Effet boule de poils
Laissant mon corps paisiblement se balancer de façon imperceptible d'avant en arrière, je sens mes paupières s'ouvrir en grand, écarquillées par l'annonce que je viens d'entendre. Aelle, chercheuse ? Mais trop la classe en vrai ! Je l'imagine déjà, au milieu de ses fioles et de ses livres poussiéreux, à déchiffrer et à décoder des mystères insolubles et insondés. À faire de grandes découvertes, révolutionner le monde magique, trouver de nouvelles formules, de nouvelles matières, de nouvelles sciences, des pistes vierges d'exploration, des possibilités infinies ! Voilà que mes yeux grands ouverts sont forcés de se refermer un instant, tant ils se sont asséchés, sous l'oubli de cligner...
"Oooh... trop la classe putain..."
Murmurant un peu à moi-même, je suis tout autant intéressé par la suite de ces propos, d'où le fait que je ne m'attarde pas trop sur cette nouvelle. Je l'aurais voulu, mais c'est tellement intéressant ce qu'elle raconte, elle capte ma pleine et complète attention.
"Mh-mh !"
Ma tête se hoche vivement à sa question. Bien évidemment ! J'espère de tout cœur pouvoir y trouver des manuels secrets sur Protego, ou sur n'importe quel sort de protection ! Sans trop y prêter attention, je ne peux m'empêcher de venir gratter l'arrière de ma tête sous ses réflexions. Je n'arrive pas trop à voir où elle voulait en venir, pour être honnête. Comment on pourrait refuser une autorisation ? Poudlard est censé être un endroit d'apprentissage, pourquoi, comment des savoirs pourraient se voir interdits ? Cependant, la fin de son discours ramène mon sourire.
"Mh... j'vois pas trop... ce s'rait dommage de devoir frauder et mentir quand même, c'est nul même. Mais bon, au pire du pire, j'apprendrais tout moi-même ! Partir de zéro, après tout, c'est l'meilleur moyen de tout apprendre héhé !"
Ah, ça y'est, enfin, mon esprit revient sur ce à quoi je pensais à tout à l'heure, et dans un éclat sur mon visage, je lève un index, comme si l'épiphanie venait de me frapper d'un coup.
"En fait, chercheuse, t'es une sorte d'aventurière, pas vrai ? Tu sais qu'j'en ai rencontré une récemment ?? Trop badass la meuf, genre, elle raconte qu'elle cherchait un dragon ! Elle venait faire le plein de dragées, t'y crois ça ? Et elle m'a grave fait penser à toi d'ailleurs, elle dit qu'elle aime découvrir et comprendre, aller là où personne va, ce genre de trucs, dépasser les frontières, le truc trop cooool ! J'suis sûr que vous vous entendriez trop trop bien !"
Peut-être que je pourrais lui présenter ? J'imagine déjà l'interaction entre les deux, et les aventures de dingue qu'elles pourraient faire à deux ! Non, franchement, le monde magique est merveilleux, y'a pas à dire.
"Oooh... trop la classe putain..."
Murmurant un peu à moi-même, je suis tout autant intéressé par la suite de ces propos, d'où le fait que je ne m'attarde pas trop sur cette nouvelle. Je l'aurais voulu, mais c'est tellement intéressant ce qu'elle raconte, elle capte ma pleine et complète attention.
"Mh-mh !"
Ma tête se hoche vivement à sa question. Bien évidemment ! J'espère de tout cœur pouvoir y trouver des manuels secrets sur Protego, ou sur n'importe quel sort de protection ! Sans trop y prêter attention, je ne peux m'empêcher de venir gratter l'arrière de ma tête sous ses réflexions. Je n'arrive pas trop à voir où elle voulait en venir, pour être honnête. Comment on pourrait refuser une autorisation ? Poudlard est censé être un endroit d'apprentissage, pourquoi, comment des savoirs pourraient se voir interdits ? Cependant, la fin de son discours ramène mon sourire.
"Mh... j'vois pas trop... ce s'rait dommage de devoir frauder et mentir quand même, c'est nul même. Mais bon, au pire du pire, j'apprendrais tout moi-même ! Partir de zéro, après tout, c'est l'meilleur moyen de tout apprendre héhé !"
Ah, ça y'est, enfin, mon esprit revient sur ce à quoi je pensais à tout à l'heure, et dans un éclat sur mon visage, je lève un index, comme si l'épiphanie venait de me frapper d'un coup.
"En fait, chercheuse, t'es une sorte d'aventurière, pas vrai ? Tu sais qu'j'en ai rencontré une récemment ?? Trop badass la meuf, genre, elle raconte qu'elle cherchait un dragon ! Elle venait faire le plein de dragées, t'y crois ça ? Et elle m'a grave fait penser à toi d'ailleurs, elle dit qu'elle aime découvrir et comprendre, aller là où personne va, ce genre de trucs, dépasser les frontières, le truc trop cooool ! J'suis sûr que vous vous entendriez trop trop bien !"
Peut-être que je pourrais lui présenter ? J'imagine déjà l'interaction entre les deux, et les aventures de dingue qu'elles pourraient faire à deux ! Non, franchement, le monde magique est merveilleux, y'a pas à dire.
Effet boule de poils
Ses yeux s'écarquillent et pendant un instant j'ai l'impression que se dessine sur son visage quelque chose qui ressemble fort à de l'admiration ; cela me perturbe, si bien que j'en perds le temps d'une seconde ou deux mon port fier et distant. Je cille, le regard fixé sur lui. Est-il admiratif parce que je viens de dire que je suis chercheuse ? J'aimerais croire que ce n'est qu'une expression inutile de plus, qu'un éclat enfantin qui n'a aucun intérêt ni aucune sincérité, mais le fait est que j'y crois déjà, au fait qu'il soit admiratif de mon statut de chercheuse, et même si j'aimerais que ce ne soit pas le cas, je sens que ça me fait quelque chose d'étrange tout au fond du cœur. Quelque chose qui me remue, qui me réchauffe, qui fait trembler mes fondations. Une toute petite voix s'élève au fond de moi et elle murmure des choses bien différentes de tout ce qu'elle m'a dit ces derniers mois : oui, dit-elle, tu pourrais être une chercheuse, une vraie chercheuse, et ce serait vraiment "trop la classe". Le pire, c'est que cette j'y crois. J'y crois à son espoir, j'y crois à ce qu'elle me fait miroiter. Mais c'est dangereux de croire et d'espérer. Alors je m'extirpe de ces drôles d'émotions que le simple éclat admiratif d'un enfant me fait ressentir et me drape de nouveau dans cette neutralité que je préfère me convaincre que je ressens. Et alors le calme revient dans mon corps, c'est bien mieux ainsi.
Je me rattache à ce qu'il dit. Il fait preuve une nouvelle fois d'une motivation sans borne, ce qui m'inspire un bref mouvement de la tête, ce qui chez moi ressemble le plus à un sourire. J'aurais aimé rebondir sur son « mmh, j'vois pas trop » digne du plus naïf et du plus idiot de tous les enfants idiots naïfs du monde, mais voilà, le doigt levé il reprend la parole, attire mon regard curieux sur lui, puis il met les mots badass, dragon et dragées dans la même phrase. Si j'avais commencé à arquer un sourcil dubitatif quand il m'a comparé à une "aventurière" (alors que cela n'a rien à voir avec le fait d'être une chercheuse), mon cœur qui s'emballe furieusement me coupe subitement dans mon élan.
Une émotion grande comme le monde grimpe dans mon corps. Mon cœur semble tomber tout au fond de moi. Pendant une seconde ou deux, je n'entends plus rien de ce que Brando me dit parce qu'un bourdonnement gronde dans mes oreilles. Mon esprit déjà bien focalisé sur elle en temps normal hurle à tout va son prénom : Kristen. Une voix qui réagit aux mots badass dragon dragées et, pire que ça, à l'expression dépasser les frontières. C'est comme si mon cœur s'était mis à battre sur la mélodie de ce prénom. Kristen, Kristen, Kristen. Tout à coup, elle est là, partout. Partout dans ma tête, partout dans mes frissons, partout dans mon souffle bloqué au fond de ma gorge, partout dans mon immobilité soudaine, partout sur le visage inexpressif que je présente à Brando. Partout. Il me faut quelques secondes pour récupérer. Je détourne les yeux vers le lac et respire lentement par le nez en essayant de mettre de l'ordre dans mes pensées.
Se pourrait-il qu'il l'ait rencontrée ? Jamais je ne l'aurais cru s'il n'avait pas mentionné de dragon. Qui partirait à l'aventure pour chercher un dragon en Grande-Bretagne ou en Écosse ? Et jamais le hasard ne pourrait faire que cette personne soit, en plus de cela, badass, qu'elle aime les dragées et qu'elle souhaite dépasser les frontières. Cette expression est exactement la notre. La notre à nous, celle que l'on employait avant, quand Kristen était Kristen, quand son bureau directorial nous entourait, quand elle était la directrice et moi l'élève, quand elle ne m'avait pas abandonnée. C'est exactement celle que je lui ai confiée il y a quelques semaines et celle qu'il lui arrive d'employer encore parfois dans la petite cuisine du second étage au 180 Buck Street. C'est notre expression. La nôtre. Je ne connais personne d'autre qui pourrait chercher un dragon. Je ne connais personne d'autre qui pourrait chercher un dragon et qui en plus de cela fait une fixation sur les dragées. Et puis c'est vrai qu'elle est badass, même si moi j'aurais employé un mot bien plus intelligent que cela.
Je ramène mon regard sur le visage joyeux de Brando. Ainsi donc, il est tombé sur Kristen. Du moins ai-je envie de m'en persuader, parce qu'elle prend toute la place et que c'est facile de lui en donner davantage. Un vilain sentiment me bousille le cœur à cette idée. Comme si une lame pénétrait dans mes chairs. Je déteste ce sentiment. Je déteste qu'il ait pu la rencontrer. Je déteste qu'il parle d'elle. Je déteste qu'elle lui ait parlé de cette quête qu'elle aurait dû garder pour elle.
Il me faut deux secondes de plus pour me remettre de cette intense jalousie qui me brûle les entrailles. Je ne suis même pas sûre qu'il s'agisse vraiment d'elle. Le silence commence à trop durer. Alors je me force à respirer par le nez et à prendre la parole.
« Ah oui ? »
Ma voix sonne froidement, je ne peux rien faire pour lui donner un ton différent. Au moins mon visage est-il exempt de toutes émotions trop visibles.
« Ça a l'air d'être une personne... Intéressante. Elle était comment ? »
Posant cette question, je plisse légèrement les yeux. Je me sens glacée de la tête aux pieds, mais ce n'est pas si grave, n'est-ce pas ? Ce n'est pas bien différent de ce que je ressens tous les jours quand je me réveille et que je me souviens brutalement qu'elle est de nouveau dans ma vie et que cela me réjouit autant que ça me fait mal.
Je me rattache à ce qu'il dit. Il fait preuve une nouvelle fois d'une motivation sans borne, ce qui m'inspire un bref mouvement de la tête, ce qui chez moi ressemble le plus à un sourire. J'aurais aimé rebondir sur son « mmh, j'vois pas trop » digne du plus naïf et du plus idiot de tous les enfants idiots naïfs du monde, mais voilà, le doigt levé il reprend la parole, attire mon regard curieux sur lui, puis il met les mots badass, dragon et dragées dans la même phrase. Si j'avais commencé à arquer un sourcil dubitatif quand il m'a comparé à une "aventurière" (alors que cela n'a rien à voir avec le fait d'être une chercheuse), mon cœur qui s'emballe furieusement me coupe subitement dans mon élan.
Une émotion grande comme le monde grimpe dans mon corps. Mon cœur semble tomber tout au fond de moi. Pendant une seconde ou deux, je n'entends plus rien de ce que Brando me dit parce qu'un bourdonnement gronde dans mes oreilles. Mon esprit déjà bien focalisé sur elle en temps normal hurle à tout va son prénom : Kristen. Une voix qui réagit aux mots badass dragon dragées et, pire que ça, à l'expression dépasser les frontières. C'est comme si mon cœur s'était mis à battre sur la mélodie de ce prénom. Kristen, Kristen, Kristen. Tout à coup, elle est là, partout. Partout dans ma tête, partout dans mes frissons, partout dans mon souffle bloqué au fond de ma gorge, partout dans mon immobilité soudaine, partout sur le visage inexpressif que je présente à Brando. Partout. Il me faut quelques secondes pour récupérer. Je détourne les yeux vers le lac et respire lentement par le nez en essayant de mettre de l'ordre dans mes pensées.
Se pourrait-il qu'il l'ait rencontrée ? Jamais je ne l'aurais cru s'il n'avait pas mentionné de dragon. Qui partirait à l'aventure pour chercher un dragon en Grande-Bretagne ou en Écosse ? Et jamais le hasard ne pourrait faire que cette personne soit, en plus de cela, badass, qu'elle aime les dragées et qu'elle souhaite dépasser les frontières. Cette expression est exactement la notre. La notre à nous, celle que l'on employait avant, quand Kristen était Kristen, quand son bureau directorial nous entourait, quand elle était la directrice et moi l'élève, quand elle ne m'avait pas abandonnée. C'est exactement celle que je lui ai confiée il y a quelques semaines et celle qu'il lui arrive d'employer encore parfois dans la petite cuisine du second étage au 180 Buck Street. C'est notre expression. La nôtre. Je ne connais personne d'autre qui pourrait chercher un dragon. Je ne connais personne d'autre qui pourrait chercher un dragon et qui en plus de cela fait une fixation sur les dragées. Et puis c'est vrai qu'elle est badass, même si moi j'aurais employé un mot bien plus intelligent que cela.
Je ramène mon regard sur le visage joyeux de Brando. Ainsi donc, il est tombé sur Kristen. Du moins ai-je envie de m'en persuader, parce qu'elle prend toute la place et que c'est facile de lui en donner davantage. Un vilain sentiment me bousille le cœur à cette idée. Comme si une lame pénétrait dans mes chairs. Je déteste ce sentiment. Je déteste qu'il ait pu la rencontrer. Je déteste qu'il parle d'elle. Je déteste qu'elle lui ait parlé de cette quête qu'elle aurait dû garder pour elle.
Il me faut deux secondes de plus pour me remettre de cette intense jalousie qui me brûle les entrailles. Je ne suis même pas sûre qu'il s'agisse vraiment d'elle. Le silence commence à trop durer. Alors je me force à respirer par le nez et à prendre la parole.
« Ah oui ? »
Ma voix sonne froidement, je ne peux rien faire pour lui donner un ton différent. Au moins mon visage est-il exempt de toutes émotions trop visibles.
« Ça a l'air d'être une personne... Intéressante. Elle était comment ? »
Posant cette question, je plisse légèrement les yeux. Je me sens glacée de la tête aux pieds, mais ce n'est pas si grave, n'est-ce pas ? Ce n'est pas bien différent de ce que je ressens tous les jours quand je me réveille et que je me souviens brutalement qu'elle est de nouveau dans ma vie et que cela me réjouit autant que ça me fait mal.
Effet boule de poils
"Mais ouais j'te jure ! Elle..."
Wow, c'était quoi ça ?
Pourquoi d'un seul coup, les picotements prennent d'assaut ma nuque avec une violence rare ? C'était à croire que, l'espace d'un instant, Aelle aurait pu me sauter à la gorge. D'ailleurs, mon esprit l'a visualisé, je crois. Un très court moment, un infime battement de cœur, durant lequel mon instinct en a profité pour basculer tout mon organisme en mode défensif. La vague de sueur froide qui roule sur la peau de mon dos accompagne ma poitrine qui enfle sous une profonde inspiration. Me voilà totalement éveillé, et clignant des yeux, je perçois, avant que cette lucidité ne me glisse entre les doigts, tout le malaise de mon amie.
Puis, retour au calme, telle une vague délaissant le bois flottant sur une plage noire, sans réponse ni indice. Je me souviens simplement qu'à la mention d'Aelle auprès de l'aventurière, cette dernière aussi avait eu une sacré réaction. Peut-être qu'elles n'aiment pas être comparées avec qui que ce soit ? Mais pourquoi mal prendre une comparaison avec quelqu'un que l'on ne connaît pas ?
"Euh..."
Pris au dépourvu, il me faut une petite seconde de réflexion afin de remettre mon esprit sur les rails. Mon index vient se coller sur ma lèvre inférieure, emboîtant le pas à mon regard qui descend jusqu'au sol.
"Mh... elle... elle avait des cheveux noirs, fine et frêle, et des yeux euh... bleu ? Verts ? J'sais plus ! Elle faisait fliiiipper un peu, genre, un regard noir de ouf, elle avait l'air ULTRA puissante mais comme si elle le cachait !! J'aurais trop aimé lui demander si elle voulait faire un duel, j'suis sûr que j'aurais appris plein d'choses avec elle. Elle avait un gros sac à dos aussi !! Vraiment j'adore Pré Au Lard, tu peux rencontrer tellement d'monde différent, c'est trop intéressant héhé."
Wow, c'était quoi ça ?
Pourquoi d'un seul coup, les picotements prennent d'assaut ma nuque avec une violence rare ? C'était à croire que, l'espace d'un instant, Aelle aurait pu me sauter à la gorge. D'ailleurs, mon esprit l'a visualisé, je crois. Un très court moment, un infime battement de cœur, durant lequel mon instinct en a profité pour basculer tout mon organisme en mode défensif. La vague de sueur froide qui roule sur la peau de mon dos accompagne ma poitrine qui enfle sous une profonde inspiration. Me voilà totalement éveillé, et clignant des yeux, je perçois, avant que cette lucidité ne me glisse entre les doigts, tout le malaise de mon amie.
Puis, retour au calme, telle une vague délaissant le bois flottant sur une plage noire, sans réponse ni indice. Je me souviens simplement qu'à la mention d'Aelle auprès de l'aventurière, cette dernière aussi avait eu une sacré réaction. Peut-être qu'elles n'aiment pas être comparées avec qui que ce soit ? Mais pourquoi mal prendre une comparaison avec quelqu'un que l'on ne connaît pas ?
"Euh..."
Pris au dépourvu, il me faut une petite seconde de réflexion afin de remettre mon esprit sur les rails. Mon index vient se coller sur ma lèvre inférieure, emboîtant le pas à mon regard qui descend jusqu'au sol.
"Mh... elle... elle avait des cheveux noirs, fine et frêle, et des yeux euh... bleu ? Verts ? J'sais plus ! Elle faisait fliiiipper un peu, genre, un regard noir de ouf, elle avait l'air ULTRA puissante mais comme si elle le cachait !! J'aurais trop aimé lui demander si elle voulait faire un duel, j'suis sûr que j'aurais appris plein d'choses avec elle. Elle avait un gros sac à dos aussi !! Vraiment j'adore Pré Au Lard, tu peux rencontrer tellement d'monde différent, c'est trop intéressant héhé."
Effet boule de poils
Mon corps est froid mais mon cœur est brûlant. À chaque battement, il envoie courir dans mes veines un filet de lave qui me fait frissonner. Mes pensées que j'essaie de contenir depuis le début de la journée, affolées par mon retour au château, sont désormais en roue libre. Je n'ai plus aucun contrôle sur elles. Et je n'arrive à penser à rien d'autre qu'à la femme que j'ai quitté jeudi et que je retrouverai jeudi prochain. J'espère de tout cœur que Brando parle d'elle, je l'espère en secret, avec honte, comme si la voir atterrir dans une discussion dans laquelle elle n'a rien à faire pouvait la rapprocher un peu plus de moi, comme si ça pouvait me rapprocher un peu plus d'elle. J'espère de tout cœur que Brando ne parle pas d'elle, je l'espère avec une rage brûlante et dévorante, le genre qui me donne envie de cacher Kristen au monde entier, de la dérober à tous les regards, de la garder pour moi, rien que pour moi.
Tout se mélange dans ma tête. Puis tout s'arrête au moment même où il commence à la décrire. Mon cœur tombe tout au fond de mon corps. De là, il bat violemment, avec brutalité. Je me sens à la fois plus proche d'elle parce qu'elle est présente dans les mots de Brando, mais en même temps ce vilain sentiment qui me dévorait quand il a évoqué l'expression « dépasser les frontières » a pris de l'ampleur et il est inarrêtable. Dans mon cœur se battent un plaisir coupable et une rage violente. Je serre les poings et respire par le nez pour ne rien laisser paraître. Mon visage, construit par des années à me tenir à distance de tout, n'exprime pas grand chose.
Pendant ce temps il parle, il parle et il parle encore. Au lieu de la silhouette dégingandée de pré-adolescent en costard de Brando, je vois son corps frêle, ses cheveux fins noirs et courts, ses yeux doubles, ses yeux qui parviennent à passer toutes les strates de mon esprit pour s'enfoncer tout à l'intérieur de mon âme. Je nous vois dans la cage d'escaliers, son visage tout proche du mien, son corps à quelques centimètres et son regard, son regard partout, son regard qui m'empêchait de m'enfoncer. Je nous revois la semaine dernière, ses yeux de l'autre côté de la table, la vapeur qui montait de nos tasses de thé entre nous. Je la vois partout, tout le temps et tout à coup je désire de toutes mes forces être ailleurs, être avec elle, chez elle, n'importe où tant qu'elle est là. C'est tellement fort que ça me fait mal à la gorge, ça me fait mal au cœur, ça me fait mal partout, son absence.
Je cligne des yeux. Brando réapparait devant moi. Combien de temps a duré mon silence ? Sans doute trop longtemps. Je ne sais plus ce qu'il disait. Je ne sais plus ce que je voulais dire. Je ne sais plus grand chose. Je sais seulement qu'elle existe. Elle existe, il me l'a prouvé : il l'a rencontré. Alors elle existe bien. Elle existe dans ce monde, pas seulement dans le mien. Mais si elle existe aussi dans celui des autres, cela signifie qu'elle pourra quitter mon monde pour aller voir ailleurs, hein ? Pour partir. Et tout recommencera. Tout recommence toujours. Je le sais.
Mon cœur tombe encore plus bas dans mon corps. Des bas-fonds sordides de mon être, il bat tristement. Une douleur physique m'enserre la gorge. C'est à peine si je vois Brando qui est pourtant juste devant moi. Je sens mon visage durcir.
« Demander à une femme qui te parait ultra puissante et qui te fait "flipper" de faire duel, c'est complètement idiot. »
Si ma voix résonne aussi froidement, c'est sans doute parce qu'elle l'est. Je détache mes yeux du garçon et les ramène vers le bout du chemin que je suivais, avant qu'il se pointe. Je ne sais même plus où j'allais. Pourtant j'avance d'un pas sur ce chemin, je me mets en marche. Cela me donne l'impression d'avoir moins mal.
« J'allais par là, » je lance au garçon sans réellement savoir si je l'invite à me suivre ou si au contraire je le plante là.
Tout se mélange dans ma tête. Puis tout s'arrête au moment même où il commence à la décrire. Mon cœur tombe tout au fond de mon corps. De là, il bat violemment, avec brutalité. Je me sens à la fois plus proche d'elle parce qu'elle est présente dans les mots de Brando, mais en même temps ce vilain sentiment qui me dévorait quand il a évoqué l'expression « dépasser les frontières » a pris de l'ampleur et il est inarrêtable. Dans mon cœur se battent un plaisir coupable et une rage violente. Je serre les poings et respire par le nez pour ne rien laisser paraître. Mon visage, construit par des années à me tenir à distance de tout, n'exprime pas grand chose.
Pendant ce temps il parle, il parle et il parle encore. Au lieu de la silhouette dégingandée de pré-adolescent en costard de Brando, je vois son corps frêle, ses cheveux fins noirs et courts, ses yeux doubles, ses yeux qui parviennent à passer toutes les strates de mon esprit pour s'enfoncer tout à l'intérieur de mon âme. Je nous vois dans la cage d'escaliers, son visage tout proche du mien, son corps à quelques centimètres et son regard, son regard partout, son regard qui m'empêchait de m'enfoncer. Je nous revois la semaine dernière, ses yeux de l'autre côté de la table, la vapeur qui montait de nos tasses de thé entre nous. Je la vois partout, tout le temps et tout à coup je désire de toutes mes forces être ailleurs, être avec elle, chez elle, n'importe où tant qu'elle est là. C'est tellement fort que ça me fait mal à la gorge, ça me fait mal au cœur, ça me fait mal partout, son absence.
Je cligne des yeux. Brando réapparait devant moi. Combien de temps a duré mon silence ? Sans doute trop longtemps. Je ne sais plus ce qu'il disait. Je ne sais plus ce que je voulais dire. Je ne sais plus grand chose. Je sais seulement qu'elle existe. Elle existe, il me l'a prouvé : il l'a rencontré. Alors elle existe bien. Elle existe dans ce monde, pas seulement dans le mien. Mais si elle existe aussi dans celui des autres, cela signifie qu'elle pourra quitter mon monde pour aller voir ailleurs, hein ? Pour partir. Et tout recommencera. Tout recommence toujours. Je le sais.
Mon cœur tombe encore plus bas dans mon corps. Des bas-fonds sordides de mon être, il bat tristement. Une douleur physique m'enserre la gorge. C'est à peine si je vois Brando qui est pourtant juste devant moi. Je sens mon visage durcir.
« Demander à une femme qui te parait ultra puissante et qui te fait "flipper" de faire duel, c'est complètement idiot. »
Si ma voix résonne aussi froidement, c'est sans doute parce qu'elle l'est. Je détache mes yeux du garçon et les ramène vers le bout du chemin que je suivais, avant qu'il se pointe. Je ne sais même plus où j'allais. Pourtant j'avance d'un pas sur ce chemin, je me mets en marche. Cela me donne l'impression d'avoir moins mal.
« J'allais par là, » je lance au garçon sans réellement savoir si je l'invite à me suivre ou si au contraire je le plante là.
Effet boule de poils
Eh, c'est quand même étrange parfois, de discuter avec Aelle. De temps à autres, c'est comme si elle s'effaçait du monde pour laisser son essence se dissoudre dans le vent silencieux. Est-ce que ce sont mes mots qui la plongent dans un tel état de mutisme profond ? Si c'est le cas, je ne vois pas tellement ce que j'aurais pu dire qui peut justifier une telle réaction, mais après tout, je suis particulièrement nul pour me mettre à la place des autres alors... Ne présumons pas, il est certain que la solution se profilera d'elle-même au cours de la discussion, qui est pour une fois, soulignons-le, presque normale, voire agréable !
Par contraste, je réalise alors à quel point tous les interactions que j'ai pu avoir avec Alle étaient viciées. Que ce soit par mon comportement ou par le sien d'ailleurs, mais cette différence que j'observe aujourd'hui est tout de même cruciale, et pourrait expliquer mille et une choses. Ah, sa réponse est sortie, et peut-être que c'est pour cette raison qu'elle agit ainsi. Oui, probablement, certainement même ! Ce n'est pas la première fois qu'elle me trouve idiot de toute manière, et ça ne serait que logique. Un petit rire m'échappe tandis que je l'accompagne doucement, sans trop réaliser mes mouvements, les mains croisées derrière la tête.
"Nan mais... pas un vrai combat quoi, déjà j'demanderai jamais à quelqu'un qu'on se batte pour de vrai, c'est nul ! Mais un duel, genre un duel d'entraînement... Là, ce serait génial ! Le but ce serait pas de gagner, c'est plutôt évident que je perdrais, je sais que je gagne pas contre les adultes, mais ça apprend de ouf ! Plus le duel est dur, et plus j'apprends."
Tous mes souvenirs de mes duels les plus insurmontables sont également les meilleurs. Que ce soit parce que j'affronte trois ou quatre sorciers d'un coup, ou parce que j'affronte un adulte, ou alors cinq mannequins réglés sur la difficulté maximale, encore aujourd'hui j'y repense ! Et chacun d'eux m'inspire et me permets de progresser bien davantage qu'un entraînement classique.
"En plus si elle a un dragon, t'imagines ? Elle aurait juste à l'appeler pour qu'il souffle du feu et pfouaaaah ! Boom ! Faut au moins qu'j'maîtrise Gelo avant d'l'affronter haha !"
Une petite larme de rire est versée lorsque je termine ma phrase, m'imaginant déjà brandir ma baguette face à une créature pareille. Non, c'est n'importe quoi, et... Eh, attends, si c'était possible ? Non, clairement pas... Mais en soit, avec un bon mélange de Protego et de Gelo suffisamment maîtrisés... Il va falloir que j'y réfléchisse bon sang ! Je termine par regarder mon amie avec un sourire.
"En tout cas, j'me souviens d'ton duel Amico, il était ouf ! Franchement, vous étiez impressionnantes toutes les deux, et sa magie avec ses tatouages là, pfouah la la, t'as refais des duels contre elle depuis ?!"
Par contraste, je réalise alors à quel point tous les interactions que j'ai pu avoir avec Alle étaient viciées. Que ce soit par mon comportement ou par le sien d'ailleurs, mais cette différence que j'observe aujourd'hui est tout de même cruciale, et pourrait expliquer mille et une choses. Ah, sa réponse est sortie, et peut-être que c'est pour cette raison qu'elle agit ainsi. Oui, probablement, certainement même ! Ce n'est pas la première fois qu'elle me trouve idiot de toute manière, et ça ne serait que logique. Un petit rire m'échappe tandis que je l'accompagne doucement, sans trop réaliser mes mouvements, les mains croisées derrière la tête.
"Nan mais... pas un vrai combat quoi, déjà j'demanderai jamais à quelqu'un qu'on se batte pour de vrai, c'est nul ! Mais un duel, genre un duel d'entraînement... Là, ce serait génial ! Le but ce serait pas de gagner, c'est plutôt évident que je perdrais, je sais que je gagne pas contre les adultes, mais ça apprend de ouf ! Plus le duel est dur, et plus j'apprends."
Tous mes souvenirs de mes duels les plus insurmontables sont également les meilleurs. Que ce soit parce que j'affronte trois ou quatre sorciers d'un coup, ou parce que j'affronte un adulte, ou alors cinq mannequins réglés sur la difficulté maximale, encore aujourd'hui j'y repense ! Et chacun d'eux m'inspire et me permets de progresser bien davantage qu'un entraînement classique.
"En plus si elle a un dragon, t'imagines ? Elle aurait juste à l'appeler pour qu'il souffle du feu et pfouaaaah ! Boom ! Faut au moins qu'j'maîtrise Gelo avant d'l'affronter haha !"
Une petite larme de rire est versée lorsque je termine ma phrase, m'imaginant déjà brandir ma baguette face à une créature pareille. Non, c'est n'importe quoi, et... Eh, attends, si c'était possible ? Non, clairement pas... Mais en soit, avec un bon mélange de Protego et de Gelo suffisamment maîtrisés... Il va falloir que j'y réfléchisse bon sang ! Je termine par regarder mon amie avec un sourire.
"En tout cas, j'me souviens d'ton duel Amico, il était ouf ! Franchement, vous étiez impressionnantes toutes les deux, et sa magie avec ses tatouages là, pfouah la la, t'as refais des duels contre elle depuis ?!"
Effet boule de poils
Mes semelles crissent sur les graviers du chemin qui s'éloigne du château. Cela me fait du bien de mettre cette grosse bâtisse derrière moi, de ne plus l'avoir sous les yeux. Je poursuis ma route sans m'étonner d'entendre Brando me suivre — je savais qu'il le ferait, même si une part de moi espérait qu'il n'en fasse rien. D'ailleurs à sa façon de rempiler sur la question du duel, je comprends qu'il ne s'est évidemment pas vexé de mon ton. Le contraire m'aurait étonné. Mais tout de même, qu'il soit si hermétique à tout ce que je raconte me frustre. Un petit soupir coule entre mes lèvres, j'enfonce mes mains tout au fond de mes poches en me décalant légèrement pour lui laisser de la place sur le chemin.
J'entends l'herbe remuer quelque part sur ma gauche. Je n'ai pas besoin de tourner la tête pour voir que Zikomo est en train de nous suivre, bondissant par-dessus les brins pour voir l'horizon se profiler devant lui. Il est si petit qu'il se perd facilement dans les prés, mais il n'a aucun mal à se repérer pour autant. Je me concentre sur les bruits qu'il fait en écoutant le discours de Brando d'une oreille. Ma gorge me fait encore mal et mes muscles crispés ont du mal à se détendre. Toute ma tête, tout mon esprit, toute mon âme est tournée en direction de Londres. Et j'ai mal d'être là sans elle, là alors qu'elle pourrait très bien profiter de ce moment loin de moi pour partir à l'autre bout du monde, pour disparaître, pour m'abandonn... Stop. J'inspire par le nez pour calmer mes pensées.
Brando. Me concentrer sur Brando. Il est en train de parler d'entraînement, de défi et de toutes ces choses. Il a l'air sérieux malgré son insupportable air heureux et réjouit. Et je veux bien lui accorder une chose : il a raison. Faire un duel avec quelqu'un de meilleur que soi est complètement idiot, mais s'entraîner avec des gens plus forts, c'est juste accepter que l'on a énormément de chemin à faire pour s'améliorer et qu'on est prêt à apprendre pour ça. Ce garçon m'insupporte la plupart du temps, mais il a cette détermination et cette motivation que j'admire en général chez ceux qui en font preuve.
Par contre, je n'aime pas le fait qu'il continue de parler d'elle et lorsqu'il évoque de son dragon, je lève les yeux au ciel et tourne la tête en direction du lac pour qu'il ne remarque pas mes mâchoires crispées. Si cet idiot devait faire face à Chaofeng, il se ferait tout simplement bouffer. Ou non : la vouivre, ivre de magie noire, l'ignorerait purement et simplement, car pas une once d'obscurité coule dans les veines de cet enfant. Brando ne l'intéresserait en rien. Chaofeng se détournerait. Et d'ailleurs, Kristen aussi le ferait. Elle ne perdrait pas de temps avec un gamin comme lui, elle s'éloignerait et elle reviendrait vers des gens capables de comprendre que certaines frontières sont faites pour être dépassées, elle reviendrait vers moi, elle ne se battrait pas en duel avec lui, parce qu'il ne l'intéresse pas et que c'est la seule chose à retenir.
Puisque Narcisse Brando est Narcisse Brando, il faut qu'il mette les pieds là où il ne faut pas les mettre. Alors évidemment, il parle d'une chose de laquelle il ne devrait pas parler. En l'occurrence, mon duel avec Araya. La simple évocation de ce vieux et désagréable souvenir me foudroie sur place. Le point positif, c'est que ça éteint, pour un temps, mes pensées destinées à Kristen. Tout mon corps réagit à la vague de honte qui me submerge subitement. Une grande chaleur me monte à la tête, ma gorge se noue, mes poings se serrent au fond de mes poches. Je tourne la tête vers Brando, surprend son immense sourire, puis me détourne presque aussitôt pour ne plus avoir à supporter cette vision. Tout le corps tendu, mon pas un peu plus rapide sur le chemin, je m'efforce de faire comme si je ne me sentais pas insultée.
Sauf que je me sens insultée. Ce duel est un souvenir plein de boue, un souvenir sale et désagréable, qui pique lorsqu'on tombe dessus par hasard, qui hante parfois des cauchemars dans lesquels je me sens étouffer sous le manque d'air et où je vois de l'autre côté de l'estrade le sourire vainqueur de Milya Bogale Araya. Cela fait des mois que je n'ai pas pensé à elle. Nous ne nous sommes jamais réécrit après mon séjour à Uagadou. Elle attendait peut-être que je le fasse. J'attendais peut-être qu'elle le fasse. Reste que ça ne s'est jamais fait. Tout s'est terminé aussi soudainement que ça a commencé.
Il me faut quelques longues secondes pour me rendre compte que Brando ne dit pas : elle était impressionnante, mais bien vous. La pensée me provient de très loin. Vous étiez impressionnantes. Toutes les deux. Il était là, il a tout vu, j'ai perdu, je me suis fait laminer. En quoi ai-je été impressionnante ? Une défaite n'est pas impressionnante, une défaite c'est pitoyable. Tout comme ma défaite à certains examens de l'année dernière. Échouer, ce n'est pas pour les gens excellents. Les gens excellents n'échouent pas. Sauf que j'ai échoué à trois reprises dans ma vie et que c'est déjà trop. Et que ça me fait mal.
Mes sourcils sont irrémédiablement froncés par la colère latente que je ressens. Je savais que j'aurais dû fuir en voyant Brando approcher, je le savais ! Pourquoi l'ai-je laissé m'approcher, pourquoi l'ai-je laissé me parler ? Les gens n'apportent jamais rien de bon, absolument jamais !
« Non. »
Ma voix froide déchire l'air entre nous, après un temps de silence trop long. Je serre les dents, le regard loin de Brando dont j'entends les pas qui me suivent, juste à côté de moi.
« J'ai perdu, ajouté-je d'une voix dure. Peu importe ce que j'ai fait avant, le résultat a été ma défaite. Cela n'a rien d'impressionnant. »
Je refuse qu'il continue de me mentir en disant que c'était impressionnant car ça ne l'était pas. Et parce que je sais qu'il va essayer de me faire changer d'avis, je prends de nouveau la parole en tournant la tête vers lui pour le fusiller du regard.
« Et n'essaie pas de me convaincre du contraire ou je t'envoie valdinguer à plusieurs mètres.»
Sur cette menace qui n'a rien d'une blague, je serre encore plus fort les mâchoires et poursuit ma balade qui n'a plus rien d'une balade tant elle est désagréable.
J'entends l'herbe remuer quelque part sur ma gauche. Je n'ai pas besoin de tourner la tête pour voir que Zikomo est en train de nous suivre, bondissant par-dessus les brins pour voir l'horizon se profiler devant lui. Il est si petit qu'il se perd facilement dans les prés, mais il n'a aucun mal à se repérer pour autant. Je me concentre sur les bruits qu'il fait en écoutant le discours de Brando d'une oreille. Ma gorge me fait encore mal et mes muscles crispés ont du mal à se détendre. Toute ma tête, tout mon esprit, toute mon âme est tournée en direction de Londres. Et j'ai mal d'être là sans elle, là alors qu'elle pourrait très bien profiter de ce moment loin de moi pour partir à l'autre bout du monde, pour disparaître, pour m'abandonn... Stop. J'inspire par le nez pour calmer mes pensées.
Brando. Me concentrer sur Brando. Il est en train de parler d'entraînement, de défi et de toutes ces choses. Il a l'air sérieux malgré son insupportable air heureux et réjouit. Et je veux bien lui accorder une chose : il a raison. Faire un duel avec quelqu'un de meilleur que soi est complètement idiot, mais s'entraîner avec des gens plus forts, c'est juste accepter que l'on a énormément de chemin à faire pour s'améliorer et qu'on est prêt à apprendre pour ça. Ce garçon m'insupporte la plupart du temps, mais il a cette détermination et cette motivation que j'admire en général chez ceux qui en font preuve.
Par contre, je n'aime pas le fait qu'il continue de parler d'elle et lorsqu'il évoque de son dragon, je lève les yeux au ciel et tourne la tête en direction du lac pour qu'il ne remarque pas mes mâchoires crispées. Si cet idiot devait faire face à Chaofeng, il se ferait tout simplement bouffer. Ou non : la vouivre, ivre de magie noire, l'ignorerait purement et simplement, car pas une once d'obscurité coule dans les veines de cet enfant. Brando ne l'intéresserait en rien. Chaofeng se détournerait. Et d'ailleurs, Kristen aussi le ferait. Elle ne perdrait pas de temps avec un gamin comme lui, elle s'éloignerait et elle reviendrait vers des gens capables de comprendre que certaines frontières sont faites pour être dépassées, elle reviendrait vers moi, elle ne se battrait pas en duel avec lui, parce qu'il ne l'intéresse pas et que c'est la seule chose à retenir.
Puisque Narcisse Brando est Narcisse Brando, il faut qu'il mette les pieds là où il ne faut pas les mettre. Alors évidemment, il parle d'une chose de laquelle il ne devrait pas parler. En l'occurrence, mon duel avec Araya. La simple évocation de ce vieux et désagréable souvenir me foudroie sur place. Le point positif, c'est que ça éteint, pour un temps, mes pensées destinées à Kristen. Tout mon corps réagit à la vague de honte qui me submerge subitement. Une grande chaleur me monte à la tête, ma gorge se noue, mes poings se serrent au fond de mes poches. Je tourne la tête vers Brando, surprend son immense sourire, puis me détourne presque aussitôt pour ne plus avoir à supporter cette vision. Tout le corps tendu, mon pas un peu plus rapide sur le chemin, je m'efforce de faire comme si je ne me sentais pas insultée.
Sauf que je me sens insultée. Ce duel est un souvenir plein de boue, un souvenir sale et désagréable, qui pique lorsqu'on tombe dessus par hasard, qui hante parfois des cauchemars dans lesquels je me sens étouffer sous le manque d'air et où je vois de l'autre côté de l'estrade le sourire vainqueur de Milya Bogale Araya. Cela fait des mois que je n'ai pas pensé à elle. Nous ne nous sommes jamais réécrit après mon séjour à Uagadou. Elle attendait peut-être que je le fasse. J'attendais peut-être qu'elle le fasse. Reste que ça ne s'est jamais fait. Tout s'est terminé aussi soudainement que ça a commencé.
Il me faut quelques longues secondes pour me rendre compte que Brando ne dit pas : elle était impressionnante, mais bien vous. La pensée me provient de très loin. Vous étiez impressionnantes. Toutes les deux. Il était là, il a tout vu, j'ai perdu, je me suis fait laminer. En quoi ai-je été impressionnante ? Une défaite n'est pas impressionnante, une défaite c'est pitoyable. Tout comme ma défaite à certains examens de l'année dernière. Échouer, ce n'est pas pour les gens excellents. Les gens excellents n'échouent pas. Sauf que j'ai échoué à trois reprises dans ma vie et que c'est déjà trop. Et que ça me fait mal.
Mes sourcils sont irrémédiablement froncés par la colère latente que je ressens. Je savais que j'aurais dû fuir en voyant Brando approcher, je le savais ! Pourquoi l'ai-je laissé m'approcher, pourquoi l'ai-je laissé me parler ? Les gens n'apportent jamais rien de bon, absolument jamais !
« Non. »
Ma voix froide déchire l'air entre nous, après un temps de silence trop long. Je serre les dents, le regard loin de Brando dont j'entends les pas qui me suivent, juste à côté de moi.
« J'ai perdu, ajouté-je d'une voix dure. Peu importe ce que j'ai fait avant, le résultat a été ma défaite. Cela n'a rien d'impressionnant. »
Je refuse qu'il continue de me mentir en disant que c'était impressionnant car ça ne l'était pas. Et parce que je sais qu'il va essayer de me faire changer d'avis, je prends de nouveau la parole en tournant la tête vers lui pour le fusiller du regard.
« Et n'essaie pas de me convaincre du contraire ou je t'envoie valdinguer à plusieurs mètres.»
Sur cette menace qui n'a rien d'une blague, je serre encore plus fort les mâchoires et poursuit ma balade qui n'a plus rien d'une balade tant elle est désagréable.
Effet boule de poils
Non ? Comment ça, non ? Enfin, non tout seul, ça ne fonctionne pas, enfin, je sais pas. Faut dire quelque chose avec, en général, pas vrai ? Comment peut-on espérer comprendre ce que l'autre veut nous dire sans apporter davantage de précisions ? Non, quoi ? Qui ? Comment ? Pourquoi ? C'est vrai qu'elle est restée silencieuse longtemps, qu'est-ce que j'ai bien pu dire pour la faire réagir ainsi, encore une fois ? C'est à croire que chacun de mes mots risque de la froisser. Mais j'y peux rien moi, je comprends même pas comment elle pourrait être...
Aaaah...
"Oh."
Ooh, d'accord. Mais oui, évidemment. Aelle. Lorsqu'elle me fusille du regard, je comprends tout, et je ne peux m'empêcher de lui adresser un regard des plus compatissants, ainsi qu'un sourire compréhensif et patient. J'aime beaucoup Aelle, parce que c'est l'une des rares qui peut me faire ressentir des choses rares. Comme par exemple, la pensée qui vient de naître dans ma tête, et qui dit : Crétine. Non, mais, sérieusement, elle est folle ou quoi ? Comme si personne n'échouait dans sa vie, même maman elle a échoué !
Observer ainsi le flux d'une femme aussi butée qu'on pouvait l'être, coincée dans sa conviction d'être persuadée qu'elle était tellement meilleure que tout le monde qu'il était inconcevable pour elle d'échouer ? C'est hallucinant, mais fascinant. La pauvre, elle me fait de la peine. Ca doit être tellement difficile de vivre comme ça, d'être aussi sévère envers soi-même, et surtout d'être incapable d'accepter la moindre main tendue... Elle me fusille du regard, et je me doute que sa menace est réelle, mais pour une raison des plus étranges, elle m'amuse presque. Au pire, ce sera une belle expérience, et je pourrais tester mes réflexes, mes capacités de récupération et d'équilibre, et... Non, mais t'es fou, arrête.
Je ne peux rien faire d'autre que soupirer en glissant mes mains dans la poche de mon pantalon, en cherchant du regard Zikomo. Et dire que ce petit animal vivait quotidiennement avec elle, je lui souhaite bien du courage. De toute évidence, je suis bien incapable de passer au-delà de sa muraille infranchissable. Je n'ai jamais été doué pour ça, après tout. Une fois revenu sur Aelle, je peux enfin lui répondre sans flancher, d'un air innocent, toujours aussi candide dans mes réactions.
"Tout l'monde perd hein. C'est normal."
Petit haussement d'épaules, avant que je ne me mette à sourire, réellement amusé par le fait de constater que même moi, parfois, j'arrive à avoir davantage de recul que les plus grands sur certaines choses.
"Courage à toi si tu penses le contraire, tu sais, j'suis sûr que même Merlin il a déjà échoué hein."
Elle ne le remarquera peut-être pas, mais ma posture n'a rien d'aléatoire. À son premier geste brusque, elle me verra disparaître en un éclair, j'ai déjà le chemin parfaitement en tête. Et pour une raison qui m'est inconnue, je me sens en pleine possession de mes moyens. Je n'aurais aucun mal à simplement m'éclipser. Disons que je m'attends à l'attaque, mais en toute honnêteté, j'espère juste qu'elle va réagir... euh, comment ? Allez, l'idéal, serait qu'elle grogne, ou qu'elle me balance une pique, en insinuant que je ne comprends rien de toute manière, et que elle seule peut comprendre ce qu'elle vit ? Ouais, peut-être ça !
Aaaah...
"Oh."
Ooh, d'accord. Mais oui, évidemment. Aelle. Lorsqu'elle me fusille du regard, je comprends tout, et je ne peux m'empêcher de lui adresser un regard des plus compatissants, ainsi qu'un sourire compréhensif et patient. J'aime beaucoup Aelle, parce que c'est l'une des rares qui peut me faire ressentir des choses rares. Comme par exemple, la pensée qui vient de naître dans ma tête, et qui dit : Crétine. Non, mais, sérieusement, elle est folle ou quoi ? Comme si personne n'échouait dans sa vie, même maman elle a échoué !
Observer ainsi le flux d'une femme aussi butée qu'on pouvait l'être, coincée dans sa conviction d'être persuadée qu'elle était tellement meilleure que tout le monde qu'il était inconcevable pour elle d'échouer ? C'est hallucinant, mais fascinant. La pauvre, elle me fait de la peine. Ca doit être tellement difficile de vivre comme ça, d'être aussi sévère envers soi-même, et surtout d'être incapable d'accepter la moindre main tendue... Elle me fusille du regard, et je me doute que sa menace est réelle, mais pour une raison des plus étranges, elle m'amuse presque. Au pire, ce sera une belle expérience, et je pourrais tester mes réflexes, mes capacités de récupération et d'équilibre, et... Non, mais t'es fou, arrête.
Je ne peux rien faire d'autre que soupirer en glissant mes mains dans la poche de mon pantalon, en cherchant du regard Zikomo. Et dire que ce petit animal vivait quotidiennement avec elle, je lui souhaite bien du courage. De toute évidence, je suis bien incapable de passer au-delà de sa muraille infranchissable. Je n'ai jamais été doué pour ça, après tout. Une fois revenu sur Aelle, je peux enfin lui répondre sans flancher, d'un air innocent, toujours aussi candide dans mes réactions.
"Tout l'monde perd hein. C'est normal."
Petit haussement d'épaules, avant que je ne me mette à sourire, réellement amusé par le fait de constater que même moi, parfois, j'arrive à avoir davantage de recul que les plus grands sur certaines choses.
"Courage à toi si tu penses le contraire, tu sais, j'suis sûr que même Merlin il a déjà échoué hein."
Elle ne le remarquera peut-être pas, mais ma posture n'a rien d'aléatoire. À son premier geste brusque, elle me verra disparaître en un éclair, j'ai déjà le chemin parfaitement en tête. Et pour une raison qui m'est inconnue, je me sens en pleine possession de mes moyens. Je n'aurais aucun mal à simplement m'éclipser. Disons que je m'attends à l'attaque, mais en toute honnêteté, j'espère juste qu'elle va réagir... euh, comment ? Allez, l'idéal, serait qu'elle grogne, ou qu'elle me balance une pique, en insinuant que je ne comprends rien de toute manière, et que elle seule peut comprendre ce qu'elle vit ? Ouais, peut-être ça !
Effet boule de poils
Le regard qu'il me lance et que je surprends malgré moi me donne envie d'attraper sa tête et de l'exploser sur la surface dure la plus proche jusqu'à ce que sa propre mère ne puisse plus le reconnaître. Mes mâchoires sont tellement crispées qu'elles sont douloureuses. Je tourne la tête à l'opposé pour ne plus rien voir de son visage, pas même les contours flous à l'orée de ma vision.
Évidemment, puisque Narcisse Brando est un insupportable petit con, il ne change pas de sujet, il ne fait pas mine de s'extasier sur la beauté du ciel, des arbres de la Forêt Interdite que l'on voit au loin de l'autre côté de l'eau ou du reflet du soleil sur le lac qui n'est plus un lac. Non, il continue sur le sujet que je ne veux pas évoquer et il fait exactement le contraire de ce que j'ai dit : même s'il n'essaie pas de me convaincre à outrance, il tente néanmoins de nuancer mes propos, d'adoucir ce que j'ai affirmé. Il continue de me parler alors qu'il aurait dû se taire. S'il s'était tu, s'il avait changé de sujet, cette balade aurait pu devenir agréable. Mais il ne l'a pas fait. Parce qu'il est incapable de la fermer. Incapable d'accepter une chose que j'affirme. C'est un idiot qui croit tout savoir, qui se pense plus malin que les autres et qui en plus le montre en souriant. Il s'en drape, de ses certitudes. Il s'en drape et il force les autres à s'en draper également.
J'aimerais serrer encore plus fort les mâchoires mais voilà, il y a une limite à la crispation d'un visage et j'ai déjà atteint la mienne. À l'intérieur de mes poches, mes poings se serrent donc jusqu'à ce que mes ongles me rentrent dans la peau. Mais la douleur n'est pas suffisamment forte pour me faire du bien. Alors les mauvais sentiments restent coincés là, dans mon cœur, et je sens ma colère qui enfle, enfle, sans n'avoir aucune cible sur laquelle se décharger. Parce qu'il bien qu'il soit insupportable, bien qu'il mérite que je lui explose le crâne, Brando a atteint une limite. Au-delà de cette limite, même l'envie de perdre mon temps avec lui en l'envoyant valser d'un sortilège disparait.
Je me sens engluée dans quelque chose de profondément désagréable et détestable. J'entends des sourires dans la voix de Brando. Je me sens insultée. Je me sens méprisée. Je me sens comme je me suis sentie ces derniers mois. Comme quelque chose que personne ne voudrait décrire. Quelque chose dont on ne parle pas, qu'il ne faut surtout pas évoquer. J'ai vaguement conscience que ce n'est pas normal que ce gosse me fasse me sentir comme ça. Ce n'est qu'un gosse, il n'est rien, qu'un emmerdeur, un abruti finit qui ne sait que sourire, qui n'écoute rien, qui méprise. Oui. Il méprise mes mots, mes paroles, mes demandes, mes menaces. Tout. Absolument tout. Je devrais m'en foutre. Ce n'est pas le cas.
« Ferme ta gueule, Brando. »
Ma voix sort d'une façon étouffée, presque bloquée. J'ai beau respirer longuement par le nez, ça ne sert à rien. Ça ne me fait pas me sentir mieux. Au contraire, même. Je me dis qu'un bon petit sortilège me ferait du bien. Est-ce qu'il pourrait esquiver mon Reducto ? Vaudrait mieux pour lui, parce que sinon le membre touché se retrouvera remplit de poussière d'os, de l'intérieur. Je ne ferai rien. Mais je m'abreuve de ces scénarios d'une grande violence dans lesquels Narcisse Brando finit gisant à terre, hurlant de douleur.
Je souffre d'être ici. Sur ce chemin, avec lui. Je souffre de sa présence souriante. Je souffre de la douleur qui m'accable, qui pèse sur mes épaules. Je souffre du souffle bloqué dans mon corps, de cette colère latente, de cette profonde déception que je ressens. Celle dirigée vers moi-même.
Évidemment, puisque Narcisse Brando est un insupportable petit con, il ne change pas de sujet, il ne fait pas mine de s'extasier sur la beauté du ciel, des arbres de la Forêt Interdite que l'on voit au loin de l'autre côté de l'eau ou du reflet du soleil sur le lac qui n'est plus un lac. Non, il continue sur le sujet que je ne veux pas évoquer et il fait exactement le contraire de ce que j'ai dit : même s'il n'essaie pas de me convaincre à outrance, il tente néanmoins de nuancer mes propos, d'adoucir ce que j'ai affirmé. Il continue de me parler alors qu'il aurait dû se taire. S'il s'était tu, s'il avait changé de sujet, cette balade aurait pu devenir agréable. Mais il ne l'a pas fait. Parce qu'il est incapable de la fermer. Incapable d'accepter une chose que j'affirme. C'est un idiot qui croit tout savoir, qui se pense plus malin que les autres et qui en plus le montre en souriant. Il s'en drape, de ses certitudes. Il s'en drape et il force les autres à s'en draper également.
J'aimerais serrer encore plus fort les mâchoires mais voilà, il y a une limite à la crispation d'un visage et j'ai déjà atteint la mienne. À l'intérieur de mes poches, mes poings se serrent donc jusqu'à ce que mes ongles me rentrent dans la peau. Mais la douleur n'est pas suffisamment forte pour me faire du bien. Alors les mauvais sentiments restent coincés là, dans mon cœur, et je sens ma colère qui enfle, enfle, sans n'avoir aucune cible sur laquelle se décharger. Parce qu'il bien qu'il soit insupportable, bien qu'il mérite que je lui explose le crâne, Brando a atteint une limite. Au-delà de cette limite, même l'envie de perdre mon temps avec lui en l'envoyant valser d'un sortilège disparait.
Je me sens engluée dans quelque chose de profondément désagréable et détestable. J'entends des sourires dans la voix de Brando. Je me sens insultée. Je me sens méprisée. Je me sens comme je me suis sentie ces derniers mois. Comme quelque chose que personne ne voudrait décrire. Quelque chose dont on ne parle pas, qu'il ne faut surtout pas évoquer. J'ai vaguement conscience que ce n'est pas normal que ce gosse me fasse me sentir comme ça. Ce n'est qu'un gosse, il n'est rien, qu'un emmerdeur, un abruti finit qui ne sait que sourire, qui n'écoute rien, qui méprise. Oui. Il méprise mes mots, mes paroles, mes demandes, mes menaces. Tout. Absolument tout. Je devrais m'en foutre. Ce n'est pas le cas.
« Ferme ta gueule, Brando. »
Ma voix sort d'une façon étouffée, presque bloquée. J'ai beau respirer longuement par le nez, ça ne sert à rien. Ça ne me fait pas me sentir mieux. Au contraire, même. Je me dis qu'un bon petit sortilège me ferait du bien. Est-ce qu'il pourrait esquiver mon Reducto ? Vaudrait mieux pour lui, parce que sinon le membre touché se retrouvera remplit de poussière d'os, de l'intérieur. Je ne ferai rien. Mais je m'abreuve de ces scénarios d'une grande violence dans lesquels Narcisse Brando finit gisant à terre, hurlant de douleur.
Je souffre d'être ici. Sur ce chemin, avec lui. Je souffre de sa présence souriante. Je souffre de la douleur qui m'accable, qui pèse sur mes épaules. Je souffre du souffle bloqué dans mon corps, de cette colère latente, de cette profonde déception que je ressens. Celle dirigée vers moi-même.
Effet boule de poils
"Hi ! Désolé !"
Bondissant sur lui-même avant de se redresser, les mains au niveau de la poitrine, ses joues piquant un fard magistral, la phrase d'Aelle eut l'effet d'un coup de fouet brûlant. Bien évidemment qu'il ressent brusquement la totalité de la tornade d'émotions d'Aelle, malgré le fait qu'il soit incapable de pleinement la comprendre. Pour lui, elle est simplement blessée, égratignée par le fait qu'il lui ai replongé le nez dans ces souvenirs. Il fallait dire que de son point de vue, il avait bien davantage de facilités pour évoquer ses défaites que ses victoires.
Les unes lui donnaient l'impression de progresser, alimentant la volonté de se surpasser pour éviter un nouvel échec identique au premier. Elles l'inspiraient et le nourrissaient, fondement de ses entraînements, ses essais, encore et encore, presque frénétiques, jusqu'à obtenir un résultat différent des tentatives précédentes.
Les autres, en revanche, à ses yeux, ne représentaient que son incapacité à faire mieux. Une victoire, d'accord, mais cela s'arrêtait ici. Une fois que l'on gagne, une fois que l'on atteint l'objectif, il ne nous reste plus qu'à en trouver un nouveau, pour à nouveau s'efforcer de l'atteindre.
Toute la différence entre la victoire et la défaite, était qu'une défaite lui offrait la possibilité de recommencer pour s'améliorer, sans se reposer sur ses lauriers.
Quoi qu'il en soit, qu'importe ses propres ressentis, car les mots d'Aelle suffirent à lui faire bien fermer son clapet, une bonne dizaine de secondes. Durant ce laps de temps, il hésita même à tout simplement clôturer l'interaction pour retourner au château. Après tout, sa présence n'avait pas l'air de faire du bien du tout à son amie, loin de là même... Et c'est d'ailleurs ce qu'il aurait fait, sans aucun doute, si une pensée ne s'était pas insinuée sous son crâne.
Il inspira, le visage curieux, presque détendu, malgré son corps à l'affût et ses sens aux aguets. Sa légère moue contrastait simplement avec ses yeux observant son aînée.
"Euh... mais du coup, comment t'as fait pour passer au-dessus ? Enfin, t'as tiré quoi de cette défaite ?"
Très sincère question, comme à son habitude, dépourvue de la moindre malice et du moindre sous-entendu. Après tout, une personne aussi névrosée qu'Aelle, sur ce sujet, comment avait-elle fait pour réussir à y voir du positif ?
Bondissant sur lui-même avant de se redresser, les mains au niveau de la poitrine, ses joues piquant un fard magistral, la phrase d'Aelle eut l'effet d'un coup de fouet brûlant. Bien évidemment qu'il ressent brusquement la totalité de la tornade d'émotions d'Aelle, malgré le fait qu'il soit incapable de pleinement la comprendre. Pour lui, elle est simplement blessée, égratignée par le fait qu'il lui ai replongé le nez dans ces souvenirs. Il fallait dire que de son point de vue, il avait bien davantage de facilités pour évoquer ses défaites que ses victoires.
Les unes lui donnaient l'impression de progresser, alimentant la volonté de se surpasser pour éviter un nouvel échec identique au premier. Elles l'inspiraient et le nourrissaient, fondement de ses entraînements, ses essais, encore et encore, presque frénétiques, jusqu'à obtenir un résultat différent des tentatives précédentes.
Les autres, en revanche, à ses yeux, ne représentaient que son incapacité à faire mieux. Une victoire, d'accord, mais cela s'arrêtait ici. Une fois que l'on gagne, une fois que l'on atteint l'objectif, il ne nous reste plus qu'à en trouver un nouveau, pour à nouveau s'efforcer de l'atteindre.
Toute la différence entre la victoire et la défaite, était qu'une défaite lui offrait la possibilité de recommencer pour s'améliorer, sans se reposer sur ses lauriers.
Quoi qu'il en soit, qu'importe ses propres ressentis, car les mots d'Aelle suffirent à lui faire bien fermer son clapet, une bonne dizaine de secondes. Durant ce laps de temps, il hésita même à tout simplement clôturer l'interaction pour retourner au château. Après tout, sa présence n'avait pas l'air de faire du bien du tout à son amie, loin de là même... Et c'est d'ailleurs ce qu'il aurait fait, sans aucun doute, si une pensée ne s'était pas insinuée sous son crâne.
Il inspira, le visage curieux, presque détendu, malgré son corps à l'affût et ses sens aux aguets. Sa légère moue contrastait simplement avec ses yeux observant son aînée.
"Euh... mais du coup, comment t'as fait pour passer au-dessus ? Enfin, t'as tiré quoi de cette défaite ?"
Très sincère question, comme à son habitude, dépourvue de la moindre malice et du moindre sous-entendu. Après tout, une personne aussi névrosée qu'Aelle, sur ce sujet, comment avait-elle fait pour réussir à y voir du positif ?
Effet boule de poils
Il réagit vivement à mon éclat ; un sursaut, une excuse qui coule aussitôt de ses lèvres, comme si je l'avais frappé. Je poursuis ma marche sans ne rien montrer, mais le fait qu'il garde le silence me permet d'avoir l'impression qu'il a compris la leçon et je sais que s'il la ferme suffisamment longtemps, ma colère finira par se diluer puis, au bout de quelques très longues minutes, plusieurs heures, elle aura totalement disparu. Entre-temps, si le garçon décide de rester avec moi et de se montrer un peu moins con, peut-être que nous pourrons évoquer d'autres choses et que la conversation pourrait être autre chose que désagréable et subit de ma part. Il se pourrait même qu'en évoquant d'autres sujets ma colère finisse par totalement disparaître et alors tout rentrera en place. Mais voilà, Narcisse Brando est le pire garçon que l'univers ait porté. On dirait un chien qui ne lâche pas sa proie. Comme s'il avait flairé quelque chose qui pouvait me faire du mal et qu'il mordait, mordait, mordait encore parce qu'il avait trouvé le point faible. Narcisse Brando ne décide donc pas de fermer sa grande bouche, ça non.
Exactement dix secondes passent avant qu'il parle de nouveau. Je m'arrête subitement sur le chemin pour le regarder. Le mot défaite plonge profondément dans mon cœur pour le faire saigner. La boule dans me gorge se remet à grossir, même si je ne pensais pas cela possible. Pendant un instant, je m'imagine l'attraper par le col de son costume, le secouer dans tous les sens et lui hurler au visage qu'il ne comprend rien ! Toutes ces choses, tout cela, il n'y comprend rien, il ne sait pas ! Il ne comprend pas qu'il aurait dû se taire, qu'il aurait dû le comprendre il y a bien trois minutes quand je lui ai dit que je l'enverrai valdinguer s'il continuait de l'ouvrir ! Il ne comprend pas que je n'ai pas envie que l'on me rappelle l'une des seules défaites qui me fait du mal. Toutes les autres, oui, celle-ci ? non ! Je lui ai dit, je le lui ai fait comprendre, mais il continue, il parle, il parle, parce qu'il n'écoute pas. Ce n'est qu'un idiot borné abruti petit con d'enfant.
Ce que j'en ai tiré comme leçon, Brando ? Que je n'ai plus envie d'en parler ! Que j'ai passé des heures et des heures suite à ce duel à étudier la stratégie d'Araya et à imaginer autant de scénarios possibles dans lesquels je réussissais à me défendre et à la battre. Que je me suis ensuite entraînée à reproduire le duel, chaque sort lancé, chaque sort que j'aurais dû lancer, que j'y ai passé des heures, que je me suis épuisée à essayer de corriger ma défaite même si jamais je n'ai pas pu le faire face à Araya. Ce que j'en ai tiré ? Que je ne veux pas en parler. Comment j'ai fait pour passer au-dessus ? J'ai étudié, j'ai travaillé, j'ai appris, espèce de sale petit...
Je me détourne subitement de lui et m'éloigne à grand pas sur le chemin qui remonte vers le château, les poings serrés le long du corps. Mon cœur frappe fort contre ma cage thoracique et mes oreilles vrombissent d'un grondement sourd, comme le bruit d'une cascade. À un autre moment de ma vie, j'aurais attrapé Brando par le col pour lui gronder une menace. Je l'aurais poussé à l'épaule. J'aurais essayé de l'effrayer. Mais pas aujourd'hui. Parce que tout cela est insupportable. Cette colère coincée à l'intérieur de moi qui me rappelle toutes ces innombrables fois où cela m'est arrivé ces derniers mois face à Kristen. Ces souvenirs qui me rappellent Araya, Uagadou, la douceur d'Erza qui me manque trop. Ce rappel brutal de cette défaite que je n'ai pas encore digéré et dont je n'ai aucune envie de parler. Je n'ai pas envie de subir ça. Et surtout, Brando ne mérite pas que je prenne la peine de lui expliquer les choses, que je réponde à ses questions. Parce qu'il n'est qu'un abruti qui n'écoute pas, qui ne veut pas écouter, qui continuera de parler quoi qu'il arrive, même si je lui dit mot pour mot : arrête, c'est en train de me faire mal. Il persiste encore et encore, pas parce qu'il me souhaite du mal, je le sais incapable d'une telle chose, mais parce qu'il croit qu'il pense mieux que tous les autres et que cela lui convient, au final, de ne pas chercher à écouter et comprendre ce que lui disent les autres. Il est trop borné pour ça.
J'entends Zikomo qui bondit dans l'herbe sur le bord du chemin pour me rejoindre. Il court à toute vitesse, prend appuie sur une pierre pour sauter dans les airs. Il atterrit sur mon épaule. Je dévie à peine sous l'impact. Son petit souffle chaud contre la peau de mon cou me fait frissonner.
« Je vais le tuer si je reste là-bas, grincé-je d'une voix douloureuse et basse à Zikomo, à travers mes dents serrées, j'ai envie de lui faire mal. »
Ma voix tremble sous l'aveu. Pas parce que j'en ai honte. Mais parce que mon désir est difficile à contenir. J'allonge le pas, comme si faire passer ma colère dans la vitesse allait m'aider.
« Il ne voulait pas t'énerver, ose Zikomo d'une voix calme.
— J'en ai rien à foutre ! » grondé-je violemment.
Et c'est vrai. Je me fiche des raisons, je me fiche de ce qui l'a motivé. J'ai envie de me retourner, de revenir vers lui baguette dégainée et de lui exploser les os un à un. Mes membres en tremblent d'envie. Mon sang qui bout dans mes veines le désire ardemment. Mon souffle affolé ne rêve que de cela, de cette violence que j'imagine, que j'attends. Mais à la place, je remonte rapidement le chemin même si cela fait s'emballer mon cœur en espérant qu'il ne décide pas de me suivre. Ou en l'espérant ?
Exactement dix secondes passent avant qu'il parle de nouveau. Je m'arrête subitement sur le chemin pour le regarder. Le mot défaite plonge profondément dans mon cœur pour le faire saigner. La boule dans me gorge se remet à grossir, même si je ne pensais pas cela possible. Pendant un instant, je m'imagine l'attraper par le col de son costume, le secouer dans tous les sens et lui hurler au visage qu'il ne comprend rien ! Toutes ces choses, tout cela, il n'y comprend rien, il ne sait pas ! Il ne comprend pas qu'il aurait dû se taire, qu'il aurait dû le comprendre il y a bien trois minutes quand je lui ai dit que je l'enverrai valdinguer s'il continuait de l'ouvrir ! Il ne comprend pas que je n'ai pas envie que l'on me rappelle l'une des seules défaites qui me fait du mal. Toutes les autres, oui, celle-ci ? non ! Je lui ai dit, je le lui ai fait comprendre, mais il continue, il parle, il parle, parce qu'il n'écoute pas. Ce n'est qu'un idiot borné abruti petit con d'enfant.
Ce que j'en ai tiré comme leçon, Brando ? Que je n'ai plus envie d'en parler ! Que j'ai passé des heures et des heures suite à ce duel à étudier la stratégie d'Araya et à imaginer autant de scénarios possibles dans lesquels je réussissais à me défendre et à la battre. Que je me suis ensuite entraînée à reproduire le duel, chaque sort lancé, chaque sort que j'aurais dû lancer, que j'y ai passé des heures, que je me suis épuisée à essayer de corriger ma défaite même si jamais je n'ai pas pu le faire face à Araya. Ce que j'en ai tiré ? Que je ne veux pas en parler. Comment j'ai fait pour passer au-dessus ? J'ai étudié, j'ai travaillé, j'ai appris, espèce de sale petit...
Je me détourne subitement de lui et m'éloigne à grand pas sur le chemin qui remonte vers le château, les poings serrés le long du corps. Mon cœur frappe fort contre ma cage thoracique et mes oreilles vrombissent d'un grondement sourd, comme le bruit d'une cascade. À un autre moment de ma vie, j'aurais attrapé Brando par le col pour lui gronder une menace. Je l'aurais poussé à l'épaule. J'aurais essayé de l'effrayer. Mais pas aujourd'hui. Parce que tout cela est insupportable. Cette colère coincée à l'intérieur de moi qui me rappelle toutes ces innombrables fois où cela m'est arrivé ces derniers mois face à Kristen. Ces souvenirs qui me rappellent Araya, Uagadou, la douceur d'Erza qui me manque trop. Ce rappel brutal de cette défaite que je n'ai pas encore digéré et dont je n'ai aucune envie de parler. Je n'ai pas envie de subir ça. Et surtout, Brando ne mérite pas que je prenne la peine de lui expliquer les choses, que je réponde à ses questions. Parce qu'il n'est qu'un abruti qui n'écoute pas, qui ne veut pas écouter, qui continuera de parler quoi qu'il arrive, même si je lui dit mot pour mot : arrête, c'est en train de me faire mal. Il persiste encore et encore, pas parce qu'il me souhaite du mal, je le sais incapable d'une telle chose, mais parce qu'il croit qu'il pense mieux que tous les autres et que cela lui convient, au final, de ne pas chercher à écouter et comprendre ce que lui disent les autres. Il est trop borné pour ça.
J'entends Zikomo qui bondit dans l'herbe sur le bord du chemin pour me rejoindre. Il court à toute vitesse, prend appuie sur une pierre pour sauter dans les airs. Il atterrit sur mon épaule. Je dévie à peine sous l'impact. Son petit souffle chaud contre la peau de mon cou me fait frissonner.
« Je vais le tuer si je reste là-bas, grincé-je d'une voix douloureuse et basse à Zikomo, à travers mes dents serrées, j'ai envie de lui faire mal. »
Ma voix tremble sous l'aveu. Pas parce que j'en ai honte. Mais parce que mon désir est difficile à contenir. J'allonge le pas, comme si faire passer ma colère dans la vitesse allait m'aider.
« Il ne voulait pas t'énerver, ose Zikomo d'une voix calme.
— J'en ai rien à foutre ! » grondé-je violemment.
Et c'est vrai. Je me fiche des raisons, je me fiche de ce qui l'a motivé. J'ai envie de me retourner, de revenir vers lui baguette dégainée et de lui exploser les os un à un. Mes membres en tremblent d'envie. Mon sang qui bout dans mes veines le désire ardemment. Mon souffle affolé ne rêve que de cela, de cette violence que j'imagine, que j'attends. Mais à la place, je remonte rapidement le chemin même si cela fait s'emballer mon cœur en espérant qu'il ne décide pas de me suivre. Ou en l'espérant ?