T’as deux minutes ?
Lundi, autour de midi
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@Niall O’Barden
Fabio faisait les cents pas sur le Chemin de Traverse. Parfois, ses pas le menaient une centaine de mètres sur la droite – il s’immobilisait alors un instant devant Madame Guipure ou la Galerie de Travers afin de voir ce qu’était exposé dans les respectives vitrines – avant de revenir sur ses pas pour déambuler en direction du côté opposé – où il reproduisait le même schéma avec un arrêt devant la vitrine de la papeterie.
Régulièrement, signe de son impatience, son regard s’échappait pour jeter un coup d’œil en direction de la porte de Fleury & Bott par laquelle il espérait voir sortir le libraire pour la pause de midi. S’il était venu une dizaine de minutes à l’avance afin d’être certain de ne pas le rater, Fabio avait aucune idée de combien de temps était effectivement passé. Et alors qu’il allait se résigner à s’arrêter un moment devant la vitrine de Keddle & Leather – qui ne l’intéressait aucunement, mais qui avait le mérite d’être juste en face de la librairie et de ne pas être une des autres vitrines qu’il pensait maintenant connaître par cœur – il l’aperçut enfin.
Immédiatement, un sourire s’installa sur le visage de Fabio et il l’interpella :
– Niall !
Il s’approcha rapidement et s’arrêta aux côtés du sorcier.
– Salut ! Tu me permets de piquer deux minutes de ta pause de midi ?
Fabio s’interrompit juste le temps de s’assurer que Niall n’était pas excessivement pressé pour l’une ou l’autre raison, puis continua :
– Tu te souvins de la fois où tu m’as demandé si j’avais une représentation préférée dans le programme de la saison ?
À nouveau, l’Egyptien marqua une brève pause le temps de vérifier dans le regard du sorcier qu’il se souvenait effectivement de cet épisode, à l’occasion de sa toute première visite à la librairie.
– Mardi prochain il y en aura une que j’affectionne particulièrement. C’est un collectif que j’ai vu à ses petits débuts quand j’étais encore en Égypte… je voulais te demander si ça t’intéresserait. Et si c’est le cas, t’inviter à venir voir le spectacle avec moi, s’empressa-t-il d’ajouter afin de ne laisser place à aucun doute ou malentendu.
S’il savait que le libraire venait régulièrement à la Salle de Spectacle et semblait s’intéresser à un programme varié, ils ne s’y étaient toujours croisés que relativement brièvement. Ils n’avaient jamais assisté à une représentation ensemble. Fabio chercha le regard du sorcier en face de lui. Il espérait une réponse positive. Il espérait que Niall ne préférait pas se contenter de lui parler à l’occasion d’un entracte ou dans les quelques minutes qui suivaient la fin d’un spectacle.
Fab’ulous
#583400
T’as deux minutes ?
Les lundis, Niall savait qu'il pourrait bientôt souffler car la foule finirait par quitter le Chemin de Traverse, et surtout sa boutique. Il ne pouvait de toute manière rien dire puisque c'était lui qui avait choisi de s'occuper de deux stagiaires en juillet, lui avait accepté de mener à bien le projet de la bibliocabine et lui qui venait de déposer un projet de concours prévu pour le mois d'octobre. Niall prenait les responsabilités qu'on lui présentait et espérait ainsi qu'il pourrait glisser à son supérieur la possibilité de partir en formation pour le mois de novembre. Le Royaume-Uni ou l'Europe, il ne s'était pas encore décidé, mais s'il ne voulait pas stagner dans ses connaissances, il le savait, c'était par toutes ces étapes qu'il devait passer. Et tant pis s'il avait l'air fatigué en plein mois d'août, quand tous les sorciers et sorcières rayonnaient de tranquillité.
Terminant de remettre en place les livres sur les dragons que le dernier client avait finalement décidé de ne pas acheter, le regard de Niall fut attiré par les clients qui quittaient la librairie. Le traditionnel trajet d'un client voudrait que celui-ci ferme la porte et s'en aille vers une autre boutique ou transplane, mais pas celui sur lequel son regard venait de se poser. Ce client-là reproduisait une sorte d'aller-retour qui avait évidemment piqué la curiosité de l'Irlandais. Et si cette description semble prendre plusieurs secondes par celui qui l'écrit, la réflexion de Niall, elle, n'en a pris qu'une : car ce fameux passant, il le reconnaitrait parmi des dizaines, même depuis l'étage de la librairie alors que Fabio n'a pourtant jamais levé la tête jusqu'à lui.
Dans sa curiosité, le libraire délaissa ses livres qu'il avait pourtant décidé de replacer en une jolie tour parfaitement symétrique, car le passant-aux-allers-retours venait de le pousser à s'approcher de la fenêtre. Il n'y avait aucun doute, même si celui-ci disparaissait de son champ de vision, c'était bien Fabio. La question maintenant était de savoir dans quelle boutique il allait entrer, car ce n'était visiblement pas la sienne qui semblait l'intéresser et cela le déçut presque un peu.
Depuis un an déjà, depuis que Niall avait rencontré Fabio, l'Irlandais était bien incapable de parler de régularité dans leurs rencontres. L'un arrivait sur le chemin de l'autre sans savoir s'il y aurait une connexion entre les deux – bien que Niall en ait toujours senti une – et si la rencontre perdurerait dans le temps. Le bal avait tissé des liens invisibles entre les deux, comme une petite cordelette blanche qui s'était resserrée sur le poignet des deux avec, au bout, tournoyant au-dessus de leurs têtes : deux cerfs-volants. Si lors du bal, les deux avaient pu se croiser, s'entrecroiser et s'emmêler pour finir par se séparer, aujourd'hui, il se demandait si après un duel, une visite nocturne et une main sur le dos lors d'une entracte de spectacle, il y aurait Rencontre.
Et si cette description a à nouveau semblé prendre plusieurs secondes, cette fois, celle-ci a permis à l'Irlandais de descendre les escaliers de la librairie et d'oser sortir – au moins pour s'assurer que les cordelettes blanches et invisibles se croisent.
A peine avait-il poussé la porte que son nom avait été prononcé. Impossible alors de ne pas sourire comme il le fait seulement pour Fabio – mais ça, Fabio ne le sait pas, et peut-être que Niall non plus d'ailleurs. Il laissa le Directeur de la Salle de Spectacle s'approcher alors qu'il refermait la porte derrière lui et sentit sa déception d'il y a quelques minutes se dissiper lorsqu'il comprit qu'en étant volé de deux minutes de sa pause de midi, c'était bien lui que Fabio avait voulu voir.
– Fabio.
C'était un bonjour, une réponse à sa demande, une symétrie nominative qui plaisait à Niall.
– Je pense même pouvoir t'en offrir plus que deux, ajouta-t-il en souriant avant d'écouter ce que l'Egyptien avait à dire.
Si en sortant de la boutique, le libraire n'avait feinté aucune surprise en voyant Fabio, celle qui s'affichait actuellement sur son visage était bien naturelle. Oui, Niall ne souvenait très bien de la fois où il l'avait interrogé sur sa représentation préférée. En revanche, il devait bien admettre qu'il s'étonnait que lui s'en souvienne. D'autant plus qu'il prenne de son temps du midi et se déplace jusqu'à Londres pour le lui rappeler. Alors il hocha doucement la tête, les sourcils tout de même froncés pour suivre ce qui semblait arriver et ne l'interrompit pas – il fallait dire qu'observer Fabio était plus intéressant que prendre la parole.
Mardi prochain. Une pièce qu'il affectionnait. Venir avec lui.
Venir avec lui.
– Bien sûr !
Est-ce que ses mots étaient sortis trop vite ou trop lentement ? Il n'en avait aucune idée. Il avait plongé ses yeux dans les siens au mauvais moment, celui où les deux s'étaient croisés et où Niall avait choisi de répondre pour éviter de réfléchir à ce qu'il ressentait. Evidemment qu'il était bien heureux d'avoir été invité – il gérerait plus tard les autres émotions que ce rendez-vous provoquerait –, mais quelle était l'intensité qu'il avait le droit de montrer ?
– Mais... J'ai déjà mon billet. Est-ce que je peux l'annuler ? Je ne crois pas me souvenir qu'il restait des places de disponibles à côté de la mienne quand je l'ai achetée.
La cohérence en présence de Fabio n'était pas toujours la plus grande. Niall oubliait donc qu'il parlait au Directeur de la Salle de Spectacle et qu'il aurait sûrement quelques privilèges qui lui permettraient d'annuler un billet et d'en trouver d'autres. A cet instant, tout ce qu'il y avait dans la logique de l'Irlandais c'était que même si Fabio avait sa place, Niall se retrouverait bloqué en H8 à côté de personnes qu'il n'apprécierait pas autant. Dans ce cocktail d'émotions et de fatigue par lesquelles passait le libraire, il réussissait tout de même à s'imaginer les deux cerfs-volants voler au-dessus des deux corps, les liant de leur petite cordelette blanche.
Terminant de remettre en place les livres sur les dragons que le dernier client avait finalement décidé de ne pas acheter, le regard de Niall fut attiré par les clients qui quittaient la librairie. Le traditionnel trajet d'un client voudrait que celui-ci ferme la porte et s'en aille vers une autre boutique ou transplane, mais pas celui sur lequel son regard venait de se poser. Ce client-là reproduisait une sorte d'aller-retour qui avait évidemment piqué la curiosité de l'Irlandais. Et si cette description semble prendre plusieurs secondes par celui qui l'écrit, la réflexion de Niall, elle, n'en a pris qu'une : car ce fameux passant, il le reconnaitrait parmi des dizaines, même depuis l'étage de la librairie alors que Fabio n'a pourtant jamais levé la tête jusqu'à lui.
Dans sa curiosité, le libraire délaissa ses livres qu'il avait pourtant décidé de replacer en une jolie tour parfaitement symétrique, car le passant-aux-allers-retours venait de le pousser à s'approcher de la fenêtre. Il n'y avait aucun doute, même si celui-ci disparaissait de son champ de vision, c'était bien Fabio. La question maintenant était de savoir dans quelle boutique il allait entrer, car ce n'était visiblement pas la sienne qui semblait l'intéresser et cela le déçut presque un peu.
Depuis un an déjà, depuis que Niall avait rencontré Fabio, l'Irlandais était bien incapable de parler de régularité dans leurs rencontres. L'un arrivait sur le chemin de l'autre sans savoir s'il y aurait une connexion entre les deux – bien que Niall en ait toujours senti une – et si la rencontre perdurerait dans le temps. Le bal avait tissé des liens invisibles entre les deux, comme une petite cordelette blanche qui s'était resserrée sur le poignet des deux avec, au bout, tournoyant au-dessus de leurs têtes : deux cerfs-volants. Si lors du bal, les deux avaient pu se croiser, s'entrecroiser et s'emmêler pour finir par se séparer, aujourd'hui, il se demandait si après un duel, une visite nocturne et une main sur le dos lors d'une entracte de spectacle, il y aurait Rencontre.
Et si cette description a à nouveau semblé prendre plusieurs secondes, cette fois, celle-ci a permis à l'Irlandais de descendre les escaliers de la librairie et d'oser sortir – au moins pour s'assurer que les cordelettes blanches et invisibles se croisent.
A peine avait-il poussé la porte que son nom avait été prononcé. Impossible alors de ne pas sourire comme il le fait seulement pour Fabio – mais ça, Fabio ne le sait pas, et peut-être que Niall non plus d'ailleurs. Il laissa le Directeur de la Salle de Spectacle s'approcher alors qu'il refermait la porte derrière lui et sentit sa déception d'il y a quelques minutes se dissiper lorsqu'il comprit qu'en étant volé de deux minutes de sa pause de midi, c'était bien lui que Fabio avait voulu voir.
– Fabio.
C'était un bonjour, une réponse à sa demande, une symétrie nominative qui plaisait à Niall.
– Je pense même pouvoir t'en offrir plus que deux, ajouta-t-il en souriant avant d'écouter ce que l'Egyptien avait à dire.
Si en sortant de la boutique, le libraire n'avait feinté aucune surprise en voyant Fabio, celle qui s'affichait actuellement sur son visage était bien naturelle. Oui, Niall ne souvenait très bien de la fois où il l'avait interrogé sur sa représentation préférée. En revanche, il devait bien admettre qu'il s'étonnait que lui s'en souvienne. D'autant plus qu'il prenne de son temps du midi et se déplace jusqu'à Londres pour le lui rappeler. Alors il hocha doucement la tête, les sourcils tout de même froncés pour suivre ce qui semblait arriver et ne l'interrompit pas – il fallait dire qu'observer Fabio était plus intéressant que prendre la parole.
Mardi prochain. Une pièce qu'il affectionnait. Venir avec lui.
Venir avec lui.
– Bien sûr !
Est-ce que ses mots étaient sortis trop vite ou trop lentement ? Il n'en avait aucune idée. Il avait plongé ses yeux dans les siens au mauvais moment, celui où les deux s'étaient croisés et où Niall avait choisi de répondre pour éviter de réfléchir à ce qu'il ressentait. Evidemment qu'il était bien heureux d'avoir été invité – il gérerait plus tard les autres émotions que ce rendez-vous provoquerait –, mais quelle était l'intensité qu'il avait le droit de montrer ?
– Mais... J'ai déjà mon billet. Est-ce que je peux l'annuler ? Je ne crois pas me souvenir qu'il restait des places de disponibles à côté de la mienne quand je l'ai achetée.
La cohérence en présence de Fabio n'était pas toujours la plus grande. Niall oubliait donc qu'il parlait au Directeur de la Salle de Spectacle et qu'il aurait sûrement quelques privilèges qui lui permettraient d'annuler un billet et d'en trouver d'autres. A cet instant, tout ce qu'il y avait dans la logique de l'Irlandais c'était que même si Fabio avait sa place, Niall se retrouverait bloqué en H8 à côté de personnes qu'il n'apprécierait pas autant. Dans ce cocktail d'émotions et de fatigue par lesquelles passait le libraire, il réussissait tout de même à s'imaginer les deux cerfs-volants voler au-dessus des deux corps, les liant de leur petite cordelette blanche.
T’as deux minutes ?
Trop vite ou trop lentement, peu importe puisqu'ils étaient-là, les mots : bien sûr, en réponse à son invitation.
Niall semblait préoccupé par le billet qu'il avait déjà acheté et légèrement amusé – ou peut-être que c'était aussi un sourire teinté de soulagement de constater que ce n'était que ça et pas autre chose – le directeur de la salle de spectacle s'empressa de rassurer le sorcier :
– Ce n'est pas un problème. Tu peux l'annuler ou si tu préfères – c'était en tout cas l'option que préférait Fabio, pour tout un tas de raisons – l'échanger contre un billet pour une autre représentation. Soit en passant directement à la Salle, soit en envoyant un hibou … je peux organiser ça facilement.
Bien sûr qu'il le pouvait, compte tenu de sa position. Cette magie des billets qu'il pouvait faire opérer s'il le souhaitait, dès qu'il le souhaitait ; des mécanismes de réservation, d'échange et réarrangement qui n'avaient d'autre nom que celui de "privilège" lui appartenant. Tout au plus, Fabio récoltait-il dans la manœuvre un regard réprobateur de la part de Sandra. La billetterie était son royaume et elle n'appréciait guère qu'on vienne chambouler l'ordre soigneusement établi dont elle était maîtresse. À moins de se présenter devant elle, le matin, un croissant dans une main et un café dans l'autre – auquel cas, tout était bien évidemment pardonné. Et bien évidemment, Fabio connaissait aussi ce rouage-là de la formule magique. Et ainsi, plus d'une fois déjà, Fabio était passé par le Café du Rosier avant de débuter la journée de travail. Pas que pour Sandra d'ailleurs, la formule croissant et boisson fonctionnait sur toute l’équipe – lui compris – pour un départ dans la journée plein d’énergie.
Fabio sourit à Niall et le regarda comme pour entendre de lui ce qu’il pensait de sa proposition. Tout à coup, il réalisa qu’au stade du raisonnement où il avait laissé celui qui allait être son invité, celui-ci se trouvait actuellement sans place du tout. Alors rapidement, avant que Niall ait pu ouvrir la bouche pour répondre, ce fut Fabio qui reprit la parole :
– Et bien sûr, je nous organise d’autres places.
Fabio le gratifia d’un nouveau sourire. Le « bien sûr » de Niall traversa à nouveau son esprit. Verdict : il était sorti trop vite. Et lorsqu’il le réalisa, quelque chose en lui se bouscula. Et par cette fissure s’échappa :
– En fait … j’espérais que tu dises oui, j’ai déjà réservé deux places. À côté.
Ça aussi, c’était sorti trop vite. Du moins, avant qu’il n’ait eu le temps de réfléchir à ses mots. Avant qu’il ait eu le temps de perdre son courage, aussi. Et avant qu’il ait eu le temps d’enrober ce qui était la vérité exprimée dans un élan de pure sincérité par quelque chose de plus … atténué ? correct ? moins honnête ? plus approprié ?
Fabio sentit la chaleur lui monter aux joues, mais son regard ne fuit pas.
Niall semblait préoccupé par le billet qu'il avait déjà acheté et légèrement amusé – ou peut-être que c'était aussi un sourire teinté de soulagement de constater que ce n'était que ça et pas autre chose – le directeur de la salle de spectacle s'empressa de rassurer le sorcier :
– Ce n'est pas un problème. Tu peux l'annuler ou si tu préfères – c'était en tout cas l'option que préférait Fabio, pour tout un tas de raisons – l'échanger contre un billet pour une autre représentation. Soit en passant directement à la Salle, soit en envoyant un hibou … je peux organiser ça facilement.
Bien sûr qu'il le pouvait, compte tenu de sa position. Cette magie des billets qu'il pouvait faire opérer s'il le souhaitait, dès qu'il le souhaitait ; des mécanismes de réservation, d'échange et réarrangement qui n'avaient d'autre nom que celui de "privilège" lui appartenant. Tout au plus, Fabio récoltait-il dans la manœuvre un regard réprobateur de la part de Sandra. La billetterie était son royaume et elle n'appréciait guère qu'on vienne chambouler l'ordre soigneusement établi dont elle était maîtresse. À moins de se présenter devant elle, le matin, un croissant dans une main et un café dans l'autre – auquel cas, tout était bien évidemment pardonné. Et bien évidemment, Fabio connaissait aussi ce rouage-là de la formule magique. Et ainsi, plus d'une fois déjà, Fabio était passé par le Café du Rosier avant de débuter la journée de travail. Pas que pour Sandra d'ailleurs, la formule croissant et boisson fonctionnait sur toute l’équipe – lui compris – pour un départ dans la journée plein d’énergie.
Fabio sourit à Niall et le regarda comme pour entendre de lui ce qu’il pensait de sa proposition. Tout à coup, il réalisa qu’au stade du raisonnement où il avait laissé celui qui allait être son invité, celui-ci se trouvait actuellement sans place du tout. Alors rapidement, avant que Niall ait pu ouvrir la bouche pour répondre, ce fut Fabio qui reprit la parole :
– Et bien sûr, je nous organise d’autres places.
Fabio le gratifia d’un nouveau sourire. Le « bien sûr » de Niall traversa à nouveau son esprit. Verdict : il était sorti trop vite. Et lorsqu’il le réalisa, quelque chose en lui se bouscula. Et par cette fissure s’échappa :
– En fait … j’espérais que tu dises oui, j’ai déjà réservé deux places. À côté.
Ça aussi, c’était sorti trop vite. Du moins, avant qu’il n’ait eu le temps de réfléchir à ses mots. Avant qu’il ait eu le temps de perdre son courage, aussi. Et avant qu’il ait eu le temps d’enrober ce qui était la vérité exprimée dans un élan de pure sincérité par quelque chose de plus … atténué ? correct ? moins honnête ? plus approprié ?
Fabio sentit la chaleur lui monter aux joues, mais son regard ne fuit pas.
Fab’ulous
#583400
T’as deux minutes ?
Durant son enfance et toute son adolescence, Niall avait été éduqué à la bien séance. Les règles avaient été inculquées très tôt : s'exprimer et se tenir en société étaient les clés de la réussite. Il n'y avait jamais eu aucun répit, aucune minute d'offerte et aucun oubli pardonné. Ainsi, choisir ses mots, en prendre soin, soigner son débit et son ton, vérifier ses arguments et se contenir faisaient, aujourd'hui, partie de lui. Et s'il y était sensible chez lui, il l'était tout autant chez ceux à qui il s'adressait, notamment Fabio. Depuis leurs premiers échanges, depuis que Niall avait rougi face à cette ouverture dans laquelle l'Egyptien avait plongé pour commenter son prénom, depuis cet au revoir dans la librairie. Depuis toutes ces fois, Niall aimait écouter les mots, le débit et le ton que prenait ce sorcier. Il aimait ses pauses, ses formulations et tout son panache oratoire qui faisait de lui ce qu'il était, qui faisait de lui quelqu'un dont Niall ne cessait d'être attiré.
Parfois, Niall se rendait compte qu'il perdait le fil. Il commençait par écouter les mots de Fabio, puis leur rythme et leur sens, et finissait par se perdre sur son visage. Là, il lui fallait alors produire un effort considérable pour se remémorer tout ce qui venait d'être dit et pouvoir répondre au mieux.
Lorsqu'il crut d'ailleurs devoir reprendre la parole, Niall tomba dans le sourire de Fabio une seconde supplémentaire et se laissa sourire à son tour, jusqu'à ce que les passants aux alentours lui rappellent qu'ils n'étaient pas seuls – et le sourire perdit quelques millimètres pour retrouver une allure plus sérieuse.
Puis vinrent les sourcils froncés face à cet ajout de nouveaux mots. Ces mots qui poussent à la curiosité, ces mots qui attirent et qui font palpiter un cœur qui cherche à s'accrocher. Niall sourit à nouveau – tant pis pour les passants – en entendant cet espoir, en entendant que la réservation était déjà faite. A côté. Ces derniers mots n'étaient pas tellement utiles dans ce discours. Fabio aurait pu ne pas les ajouter, l'évidence aurait suffi. Sauf qu'il l'avait fait. La précision avait été ajoutée et Niall en avait même lâché un petit rire plein de tendresse.
Cette fois, Niall n'avait pas réussi à tenir le regard bleu de Fabio. Attiré par la couleur qu'avait pris le teint du sorcier, c'était finalement vers le sol qu'il avait posé son regard. Plus froid, plus facile, moins doux.
– Alors si tu as déjà réservé nos places, j'échangerai volontiers celle que j'ai en passant à la Salle. Parce qu'en passant à la Salle, bien qu'il y ait l'option hibou, l'option Fabio était plus intéressante. Il reprit le regard bleu et déglutit. Il aurait aimé en dire des choses à cet instant – proposer de l'accompagner à celle pour laquelle il échangerait son billet, entre autre – mais pour ne pas s'emballer trop vite et loin, il resta sur le terrain que Fabio avait lancé. Tu pensais que je pouvais refuser ?
Niall sentait bien que ses questions étaient prudentes avec l'Egyptien. Il préférait creuser chez lui plutôt que dans ses propres pensées. Et puis, dans un doux mélange de curiosité, d'intérêt et de protection, il y avait cette question. Et dans cette question, Niall savait qu'il glissait lui aussi des choses qu'il taisait, mais à cet instant, cette question était plus importante qu'interroger le sorcier sur ce fameux collectif comme toute bienséance l'aurait exigé.
Parfois, Niall se rendait compte qu'il perdait le fil. Il commençait par écouter les mots de Fabio, puis leur rythme et leur sens, et finissait par se perdre sur son visage. Là, il lui fallait alors produire un effort considérable pour se remémorer tout ce qui venait d'être dit et pouvoir répondre au mieux.
Lorsqu'il crut d'ailleurs devoir reprendre la parole, Niall tomba dans le sourire de Fabio une seconde supplémentaire et se laissa sourire à son tour, jusqu'à ce que les passants aux alentours lui rappellent qu'ils n'étaient pas seuls – et le sourire perdit quelques millimètres pour retrouver une allure plus sérieuse.
Puis vinrent les sourcils froncés face à cet ajout de nouveaux mots. Ces mots qui poussent à la curiosité, ces mots qui attirent et qui font palpiter un cœur qui cherche à s'accrocher. Niall sourit à nouveau – tant pis pour les passants – en entendant cet espoir, en entendant que la réservation était déjà faite. A côté. Ces derniers mots n'étaient pas tellement utiles dans ce discours. Fabio aurait pu ne pas les ajouter, l'évidence aurait suffi. Sauf qu'il l'avait fait. La précision avait été ajoutée et Niall en avait même lâché un petit rire plein de tendresse.
Cette fois, Niall n'avait pas réussi à tenir le regard bleu de Fabio. Attiré par la couleur qu'avait pris le teint du sorcier, c'était finalement vers le sol qu'il avait posé son regard. Plus froid, plus facile, moins doux.
– Alors si tu as déjà réservé nos places, j'échangerai volontiers celle que j'ai en passant à la Salle. Parce qu'en passant à la Salle, bien qu'il y ait l'option hibou, l'option Fabio était plus intéressante. Il reprit le regard bleu et déglutit. Il aurait aimé en dire des choses à cet instant – proposer de l'accompagner à celle pour laquelle il échangerait son billet, entre autre – mais pour ne pas s'emballer trop vite et loin, il resta sur le terrain que Fabio avait lancé. Tu pensais que je pouvais refuser ?
Niall sentait bien que ses questions étaient prudentes avec l'Egyptien. Il préférait creuser chez lui plutôt que dans ses propres pensées. Et puis, dans un doux mélange de curiosité, d'intérêt et de protection, il y avait cette question. Et dans cette question, Niall savait qu'il glissait lui aussi des choses qu'il taisait, mais à cet instant, cette question était plus importante qu'interroger le sorcier sur ce fameux collectif comme toute bienséance l'aurait exigé.
T’as deux minutes ?
Le regard de Fabio ne fuit pas, mais celui de Niall si. Il s'échappa en direction du pavé gris, laissant l’Egyptien seul avec l'écho d'un rire qu’il ne sut comment interpréter et le début d'une désagréable impression d’avoir dit quelque chose qu’il aurait peut-être mieux fait de ne pas exprimer ainsi. Mais les murs d'une tour d'embarras n'eurent pas le temps de s'ériger autour de lui que Niall avait déjà répondu, avait à nouveau levé les yeux et fait reculer les doutes suffisamment loin dans leurs tranchées pour permettre à Fabio de se concentrer sur le moment présent.
Ainsi, le sorcier hocha la tête à la première partie de la réponse du libraire – savoir que Niall reviendrait lui plaisait –, mais la question qu'il posa ensuite le laissa muet l'espace de quelques secondes. Qu'entendait-il exactement par là ? Il laissa la voix de l'Irlandais défiler plusieurs fois dans son esprit, se rejouant les mots encore et encore, pas certain s'il s'agissait d'une réelle question … ou d'une espèce d'aveu dissimulé ? Fabio aurait aimé répondre avec un air assuré, la vérité totale, dissimulée sous un air joueur et taquin, totalement assumée. Mais en même temps, il craignait qu'une telle audace ne fasse à nouveau fuir le regard de Niall – ou pire : cette fois-ci Niall tout entier.
Alors il préféra s'en tenir à une réponse d'une honnêteté différente, plus prudente.
– Je sais pas. Tes réactions ne sont pas toujours faciles à prévoir, tu sais.
Imprévisibles comme le ciel britannique, ensoleillé jusqu’à ce que soudainement ne surgisse un nuage, ou deux, trois – tout un tapis cotonneux, parfois. Toujours – et étrangement peut-être – d’une certaine douceur, mais qui rendait plus confuse et difficile la lecture des intentions.
Fabio esquissa un sourire discret. Il lui avait communiqué la première partie de sa vérité un peu plus tôt à travers ce – peut-être déjà trop osé – “j’espérais que tu dises oui”. À vrai dire, il s'était entièrement remis à cet espoir-là. C'était lui qui l'avait poussé à réserver les places avant même d'attendre une réponse de Niall tout autant que c'était lui qui avait mené ses pas sur le Chemin de Traverse, aujourd'hui. Pourtant, Fabio se rendait maintenant compte que formuler ce ressenti à voix haute lui faisait du bien. Et s'il ne s'agissait pas d'un reproche, il lui sembla juste, en revanche, d'avoir enfin mis des mots sur cette difficulté à laquelle il se heurtait de temps en temps face à Niall. Cette imprévisibilité qui torpillait sa confiance et son assurance, qui prêtait parfois à ses mots et ses gestes une maladresse qui le déstabilisait autant qu'elle ne l'embarrassait.
Ainsi, le sorcier hocha la tête à la première partie de la réponse du libraire – savoir que Niall reviendrait lui plaisait –, mais la question qu'il posa ensuite le laissa muet l'espace de quelques secondes. Qu'entendait-il exactement par là ? Il laissa la voix de l'Irlandais défiler plusieurs fois dans son esprit, se rejouant les mots encore et encore, pas certain s'il s'agissait d'une réelle question … ou d'une espèce d'aveu dissimulé ? Fabio aurait aimé répondre avec un air assuré, la vérité totale, dissimulée sous un air joueur et taquin, totalement assumée. Mais en même temps, il craignait qu'une telle audace ne fasse à nouveau fuir le regard de Niall – ou pire : cette fois-ci Niall tout entier.
Alors il préféra s'en tenir à une réponse d'une honnêteté différente, plus prudente.
– Je sais pas. Tes réactions ne sont pas toujours faciles à prévoir, tu sais.
Imprévisibles comme le ciel britannique, ensoleillé jusqu’à ce que soudainement ne surgisse un nuage, ou deux, trois – tout un tapis cotonneux, parfois. Toujours – et étrangement peut-être – d’une certaine douceur, mais qui rendait plus confuse et difficile la lecture des intentions.
Fabio esquissa un sourire discret. Il lui avait communiqué la première partie de sa vérité un peu plus tôt à travers ce – peut-être déjà trop osé – “j’espérais que tu dises oui”. À vrai dire, il s'était entièrement remis à cet espoir-là. C'était lui qui l'avait poussé à réserver les places avant même d'attendre une réponse de Niall tout autant que c'était lui qui avait mené ses pas sur le Chemin de Traverse, aujourd'hui. Pourtant, Fabio se rendait maintenant compte que formuler ce ressenti à voix haute lui faisait du bien. Et s'il ne s'agissait pas d'un reproche, il lui sembla juste, en revanche, d'avoir enfin mis des mots sur cette difficulté à laquelle il se heurtait de temps en temps face à Niall. Cette imprévisibilité qui torpillait sa confiance et son assurance, qui prêtait parfois à ses mots et ses gestes une maladresse qui le déstabilisait autant qu'elle ne l'embarrassait.
Fab’ulous
#583400
T’as deux minutes ?
Si quelqu'un avait envoyé un Sonorus sur Fabio la seconde avant qu'il ne réponde, Niall aurait sûrement souligné la puissance de la magie du sorcier, tant la réponse du Directeur avait semblé avoir gagné en décibels – entendue de tous. Le léger sourire pourtant esquissé à la suite n'avait pas pu empêcher la déglutition automatique et la gêne que cette réponse venait de provoquer chez le libraire. Par automatisme aussi, Niall s'était assuré rapidement qu'autour de lui, personne ne s'était arrêté pour questionner la discussion, questionner l'homme aux réactions imprévisibles, et avait repris le regard de Fabio, pour le tenir plus longtemps cette fois.
Dans ces mots qu'il entendait contre lui, ce n'était peut-être pas tant le reproche qui lui avait serré la gorge, mais le fait qu'il y a dix ans, c'étaient les mêmes mots qu'il avait répondus à Fáelán. Les mêmes mots qui avaient cherché à comprendre le sorcier qui se trouvait en face de lui. Les mêmes mots qui avaient été balayés comme s'ils n'avaient jamais été prononcés. Alors il aurait pu être tenté d'agir de la sorte, s'excuser rapidement, promettre d'être présent au rendez-vous et de feindre des obligations professionnelles auxquelles répondre. Après tout, Fabio n'avait exigé que quelques minutes de sa pause de midi, et celle-ci arrivait bien assez à sa fin. Il aurait pu.
L'Irlandais et le Gallois avaient beau avoir été liés à un moment de l'histoire – sans que cela n'ait pu avoir de sens pour beaucoup –, Niall n'était clairement pas le même homme. Et même si ses allers-retours entre déni et avancée n'avaient parfois aucun sens, aujourd'hui, le libraire préférait l'avancée. Pas d'excuses rapides, pas d'attitude désinvolte, mais montrer au moins qu'il en prenait conscience.
– Je sais... Je suis désolé, commença-t-il en passant sa main droite derrière sa nuque.
Dans les quelques secondes qui suivirent, Niall avait ressenti le besoin de lui expliquer, de tout déballer là, maintenant. Puis, les phrases étaient devenues de simples mots, tout s'était rétracté par la peur. Il s'était alors mis à imaginer qu'il pouvait peut-être simplement lui promettre d'en parler un jour, mais même ça, il en fut incapable.
– Je serai là, promis. Je t'assure que je me réjouis d'y être. A tes côtés.
Pas d'explication, certes, mais une promesse d'aller vers quelque chose de plus prévisible ; ou de moins imprévisible. Il rendit alors le sourire discret que Fabio lui avait envoyé plus tôt, sentant à nouveau l'air regagner ses poumons, et pensa qu'il valait mieux regagner sa librairie avant de prendre un quelconque autre risque.
– Je vais y retourner, annonça-t-il en reculant légèrement de quelques pas, tout en désignant la librairie de l'index. A mardi ?
Si l'hésitation ne venait pas de lui, Niall pensait qu'elle aurait pu entre temps jaillir chez le sorcier. Et dans ses pas qui reculaient, dans ce sourire qui restait attaché au visage de l'Irlandais, Niall cherchait dans le regard de l'Egyptien de quoi se raccrocher à la promesse d'une présence ce fameux mardi. Dans ses pas qui reculaient, Niall avait eu envie de sortir sa baguette, de mettre tout cet instant sur pause et de dire tout ce que le temps qui passait ne le laissait pas dire. Il aurait voulu que les quelques secondes offertes par le sortilège lui offre la possibilité de glisser tout un faisceau de mots et de regards que seul Fabio aurait pu entendre et voir – pour qu'il ne soit plus jamais accusé d'avoir des réactions difficiles à prévoir.
Dans ces mots qu'il entendait contre lui, ce n'était peut-être pas tant le reproche qui lui avait serré la gorge, mais le fait qu'il y a dix ans, c'étaient les mêmes mots qu'il avait répondus à Fáelán. Les mêmes mots qui avaient cherché à comprendre le sorcier qui se trouvait en face de lui. Les mêmes mots qui avaient été balayés comme s'ils n'avaient jamais été prononcés. Alors il aurait pu être tenté d'agir de la sorte, s'excuser rapidement, promettre d'être présent au rendez-vous et de feindre des obligations professionnelles auxquelles répondre. Après tout, Fabio n'avait exigé que quelques minutes de sa pause de midi, et celle-ci arrivait bien assez à sa fin. Il aurait pu.
L'Irlandais et le Gallois avaient beau avoir été liés à un moment de l'histoire – sans que cela n'ait pu avoir de sens pour beaucoup –, Niall n'était clairement pas le même homme. Et même si ses allers-retours entre déni et avancée n'avaient parfois aucun sens, aujourd'hui, le libraire préférait l'avancée. Pas d'excuses rapides, pas d'attitude désinvolte, mais montrer au moins qu'il en prenait conscience.
– Je sais... Je suis désolé, commença-t-il en passant sa main droite derrière sa nuque.
Dans les quelques secondes qui suivirent, Niall avait ressenti le besoin de lui expliquer, de tout déballer là, maintenant. Puis, les phrases étaient devenues de simples mots, tout s'était rétracté par la peur. Il s'était alors mis à imaginer qu'il pouvait peut-être simplement lui promettre d'en parler un jour, mais même ça, il en fut incapable.
– Je serai là, promis. Je t'assure que je me réjouis d'y être. A tes côtés.
Pas d'explication, certes, mais une promesse d'aller vers quelque chose de plus prévisible ; ou de moins imprévisible. Il rendit alors le sourire discret que Fabio lui avait envoyé plus tôt, sentant à nouveau l'air regagner ses poumons, et pensa qu'il valait mieux regagner sa librairie avant de prendre un quelconque autre risque.
– Je vais y retourner, annonça-t-il en reculant légèrement de quelques pas, tout en désignant la librairie de l'index. A mardi ?
Si l'hésitation ne venait pas de lui, Niall pensait qu'elle aurait pu entre temps jaillir chez le sorcier. Et dans ses pas qui reculaient, dans ce sourire qui restait attaché au visage de l'Irlandais, Niall cherchait dans le regard de l'Egyptien de quoi se raccrocher à la promesse d'une présence ce fameux mardi. Dans ses pas qui reculaient, Niall avait eu envie de sortir sa baguette, de mettre tout cet instant sur pause et de dire tout ce que le temps qui passait ne le laissait pas dire. Il aurait voulu que les quelques secondes offertes par le sortilège lui offre la possibilité de glisser tout un faisceau de mots et de regards que seul Fabio aurait pu entendre et voir – pour qu'il ne soit plus jamais accusé d'avoir des réactions difficiles à prévoir.
T’as deux minutes ?
Fabio ne savait pas à quel type de réponse il s'était attendu. Peut-être qu'en fait, il n'avait pas attendu de réponse particulière – ni de réponse tout court – car ce dont il avait surtout ressenti le besoin, il y a quelques instants, était simplement de communiquer à Niall cette difficulté qu’il rencontrait de temps en temps avec lui. Une difficulté qu'il ne lui reprochait pas, mais qui restait tout de même bel et bien là.
L'Egyptien avait remarqué la main que Niall avait glissé dans sa nuque. Signe d'embarras ? De pudeur ? D'autre chose ? Alors Fabio secoua doucement la tête lorsque le libraire s'excusa, accompagnant le mouvement d'un sourire léger qui voulait lui faire comprendre qu'il ne lui en voulait pas.
– C'est pas grave.
Ce qui était curieux peut-être – et il ne pouvait pas réellement se l’expliquer – car en même temps, si le choix lui revenait, Fabio aurait certainement préféré avoir en face de lui des réactions plus claires. Ne serait-ce que pour pouvoir adapter ses propres réactions de façon à ne jamais risquer de heurter le sorcier.
Mais de toute façon, la promesse de Niall était suffisante pour reléguer tout ça à l'arrière-plan – du moins pour le moment – car c'était certainement plus confortable, moins délicat, moins compliqué ainsi. Et à titre d'excuse supplémentaire, il pourrait aussi se convaincre du fait que la rue commerçante qui fin août était particulièrement animée, n'était peut-être pas l'endroit le plus approprié, ni le plus discret pour creuser ce type de sujet. Alors il balaya volontiers le sujet en se focalisant sur ce qui lui plaisait : le fait que Niall avait accepté son invitation.
– Oui bien sûr. À mardi, finit-il par confirmer dans un sourire, juste avant d'ajouter : Moi aussi je me réjouis !
Si Fabio aurait bien aimé que Niall ait plus de temps – plus de temps à passer avec lui là maintenant, immédiatement – il le laissa néanmoins retourner à l'intérieur de la librairie. Et peut-être qu'au final, c'était même mieux ainsi. De toute façon, il le reverrait dans à peine plus d'une semaine et il savait que l'Irlandais se réjouissait. Peut-être que Fabio pouvait se contenter de ça pour l'instant. Non, certainement qu'il le pouvait. Et même qu'à la suite de cette – bien que relativement court – interaction, il quitterait le Chemin de Traverse avec un espèce d'allégresse sereine particulièrement agréable.
L'Egyptien avait remarqué la main que Niall avait glissé dans sa nuque. Signe d'embarras ? De pudeur ? D'autre chose ? Alors Fabio secoua doucement la tête lorsque le libraire s'excusa, accompagnant le mouvement d'un sourire léger qui voulait lui faire comprendre qu'il ne lui en voulait pas.
– C'est pas grave.
Ce qui était curieux peut-être – et il ne pouvait pas réellement se l’expliquer – car en même temps, si le choix lui revenait, Fabio aurait certainement préféré avoir en face de lui des réactions plus claires. Ne serait-ce que pour pouvoir adapter ses propres réactions de façon à ne jamais risquer de heurter le sorcier.
Mais de toute façon, la promesse de Niall était suffisante pour reléguer tout ça à l'arrière-plan – du moins pour le moment – car c'était certainement plus confortable, moins délicat, moins compliqué ainsi. Et à titre d'excuse supplémentaire, il pourrait aussi se convaincre du fait que la rue commerçante qui fin août était particulièrement animée, n'était peut-être pas l'endroit le plus approprié, ni le plus discret pour creuser ce type de sujet. Alors il balaya volontiers le sujet en se focalisant sur ce qui lui plaisait : le fait que Niall avait accepté son invitation.
– Oui bien sûr. À mardi, finit-il par confirmer dans un sourire, juste avant d'ajouter : Moi aussi je me réjouis !
Si Fabio aurait bien aimé que Niall ait plus de temps – plus de temps à passer avec lui là maintenant, immédiatement – il le laissa néanmoins retourner à l'intérieur de la librairie. Et peut-être qu'au final, c'était même mieux ainsi. De toute façon, il le reverrait dans à peine plus d'une semaine et il savait que l'Irlandais se réjouissait. Peut-être que Fabio pouvait se contenter de ça pour l'instant. Non, certainement qu'il le pouvait. Et même qu'à la suite de cette – bien que relativement court – interaction, il quitterait le Chemin de Traverse avec un espèce d'allégresse sereine particulièrement agréable.
Fab’ulous
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