Les noms que l'on murmure encore
09 AOÛT 2050
APRÈS-MIDI
CIMETIÈRE
APRÈS-MIDI
CIMETIÈRE
Godric’s Hollow a son charme, il n’y a pas à discuter sur ce point-là. Je comprends sans peine pourquoi Pellinore a décidé de s’installer ici. Ce qui m’échappe en revanche, c’est la capacité d’organisation et le sens des priorités de ma chère petite sœur.
« Viens passer quelques jours chez moi pendant les vacances. » C’est la proposition que j’ai reçue au début de l’été et que j’ai crue empreinte d’une promesse de passer enfin un peu de temps avec elle. Il semble que je n’ai toujours pas trouvé de traducteur assez précis pour la comprendre.
Car ma version donnait un truc du genre : « Viens mon grand frère adoré. On va passer du temps ensemble, manger beaucoup et faire des activités amusantes. »
Alors que, visiblement, le texte original signé Pellinore Knott voulait plutôt dire : « Viens mon grand frère adoré, on se croisera dix minutes par-ci par-là car je suis très occupée. Mais tu peux aller te balader au lieu de réchauffer mon appartement inutilement. Ah et n’oublie pas d’arroser mes plantes avant de partir. »
C’est donc avec la sensation d’être un enfant un peu collant qu’on envoie jouer plus loin que je me retrouve à errer dans le village sorcier. En trois jours, j’ai du la voir… une ou deux heures ? A tout casser. En résumé, beaucoup moins que ce à quoi j’avais aspiré. Un peu maussade, je me détourne de la place et des commerces. Je n’ai pas le cœur à aller tester les boissons du café du Rosier, en particulier par ce temps. Ni de découvrir un des autres centres d’intérêt de la ville.
Il faut dire que la chaleur de l’été n’est d’absolument d’aucune aide et me dissuade d’aller m’enfermer quelque part, sous peine de me liquéfier. Alors j’avance, en quête de la moindre parcelle d’ombres qu’un bâtiment ou l’autre peut m’offrir. Petit à petit, mes pas m’éloignent du centre-ville, alors que je longe l’avenue. Je réalise, au bout d’un moment, que j’ai du m’éloigner plus que ce que je n’imaginais car je me retrouve près d’une église, bordée d’un cimetière qui s’étend.
L’Histoire ne m’a jamais passionné mais les événements et les personnages liés à Godric’s Hollow sont suffisamment tristement célèbres pour que je les reconnaisse. Vu l’endroit, je n’ose imaginer les noms connus que l’ont peut trouver sur les sépultures qui se trouvent ici. Quitte à être venu jusque là, je décide de venir voir ça de mes propres yeux.
Le grincement que fait la barrière lorsque je la pousse me procure une désagréable sensation. Il règne dans ces lieux, comme dans n’importe quel autre cimetière, une drôle d’ambiance. Un silence presque irréel, comme si l’endroit était coupé du monde. Lentement, je me remets à avancer, précautionneux de là où je mets les pieds.
471 - @Adélaïde Brennen (n'hésite pas à me dire si tu veux que je change quoi que ce soit)
Cuisinier à Poudlard depuis octobre 2050
#333d7b
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Les noms que l'on murmure encore
Il y avait de ces endroits étranges, aussi vides que remplis, où l'ambiance était aussi calme que bruyante. Aussi stimulants que complètement inintéressant. Des lieux qui, pour beaucoup, n'avaient aucun sens, aucune utilité, et plus encore, aucune raison d'être. Pour d'autres, il s'agissait simplement d'un espace comme un autre, peut être un peu moins digne de leur attention qu'une large place où tout le beau monde s'attire, puisque l'humain était apparemment fait pour vivre en groupe. Groupe auprès duquel Adélaïde n'avait jamais eu l'impression d'appartenir. Encore moins à Godric's Hollow. Des années qu'elle avait passé ici, dans sa demeure, dans les échoppes, au détour des ruelles, et ces dizaines de sourires qu'elle adressait en permanence aux gens qu'elle croisait sur les trottoirs, elle n'en retenait rien. Il ne s'agissait que de gestes mécaniques, dépourvu de sens, de logique. Ils n'existaient que par habitude, lassitude même, plus que par réelle volonté de se confronter au monde. Ainsi, mêlée à la population de la capitale comme personne ne pouvait l'être, la directrice de l'Astronarium avait pourtant l'immense impression de n'être qu'un grain de poussière au milieu des avenues, un gravier, minuscule, sur lequel on marchait, insignifiant.
Cela étant dit, cette condition humainement étouffante ne la dérangeait pas plus que ça. Au contraire, si l'on observait bien, si l'on se penchait sur la question, le cerveau bien branché et les neurones tous connectés, on pouvait même remarquer, comprendre qu'elle le faisait exprès. Qu'elle tendait le bâton pour se faire battre. Oh, c'était bien simple : celui qui n'essayait pas de s'inclure ne souhaitait qu'une seule et unique chose ; la paix. Et cette paix, elle la trouvait dans de nombreux lieux, mais également dans de nombreux détails. C'était dans un coin de son bureau, plongé dans le noir que son esprit respirait le plus, dans la dissolution du sucre dans sa tasse de thé au Café du Rosier, parmi les branchages et les platanes, dans les forêts britanniques, là où, même dans la plus sombre des nuits, même les créatures les plus viles savaient apprécier la véritable quiétude, telle que le silence lui-même l'avait crée : point un mot, une parole, un soupir, un geste. Ni l'effervescence d'une agora, ni l'énergie d'un enfant qui saute dans vos bras. Jamais l'affront d'un sourire trop enjoué à l'idée de vous raconter sa journée lorsque les entrailles de l'univers vous on avalé une énième fois après la vôtre, encore moins un pleur de nourrisson dans un musée où les étoiles ne peuvent raconter leurs histoires que lorsqu'on acceptait de taire notre cœur pour faire parler le leur. Une paix des plus pures, jamais dérangée par un écho sonore. Voilà ce qu'elle aimait. Et voilà pourquoi elle n'avait jamais cherché à être intégrée à la grande et ultime horde toute-puissante de sa ville de résidence.
Aujourd'hui, Adélaïde ne travaillait pas. Du moins, elle le devrait. Mais, la plupart du temps sur les jours de fermeture au public, elle préférait laisser le reste du personnel du musée se charger des tâches importantes. L'administratif était toujours plus attirant les jours d'ouverture. À quoi bon se lever pour aller habiter une infrastructure vide de ceux qui la font vivre ? L'Allemande le savait, l'absence des visiteurs chagrinait les étoiles, et, sous ces jours bien plus sombres, privés de la lumière des touristes, les instruments astronomiques paraissaient mal en point, mornes, vidés de tout intérêt, si bien que la scientifique elle-même éprouvait un certain ennui à les observer, les lundis et mardis. Alors, elle restait chez elle. Oh, elle s'y rendait bien, à l'Astronarium, de temps à autre, afin d'éviter qu'on se plaigne qu'elle ne fiche rien. De toute façon, personne ne pouvait rien dire. Non pas qu'elle menaçait ses collègues, mais ces derniers savaient à quoi s'en tenir. Le gouvernement lui-même les employaient, et l'astronome était presque certaine de pouvoir jouer la lèche-bottes auprès des grands patriarches et des secrétaires d'état pour se sauver la mise. Et cela, n'importe qui arriverait à le deviner aisément.
Évidemment, on exclura les cas où elle ne se présentait pas au musée les jours d'ouverture - bien que plus rare, on se devait de les compter, pour des raisons plus ou moins mystérieuses. Mais encore fallait-il que quelqu'un s'en aperçoive, puisqu'elle passait les trois-quarts du temps enfermée à double tour dans son bureau au sous-sol.
Alors, cet après-midi, elle avait pioché dans la liste de ces coins vidés de vie - c'était le cas de le dire, et en avait choisi un, dans lequel elle irait se recueillir, renouveler la tranquillité de son âme, de son corps, pour se sentir plus apaisée, et surtout, afin d'éviter d'être sur les nerfs et d'asséner un coup de pommeau à l'arrière du crâne du premier qui se trouverait en travers de son chemin. Le cimetière avait semblé être une bonne idée.
La voilà donc, à pousser de sa canne le petit portail grinçant, qui poussait un petit cri aigu semblable à une plainte de vieille femme dans une queue une peu trop longue. Immédiatement entrée dans l'espace qui délimitait le foyer des défunts, une vague de sérénité se répandit le long de son corps. Quelque chose de puissant, comme une bouffée d'air frais dans une canicule interminable, comme le crépuscule qui survient enfin après l'avoir attendu de pied ferme depuis l'aube. Un bienfait qu'on ne pouvait nier, aussi doux qu'une vieille étreinte dont la saveur nous hante encore, aussi tendre qu'un regard qu'on coule à un être cher, précieux, même.
Adélaïde était persuadée que cette place était emplie de monde. D'une énergie quelque peu différente de celle des forums où les sorciers échangeaient de vive voix. Une énergie plus fondée sur le soupir, le murmure, le faible chant qui résonnait contre la pierre des sépultures. Les discussions étaient, elles aussi, plus vivantes avec les morts, plus belles, plus profondes. D'un coup, tout se métamorphosait, tout devenait plus cabalistique, plus mystique, presque incompréhensible. Mais on le sentait. Et la cadette Brennen savait apprécier ce qu'elle ne pouvait saisir. Ce qu'elle ne pouvait comprendre. Car ce qu'on ne comprend pas retient des mystères qui nous intriguent toujours, et la curiosité, l'appétence, est ce qui nous maintient vivant, aussi longtemps que la flamme de notre désir de découvrir brûlera dans notre poitrine.
En ce qui n'est pas résolu, on trouve une paix que nul autre ne pourra jamais reproduire.
Elle déambula lentement à travers les fines allées, la tête baissée, les paupières closes, respirant un air qui apaisait son être tout entier, et qui savait capter les ondes douces que transmettaient les ancêtres. Sans vraiment voir où elle allait, elle s'arrêta au dernier moment avant de véritablement buter contre la poitrine d'un homme qu'elle n'avait pas vu, en entrant. Oh.
Elle détailla les courbes de son corps, de son visage, retint un instant en sa mémoire la vive lueur qui dansait dans ses pupilles, puis, entreprit de rompre le silence qui régnait, immobile.
« Un ancien à retrouver, ou une accalmie ici appréciée ? » Elle murmura, sa voix se mêlant à la fine brise qui chatouilla son cou.
Il n'était pas commun de demander aux gens ce qu'ils faisaient dans un cimetière, mais cela, Adélaïde ne le réalisa qu'après avoir parlé. Peut-être était-elle la seule à chérir ses promenades à travers les pierres tombales. Cela ne la rendait pas moins humaine, puisqu'elle cherchait à communiquer avec l'esprit égaré d'un sorcier de l'ancien temps qui ne parvenait point à véritablement rejoindre l'au-delà. Mais ceci, l'autre ne pouvait pas le savoir, et la simple idée qu'il puisse penser qu'elle prenait du plaisir à mépriser les anciens la fit grimacer. Mais, après tout, elle avait raison : tirer sa révérence à la vie ne faisait pas de nous un robot savant exactement tout ce qu'il devait faire. C'était la fin d'une ère, et le début d'une autre. Seulement, dans celle-ci, il n'y avait plus personne pour nous dire comment faire. Et ces fantômes errants entre les monuments méritaient, eux aussi, la présence sentimentale d'un être qui lui confiera la tendresse de son cœur, ne serait-ce que pour une petite heure.
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Cela étant dit, cette condition humainement étouffante ne la dérangeait pas plus que ça. Au contraire, si l'on observait bien, si l'on se penchait sur la question, le cerveau bien branché et les neurones tous connectés, on pouvait même remarquer, comprendre qu'elle le faisait exprès. Qu'elle tendait le bâton pour se faire battre. Oh, c'était bien simple : celui qui n'essayait pas de s'inclure ne souhaitait qu'une seule et unique chose ; la paix. Et cette paix, elle la trouvait dans de nombreux lieux, mais également dans de nombreux détails. C'était dans un coin de son bureau, plongé dans le noir que son esprit respirait le plus, dans la dissolution du sucre dans sa tasse de thé au Café du Rosier, parmi les branchages et les platanes, dans les forêts britanniques, là où, même dans la plus sombre des nuits, même les créatures les plus viles savaient apprécier la véritable quiétude, telle que le silence lui-même l'avait crée : point un mot, une parole, un soupir, un geste. Ni l'effervescence d'une agora, ni l'énergie d'un enfant qui saute dans vos bras. Jamais l'affront d'un sourire trop enjoué à l'idée de vous raconter sa journée lorsque les entrailles de l'univers vous on avalé une énième fois après la vôtre, encore moins un pleur de nourrisson dans un musée où les étoiles ne peuvent raconter leurs histoires que lorsqu'on acceptait de taire notre cœur pour faire parler le leur. Une paix des plus pures, jamais dérangée par un écho sonore. Voilà ce qu'elle aimait. Et voilà pourquoi elle n'avait jamais cherché à être intégrée à la grande et ultime horde toute-puissante de sa ville de résidence.
Aujourd'hui, Adélaïde ne travaillait pas. Du moins, elle le devrait. Mais, la plupart du temps sur les jours de fermeture au public, elle préférait laisser le reste du personnel du musée se charger des tâches importantes. L'administratif était toujours plus attirant les jours d'ouverture. À quoi bon se lever pour aller habiter une infrastructure vide de ceux qui la font vivre ? L'Allemande le savait, l'absence des visiteurs chagrinait les étoiles, et, sous ces jours bien plus sombres, privés de la lumière des touristes, les instruments astronomiques paraissaient mal en point, mornes, vidés de tout intérêt, si bien que la scientifique elle-même éprouvait un certain ennui à les observer, les lundis et mardis. Alors, elle restait chez elle. Oh, elle s'y rendait bien, à l'Astronarium, de temps à autre, afin d'éviter qu'on se plaigne qu'elle ne fiche rien. De toute façon, personne ne pouvait rien dire. Non pas qu'elle menaçait ses collègues, mais ces derniers savaient à quoi s'en tenir. Le gouvernement lui-même les employaient, et l'astronome était presque certaine de pouvoir jouer la lèche-bottes auprès des grands patriarches et des secrétaires d'état pour se sauver la mise. Et cela, n'importe qui arriverait à le deviner aisément.
Évidemment, on exclura les cas où elle ne se présentait pas au musée les jours d'ouverture - bien que plus rare, on se devait de les compter, pour des raisons plus ou moins mystérieuses. Mais encore fallait-il que quelqu'un s'en aperçoive, puisqu'elle passait les trois-quarts du temps enfermée à double tour dans son bureau au sous-sol.
Alors, cet après-midi, elle avait pioché dans la liste de ces coins vidés de vie - c'était le cas de le dire, et en avait choisi un, dans lequel elle irait se recueillir, renouveler la tranquillité de son âme, de son corps, pour se sentir plus apaisée, et surtout, afin d'éviter d'être sur les nerfs et d'asséner un coup de pommeau à l'arrière du crâne du premier qui se trouverait en travers de son chemin. Le cimetière avait semblé être une bonne idée.
La voilà donc, à pousser de sa canne le petit portail grinçant, qui poussait un petit cri aigu semblable à une plainte de vieille femme dans une queue une peu trop longue. Immédiatement entrée dans l'espace qui délimitait le foyer des défunts, une vague de sérénité se répandit le long de son corps. Quelque chose de puissant, comme une bouffée d'air frais dans une canicule interminable, comme le crépuscule qui survient enfin après l'avoir attendu de pied ferme depuis l'aube. Un bienfait qu'on ne pouvait nier, aussi doux qu'une vieille étreinte dont la saveur nous hante encore, aussi tendre qu'un regard qu'on coule à un être cher, précieux, même.
Adélaïde était persuadée que cette place était emplie de monde. D'une énergie quelque peu différente de celle des forums où les sorciers échangeaient de vive voix. Une énergie plus fondée sur le soupir, le murmure, le faible chant qui résonnait contre la pierre des sépultures. Les discussions étaient, elles aussi, plus vivantes avec les morts, plus belles, plus profondes. D'un coup, tout se métamorphosait, tout devenait plus cabalistique, plus mystique, presque incompréhensible. Mais on le sentait. Et la cadette Brennen savait apprécier ce qu'elle ne pouvait saisir. Ce qu'elle ne pouvait comprendre. Car ce qu'on ne comprend pas retient des mystères qui nous intriguent toujours, et la curiosité, l'appétence, est ce qui nous maintient vivant, aussi longtemps que la flamme de notre désir de découvrir brûlera dans notre poitrine.
En ce qui n'est pas résolu, on trouve une paix que nul autre ne pourra jamais reproduire.
Elle déambula lentement à travers les fines allées, la tête baissée, les paupières closes, respirant un air qui apaisait son être tout entier, et qui savait capter les ondes douces que transmettaient les ancêtres. Sans vraiment voir où elle allait, elle s'arrêta au dernier moment avant de véritablement buter contre la poitrine d'un homme qu'elle n'avait pas vu, en entrant. Oh.
Elle détailla les courbes de son corps, de son visage, retint un instant en sa mémoire la vive lueur qui dansait dans ses pupilles, puis, entreprit de rompre le silence qui régnait, immobile.
« Un ancien à retrouver, ou une accalmie ici appréciée ? » Elle murmura, sa voix se mêlant à la fine brise qui chatouilla son cou.
Il n'était pas commun de demander aux gens ce qu'ils faisaient dans un cimetière, mais cela, Adélaïde ne le réalisa qu'après avoir parlé. Peut-être était-elle la seule à chérir ses promenades à travers les pierres tombales. Cela ne la rendait pas moins humaine, puisqu'elle cherchait à communiquer avec l'esprit égaré d'un sorcier de l'ancien temps qui ne parvenait point à véritablement rejoindre l'au-delà. Mais ceci, l'autre ne pouvait pas le savoir, et la simple idée qu'il puisse penser qu'elle prenait du plaisir à mépriser les anciens la fit grimacer. Mais, après tout, elle avait raison : tirer sa révérence à la vie ne faisait pas de nous un robot savant exactement tout ce qu'il devait faire. C'était la fin d'une ère, et le début d'une autre. Seulement, dans celle-ci, il n'y avait plus personne pour nous dire comment faire. Et ces fantômes errants entre les monuments méritaient, eux aussi, la présence sentimentale d'un être qui lui confiera la tendresse de son cœur, ne serait-ce que pour une petite heure.
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Les noms que l'on murmure encore
Il n’y a personne dans le cimetière lorsque mes pas commencent à en fouler la terre. Et pourtant, l’air me donne l’impression d’être saturé d’une présence invisible. Le silence, si habituel dans ce genre de lieu, a ici quelque chose de différent. Presque de surnaturel. Il me faut un moment avant de véritablement commencer à observer les stèles et les noms qui y sont gravés. Peut-être parce que j’ai la sensation que je ne suis pas vraiment à ma place ici. Ou alors parce que ce silence pesant me met plus mal à l’aise que je ne veux bien l’admettre.
Il est loin du bruit dans lequel j’ai l’habitude, voire le besoin, de me perdre. Plongé dans la cacophonie, je n’ai pas le temps ni l’espace de penser. C’est une distraction appréciable. Ici, je suis mis face à des petites voix au fond de moi que j’ai pris l’habitude de faire taire. Je réalise que je me suis tenu loin du silence pendant longtemps, et ne sais quoi penser de tout ça.
Passées cette sensation de m’être introduit là où je ne devrais pas et cette gêne qui n’a pas lieu d’être, mon regard finit par glisser sur les premiers noms. J’ai d’abord le sentiment de faire preuve d’une indiscrétion tout à fait déplacée alors que l’identité des inconnus enterrés ici m’apparait. Mais au fur et à mesure que j'avance, je persévère et continue de découvrir, bercé par le seul bruit de mes chaussures sur les graviers. Chaque sépulture est unique, revêt des détails qui lui sont propres. Beaucoup semblent ne plus avoir été visitées depuis longtemps. Alors le constat me choque : être ici n’est pas mal. C’est s’en tenir loin qui est triste.
Brutalement, mes pas s’arrêtent. Comme si mon corps l’avait senti avant mon esprit, je manque de percuter de plein fouet une silhouette dans ma vision périphérique. Mon regard glisse alors sur elle, et j’ai beau ne pas l’avoir bousculée, la vue de cette apparition me laisse un instant interdit. Je ne l’ai pas entendue entrer, ni avancer vers moi. Elle pourrait tout aussi bien être un spectre, une présence habituelle entre ces murailles.
Je ne sais pas ce qui me marque le plus : le contraste entre sa peau pâle et la noirceur de la chevelure qui encadre son visage ou la couleur profonde de ses yeux ? La brise chaude qui l’accompagne pourrait me convaincre que cette femme n’est pas réelle. Ce sont ses mots, à peine murmurés, qui me sortent de ma torpeur.
Alors je décide de détacher mon regard pour le baisser et m’écarte un peu. À peine. Histoire de lui laisser de l’espace. Quand mes prunelles glissent à nouveau vers l’inconnue, je trouve la force d’enfin répondre à la question soufflée par le vent.
- À vrai dire, aucune de ces raisons. j’avoue à demi-mot, affichant un demi-sourire en coin.
Un dilemme nait en moi. Celui de choisir l’honnêteté ou la fuite. Si elle est là pour rendre visite à de la famille, pas sûre qu’elle accueille avec bienveillance une visite de curiosité comme la mienne. Car je n’ai ici personne à pleurer, ni accalmie à trouver. Cet aveu est fait à présent. La contourner et partir serait peut-être sage, et éviterait qu’elle pense qu’un vieux mec bizarre comme moi se balade entre les tombes. Mais c’est la première option que je choisis.
- Plutôt, la… curiosité. je dis, incertain du bienfondé des mots choisis.
L’idée de paraître déplacé m’embête et je me sens aussitôt obliger de poursuivre, toujours à de mi-voix. Comme si l’idée de parler trop fort risquait d’incommoder les habitants des lieux.
- Et vous ? je demande, avant de me rattraper tout de suite après : Je veux dire… Si vous êtes là pour avoir la paix ou vous recueillir, je peux m’en aller.
Tout me semble tout à coup très concret autour de moi. La chaleur ambiante, l’odeur de la mousse asséchée qui grimpe sur certaines pierres, le vent trop léger pour être réellement appréciable, le battement de mon cœur qui retentit jusque dans mes tempes. Je dois agiter lentement les doigts pour m'assurer que je ne me suis pas pétrifié sur place.
Il est loin du bruit dans lequel j’ai l’habitude, voire le besoin, de me perdre. Plongé dans la cacophonie, je n’ai pas le temps ni l’espace de penser. C’est une distraction appréciable. Ici, je suis mis face à des petites voix au fond de moi que j’ai pris l’habitude de faire taire. Je réalise que je me suis tenu loin du silence pendant longtemps, et ne sais quoi penser de tout ça.
Passées cette sensation de m’être introduit là où je ne devrais pas et cette gêne qui n’a pas lieu d’être, mon regard finit par glisser sur les premiers noms. J’ai d’abord le sentiment de faire preuve d’une indiscrétion tout à fait déplacée alors que l’identité des inconnus enterrés ici m’apparait. Mais au fur et à mesure que j'avance, je persévère et continue de découvrir, bercé par le seul bruit de mes chaussures sur les graviers. Chaque sépulture est unique, revêt des détails qui lui sont propres. Beaucoup semblent ne plus avoir été visitées depuis longtemps. Alors le constat me choque : être ici n’est pas mal. C’est s’en tenir loin qui est triste.
Brutalement, mes pas s’arrêtent. Comme si mon corps l’avait senti avant mon esprit, je manque de percuter de plein fouet une silhouette dans ma vision périphérique. Mon regard glisse alors sur elle, et j’ai beau ne pas l’avoir bousculée, la vue de cette apparition me laisse un instant interdit. Je ne l’ai pas entendue entrer, ni avancer vers moi. Elle pourrait tout aussi bien être un spectre, une présence habituelle entre ces murailles.
Je ne sais pas ce qui me marque le plus : le contraste entre sa peau pâle et la noirceur de la chevelure qui encadre son visage ou la couleur profonde de ses yeux ? La brise chaude qui l’accompagne pourrait me convaincre que cette femme n’est pas réelle. Ce sont ses mots, à peine murmurés, qui me sortent de ma torpeur.
Alors je décide de détacher mon regard pour le baisser et m’écarte un peu. À peine. Histoire de lui laisser de l’espace. Quand mes prunelles glissent à nouveau vers l’inconnue, je trouve la force d’enfin répondre à la question soufflée par le vent.
- À vrai dire, aucune de ces raisons. j’avoue à demi-mot, affichant un demi-sourire en coin.
Un dilemme nait en moi. Celui de choisir l’honnêteté ou la fuite. Si elle est là pour rendre visite à de la famille, pas sûre qu’elle accueille avec bienveillance une visite de curiosité comme la mienne. Car je n’ai ici personne à pleurer, ni accalmie à trouver. Cet aveu est fait à présent. La contourner et partir serait peut-être sage, et éviterait qu’elle pense qu’un vieux mec bizarre comme moi se balade entre les tombes. Mais c’est la première option que je choisis.
- Plutôt, la… curiosité. je dis, incertain du bienfondé des mots choisis.
L’idée de paraître déplacé m’embête et je me sens aussitôt obliger de poursuivre, toujours à de mi-voix. Comme si l’idée de parler trop fort risquait d’incommoder les habitants des lieux.
- Et vous ? je demande, avant de me rattraper tout de suite après : Je veux dire… Si vous êtes là pour avoir la paix ou vous recueillir, je peux m’en aller.
Tout me semble tout à coup très concret autour de moi. La chaleur ambiante, l’odeur de la mousse asséchée qui grimpe sur certaines pierres, le vent trop léger pour être réellement appréciable, le battement de mon cœur qui retentit jusque dans mes tempes. Je dois agiter lentement les doigts pour m'assurer que je ne me suis pas pétrifié sur place.
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