La dernière d'entre nous
1er septembre 2047
Manoir des Houston – Wellington
1ère année
Levée depuis quelques heures déjà et incapable de me rendormir, j'attends impatiemment que la maison se réveille, assise sur l'un des canapés du salon. Un livre posé sur les genoux, je regarde le jour apparaître timidement derrière la fenêtre, les rayons du soleil traversant les carreaux pour venir chatouiller ma peau immobile. Quelques oiseaux percent le silence de la nature de leur chant, signe qu'elle se lève à son tour, sort de la fraicheur de la nuit pour laisser tomber la rosée et embrasser la chaleur d'Hélios. Un craquement me fait sursauter. Dans la cheminée, le reste du feu d'hier semble répondre à l'appel des oiseaux dans une dernière tentative de se rallumer avant qu'une bûche bienvenue ne vienne être posée par dessus les cendres, suivie d'un Incendio caractéristique de l'éveil de la maison. Mon regard se pose sur le livre que je n'ai pas ouvert. Délicatement, je tourne sa couverture pour lentement le feuilleter sans le lire, incapable de me concentrer assez longtemps pour saisir le sens de ses mots et la logique de ses phrases. Ce qui se veut être lisible me paraît flou et indéchiffrable. Mon impatience est palpable dans tout mon corps : ma respiration saccadée, mon regard allant incessamment de la fenêtre au livre, du livre à l'horloge et de l'horloge à la fenêtre, et mes jambes se balançant régulièrement dans le vide, comme si elles anticipaient mon pas foulant le sol de la gare de King's Cross.
Le carillon de l'horloge posée au dessus de la cheminée me fait sursauter. Mais la peur s'efface rapidement, éclipsée par l'idée du départ imminent. Je saute sur mes pieds, sourire aux lèvres, tandis que des bruits se font entendre au-dessus de moi. Là-haut, on se prépare pour la rentrée des enfants, on se fait beau pour cette journée si spéciale pour eux. J'entends les gloussements de mes frères, les râlements de ma sœur et les voix posées de mes parents. Bientôt des bruits de pas dans l'escalier m'indiquent qu'ils arrivent et que je ne verrai plus ce manoir jusqu'aux vacances de Noël. Tour à tour apparaissent Papa et Maman, Natanaël suivi de Gwennaëlle, et enfin Valerian. Un peu en retrait, je le vois trainer des pieds, comme s'il rechignait à quitter Wellington. Je souris, devinant bien que ce n'est qu'une mise en scène et qu'il a hâte d'être libéré de l'autorité de nos géniteurs – le pétillement dans ses yeux le trahit.
Tous ont fait un effort pour s'habiller. L'occasion ne s'y prête pourtant pas vraiment. Pour eux, c'est une rentrée comme les autres. Mais par habitude, ma mère a toujours tenu à ce que l'on soit tous belles et beaux pour le premier jour de l'année. Elle, splendide dans l'une de ses plus jolies robes de sorcière, a relevé ses cheveux dans un chignon tenant grâce à quelques épingles. Le tout, négligé et soigné, renvoie tout l'éclat de son visage éclairé par un maquillage modeste et des boucles d'oreilles discrètes. Papa l'accompagne de son habituel costume, qu'il revêtit dès que l'occasion s'y prête. Je remarque qu'il s'est rasé ; hier encore, Maman lui faisait remarquer le picotement de sa barbe lorsqu'il se penchait pour presser ses lèvres contre sa joue. Sa force de persuasion a eu raison de lui. Il ne sait pas lui résister. Gwennaëlle, quant à elle, porte déjà l'uniforme de Poudlard, ne voulant pas s'embêter à se changer dans le train. Le trajet jusqu'à la gare est rapide et en cachant sa tenue sous un long manteau moldu, personne ne le remarquera. Elle n'a cependant pas manqué de prendre soin de ses cheveux : ses boucles sont plus belles que jamais et descendent en cascade dans son dos. Natanaël et Valerian, quant à eux, jouent le rôle du parfait petit enfant de bonne famille. Chemises et polos sont à la clé, même si celle légèrement sortie du pantalon de Valerian lui est caractéristique. Je sais qu'il l'a fait exprès, juste pour énerver nos parents lorsqu'ils le remarqueront. Il est comme ça, Valerian. Il aime faire ce qu'on lui dit de ne pas faire, et ne pas faire ce qu'on lui dit de faire.
« Tu es déjà prête ? me demande Maman en me remarquant. Elle ne se doute pas une seule seconde que j'ai à peine fermé l'œil de la nuit et que je me suis levée lorsqu'ils étaient encore profondément plongés dans le pays des songes.
– Plus que jamais, » réponds-je en me forçant d'accentuer mon sourire.
Mon regard se tourne vers Papa qui s'avance vers moi.
« Allons-y, alors, » sourit-il en me tendant une main gantée que je m'empresse de saisir.
Voie 9 3/4 – Gare de King's Cross
Ce n'est pas la première fois que je franchis le mur faisant guise de barrière magique, pourtant la sensation ressentie n'est pas la même. Comme si aujourd'hui était vraiment la première fois que je le franchissais. J'ai pourtant eu l'occasion de venir ici cinq fois, de la première année de Gwennaëlle jusqu'à ce jour-ci. Mais aujourd'hui, ce n'est pas sa première année à elle, ni celle de Valerian ou de Natanaël ; c'est la mienne. C'est la première fois que je franchis le mur de briques en tant qu'élève de Poudlard, attendant avec impatience la cérémonie du Choixpeau. C'est cela qui fait qu'aujourd'hui, traverser la barrière n'est pas habituel, et est même étrange. J'ai l'impression, en plongeant quelques secondes dans le noir le temps d'être de l'autre côté, de ressentir sa magie jusqu'au plus profond de mon être – comme si elle-même savait qu'aujourd'hui est ma première rentrée. Comme si je ressentais vraiment, pour la première fois, toute l'ampleur de ce moment, toute la magie dont la barrière est imprégnée. Et que d'une certaine façon, elle m'en donnait un peu, à moi, le temps d'un instant, pour me souhaiter la bienvenue à Poudlard.
Le quai lui-même me paraît différent de d'habitude. Je vois les parents accompagnant leurs enfants d'un nouvel œil, tentant de repérer mes futurs camarades, admirant les grands qui sont si habitués et indifférents. Les bruits résonnent dans mes oreilles et dans mon corps, lourd écho du futur voyage qui s'annonce. Le train, immense, rouge et noir, m'a l'air gigantesque et je me rapproche de mes parents, reculant d'un pas pour l'admirer. Aujourd'hui, je ne le verrai pas emporter Gwennaëlle, Valerian et Natanaël. Je monterai avec eux dans le train, j'adresserai un geste de la main à mes parents, j'apprécierai le vent dans mes cheveux à travers la fenêtre entrouverte. Poudlard m'attend au bout de ce chemin de fer, et cela fait onze ans que j'attends de mettre les pieds dans le château. Un étrange sentiment d'excitation s'empare de moi au moment où un coup de sifflet résonne, signifiant le départ imminent du train. Dans quelques heures, je découvrirai ma Maison, ne serai sûrement pas surprise du choix (après tout, quoi d'autre que Serpentard ou Serdaigle pourrait me convenir ?), ne fermerai pas l'œil de la nuit en attendant les premiers cours de magie le lendemain. Rien ne peut entacher l'immense impatience que je ressens en ce moment.
Gwennaëlle et mes frères ont déjà fait leurs au revoir, et je les vois s'avancer vers le train, Natanaël restant en retrait pour m'attendre. Nous avons prévu de faire le trajet ensemble. Je ne sais pas si j'en ai vraiment envie, préférant découvrir ces premiers moments toute seule. Mais je ne leur en veux pas non plus de vouloir m'accompagner. Ou plutôt, je ne leur en veux pas d'obéir à Papa et Maman, car même s'ils ne m'ont rien dit, je sais que c'est à leur demande qu'ils ne rejoignent pas encore leurs amis. Je me tourne vers mes parents, pressée de les quitter et détestant ce moment. Je ne sais pas agir dans ces situations. Je ne sais pas quels mots il faut dire, quels gestes faire, quel comportement adopter. Pour Maman, tout a l'air si automatique, si simple. Pour Papa, c'est tout naturel. Moi, j'ai l'impression de n'être bonne à rien.
« Écris nous vite, commence Maman.
– Et amuse-toi bien. »
Le sourire de Papa me paraît plus sincère. Et de fait, depuis cet après-midi à Godric's Hollow, puis plus tard sur le Chemin de Traverse, je vois ma mère d'un œil différent. Elle ne me parait plus être celle que j'ai toujours connue. Le regard inquiet, la lueur de fierté sur son visage, n'est-ce qu'un masque, comme celui qu'elle a toujours porté en cachant son passé, ou est-ce ce qu'elle ressent vraiment ? Ce qu'elle ressent pour moi ?
Je n'ajoute rien de plus à leurs mots, me laissant faire lorsqu'ils se penchent pour embrasser mes joues. Je leur rends à peine leur étreinte, et c'est sans un regard en arrière que je monte dans le train à la suite de Natanaël. Valerian a la tête penchée à travers la vitre, et je le regarde faire de grands gestes d'au revoir tandis que le train se met en marche. Quelques minutes plus tôt, je pensais que je serais à ses côtés. Mais entre notre arrivée sur le quai et maintenant, l'euphorie à l'idée de mon premier trajet à bord du Poudlard Express m'est passée et je n'ai pas envie de l'imiter. Je me contente de regarder mes parents rétrécir et disparaître de mon champ de vision, puis vais m'installer dans le wagon où Gwennaëlle est déjà assise.
PNJ actifs : Gwennaëlle Houston, Valerian Houston, Natanaël Houston
Manoir des Houston – Wellington
1ère année
Ashley
Levée depuis quelques heures déjà et incapable de me rendormir, j'attends impatiemment que la maison se réveille, assise sur l'un des canapés du salon. Un livre posé sur les genoux, je regarde le jour apparaître timidement derrière la fenêtre, les rayons du soleil traversant les carreaux pour venir chatouiller ma peau immobile. Quelques oiseaux percent le silence de la nature de leur chant, signe qu'elle se lève à son tour, sort de la fraicheur de la nuit pour laisser tomber la rosée et embrasser la chaleur d'Hélios. Un craquement me fait sursauter. Dans la cheminée, le reste du feu d'hier semble répondre à l'appel des oiseaux dans une dernière tentative de se rallumer avant qu'une bûche bienvenue ne vienne être posée par dessus les cendres, suivie d'un Incendio caractéristique de l'éveil de la maison. Mon regard se pose sur le livre que je n'ai pas ouvert. Délicatement, je tourne sa couverture pour lentement le feuilleter sans le lire, incapable de me concentrer assez longtemps pour saisir le sens de ses mots et la logique de ses phrases. Ce qui se veut être lisible me paraît flou et indéchiffrable. Mon impatience est palpable dans tout mon corps : ma respiration saccadée, mon regard allant incessamment de la fenêtre au livre, du livre à l'horloge et de l'horloge à la fenêtre, et mes jambes se balançant régulièrement dans le vide, comme si elles anticipaient mon pas foulant le sol de la gare de King's Cross.
Le carillon de l'horloge posée au dessus de la cheminée me fait sursauter. Mais la peur s'efface rapidement, éclipsée par l'idée du départ imminent. Je saute sur mes pieds, sourire aux lèvres, tandis que des bruits se font entendre au-dessus de moi. Là-haut, on se prépare pour la rentrée des enfants, on se fait beau pour cette journée si spéciale pour eux. J'entends les gloussements de mes frères, les râlements de ma sœur et les voix posées de mes parents. Bientôt des bruits de pas dans l'escalier m'indiquent qu'ils arrivent et que je ne verrai plus ce manoir jusqu'aux vacances de Noël. Tour à tour apparaissent Papa et Maman, Natanaël suivi de Gwennaëlle, et enfin Valerian. Un peu en retrait, je le vois trainer des pieds, comme s'il rechignait à quitter Wellington. Je souris, devinant bien que ce n'est qu'une mise en scène et qu'il a hâte d'être libéré de l'autorité de nos géniteurs – le pétillement dans ses yeux le trahit.
Tous ont fait un effort pour s'habiller. L'occasion ne s'y prête pourtant pas vraiment. Pour eux, c'est une rentrée comme les autres. Mais par habitude, ma mère a toujours tenu à ce que l'on soit tous belles et beaux pour le premier jour de l'année. Elle, splendide dans l'une de ses plus jolies robes de sorcière, a relevé ses cheveux dans un chignon tenant grâce à quelques épingles. Le tout, négligé et soigné, renvoie tout l'éclat de son visage éclairé par un maquillage modeste et des boucles d'oreilles discrètes. Papa l'accompagne de son habituel costume, qu'il revêtit dès que l'occasion s'y prête. Je remarque qu'il s'est rasé ; hier encore, Maman lui faisait remarquer le picotement de sa barbe lorsqu'il se penchait pour presser ses lèvres contre sa joue. Sa force de persuasion a eu raison de lui. Il ne sait pas lui résister. Gwennaëlle, quant à elle, porte déjà l'uniforme de Poudlard, ne voulant pas s'embêter à se changer dans le train. Le trajet jusqu'à la gare est rapide et en cachant sa tenue sous un long manteau moldu, personne ne le remarquera. Elle n'a cependant pas manqué de prendre soin de ses cheveux : ses boucles sont plus belles que jamais et descendent en cascade dans son dos. Natanaël et Valerian, quant à eux, jouent le rôle du parfait petit enfant de bonne famille. Chemises et polos sont à la clé, même si celle légèrement sortie du pantalon de Valerian lui est caractéristique. Je sais qu'il l'a fait exprès, juste pour énerver nos parents lorsqu'ils le remarqueront. Il est comme ça, Valerian. Il aime faire ce qu'on lui dit de ne pas faire, et ne pas faire ce qu'on lui dit de faire.
« Tu es déjà prête ? me demande Maman en me remarquant. Elle ne se doute pas une seule seconde que j'ai à peine fermé l'œil de la nuit et que je me suis levée lorsqu'ils étaient encore profondément plongés dans le pays des songes.
– Plus que jamais, » réponds-je en me forçant d'accentuer mon sourire.
Mon regard se tourne vers Papa qui s'avance vers moi.
« Allons-y, alors, » sourit-il en me tendant une main gantée que je m'empresse de saisir.
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Voie 9 3/4 – Gare de King's Cross
Ce n'est pas la première fois que je franchis le mur faisant guise de barrière magique, pourtant la sensation ressentie n'est pas la même. Comme si aujourd'hui était vraiment la première fois que je le franchissais. J'ai pourtant eu l'occasion de venir ici cinq fois, de la première année de Gwennaëlle jusqu'à ce jour-ci. Mais aujourd'hui, ce n'est pas sa première année à elle, ni celle de Valerian ou de Natanaël ; c'est la mienne. C'est la première fois que je franchis le mur de briques en tant qu'élève de Poudlard, attendant avec impatience la cérémonie du Choixpeau. C'est cela qui fait qu'aujourd'hui, traverser la barrière n'est pas habituel, et est même étrange. J'ai l'impression, en plongeant quelques secondes dans le noir le temps d'être de l'autre côté, de ressentir sa magie jusqu'au plus profond de mon être – comme si elle-même savait qu'aujourd'hui est ma première rentrée. Comme si je ressentais vraiment, pour la première fois, toute l'ampleur de ce moment, toute la magie dont la barrière est imprégnée. Et que d'une certaine façon, elle m'en donnait un peu, à moi, le temps d'un instant, pour me souhaiter la bienvenue à Poudlard.
Le quai lui-même me paraît différent de d'habitude. Je vois les parents accompagnant leurs enfants d'un nouvel œil, tentant de repérer mes futurs camarades, admirant les grands qui sont si habitués et indifférents. Les bruits résonnent dans mes oreilles et dans mon corps, lourd écho du futur voyage qui s'annonce. Le train, immense, rouge et noir, m'a l'air gigantesque et je me rapproche de mes parents, reculant d'un pas pour l'admirer. Aujourd'hui, je ne le verrai pas emporter Gwennaëlle, Valerian et Natanaël. Je monterai avec eux dans le train, j'adresserai un geste de la main à mes parents, j'apprécierai le vent dans mes cheveux à travers la fenêtre entrouverte. Poudlard m'attend au bout de ce chemin de fer, et cela fait onze ans que j'attends de mettre les pieds dans le château. Un étrange sentiment d'excitation s'empare de moi au moment où un coup de sifflet résonne, signifiant le départ imminent du train. Dans quelques heures, je découvrirai ma Maison, ne serai sûrement pas surprise du choix (après tout, quoi d'autre que Serpentard ou Serdaigle pourrait me convenir ?), ne fermerai pas l'œil de la nuit en attendant les premiers cours de magie le lendemain. Rien ne peut entacher l'immense impatience que je ressens en ce moment.
Gwennaëlle et mes frères ont déjà fait leurs au revoir, et je les vois s'avancer vers le train, Natanaël restant en retrait pour m'attendre. Nous avons prévu de faire le trajet ensemble. Je ne sais pas si j'en ai vraiment envie, préférant découvrir ces premiers moments toute seule. Mais je ne leur en veux pas non plus de vouloir m'accompagner. Ou plutôt, je ne leur en veux pas d'obéir à Papa et Maman, car même s'ils ne m'ont rien dit, je sais que c'est à leur demande qu'ils ne rejoignent pas encore leurs amis. Je me tourne vers mes parents, pressée de les quitter et détestant ce moment. Je ne sais pas agir dans ces situations. Je ne sais pas quels mots il faut dire, quels gestes faire, quel comportement adopter. Pour Maman, tout a l'air si automatique, si simple. Pour Papa, c'est tout naturel. Moi, j'ai l'impression de n'être bonne à rien.
« Écris nous vite, commence Maman.
– Et amuse-toi bien. »
Le sourire de Papa me paraît plus sincère. Et de fait, depuis cet après-midi à Godric's Hollow, puis plus tard sur le Chemin de Traverse, je vois ma mère d'un œil différent. Elle ne me parait plus être celle que j'ai toujours connue. Le regard inquiet, la lueur de fierté sur son visage, n'est-ce qu'un masque, comme celui qu'elle a toujours porté en cachant son passé, ou est-ce ce qu'elle ressent vraiment ? Ce qu'elle ressent pour moi ?
Je n'ajoute rien de plus à leurs mots, me laissant faire lorsqu'ils se penchent pour embrasser mes joues. Je leur rends à peine leur étreinte, et c'est sans un regard en arrière que je monte dans le train à la suite de Natanaël. Valerian a la tête penchée à travers la vitre, et je le regarde faire de grands gestes d'au revoir tandis que le train se met en marche. Quelques minutes plus tôt, je pensais que je serais à ses côtés. Mais entre notre arrivée sur le quai et maintenant, l'euphorie à l'idée de mon premier trajet à bord du Poudlard Express m'est passée et je n'ai pas envie de l'imiter. Je me contente de regarder mes parents rétrécir et disparaître de mon champ de vision, puis vais m'installer dans le wagon où Gwennaëlle est déjà assise.
PNJ actifs : Gwennaëlle Houston, Valerian Houston, Natanaël Houston
Quatrième année | Corneille du Chant | #741b47 | Saumon indépendant | Préfubbies aspirateur
La dernière d'entre nous
Gwennaëlle
Gwennaëlle regarde sa sœur comme si c'était la première fois qu'elle la voyait réellement. En quelques mois à peine, si ce n'est quelques années car elles ne se voient plus souvent depuis que Gwennaëlle est à Poudlard, Ashley semble avoir vieilli. Ou plutôt, elle semble avoir grandi, avoir muri et avoir gagné en assurance. Ça lui fait un choc, à Gwennaëlle, qui a toujours considéré sa sœur comme la plus petite de la famille et qui pensait qu'elle resterait une enfant toute sa vie. Mais c'est peut-être aussi car elle n'a jamais pris le temps de vraiment la regarder. Glisser ses yeux sur elle avec négligence ne suffit pas à cerner une personne, tout comme lui jeter un coup d'œil agacé ou impatient lorsqu'elle lui adresse la parole ne permet pas de la comprendre. Gwennaëlle n'est presque jamais allée au-delà de ces quelques regards trop brefs et trop distants. Alors lorsqu'elle pose son regard pour la première fois sur Ashley, assise droite comme un piquet sur son siège dans le Poudlard Express, elle se dit que toutes ces années, elle a vécu avec une inconnue. Elle se dit aussi qu'il est trop tard pour rattraper le temps perdu, et qu'il vaut mieux continuer sur cette lancée. Elle se dit que de toute façon, Ashley trouverait ça louche qu'elle lui porte enfin de l'intérêt, et la repousserait comme elle est capable de le faire si facilement – aussi facilement que Gwennaëlle. Mais elle a tort de se dire ça, car au fond, Ashley meurt d'envie d'attirer l'attention de sa sœur, de se rapprocher d'elle et d'enfin agir comme de vraies sœurs. Pas comme deux étrangères partageant un même toit.
« Pas trop stressée ? »
La voix railleuse de Valerian tire Gwennaëlle de ses pensées et elle tourne la tête vers son frère, assis à côté d'elle. Lui, elle le connaît vraiment. Ils ont passé trop de temps ensemble et même à Poudlard, ils se croisent régulièrement (mais être dans la même Maison aide beaucoup). Elle se sent bien plus proche de Valerian qu'elle ne le sera jamais avec Ashley, et cela lui serre étrangement le cœur, lui laissant dans la poitrine une sensation qu'elle se force d'effacer. Et son moyen à elle de le faire est loin d'être le meilleur.
« C'est pas un drame de tomber des barques. Au moins tu mets de l'ambiance dès la rentrée. »
Elle ne regrette aucunement ses paroles et le ton qu'elle a pris. Elle sait qu'Ashley n'est pas anxieuse pour les barques, et elle sait aussi qu'il faut être sacrément stupide pour tomber dans l'eau du lac noir. Et sa sœur est loin d'être stupide, comme elle le montre en cinglant une réponse bien trouvée à Valerian et Gwennaëlle, qui ricanent en même temps, automatiquement. Alors quel est cet étrange serrement au cœur, cette impression qu'elle ne fait qu'empirer les choses avec Ashley ? Qu'à chaque parole, elles s'éloignent l'une de l'autre, passent d'étrangères à inconnues, sans pouvoir remplir le fossé entre elles ? Peut-être qu'au fond, Gwennaëlle les regrette un peu, ces paroles. Un tout petit peu. Mais elle se réconforte en se disant qu'au moins, elle a eu la décence de ne pas la taquiner sur le Choixpeau magique qui, elle le sait, est un sujet bien plus sensible qu'une barque avançant toute seule sur l'eau. C'est un terrain accidenté pour toute la famille, et aujourd'hui plus particulièrement pour Ashley, car c'est à son tour d'y passer. Gwennaëlle n'ose pas imaginer quelle sera sa réaction (et les leur) si elle n'est pas envoyée à Serpentard.
Elle finit par poser son regard sur le paysage qui défile doucement. Le train vient tout juste de quitter la banlieue de Londres, et la ville laisse peu à peu place à la campagne. Le silence reprend place dans le wagon, de temps en temps coupé par le bruissement des pages du livre de Natanaël lorsqu'il les tourne, concentré dans sa lecture. Valerian s'amuse avec Platon, le python de Gwennaëlle, qu'elle a accepté de sortir de sa cage le temps du trajet. Voilà une nouvelle chose qui lui rappelle Serpentard, et elle sait qu'Ashley y pense aussi, car le regard qu'elle jette au serpent – un regard mêlant appréhension et détermination – le montre bien. Quand Gwennaëlle n'est pas à l'aise et ne sait pas quoi faire de ses mains, elle regarde ses ongles et en prend soin pour faire passer le temps, ce qu'elle commence à effectuer après un dernier regard vers les quelques vaches qui traversent le paysage. Ashley a toujours pris ça pour de la coquetterie, ce qui est à moitié le cas. Elle n'a cependant aucune idée de la réelle profondeur de ce geste.
« Il est nul ton serpent, il sait rien faire, se plaint Valerian en déposant le python sur les genoux de sa sœur.
— T'as qu'à lui apprendre des tours alors, si t'es pas content. »
Mécontente qu'on critique ainsi son animal de compagnie, Gwennaëlle baisse son bras droit pour le laisser s'enrouler autour.
« Ou peut-être que je lui apprendrai à engloutir ceux qui critiquent sans raison ! » réplique-t-elle énergiquement, ce qui arrache un rire à Valerian.
Elle lui tape le bras, se mordant l'intérieur des joues pour ne pas sourire à son tour, et croise le regard d'Ashley qui les regarde en silence. Cela la calme immédiatement et elle se concentre sur Platon qui a maintenant sa tête sur son épaule gauche. Oui, décidément, il est bien plus simple de comprendre Valerian. Au moins lui n'est-il pas sans arrêt sur la défensive et arrive à prendre ses remarques avec légèreté, sans se vexer dès le début. Et Gwennaëlle connaît les limites de son frère, tout comme il connaît les siennes, alors elle sait quand s'arrêter. Avec Ashley, elle a l'impression qu'il n'y en a pas. Ou plutôt, elle a l'impression qu'elles sont dressées tout au bord de la tolérance, empêchant n'importe qui de se moquer d'elle, ne serait-ce que légèrement et sans mauvaise intention derrière. C'est l'un des aspects d'Ashley qui ne lui plait pas et qui fait qu'elle n'essaye pas de se rapprocher d'elle, parce que cette excuse est plus simple à digérer et cette option plus facile à appliquer. Mais elle ne sait pas que cette option est aussi à l'origine du mur d'intolérance de sa cadette, qui ne le descend que pour ceux en qui elle a réellement confiance.
« Je peux ? »
Gwennaëlle redresse la tête, surprise. Ashley la regarde, les deux bras tendus vers elle, indiquant du menton le serpent désormais enroulé autour de son bras gauche. C'est la première fois qu'elle lui demande si elle peut le porter, et cela laisse Gwennaëlle bouche bée. Ashley n'a jamais daigné laisser son attention rester plus d'une seconde attachée à l'animal, et aujourd'hui, dans le Poudlard Express la menant pour la première fois au Château, elle lui demande si elle peut le toucher, et même le porter. Cette fille reste décidément un mystère pour la sixième année, qui accepte néanmoins de passer Platon à sa sœur et se penche en avant pour tendre ses bras vers elle. Leurs mains se touchent le temps de l'échange et elle sent les doigts d'Ashley tressaillir, même si son visage reste impassible. Gwennaëlle se force aussi à ne pas réagir, à ne pas montrer de réaction face à ce tressaillement qui n'était sûrement qu'un réflexe. Mais ça lui fait mal de se dire que sa sœur ne supporte même plus de la toucher. Elle se renfonce dans son siège et croise les bras, avant de lever une main au niveau de son champ de vision pour examiner ses ongles. Oui, même si ce n'est pas la bonne solution, c'est décidément plus facile de ne rien faire pour comprendre l'incompréhensible. Et Gwennaëlle se persuade de ces pensées jusqu'à en oublier de regarder Ashley.
Quatrième année | Corneille du Chant | #741b47 | Saumon indépendant | Préfubbies aspirateur
La dernière d'entre nous
Valerian
Les trajets en train ont toujours paru interminables à Valerian, tout simplement car dans ces moments-là, il n'a (et il n'y a) rien à faire. Il n'est pas de ces personnes qui réussissent à perdre leur regard dans le paysage qui défile à travers la fenêtre, qui se plongent dans leurs pensées et imagination, ou qui sortent un livre, ou une activité simple à faire mais demandant une certaine concentration. Valerian n'arrive pas à lire, ou à regarder dehors, car justement, il n'arrive pas à se concentrer. Ça a toujours été comme ça : lors de son premier voyage à Poudlard, il ne tenait pas en place, parce que c'était la première fois qu'il allait au Château et il était surexcité. Il a cru que les autres fois, le trajet serait moins long. Merlin non, il s'est trompé sur toute la ligne, et a vu avec dépit qu'il n'arrivait tout simplement pas à se focaliser sur une chose à la fois, même lorsqu'il a tenté de jouer avec le serpent de Gwennaëlle. Dans un train, il n'y a aucune activité assez stimulante pour lui. Pas de sort auquel s'entrainer, pas d'activité sportive comme la course dans le parc, pas de blague à faire... la liste est si longue qu'il pourrait la dresser entièrement dans son esprit (il a d'ailleurs déjà essayé, avant de passer à autre chose car ça n'avait en réalité rien d'intéressant). Le train est un long moment de torture pour lui, qui ne sait pas quoi faire de ses mains et de sa tête. Alors, voilà, Valerian s'ennuie.
Il s'ennuie et il est seul. Il n'est pas littéralement seul, car il y a bien Ashley, Gwennaëlle et Natanaël avec lui, dans ce compartiment. Mais il est seul dans le sens où tout le monde semble être très occupé, ou n'avoir aucun souci à l'être. Gwennaëlle regarde intensément ses ongles comme s'ils étaient la seule chose qui comptaient le plus pour elle (Valerian se dit d'ailleurs qu'à force, ils ne doivent avoir aucun défaut) ; Natanaël est tellement plongé dans son livre qu'on dirait que rien ne peut le sortir de sa lecture et qu'il est même transporté ailleurs – ce qui n'est pas totalement faux et qui fait une présence en moins dans le wagon ; et enfin, Ashley regarde dehors, l'air rêveur. Valerian se demande à quoi elle peut bien penser, et il se doute que l'imminente cérémonie de répartition fait partie de ses préoccupations. Mais le relâchement de ses sourcils, la façon qu'elle a de balancer doucement son pied dans le vide, ses bras qui portent machinalement Platon, montrent bien au cinquième année qu'en cet instant, elle est loin de Poudlard et de ses soucis d'enfant de onze ans. Elle a l'air si... paisible. C'est un moment rare que Valerian n'ose pas troubler, malgré l'envie qu'il a de trouver un moyen de passer le temps. Il connaît assez sa sœur pour savoir que la déranger serait briser le charme qui l'entoure, l'énerver immédiatement et, par conséquent, s'attirer les foudres de son regard et le venin de ses paroles. Il n'en a pas envie.
Valerian est quelqu'un qui adore embêter les gens, surtout sa famille, et particulièrement sa plus jeune sœur. Mais il est aussi quelqu'un de très observateur, qui remarque quand ça ne va pas (même s'il sait rarement quoi faire, et ignore donc le problème), quand il vaut mieux se taire et laisser la personne tranquille. C'est le cas actuellement avec Ashley. C'est souvent le cas avec Ashley, en fait. Il a l'impression que rarement, il peut rigoler avec elle sans qu'elle ne s'agace. Il n'a jamais eu envie de le faire avec Natanaël, et il est tout naturel de le faire avec Gwennaëlle, qui répond toujours sur le même ton que lui. Avec Ashley, c'est le contraire. Mais Valerian ne se rend pas compte qu'à chaque fois qu'il est narquois ou sarcastique, elle ne le prend pas mal, et que sa réaction mal interprétée est sa façon à elle de réagir, qu'elle ne peut pas la contrôler et que les rares fois où c'est le cas, c'est car elle utilise toute sa volonté pour ne pas éloigner son frère d'elle. Mais, quand même, ça l'ennuie d'avoir l'impression d'être ainsi écarté de la sphère d'intimité d'Ashley, comme si elle se forçait à le tenir à distance, quand sa seule envie est de se rapprocher de lui, et lui d'elle.
Alors, pour s'occuper autrement, Valerian gigote sur son siège, croise et décroise les bras, pose la tête sur le dossier du banc, fait trembler sa jambe. Il s'attire le regard désapprobateur de Gwennaëlle, mais que peut-il y faire ? Elle ne peut pas comprendre, elle, quand elle n'a pas ce souci d'être incapable de se concentrer sur autre chose que, justement, son incapacité à se concentrer sur une tâche fixe. Valerian se serait bien levé pour aller marcher et se dégourdir les jambes, mais c'est une technique qu'il a déjà utilisée deux fois depuis le début du voyage – c'est-à-dire depuis un peu moins de deux heures. Il sait qu'il serait inapproprié de le refaire, et qu'Ashley ferait forcément une remarque là-dessus. Il n'en a pas envie. Lorsque ce n'est pas lui qui initie le mouvement, les remarques de sa sœur ont quelque chose de très sérieux et de déplaisant à entendre. Il réagit comme il le fait habituellement, mais au fond, il est sincèrement touché par ses mots, et se dit qu'au final, ce n'est pas plus mal s'il ne cherche pas à la comprendre, parce qu'elle est franchement désagréable quand elle est comme ça, et que lui il n'a plus envie de faire d'efforts si elle n'en fait pas.
« Qui a faim ? »
Un bruit sec sort Valerian de ses pensées, et il tourne la tête vers Natanaël qui vient de brusquement refermer son livre, les yeux pétillants et le dos très droit, comme s'il venait de se redresser. À ses mots, Valerian se rend compte que son ventre gargouille et immédiatement, il sent son esprit se focaliser sur la prochaine activité qui, facile et passionnante comme elle est, lui permettra enfin de ne pas voir le temps s'écouler grain par grain.
« Moi ! s'écrie Gwennaëlle en se redressant à son tour, coupant Valerian dans son élan alors qu'il allait dire exactement la même chose.
– Moi aussi ! »
C'est ça qu'il aime chez Gwennaëlle : ils sont tout le temps – ou presque – sur la même longueur d'onde, comme s'ils n'avaient pas besoin de se regarder pour se comprendre. Ils s'échangent un grand sourire, et Valerian se lève pour récupérer sa sacoche, dans laquelle sa mère a glissé ce matin leurs quatre sandwichs. Ils sont tous identiques, autant en contenu qu'en quantité, mais il fait exprès (et prend un malin plaisir à le faire) de simuler un examen de chaque paquet pour déterminer à l'aveugle lequel serait le plus épais. Il le fait en partie pour embêter Natanaël, qui souffle en souriant légèrement, avant de lui en donner un. Gwennaëlle finit par s'emparer elle-même de son sandwich et lorsque Valerian tend celui qui reste à Ashley, elle reste de marbre ; elle n'a pas faim, et se contente de rester silencieuse en s'enfonçant contre le dossier de son siège, le petit paquet tenu fermement dans ses mains. Le Serpentard devine aisément les raisons de son manque d'appétit, mais il ne fait aucun commentaire.
« Bon appétit, » lance-t-il un peu dans le vide, n'attendant aucune réponse de la part de sa cadette.
Seules lui répondent les voix de son autre sœur et de Natanaël, étouffées par la nourriture. Sans tenter plus longtemps de forcer Ashley à réagir, Valerian mord dans son sandwich, gardant par réflexe un œil sur elle. C'est là un autre de ses problèmes : il n'arrive pas à faire semblant de l'ignorer, et inconsciemment, surveille presque chacun de ses faits et gestes, de peur qu'elle ne disparaisse s'il détourne le regard. Il est rassuré lorsqu'il la voit déballer son repas de gestes lents, si lents que c'en est exaspérant, Platon endormi lové sur ses jambes. Il aimerait la secouer pour qu'elle montre un peu plus d'émotions, qu'elle soit moins effacée, moins distante, plus sensible, plus joyeuse même. Il a l'impression de se cogner à un mur glacial impossible à franchir dès qu'il lui parle. Les rares fois où il s'est fissuré, ou a légèrement fondu, ce n'était que pour quelques secondes, et une tempête a vite fait de le rendre plus solide qu'avant.
Le repas se déroule en silence, et bientôt les bruits du train reprennent leur place, comblant le vide de leur présence. Valerian trouve qu'il a mangé beaucoup trop vite, et c'est avec dépit qu'il doit retourner à son agitation et ses pensées tourbillonnantes. Il n'en peut vite plus, regardant tour à tour Gwennaëlle, Ashley et Natanaël, qui vaquent chacun à leurs occupations comme si de rien n'était. Aucun ne remarque le désespoir dans les yeux du cinquième année. Natanaël lit, Gwennaëlle s'est mise à son crochet, et Ashley... Ashley regarde dehors, calme, d'un calme hostile, à vous glacer et retourner le sang dans vos veines. Valerian ne se doute pas un seul instant des réelles raisons de ce calme inhabituel et de ce qui lui occupe l'esprit, et il trouve cela insoutenable. Ça lui coupe la respiration et la simple envie d'être là.
« Je vais marcher, » annonce-t-il finalement, n'y tenant plus, dans l'espoir de croiser l'un de ses amis pour pouvoir discuter avec lui et se changer les idées, mais surtout pour échapper à la sensation d'étouffement qu'il éprouve devant le calme d'Ashley.
Finalement, une remarque acerbe de sa part, ce n'est pas si mal, même lorsque cela lui donne un coup au cœur.
Quatrième année | Corneille du Chant | #741b47 | Saumon indépendant | Préfubbies aspirateur
La dernière d'entre nous
Natanaël
Absorbé par son livre, Natanaël ne prête plus attention à ce qu'il se passe autour de lui. Il a depuis longtemps quitté les traits du monde réel pour se plonger dans ceux de l'auteur dont il lit la vie. C'est la première fois qu'il lit une autobiographie, roman prêté par son grand-père et qu'il ne trouverait jamais chez lui, puisqu'il s'agit d'un auteur moldu (Camus pour les curieux), et Natanaël a directement été happé par la plume de l'auteur. Et le fait que le roman soit inachevé (Le Premier homme pour les autres curieux) ajoute encore à l'étrange curiosité qui le saisit lorsqu'il se plonge dans les mots et les phrases posés sur le papier, et surtout lorsqu'il pense à celles qui ne seront jamais formulées, mais qui pourtant ont été pensées par l'auteur désormais disparu.
Natanaël n'est pas du genre à se laisser déconcentrer lorsqu'il lit. Il est de ces personnes qui se coupent entièrement du monde, peuvent rester des heures sans bouger, à lire sans se détacher une seule seconde de l'ouvrage qu'ils parcourent. Pourtant, à cette heure de la journée, tandis que le train se balance doucement en rythme et que le soleil de ce premier jour de septembre traverse la vitre du compartiment, le Serdaigle sent que son attention commence à lui échapper. Peut-être est-ce aussi dû au fait qu'il a mangé il y a peu, et que les balancements réguliers du Poudlard Express le bercent jusqu'à le faire somnoler – le voilà qui peine à garder les yeux ouverts. Acceptant avec frustration son sort, car il sait qu'il ne sert à rien de forcer la lecture, et que le cas échéant, il ne retiendrait rien de ce qu'il pourrait lire, il prend son marque-page, le coince entre les deux pages ouvertes de son livre et le ferme pour le poser à côté de lui, sur sa sacoche.
« Monsieur décide enfin de nous accorder un peu d'attention. »
La voix d'Ashley, douce mais non sans une once de sarcasme, fait tourner la tête de Natanaël vers elle. Il lui adresse un sourire désolé, mais ne répond pas. Il sait qu'elle ne veut pas de réponse, et sa remarque n'en attendait d'ailleurs pas. C'est comme ça, avec elle : ils n'ont pas besoin de se parler pour se comprendre (ou en tout cas, ils n'ont pas besoin de plus que quelques mots), et c'est pour cela qu'à ses mots, il saisit son mécontentement de l'avoir laissée seule pendant plus de la moitié du trajet. « Seule » est un terme bien fort, puisqu'il y a Valerian et Gwennaëlle avec eux. Mais seule dans le sens où elle a dû supporter ces deux énergumènes pendant plusieurs heures sans pouvoir compter sur la compagnie du Bleu pour la sauver et passer un meilleur moment. Il remarque qu'elle n'a plus Python autour des bras, ce dernier ayant été récupéré par l'aînée, et il se doute bien que depuis qu'Ashley le lui a rendu, ses pensées ont pris le dessus et qu'elle n'a pas eu d'autre choix que d'y succomber pour éviter de supporter son frère et sa sœur. Mais ses pensées, en ce jour-ci précisément, ne sont pas les meilleures qu'elle puisse avoir, Natanaël s'en doute et le constate en voyant son sandwich à moitié délaissé, aussi lui adresse-t-il une moue désolée et penche la tête sur le côté, comme pour lui demander C'est grave ? Elle se contente de hausser les épaules et cela lui suffit. Si elle ne veut pas en parler, il ne la force pas. Il sait que tout ira mieux lorsque la cérémonie de répartition sera terminée et qu'elle sera soit chez les Verts, soit chez les Bleus. Où d'autre ? se disent les quatre occupants du compartiment. Rien ne correspond plus à Ashley que ces deux Maisons. Poufsouffle, voire Gryffondor, seraient absurdes, à moins que cela ne reflète l'un des traits de son caractère plus fort que tous les autres.
Mais à l'instar de Natanaël, le premier mot qui vient à l'esprit pour décrire sa sœur, c'est sa curiosité. Il n'a jamais vu un tel trou noir absorbant autant de connaissances, et il se revoit plus jeune, lorsque lui aussi posait des questions pour tout et n'importe quoi, se plongeait dans les livres (comme il le fait encore aujourd'hui) avec pour seul but d'en tirer le plus d'informations possibles, autant par plaisir que par réelle érudition et envie de se cultiver. C'est là le point où les deux se ressemblent le plus, et Gwennaëlle se plait gentiment à dire qu'Ashley est une pâle copie du goût de Natanaël pour la lecture, et que Natanaël est une faible reproduction de la curiosité d'Ashley pour tout ce qui traite de la magie et de toutes ses formes, des plus obscures au plus connues, au plus lumineuses. Peut-être est-ce pour cela qu'ils s'entendent autant. Ou peut-être est-ce car, contrairement à Valerian et Gwen, il a toujours essayé de la comprendre, allant à son rythme, s'adaptant à ses besoins qui ne sont pas si différents des siens. Comprendre Ashley est comme se déplacer dans un labyrinthe de ronces : il faut prendre son temps pour se repérer, et ne pas se précipiter pour ne pas se piquer et éviter de tomber sur une impasse ou une mauvaise surprise. Et, Merlin le sait, Ashley peut être pleine de mauvaises surprises. Mais cela n'empêche pas le fait qu'elle est aussi pleine de bonnes surprises, et Natanaël en a découvert la plupart. C'est d'ailleurs pour cela qu'il se sent si proche d'elle.
L'inverse est tout aussi vrai. Si Ashley comprend son frère, c'est parce qu'elle a appris à le connaître, a accepté son caractère, ses goûts et ses besoins, sans le forcer à être une personne qu'il n'est pas, comme peuvent parfois tenter de le faire Valerian et Gwennaëlle, que ce soit à l'un ou l'autre. Ashley n'a jamais fait tout ça, et n'a jamais cherché à le faire. Pour elle, les gens sont comme ils sont ; les changer revient à transformer leur nature, et une nature est, de fait, ce qu'elle est. Changer la nature d'une personne revient à ne plus pouvoir connaître cette personne. Et Ashley, pour rien au monde, ne voudrait perdre Natanaël. Ce serait l'effondrement d'un monde.
« Tu connais ce livre ? » tente maladroitement de demander le troisième année pour changer de sujet et faire oublier à sa sœur son mécontentement.
Cela marche plus ou moins et elle se saisit de la couverture pour l'examiner, en feuillette quelques pages, avant de secouer la tête.
« C'est bien ?
– Oui. C'est un genre que j'avais jamais lu. Une autobiographie, c'est Grand-père qui me l'a passé. C'est un peu compliqué mais j'aime bien.
– Cool. Tu me le prêteras, alors. »
Natanaël hoche vivement la tête avant de reprendre son livre, qu'il garde cependant fermé. Un coup d'œil vers Valerian et Gwennaëlle lui indique qu'ils ont écouté leur conversation, et il ne peut s'empêcher de leur tirer la langue, l'air de dire « Voyez, ce n'est pas si compliqué ». Il récupère un rire de son frère, et un lever de yeux au ciel de sa sœur. Il se demande si Ashley l'a remarqué, mais cette dernière semble s'être à nouveau perdue dans ses pensées, regardant sans le voir le paysage qui défile à travers la fenêtre. Au final, elle n'a pas tant besoin de sa présence que ça, puisqu'elle semble si sujette à ces égarements, ces rêveries éveillées qui la maintiennent loin du compartiment. Natanaël a bien remarqué que l'énergie qui l'animait ce matin disparait peu à peu, tandis que la journée suit son cours et que les heures défilent à toute vitesse. Il aimerait la rassurer, mais il sait que s'il essayait, elle trouverait un moyen de changer de sujet. S'ils étaient seuls...
Avec un imperceptible soupir, le troisième année baisse les yeux et rouvre son livre. Il ne reprend cependant pas sa lecture, gardant un œil attentif sur Ashley pour remarquer l'indiscernable mouvement de son corps qui trahira son attitude et qui lui permettra, à lui, d'aller lui parler et de la sortir des tourments de son esprit. Il ne peut s'empêcher, cependant, de décaler son sac vers sa gauche, ne laissant entre lui et sa sœur rien d'autre que le vide. Le tressaillement de ses paupières lui indique qu'elle l'a remarqué, et par dessus tout, qu'elle apprécie son geste, et il se félicite intérieurement d'y avoir pensé, et il sent son cœur se réchauffer à cette idée, car rien n'est plus précieux pour lui que de voir les quelques marques de reconnaissance, si ce n'est d'affection, que la future Poufsouffle daigne lui adresser. Pour rien au monde il ne laisserait Ashley seule, et il sait que l'inverse est réciproque.
Mots soulignés pour l'animation Moi, le Magicien
Quatrième année | Corneille du Chant | #741b47 | Saumon indépendant | Préfubbies aspirateur
La dernière d'entre nous
Ashley
Le train ralentit dans un crissement et un « On arrive » se fait entendre dans le compartiment, faisant se relever toutes les têtes. Je vois Valerian se frotter les yeux, Natanaël fermer son livre et ma sœur rejeter ses cheveux par dessus son épaule. Tous étaient occupés, et tous tournent leur regard vers la fenêtre, où au loin, les lumières de Poudlard illuminent la nuit et où peu à peu, l'immense château est caché par les petites maisons de Pré-au-Lard tandis que nous arrivons en gare. Je n'ai pas le temps d'admirer la vue plus que cela, mais ce que j'ai entraperçu de l'école me fait frissonner d'empressement. L'état léthargique dans lequel j'étais entrée durant l'interminable trajet laisse place à un mélange d'impatience et d'excitation et je gigote sur mon siège, sentant malgré moi un sourire se dessiner sur mon visage. À côté de moi, Natanaël s'étire et je sens à son regard posé sur moi qu'il remarque ce soudain éveil, ce regain inattendu d'énergie.
« La voilà plus vivante que pendant toute la journée. »
Je me tourne brusquement vers Valerian qui m'observe avec un grand sourire. Lui aussi a remarqué ce que j'aurais aimé cacher, et il tente à sa manière de me montrer qu'il n'est pas aveugle – contrairement à Gwennaëlle. Ma mauvaise humeur et mes inquiétudes s'étant temporairement évaporées, je lui souris avec raillerie en retour.
« Dixit celui qui dort depuis deux heures.
– Et qui ronfle, en plus ! »
L'éclat de voix de ma sœur retentit en même temps que le rire de Valerian, qui s'esclaffe encore plus lorsque les mots de la Serpentard montent à son cerveau et qu'il en comprend le sens. Natanaël lui-même laisse échapper un gloussement. C'est à ce moment que je réalise à quel point ces rires me manquaient, lorsqu'il n'y avait plus que moi au manoir, et que tous étaient à Poudlard. Ces moments de légèreté, où tout le monde s'entend, semble s'accorder silencieusement pour passer un bon moment, aussi court soit-il. Ces moments où nous retombons tous en enfance, lorsque la vie se constituait de jeux, de courses, de cris et de rires – quand il n'y avait ni problèmes, ni craintes, ni angoisses. Ces moments où nous étions tous nous-mêmes, et que tout était beau, sans avoir à se forcer pour correspondre à un moule et à ce qu'on attend de nous. C'est à ce moment, où les éclats de rire de Valerian s'éteignent, et où le sourire de Natanaël s'efface, que je réalise à quel point l'école les a changés, à quel point leur absence m'a changée moi, et à quel point je ne serai plus là même une fois les portes du Château franchies. Cela éveille en moi une nouvelle peur : celle de perdre ceux à qui je tiens tant. Et je sais que je ne pourrai pas le supporter.
Le train s'étant arrêté, je me lève d'un bond pour chasser mes pensées, suivie de Gwennaëlle qui remet Platon dans son vivarium de voyage. Valerian prend son sac, donne le sien à Natanaël, puis ouvre la porte de notre compartiment. Il pose son regard sur nous tous, le fantôme de son rire précédent toujours présent sur ses lèvres.
« Ça y est, on y est tous. »
Je crois décerner en ses mots une sorte de fierté, mais n'en étant pas sûre, je me contente de baisser la tête pour approuver, fixant mes chaussures pour me forcer à oublier ce qui vient d'envahir mes pensées et de remuer mes craintes les plus profondes.
« Épargne-nous de ton discours larmoyant », le coupe Gwen en lui poussant l'épaule pour sortir du compartiment et disparaitre dans le couloir du train.
Il est clair qu'elle n'est pas indifférente à ce que se préparait à dire notre frère, mais sa réaction montre bien qu'elle aussi, elle ne veut pas y penser. Je doute d'ailleurs que quiconque ici ait réellement envie d'y penser. Grandir est quelque chose d'effrayant, et voir que plus personne n'est à la maison avec nos parents, qu'il n'y a plus qu'à eux à qui envoyer des hiboux, et non plus un frère ou une sœur, transmet un sentiment de nostalgie chez mes aînés qui découle et s'imprime en moi, comme la trace persistante du crayon de papier après le passage d'un coup de gomme déterminé à l'effacer. Je pourrais presque avoir envie de retourner au manoir, il pourrait presque me manquer. Valerian semble mal à l'aise du silence qui s'est installé après le départ de la Serpentard, et d'un haussement d'épaule, il lui emboîte le pas. Natanaël le suit et je ferme la marche, non sans jeter un dernier coup d'œil au compartiment désormais vide. Le trajet était interminable, et pourtant j'aimerais qu'il dure quelques minutes de plus, pour pouvoir savourer une dernière fois les rires de ma famille, les chamailleries de Gwennaëlle et Val, et les sourires de Natanaël. Je ne suis pas dupe ; je sais qu'une page se ferme et que rien ne pourra permettre de la rouvrir.
Descendue du train, je retrouve toute ma fratrie sur le quai, là où les élèves se séparent, retrouvent leurs groupes d'amis et se dirigent vers le Château. Les première année sont attendus à part pour la cérémonie de répartition. À cette pensée, je suis rattrapée par mes questionnements du train et suis prise d'un soudain effroi. Mille doutes s'infiltrent dans ma tête, la peur de ne pas être ma place envahit l'espace, et la crainte d'échouer, de ne pas être à la hauteur, de décevoir ma famille s'y insère fermement. Et si je n'étais pas envoyée à Serpentard, même si c'est le plus évident, étant donné que toute ma famille – hormis Natanaël – y est, et qu'il ne peut en être autrement ? Et si le Choixpeau voyait en moi un cas perdu et décidait que je ne méritais pas d'être à Poudlard ? Et si je ne réussissais pas à répondre à ses questions (car il doit bien poser des questions, non ?) ?
Et si j'étais vouée à ne rien faire de ma vie ?
Mes pensées m'enveloppent, tourbillonnent et lorsque je me force à faire un pas pour rejoindre le groupe de première année, je vois flou et cligne des yeux avec énergie pour tenter d'éclaircir ma vision.
« Hé. »
La main de Natanaël se pose sur mon épaule et je me tourne vers lui.
« On se voit tout à l'heure. »
Ses mots ont pour objectif de me rassurer, de m'écarter de mes angoisses, mais je ne pense pas que cela marche vraiment. Ne voulant cependant pas l'inquiéter, je me force à lui sourire faiblement, avant de m'écarter et de marcher en direction des barques, rejoignant les première année qui bientôt seront mes camarades pour sept longues années. Je n'avais aucune idée que par « On se voit tout à l'heure », Natanaël voulait dire que qu'importe ma Maison, il viendrait toujours me trouver, car pour lui je suis bien plus qu'une couleur d'uniforme, que ça ne me définit pas et qu'au fond, c'est assez arbitraire et complètement subjectif. Si je l'avais su, peut-être que j'aurais mieux appréhendé la suite des événements et ne me serais pas persuadée de devoir absolument réussir là où il n'y a ni de bonne ni de mauvaise réponse possible. C'est là l'une de plus grosses erreurs et l'un de plus grands échecs de ma vie.
Fin
Quatrième année | Corneille du Chant | #741b47 | Saumon indépendant | Préfubbies aspirateur