas rester là immobile, comme fautive. Je dois me réveiller, me mouvoir ! Par la barbe de Merlin ! Et ma baguette ?! J'ai manqué de vigilance, je n'ai pas été prévenante, j'ai laissé toutes mes affaires derrière moi et désormais ces choix se retournent contre moi. Pourtant, le cœur tonnant comme un fou pris dans sa cage d'os, je ne peux pas m'empêcher de laisser les secondes passer, comme un animal qui se ferait immobile, espérant disparaître.

La voix s'élève de nouveau, épée de Damoclès au-dessus de ma tête. Et... « Miss » ? « Voler vos affaires » ?

Cette fois, je me retourne soudainement, sans réfléchir, les yeux ronds, baguette dans ma main gauche.

La scène qui prend place sous mon regard bleu m'étonne au plus au point.
Un homme aux cheveux aussi roux que les miens se tient à côté de plusieurs chèvres aux mufles enfouis dans mon sac, essayant pour l'un de les chasser, et pour les autres sûrement d'attraper les quelques miettes de pain qui se cachent dans les plis de ma sacoche. Et moi qui me croyais la cible de cette voix insatisfaite !

Je me lève brutalement, glissant ma baguette dans mon dos, la bouche entrouverte, encore pantoise.

« Par Merl— » Non, non pas cela ! Je me rattrape comme je le peux, prestement : « Merde ! » Mes joues rougissent sous le juron grossier et inhabituel qui me sort des lèvres.

Je me précipite jusqu'aux chèvres, me faufilant parmi elles jusqu'à plonger mon buste et mes bras à côté de leur cou, attrapant mon sac pour le tirer vers moi, chassant les mufles et les cornes de ma main gauche. À force de volonté, je parviens à reprendre mes affaires, probablement à la plus grande déception de ces trois demoiselles et de leurs regards mécontents. Je recule de quelques pas avant de reporter mes iris sur l'homme qui se tient désormais plus si loin de moi, serrant mes affaires contre ma poitrine, encore secouée et surprise.

« Merci beaucoup ! J'étais concentrée sur mes pensées, je ne les avais pas entendues... Si vous n'étiez pas arrivé, je ne sais pas dans quel état j'aurais trouvé mon sac. » J'observe d'ailleurs celui-ci rapidement, cherchant à déterminer les dégâts qui ont pu y être portés avant d'ajouter, un rire gêné secouant mes lèvres et mes pommettes rouges : « Je n'avais pas prévu de partager mon goûter ! »

#466962Botaniste au Jardin de Draíocht
baisse de présence jusque fin juillet