De la Nostalgie en bouteille

Hyacinthe observa Christopher rire, ce rire franc qui faisait presque vibrer la table sous leurs coudes. Dans ce brouhaha de pub, dans cette ambiance chargée de chaleur et de vie, c’était comme si ce son avait sa place naturelle. Il se surprit à sourire un peu plus fort, presque malgré lui, tant le voir heureux le réchauffait.

Lorsque les cocktails arrivèrent, il remercia d’un signe de tête Christopher tout en observant distraitement la couleur sobre du mélange. Il fit tourner une seconde son verre entre ses doigts, plus occupé à fixer son partenaire qu’à vraiment regarder le verre.

Le trentenaire secoua doucement la tête, amusé par le surnom de Xavier, et leva finalement son verre pour trinquer. Ses yeux accrochèrent ceux de Chris un peu plus longtemps que nécessaire, le temps de marquer ce geste avec la politesse qui lui était due. Le roux aurait certainement aimé parler de sa cousine plus longtemps. Depuis qu'elle s'était mariée, elle et sa femme avaient fait partie intégrante de sa vie en Grèce. Les quitter pour revenir avait été difficile, surtout depuis que Hélène avait manifesté sa magie. Parler de sa famille ne lui venait pas naturellement, mais face à Christopher, cela semblait toujours être une tâche plus simple. Cependant, le cadre avait semblé trop encombré pour qu'il puisse se déverser autant. La conversation que les deux sorciers entretenaient semblait plus centrée sur des échanges rapides d'un ton amusé et flatteur.

Hyacinthe ne tarda alors pas à saisir la perche tendue pour alléger l’atmosphère. Le sorcier posa son verre, le coude calé sur la table et la joue dans sa paume, une posture faussement nonchalante qui trahissait l’attention totale qu’il offrait à son interlocuteur. Dans ses yeux brillait une lueur qui mélangeait amusement, curiosité et cette affection un peu désarmante qu’il n’avait jamais cessé de lui porter.

- Mais les choses que je peux te dire sur Hélène et Danaé ne seront certainement pas aussi intéressantes que cet enfant au Pleuroir ! Reprit-il avec un éclat de rire. Comment est-ce que ce petit bout est arrivé là ?

Hyacinthe aurait tout donné pour voir ça de ses yeux. Une situation aussi inédite aurait tellement perturbé Christopher qu'il s'en serait souvenu toute sa vie, il en était certain. D'un autre côté, voir le sorcier derrière le Pleuroir avec un enfant dans les bras devait être une scène très attendrissante. Chris n'avait pourtant pas l'air d'en avoir eu un excellent souvenir. Ce n'était pas surprenant, puisqu'il était sur son lieu de travail et que cet enfant était sorti de nulle part.

Il se décida alors à goûter sa boisson. Le roux haussa instantanément les sourcils, testant la saveur qu'il avait en bouche. Il releva les yeux vers Christopher, l'air agréablement surpris, puis reposa délicatement son cocktail. Oh ! Ce n'est vraiment pas mauvais. Je n'en attendais pas moins.
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Un sourire creuse la joue droite de Christopher lorsqu'il plonge son regard dans celui de Hyacinthe pour trinquer avec lui. Le bruit des verres quand ils se cognent, la légère vibration au creux de la main et cette étincelle dans le regard de l'autre quand on a choisi la bonne personne avec laquelle partager une boisson. Il laisse Hyas boire le premier, encore trop occupé à secouer la tête et lever les yeux au ciel pour se remettre du « petit bout de chou » prononcé par le roux qui définit mal, vraiment très mal le caractère du démon dont il a dû s'occuper pendant quinze longue minutes alors qu'il n'avait rien demandé.

Heureux de pouvoir se donner en spectacle, Christopher ne cache rien de l'agacement que lui inspire ce souvenir, même s'il pousse légèrement le trait pour faire sourire Hyacinthe, et cela fonctionne parfaitement. Que c'est agréable de retrouver ces petites expressions, ces sourires, ces regards, tant de détails qu'il pensait avoir oublié mais qu'il découvre être encore familiers — à chaque retrouvailles, il s'en étonne. Christopher a toujours aimé regarder Hyacinthe rire ou sourire, car lorsqu'il le fait sincèrement, sans cette retenue qui le caractérise souvent quand il s'agit d'exprimer son hilarité, tout son visage s'illumine. Pour avoir grandi dans un environnement semblable à celui qu'a connu Hyacinthe, c'est à dire un cercle où les apparences étaient la seule chose qui comptait, Christopher sait distinguer les rires et les sourires sincères des grimaces forcées ou retenues. Alors à chaque fois qu'il en découvre une sur le visage de Hyacinthe, son cœur se réchauffe.

À son tour, le regard vissé aux lèvres de son ancien amant qui goûte le cocktail que Christopher a choisi pour lui, l'employé du Pitiponk avale une gorgée et gémit de bonheur quand le goût du café fait frémir ses papilles.

« Pas mauvais ? réplique-t-il après avoir s'être léché les lèvres pour les débarrasser de l'épais liquide de la boisson. C'est tout ce que tu as à dire sur la merveille que je t'ai choisie en guise de cocktail ? C'est excellent, ouais ! »

Si Sasha était là, il n'aurait pas employé ce mot-là. Comme Hyacinthe, il aurait dit que ce n'était pas mauvais, en haussant les épaules nonchalamment. Mais Christopher n'a pas envie que Hyas soit avare en compliment. Il veut le voir s'extasier sur la boisson qu'il a choisie pour lui ! S'il ne le fait pas bientôt, Chris ira à la pèche aux compliments, tant pis.

Il plante bruyamment son coude sur la table. Autour d'eux, les clients ont ravalé leur curiosité mais certains glissent encore des regards en direction de leur table, attirés par la silhouette familière de Christopher. Ce dernier n'a aucun mal à les ignorer, car l'unique personne qui l'intéresse pour le moment se trouve de l'autre côté de la table et qu'il n'a cesse de le regarder et de l'abreuver de sourires. Christopher délie ses longues jambes repliées lorsqu'il s'est rassit après avoir attrapé les verres et les allonge autour du pied de la table, frôlant sans honte ni gêne celles de Hyacinthe. Cette proximité qui ne s'est pas oubliée avec les années n'est qu'un rappel de plus de ce qu'ils ont vécu ensemble.

« Donc, reprend Christopher après une très brève interruption, déjà appelons un veaudelune un veaudelune. »

Son bras planté sur la table s'allonge et il dresse un doigt impérieux. Christopher avance son buste comme pour appuyer son propos, son regard accroché à celui de Hyacinthe par-dessus leur verre.

« Ce n'était pas un bout de chou. Il n'avait rien de chou. C'était une calamité. Une espèce de... De... de... » Le regard de Chris fouille la table comme s'il espérait trouver la réponse sur le plateau en bois. « De démon ! s'exclame-t-il tout à coup en remontant ses yeux vers le Gallois. Un démon joufflu qui a passé un quart d'heure à foutre le bocson dans le Pleuroir, à exiger des sucreries, à m'insulter et... T'y crois ça, que cet énergumène à moustache me l'a laissé comme s'il s'agissait d'un vulgaire manteau perdu ? Il l'a posé ! s'écrit Christopher d'une voix aussi nuancée que celle d'un adolescent. Sur le comptoir du Pleuroir et il s'est tiré aux chiottes ! »

Christopher n'y va pas de main morte pour ponctuer son discours des gestes censés mimer la scène. Aussi agite-t-il les bras, secoue-t-il la têt et fait-il semblant de porter une chose particulièrement lourde pour la poser au milieu de la table. Son visage n'exprime pas moins que sa voix ou ses gestes et ses traits se tordent, se déforment, ses sourcils se levant très haut sur son front ou se fronçant exagérément sur ses yeux.

@Sigmund Charleston, pour la mention, parce que Christopher dresse un magnifique portrait de Nana.

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Hyacinthe fit lentement tourner son verre entre ses doigts, les yeux baissés un instant sur le liquide sombre. La saveur corsée du café lui restait encore en bouche et, malgré son habituel flegme, il dut admettre qu’il s’agissait d’une réussite. Un sourire en coin se dessina quand Christopher insista.

- Bien sûr qu’il est excellent, dit-il simplement. Et tu le sais très bien, autrement tu ne me l’aurais pas choisi. As-tu autant besoin que je te donne mon approbation ?

Il n’ajouta rien, son sourire suffisant à appuyer ses mots, mais ses yeux brillaient d’une satisfaction amusée. Ce n’était pas qu’il avait voulu être avare en compliments, au contraire, le goût lui plaisait réellement, mais Hyacinthe n’était pas du genre à s’extasier inutilement. Christopher, quant à lui, semblait en perpétuelle recherche de ces éclats. Le roux était toujours amusé de le voir pêcher à sa façon pour les obtenir.

Sous la table, la jambe qui vint frôler la sienne ne passa pas inaperçue. Plutôt que de se retirer, il se permit d’appuyer légèrement en retour, signe d'une confiance passée toujours actée, avant de relever les yeux vers Chris au moment où celui-ci s’élançait dans son récit.

Hyacinthe observa, d’abord en silence, les bras qui s’agitaient, les sourcils qui se fronçaient puis se levaient, les grimaces et les grands gestes exagérés. Christopher avait toujours eu cette façon d’occuper l’espace avec son corps, comme si ses mots seuls n’avaient jamais été suffisants. Ce théâtre improvisé, Hyacinthe ne pouvait s’empêcher d’y sourire, puis de rire franchement lorsqu’il imagina la scène chaotique dans le Pleuroir.

- Attends, attends… reprit-il en essayant de reprendre son souffle, une main posée sur sa poitrine, l’autre toujours levée comme un bouclier. Tu es en train de me dire que tu as survécu quinze minutes avec ce colis encombrant... seul ? J'aurai tout donné pour voir ça.

Un enfant déposé « comme un manteau » sur un comptoir ? Il était évident que Christopher en rajoutait une bonne couche sur le démon joufflu, mais Hyacinthe n’en disait rien. Au fond, ce qui l’amusait le plus, ce n’était pas tant l’enfant capricieux que le regard que Chris posait sur l’affaire. Ce qui l’intriguait davantage, en revanche, c’était cette histoire de moustachu. Son expression se fit plus pensive un instant, une lueur de curiosité s’allumant dans ses yeux verts. Quel genre de type laissait ainsi un enfant à la garde de Christopher ? Surtout, quel genre de type ramenait un enfant dans ce coin là de Londres ? L’image lui semblait si absurde qu’elle en devenait presque suspecte.

- Tu sais qui il était ? Le type qui t'a déposé le petit bout. De ce que tu me dis, il n'a pas l'air d'un client habituel, songea Hyacinthe. Au moins... il l'a récupéré, je suppose ?

Il haussa finalement un sourcil, amusé, laissant son rire s’éteindre pour ne garder qu’un sourire attendri. Il était si heureux de le retrouver ainsi, de le voir s’animer, de l’entendre se plaindre avec tant d’art. Cela ramenait Hyacinthe dans une période chaleureuse de sa vie, tant qu'il décida de boire un coup pour ne pas s'y perdre.

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Christopher se redresse et accroche le rire de Hyacinthe du regard. Lui-même, maintenant qu'il a raconté son histoire et que le plus gros de la révolte est passé, a un sourire aux lèvres qui n'est qu'à ça de se transformer en hilarité. Il se passe la main dans les cheveux dans un geste d'apparence nonchalant et naturel, mais que Christopher ne réalise que pour donner à ses cheveux une forme étudiée. Il n'en a presque plus conscience tant l'habitude est vieille.

Les bras allongés à travers la table de part en part de son cocktail, Christopher s'amuse de la réaction de Hyacinthe, aussi choqué que lui une fois qu'il a réussi à retrouver son souffle. C'est une qualité rare qu'il a toujours apprécié chez lui et qu'il n'a que rarement retrouvé ensuite : la capacité d'écoute. Pas seulement hocher la tête et faire « mh mh », comme c'est naturel chez les Hangoover, non, réellement écouter, porter de l'attention, retenir, être intéressé. Quand Hyas écoute, il est là, entièrement là, avec toute sa tête, tout son esprit, toutes ses oreilles. Comme s'il suffisait d'ouvrir la bouche pour s'offrir tous ses regards, sans le moindre effort. Christopher le raillait souvent à propos de ça, plus jeune, quand ils ne se connaissaient qu'à peine et qu'ils partageaient une discussion fortuite à l'écart de leur groupe respectif, à Poudlard : « Toi quand t'écoutes, tu fais pas semblant, hein ? ». Plus tard, Christopher s'est débarrassé de cette espèce d'armure qui le rendait si moqueur avec tout ce qui ne ressemblait pas à sa famille pour s'en protéger.

Tout en écoutant Hyacinthe, et lui ne répondra pas « mh mh », Christopher boit une longue gorgée de sa boisson, secrètement déçu qu'elle ne soit pas alcoolisée, mais heureux d'avoir fait le choix de ne pas boire devant son ancien amant.

« Je ne sais pas qui c'était, répond-t-il avec un sourire au bord des lèvres en secouant la tête. Au début je ne l'ai pas très bien vu. J'ai à peine eu le temps de lever la tête qu'il m'a déposé son garçon joufflu et s'en est allé en direction des sanitaires. »

D'un bras impérieux, le bras de la justice, comme s'il condamnait lui-même l'homme à moustache, Christopher désigne le fond du part, là où se trouvent les toilettes.

« Et je remarque que tu continues à l'appeler petit bout ! fait-il mine de s'offusquer en plissant les yeux, avant de redevenir sérieux : Quand il est revenu tout guilleret.. » je lui ai extorqué beaucoup d'argent en dédommagement « ...j'ai remarqué qu'il était vraiment mal fringué. Tu y crois, ça ? Un homme de son âge qui ne sait pas s'habiller ? Ça m'a piqué les yeux ! »

Et cette fois-ci, Christopher ne surjoue pas son saisissement. Ce n'est pourtant pas si difficile d'accorder les couleurs et les matières, non ?

« Il a fini par récupérer son petit-fils, mais je suis bel et bien resté quinze minutes seul avec lui, s'apitoie Christopher, tout son désespoir parfaitement lisible sur ses traits. C'était un enfant très exigeant ! » Pour ne pas dire tortionnaire. « Un vrai petit dictateur. Il voulait toucher à ma réserve de bonbons. »

Un grand éclat de rire s'échappe soudainement de Christopher qui secoue la tête avant de lever un regard sérieux sur Hyacinthe.

« Personne ne touche à la réserve de bonbons du Pleuroir. Les sucreries, c'est la seule chose qui calme mon jeune employé angoissé quand il doit faire ses permanences. »

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Hyacinthe s’accouda à la table, les doigts tapotant distraitement contre son verre, et il laissa filer un petit sourire coupable.

- Que veux-tu... j’y peux rien, j’aime les enfants, dit-il avec un ton faussement désolé, une fausse excuse évidente pour quiconque le connaissait. Même les petits dictateurs joufflus ont droit à un surnom attendrissant.

Il leva les yeux au ciel, amusé de la mine offensée de Christopher, mais ne retira rien de sa déclaration. C’était vrai : il y avait toujours eu chez lui cette tendresse naturelle pour les gamins, même turbulents. C'était bien pour cela que Hyacinthe avait choisi cette voie. Peut-être était-ce parce qu'il n'avait pas grandi dans une famille où l'on accordait beaucoup de place à l'insouciance ou aux caprices. Ce désordre caractéristique aux enfants lui insufflaient un sentiment vivifiant qui lui avait manqué toutes ces années. Du moins... jusqu'à ce que la petite de Danaé naisse. Hélène était une gamine rieuse et extravertie qui embarquait les enfants de son quartier dans chacune de ses aventures. Cela avait une consonnance personnelle bien différentes des patients que Hyacinthe croisait au travail, et il en appréciait chaque seconde.

Son expression changea cependant quand il revint sur cet étrange moustachu. Ses sourcils se froncèrent légèrement alors qu'il marmonnait. Un moustachu mal fringué... pas banal, ouais. Et ce n’était effectivement pas banal. Au Pitiponk, la plupart cherchaient à briller : se montrer sous leur meilleur jour, séduire, impressionner. Des étudiants venus s’amuser aux habitués plus âgés férus de mode, rares étaient ceux qui se présentaient sans soin. On ne croisait pas ici des silhouettes négligées, encore moins celle d'un vieil oncle qui avait mal trié son armoire.

Hyacinthe resta pensif, puis haussa les épaules avec un petit rire. Après tout, ça pouvait être n’importe qui. Mais quand Christopher évoqua sa réserve de bonbons, il éclata franchement de rire, un rire sonore, clair, qui chassa toute trace de sérieux.

- Ah non, je comprend, c'est sacré. Les gamins sont une chose, mais les sucreries des collègues, jamais ! S'exclama-t-il en secouant la tête, hilare, les yeux brillants de malice. Les priorités sont les priorités !

Il imaginait très bien Christopher défendre bec et ongles ce petit trésor sucré, l'air prêt à en découdre. À vrai dire, Hyacinthe pensait même que Chris était un collègue très enviable et ce genre d'attention ne le surprenait pas le moins du monde. L’image l’attendrit autant qu'elle l'amusait, et il garda ce sourire accroché aux lèvres, la jambe toujours bien calée contre la sienne sous la table. Son verre commençait à se faire léger, faute du cocktail au café qui était but petit à petit, et Hyacinthe se permit de le faire rouler au fond du récipient.
450 - @Christopher Hangoover

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La grimace qui passe sur le visage de Christopher pourrait sans aucun doute être qualifiée d'exagéré, mais il n'a pas pu se retenir en entendant Hyacinthe affirmer qu'il aimait les enfants. Lui-même ne les ayant jamais supporté, il est incapable de comprendre comment on peut apprécier passer du temps avec eux ou, pire, travailler avec eux. Christopher a développé en grandissant une inexplicable gêne en présence des enfants. Il ne supporte ni leur caprice, ni leur extrême naïveté, ni ce qu'il qualifie allègrement de bêtise, chose dont font évidemment preuve ses trois neveux et nièces au quotidien. Jamais il n'avouera qu'il les apprécie un minimum. Il n'éprouve d'ailleurs aucun plaisir particulier à passer une journée avec eux à devoir tout leur expliquer de la vie et à répondre à leurs incessantes questions. Que Hyacinthe ait un tout autre avis à propos de cette question n'étonne évidemment en rien Christopher, alors une fois sa grimace bien affichée, il lève les yeux au ciel en marmonnant dans sa barbe inexistante :

« Les p'tits dictateurs joufflus ont droit à un surnom, ouais, celui-ci : sales gosses. »

Amusé malgré lui, Christopher ramène ses yeux sur le visage souriant de Hyas dont le rire résonne encore entre eux. Appuyé sur la table, il plonge ses yeux dans, avant de secouer la tête.

« Au Pitiponk, les priorités sont sans cesse chamboulées, affirme-t-il soudainement, ses doigts jouant avec son verre, mais c'est pour ça que j'adore travailler ici depuis tant de temps. »

Il avale une gorgée de sa boisson. Ses papilles frétillent de plaisir.

« Alors Hyas..., » reprend-t-il en se penchant sur la table.

Il laisse flotter un petit silence. Sous la table, sa jambe appuie doucement sur celle du Gallois. Il ne peut pas s'en empêcher, même s'il n'y a entre eux aucun jeu de séduction ; chez Christopher, c'est naturel. Un fin sourire lui étire les lèvres, son regard fait une chute calculée vers les lèvres de Hyacinthe avant de remonter vers ses yeux.

« Tu es de retour en Grande-Bretagne pour combien de temps, cette fois-ci ? » demande-t-il à mi-voix, la tête penchée sur le côté.

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Un rire franc s’échappa de Hyacinthe, clair, résonnant juste assez pour couvrir la fin du grognement de Christopher. Il n’avait pas besoin d’en rajouter : la grimace outrée de son ami se suffisait à elle seule. Il se pencha légèrement en avant, un sourire en coin et les yeux plissés par l’amusement tandis qu'il se délectait du ton dramatique de Chris.

- Oh, tu sais bien que j’étais un sale gosse, moi aussi, admit-il en haussant une épaule, faussement désolé. Va savoir... Enfin, disons que je te crois quant à ce petit là. Même si je doute fort de ton objectivité dans cette affaire.

Il garda ce sourire tranquille, malicieux, alors que Chris levait les yeux au ciel, comme si l’idée même d’aimer les enfants relevait de la pathologie. Il le connaissait assez pour savoir que le brun ne changera pas d’avis - et à vrai dire, c'était bien ce qui le fait rire. Hyacinthe reprit son verre et en but une énième gorgée. Puis, après avoir profité du liquide en bouche, il relève la tête vers son ancien amant, s’appuyant à son tour sur la table, le coude posé nonchalamment à côté de son verre.

- Le Pitiponk ne change donc pas, constata-t-il en relevant l'oxymore. Un désordre orchestré en perpétuel mouvement.

Le regard du roux s'adoucit, son ton complice. Cela ne le surprenait pas. Après près de dix ans, le fait que Chris se soit fondu au mouvement du Pitiponk. C'était sans doute l'un des environnements dans lesquels Hyacinthe l'avait vu le plus à l'aise. Il était content, satisfait, même soulagé à l'idée de le voir aussi à l'aise.

Mais quand Christopher prononça son prénom avec cette intonation particulière, un peu basse, Hyacinthe devina que la conversation prenait un autre tournant. Il cru ressentir une certaine tension dans la question, peut-être était-ce dû au fait qu'il n'avait qu'à peine donné de nouvelles ces dernières années. Chris pensait-il qu'il n'était que de passage ? Oh, s'il savait... Hyacinthe prit un air sournois tant il était impatient de dire qu'il allait rester.

- Combien de temps... répèta-t-il, faussement pensif, en voulant faire durer le suspens. Eh bien, disons que... j'ai eu le temps de réfléchir, ces derniers mois. Et... qu'une opportunité s'est proposée.

Il ne dit rien de cette année entière passée dans son appartement gallois - à lire des piles de livres, à envoyer des candidatures qui se perdaient toutes dans le même silence, à grignoter peu à peu ses économies. Rien non plus des soirées passées à écouter de la musique, à valser seul dans son salon pour combler le vide, ni de ce moment où, à force de tourner en rond, il avait fini par appeler sa cousine. Et encore, et encore. Parce qu'au final, Danaé et Hélène lui manquaient. Ce n’était pas une vie triste, Hyacinthe la trouvait confortable, malgré le poids de l'absence de rentrée d'argent, mais juste un peu trop calme pour quelqu’un qui avait toujours eu besoin de se sentir utile. Se réhabituer à la vie en Grande-Bretagne n’avait pas été simple, mais Hyacinthe le garde pour lui. Pour l’instant, il ne compte dire à Christopher que l’essentiel. Plomber l'ambiance avec ces choses sérieuses n'était pas dans ses projets pour la soirée.

Hyacinthe laissa le silence s’installer, volontairement, ses doigts tapotant la surface de la table pour faire monter la tension - un jeu dont il se délectait un peu trop. Puis, enfin :

- Il se pourrait qu'un poste ait été libéré et que j'ai été embauché à Poudlard. Toujours en psychomagie, bien sûr, et... je commence en septembre. Sympa, non ?

Un léger éclat de rire lui échappe devant le regard surpris qu’il s’attend à croiser. Hyacinthe devait avouer qu'il se sentait particulièrement fier de cette incroyable nouvelle. Cela se traduisait certainement sur son visage, malgré la désinvolture qu'il essayait de transmettre. Il était tellement content de pouvoir non seulement travailler à nouveau, mais en plus là-bas.
660 - @Christopher Hangoover

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Combien de temps...

Hyas fait durer le plaisir de la réponse. Accroché à son regard, Christopher attend dans une attitude faussement nonchalante, le regard brillant d'amusement et les sourcils dressés pour marquer son impatience. Il s'appuie davantage sur son coude et bouge légèrement la main pour que ses doigts viennent cacher sa bouche. Derrière cette barrière naturelle, ses dents viennent mordiller sa lèvre inférieure. Au fond de lui, il aimerait bien que Hyacinthe reste un peu plus longtemps qu'une semaine ou deux. Que leur habituelle discussion à la volée durant laquelle ils s'échangent les dernières nouvelles et qui leur rappelle la relation complice qu'ils ont pu avoir par le passé ne soit pas aussi brève, qu'il y ait un « on sort faire du shopping, demain ? » ou encore « tu te souviens de ce restau' sur Victoria Street ? Ça te tente, ce soir ? ». Christopher espère sans pour autant mettre de mots sur ses pensées : il a passé l'âge des espoirs vains, si tant est qu'il l'ait eu un jour. Christopher n'a plus jamais couru après quelqu'un depuis ses seize ans et ce n'est pas près de recommencer.

Hyacinthe repartira dans quelques jours et ce ne sera pas grave. Christopher fait défiler son emploi du temps dans son esprit, annule mentalement deux rendez-vous, songe à décaler cette importante vente d'une heure ou deux, à mettre Elisha sur ses heures du soir au Pleuroir et comme ça la voie sera libre pour proposer à Hyas d'aller dîner avant son départ. Satisfait de lui-même et absolument prêt à se voir recevoir un « je repars demain, figure-toi ! » qui foutra tous ses plans à l'eau, Christopher frappe en rythme des talons sous la table pour montrer son impatience à Hyacinthe qui fait durer le plaisir.

Une opportunité ? Ses talons retombent brusquement au sol. Quoi ? Est-ce qu'il veut dire que... Christopher écarquille les yeux, sa mâchoire tombe, laissant ouvert le trou béant de sa bouche. Le rire de Hyas résonne dans le silence stupéfait qui vient de tomber sur leur table.

« Quoiii ? » s'exclame-t-il d'une voix beaucoup trop traînante et trop dramatiquement aiguë.

Poudlard. Psychomage. Septembre. Poudlard. Il va rester en Grande-Bretagne. Christopher n'arrive ni à remonter sa mâchoire, ni à faire diminuer en taille ses yeux grands ouverts. Ses pupilles fouillent celles de Hyacinthe comme pour déceler la supercherie.

« Tu te fous de moi ! s'écrit-il d'une voix forte en frappant soudainement de la main sur la table. Tu te fous de moi ! Tu veux me faire croire qu'après tout ce temps tu es de retour en Grande-Bretagne ? »

Tendu comme un arc, Christopher est incapable de se détourner de l'homme assis en face de lui, pas même pour lancer un regard réprobateur aux clients qui se sont tournés vers eux suite à son éclat. Il fronce subitement les sourcils et pointe le Gallois d'un doigt accusateur.

« Hyacinthe Kyros ! Tu te paies ma tronche ! »

Il sait bien que non. Il est encore capable de reconnaître une supercherie d'une vérité incroyable. Mais le prendre de cette façon-là lui donne le temps de réagir à la surprise qui le pourfend encore. Les jours qu'il imaginait dans son esprit deviennent des semaines, puis les semaines des mois. Il s'imagine en plein hiver, le col de son manteau remonté jusqu'à son cou. Et à côté de lui, Hyacinthe. Portera-t-il encore ce manteau qui lui allait si bien quand il avait vingt-trois ans ?

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La réaction de Christopher valait toutes les récompenses du monde. Hyacinthe éclata de rire, franc, aigu, surpris, la tête rejetée légèrement en arrière. Il ne s’était pas attendu à un tel mélange de stupéfaction et d’indignation. Son nom prononcé avec tant de force dans l'espace même du Pitiponk le fit même sursauter, avant qu’un sourire ne lui reprenne les lèvres. Il ne chercha pas à le couper, ni à le calmer ; le roux le laissa s’emporter, gesticuler, le pointer du doigt, tout en le regardant comme on regardait un vieux film dont on connaissait chaque réplique, mais qu’on ne se lassait pas de revoir.

Quand le silence revint un peu autour d’eux, le brouhaha habituel du Pitiponk reprenant ses droits, Hyacinthe s’humecta les lèvres et se pencha lentement en avant, les coudes sur la table, les doigts croisés sous son menton.

- Je te jure. C’est absolument vrai, dit-il simplement, la voix douce teintée de malice. Pas de plaisanterie, pas de blague. J’ai signé il y a quelques semaines.

Il attendit un peu pour laisser Chris encaisser. Puis, le sourire toujours accroché au coin des lèvres, Hyacinthe reprit.

- J'ai été contacté par la Directrice de Poudlard pour un entretien, et visiblement, ça a payé. Montmort... très cordiale et professionnelle. Ca a été instructif, pour un entretien. Je n'ai pas l'habitude de rencontrer des employeurs aussi jeunes dans mon domaine.

Il rit à nouveau, plus bas, en secouant la tête, amusé par toute cette effervescence. Devant un Christopher tendu, presque prêt à bondir, Hyacinthe se sentait revenir une chaleur familière, celle d’une époque où ce genre d’échanges était leur quotidien : lui, calme et rieur, Chris, tout feu tout flamme, incapable de rester assis plus de deux secondes face à la surprise. C'était sans aucun doute ce qui lui avait le plus manqué. Malgré un épanouissement familial à l'opposé de tout ce que le trentenaire avait connu, un développement professionnel idéal et un cercle amical plutôt cordial et rafraichissant, il n'avait pas eu beaucoup d'amitiés aussi intenses que celles qu'il avait noué en Grande Bretagne.

Hyacinthe reprit son verre et le fit tourner distraitement entre ses doigts. Les pensées tourbillonnaient de la même façon que l'homme prenait le temps de regarder le visage de Chris.

- Je suppose que je n’avais pas trop le droit à l’erreur, après tout ce temps, ajoute-t-il plus doucement. Poudlard, ça ne se refuse pas. Et puis tu sais tout comme moi que j'aimais cette école. L'opportunité de rester ici à long terme et de passer plus souvent est aussi très alléchante.

C'était toujours intéressant de pouvoir renouer avec Chris, c'était certain. C'était l'une des premières choses auxquelles Hyacinthe avait pensé en emménageant à Blackwood. Néanmoins, il ne développa pas plus. Pas question d’alourdir la conversation avec le processus complexe qu'a été sa recherche de travail et ses pensées un peu trop sérieuses. Christopher n’avait pas besoin d’entendre tout cela ce soir. Hyacinthe préférait le voir ainsi, les yeux brillants d’une surprise sincère, la bouche entrouverte sur le rire.

Il l’observa alors quelques secondes encore avant de soupirer, faussement blasé :

- Et dire que je m’attendais à un "félicitations" avant les accusations, tu n'es pas croyable !

Son ton se voulait léger, mais son regard, lui, resta attentif, accroché à celui de Christopher. Les lèvres plissées en un sourire joueur, Hyacinthe croisa les jambes et se recalla sur sa chaise, à l'aise.
571 - @Christopher Hangoover

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Tonton Hya - #5f957c

De la Nostalgie en bouteille
Si Hyacinthe était une musique de hard-rock, ses éclats de rire seraient les percutions, ses yeux brillants un refrain particulièrement entraînant que l'on chante par cœur et sa tête rejeté en arrière le son maîtrisé d'une guitare qui enchaîne les notes à une vitesse phénoménale. Le rire de Hyacinthe est une mélodie familière aux oreilles de Christopher qui ne peut pas faire autrement que rire à son tour, bien que son rire à lui soit plus retenu par sa surprise, comme bloqué par le choc. Mais cet éclat lui permet au moins de retrouver une contenance. Il recule ses fesses sur le tabouret et se frotte l'intérieur de la main à l'aide du pouce en jetant un regard accusateur à la table qu'il a malmené en la frappant.

Ses yeux repartent en quête de Hyacinthe dès qu'il reprend la parole ; sur ses lèvres, un petit sourire en coin. Il hoche la tête, non sans ouvrir exagérément les yeux au moment où le Gallois répète « pas de blague ». Alors tout cela est bien vrai, songe Christopher en écoutant Hyas lui raconter comment ça s'est déroulé. Un entretien avec la directrice de Poudlard et tout était fait. Une petite moue compréhensive passe sur le visage de l'homme : lui-aussi aurait été perturbé si son employeuse était beaucoup plus jeune que lui, même si l'âge ne dit rien de ses compétences.

Hyacinthe le regarde comme s'il s'attendait à le voir bondir une nouvelle fois — à raison. Il aurait pu bondir bien trois fois de plus, si le sujet avait été moins sérieux. Mais là, il lui faut encaisser. Il lui faut réaliser que cet homme qui se tient devant lui pourrait se tenir devant lui encore la semaine prochaine et celle d'après. Déjà, Christopher s'imagine une séance de shopping comme celles qu'ils pouvaient en faire quand ils étaient jeunes ou de longues conversations dans l'atmosphère feutrée d'un salon en écoutant de la musique. Christopher a toujours eu beaucoup trop de temps à revendre, il passe rarement une soirée seul et il n'aime d'ailleurs pas beaucoup ça. Le retour de Hyacinthe, c'est l'opportunité de remplir son temps de la présence d'un ami sincère qui ne lui apporte que des bonnes choses — cela le changera de ces soirée dans l'Allée ou, pire, celles dans les bars moldus desquelles il ne revient jamais seul.

Un grand sourire étire les lèvres de Christopher qui éclate d'un rire plus libéré que celui de tout à l'heure. Il secoue la tête de droite à gauche avant d'attraper son verre et de boire une longue gorgée gourmande, les yeux levés vers le Gallois par dessus la boisson.

« Tu me fais une annonce digne d'un Bombarda et tu voudrais qu'au lieu de crier et de m'étonner, je te félicite ? J'ai des priorités, figure-toi, Hyas, réplique-t-il d'une voix narquoise, d'abord je hurle, après je félicite. »

Une nouvelle gorgée qui habille le haut de sa lèvre d'un peu de mousse caféinée qu'il efface d'un coup de langue, puis il claque son verre contre la table avant de se pencher sur celle-ci pour attraper le regard de Hyacinthe avec le sien.

« Félicitation, Hyacinthe, tu as gagné le droit de passer beaucoup, beaucoup plus de temps avec l'homme irrésistible qui se trouve devant toi. »

Il fait jouer ses sourcils d'un air charmeur-mais-un-peu-lourdaud avant de faire un clin d'œil à Hyacinthe. Puis il se redresse et ses doigts viennent entourer son verre. Son visage perd ses airs narquois, sa moquerie, son faux charme pour se fendre en un sourire plus discret, mais aussi beaucoup plus sincère qui étire ces pattes d'oies qu'il n'aime pas autour de ses yeux.

« Félicitations, Hyas, dit-il finalement dans un murmure. Tu as raison, Poudlard ne se refuse pas. Pas parce que c'est une opportunité incroyable, mais parce qu'effectivemnt, je me souviens de combien tu aimais cette école. Je pense que tu seras bien, là-bas. Et puis tu les as toujours aimé, grimace-t-il avec un geste du menton, les gosses. Tu vas être servi, là. »

L'air tendre qui passe sur le visage de Christopher est suffisamment rare pour paraître déplacé sur ses traits.

« Et je sais que tu t'épanouiras en les aidant et en les accompagnant. C'est vraiment un très bon poste pour toi. »

Il s'avance pour poser son coude sur la table puis, le regard blotti dans celui de Hyacinthe, il lève son verre au trois quarts vide pour trinquer.

« À tous les verres que tu vas désormais pouvoir payer au Pitiponk maintenant que tu es de retour au pays, » articule-t-il en guise de toast, son sourire moqueur dévoilant ses dents blanches.

Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER