Expecto..

OCTOBRE 2050
FORÊT DE MOCHDINAM
FORÊT DE MOCHDINAM
Niall n’avait pas attendu longtemps. Il lui restait à peine une dizaine de mètres avant d’entrer dans la forêt et de s’engouffrer sur ces chemins qu’il connaissait par cœur. Une dizaine de mètres, et pourtant, sa baguette, collée le long de sa taille, venait déjà de faire jaillir son Patronus, appelé par la concentration parfaite du sorcier. Une dizaine de mètres et pourtant, Niall n’avait pas pu attendre d’être posé pour tirer d’un coup sec sur le haut de sa chemise et le laisser respirer.
Le Corbeau tournoyait au-dessus de l’Irlandais, se demandant sûrement pourquoi il venait d’être invoqué dans ce lieu qu’on lui avait promis de ne plus jamais fréquenter, mais s’était exécuté silencieusement. Ainsi, les deux venaient d’entrer dans la forêt sombre à laquelle l’automne n’avait encore apporté aucune touche orangée.
Tout en prenant de la hauteur, le Corbeau avait cherché la raison de son invocation, l’objet ou la personne qui demandait de protéger son sorcier. Ne trouvant rien de physique, il s’était rapproché de celui-ci, concluant ainsi que le danger ne venait pas de l’extérieur mais de l’intérieur.
Si le sorcier connaissait par cœur les émotions et souvenirs à invoquer pour que son Patronus le rejoigne, ce soir, il avait dû se concentrer doublement. Ce n’était pas tant que l’exercice lui était difficile — la notion de protection étant instinctive chez lui —, c’était que la cause de sa présence ici rendait le tout plus instable. Et cette instabilité était si forte que Niall avait été incapable de lancer son sortilège de manière informulée. Et de toute manière, la négativité était si grande que l’énoncer à voix haute l’avait aidé.
Son pas décidé et rapide, son dos droit et son regard fixé vers la forêt sans fin, Niall continuait d’avancer en tentant de focaliser son attention sur le Corbeau et non sur ses pensées. Il jetait quelques regards vers la lumière argentée qui l’éclairait, sans perdre de vue son objectif. Une fois arrivé face à l’arbre qu’il jugea adéquat, il leva les yeux vers son Patronus et lui ordonna de se poser sur la branche la plus haute. Une fois l’oiseau posé et fier du travail accompli, Niall lui ordonna de monter encore plus haut. Puis plus haut encore. Lorsque la dernière branche fut atteinte, Niall lui désigna la cime de l’arbre et de voler jusqu’à ce que le contact visuel soit brisé. Niall testait son contrôle, son énergie et toute la puissance magique qu’il tentait d’épuiser. La main serrée sur sa baguette, Niall ferma les yeux et se concentra sur ce qu’il ressentait et tout ce qu’il avait besoin d’évacuer. Il se concentra sur le Corbeau qui ne comprenait pas tellement pourquoi son sorcier l’invoquait si c’était pour devoir se rendre invisible.
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Tout PJ autorisé.
Et si personne ne vient, je sortirai ma carte PNJ gallois.
Expecto..
Adélaïde marchait. Même avec sa canne, elle eut l'impression de chuter chaque fois qu'elle posait un nouveau pied au sol. La perte d'équilibre était constante, et l'Allemande commença à questionner l'utilité de son précieux bien, s'il ne pouvait même plus assurer sa fonction principale. Ce qu'elle ne mentionnerait évidemment pas, c'était que la source de ces impressions de chute n'était due qu'à sa propre adrénaline, et ne naissaient que dans sa poitrine, pour y tambouriner d'excitation. Depuis plusieurs semaines maintenant, elle se rendait à l'orée de cette sombre forêt pour y faire quelques pas, pour se reconnecter avec un monde qu'elle avait si longtemps écarté de son corps. Progresser parmi les grands chênes, passer outre les branches et les feuilles d'automne, tout, chaque détail la rappelait à une enfance qui, depuis la rentrée, s'était faite bien trop présente dans ses pensées. Des souvenirs avaient afflué comme des coups de poignard, et chaque vision d'antan lui susurrait à l'oreille comme il était tard, comme le temps avait filé, et comme elle avait été injuste avec ceux qu'elle n'avait alors jamais revu. Si elle avait étudié quelques portraits, si les traits de son frère lui étaient de nouveau quotidien dans son âme, rien de plus n'était venu combler le vide qui avait pris la place de ses figures parentales. Après plus d'une dizaine d'années d'absence, la sorcière réalisait qu'elle ne se souvenait plus de l'image de ses parents, et ne préférait même pas penser à celle de son cadet, qui lui avait dû tellement grandir, et que jadis elle avait quitté un jeune adolescent qui ne savait rien d'elle.
Alors, plus elle levait la tête autour d'elle pour apprécier la majestuosité de cet endroit, plus elle se remémorait les bois de Lohr am Main, où alors elle chevauchait un habile destrier, et où, depuis le sommet de sa monture, elle tirait des flèches sur les troncs déjà immaculés par les précédents passages de son arme. Si ses premières venues ici avaient été douloureuses, en ce jour, elle se faisait plus paisible.
Pourtant, elle soupira. À travers les sentiers, sa longue cape noire lécha encore une fois la terre battue par les empreintes de ceux qui étaient sûrement passés ici, avant elle. Son visage, haché par une motivation qui lui était encore floue, était encadré par deux subtiles mèches qui s'étaient échappées de son chignon sophistiqué, retenue par une épingle façonnée de la main de Cinaed. Aujourd'hui, c'est comme si la forêt lui hurlait quelque chose à voix basse, lui murmurait un secret porté par le vent qui venait se nicher dans son cou. Une bourrasque prompte qui lui soufflait ce qu'elle avait laissé derrière elle, ce fatal après-midi d'août 2032.
Il faisait sombre. Les journées d'octobre commençaient lentement à se raccourcir, la nuit tombait subitement beaucoup plus tôt qu'il y a un mois, et toute cette ambiance presque plongée dans la pénombre lui rappelait que le Soleil n'était qu'une aveuglante souffrance, et que le noir grisâtre qui régnait sur ces hectares valait bien tous les éloges du monde. On distinguait bien moins facilement une peine lorsqu'un faisceau de lumière ne frappait pas de plein fouet le visage qu'elle déformait.
Perdue dans ses pensées, elle fut alertée par un scintillement bleu qui mouvait élégamment dans un sens, et qui sembla s'élever à travers les branches comme un ange montait au ciel. Il lui fallut une bonne dizaine de secondes pour comprendre qu'il s'agissait d'un patronus, et qu'ainsi donc quelqu'un d'autre se promenait au milieu des sapins. Suivant la lueur qui se perdit rapidement à travers les feuilles, elle fut menée face à amas d'arbustes, qu'elle écarta à l'aide de sa canne pour se frayer un passage. Là, une silhouette, inconnue, sans aucun doute. Simplement un corps, au milieu d'une étendue infinie, un corps qui, aussi bien qu'elle pouvait le voir, se fondait à merveille dans la splendeur de la nature. Mais quelque chose sur cette personne n'allait pas. Elle ne savait évidemment pas quoi, mais pourquoi être ainsi seul dans un bois, un patronus invoqué, si ce n'est pour exprimer un quelconque émoi ?
Impossible de faire demi-tour. Le bruissement de la terre, les sifflements des feuilles, tout, alarmerait les sens de cet inconnu qu'elle s'était surprise à observer. Alors, il n'y avait point d'autre solution que celle de s'approcher, doucement, très, doucement.
« Monsieur ? Elle descendit prudemment du monticule sur lequel elle était arrivée. Tout va bien ? »
738
@Niall O'Barden
Alors, plus elle levait la tête autour d'elle pour apprécier la majestuosité de cet endroit, plus elle se remémorait les bois de Lohr am Main, où alors elle chevauchait un habile destrier, et où, depuis le sommet de sa monture, elle tirait des flèches sur les troncs déjà immaculés par les précédents passages de son arme. Si ses premières venues ici avaient été douloureuses, en ce jour, elle se faisait plus paisible.
Pourtant, elle soupira. À travers les sentiers, sa longue cape noire lécha encore une fois la terre battue par les empreintes de ceux qui étaient sûrement passés ici, avant elle. Son visage, haché par une motivation qui lui était encore floue, était encadré par deux subtiles mèches qui s'étaient échappées de son chignon sophistiqué, retenue par une épingle façonnée de la main de Cinaed. Aujourd'hui, c'est comme si la forêt lui hurlait quelque chose à voix basse, lui murmurait un secret porté par le vent qui venait se nicher dans son cou. Une bourrasque prompte qui lui soufflait ce qu'elle avait laissé derrière elle, ce fatal après-midi d'août 2032.
Il faisait sombre. Les journées d'octobre commençaient lentement à se raccourcir, la nuit tombait subitement beaucoup plus tôt qu'il y a un mois, et toute cette ambiance presque plongée dans la pénombre lui rappelait que le Soleil n'était qu'une aveuglante souffrance, et que le noir grisâtre qui régnait sur ces hectares valait bien tous les éloges du monde. On distinguait bien moins facilement une peine lorsqu'un faisceau de lumière ne frappait pas de plein fouet le visage qu'elle déformait.
Perdue dans ses pensées, elle fut alertée par un scintillement bleu qui mouvait élégamment dans un sens, et qui sembla s'élever à travers les branches comme un ange montait au ciel. Il lui fallut une bonne dizaine de secondes pour comprendre qu'il s'agissait d'un patronus, et qu'ainsi donc quelqu'un d'autre se promenait au milieu des sapins. Suivant la lueur qui se perdit rapidement à travers les feuilles, elle fut menée face à amas d'arbustes, qu'elle écarta à l'aide de sa canne pour se frayer un passage. Là, une silhouette, inconnue, sans aucun doute. Simplement un corps, au milieu d'une étendue infinie, un corps qui, aussi bien qu'elle pouvait le voir, se fondait à merveille dans la splendeur de la nature. Mais quelque chose sur cette personne n'allait pas. Elle ne savait évidemment pas quoi, mais pourquoi être ainsi seul dans un bois, un patronus invoqué, si ce n'est pour exprimer un quelconque émoi ?
Impossible de faire demi-tour. Le bruissement de la terre, les sifflements des feuilles, tout, alarmerait les sens de cet inconnu qu'elle s'était surprise à observer. Alors, il n'y avait point d'autre solution que celle de s'approcher, doucement, très, doucement.
« Monsieur ? Elle descendit prudemment du monticule sur lequel elle était arrivée. Tout va bien ? »
738
@Niall O'Barden
Expecto..
Perché la haut, se battant contre l’étonnante nécessité de son sorcier à s’en éloigner, le Corbeau luttait. Il luttait contre le besoin de se rapprocher de Niall, tout comme il luttait pour l’écouter, guidé par les émotions qui tambourinaient dans sa poitrine. L’Irlandais sentait bien que son Patronus se montrait dissipé et ne semblait pas vouloir tenir en place, mais à cela, Niall répondait inlassablement la même chose : patiente. Et le Corbeau patientait, tout en suivant le rythme de l’humain, alors que les trois pas sur le sol se rapprochaient. La lutte n’était alors plus seule contre les émotions du sorcier, mais contre ce danger potentiel et imminent qui faisait craquer les feuilles mortes de la forêt.
Trop occupé à se concentrer sur son sort et sur ses pensées, Niall n’avait encore rien entendu. Aucun pas, aucune feuille froissée, aucun son que la forêt n’aurait pu émettre seule. Et plus les pas s’avançaient — quand bien même ils se voulurent discrets —, plus le Corbeau tournait avec avidité sur lui-même du haut de sa cime, reprochant à son sorcier de n’être pas assez alerte. Comme un soir de tempête que les corbeaux auraient voulu alerter par des croassements, le Patronus ne pouvait que s’agiter, encore et encore. Jusqu’à ce qu’il n’en puisse plus.
Les pas s’étaient avancés et le Corbeau battait des ailes. La sorcière s’était immobilisée et le Corbeau en avait fait de même. Et ce fut au premier qui bougerait. Il savait qu’à la première seconde, au premier mouvement, l’alerte serait donnée.
Le mouvement de canne alerta définitivement l’oiseau. Le pic vers le sol fut alors instantané, à la seconde où la canne et les premiers pas de la sorcière décidèrent de quitter son monticule ; monticule que le Corbeau guettait avec précaution. Sans que les branches ne puissent évidemment le ralentir, le Patronus fonça en direction du sorcier, alors que celui-ci venait de relever la tête, alerté par sa baguette qui s’agitait.
— Mais qu’est-ce que..
Les sourcils froncés vers son Corbeau, Niall mit — trop — de temps à comprendre ce qu’il se passait. Être déstabilisé de la sorte était bien une erreur de débutant que nombreux de ses professeurs lui auraient reproché. Sa baguette s’était presque rabaissée lorsqu’il entendit les pas venir dans sa direction, puis une voix.
S’il n’avait pas été perturbé comme il venait de l’être, Niall aurait sûrement transplané pour ne pas avoir à faire face à l’inquiétude de cette sorcière qui s’approchait. Sauf qu’il ne l’avait pas fait. Au lieu de cela, il avait laissé son Corbeau bloquer le chemin entre la sorcière et lui, profitant enfin de ce pourquoi il avait été créé : protéger.
Sauf qu’il n’y avait rien à protéger. Du moins rien venant de la sorcière. Alors à regret, mais pour ne pas alerter la femme qui s’inquiétait déjà, Niall abaissa sa baguette et fit disparaître le Corbeau dont les dernières lumières vinrent s’éteindre à son extrémité.
— Pardon ! Oui, oui, tout va bien. Je.. Je m’entraînais juste.
Il n’avait pas remarqué que l’effort demandé précédemment l’avait essoufflé, qu’à trop vouloir visualiser quelque chose d’invisible, il en avait oublié son énergie. Mais puisqu’il en restait suffisamment pour installer une légère lumière entre les deux, Niall s’exécuta et en profita pour observer la sorcière, puis la canne qui venait de réveiller sa curiosité.
Trop occupé à se concentrer sur son sort et sur ses pensées, Niall n’avait encore rien entendu. Aucun pas, aucune feuille froissée, aucun son que la forêt n’aurait pu émettre seule. Et plus les pas s’avançaient — quand bien même ils se voulurent discrets —, plus le Corbeau tournait avec avidité sur lui-même du haut de sa cime, reprochant à son sorcier de n’être pas assez alerte. Comme un soir de tempête que les corbeaux auraient voulu alerter par des croassements, le Patronus ne pouvait que s’agiter, encore et encore. Jusqu’à ce qu’il n’en puisse plus.
Les pas s’étaient avancés et le Corbeau battait des ailes. La sorcière s’était immobilisée et le Corbeau en avait fait de même. Et ce fut au premier qui bougerait. Il savait qu’à la première seconde, au premier mouvement, l’alerte serait donnée.
Le mouvement de canne alerta définitivement l’oiseau. Le pic vers le sol fut alors instantané, à la seconde où la canne et les premiers pas de la sorcière décidèrent de quitter son monticule ; monticule que le Corbeau guettait avec précaution. Sans que les branches ne puissent évidemment le ralentir, le Patronus fonça en direction du sorcier, alors que celui-ci venait de relever la tête, alerté par sa baguette qui s’agitait.
— Mais qu’est-ce que..
Les sourcils froncés vers son Corbeau, Niall mit — trop — de temps à comprendre ce qu’il se passait. Être déstabilisé de la sorte était bien une erreur de débutant que nombreux de ses professeurs lui auraient reproché. Sa baguette s’était presque rabaissée lorsqu’il entendit les pas venir dans sa direction, puis une voix.
S’il n’avait pas été perturbé comme il venait de l’être, Niall aurait sûrement transplané pour ne pas avoir à faire face à l’inquiétude de cette sorcière qui s’approchait. Sauf qu’il ne l’avait pas fait. Au lieu de cela, il avait laissé son Corbeau bloquer le chemin entre la sorcière et lui, profitant enfin de ce pourquoi il avait été créé : protéger.
Sauf qu’il n’y avait rien à protéger. Du moins rien venant de la sorcière. Alors à regret, mais pour ne pas alerter la femme qui s’inquiétait déjà, Niall abaissa sa baguette et fit disparaître le Corbeau dont les dernières lumières vinrent s’éteindre à son extrémité.
— Pardon ! Oui, oui, tout va bien. Je.. Je m’entraînais juste.
Il n’avait pas remarqué que l’effort demandé précédemment l’avait essoufflé, qu’à trop vouloir visualiser quelque chose d’invisible, il en avait oublié son énergie. Mais puisqu’il en restait suffisamment pour installer une légère lumière entre les deux, Niall s’exécuta et en profita pour observer la sorcière, puis la canne qui venait de réveiller sa curiosité.
Expecto..
La fine lumière bleue s'interposa entre les deux silhouettes qui se dévisageaient à présent. Le scintillement n'était pas puissant, aveuglant encore moins, pourtant l'Allemande plaça une main devant ses pupilles pour les protéger de la force magique qui avait bousculé sa paix et son calme intérieur, dans la pénombre de cette forêt. Quelque chose de lourd pesait ici, elle ne savait quoi. Mais cela se sentait. Dans les mouvements du Corbeau invoqué par le sorcier. Dans sa propre réaction face aux ondulations colorées. Dans l'attitude de l'homme qui se tenait en face d'elle. Tout.
À travers les espaces que formaient ses doigts devant ses yeux, le regard d'Adélaïde s'attarda sur les somptueuses ailes du patronus invoqué, et se fit remarquer, pour elle-même, que celui qui en était à l'origine avait bien du talent, pour ainsi offrir un corps animal à l'entité qui était censée le protéger. Elle se souvint des nombreuses fois où un simple jet couleur océan s'était échappé du bout de son catalyseur, la laissant penaude, déçue de ses capacités. Avant d'enfin réaliser ce qui pour elle était un exploit. Les patronus corporel étaient plus rares, plus techniques, et pour cause : tellement plus beaux.
La trentenaire avait toujours peiné à voir autre chose que la beauté d'un sort. Si certains en voyait d'abord une utilité capitale, une protection, une ouverture à l'offensive, elle, avait plutôt tendance à se concentrer sur l'aspect graphique, symbolique mais également visuel de la chose. Qu'y avait-il de plus beau qu'un filet orangé lorsqu'un enchantement était projeté ? Avant d'être d'une quelconque aide, la magie était pour elle un art qu'on ne pourrait jamais dédouaner de son prestige. Manier la baguette revenait à peindre une toile de mille couleurs, ici seulement, le chevalet était l'univers qui nous entourait, qu'on fendait de nos baguettes. Un univers vaste, dense, qui, chaque minute, chaque heure, était décoré d'une nouvelle lueur.
De toute façon, elle était une bien trop piètre sorcière pour pouvoir apprécier autre chose que la somptuosité de ce que les autres parvenaient à créer.
Lorsque son interlocuteur fit disparaître son invocation, elle reposa sa main levée sur le pommeau de sa canne, immobile. Les deux adultes n'étaient pas très loin l'un de l'autre, pourtant elle eut l'impression que des centaines de kilomètres les séparaient. Au milieu, les vestiges de l'éclat du Corbeau planaient paisiblement dans ce calme bruyant. Le silence des bois résonnait dans ses oreilles comme tambourinait son inquiétude vis à vis de l'autre ; pourtant, elle n'en fit rien. S'il avait un problème, elle le comprendrait bien assez tôt.
Sa voix, mal échauffée, éclata dans la clairière comme si la vibration de ses cordes vocales s'était cognée à chaque tronc d'arbre qui les entourait avant de retourner son écho :
« C'était...magnifique. La scientifique pointa la zone où se trouvait l'oiseau, il y a encore quelques secondes, du bout de sa canne. Je ne voulais pas vous effrayer. Pourquoi vous...entraîner alors que votre maîtrise est déjà parfaite ? »
En vérité, elle n'en savait rien. L'analyse de la technique n'avait jamais été son fort. Mais Adélaïde voulait le faire parler. Pour le comprendre, pour l'entendre. Pour savoir ne serait-ce qu'une seule petite chose sur l'inconnu auquel elle faisait face, au milieu de ces arbres qui semblent toucher le ciel noir.
548
À travers les espaces que formaient ses doigts devant ses yeux, le regard d'Adélaïde s'attarda sur les somptueuses ailes du patronus invoqué, et se fit remarquer, pour elle-même, que celui qui en était à l'origine avait bien du talent, pour ainsi offrir un corps animal à l'entité qui était censée le protéger. Elle se souvint des nombreuses fois où un simple jet couleur océan s'était échappé du bout de son catalyseur, la laissant penaude, déçue de ses capacités. Avant d'enfin réaliser ce qui pour elle était un exploit. Les patronus corporel étaient plus rares, plus techniques, et pour cause : tellement plus beaux.
La trentenaire avait toujours peiné à voir autre chose que la beauté d'un sort. Si certains en voyait d'abord une utilité capitale, une protection, une ouverture à l'offensive, elle, avait plutôt tendance à se concentrer sur l'aspect graphique, symbolique mais également visuel de la chose. Qu'y avait-il de plus beau qu'un filet orangé lorsqu'un enchantement était projeté ? Avant d'être d'une quelconque aide, la magie était pour elle un art qu'on ne pourrait jamais dédouaner de son prestige. Manier la baguette revenait à peindre une toile de mille couleurs, ici seulement, le chevalet était l'univers qui nous entourait, qu'on fendait de nos baguettes. Un univers vaste, dense, qui, chaque minute, chaque heure, était décoré d'une nouvelle lueur.
De toute façon, elle était une bien trop piètre sorcière pour pouvoir apprécier autre chose que la somptuosité de ce que les autres parvenaient à créer.
Lorsque son interlocuteur fit disparaître son invocation, elle reposa sa main levée sur le pommeau de sa canne, immobile. Les deux adultes n'étaient pas très loin l'un de l'autre, pourtant elle eut l'impression que des centaines de kilomètres les séparaient. Au milieu, les vestiges de l'éclat du Corbeau planaient paisiblement dans ce calme bruyant. Le silence des bois résonnait dans ses oreilles comme tambourinait son inquiétude vis à vis de l'autre ; pourtant, elle n'en fit rien. S'il avait un problème, elle le comprendrait bien assez tôt.
Sa voix, mal échauffée, éclata dans la clairière comme si la vibration de ses cordes vocales s'était cognée à chaque tronc d'arbre qui les entourait avant de retourner son écho :
« C'était...magnifique. La scientifique pointa la zone où se trouvait l'oiseau, il y a encore quelques secondes, du bout de sa canne. Je ne voulais pas vous effrayer. Pourquoi vous...entraîner alors que votre maîtrise est déjà parfaite ? »
En vérité, elle n'en savait rien. L'analyse de la technique n'avait jamais été son fort. Mais Adélaïde voulait le faire parler. Pour le comprendre, pour l'entendre. Pour savoir ne serait-ce qu'une seule petite chose sur l'inconnu auquel elle faisait face, au milieu de ces arbres qui semblent toucher le ciel noir.
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Expecto..
Les yeux de Niall, peut-être un peu trop rivés sur la canne que tenait la sorcière, avaient mis quelques secondes à revenir à ceux qui le fixaient. Sa curiosité l'avait déjà poussé à se demander quel drame avait pu toucher la sorcière, quel drame avait pu être suffisamment fort pour que la magie n'ait rien pu y faire, mais il n'avait rien énoncé. Au lieu de cela, il avait souri au compliment reçu ; un sourire fatigué qui avait tout de même pu se rendre visible, poussé par les convenances mécaniques qui s'imposaient à lui. Encore.
Les sourcils du sorcier se relevèrent aussitôt que le son du mot « parfaite » résonna dans ses oreilles. La sorcière avait la main lourde sur les compliments et ce soir n’était pas un soir où Niall pouvait en entendre. Ainsi, il ne releva pas et transforma ses sourcils relevés en sourcils froncés. Le sorcier était bien curieux de la question reçue. Ou peut-être était-ce de la femme dont il était curieux. Et puis aussi vite que la curiosité était montée, Niall abandonna l’idée de faire ce qu’il aurait fait avec toute autre personne : retourner les questions sur elle. Au lieu de cela, après quelques secondes de réflexion et donc, de silence, il mit fin au Lumos qui les rendait visibles.
— J’attends autre chose, répondit-il enfin alors qu’il les laissait volontairement dans l’obscurité. Expecto Patronum !
Et comme plus tôt, le Corbeau refit son entrée en venant tournoyer d’abord autour du sorcier, comme si ses ailes ne s’étaient pas déployées depuis des jours entiers, et flotta au-dessus de la tête de Niall, faisant face à la sorcière. Ce dernier releva la tête et observa son Patronus qui attendait de recevoir un ordre, un message à transmettre, n’importe quoi pour se rendre actif. Mais Niall ne donna aucun ordre, tant son esprit était trop occupé.
— Vous voyez ? Il ne sait pas s’éloigner sans que je lui ordonne. Il est trop proche, trop dépendant de moi.
Si à quelques heures de cette forêt, Niall venait de quitter Dave, les émotions, elles, s’étaient agrippées à lui. Toutes plus fortes les unes que les autres, elles bataillaient et tambourinaient dans sa poitrine. Toutes criaient à la libération, toutes quémandaient une énième émotion salvatrice qui ne viendrait peut-être jamais. Et la poitrine de Niall se soulevait, puis s’abaissait, à un rythme qui n’était pas le sien. Lui qui avait si longtemps travaillé sur son rythme cardiaque, gelé par les lacs écossais, aujourd’hui, il ne maîtrisait plus rien. Alors il s’en était rendu à sa magie, rejetait toute la faute sur elle, la blâmait encore et encore et aurait voulu qu’elle le quitte.
À travers le Patronus qui s’était placé entre les deux sorciers, Niall, la vision troublée — par quoi, d’ailleurs ? — observait la sorcière inconnue qui se trouvait face à lui. Il n’avait pas la moindre idée de ce qu’il pouvait attendre d’elle. Il était de toute manière arrivé à un stade où il n’attendait plus rien de personne. Alors c’était avec l’évidence la plus grande qu’il s’attendait à tout d’elle. Qu’elle comprenne, qu’elle entende, qu’elle voie, qu’elle lise entre les lignes, et qu’elle s’en aille aussi vite qu’elle était arrivée, que le buisson l’engloutisse à nouveau.
Cette forêt qui avait abrité d’autres Patronus il y a plusieurs années espérait peut-être conjurer le sort cette année. Peut-être que Niall aurait supplié n’importe quel autre sorcier ou sorcière qui passait par là d’invoquer le sien.
— Comment est le vôtre ?, demanda-t-il en tentant au mieux de contrôler l’impatience et la douleur dans sa voix.
Tout ce qu’il espérait, c’était que son Patronus, si tant est qu’elle en ait un, soit tout sauf un renard. Ou peut-être que si, après tout. Peut-être que c’était exactement ce qu’il espérait. Revoir ce renard pour le défier. Niall s’essoufflait dans l’effort qu’il faisait pour maintenir son Patronus hors de lui. Il s’essoufflait, délirait et s’accrochait à la réponse de l’inconnue.
Les sourcils du sorcier se relevèrent aussitôt que le son du mot « parfaite » résonna dans ses oreilles. La sorcière avait la main lourde sur les compliments et ce soir n’était pas un soir où Niall pouvait en entendre. Ainsi, il ne releva pas et transforma ses sourcils relevés en sourcils froncés. Le sorcier était bien curieux de la question reçue. Ou peut-être était-ce de la femme dont il était curieux. Et puis aussi vite que la curiosité était montée, Niall abandonna l’idée de faire ce qu’il aurait fait avec toute autre personne : retourner les questions sur elle. Au lieu de cela, après quelques secondes de réflexion et donc, de silence, il mit fin au Lumos qui les rendait visibles.
— J’attends autre chose, répondit-il enfin alors qu’il les laissait volontairement dans l’obscurité. Expecto Patronum !
Et comme plus tôt, le Corbeau refit son entrée en venant tournoyer d’abord autour du sorcier, comme si ses ailes ne s’étaient pas déployées depuis des jours entiers, et flotta au-dessus de la tête de Niall, faisant face à la sorcière. Ce dernier releva la tête et observa son Patronus qui attendait de recevoir un ordre, un message à transmettre, n’importe quoi pour se rendre actif. Mais Niall ne donna aucun ordre, tant son esprit était trop occupé.
— Vous voyez ? Il ne sait pas s’éloigner sans que je lui ordonne. Il est trop proche, trop dépendant de moi.
Si à quelques heures de cette forêt, Niall venait de quitter Dave, les émotions, elles, s’étaient agrippées à lui. Toutes plus fortes les unes que les autres, elles bataillaient et tambourinaient dans sa poitrine. Toutes criaient à la libération, toutes quémandaient une énième émotion salvatrice qui ne viendrait peut-être jamais. Et la poitrine de Niall se soulevait, puis s’abaissait, à un rythme qui n’était pas le sien. Lui qui avait si longtemps travaillé sur son rythme cardiaque, gelé par les lacs écossais, aujourd’hui, il ne maîtrisait plus rien. Alors il s’en était rendu à sa magie, rejetait toute la faute sur elle, la blâmait encore et encore et aurait voulu qu’elle le quitte.
À travers le Patronus qui s’était placé entre les deux sorciers, Niall, la vision troublée — par quoi, d’ailleurs ? — observait la sorcière inconnue qui se trouvait face à lui. Il n’avait pas la moindre idée de ce qu’il pouvait attendre d’elle. Il était de toute manière arrivé à un stade où il n’attendait plus rien de personne. Alors c’était avec l’évidence la plus grande qu’il s’attendait à tout d’elle. Qu’elle comprenne, qu’elle entende, qu’elle voie, qu’elle lise entre les lignes, et qu’elle s’en aille aussi vite qu’elle était arrivée, que le buisson l’engloutisse à nouveau.
Cette forêt qui avait abrité d’autres Patronus il y a plusieurs années espérait peut-être conjurer le sort cette année. Peut-être que Niall aurait supplié n’importe quel autre sorcier ou sorcière qui passait par là d’invoquer le sien.
— Comment est le vôtre ?, demanda-t-il en tentant au mieux de contrôler l’impatience et la douleur dans sa voix.
Tout ce qu’il espérait, c’était que son Patronus, si tant est qu’elle en ait un, soit tout sauf un renard. Ou peut-être que si, après tout. Peut-être que c’était exactement ce qu’il espérait. Revoir ce renard pour le défier. Niall s’essoufflait dans l’effort qu’il faisait pour maintenir son Patronus hors de lui. Il s’essoufflait, délirait et s’accrochait à la réponse de l’inconnue.
Expecto..
Adélaïde écouta. Dans cette sombre forêt au milieu de laquelle l'éclat bleu s'était évaporé, elle tenta de lire à travers les traits de l'inconnu. Peut-être y avait-il quelque chose de dissimulé, entre les plis de ses yeux qui semblaient si bien maîtriser l'art de fuir autrui, ou bien un secret, quelque part caché, soit dans cette clairière, soit dans ses manières, qui pourrait porter à son oreille le secret de sa présence ici. Mais l'Allemande était aujourd'hui trop mauvaise enquêtrice et, bien trop tôt, la voix lui répondit à son tour, brisant à l'intérieur d'elle-même, une interrogation qui venait de naître. Il était difficile d'accepter la réalité telle qu'elle était en ce jour, telle qu'elle fuyait à travers les branchages, telle qu'elle frémissait entre les feuillages, jusqu'à venir altérer sa vision, et lui faire croire, le temps d'une seconde, à la présence d'un esprit divin, entre le corps de l'homme et le sien, si solennellement séparé par le vide, qu'en disparaissant, le patronus avait laissé.
L'éclat de sa parole fit écho à l'intérieur des tympans de la sorcière. Mieux —pire ?—, la formule du sortilège rampa dans sa poitrine, tambourinant contre son cœur les quelques syllabes qui avaient suffi à invoquer le majestueux corbeau bleu. L'oiseau, quelques centimètres au-dessus de son maître, faisait désormais face à la femme, émerveillée, chamboulée par cette démonstration si impromptue. Oh, elle avait témoigné bien des fois d'une invocation de patronus, certes, cela avait fait un temps son effet, puis, plus rien. Peut-être avait-elle tendance à se lasser trop facilement, trop rapidement, même des choses les plus subtiles et les plus rares. Il suffisait d'une demi-seconde d'imperfection à l'entité concernée pour se métamorphoser en notion sans intérêt. Mais, ici, c'était différent. Tout était différent. Ils n'étaient que deux, dans l'immensité soudaine de ce bois épais. Ils n'étaient que deux, sous l'intraduisible poids des cèdres et des grands chênes. Elle aussi, à présent, avait l'impression de s'enraciner dans la terre à moitié humide de l'irrégularité galloise.
Son souffle était coupé. Volontairement, sûrement. Peut-être qu'en retenant sa respiration, elle pourrait arrêter le temps, et profiter encore des éclats lumineux couleur océan de l'oiseau, un nouvel instant. Si seulement.
L'homme parla de nouveau, il sembla expliquer quelque chose. Mais Adélaïde ne faisait pas attention. Elle ne comprenant pas un mot. Il y avait bien plus intéressant à observer. Là, il suffisait de lever les yeux, un demi-millimètre plus haut que ceux du sorcier, et tout était plus beau, plus calme, plus silencieux que n'importe quoi d'autre. Mais l'inconvénient évident de cette position qu'avait choisie le corbeau fut bien trop vite révélé : si proche de son maître, l'état de ce dernier était facilement mis à nu.
Tout cela était bien infime, bien trop subtil pour pouvoir assurer que quelque chose de grave se produisait. Une poitrine qui se gonfla un peu trop, une expiration légèrement plus lourde qu'à la normale. Malgré tout, un contrôle immense, perceptible, même depuis l'autre bout de la galaxie. L'astronome ne connaissait que trop bien cet art de parer sa détresse d'un élégant voile gelé, de faire taire sa colère en l'étranglant à ses portes, là, autour de sa gorge devenue muette, et de tuer sa tristesse en comprimant jusqu'à la suffocation ses poumons, d'une main glaciale, presque polaire.
Ces sentiments impénétrables, agglutinés à un corps sans que jamais personne ne puisse les décrocher, voire même les distinguer, si bien décoré d'un sourire étonnement radieux. Ceux-là, devaient certainement se cacher dans une des ramifications du cœur de son interlocuteur, cherchant infatigablement à s'emparer de son corps et de ses sentiments, pour y trouver un refuge, à eux seuls confortable.
« Trop dépendant de vous, en effet. » Affirma-t-elle sans vraiment savoir de quoi elle parlait.
Une main mécanique plongea à l'intérieur de la poche, dissimulée par les nombreux plis de sa lourde robe. Une main qui aurait dû se sentir soulagée au contact de sa si précieuse baguette, mais qui n'en fit rien. Rarement, Adélaïde avait eu le sentiment de périr sans le divin outil. Mais, aujourd'hui tout particulièrement, c'était même le contraire : elle aurait voulu voir disparaître pour toujours son catalyseur.
Et ce souhait se confirma. La pâleur sur son visage déjà blafard également. La peur des hommes, par centaine, était celle de voir la Terre disparaître, ou son compagnon se perdre à jamais dans les méandres de l'univers. Un fait bien précis, une action concrète, réalisable. Celle de la scientifique, en premier lieu, était celle des mots. De leur association. Et tout particulièrement lorsque la phrase choisie s'apparentait à celle que venait de prononcer le sorcier.
Comment est le vôtre ?
Les consonnes cognèrent à répétition contre ses tempes. Les voyelles sifflèrent inutilement fort dans ses oreilles. La voix de son précepteur lui souffla à son tour la question.
Comment est le tien ?
Un chuchotement, presque imperceptible. Superposé aux paroles de son père.
Comment est le tien ?
Et celui de tant d'autres, plus tard, sur le chemin.
Comment est le vôtre ?
La trentenaire passa sa paume sur le haut de sa tête, tiré douloureusement en son chignon exagérément compliqué. Il tendait la peau de son front et la racine de ses mèches d'une telle façon qu'elle crut un instant qu'on allait lui arracher le crâne. Alors, elle entreprit de le défaire. L'épingle de Cinaed fut noyée dans une de ses poches, tandis que, progressivement, ses cheveux bouclés coulèrent sur ses épaules, comme un paisible ruisseau de montagne.
Alors la douleur s'atténua en partie. Demeura à l'intérieur de son front un petit quelque chose qui s'amusait à le frapper, vivement désagréable. Elle s'y ferait.
Sans détourner le regard de son interlocuteur, elle annonça lentement :
« Le mien est quelque peu différent. »
C'était une formulation facile, presque évidente, qui pouvait à la fois tout contenir, et rien du tout. C'était une façon bien lâche d'avouer que l'éclat bleu chez elle, encore parfois, peinait à se maintenir en une forme convenable. Cette dernière ne voulant s'illustrer qu'en cas de détresse imminente. Adélaïde redoutait d'avoir à passer à côté d'un patronus parfait.
« Je ne préfère pas. »
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L'éclat de sa parole fit écho à l'intérieur des tympans de la sorcière. Mieux —pire ?—, la formule du sortilège rampa dans sa poitrine, tambourinant contre son cœur les quelques syllabes qui avaient suffi à invoquer le majestueux corbeau bleu. L'oiseau, quelques centimètres au-dessus de son maître, faisait désormais face à la femme, émerveillée, chamboulée par cette démonstration si impromptue. Oh, elle avait témoigné bien des fois d'une invocation de patronus, certes, cela avait fait un temps son effet, puis, plus rien. Peut-être avait-elle tendance à se lasser trop facilement, trop rapidement, même des choses les plus subtiles et les plus rares. Il suffisait d'une demi-seconde d'imperfection à l'entité concernée pour se métamorphoser en notion sans intérêt. Mais, ici, c'était différent. Tout était différent. Ils n'étaient que deux, dans l'immensité soudaine de ce bois épais. Ils n'étaient que deux, sous l'intraduisible poids des cèdres et des grands chênes. Elle aussi, à présent, avait l'impression de s'enraciner dans la terre à moitié humide de l'irrégularité galloise.
Son souffle était coupé. Volontairement, sûrement. Peut-être qu'en retenant sa respiration, elle pourrait arrêter le temps, et profiter encore des éclats lumineux couleur océan de l'oiseau, un nouvel instant. Si seulement.
L'homme parla de nouveau, il sembla expliquer quelque chose. Mais Adélaïde ne faisait pas attention. Elle ne comprenant pas un mot. Il y avait bien plus intéressant à observer. Là, il suffisait de lever les yeux, un demi-millimètre plus haut que ceux du sorcier, et tout était plus beau, plus calme, plus silencieux que n'importe quoi d'autre. Mais l'inconvénient évident de cette position qu'avait choisie le corbeau fut bien trop vite révélé : si proche de son maître, l'état de ce dernier était facilement mis à nu.
Tout cela était bien infime, bien trop subtil pour pouvoir assurer que quelque chose de grave se produisait. Une poitrine qui se gonfla un peu trop, une expiration légèrement plus lourde qu'à la normale. Malgré tout, un contrôle immense, perceptible, même depuis l'autre bout de la galaxie. L'astronome ne connaissait que trop bien cet art de parer sa détresse d'un élégant voile gelé, de faire taire sa colère en l'étranglant à ses portes, là, autour de sa gorge devenue muette, et de tuer sa tristesse en comprimant jusqu'à la suffocation ses poumons, d'une main glaciale, presque polaire.
Ces sentiments impénétrables, agglutinés à un corps sans que jamais personne ne puisse les décrocher, voire même les distinguer, si bien décoré d'un sourire étonnement radieux. Ceux-là, devaient certainement se cacher dans une des ramifications du cœur de son interlocuteur, cherchant infatigablement à s'emparer de son corps et de ses sentiments, pour y trouver un refuge, à eux seuls confortable.
« Trop dépendant de vous, en effet. » Affirma-t-elle sans vraiment savoir de quoi elle parlait.
Une main mécanique plongea à l'intérieur de la poche, dissimulée par les nombreux plis de sa lourde robe. Une main qui aurait dû se sentir soulagée au contact de sa si précieuse baguette, mais qui n'en fit rien. Rarement, Adélaïde avait eu le sentiment de périr sans le divin outil. Mais, aujourd'hui tout particulièrement, c'était même le contraire : elle aurait voulu voir disparaître pour toujours son catalyseur.
Et ce souhait se confirma. La pâleur sur son visage déjà blafard également. La peur des hommes, par centaine, était celle de voir la Terre disparaître, ou son compagnon se perdre à jamais dans les méandres de l'univers. Un fait bien précis, une action concrète, réalisable. Celle de la scientifique, en premier lieu, était celle des mots. De leur association. Et tout particulièrement lorsque la phrase choisie s'apparentait à celle que venait de prononcer le sorcier.
Comment est le vôtre ?
Les consonnes cognèrent à répétition contre ses tempes. Les voyelles sifflèrent inutilement fort dans ses oreilles. La voix de son précepteur lui souffla à son tour la question.
Comment est le tien ?
Un chuchotement, presque imperceptible. Superposé aux paroles de son père.
Comment est le tien ?
Et celui de tant d'autres, plus tard, sur le chemin.
Comment est le vôtre ?
La trentenaire passa sa paume sur le haut de sa tête, tiré douloureusement en son chignon exagérément compliqué. Il tendait la peau de son front et la racine de ses mèches d'une telle façon qu'elle crut un instant qu'on allait lui arracher le crâne. Alors, elle entreprit de le défaire. L'épingle de Cinaed fut noyée dans une de ses poches, tandis que, progressivement, ses cheveux bouclés coulèrent sur ses épaules, comme un paisible ruisseau de montagne.
Alors la douleur s'atténua en partie. Demeura à l'intérieur de son front un petit quelque chose qui s'amusait à le frapper, vivement désagréable. Elle s'y ferait.
Sans détourner le regard de son interlocuteur, elle annonça lentement :
« Le mien est quelque peu différent. »
C'était une formulation facile, presque évidente, qui pouvait à la fois tout contenir, et rien du tout. C'était une façon bien lâche d'avouer que l'éclat bleu chez elle, encore parfois, peinait à se maintenir en une forme convenable. Cette dernière ne voulant s'illustrer qu'en cas de détresse imminente. Adélaïde redoutait d'avoir à passer à côté d'un patronus parfait.
« Je ne préfère pas. »
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