Échos d’Hiver PV : Matthew Warren

[PV : Matthew Warren]

Samedi 4 décembre 2049
15 heures


Le Lac - Le Petit Chalet

Le froid de décembre s’était installé depuis quelques jours déjà, et le lac s’était figé dans une tranquillité solennelle. Gabryel aimait ces instants suspendus où la surface commençait à se cristalliser dans des reflets changeants, conservant son bleu profond teinté d’un gris argenté. Il resta longuement immobile, les mains enfoncées dans les poches de sa cape d’hiver, les yeux rivés sur ce miroir. À chaque souffle, une buée blanche s’échappait de ses lèvres, se mêlant à l’air glacé.

De là où il se tenait, le château de Poudlard se découpait à l’horizon, majestueux, sa silhouette familière s’imposant sur le ciel hivernal. Les lumières qui s’allumaient derrière certaines fenêtres se reflétaient sur le lac, comme des éclats dorés. Le Rouge et Or sentit un pincement au cœur : C’était son dernier hiver ici, son dernier décembre à contempler ce paysage qu’il connaissait par cœur et qui, pourtant, l’émerveillait encore et toujours.

Ses pensées volèrent vers Aelle. Combien d’heures avaient-ils passées ensemble à s’exercer aux sortilèges, juste là, au bord de l’eau ? Leurs paroles tout comme leurs silences résonnaient encore dans sa mémoire, mêlés aux incantations parfois ratées, aux éclats d’étincelles qui s’échappaient de leurs baguettes, aux promesses faites à voix basse. Chaque recoin de cette rive portait une trace d’elle.

Son regard se posa sur son Petit Chalet, sa cabane. Elle lui paraissait aujourd’hui indissociable du Lac, comme si elle avait toujours existé. Pourtant, il se souvenait des débuts maladroits, des morceaux de bois assemblés de travers, de la patience nécessaire pour la construire peu à peu, de ses mains. Avec le temps, elle était devenue plus qu’un abri. C’était un refuge, un lieu intime où il avait grandi, mûri, où il avait appris à écouter le silence, et à se laisser adopter par la nature. Les arbres, les oiseaux, le clapotis de l’eau, chaque élément semblait avoir veillé sur lui au fil des années, comme une mère sur sa progéniture.

Sans prévenir, la neige se mit à tomber, d’abord légère, puis plus forte, en gros flocons qui dansaient dans le vent, pour se poser sur ses cheveux et sur ses épaules. Le monde disparaissait dans ce voile blanc, et l’Écossais sentit le froid l’envahir. Il resta immobile encore un instant, comme pour retenir l’image du lac sous l’hiver, le château en arrière-plan.

Puis il se décida à grimper jusqu’au Petit Chalet. Une fois la en haut, le craquement familier des planches sous ses pieds l’accueillit aussitôt, et il referma derrière lui la porte. À l’intérieur, emmitouflé dans sa cape, la chaleur douce et l’odeur du bois l’enveloppèrent. Assis près de la fenêtre, il observa encore les flocons recouvrir le monde, et il se dit que, bientôt, tout cela appartiendrait au passé. Mais à cet instant, et avant de regagner le château, il voulait simplement rester là, en paix, dans ce refuge qu’il avait façonné de ses propres mains, avec le cœur battant de Poudlard au loin.

Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR

Échos d’Hiver PV : Matthew Warren
L'hiver était arrivé si vite, Matthew ne l'avait pas vu venir. Comme beaucoup d'autres choses dans cette école d'ailleurs. C'était comme si Poudlard avait une trame temporelle différente de celle de la vie extérieure.
L'adolescent avait pourtant gardé ses habitudes, comme d'aller régulièrement faire un tour du parc plusieurs fois dans la semaine.

Aujourd'hui était un de ces jours, où il profitait de se promener tout seul pour chantonner librement. Le jeune Warren n'était évidemment pas là pour le silence, mais il aimait observer le lac et ses alentours. Il faisait trop froid pour qu'il puisse enlever ses chaussures afin de glisser ses orteils entre les grains de sable, mais il en fallait de peu pour qu'il ne finisse pas pieds nus.

Quand il sentit quelque chose d'humide toucher sa joue, Matthew leva le nez vers le ciel, s'attendant à voir la pluie. Il aimait bien cette dernière, surtout parce qu'elle pouvait être bruyante quand il tombait des trombes d'eau. Il grimaça de déception en voyant les flocons virevolter autour de lui. La neige était magnifique à observer une fois tombée, mais d'un silence mortel. Ennuyeuse.

Le garçon décida de l'ignorer, et continua à déambuler dans le sable, gardant son regard figé sur le lac. Ce dernier ne semblait pas prêt à geler. En revanche, le ciel n'avait pas fini de cracher sa colère, et les flocons devinrent de plus en plus gros. Aidés par le vent, ils brouillèrent la vue de l'adolescent qui tourna les talons, voulant retrouver le chemin du château.

« Bouse d'éruptif ! » maugréa-t-il en resserrant son écharpe autour de son cou. Les quelques boucles brunes qui s'échappaient de son bonnet attrapaient les flocons, lui donnant soudainement la vision de lui-même recouvert de neige.

Ayant nullement l'intention de devenir un bonhomme de neige, Matthew voulu chercher un abri en attendant que cela se calme un peu, et se tourna plutôt vers les arbres proches du lac. Il songea que s'il se collait contre un tronc, il aurait certainement plus de chances d'échapper à la neige le temps de retrouver son chemin.
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Le Gryffon s’était emmitouflé dans des couvertures mouelleuses, près de la fenêtre, observant la neige qui s’épaississait peu à peu. Les premiers flocons, légers comme des plumes, s’étaient posés sans bruit sur la rive. Mais désormais, ils tombaient plus fort, comme effaçant les contours du lac et du parc. L’eau, d’un bleu profond quelques instants plus tôt, se couvrait d’un voile blanc. Les flocons semblaient disparaître à la surface aussitôt qu’ils naissaient.

Au loin, le château se découpait derrière ce rideau blanc. Ses tours flottaient dans la brume neigeuse. Les fenêtres illuminées s’y allumaient, petits éclats dorés perçant la tempête. Tout paraissait suspendu, comme si le monde retenait son souffle.

Gabryel resta longtemps immobile, happé par ce tableau. Puis son regard fut attiré par une silhouette au bord du lac. Un garçon, debout, les épaules légèrement recroquevillées contre le vent, fixait l’eau avec une intensité troublante. Il y eut, dans cette vision, comme une résonance en lui : Un écho de ses propres silences passés, lorsqu’il cherchait des réponses dans le miroir glacé de l’eau.

Il demeura figé quelques secondes, incapable de détacher ses yeux de cette image qui lui parlait plus qu’il ne voulait l’admettre. Finalement, il céda à une pusion, poussa la fenêtre de bois qui grinça légèrement, tandis qu’une bourrasque glacée s’engouffra dans la cabane.

- Hé !

Sa voix sembla portée par le vent.

- Viens te mettre à l’abri ici, si tu veux !

Gabryel referma à moitié la fenêtre, laissant malgré tout passer un filet d’air glacé. Quelques flocons tournoyaient dans la pièce. Son cœur battait plus vite qu’il ne l’aurait cru pour un simple appel. Il sentait, sans bien savoir pourquoi, que ce moment n’était pas anodin.

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Matthew se rapprochait des arbres, avec le seul but de s'abriter légèrement de la tempête avant de regagner le château. Un bruit s'éleva soudain, et le garçon savait déjà qu'il ne s'agissait pas du bruit du vent qu'il ne percevait pas. Même si ce dernier lui fouettait le visage, faisant également bouger légèrement les arbres qui s'étaient mis à danser.

Le jeune Warren émit un léger sourire à cette idée, de voir la végétalisation se lancer dans un ballet au gré du vent. Un court instant, il oublia la tempête de neige et regretta de ne pas avoir son violon sous la main pour les accompagner.
Le bruit recommença, plus longuement cette fois, et l'adolescent cru reconnaître le son d'une voix grave. Il avança encore, tournant la tête de tous les côtés pour tenter de voir où se trouvait la personne à qui elle appartenait.

« Eh oh ! » se mit-il à crier. « Tu es où ? »

Était-ce quelqu'un qui avait besoin d'aide ? Pas qu'il soit d'un grand secours actuellement, mais il était tout de même prêt à cette éventualité. En suivant le bord de l'eau, piétinant l'herbe gelée, il aperçut enfin une échelle de corde à quelques pas de lui. Le jeune Warren leva doucement le nez, pour voir où elle menait.

C'était une cabane, une immense cabane de son point de vue, qu'il n'avait jamais vu encore jusqu'à aujourd'hui. Pourtant, il avait passé énormément de temps à longer le bord du lac de toutes les manières qui lui étaient accessibles, et il n'avait jamais vu cet endroit. Et pour cause, il était bien dissimulé, et c'était seulement grâce au son qu'il avait entendu qu'il avait pu la trouver.

Matthew passa une main gantée sur son visage pour en chasser l'eau qui coulait de ses mèches ayant échappé à son bonnet. Non, il n'avait pas rêvé, il y avait bien quelqu'un à la fenêtre de la cabane. L'adolescent esquissa un large sourire, fit un geste avec ses bras pour attirer son attention avant de demander d'une manière assez forte :

« Eh ! Est-ce que je peux monter ? »

Il n'attendit pas vraiment la réponse pour grimper à l'échelle. Il avait remarqué la porte, et songea que, si la personne présente à l'intérieur ne voulait pas qu'il rentre, il ne lui ouvrirait pas la porte tout simplement.
S'accrochant fortement, Matthew grimpa donc jusque devant la porte. Les hauteurs ne l'avaient jamais effrayé. Le silence était pour lui bien plus terrifiant.

« Bonjour ! » fit-il en frappant poliment ses doigts contre le bois. Le tout restait silencieux, sans vibrations, à cause des gants en laine qu'il portait.
« Désolé pour le dérangement. Est-ce que je peux juste rester un peu ? Le temps que la neige se calme ? »

Le jeune Warren resserra une fois de plus sa cape contre lui. Bien que ce soit sa cape d'hiver la plus chaude, il était frigorifié. Il ne prit conscience qu'une fois marchant sur le bois que ses doigts de pieds étaient également gelé.

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Gabryel se leva aussitôt, laissant glisser la couverture qu’il avait gardée sur ses épaules. Il ouvrit la porte en bois qui grinça sous la morsure du froid, et se retrouva face au jeune Serpentard, tremblant encore des assauts de la neige. Sans un mot, il l’invita à entrer, refermant la porte derrière lui afin de retenir le vent.

- Installe-toi !

L’Écossais tira une couverture de laine rangée dans un coffre posé près du mur, et la posa sur les épaules de l’adolescent. Il lui désigna un coin près de la fenêtre, là où quelques vieux coussins rendaient l’endroit plus accueillant. L’odeur familière du bois et de la résine flottait dans l’air, adoucissant les températures glaciales de l’hiver.

Alors qu’il observait le garçon découvrir les lieux, une impression étrange le traversa. C’était la première fois, depuis longtemps, qu’un nouvel élève pénétrait dans cet espace. Jusqu’ici, seuls Lukas et Aelle avaient partagé ce refuge avec lui. Ces présences faisaient partie de l’histoire même de la cabane, inscrites ici comme des souvenirs gravés à jamais. Voir quelqu’un d’autre franchir ce seuil lui paraissait à la fois étrange, et curieusement réconfortant. Un mélange de trouble et de chaleur qu’il ne s’était pas attendu à ressentir.

Gabryel s’assit à son tour, son regard se posant un instant sur le visage du garçon, pâli par le froid. Il ne sembla pas le reconnaître, mais le château était immese, et le nombre d’apprentis sorciers conséquent.

- Tu ppppeux te réchauffer ici. Cette cabane… C’est moi qui l’ai construite, de mes propres mains. Chaque planche, chaque corde, c’est moi qui les ai posées. il y a déjà quelques années.

Le regard du Rouge et Or observa tout autour de lui, avec un sourire nostalgique.

- À fffforce d’y passer du temps, elle est devenue un refuge.

Sa main caressa machinalement le rebord de la petite table qu’il avait taillée lui-même. Elle avait encore les marques visibles de ses outils maladroits d’autrefois.

- Alors, considère que tu es chez toi, tant que tu en as besoin.

Il fit une légère pause, puis ajouta, d’un ton à la fois simple et sincère :

- Je m’appelle Gabryel Fleurdelys. Je suis Gryffon en septième année.

Gabryel Fleurdelys
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La porte s'ouvrit silencieusement, et le jeune Warren put entrer dans la cabane. Il offrit un large sourit au garçon qui lui avait ouvert la porte, et le remercia d'un geste de la tête. Aussitôt à l'intérieur, le plus jeune laissa ses yeux parcourir la pièce entière, cherchant les recoins cachés, avant de se poser sur... son... hôte ?

C'était un jeune homme, beaucoup plus âgé que lui, l'air doux et accueillant, un peu comme cette cabane d'ailleurs. Il lui plaça une couverture chaude sur les épaules, ce à quoi Matthew répondit bêtement : « Wah merci ! Tu accueilles les gens comme des princes toi ! »

C'était une expression que Grand-Ma adorait utiliser, et même s'il ne comprenait pas vraiment qui étaient ces princes et ce qu'ils feraient ici, il trouvait que c'était le moment parfait pour la ressortir.
Il l'installa à l'endroit qu'on lui indiqua, près de la fenêtre entre les coussins. Il s'emmitoufla du mieux qu'il put dans la couverture, espérant ne pas la mouiller ou la salir avec sa cape mouillée.

Le jeune Warren écouta le jeune homme parler, laissant la surprise se marquer sur son visage au fur et à mesure. C'était lui qui avait tout fait, tout seul ? Mais c'était génial ! Vu la manière dont elle était dissimulée, c'était certain que peu de personnes devaient l'avoir trouvée.
Matthew ouvrit la bouche, mais ravala rapidement sa langue, essayant de pas demander si son camarade était un espion.

« Merci beaucoup. » souffla l'adolescent plus doucement. « De me laisser me réchauffer un peu. Toi aussi tu t'es fait surprendre par la neige ? Je ne pensais pas que ce serait si fort. »

Il observa à nouveau la pièce. Cela avait dû lui prendre des semaines pour la fabriquer ! Et puis, pour trouver tout ce bois...
Cette cabane devait certainement être quelque chose de précieux pour lui, et Matthew sentait que cette invitation avait une importance capitale. Une acceptation qui était fondamentale.

« Tu as dû y passer du temps, pas vrai ? Elle est magnifique ! Merci de m'avoir permis de la trouver et d'y entrer. » répondit-il, pas très certain de comment répondre à une chose qui semblait si solennelle.

L'adolescent ne put s'empêcher de se relever pour faire le tour de l'endroit, observant chaque recoin et aussi les meubles. « C'est toi qui a tout fait ? »

Il ne pensa pas un instant que c'était un mensonge. C'était juste qu'il avait besoin de poser encore la même question, pour se rendre compte de ce que cela impliquait. Des matériaux qu'il fallait rassembler, d'un plan qu'il avait certainement dû dessiner, de tout le bois qu'il avait dû tailler et assembler...

« Est-ce que tu es un espion ? » lâcha-t-il avant de pouvoir retenir quoi que ce soit. Il balaya l'air devant lui, comme pour essayer d'effacer ce qu'il venait de dire.

« Désolé, j'aime trop les histoires d'espionnage. Et ta cabane est tellement bien cachée et... et bien faite ! On dirait un travail d'espion. »

Il se mit à rire, comme s'il disait n'importe quoi, mais la réponse l'intéressait réellement. Même si une part de lui, qui restait ancrée dans la réalité, lui soufflait qu'évidemment que non, son hôte ne faisait pas d'espionnage.
Dommage.

« Oh c'est drôle, mon frère aussi s'appelle Gabriel. Il est à Gryffondor comme toi, mais en sixième année. » Le garçon retourna s'asseoir entre les coussins. Il pourrait passer sa journée ici, à regarder par la fenêtre, à lire ou même à jouer du violon.

« Je m'appelle Matthew. Matthew Warren. Je suis en première année, et moi je suis un Serpent. » ajouta-il en souriant de toutes ses dents.

« C'est génial d'avoir un refuge comme ça. » murmura-t-il bien que toujours assez fortement.
« Quand tout est trop... trop. Au moins tu peux rester tranquillement un peu, ici. »

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L’Écossais ne put retenir un éclat de rire à la question de Matthew, un rire clair qui réchauffa l’atmosphère aussi sûrement que la couverture. L’idée qu’on puisse le prendre pour un espion lui paraissait délicieuse.

Il secoua la tête, amusé, avant de répondre avec douceur :

- Non… Le seul espionnage que je fais, c’est celui de la nature. Je passe des heures à observer les oiseaux, les animaux du pppparc, la lumière qui change sur le lac. C’est pour ça que j’ai choisi cet endroit : La cabane me donne un point de vue magnifique pour ça.

Son regard se posa sur le jeune Serpentard : Petit pour son âge, la peau mate, les cheveux noirs bouclés encore constellés de flocons, les yeux sombres et brillants qui semblaient absorber chaque détail de l’endroit. Il remarqua la petite cicatrice discrète sur sa mâchoire. Un sourire attendri lui effleura ses lèvres.

- Oui, c’est moi qui ai tout fait. J’ai dû être un peu malin, parce qu’entre les yeux de Rusard et ses soupçons, impossible de ttttransporter du bois ou des cordes sans éveiller de questions. Alors j’ai tout trouvé dans le parc, les berges ou sur les abords de la forêt, morceau par morceau. Ça m’a pris presque une année entière, et sans magie… Mais chaque planche ppposée valait mes efforts.

Il pencha légèrement la tête sur le côté.

- Je suis content que tu l’aies trouvée. Dorénavant, si tu veux venir ici, tu pourras. Considère cet endroit comme un refuge, toi aussi.

Quand Matthew mentionna son frère, le Rouge et Or répondit avec naturel.

- Gabriel Warren… Oui, je le connais de vue. On se suit d’une année. Ton frère a plutôt bonne réputation.

Ses yeux se tournèrent vers la fenêtre où la neige dansait encore dans le vent. Sa voix se fit plus basse :

- Pour moi, cette cabane a toujours été un abri. Un endroit où le monde peut attendre, où je peux simplement respirer.

Il garda un instant le silence, puis, avec pudeur, osa demander :

- Et toi… Ça t’arrive, parfois, d’avoir bbbesoin de t’isoler ?

Son regard ouvert se posa sur Matthew, comme une invitation à partager s’il le souhaitait.

Gabryel Fleurdelys
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Son camarade ne prit pas mal sa question sur l'espionnage. Enfin, il déclara qu'il espionnait tout de même. La nature, d'accord, mais ça restait de l'observation et du repérage. C'était un espion, de la nature ?
Matthew tourna la tête pour regarder par la fenêtre. La tempête n'empêchait pas de voir le lac et les flocons tournoyants juste au-dessus. Il comprenait parfaitement la vision de son ainé.

« La forêt... » murmura l'adolescent, regardant vaguement le jeune homme en face de lui.

Il regrettait qu'elle soit si loin à présent. Elle avait toujours été interdite, mais au moins, avant, les élèves pouvaient profiter de l'orée. Le jeune Warren regrettait de ne pas pouvoir toucher les arbres et regarder les plantes qui poussaient là-bas.
Le bout qui restait de cet endroit était beaucoup trop petit à son goût.

L'adolescent se concentra à nouveau sur son hôte. Il n'était peut-être pas un espion, mais il avait tout de même construit cette cabane secrètement. Petit à petit, planche après planche, nœud après nœud.

« C'est génial ! Merci ! » souffla Matthew. « C'est vrai de vrai ? Je peux vraiment venir quand je veux, tu es sûr ? »

Le pauvre Gabryel ne savait pas encore à quoi il avait dit oui. Si peu de personnes connaissaient ce lieu, alors il pourrait facilement en faire son QG d'espion. Bon, pour de faux évidemment, juste pour jouer, mais la cabane en avait tellement le potentiel !
Il se voyait parfaitement assit là, à faire ses devoirs ou déchiffrer des codes secrets. Oui, ce serait vraiment génial !

Il tenta de ne pas pouffer en entendant que son frère avait une bonne réputation. Une bonne réputation dans le bureau du concierge, non ? Il espérait, pour sa part, passer plus discrètement parmi les autres élèves et adultes de l'école, ne cherchant pas à être repéré.
Même si c'était plutôt raté vu combien il était silencieux...

Matthew garda son regard bloqué dans les yeux de son ainé. Est-ce que c'était son audition, ou le jeune homme bégayait ? Peut-être était-ce à cause du froid... Le plus jeune sourit de toutes ses dents, choisissant de ne pas poser la question. Et cette fois, il s'y tiendrait.
On lui faisait lui-même trop remarquer combien il était bruyant sans chercher à savoir pourquoi.

Prit dans ses pensées, il faillit manquer la dernière phrase de l'autre garçon. Le sourire du Serpentard se fit plus petit, mais resta néanmoins présent.

« Parfois oui. Mais... je préfère quand même quand il y a du monde autour. » fit-il en resserrant sa prise sur la couverture comme pour se protéger. Mais pas seulement du froid.

En effet, il ne s'isolait pas vraiment parce qu'il voulait être seul. C'était plutôt pour pouvoir faire autant de bruit qu'il le désirait. C'était ça, sa bulle à lui.
En dehors de ça, Matthew était plutôt quelqu'un qui aimait être entouré, il préférait de loin l'agitation autour de lui, au calme et au silence que beaucoup cherchaient.

« En général, c'est quand je suis trop... moi. Alors j'essaie de m'isoler pour ne pas trop déranger. »

Il chassa l'air d'une main, comme pour dire que cela n'avait pas d'importance, comme si cela ne le touchait pas.

« Est-ce que c'est la première cabane que tu construis ? Tu en as d'autres cachées dans le parc ? »

Et puis, il repensa à ce qu'avait dit Gabryel au tout début de leur conversation. Et une autre question lui vint aussitôt à l'esprit.

« Qu'est-ce que tu as pu observer alors ? Est-ce que tu as vu beaucoup de créatures ? Est-ce que tu as vu des choses étranges sur le lac ? C'est quoi le truc le plus mémorable que tu as vu depuis ici ? »

Et... la curiosité du garçon était lancée.
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Gabryel l’écouta sans l’interrompre, le regard adouci par un mélange d’amusement et de mélancolie. Il y avait, dans la sincérité du petit Serpentard, quelque chose de désarmant. Cette spontanéité, ce feu intérieur qui s’ignorait encore. Cela lui rappelait d’autres élèves, d’autres années, et peut-être aussi une version plus jeune de lui-même. Quand Matthew parla de sa manière “d’être trop lui”, un léger sourire effleura les lèvres du Gryffondor. Il connaissait cette sensation, celle d’avoir à se retenir, de craindre de déborder pour le monde. Il détourna un instant le regard vers la fenêtre.

- Non, je n’ai pas d’autres cabanes ici. Celle-ci est la seule. Mais, dans mon vvvvvillage, à Fife, quand j’étais enfant, j’en construisais tout le temps. Certaines étaient si bancales qu’elles tenaient ddddebout seulement grâce au vent. D’autres servaient d’abris aux oiseaux. C’était ma mmmanière d’apprivoiser le monde.

Il eut un lointain rire, comme pris dans ses souvenirs.

- Ici, à Poudlard, celle-ci a été la seule. Elle est un peu la somme de tout ce que j’avais appris là-bas.

Gabryel s’adossa contre le mur, le regard légèrement tourné vers l’extérieur. Le lac étendait sa surface grise immobile.

- Quant aux créatures que j’ai observées… Il y en a eu tant. Des ppppapillons bleus qui n’existent qu’ici, entre les rochers et les herbes hautes. Des rossignols qui nichent au printemps sous les corniches. Des hérons, des corbeaux, des écureuils, des hannetons, des fourmis, des crapauds, et même des poissons argentés qui remontent près de la surface à la tombée du jour. J’ai aussi vvvvu un renard venir boire à la rivière, et un jour, une biche avec son faon s’est arrêtée juste là, devant la cabane.

Son regard s’adoucit.

- Chaque créature ici a sa propre magie, si on prend le temps de la regarder. Même une fourmi, même un papillon.

Il marqua une pause.

- Mais la rencontre la plus impressionnante… Cétait tout autre chose.

Un léger frisson lui parcourut le dos.

- Je m’étais baigné avec mon ami Leonidas. On s’était aventurés ttttrop loin, là où le lac devient noir et froid. L’eau était glaciale, et on ne voyait rien sous la surface. Et puis, sans prévenir, quelque chose s’est approché.

Gabryel eut un geste instinctif, comme s’il revivait la scène.

- C’était un Strangulot. Une de ces créatures des profondeurs, avec sa peau verdâtre et ses tentacules ventouses. Il s’est glissé sous nous sans un bruit, puis ssssoudain, il a essayé d’attraper Leo par la jjjjambe. On a crié, évidemment. On lui a donné des coups de pieds, et finalement la créature a disparu. Mais j’ai senti, un instant, ses doigts autour de ma cheville. C’était vvvvisqueux, terrifiant.

Il resta pensif.

- Les Strangulots ne sont pas forcément mauvais. Ils défendent juste leur territoire. Mais depuis ce jour, je n’ai plus jamais nagé aussi loin.

Le silence retomba un instant. Le vent s’était calmé dehors. Le lac semblait respirer lentement sous la glace. L’Écossais finit par se lever, et s’approcha du grand coffre posé contre la paroi de la cabane. Le bois patiné portait encore quelques gravures maladroites : Des initiales, et un oiseau bleu stylisé. Il posa la main dessus et dit simplement :

- Tu sais, Matthew, c’est ma dernière année ici.

Sa voix s’était faite plus basse, presque un murmure.

- Dans quelques mois, je quitterai Poudlard. La cabane restera, bien sûr. Et si tu veux, elle pourra devenir un peu la tienne. Il y a là-dedans quelques objets que j’ai faits de mes mains. Tu ppppourrais peut-être t’en servir, à ta manière.

Il souleva le couvercle. À l’intérieur, tout semblait rangé avec un soin méticuleux. Le Rouge et Or écarta doucement un morceau de toile, révélant deux cannes à pêche en bois clair, finement taillées et polies à la main. Les hameçons luisaient à la lumière.

- Ces cannes sont magiques. L’hameçon ne blesse pas le poisson. Il se fixe juste contre son palais, le temps de l’observer. Après, il se détache tout seul, sans laisser de trace.

Sous les cannes reposait une épuisette tressée d’un filet solide, dont le manche avait été gravé de petits motifs.

- Celle-ci, je l’ai taillée dans une branche de saule du parc. Elle m’a servi à attraper des grenouilles ou des crapauds bbbblessés. Certains revenaient me voir, après que je les ai soignés puis relachés.

Son regard se fit rêveur.

- Et là, dans cette petite boîte de cuir, il y a des morceaux de ficelle, des éclats de bois, de quoi réparer un nid qui aurait chuté du haut d’un arbre. Et du ccccoton, pour réchauffer un oisillon tombé trop tôt de son berceau.

Tout en parlant, il découvrit d’autres objets, plus étranges encore : Une flasque capable d’apaiser les brûlures légères des créatures, et un vieux carnet de cuir rempli de croquis, de notes et d’observations sur les créatures du parc et du lac. Le sorcier le posa délicatement sur le dessus du coffre.

- Ce sont mes années passées ici. Je m’en suis servi pour apprendre à écouter la nature, à la comprendre. Si tu vvvveux, tu pourras t’en servir à ton tour. Les soirs de neige, ou les matins où tu voudras simplement être tranquille.

Il referma doucement le couvercle, et son regard se posa à nouveau sur le garçon.

- Promets-moi juste de toujours rendre ce que tu prends. De remettre les pierres, les branches, les nids à leur pppplace. De ne jamais blesser, même sans le vouloir. Si tu fais cela, la cabane t’accueillera comme elle m’a accueilli.

Un silence suivit ses mots. Gabryel s’assit à nouveau près de la fenêtre. Pour la première fois depuis longtemps, l’idée de partir lui parut un peu moins lourde.
Dernière modification par Gabryel Fleurdelys le 10 nov. 2025, 01:03, modifié 1 fois.

Gabryel Fleurdelys
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Échos d’Hiver PV : Matthew Warren
Emmitouflé dans la couverture qu'il lui avait prêtée, Matthew écoutait attentivement son ainé parler de ses expériences en matière de cabanes, chez lui. Il comprenait parfaitement qu'il n'en avait construit qu'une ici, même s'il aurait adoré chercher d'autres cachettes.
Peut-être y en avait-il d'autres quand même, créées par d'autres élèves, mais le jeune Warren n'y croyait pas trop. Parce que Gabryel les connaîtrait certainement, et il les aurait mentionnées, le plus jeune en était persuadé.

Son frère et sa sœur lui avaient souvent dit qu'il donnait sa confiance trop rapidement, mais ce n'était pas tout à fait vrai. Matthew ne la donnait que s'il sentait la personne en face de lui totalement sincère, et pouvait la reprendre aussi vite.
Il ne connaissait pas Gabryel depuis plus de dix minutes, mais croyait totalement en sa sincérité et en tout le reste.

Ses yeux ne cessaient de s'écarquiller à chaque nouvelle histoire du Gryffondor. Matthew n'avait qu'un seul regret : ne pas avoir pu y assister en vrai, même s'il arrivait bien à s'imaginer chaque scène que le jeune homme racontait. Ce dernier dépeignait chaque souvenir avec beaucoup d'émotions.
Le plus jeune espérait pouvoir vivre les mêmes choses pendant ses études.

Sauf l'histoire avec le Strangulot, merci bien. Mais Matthew n'allait pas dans l'eau, ou pas assez profondément, de crainte de mettre la tête dessous, pour la santé de ses oreilles, alors il y échapperait certainement.
Il ne put s'empêcher de relever ses pieds, serrant ses jambes contre lui. Comme pour échapper à la créature aquatique, comme si elle allait apparaître à travers les mots du jeune homme et venir l'attraper lui.

« J'irai jamais me baigner dans le lac. » souffla-t-il comme une promesse envers lui-même. Ni faire trempette au bord, ou pas avant un long moment.

Et puis, le silence se fit dans la cabane. Le gryffondor s'était éloigné pour se poster devant un coffre de bois. Matthew n'avait aucun doute sur le fait qu'il l'avait également construit de ses mains.
Le plus jeune se leva de sa place et s'approcha doucement. Il craignait que l'autre garçon ne parle en lui tournant le dos, et s'il chuchotait ou baissait juste la voix, il ne pourrait pas entendre.

Plutôt que d'avouer ce fait, il préféra bouger et observer le visage du jeune homme. Quand ce dernier avoua qu'il allait partir dans quelques mois, Matthew écouta attentivement. Il sentait que c'était quelque chose d'important pour le plus âgé.
C'était important, un peu de la même façon que les Grands, les adultes, parlaient de ce qui était important, mais ce n'étaient pas les mêmes choses non plus.

Là, ça, c'était vraiment quelque chose d'important. Un peu comme une passation de pouvoir étrange. Matthew était plus que flatté d'être la cible de cette attention.

L'adolescent écoutait attentivement, ses yeux passants du visage de son interlocuteur au matériel qu'il présentait. Plus Gabryel parlait, et plus le jeune Warren comprenait qu'il avait à faire à quelqu'un qui aimait réellement la nature, et qui prenait soin de tout le monde.
Pas seulement des humains perdus bêtement entre deux flocons, mais également de toutes les créatures, que ce soit des animaux, ou des insectes.
Il comprenait d'ailleurs un peu mieux pourquoi il avait précisé que les Strangulots ne faisaient que défendre leur territoire.

Quand Gabryel lui demanda de faire une promesse, Matthew acquiesça doucement, essayant de montrer combien il comprenait le côté solennel et important de tout cela pour lui. Il leva également le petit doigt de sa main gauche, un air sérieux figé sur le visage.

« Je te le promets ! Je ne ferais jamais mal à aucune créature. » Ou du moins, jamais de façon volontaire, et ferait tout pour réparer ses erreurs.

« Dis... combien de créatures tu as aidées avec tout ça depuis le début ? » Fit-il en désignant le coffre puis la cabane dans son intégralité. « Est-ce que... est-ce que c'est le métier que tu veux faire ? Vétérinomage ? »

Parce que oui, il avait promis. Mais en réalité il n'avait aucune idée de comment soigner un crapaud lui. Dans un coin de son cerveau, il notait déjà les recherches qu'il devrait faire pour apprendre cela. Ce qui allait être compliqué puisqu'il évitait la bibliothèque.
Et puis, il songea que Gabryel avait certainement parlé de la cabane à d'autres personnes, que ces dernières finiraient certainement par se montrer également et il pourrait toujours leur demander de l'aide le moment venu.

« Comment tu te sens ? A l'idée de partir de Poudlard je veux dire. Moi, je viens juste d'arriver, et même si les cours ce n'est pas très drôle parfois, je n'ai pas envie de ne plus revenir ici. »

Bien sûr, il avait encore six années à passer ici, une fois que celle-ci serait terminée, mais il trouvait cela terriblement dur d'imaginer ne plus revenir dans un endroit où il avait passé autant de temps.
C'était pareil quand son parrain avait déménagé. L'appartement qu'il avait avant, manquait terriblement à Matthew qui l'avait toujours connu, et il avait eu du mal à accepter de ne plus jamais y retourner, pendant qu'une autre personne allait y passer quelques années voir sa vie entre ces murs.
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@Gabryel Fleurdelys, je suis désolé pour cette absence.

Merci Ernest pour ce magnifique avatar !