So wenig Zeit
Avril 2028
Essoufflée, Adélaïde s'arrêta. Appuyée contre ses genoux, elle peinait à retrouver un rythme respiratoire correct. Ses muscles tout entier, sans exception, refusait de répondre lorsqu'elle les appelait, ses organes en particulier s'activaient à mille à l'heure pour la maintenir éveillée et éviter le malaise, ce qui serait bien embêtant pour quelqu'un qui avait souhaité se lever tôt un dimanche pour faire de l'exercice, et ainsi prouver ses capacités. D'un côté, cela exposerait une grande faiblesse de sa part : cela signifiait que son organisme n'était pas assez puissant pour supporter un entraînement intensif, même après trois années passées à le pratiquer tous les jours. De l'autre, cela signifiait au contraire qu'elle était capable de grandes performances physiques et qu'elle n'avait pas peur d'aller au-delà des limites qu'elle s'était imposées. Pourtant, elle avait le pressentiment que les autres s'attacheraient plus à la première hypothèse qu'à la seconde, simplement parce que cela les arrangerait. Elle ne pouvait pas leur en vouloir, n'importe qui aurait adoré médire de quelqu'un si cela pouvait lui apporter consolation et satisfaction, bien que cela émanait d'un comportement excessivement toxique de leur part. C'est souvent dans ce genre de cas que les gens révélaient leur véritable nature : lorsque cela touchait de près ou de loin à un gain personnel, presque l'entièreté de la population était capable de n'importe quoi pour en faire l'obtention. Les masques tombaient et les intentions se révélaient. On y découvrait un puissant égoïsme de la part de nos proches, qui auraient préféré nous trahir pour que cela aille dans leur sens, plutôt que de nous protéger.
Ce matin, la brunette avait enfilé sa tenue de sport et s'était précipitée à précipitée à l'extérieur ou pendant de longues heures, elle avait pratiqué les nouveaux exercices expliqués par les enseignants lors du renforcement quotidiens. Pour elle, le dimanche ne pouvait déroger à la règle, et depuis quelques semaines, elle s'évertuait à se lever à l'aube pour s'entraîner dans le parc, où il commençait paisiblement à faire plus agréable avec l'arrivée du printemps. Elle avait commencé par un simple tour de la cour en trottant, puis avait accéléré le rythme pour se fatiguer un peu. Lorsqu'elle avait senti ses muscles se tendre, c'est qui était temps de passer à la résistance et à la souplesse. À travers différentes postures, elle s'était donné un maximum, jusqu'à ne plus sentir son corps frémir. Alors, enfin, elle avait stoppé la séance, avalée une grande gorgée d'eau fraîche et entreprit calmement sa remontée au château. Sur son chemin du retour, elle songeait à ses capacités qui ne cessaient de s'améliorer. En combinant le renforcement de Durmstrang, ses propres entraînements le dimanche et ceux qu'elle pratiquait presque tous les jours durant les vacances d'été, il fallait dire que ses muscles commençaient à réellement gagner en masse et en puissance. Récemment, elle avait réussi à tenir dix minutes de plus que son temps maximum depuis plusieurs mois, ce qui, à son échelle, était un véritable exploit. Les rares fois où Simon avait accepté de se lever plus tôt pour juger ses performances, il en revenait toujours les yeux grands ouverts et la bouche sèche, après avoir prononcé des dizaines de compliments à son égard. Le sourire aux lèvres à la simple image de ce souvenir, l'Allemande monta les marches des escaliers qui menaient au troisième étage, où une bonne douche l'attendait. C'était bien sympathique de dépenser toute son énergie dans la matinée, mais ne serait-ce que revenir au château n'en était que plus difficile. Un véritable supplice lorsqu'on avait les jambes en compote, la poitrine en feu et les bras ballants. Elle repensa à la lettre qu'elle avait commencé à rédiger hier soir, destinée à son cher frère qui devait à présent bien patauger en école supérieure. Dans leurs échanges, ils parlaient rarement de Simon, mais beaucoup plus de la jeune fille, comme s'il souhaitait à tout prix éviter que le sujet ne dévie vers sa propre personne. Comme si sa vie, là-bas, était si misérable qu'elle ne méritait pas d'être contée. Elle ne peut être pire que celle de Durmstrang songea la troisième année en poussant la porte du dortoir. Les filles bavardaient calmement en s'envoyant des coussins dans la figure, classique. D'un signe de main, elle indiqua qu'elle était trop épuisée pour s'inviter dans la conversation, et s'engouffra sans la salle de douche qui contenait une bouffée d'air frais bien plaisante pour une personne qui ne résidait que des vapeurs chaudes depuis une demi-heure. Après avoir chopé une tenue plus adaptée à la vie au château, elle laissa l'eau volontairement glaciale ruisseler le long de son corps pendant quelques minutes, avant de s'extirper de la cabine lorsque le froid commençait réellement à être insupportable. Rencontrant son reflet dans le miroir, elle se surprit à penser que, pour une fois, elle n'était pas si mal. Ses joues rougis par l'effort lui donnait un petit air casse coup assez plaisant tandis que ses mèches rebelles encadrants son visage fin lui offrait la possibilité de ressembler à un mannequin de magazine. Après s'être séchée, recoiffée et habillée, et sortit la salle de bain, et se joignit à ses amies.
— Pfiou, j'avoue, c'était peut-être une mauvaise idée de le faire aussi le dimanche !
871
Essoufflée, Adélaïde s'arrêta. Appuyée contre ses genoux, elle peinait à retrouver un rythme respiratoire correct. Ses muscles tout entier, sans exception, refusait de répondre lorsqu'elle les appelait, ses organes en particulier s'activaient à mille à l'heure pour la maintenir éveillée et éviter le malaise, ce qui serait bien embêtant pour quelqu'un qui avait souhaité se lever tôt un dimanche pour faire de l'exercice, et ainsi prouver ses capacités. D'un côté, cela exposerait une grande faiblesse de sa part : cela signifiait que son organisme n'était pas assez puissant pour supporter un entraînement intensif, même après trois années passées à le pratiquer tous les jours. De l'autre, cela signifiait au contraire qu'elle était capable de grandes performances physiques et qu'elle n'avait pas peur d'aller au-delà des limites qu'elle s'était imposées. Pourtant, elle avait le pressentiment que les autres s'attacheraient plus à la première hypothèse qu'à la seconde, simplement parce que cela les arrangerait. Elle ne pouvait pas leur en vouloir, n'importe qui aurait adoré médire de quelqu'un si cela pouvait lui apporter consolation et satisfaction, bien que cela émanait d'un comportement excessivement toxique de leur part. C'est souvent dans ce genre de cas que les gens révélaient leur véritable nature : lorsque cela touchait de près ou de loin à un gain personnel, presque l'entièreté de la population était capable de n'importe quoi pour en faire l'obtention. Les masques tombaient et les intentions se révélaient. On y découvrait un puissant égoïsme de la part de nos proches, qui auraient préféré nous trahir pour que cela aille dans leur sens, plutôt que de nous protéger.
Ce matin, la brunette avait enfilé sa tenue de sport et s'était précipitée à précipitée à l'extérieur ou pendant de longues heures, elle avait pratiqué les nouveaux exercices expliqués par les enseignants lors du renforcement quotidiens. Pour elle, le dimanche ne pouvait déroger à la règle, et depuis quelques semaines, elle s'évertuait à se lever à l'aube pour s'entraîner dans le parc, où il commençait paisiblement à faire plus agréable avec l'arrivée du printemps. Elle avait commencé par un simple tour de la cour en trottant, puis avait accéléré le rythme pour se fatiguer un peu. Lorsqu'elle avait senti ses muscles se tendre, c'est qui était temps de passer à la résistance et à la souplesse. À travers différentes postures, elle s'était donné un maximum, jusqu'à ne plus sentir son corps frémir. Alors, enfin, elle avait stoppé la séance, avalée une grande gorgée d'eau fraîche et entreprit calmement sa remontée au château. Sur son chemin du retour, elle songeait à ses capacités qui ne cessaient de s'améliorer. En combinant le renforcement de Durmstrang, ses propres entraînements le dimanche et ceux qu'elle pratiquait presque tous les jours durant les vacances d'été, il fallait dire que ses muscles commençaient à réellement gagner en masse et en puissance. Récemment, elle avait réussi à tenir dix minutes de plus que son temps maximum depuis plusieurs mois, ce qui, à son échelle, était un véritable exploit. Les rares fois où Simon avait accepté de se lever plus tôt pour juger ses performances, il en revenait toujours les yeux grands ouverts et la bouche sèche, après avoir prononcé des dizaines de compliments à son égard. Le sourire aux lèvres à la simple image de ce souvenir, l'Allemande monta les marches des escaliers qui menaient au troisième étage, où une bonne douche l'attendait. C'était bien sympathique de dépenser toute son énergie dans la matinée, mais ne serait-ce que revenir au château n'en était que plus difficile. Un véritable supplice lorsqu'on avait les jambes en compote, la poitrine en feu et les bras ballants. Elle repensa à la lettre qu'elle avait commencé à rédiger hier soir, destinée à son cher frère qui devait à présent bien patauger en école supérieure. Dans leurs échanges, ils parlaient rarement de Simon, mais beaucoup plus de la jeune fille, comme s'il souhaitait à tout prix éviter que le sujet ne dévie vers sa propre personne. Comme si sa vie, là-bas, était si misérable qu'elle ne méritait pas d'être contée. Elle ne peut être pire que celle de Durmstrang songea la troisième année en poussant la porte du dortoir. Les filles bavardaient calmement en s'envoyant des coussins dans la figure, classique. D'un signe de main, elle indiqua qu'elle était trop épuisée pour s'inviter dans la conversation, et s'engouffra sans la salle de douche qui contenait une bouffée d'air frais bien plaisante pour une personne qui ne résidait que des vapeurs chaudes depuis une demi-heure. Après avoir chopé une tenue plus adaptée à la vie au château, elle laissa l'eau volontairement glaciale ruisseler le long de son corps pendant quelques minutes, avant de s'extirper de la cabine lorsque le froid commençait réellement à être insupportable. Rencontrant son reflet dans le miroir, elle se surprit à penser que, pour une fois, elle n'était pas si mal. Ses joues rougis par l'effort lui donnait un petit air casse coup assez plaisant tandis que ses mèches rebelles encadrants son visage fin lui offrait la possibilité de ressembler à un mannequin de magazine. Après s'être séchée, recoiffée et habillée, et sortit la salle de bain, et se joignit à ses amies.
— Pfiou, j'avoue, c'était peut-être une mauvaise idée de le faire aussi le dimanche !
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So wenig Zeit
Novembre 2028
Une nouvelle fois l'automne se couchait, tapis dans l'ombre du blanc manteau qui se page le long des montagnes ciselées. Une nouvelle fois, le souffle d'Adélaïde, engloutie par ses vêtements larges dont une épaisse écharpe de laine, se dessinait telle une fumée dansante au milieu de l'atmosphère glaciale de la forteresse Durmstrang. Une nouvelle fois, se décomposaient les sourires, les exclamations fortuites, les éclats de rires cristallins venus de la salle d'à côté. De nouveau sombraient les élèves dans la répétition, dans le mécanisme scolaire qui les liaient, les retenaient, les emprisonnaient dans la routine fiévreuse des réveils matinaux, des tard couchers, de la frénésie d'un emploi du temps que peinaient chacun à suivre sans en manquer les horaires, et sans jamais en ressentir la fatigue. Du moins c'est l'impression qu'en avait l'Allemande. Elle était ici en guerre, sur un terrain ennemi, inconnu. Chaque instant, elle risquait de poser un pied sur une mine, de tomber, inanimée, dans une cavité creusée par l'aveugle et fatale destruction capitale. Mais, si elle ne bougeait plus, si elle restait au même emplacement, refusant de progresser, qui l'amènerait à la réussite ? Comment saurait-elle ce qui se dissimule derrière ces barbelés, par-delà les monticules de terre lorsqu'elle n'est jonchée de balles, de fosses, de pièges. Elle pouvait aussi laisser la providence se charger de son destin. Mais la transporterait-elle directement à la victoire ? Viendrait-elle un matin, innocente, la détacher de sa position, immobile, et l'emmènerait-elle voler au-dessus de ce terrain en ruine, pour la déposer délicatement au sommet de la société, comme la grande sauveuse d'un étouffant régime ? Non, évidemment. Personne ne lui viendrait en aide si elle, refusait de poser un pas de plus. Mais poser ce pied sur un sol tel que celui de Durmstrang, de la véritable lave en fusion, comment ? Comment choisir entre l'abandon, sombrer dans l'oubli et l'échec, ou ne pas baisser les bras, au point d'accepter toute forme de souffrance ? Ce mal valait-il un avenir radieux ? Ce combat, lui, comment se justifiait-il ? Etait-il source d'une volonté, vaincre, être acclamée ? Il n'existait que dans l'esprit de celui qui endurait la réflexion d'une vie, qui se reposait sur sa postérité.
Alors, refusant de se coucher sous la fatalité, doivent se relever de jeunes sorciers, et endurer avec prestige le poids de ces journées car, celui qui en sortira victorieux, ne sera sermonné d'incapable, désigné comme un lâche, extasié devant le parcours de la réussite où danseraient ceux qui vainquirent le système, surplombant ceux que le système vainquit. Ramper par-delà les limites, mais ne jamais les franchir, osciller entre les inaptes et les incompétents pour arracher une place qui aurait pu être la leur si toutefois plus malins avaient-ils été, telle pouvait être un parcours comme un autre au sein de l'institut, créer, élaborer, souder, activer, tant d'actions simples et immatérielles à saisir pour réussir, mais encore fallait-il les trouver, en déterrer la motivation qui s'y rattachait. Cette motivation, Adélaïde était certaine de la tenir, là, au creux de sa main, comme si elle détenait le Graal, le pouvoir suprême, ultime, la destinée qu'était la sienne, éternelle, subtile, vicieuse, volatile. L'enfermer en cage pour qu'elle ne s'échappe mais dès lors pourtant devrait-elle lui dire adieu puisque pour en user devait-elle être libre, mais pour la conserver éternellement, celle-là avait à rester camouflée dans sa prison de fer. Libre. La liberté. Libérer quelqu'un, lui octroyer le droit de battre de ses propres ailes, mais lui accorder une confiance aveugle, espérant avec véhémence que grâce à cette opportunité, indépendant sera l'homme, mais fidèle restera-t-il, voué à servir celui qui jadis lui fit cadeau de sa renaissance individuelle.
Ainsi revient à eux doux refuge que sont les souvenirs d'enfance, du grand Avant, passé brumeux mais tatoué sur la peau, à enlacer le soir au creux de l'oreiller pour se calmer, apaiser le cœur battant à la chamade, d'épuisement, d'incompréhension, d'appréhension. Seule face à l'avenir fut Adélaïde qui se lia à cette logique mais dont la pensée se focalisa sur la mémoire négative, reflétant nettement les clapotis d'une eau trouble de son désir de revanche, face au noir naissant dans son subconscient. Ces remords naufragés, accostant faiblement sur les plages de son esprit, apportant avec eux le conte de la famille Brennen qui, par-delà les années, ne fut capable de tenir une position affectueuse envers une fille, elle, réclamant incessamment justice de ce supplice inexistant. Mais encore se noie cette enfant qui ne comprit jamais que seule devrait-elle poursuivre si elle visait le sommet de la montagne, car jamais, en assurant un coéquipier, on ne pourrait gravir la falaise de soi-même.
795
Une nouvelle fois l'automne se couchait, tapis dans l'ombre du blanc manteau qui se page le long des montagnes ciselées. Une nouvelle fois, le souffle d'Adélaïde, engloutie par ses vêtements larges dont une épaisse écharpe de laine, se dessinait telle une fumée dansante au milieu de l'atmosphère glaciale de la forteresse Durmstrang. Une nouvelle fois, se décomposaient les sourires, les exclamations fortuites, les éclats de rires cristallins venus de la salle d'à côté. De nouveau sombraient les élèves dans la répétition, dans le mécanisme scolaire qui les liaient, les retenaient, les emprisonnaient dans la routine fiévreuse des réveils matinaux, des tard couchers, de la frénésie d'un emploi du temps que peinaient chacun à suivre sans en manquer les horaires, et sans jamais en ressentir la fatigue. Du moins c'est l'impression qu'en avait l'Allemande. Elle était ici en guerre, sur un terrain ennemi, inconnu. Chaque instant, elle risquait de poser un pied sur une mine, de tomber, inanimée, dans une cavité creusée par l'aveugle et fatale destruction capitale. Mais, si elle ne bougeait plus, si elle restait au même emplacement, refusant de progresser, qui l'amènerait à la réussite ? Comment saurait-elle ce qui se dissimule derrière ces barbelés, par-delà les monticules de terre lorsqu'elle n'est jonchée de balles, de fosses, de pièges. Elle pouvait aussi laisser la providence se charger de son destin. Mais la transporterait-elle directement à la victoire ? Viendrait-elle un matin, innocente, la détacher de sa position, immobile, et l'emmènerait-elle voler au-dessus de ce terrain en ruine, pour la déposer délicatement au sommet de la société, comme la grande sauveuse d'un étouffant régime ? Non, évidemment. Personne ne lui viendrait en aide si elle, refusait de poser un pas de plus. Mais poser ce pied sur un sol tel que celui de Durmstrang, de la véritable lave en fusion, comment ? Comment choisir entre l'abandon, sombrer dans l'oubli et l'échec, ou ne pas baisser les bras, au point d'accepter toute forme de souffrance ? Ce mal valait-il un avenir radieux ? Ce combat, lui, comment se justifiait-il ? Etait-il source d'une volonté, vaincre, être acclamée ? Il n'existait que dans l'esprit de celui qui endurait la réflexion d'une vie, qui se reposait sur sa postérité.
Alors, refusant de se coucher sous la fatalité, doivent se relever de jeunes sorciers, et endurer avec prestige le poids de ces journées car, celui qui en sortira victorieux, ne sera sermonné d'incapable, désigné comme un lâche, extasié devant le parcours de la réussite où danseraient ceux qui vainquirent le système, surplombant ceux que le système vainquit. Ramper par-delà les limites, mais ne jamais les franchir, osciller entre les inaptes et les incompétents pour arracher une place qui aurait pu être la leur si toutefois plus malins avaient-ils été, telle pouvait être un parcours comme un autre au sein de l'institut, créer, élaborer, souder, activer, tant d'actions simples et immatérielles à saisir pour réussir, mais encore fallait-il les trouver, en déterrer la motivation qui s'y rattachait. Cette motivation, Adélaïde était certaine de la tenir, là, au creux de sa main, comme si elle détenait le Graal, le pouvoir suprême, ultime, la destinée qu'était la sienne, éternelle, subtile, vicieuse, volatile. L'enfermer en cage pour qu'elle ne s'échappe mais dès lors pourtant devrait-elle lui dire adieu puisque pour en user devait-elle être libre, mais pour la conserver éternellement, celle-là avait à rester camouflée dans sa prison de fer. Libre. La liberté. Libérer quelqu'un, lui octroyer le droit de battre de ses propres ailes, mais lui accorder une confiance aveugle, espérant avec véhémence que grâce à cette opportunité, indépendant sera l'homme, mais fidèle restera-t-il, voué à servir celui qui jadis lui fit cadeau de sa renaissance individuelle.
Ainsi revient à eux doux refuge que sont les souvenirs d'enfance, du grand Avant, passé brumeux mais tatoué sur la peau, à enlacer le soir au creux de l'oreiller pour se calmer, apaiser le cœur battant à la chamade, d'épuisement, d'incompréhension, d'appréhension. Seule face à l'avenir fut Adélaïde qui se lia à cette logique mais dont la pensée se focalisa sur la mémoire négative, reflétant nettement les clapotis d'une eau trouble de son désir de revanche, face au noir naissant dans son subconscient. Ces remords naufragés, accostant faiblement sur les plages de son esprit, apportant avec eux le conte de la famille Brennen qui, par-delà les années, ne fut capable de tenir une position affectueuse envers une fille, elle, réclamant incessamment justice de ce supplice inexistant. Mais encore se noie cette enfant qui ne comprit jamais que seule devrait-elle poursuivre si elle visait le sommet de la montagne, car jamais, en assurant un coéquipier, on ne pourrait gravir la falaise de soi-même.
Le ciel s'affaisse, la terre s'écroule, le cœur se fortifie, et dansent les âmes vagabondes à la lueur des bougies.
795
So wenig Zeit
Qui es-tu, sans lui ?
Janvier 2029
Janvier 2029
Adélaïde avait émergé de son lit en sueur. Elle avait, sans comprendre pourquoi, chaud, et froid en même temps. Elle s'était appuyée contre son oreiller, lourde, et, en un souffle secret, presque inaudible, elle avait laissé s'échapper les causes de cette sensation.
La chaleur. La chaleur d'un doux été français qui exaltait la peau, ces terres campagnardes gorgées d'un Soleil rouge de bienveillance, d'hospitalité, de réconfort. La chaleur d'une embrassade, longue, interminable, mais qui, sous les cerisiers en fleur, ne sembla durer qu'une unique seconde, volatile. La chaleur des mots. Les mots qui appellent, les mots qui rassurent, les mots qui embaument le cœur. Les mots qui pansent. Et fous sont ceux qui pensent lire en ces songes l'exagération en maîtresse des lieux, et de l'âme. Jamais ne pourrait-elle exagérer la bonté de l'unique homme de cette Terre.
Simon.
Les lèvres de l'Allemande s'arquèrent en un faible sourire. La vision du garçon était floue, presque inexistante. Elle tremblait dangereusement dans ce souvenir qui ne tenait qu'à un fil, ce funambule. Si elle tendait la main, elle pourrait le rejoindre, là-bas, en cet endroit qu'elle ne distinguait pas, qu'elle ne reconnaissait plus, mais qui paraissait si doux, si accueillant, si protégé...
L'image ternit, puis s'effaça.
L'Allemande se gonfla d'une brusque inspiration.
Le froid. Les manteaux de neige sur les toits. Le blizzard. La tempête. Le frisson dans le dos. Le regard de père. L'exigence de mère.
Elle tressaillit.
La poudreuse violente qui s'écrase contre les peaux rouges dans les cours ouvertes. Le cortège des dieux de l'hiver dans les courants d'air glaciaux du château.
Durmstrang.
Agrippée à ses draps, elle évita d'un bond ces illusions qui accouraient en direction de ses yeux. Toutes, s'évaporèrent aux portes de ses joues. Là, au centre de cette pièce, la pénombre apparente hantait sa vision, semblant l'observer se noyer dans ses draps, un rictus satisfait qui laissait se répandre le cynisme de sa torture. Emprisonnée dans ces murs, elle écoutait chaque courant d'air qui filait dans les pièces riait à gorge déployée à son visage, terrifiée.
Elle écarta l'épaisse couverture, et se tira hors du lit. Lorsqu'un premier pied nu rencontra le sol, le plancher craqua sèchement. Une des autres filles se retourna dans son lit. Sans un bruit, Adélaïde fila en direction de la salle d'eau, à la seule et pénible lueur de Madame la Lune.
Elle verrouilla la porte derrière elle.
Sans prendre la peine d'allumer la lumière qui, de toute façon, lui aurait brûlé la vue, elle s'appuya malhabilement sur les longs lavabos, chancelante. L'étroite fenêtre où l'on avait greffé des grilles d'acier filtrait la faible lumière bleue qui se faufilait à travers la pièce en faisceaux compacts et rectilignes. La peau de la brune se noya dans cet éclairage de fortune, par endroits où ses mèches en bataille ne chutaient pas sur son visage encore frappé par la vigueur de ce rêve occulte.
Sa tête se laissa tomber en avant, allant chercher le réconfort de son cou. Encore somnolente, des images affluèrent encore jusqu'à ses souvenirs. Son propre cerveau cognait incessamment à l'arrière de son crâne, comme si quelqu'un l'assommait perpétuellement d'un coup de massue.
Des morceaux de clichés passés fusaient, un à un, pour former petit à petit un croquis net, comme des pièces de puzzle qui ne cherchaient qu'à se retrouver.
Se retrouver.
Petit à petit, un nez, une paire d'yeux, un sourire, quelques étoiles scintillantes. Et enfin, ce visage. Encore, et encore. Toujours. L'imaginaire tournait en boucle dans sa mémoire, on pouvait y distinguer la vigueur de ses cercles qui entourait le corps de celui qu'elle cherchait, comme une machine moldue, comme un mécanisme d'antan, en surchauffe.
Tout était flou.
Alors qu'elle se remémorait les traits de son frère pour une énième fois, elle fut subitement frappée par la plus douloureuse des réalisations : sa manière de façonner son existence en peinture s'écartait, jour après jour, du véritable visage de Simon. Elle le savait. Elle le sentait. Quelque chose dans son cœur lui criait que ce n'était pas son frère, qu'il n'existait pas, qu'elle ne créait qu'un inconnu, encore.
Merde.
Elle se sentait indigne. Honteuse. En une simple soirée désormais lointaine, elle avait laissé s'échapper le dernier éclat qui composait le réel Brennen, et, lorsque cette étoile s'était éteinte dans la glaciale nuit russe, sa seule préoccupation fut de se rendre à l'heure en cours. À force d'occuper sa pensée à la plus futile des missions, Adélaïde avait laissé fuir son frère. Jusqu'alors, elle l'avait gardé près elle, si près qu'il donnait l'impression d'être toujours là, au château. Si près, que parfois, les après-midi, elle remarquait son regard qui l'encourageait, avant de disparaître derrière un groupe d'étudiants.
Mais l'illusion n'était plus. L'illusion rendait folle, certes. Mais l'illusion portait le masque d'un bonheur encore rassurant et protecteur. La jeune femme aurait mille fois préféré la folie à la douleur, et halluciner la présence d'un élève qui avait quitté l'établissement l'année passée ne la dérangeait pas le moins du monde. Mais aujourd'hui, plus rien ne pouvait nourrir ce fantôme errant à travers les étages, ce fantôme qui, à présent, suivait son propre chemin sur les terres d'Allemagne, peut-être même, sans songer ne serait-ce qu'un instant au mal incontrôlé qu'il aurait pu créer, dans la poitrine de la seule femme qu'il devrait toujours aimer ?
Car c'était bien simple, il n'avait pas le droit de partir. Jamais ne lui en avait-elle donné l'autorisation. Que c'était égoïste de ne penser qu'à son avenir, qu'à ses études, sa personne, lorsque sa sœur, seule, ne pouvait assurer son futur sans la main sauveuse de son unique et fidèle protecteur ? Si Simon n'était plus là, qui la rattraperait, si elle tombait ?
Personne.
Ses mains se resserrent sur les bords du lavabo.
Personne, et ce fut la seconde réalisation qui enclencha un soubresaut dans sa poitrine, abandonnée dans cette maudite salle de bain où l'on étouffait. Elle leva la tête face au miroir qui la jugeait et qui se nourrissait à présent de sa honte. Sur ce reflet qu'elle ne reconnaissait pas, elle lut simplement : Tu es seule.
La perte fut l'unique moyen de comprendre l'importance d'une présence, et aujourd'hui, seules les larmes de regret du passé lointain nourrissent de vie les corps meurtris.
1046
So wenig Zeit
Cinquième année,
25 décembre 2029
Sur la pointe des pieds, Adélaïde quitta son matelas pour rejoindre une des fenêtres qui filtrait la bleue lumière d'une nuit russe.
Elle posa ses coudes sur le renfoncement qui la séparait de la vitre en verre, suivi de son menton, qui à son tour vint cogner contre la pierre froide. Ainsi installée, elle laissa alors son regard se perdre dans le ciel infini qui coulait jusqu'à ses yeux, au loin, par-delà les montagnes, là où les sommets sont si hauts qu'ils caressent les étoiles.
Ses colocataires dormaient à poings fermés, la cinquième année en fut soulagée. Si elle appréciait la plupart du temps leur compagnie, elle manquait plus que tout d'instants à elle, et seulement à elle, durant lesquels elle pouvait verser sa peine dans le silence du crépuscule. Personne ne pourrait ainsi survivre sans pause, sans une seconde de répit, dans un calme plus que paisible, durant lequel son esprit fait fleurir de nouvelles roses, pour remplacer celles qui avaient fanées avec le temps, et les fréquentations. On avait beau être le sorcier le plus heureux de l'univers, on ne tiendrait pas une semaine sans ces minutes-là, secrètes, immobiles, presque irréalistes. Les minutes les plus intimes qui soit, car elles n'existent que parce qu'on se les offre à nous-même. Il s'agissait là de la plus grande preuve d'amour envers notre propre cœur. Et Morgane savait comme il en raffolait, de cette tendresse qu'on s'octroie parfois.
Noël avait filé dans les plis de la nuit. Des vestiges de papier cadeau jonchaient les tapis rouge rubis. Sur son propre lit, une grosse écharpe offerte par une amie, de la même teinte, s'était étalée, et y avait élu domicile depuis lors, lorsque la cadette Brennen avait considéré sa fatigue comme trop conséquente pour pouvoir faire un mouvement de plus afin de ranger le vêtement. Il passerait le reste du temps de sommeil mêlé aux couvertures.
Adélaïde sourit en songeant à la bonté de ses camarades.
Mais le véritable cadeau était loin d'être celui-ci. Non. Celui-là n'avait presque aucun intérêt, aucune existence valide, aucune raison de traîner au milieu de ses autres biens, comparés à ce qu'elle tenait dans sa main, et qu'elle faisait rouler entre son index et son pouce. Lui, avait du sens. Lui, était porteur de signification. Sa présence était quasiment évidente, et la jeune fille se demanda pourquoi elle n'en avait jamais rêvé avant.
Le petit globe transparent, à l'intérieur duquel scintillait une lueur violette, renvoya son propre éclat dans l'espace, qui se mélangea à la mixture céleste couleur océan, pour former le plus beau dégradé froid qui soit.
Son doigt glissa tout autour du petit objet de verre, jusqu'à trouver la petite entaille qui constituait sa partie préférée. Gravées finement, avec une délicatesse qui était bien de celles de celui qui en était à l'origine ; deux lettres. G.K.
Et la seule existence de ce futile détail pour tout autre œil que le sien, faisait la préciosité du cadeau de Noël désormais relique, qu'elle remit dans la poche de son pyjama. Observant une dernière fois l'éclat de la Lune qui surplombait sa tête, elle soupira, puis quitta son coin favori en silence pour retourner se coucher.
Ce soir-là, elle regretta et la tendresse, et la passion, et l'intelligence du plus grand homme que cette Terre ait jamais porté. Ce soir-là, elle s'endormit en essayant de retrouver le timbre de la voix de Gottwick Kummer, qui s'était perdu dans son esprit, après cinq longues années sans n'être plus jamais à ses côtés.
584
25 décembre 2029
Sur la pointe des pieds, Adélaïde quitta son matelas pour rejoindre une des fenêtres qui filtrait la bleue lumière d'une nuit russe.
Elle posa ses coudes sur le renfoncement qui la séparait de la vitre en verre, suivi de son menton, qui à son tour vint cogner contre la pierre froide. Ainsi installée, elle laissa alors son regard se perdre dans le ciel infini qui coulait jusqu'à ses yeux, au loin, par-delà les montagnes, là où les sommets sont si hauts qu'ils caressent les étoiles.
Ses colocataires dormaient à poings fermés, la cinquième année en fut soulagée. Si elle appréciait la plupart du temps leur compagnie, elle manquait plus que tout d'instants à elle, et seulement à elle, durant lesquels elle pouvait verser sa peine dans le silence du crépuscule. Personne ne pourrait ainsi survivre sans pause, sans une seconde de répit, dans un calme plus que paisible, durant lequel son esprit fait fleurir de nouvelles roses, pour remplacer celles qui avaient fanées avec le temps, et les fréquentations. On avait beau être le sorcier le plus heureux de l'univers, on ne tiendrait pas une semaine sans ces minutes-là, secrètes, immobiles, presque irréalistes. Les minutes les plus intimes qui soit, car elles n'existent que parce qu'on se les offre à nous-même. Il s'agissait là de la plus grande preuve d'amour envers notre propre cœur. Et Morgane savait comme il en raffolait, de cette tendresse qu'on s'octroie parfois.
Noël avait filé dans les plis de la nuit. Des vestiges de papier cadeau jonchaient les tapis rouge rubis. Sur son propre lit, une grosse écharpe offerte par une amie, de la même teinte, s'était étalée, et y avait élu domicile depuis lors, lorsque la cadette Brennen avait considéré sa fatigue comme trop conséquente pour pouvoir faire un mouvement de plus afin de ranger le vêtement. Il passerait le reste du temps de sommeil mêlé aux couvertures.
Adélaïde sourit en songeant à la bonté de ses camarades.
Mais le véritable cadeau était loin d'être celui-ci. Non. Celui-là n'avait presque aucun intérêt, aucune existence valide, aucune raison de traîner au milieu de ses autres biens, comparés à ce qu'elle tenait dans sa main, et qu'elle faisait rouler entre son index et son pouce. Lui, avait du sens. Lui, était porteur de signification. Sa présence était quasiment évidente, et la jeune fille se demanda pourquoi elle n'en avait jamais rêvé avant.
Le petit globe transparent, à l'intérieur duquel scintillait une lueur violette, renvoya son propre éclat dans l'espace, qui se mélangea à la mixture céleste couleur océan, pour former le plus beau dégradé froid qui soit.
Son doigt glissa tout autour du petit objet de verre, jusqu'à trouver la petite entaille qui constituait sa partie préférée. Gravées finement, avec une délicatesse qui était bien de celles de celui qui en était à l'origine ; deux lettres. G.K.
Et la seule existence de ce futile détail pour tout autre œil que le sien, faisait la préciosité du cadeau de Noël désormais relique, qu'elle remit dans la poche de son pyjama. Observant une dernière fois l'éclat de la Lune qui surplombait sa tête, elle soupira, puis quitta son coin favori en silence pour retourner se coucher.
Ce soir-là, elle regretta et la tendresse, et la passion, et l'intelligence du plus grand homme que cette Terre ait jamais porté. Ce soir-là, elle s'endormit en essayant de retrouver le timbre de la voix de Gottwick Kummer, qui s'était perdu dans son esprit, après cinq longues années sans n'être plus jamais à ses côtés.
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