Passage de Draíocht Inktober Trente et une mues

22 Octobre
Coupe.
Les souvenirs d'enfances de mes camarades se sont toujours trouvés particulièrement éloignés des miens. A les entendre, il y avait toujours des rires, des sucreries données par une vieille personne, des animaux, des farces et des tentatives éhontées d'échapper aux punitions. Ces choses là me sont étrangères, bien qu'avec le temps je les ai comprises et que je peux à présent saisir ce qui rend ces moments précieux et constitutif des êtres qu'ils sont devenus.

Les miens de souvenirs, sentent la poussière du grenier de Tipp où je passais mes journée à lire des éditions de la Gazette du Sorcier plus âgées que mes parents, dont les photos s'étaient pour la plupart figées, scellant dans l'immobilité mortuaire les scènes et les visages autrefois animés. Ils sentaient l'argent des couverts de la maison frottés inlassablement jusqu'à ce que leur éclat soit immaculé, la suie de la cheminée tombant dans des nuages noirs et âcres dont je me protégeais avec un mouchoir imbibé des larmes coulant de mes yeux agressés, mes souvenirs étaient autant de courbatures, de piqûres, de brûlures que de taches qu'il me fallait remplir dans la demeure. Je n'en garde aucune rancœur, je connais les raisons, je sais quelle pensée sous tendait tout cela et je la respecte.

Mes souvenirs sentent aussi l'humus et la mousse des bois profonds, le sel et les embruns des crevasses noires à flanc de falaise, ou les algues séchant sur le fin estran du Port Aveugle, autant de lieux où j'accompagnais Mère lors de ses rituels. Ils sentent le sang des sacrifices, le suif des bougies, et la senteur douceâtre de sa peau.
Un ting sonore signala une nouvelle fois l'arrivée du chariot de la Tenson, il la replaça à son point de départ de la paume de la main, un geste qui deviendrait bientôt machinal.

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Passage de Draíocht Inktober Trente et une mues
23 Octobre
Mangemort
Que s'est il passé ce soir de mai 2038 ?
J'ai à peine six ans, les images sont parcellaires, floues, ce sont plus des impressions que des souvenirs. Je sais que c'est important, j'ai longtemps cru que c'était grave, mais c'est une interprétation de ma part qu'il m'a fallut extirper après plus de dix ans. Je vois des hommes, des femmes, et je sais qu'ils parlent allemand. Je le sais mais je ne me souviens plus de ce que j'entends, pourtant leur voix résonnent encore en moi.

Ces visions, ces perceptions de mes sens, dérobés à travers les barreaux de l'escaliers auxquels je m'agrippe, m'ont suivies toute ma vie, ces timbres de voix, toutes graves, toutes chaudes, qu'elles soient féminines ou masculines. On parle, des mains sont posées sur des épaules, l'une, de femme, caresse le visage de Père. Tous se dirigent vers le salon, et je descends quelques marches pour tenter d'en voir plus. Je sais que tout ça est important parce qu'on ne reçoit pas souvent du monde, et qu'ils parlent en allemand. Père me dit que c'est une langue pour les choses importantes, comme la poésie.

Mon regard croise celui de Mère. Et c'est le souvenir s'arrête.

Il aura fallut six années de plus avant que je ne rencontre correctement mes oncles, et ma tante. Saurais je un jour ce qui s'est dit ? La raison de cette réunion ? Je le crois, et en même temps, je sais qu'il existe une possibilité non négligeable que ce secret ne me soit jamais révélé.
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Passage de Draíocht Inktober Trente et une mues
24 Octobre
Vert

Dans cet appartement, au mur séparant leur cuisine carrelée et la pièce de vie était accroché une toile d'un paysage du Dartmoor. Aliosus l'appréciait particulièrement, de manière générale, cette pièce était sa préférée de cette collocation. Elle servait moins de salle à manger, pour les rares repas qu'ils arrivaient à maintenir ensemble, chacun ayant souvent à faire à l'extérieur, que ce soit pour répéter inlassablement les leçons de piano aux jeunes sorciers fortunés ou pour consigner les événements du Passage, rumeurs et témoignages dans un petit carnet noir afin d'espérer en tirer un article qui serait publié, que de salle d'étude, moments qu'il chérissait, comme chaque second passée avec Alice, qui avaient des spécificités aussi douces qu'amères.

Douce, évidemment, car le simple fait de la contempler lire lui donnait l'impression de vivre dans un tableau de maître où le sujet s'anime magiquement. Le temps était suspendu lorsque chacun était penché vers un ouvrage et que les seuls sons pendant une, deux ou trois heures se limitaient au bruissement des pages tournées et au discret tac-tac de l'horloge installée près de leur bow-window donnant sur la rue. Alors ils étaient ensemble, sans discuter, sans interagir, mais ensemble, se nourrissant chacun de la simple présence de l'autre. C'était un luxe merveilleux.

Amère, car ces moments se faisaient de plus en plus rares. Merlin merci qu'ils aient encore l'obligation naturelle de dormir, leur permettant au moins, si ce n'était de se souhaiter la bonne nuit - leurs obligations les faisaient parfois rentrer bien tard - de se voir chaque matin que les Dieux faisaient. Il s'était fait une idée de cette année qu'ils passeraient ensemble, mais son idéal s'était fracassé contre la réalité. Peu à peu, les conversations s'étaient réduites, raréfiés, taries, au point qu'à présent, elles avaient presque entièrement été remplacé par un langage non verbal. Aliosus n'osait plus grand chose tant sa cousine semblait être ailleurs, derrière une vitre invisible, avec lui, mais isolée.

L'amour était intact, mais contraint, contenu. Il passait pas les gestes, les attentions, la prévenance. Chaque Bonjour et chaque Bonne nuit qui sortait de la bouche d'Alice semblaient signifier Je suis désolée.

Aliosus se leva de sa chaise et s'approcha d'elle. Elle s'était endormie, sa tête avait basculé sur le côté du fauteuil, sa bouche s'entrouvrant à peine, interrompue dans le dernier mot qu'elle avait prononcé muettement pour le retenir. Il lui retira ses lunettes avec une infinie précaution, geste qu'il avait petit à petit appris à réaliser, les posa sur le meuble attenant, et de la baguette, il fit glisser une couverture en laine jusqu'au épaules de sa blanche cousine. Pour ne pas risquer de la réveiller, il déposa un baiser sur son front en pensée, avant de s'éclipser, en passant devant le vert paysage du tableau du Dartmoor, accroché au mur qui séparait la cuisine du salon.


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Passage de Draíocht Inktober Trente et une mues
25 Octobre
Écailles

Avez vous jamais vu des yeux bleus qui s'enflamment ? C'est une vision très singulière lorsqu'une paire d'yeux que l'on a l'habitude d'associer à une douceur tranquille, à une joie de vivre de tous les instant, à une joyeuse rivière courant dans le fond d'un vallon vert irlandais, se met à crépiter d'abord, avant de véritablement s'embraser. Quelque soit la raison du départ de ce feu, je vous déconseille ardemment de trop vous en approcher, et, si par le plus grand des malheurs, vous en étiez responsable, alors puissiez vous être vif avec votre baguette où vous subirez un courroux flamboyant.

Lors de leur duels, il semblait à Aliosus que même les taches de rousseurs d'Élicia se mettaient à s'allumer comme autant de flammes dansant sur sa peau, mais rien ne semblait plus raviver cette combustion que lorsqu'il osait la lacérer d'un Lashlabask particulièrement brutal, modulant le sort au point qu'il en devienne un sort cuisant même hors de l'eau. Dans ces moments, heureusement, elle pouvait compter sur les tenues d'entrainement de la GEAD et de leurs protections en formes d'écailles permettant de dissiper les impacts magiques en en répartissant la force de manière à ce que le duelliste ne soit pas envoyé au centre de soin qui, malgré tout, restait très fréquenté.

Elle savait, du reste, très bien lui rendre la pareille en invoquant des dragons cracheurs de feu pour qu'ils lui tournoient autour...

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