Un jeu idiot
La pénombre empêche Christopher de lire le visage d'Alice. Il a beau plisser les yeux et se concentrer sur elle, il ne parvient à voir qu'un amas de chair recouvert d'une voile d'obscurité à quelques mètres de là. Il pourrait allumer la lumière. Tout à l'heure, il le fera. Pour l'instant, il préfère profiter de la voix de la sorcière qui s'élève dans le bureau... Et qui dévoile enfin les traits que son visage doivent revêtir. Christopher aime croire que dans sa voix et dans ses mots se cachent toute la colère que son comportement lui inspire. Il sourit mais, conscient qu'elle ne peut de toute manière rien voir, son sourire ne se teinte pas de cette pointe d'insolente qui le caractérise souvent. C'est un sourire simple, qui adoucit ses traits.
La tête de Christopher retombe contre le battant de la porte, ses yeux fouillent le plafond qui se cache dans la nuit. Évidemment que ses paroles font mouche, mais elles ne le vexent pas. Il a passé l'intégralité de sa vie à se féliciter tout seul de ses talents puisque personne ne l'a jamais fait à sa place. Ce n'était pas ses parents ou son frère qui allaient le faire. Quand elle a été plus grande, Annabelle l'a fait, elle ; mais ce n'était qu'une enfant. Alors Christopher a appris à être fier de ce qu'il était et faisait, tout seul. Alice Sangblanc n'a pas la moindre idée de ses talents, tout comme lui-même n'a pas la moindre idée des siens — ce ne sont que des mots creux dans leurs bouches à tous les deux, des mots qui n'ont pas le moindre sens, même s'ils parviennent à piquer. Ce sont là leur seul objectif, d'ailleurs.
Le voix d'Alice retentit de nouveau. Christopher redresse la tête. Ouvrir la porte ? Se sent-elle en danger ? Il n'espère pas ; il n'a pas envie de gérer sa panique ou, pire, sa colère si elle commence à s'en prendre à lui pour quitter la pièce. Dans la pénombre, il lève les yeux au ciel. Alice a le truc pour être agaçante. Si talent elle a, c'est certainement celui-ci. Ma chanson. Ouvrez la porte. Je n'ai pas mérité de me retrouver en tête à tête avec vous. Des sons, que des sons insupportables. Des exigences et des ordres, voilà tout ce qu'elle est capable de dire ou de faire face à lui. Pour la peine, parce que ce n'est qu'une petite bourgeoise imbue d'elle-même et agaçante, Christopher fait perdurer la pénombre un peu plus longtemps et il s'éloigne même d'un pas de la porte pour bien montrer qu'il n'a aucune intention de l'ouvrir.
« Vous persistez à considérer que tout vous appartient, réplique-t-il, c'est un effet secondaire de votre "haute" naissance et cela vous rend insupportable. Vous prenez bien soin de camoufler ça quand vous vous adressez à mon équipe. »
Christopher pousse un soupir bruyant. Puisqu'elle ne peut pas voir son visage, ou mal, autant qu'elle entende qu'elle lui inspire de l'ennui. Il fait un mouvement du bras et sa baguette se retrouve dans ses mains. D'un geste vers la petite commode près de la fenêtre, il ordonne à la lampe qui se trouve là de s'allumer. Il ne l'utilise jamais car elle n'éclaire pas beaucoup, elle ne sert que de lumière d'ambiance. La pièce s'habille d'un voile jaunâtre de lumière ; l'abat-jour bariolés envoie sur les murs des rayons d'ombre qui plongent le bureau dans une drôle d'ambiance.
Les yeux de Christopher se tournent aussitôt vers l'insupportable Alice. Avant que la lumière ne s'allume, il a eu le temps d'installer sur ses lèvres son éternel sourire en coin. Il vérifie rapidement que les vinyles qu'il lui a confiés ne risquent pas de glisser de leur emballage. Comme il s'y attendait, bien qu'il n'aime pas penser qu'elle est habituée à de tels objets, ce n'est pas le cas, elle les tient comme il faut.
« Tout un tas de personne rêverait de se retrouver en tête à tête avec moi, dit Christopher sur un ton insolent, et croyez-moi : je préférerais être avec elles plutôt qu'avec vous. »
Mais en attendant il est ici, il doit s'occuper d'elle, faire en sorte qu'elle ne retourne pas dans la salle puisqu'un problème s'y trouve et qu'il compte bien faire ce que Thomas lui a demandé. Et si ça peut agacer la Sangblanc au passage... Au moins aura-t-il le plaisir de la voir s'énerver.
Christopher s'avance de quelques pas dans la pièce et passe près d'Alice. Il tend le bras pour la forcer à libérer le passage, même s'il y a en fait suffisamment de place dans le bureau pour qu'il la contourne sans la frôler.
« Bougez, » lui ordonne-t-il.
Il la dépasse pour se planter devant le meuble à vinyle qui est une grande bibliothèque sur les étagères de laquelle s'entassent des centaines de cartons contenant les disques. Une collection que Christopher a mis des années à acquérir. La totalité lui appartient à lui, pas au Pitiponk. Les vinyles déjà présents au pub lorsque lui-même a commencé à y travailler lorsqu'il était étudiant se trouvent dans l'armoire et Christopher n'y pioche que rarement. Le bras levé, il fait glisser la pulpe de son doigt sur les cartons, les sourcils froncés pour mieux y voir malgré la pénombre qui règne encore. Où est passé ce fichu album ?
La tête de Christopher retombe contre le battant de la porte, ses yeux fouillent le plafond qui se cache dans la nuit. Évidemment que ses paroles font mouche, mais elles ne le vexent pas. Il a passé l'intégralité de sa vie à se féliciter tout seul de ses talents puisque personne ne l'a jamais fait à sa place. Ce n'était pas ses parents ou son frère qui allaient le faire. Quand elle a été plus grande, Annabelle l'a fait, elle ; mais ce n'était qu'une enfant. Alors Christopher a appris à être fier de ce qu'il était et faisait, tout seul. Alice Sangblanc n'a pas la moindre idée de ses talents, tout comme lui-même n'a pas la moindre idée des siens — ce ne sont que des mots creux dans leurs bouches à tous les deux, des mots qui n'ont pas le moindre sens, même s'ils parviennent à piquer. Ce sont là leur seul objectif, d'ailleurs.
Le voix d'Alice retentit de nouveau. Christopher redresse la tête. Ouvrir la porte ? Se sent-elle en danger ? Il n'espère pas ; il n'a pas envie de gérer sa panique ou, pire, sa colère si elle commence à s'en prendre à lui pour quitter la pièce. Dans la pénombre, il lève les yeux au ciel. Alice a le truc pour être agaçante. Si talent elle a, c'est certainement celui-ci. Ma chanson. Ouvrez la porte. Je n'ai pas mérité de me retrouver en tête à tête avec vous. Des sons, que des sons insupportables. Des exigences et des ordres, voilà tout ce qu'elle est capable de dire ou de faire face à lui. Pour la peine, parce que ce n'est qu'une petite bourgeoise imbue d'elle-même et agaçante, Christopher fait perdurer la pénombre un peu plus longtemps et il s'éloigne même d'un pas de la porte pour bien montrer qu'il n'a aucune intention de l'ouvrir.
« Vous persistez à considérer que tout vous appartient, réplique-t-il, c'est un effet secondaire de votre "haute" naissance et cela vous rend insupportable. Vous prenez bien soin de camoufler ça quand vous vous adressez à mon équipe. »
Christopher pousse un soupir bruyant. Puisqu'elle ne peut pas voir son visage, ou mal, autant qu'elle entende qu'elle lui inspire de l'ennui. Il fait un mouvement du bras et sa baguette se retrouve dans ses mains. D'un geste vers la petite commode près de la fenêtre, il ordonne à la lampe qui se trouve là de s'allumer. Il ne l'utilise jamais car elle n'éclaire pas beaucoup, elle ne sert que de lumière d'ambiance. La pièce s'habille d'un voile jaunâtre de lumière ; l'abat-jour bariolés envoie sur les murs des rayons d'ombre qui plongent le bureau dans une drôle d'ambiance.
Les yeux de Christopher se tournent aussitôt vers l'insupportable Alice. Avant que la lumière ne s'allume, il a eu le temps d'installer sur ses lèvres son éternel sourire en coin. Il vérifie rapidement que les vinyles qu'il lui a confiés ne risquent pas de glisser de leur emballage. Comme il s'y attendait, bien qu'il n'aime pas penser qu'elle est habituée à de tels objets, ce n'est pas le cas, elle les tient comme il faut.
« Tout un tas de personne rêverait de se retrouver en tête à tête avec moi, dit Christopher sur un ton insolent, et croyez-moi : je préférerais être avec elles plutôt qu'avec vous. »
Mais en attendant il est ici, il doit s'occuper d'elle, faire en sorte qu'elle ne retourne pas dans la salle puisqu'un problème s'y trouve et qu'il compte bien faire ce que Thomas lui a demandé. Et si ça peut agacer la Sangblanc au passage... Au moins aura-t-il le plaisir de la voir s'énerver.
Christopher s'avance de quelques pas dans la pièce et passe près d'Alice. Il tend le bras pour la forcer à libérer le passage, même s'il y a en fait suffisamment de place dans le bureau pour qu'il la contourne sans la frôler.
« Bougez, » lui ordonne-t-il.
Il la dépasse pour se planter devant le meuble à vinyle qui est une grande bibliothèque sur les étagères de laquelle s'entassent des centaines de cartons contenant les disques. Une collection que Christopher a mis des années à acquérir. La totalité lui appartient à lui, pas au Pitiponk. Les vinyles déjà présents au pub lorsque lui-même a commencé à y travailler lorsqu'il était étudiant se trouvent dans l'armoire et Christopher n'y pioche que rarement. Le bras levé, il fait glisser la pulpe de son doigt sur les cartons, les sourcils froncés pour mieux y voir malgré la pénombre qui règne encore. Où est passé ce fichu album ?
Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
Un jeu idiot
Alice ne parvenait pas à comprendre pourquoi elle était ici. En d’autres circonstances, elle n’aurait eu aucune peine à décrypter les différents événements nécessaires à la découverte de la vérité. Hélas, toutes ses pensées flottaient dans son cerveau comme des bulles de savon, et éclataient lorsqu’elle essayait de s’en saisir. Étonnement, elle n’en éprouvait aucune frustration. C’était un fait, voila tout, et Alice l’acceptait.. tout en sachant que ce n’était pas normal. Mais une pensée demeurait, une bulle cristallisée qui rebondissait sur les autres avec légèreté : allons, ce n’est pas grave, rien n’est grave ce soir, profite donc de cette douce chaleur, tout va bien, tout va bien, tout-va-bien.
C’était un mensonge très convainquant, si bien qu’Alice s’était laissée aller a le croire pendant une grande partie de la soirée.
Mais dans ce bureau plongé dans l’obscurité, avec ce misérable personnage ? Difficile d’y croire, cette fois.
Elle n’aimait pas ne pas discerner son visage, car elle était tentée d’y imaginer des traits qui n’étaient pas les siens. Elle n’aimait pas que retentisse sa voix sans qu’elle ne voit ses lèvres s’articuler. Elle n’aimait pas ne pas voir ses mains. Elle n’aimait pas savoir que Thomas n’était pas là. Elle n’aimait pas vouloir qu’il soit ici.
Elle leva le menton pour accueillir les mots de Christopher, son regard se durcissant. Sous-entendait-il qu’Alice avait simulée devant ses collègues ? Sa langue claqua contre son palais. Elle avait été sincère avec la jolie Sasha et monsieur Savage. Elle l’avait été également avec le garçon de tout à l’heure. Bon, Alice admettait qu’elle l’avait moins été avec madame Savage, sans parler de sa performance face à l’autre petite créature chétive qui avait osé lui refuser une malheureuse sucrerie. Alors quoi ? Était-il jaloux ? Agacé de ne point être flatté de la même manière ? Il ne méritait aucun mot délicat, aucun compliment : il ne lui en inspirait aucun.
Soudain, la lumière apparu, pâle et jaunâtre, donnant sans nul doute à ses cheveux et à sa peau une teinte maladive. D’un coup d’oeil sur son bras… oui, c’était bien le cas. Oh, et alors ? Christopher n’était pas mieux loti qu’elle !
Qui souriait avec insolence. Encore. Toujours. Elle soupira en roulant des yeux, et regretta aussitôt : ses globes oculaires semblaient baigner dans un océan tempétueux. Ou une marmelade. Difficile à dire. Elle inspira longuement en refermant ses yeux. Le bureau continuait à bouger autour d’elle, aussi ouvrit-elle à nouveau les paupières. Dans quel état s’était-elle mise…
Et l’autre, là ! Avec ces vilains mots ! Mais qu’il y aille, avec ces délurés ! Qu’il y aille ! Qu’il la laisse ici, avec ses vinyles ! Alice ne le retenait pas, bien au contraire. Et puis, si il ne voulait pas être ici, avec elle… pourquoi l’était-il ? Pourquoi avait-il chassé le jeune homme ? Pourquoi avait-il refusé de rester plus longtemps avec sa charmante équipe ? Les bulles de pensées explosaient dans sa tête sous l’impulsion de l’autre, plus agréable, plus douce, plus forte.
Allons, ce n’est pas grave, rien n’est grave ce soir, profite donc de cette douce chaleur, tout va bien, tout va bien, tout-va-bien.
« Eh bien, allez y », répondit-elle maladroitement, toute sa concentration placée dans le contrôle des mouvements de Christopher.
Il avançait vers elle. Et Alice n’aimait pas cela. Son corps se rapprochait du sien, son profil éclairé par la lumière, ses traits creusés par les lueurs se dessinait a mesure qu’il avançait. Elle déglutit, mais ne bougeait pas. Ou bien.. si, son talon se recula instinctivement en arrière pour marquer son appui, comme Thomas lui avait apprit. La souplesse dans les jambes pour bondir et s’éloigner. La force dans le haut du corps pour esquiver et contre-attaquer. Le regard ? Fixe… enfin, en temps normal, il doit être fixe.
Christopher leva un bras en s’approchant d’elle, et Alice recula aussitôt sur son talon placé, son buste basculant en arrière dans un regard outré. Son corps s’alourdissait, tombait dangereusement en arrière. L’autre jambe s’étira avec maladresse pour rattraper Alice mais le mal était fait : Christopher avait manqué de la faire tomber. Les vinyles précieusement gardés contre sa poitrine, Alice poignardait l’homme d’un regard assassin.
Cela ne dura qu’une poignée de seconde. Ses lèvres s’entrouvrirent, béate devant l’étagère aux mille et un trésor. Un soupir ébahis lui échappa. Circée. Alice était figée, comme elle l’avait été tant de fois devant les peintures de Fransico de Goya, ou à l’écoute d’un des nombreux concertos auxquelles elle avait assisté.
Elle s’approcha d’un pas alourdi par l’alcool, puis un autre plus pressé. Son épaule cogna celle de Christopher mais peu importait. Elle voulait sentir l’odeur de la vieille pochette de vinyle, les mirer jusqu’à se brûler les rétines.
Un sourire mit un terme à cette mine ébahie. Un sourire heureux, peut-être enfantin. Qu’importait. Qu’importait également la présence de Christopher à ses côtés. A cet instant précis, il n’existait plus à ses yeux.
Il n’y avait qu’eux et elle. Voilà le tête à tête qu’elle méritait.
Mezmerize et Toxicity lovés contre elle, Alice exaltait d’une joie sincère. Un rire nerveux lui échappa, elle le retint à peine entre ses lèvres qu’elle fit rouler l’une contre l’autre. Alice n’avait jamais vu une telle collection. Jamais.
Avait-elle seulement vu quelque chose de plus beau un jour ? De plus réconfortant que cela ?
Oh, non. Jamais.
Son regard glissa sur les doigts de Christopher et suivit son parcours sur ces cartons qu’elle désirait caresser, elle aussi, comme on meurt d’envie d’effleurer une oeuvre pour en sentir chaque coup de pinceau. Elle enviait ce doigt insolent. Elle enviait ce bras tatoué. Elle enviait cet homme qui semblait connaître l’intégralité du contenu de cette étagère.
Du bout des bras, Alice lui tendit les précieux vinyles. Elle craignait qu’une maladresse ne les fasse tomber. Aussi voulait-elle s’en débarrasser au plus vite, les laisser regagner leur place.
Alice ne le regardait pas, ne voulant pas détacher son regard exalté de cette étagère.
C’était un mensonge très convainquant, si bien qu’Alice s’était laissée aller a le croire pendant une grande partie de la soirée.
Mais dans ce bureau plongé dans l’obscurité, avec ce misérable personnage ? Difficile d’y croire, cette fois.
Elle n’aimait pas ne pas discerner son visage, car elle était tentée d’y imaginer des traits qui n’étaient pas les siens. Elle n’aimait pas que retentisse sa voix sans qu’elle ne voit ses lèvres s’articuler. Elle n’aimait pas ne pas voir ses mains. Elle n’aimait pas savoir que Thomas n’était pas là. Elle n’aimait pas vouloir qu’il soit ici.
Elle leva le menton pour accueillir les mots de Christopher, son regard se durcissant. Sous-entendait-il qu’Alice avait simulée devant ses collègues ? Sa langue claqua contre son palais. Elle avait été sincère avec la jolie Sasha et monsieur Savage. Elle l’avait été également avec le garçon de tout à l’heure. Bon, Alice admettait qu’elle l’avait moins été avec madame Savage, sans parler de sa performance face à l’autre petite créature chétive qui avait osé lui refuser une malheureuse sucrerie. Alors quoi ? Était-il jaloux ? Agacé de ne point être flatté de la même manière ? Il ne méritait aucun mot délicat, aucun compliment : il ne lui en inspirait aucun.
Soudain, la lumière apparu, pâle et jaunâtre, donnant sans nul doute à ses cheveux et à sa peau une teinte maladive. D’un coup d’oeil sur son bras… oui, c’était bien le cas. Oh, et alors ? Christopher n’était pas mieux loti qu’elle !
Qui souriait avec insolence. Encore. Toujours. Elle soupira en roulant des yeux, et regretta aussitôt : ses globes oculaires semblaient baigner dans un océan tempétueux. Ou une marmelade. Difficile à dire. Elle inspira longuement en refermant ses yeux. Le bureau continuait à bouger autour d’elle, aussi ouvrit-elle à nouveau les paupières. Dans quel état s’était-elle mise…
Et l’autre, là ! Avec ces vilains mots ! Mais qu’il y aille, avec ces délurés ! Qu’il y aille ! Qu’il la laisse ici, avec ses vinyles ! Alice ne le retenait pas, bien au contraire. Et puis, si il ne voulait pas être ici, avec elle… pourquoi l’était-il ? Pourquoi avait-il chassé le jeune homme ? Pourquoi avait-il refusé de rester plus longtemps avec sa charmante équipe ? Les bulles de pensées explosaient dans sa tête sous l’impulsion de l’autre, plus agréable, plus douce, plus forte.
Allons, ce n’est pas grave, rien n’est grave ce soir, profite donc de cette douce chaleur, tout va bien, tout va bien, tout-va-bien.
« Eh bien, allez y », répondit-elle maladroitement, toute sa concentration placée dans le contrôle des mouvements de Christopher.
Il avançait vers elle. Et Alice n’aimait pas cela. Son corps se rapprochait du sien, son profil éclairé par la lumière, ses traits creusés par les lueurs se dessinait a mesure qu’il avançait. Elle déglutit, mais ne bougeait pas. Ou bien.. si, son talon se recula instinctivement en arrière pour marquer son appui, comme Thomas lui avait apprit. La souplesse dans les jambes pour bondir et s’éloigner. La force dans le haut du corps pour esquiver et contre-attaquer. Le regard ? Fixe… enfin, en temps normal, il doit être fixe.
Christopher leva un bras en s’approchant d’elle, et Alice recula aussitôt sur son talon placé, son buste basculant en arrière dans un regard outré. Son corps s’alourdissait, tombait dangereusement en arrière. L’autre jambe s’étira avec maladresse pour rattraper Alice mais le mal était fait : Christopher avait manqué de la faire tomber. Les vinyles précieusement gardés contre sa poitrine, Alice poignardait l’homme d’un regard assassin.
Cela ne dura qu’une poignée de seconde. Ses lèvres s’entrouvrirent, béate devant l’étagère aux mille et un trésor. Un soupir ébahis lui échappa. Circée. Alice était figée, comme elle l’avait été tant de fois devant les peintures de Fransico de Goya, ou à l’écoute d’un des nombreux concertos auxquelles elle avait assisté.
Elle s’approcha d’un pas alourdi par l’alcool, puis un autre plus pressé. Son épaule cogna celle de Christopher mais peu importait. Elle voulait sentir l’odeur de la vieille pochette de vinyle, les mirer jusqu’à se brûler les rétines.
Un sourire mit un terme à cette mine ébahie. Un sourire heureux, peut-être enfantin. Qu’importait. Qu’importait également la présence de Christopher à ses côtés. A cet instant précis, il n’existait plus à ses yeux.
Il n’y avait qu’eux et elle. Voilà le tête à tête qu’elle méritait.
Mezmerize et Toxicity lovés contre elle, Alice exaltait d’une joie sincère. Un rire nerveux lui échappa, elle le retint à peine entre ses lèvres qu’elle fit rouler l’une contre l’autre. Alice n’avait jamais vu une telle collection. Jamais.
Avait-elle seulement vu quelque chose de plus beau un jour ? De plus réconfortant que cela ?
Oh, non. Jamais.
Son regard glissa sur les doigts de Christopher et suivit son parcours sur ces cartons qu’elle désirait caresser, elle aussi, comme on meurt d’envie d’effleurer une oeuvre pour en sentir chaque coup de pinceau. Elle enviait ce doigt insolent. Elle enviait ce bras tatoué. Elle enviait cet homme qui semblait connaître l’intégralité du contenu de cette étagère.
Du bout des bras, Alice lui tendit les précieux vinyles. Elle craignait qu’une maladresse ne les fasse tomber. Aussi voulait-elle s’en débarrasser au plus vite, les laisser regagner leur place.
Alice ne le regardait pas, ne voulant pas détacher son regard exalté de cette étagère.
Avatar dessiné par ma merveilleuse Élicia Caldin
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Un jeu idiot
Le rebord des pochettes de vinyle glissent sous son doigt. Christopher doit poser sa seconde main sur l'une des étagères pour se retenir ; il sent son corps tomber vers l'avant, à moins que ce ne soit vers l'arrière ? Il reconnait bien là l'effet de l'alcool. C'est diffus, discret, mais c'est bien là, comme une couverture confortable contre laquelle se lover. Il a envie de relâcher ses efforts comme il le ferait s'il était avec Thomas, Peter ou encore en soirée avec Lloyd et Jude. Juste se laisser aller sans réfléchir, sans se retenir. Mais il ne peut pas, car la compagnie n'est pas la bonne. Il doit garder le contrôle sur ses pensées. Alors il se retient à l'étagère, il plisse les yeux et il reste concentré sur son objectif, à savoir retrouver cet album de System of a Down.
Il entend ses pas lourds derrière lui et il l'imagine allait essayer d'ouvrir la porte. Sauf que les pas se rapprochent au lieu de s'éloigner et que l'instant d'après l'épaule d'Alice cogne contre la sienne quand elle se plante à côté de lui, beaucoup trop proche de ses vinyles. Christopher lâche un grognement agacé, le regard noir. Elle va pas me pousser, quand même ?!. Il a instinctivement envie de se décaler, mais il refuse à son corps de se déplacer d'un centimètre sur la droite pour s'éloigner d'Alice : il ne va pas lui laisser la place, non plus ! Alors il ne bougera pas, un point c'est tout. Il se décale même un peu sur la gauche, poussant un peu cette épaule honnie, pour montrer qu'il ne se décalera pas.
Il ne peut s'empêcher de couler un regard méprisant vers la jeune femme, prêt à la fusiller des yeux quand il croisera son regard. Mais Alice ne le regarde pas, ses yeux semblent vouloir engloutir l'armoire tant ils la regardent avec intensité. Surpris par cette vision, Christopher penche la tête sur le côté. Un sourire complète le tableau de son visage pâle : un sourire tel qu'il n'en a jamais vu sur cette tête-là. Un sourire sincère, ébahit, comme un sourire d'enfant. Le visage d'Alice se transforme totalement, découvre-t-il, quand elle ne regarde pas avec mépris, ne dresse pas le menton d'un air hautain ou ne sourit pas avec une politesse toute mensongère. Elle n'a plus l'air d'être qui elle est, en fait. Elle n'a plus l'air de cette bourgeoise prétentieuse et capricieuse qui lui tape sur les nerfs depuis Tinworth.
Parce qu'il l'observait avec l'attention d'un homme surpris, Christopher ne manque rien du rire étrange qui lui échappe et de sa vaine tentative pour le contenir. Il arrondit les yeux et si Alice avait tourné les siens à ce moment-là vers lui, il aurait éclaté d'un rire moqueur. Mais voilà, il a l'étrange et désagréable impression qu'il n'existe absolument plus pour elle. Elle ne se détourne pas un seul instant de la bibliothèque. Comme si elle était fascinée, incapable de s'en détourner, comme si elle appréciait ce qu'elle voyait. Impossible de ne pas se rappeler la discussion qu'ils ont eu à propos de la musique lorsqu'ils étaient à Tinworth. Elle a pourtant affirmé en avoir une certaine connaissance, mais il n'a pas voulu la croire. Parce que ça sortait de nulle part et que ça lui allait si mal. Mais ce regard brillant, cet air sur son visage...
Christopher prend conscience qu'il s'est perdu dans ses pensées en l'observant. Son corps s'est affaissé sans qu'il ne s'en rende compte contre l'étagère ; il est totalement appuyé contre elle. Il se redresse un peu subitement en secouant la tête et en battant des paupières pour remettre ses pensées diluées en place. Ses yeux tombent sur les pochettes d'album tendus par Alice. Un sourcil inquisiteur se dresse sur son front. Elle a subitement décidé de les lui rendre ? Comme cela, sans ne rien dire, sans même le regarder ? Son silence qui se poursuit le rend méfiant, mais il récupère pourtant les vinyles. Et s'il ne les lui arrache pas violemment des mains, c'est seulement parce que ce sont des objets trop précieux pour être traités de cette façon.
« Vous avez jamais vu une bibliothèque à vinyles, ou quoi ? » marmonne-t-il en lui jetant un regard en biais.
C'est une question rhétorique, il n'attend pas de réponse. De toute façon, elle ne le regarde même pas. Alors il plie une jambe, puis une seconde pour se mettre à genoux. Et ce n'est pas facile car en se penchant il se rend compte que la pièce tourne un peu, quand même. Pas suffisamment pour lui faire perdre l'équilibre, mais assez pour qu'un sourire amusé et un peu idiot apparaisse sur ses lèvres.
Maintenant qu'il est à la hauteur de l'endroit où se trouvent normalement les groupes ou artistes dont le nom commence par la lettre S, Christopher fait rapidement défiler les vinyles en les déplaçant avec l'index jusqu'à ce que...
« Pas de Hypnotize. »
C'est la fatale constatation qu'il est forcé de faire en réalisant que ne se trouve pas d'album de System of a Down à l'endroit où aurait dû se trouver le troisième en sa possession. Alors il reste là, les bras ballants devant la bibliothèque, les deux vinyles déplacés par Elisha sur ses genoux, les yeux ronds. Son esprit, lui, réfléchit furieusement. Ou du moins aurait-il réfléchit furieusement s'il en était capable. Mais il ne l'est pas.
Il entend ses pas lourds derrière lui et il l'imagine allait essayer d'ouvrir la porte. Sauf que les pas se rapprochent au lieu de s'éloigner et que l'instant d'après l'épaule d'Alice cogne contre la sienne quand elle se plante à côté de lui, beaucoup trop proche de ses vinyles. Christopher lâche un grognement agacé, le regard noir. Elle va pas me pousser, quand même ?!. Il a instinctivement envie de se décaler, mais il refuse à son corps de se déplacer d'un centimètre sur la droite pour s'éloigner d'Alice : il ne va pas lui laisser la place, non plus ! Alors il ne bougera pas, un point c'est tout. Il se décale même un peu sur la gauche, poussant un peu cette épaule honnie, pour montrer qu'il ne se décalera pas.
Il ne peut s'empêcher de couler un regard méprisant vers la jeune femme, prêt à la fusiller des yeux quand il croisera son regard. Mais Alice ne le regarde pas, ses yeux semblent vouloir engloutir l'armoire tant ils la regardent avec intensité. Surpris par cette vision, Christopher penche la tête sur le côté. Un sourire complète le tableau de son visage pâle : un sourire tel qu'il n'en a jamais vu sur cette tête-là. Un sourire sincère, ébahit, comme un sourire d'enfant. Le visage d'Alice se transforme totalement, découvre-t-il, quand elle ne regarde pas avec mépris, ne dresse pas le menton d'un air hautain ou ne sourit pas avec une politesse toute mensongère. Elle n'a plus l'air d'être qui elle est, en fait. Elle n'a plus l'air de cette bourgeoise prétentieuse et capricieuse qui lui tape sur les nerfs depuis Tinworth.
Parce qu'il l'observait avec l'attention d'un homme surpris, Christopher ne manque rien du rire étrange qui lui échappe et de sa vaine tentative pour le contenir. Il arrondit les yeux et si Alice avait tourné les siens à ce moment-là vers lui, il aurait éclaté d'un rire moqueur. Mais voilà, il a l'étrange et désagréable impression qu'il n'existe absolument plus pour elle. Elle ne se détourne pas un seul instant de la bibliothèque. Comme si elle était fascinée, incapable de s'en détourner, comme si elle appréciait ce qu'elle voyait. Impossible de ne pas se rappeler la discussion qu'ils ont eu à propos de la musique lorsqu'ils étaient à Tinworth. Elle a pourtant affirmé en avoir une certaine connaissance, mais il n'a pas voulu la croire. Parce que ça sortait de nulle part et que ça lui allait si mal. Mais ce regard brillant, cet air sur son visage...
Christopher prend conscience qu'il s'est perdu dans ses pensées en l'observant. Son corps s'est affaissé sans qu'il ne s'en rende compte contre l'étagère ; il est totalement appuyé contre elle. Il se redresse un peu subitement en secouant la tête et en battant des paupières pour remettre ses pensées diluées en place. Ses yeux tombent sur les pochettes d'album tendus par Alice. Un sourcil inquisiteur se dresse sur son front. Elle a subitement décidé de les lui rendre ? Comme cela, sans ne rien dire, sans même le regarder ? Son silence qui se poursuit le rend méfiant, mais il récupère pourtant les vinyles. Et s'il ne les lui arrache pas violemment des mains, c'est seulement parce que ce sont des objets trop précieux pour être traités de cette façon.
« Vous avez jamais vu une bibliothèque à vinyles, ou quoi ? » marmonne-t-il en lui jetant un regard en biais.
C'est une question rhétorique, il n'attend pas de réponse. De toute façon, elle ne le regarde même pas. Alors il plie une jambe, puis une seconde pour se mettre à genoux. Et ce n'est pas facile car en se penchant il se rend compte que la pièce tourne un peu, quand même. Pas suffisamment pour lui faire perdre l'équilibre, mais assez pour qu'un sourire amusé et un peu idiot apparaisse sur ses lèvres.
Maintenant qu'il est à la hauteur de l'endroit où se trouvent normalement les groupes ou artistes dont le nom commence par la lettre S, Christopher fait rapidement défiler les vinyles en les déplaçant avec l'index jusqu'à ce que...
« Pas de Hypnotize. »
C'est la fatale constatation qu'il est forcé de faire en réalisant que ne se trouve pas d'album de System of a Down à l'endroit où aurait dû se trouver le troisième en sa possession. Alors il reste là, les bras ballants devant la bibliothèque, les deux vinyles déplacés par Elisha sur ses genoux, les yeux ronds. Son esprit, lui, réfléchit furieusement. Ou du moins aurait-il réfléchit furieusement s'il en était capable. Mais il ne l'est pas.
Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
Un jeu idiot
Les yeux vif-argent dévalait les rayonnages de l’étagère, obnubilés par chaque détail, par chaque promesse dissimulée dans chaque pochette. Elle était tentée de s’approcher plus près encore pour mieux y voir, et prendre connaissance de chaque artiste. Alice ne se faisait point d’illusion : elle ne devait en connaître que quelques uns, à son plus grand désarroi.
Christopher récupéra enfin les vinyles, sans brusquerie bien sûr. Elle savait à quel point ce qu’ils tenaient entre leurs mains étaient précieux. L’art l’était, dans son intégralité. Mais… cet homme n’avait pas l’air d’être du genre à tomber en pâmoison devant une peinture ou une sculpture. Il y avait fort à parier qu’il les méprisait pour le simple fait d’être apprécier par une caste qu’il avait décidé de haïr.
Alice s’était avancé d’un petit pas, et s’arrêta avant de faire le second en entendant la voix de Christopher. Elle lui jeta un regard en biais. Elle serra les dents, agacée. C’était mesquin et fort vilain. Ne pouvait-il pas se contenter de chercher son vinyle, dans le silence le plus total ? Non, bien sûr, monseigneur Christopher Hangoover aura toujours un mot désagréable à jeter. Il aimait bien trop le propre son de sa voix pour rester muet.
Pour la deuxième fois de la soirée, Christopher se mit à genoux près d’elle. Elle le regarda faire, profitant de sa position pour le toiser… et se perdre un instant dans la contemplation de sa chevelure noir de jais. Ils avaient l’air d’être doux, n’est-ce pas ? Doux et soyeux comme le pelage d’hiver d’un fléreur. Il en prenait grand soin, cela ne faisait pas l’ombre d’un doute. Dans un sourire moqueur, Alice constatait que les appuis de l’homme n’était pas assurée. Oh, pauvre âme… ses genoux étaient-ils devenus trop fragiles avec l’âge ?
Alice papillonna des yeux en réalisant que son buste penchait dangereusement en avant, guidée par une tête bien trop lourdes pour de frêles épaules. Elle se redressa, non sans mal, mais sans nulle doute animée par la volonté puissante de ne point tomber sur Christopher en contrebas. Ses doigts s’approchèrent de l’étagère pour s’y tenir, mais s’en éloignèrent aussitot comme si le bois avait menacé de les mordre. Non, elle n’y toucherait point. Elle ne prendrait pas le risque de voir cet autel s’effondrer sous sa maladresse. Elle préférait encore tomber lourdement sur Christopher et le laisser perforer ses tympans de ses insupportables gémissements aiguës.
Elle expira longuement pour tenter de soulager ses vertiges d’ivresse. Ses appuis n’étaient plus assurés. Il lui semblait osciller tantôt à droite, tantôt à gauche.
« Pas de Hypnotize », répéta t-elle mollement après Christopher. Avec difficulté, son corps léger et lourd à la fois, Alice s’abaissa sur ses genoux. Elle posa ses deux mains devant elle pour s’aider à ne point culbuter en avant… et s’assied a même le sol. Ses longues jambes ramenées contre elle se courbèrent sur la droite, ses genoux ainsi éloignés de l’étagère. Une main derrière elle, une autre sur le côté, Alice laissa sa tete partir en arrière dans un soupir de soulagement. « Je rêvais de m’asseoir depuis des heures », murmura t-elle, sa voix rendue rauque par sa position. Encore un verre, et Alice s’allongerait sur le sol. Fort heureusement, elle ne s’était pas suffisamment enivrée pour se laisser aller à de telles choses. Si elle avait été seule, peut-être l’aurait-elle fait.
Dans cette position, Alice se sentait drôlement bien. Les yeux ouverts sur le plafond baigné d’obscurité, elle ne craignait plus de perdre l’équilibre. Au sol, elle ne pouvait plus tomber, n’est-ce pas ?
Alice étendit finalement sa jambe droit devant elle. D’une oscillation de son pied, elle tapota le talon de Christopher.
« Ma chanson, Christopher. », articulait-elle. Elle souriait en glissant une main sur sa gorge. « Tant que vous êtes à genoux, avez-vous une autre bague à m’offrir ? Celle ci se sent désespérément seule. » Sous ses doigts, la gorge offerte, Alice sentait ses cordes vocales vibrer. Elle adorait cela. C’était comme sentir les touches de son piano frapper les cordes, ou les miaulements de son violon résonner jusque dans les os de sa main. Alice aurait pu continuer ce petit jeu encore longtemps.
Christopher récupéra enfin les vinyles, sans brusquerie bien sûr. Elle savait à quel point ce qu’ils tenaient entre leurs mains étaient précieux. L’art l’était, dans son intégralité. Mais… cet homme n’avait pas l’air d’être du genre à tomber en pâmoison devant une peinture ou une sculpture. Il y avait fort à parier qu’il les méprisait pour le simple fait d’être apprécier par une caste qu’il avait décidé de haïr.
Alice s’était avancé d’un petit pas, et s’arrêta avant de faire le second en entendant la voix de Christopher. Elle lui jeta un regard en biais. Elle serra les dents, agacée. C’était mesquin et fort vilain. Ne pouvait-il pas se contenter de chercher son vinyle, dans le silence le plus total ? Non, bien sûr, monseigneur Christopher Hangoover aura toujours un mot désagréable à jeter. Il aimait bien trop le propre son de sa voix pour rester muet.
Pour la deuxième fois de la soirée, Christopher se mit à genoux près d’elle. Elle le regarda faire, profitant de sa position pour le toiser… et se perdre un instant dans la contemplation de sa chevelure noir de jais. Ils avaient l’air d’être doux, n’est-ce pas ? Doux et soyeux comme le pelage d’hiver d’un fléreur. Il en prenait grand soin, cela ne faisait pas l’ombre d’un doute. Dans un sourire moqueur, Alice constatait que les appuis de l’homme n’était pas assurée. Oh, pauvre âme… ses genoux étaient-ils devenus trop fragiles avec l’âge ?
Alice papillonna des yeux en réalisant que son buste penchait dangereusement en avant, guidée par une tête bien trop lourdes pour de frêles épaules. Elle se redressa, non sans mal, mais sans nulle doute animée par la volonté puissante de ne point tomber sur Christopher en contrebas. Ses doigts s’approchèrent de l’étagère pour s’y tenir, mais s’en éloignèrent aussitot comme si le bois avait menacé de les mordre. Non, elle n’y toucherait point. Elle ne prendrait pas le risque de voir cet autel s’effondrer sous sa maladresse. Elle préférait encore tomber lourdement sur Christopher et le laisser perforer ses tympans de ses insupportables gémissements aiguës.
Elle expira longuement pour tenter de soulager ses vertiges d’ivresse. Ses appuis n’étaient plus assurés. Il lui semblait osciller tantôt à droite, tantôt à gauche.
« Pas de Hypnotize », répéta t-elle mollement après Christopher. Avec difficulté, son corps léger et lourd à la fois, Alice s’abaissa sur ses genoux. Elle posa ses deux mains devant elle pour s’aider à ne point culbuter en avant… et s’assied a même le sol. Ses longues jambes ramenées contre elle se courbèrent sur la droite, ses genoux ainsi éloignés de l’étagère. Une main derrière elle, une autre sur le côté, Alice laissa sa tete partir en arrière dans un soupir de soulagement. « Je rêvais de m’asseoir depuis des heures », murmura t-elle, sa voix rendue rauque par sa position. Encore un verre, et Alice s’allongerait sur le sol. Fort heureusement, elle ne s’était pas suffisamment enivrée pour se laisser aller à de telles choses. Si elle avait été seule, peut-être l’aurait-elle fait.
Dans cette position, Alice se sentait drôlement bien. Les yeux ouverts sur le plafond baigné d’obscurité, elle ne craignait plus de perdre l’équilibre. Au sol, elle ne pouvait plus tomber, n’est-ce pas ?
Alice étendit finalement sa jambe droit devant elle. D’une oscillation de son pied, elle tapota le talon de Christopher.
« Ma chanson, Christopher. », articulait-elle. Elle souriait en glissant une main sur sa gorge. « Tant que vous êtes à genoux, avez-vous une autre bague à m’offrir ? Celle ci se sent désespérément seule. » Sous ses doigts, la gorge offerte, Alice sentait ses cordes vocales vibrer. Elle adorait cela. C’était comme sentir les touches de son piano frapper les cordes, ou les miaulements de son violon résonner jusque dans les os de sa main. Alice aurait pu continuer ce petit jeu encore longtemps.
Avatar dessiné par ma merveilleuse Élicia Caldin
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Un jeu idiot
Pas de Hypnotize.
La voix d'Alice reprend cette triste affirmation. Et elle le fait sur un tel ton que Christopher ne peut qu'arracher son regard rond et ébahi des vinyles qui s'alignent devant lui pour lever la tête vers elle, qui culmine si haut à côté de lui. Il n'a même pas le temps de s'inquiéter de sa colère de petite enfant pourrie gâtée qui n'a pas sa chanson qu'elle commence déjà à se... Baisser ? Christopher observe toute sa descente, toute son installation sur le sol, avec l'air de celui qui n'en croit pas ses yeux. Elle, assise sur le sol de son bureau ? Il s'attendait à moitié à ce qu'elle grimace de dégoût en le voyant poser genoux à terre, pas à ce qu'elle en fasse de même. Elle offre même sa nuque en penchant sa tête en arrière et a un soupir d'aise. Au moment où les yeux de Christopher, toujours aussi ronds d'étonnement, se mettent à glisser sur la peau pâle de sa gorge, il détourne pudiquement la tête vers ses vinyles. S'il avait douté à un moment ou un autre de l'état d'alcoolémie de la jeune femme dont il a la charge, c'est désormais impossible car les preuves sont irréfutables. Absolument tout dans le comportement d'Alice signifie : j'ai bu et je ne contrôle pas la moitié de mes agissements. Ce qui est assez inquiétant selon Christopher, car il la trouve déjà suffisamment incontrôlable lorsqu'elle n'est pas bourrée. Mais il se rassure en se disant que cela lui donnera davantage d'armes contre elle lorsqu'elle sera redevenue sobre. Il est certain qu'elle détestera qu'on lui rappelle qu'elle s'est vautrée au sol comme une roturière, par exemple.
Christopher fait défiler lentement les vinyles de la dernière étagère pour vérifier une seconde fois que l'album qu'il cherche ne se trouve pas juste sous ses yeux. Sa vision est un peu floue et il se sent pencher vers l'avant. Il doit consciemment se souvenir de se tenir droit, sinon il finira le front contre la bibliothèque et les yeux fermés. Après avoir fait défiler la moitié des vinyles de l'étagère, il se rend compte qu'il n'était pas concentré et qu'il n'a même pas regarder les images sur les pochettes. Il pousse un soupir et pousse tout sur la gauche pour recommencer. Il a l'impression que son bras pèse une tonne. L'agréable cape qu'il porte sur les épaules depuis le début de la soirée commence à lui donner chaud. Il se contente de déplacer le tissu pour libérer ses épaules avant de se remettre en quête de Hypnotize.
Christopher pousse un glapissement aiguë lorsqu'il sent quelque chose appuyer contre le haut de ses fesses.
« Eh ! »
Il se tourne aussitôt vers Alice, le regard flamboyant, avant de se contorsionner vers l'arrière pour voir ce qui l'a touché. Un pied, en l'occurrence, habillé d'un joli soulier et qui termine une longue jambe féminine. Christopher fusille la femme en question. Son pied ! Sur ses fesses ! Alice a décidé de lui faire subir son alcoolémie au lieu de rester sagement silencieuse dans son coin. Et en plus elle ose parler une nouvelle fois de cette foutue musique ? Il lève les yeux au ciel, parce qu'il a vraiment envie de lui arracher ce « ma chanson » de la bouche. Plus elle le répète, moins il a envie de retrouver cet album. Mais c'est quand même étrange qu'il ne soit pas rangé à sa place, non ? Il est pourtant persuadé d'avoir Hypnotize ! Il le sait ! Mais où est passée cette fichue pochette ? Se pourrait-il que... Une nouvelle interruption d'Alice l'interrompt dans ses réflexions et ce qu'elle dit le surprend tant que Christopher se retourne subitement vers vers elle.
Son sourire accroche son regard. Genoux, bague, offrir. Christopher jette un coup d'œil à la bague en question qui devrait se trouver à son doigt, mais qui est pourtant coincé autour du sien. Puis il regarde ses genoux. Pourquoi a-t-il eu l'idiotie de se remettre à genoux ? N'aurait-il pas pu rester accroupi ? Ah non, sinon il aurait perdu l'équilibre...
« Vous en avez déjà accepté une, réplique-t-il. Si vous en acceptez une seconde je vais finir par croire que vous voulez vraiment me lier à vous. »
Un petit ricanement lui échappe parce que cette idée est invraisemblable. Et aussi parce que c'est la première fois depuis qu'il s'est mis à genoux devant elle et qu'elle a pris la bague qu'ils peuvent en discuter sans devoir faire semblant pour enfoncer l'autre dans ce misérable et honteux mensonge. Ils sont seuls, plus besoin de faire semblant, personne n'est là pour faire subir à Alice Sangblanc le poids de son regard. Maintenant qu'il n'y a plus de rôle à tenir, toute cette affaire lui semble particulièrement idiote. Christopher secoue la tête en se tournant vers Alice qu'il dévisage dans la semi-pénombre de la pièce.
« Vous ne la portez même pas au bon doigt, comment qui que ce soit à pu croire à ces idioties ? »
Un dernier ricanement s'échappe du nez de Christopher. Puis il se penche de nouveau vers ses vinyles pour en chercher un qui n'y est tout simplement pas. Peut-être le comprendra-t-il après la quatrième vérification.
La voix d'Alice reprend cette triste affirmation. Et elle le fait sur un tel ton que Christopher ne peut qu'arracher son regard rond et ébahi des vinyles qui s'alignent devant lui pour lever la tête vers elle, qui culmine si haut à côté de lui. Il n'a même pas le temps de s'inquiéter de sa colère de petite enfant pourrie gâtée qui n'a pas sa chanson qu'elle commence déjà à se... Baisser ? Christopher observe toute sa descente, toute son installation sur le sol, avec l'air de celui qui n'en croit pas ses yeux. Elle, assise sur le sol de son bureau ? Il s'attendait à moitié à ce qu'elle grimace de dégoût en le voyant poser genoux à terre, pas à ce qu'elle en fasse de même. Elle offre même sa nuque en penchant sa tête en arrière et a un soupir d'aise. Au moment où les yeux de Christopher, toujours aussi ronds d'étonnement, se mettent à glisser sur la peau pâle de sa gorge, il détourne pudiquement la tête vers ses vinyles. S'il avait douté à un moment ou un autre de l'état d'alcoolémie de la jeune femme dont il a la charge, c'est désormais impossible car les preuves sont irréfutables. Absolument tout dans le comportement d'Alice signifie : j'ai bu et je ne contrôle pas la moitié de mes agissements. Ce qui est assez inquiétant selon Christopher, car il la trouve déjà suffisamment incontrôlable lorsqu'elle n'est pas bourrée. Mais il se rassure en se disant que cela lui donnera davantage d'armes contre elle lorsqu'elle sera redevenue sobre. Il est certain qu'elle détestera qu'on lui rappelle qu'elle s'est vautrée au sol comme une roturière, par exemple.
Christopher fait défiler lentement les vinyles de la dernière étagère pour vérifier une seconde fois que l'album qu'il cherche ne se trouve pas juste sous ses yeux. Sa vision est un peu floue et il se sent pencher vers l'avant. Il doit consciemment se souvenir de se tenir droit, sinon il finira le front contre la bibliothèque et les yeux fermés. Après avoir fait défiler la moitié des vinyles de l'étagère, il se rend compte qu'il n'était pas concentré et qu'il n'a même pas regarder les images sur les pochettes. Il pousse un soupir et pousse tout sur la gauche pour recommencer. Il a l'impression que son bras pèse une tonne. L'agréable cape qu'il porte sur les épaules depuis le début de la soirée commence à lui donner chaud. Il se contente de déplacer le tissu pour libérer ses épaules avant de se remettre en quête de Hypnotize.
Christopher pousse un glapissement aiguë lorsqu'il sent quelque chose appuyer contre le haut de ses fesses.
« Eh ! »
Il se tourne aussitôt vers Alice, le regard flamboyant, avant de se contorsionner vers l'arrière pour voir ce qui l'a touché. Un pied, en l'occurrence, habillé d'un joli soulier et qui termine une longue jambe féminine. Christopher fusille la femme en question. Son pied ! Sur ses fesses ! Alice a décidé de lui faire subir son alcoolémie au lieu de rester sagement silencieuse dans son coin. Et en plus elle ose parler une nouvelle fois de cette foutue musique ? Il lève les yeux au ciel, parce qu'il a vraiment envie de lui arracher ce « ma chanson » de la bouche. Plus elle le répète, moins il a envie de retrouver cet album. Mais c'est quand même étrange qu'il ne soit pas rangé à sa place, non ? Il est pourtant persuadé d'avoir Hypnotize ! Il le sait ! Mais où est passée cette fichue pochette ? Se pourrait-il que... Une nouvelle interruption d'Alice l'interrompt dans ses réflexions et ce qu'elle dit le surprend tant que Christopher se retourne subitement vers vers elle.
Son sourire accroche son regard. Genoux, bague, offrir. Christopher jette un coup d'œil à la bague en question qui devrait se trouver à son doigt, mais qui est pourtant coincé autour du sien. Puis il regarde ses genoux. Pourquoi a-t-il eu l'idiotie de se remettre à genoux ? N'aurait-il pas pu rester accroupi ? Ah non, sinon il aurait perdu l'équilibre...
« Vous en avez déjà accepté une, réplique-t-il. Si vous en acceptez une seconde je vais finir par croire que vous voulez vraiment me lier à vous. »
Un petit ricanement lui échappe parce que cette idée est invraisemblable. Et aussi parce que c'est la première fois depuis qu'il s'est mis à genoux devant elle et qu'elle a pris la bague qu'ils peuvent en discuter sans devoir faire semblant pour enfoncer l'autre dans ce misérable et honteux mensonge. Ils sont seuls, plus besoin de faire semblant, personne n'est là pour faire subir à Alice Sangblanc le poids de son regard. Maintenant qu'il n'y a plus de rôle à tenir, toute cette affaire lui semble particulièrement idiote. Christopher secoue la tête en se tournant vers Alice qu'il dévisage dans la semi-pénombre de la pièce.
« Vous ne la portez même pas au bon doigt, comment qui que ce soit à pu croire à ces idioties ? »
Un dernier ricanement s'échappe du nez de Christopher. Puis il se penche de nouveau vers ses vinyles pour en chercher un qui n'y est tout simplement pas. Peut-être le comprendra-t-il après la quatrième vérification.
Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
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Un jeu idiot
Alice accueillit le glapissement de Christopher dans un sourire éhonté. Quelle friponne, tout de même, de s’amuser ainsi. Elle ne le voyait pas, mais parvenait à imaginer tout de même son regard noir planté sur elle, peut-être avec ses lèvres plissées. Cette charmante vision fantasmée ne la fit que sourire encore plus. Peut-être devrait-elle… non, Alice se sentait bien dans cette position. Sa tête etait lourde, menaçait de l’entraîner en arrière pour la forrcer à s’allonger à même le sol. Peut-être devrait-elle ? Il n’y avait qu’à laisser glisser cette main en arrière. La gravité se chargerait du reste. Elle s’allongerait lentement, paisiblement, les bras étendus au dessus de sa tête comme Alice avait pu le faire maintes fois dans l’herbe tendre de la clairière du domaine familial. Circée, ce qu’il pouvait lui manquer parfois. Sa chambre lumineuse, sa salle d’eau au sol de marbre, la vue splendide sur l’ancestrale forêt de Sapaudie… le sourire de Père, la main tremblante de Grand-Père, la caresse des Ancêtres.
La réplique de Christopher tira Alice loin de sa France. Il ricanait, comme satisfait de sa petite pique. Alice ? Alice en sourit. Une bague suffisait largement. Elle sentait son métal contre sa gorge, réchauffé par le contact de sa peau. Ce genre de bague n’était pas le sien. Alice préférait la finesse pour habiller son doigts, comme des entrelacs d’or blanc épurés, ou bien montés d’un petit rubis. Cette bague là ? Elle n’était pas vilaine, mais était trop grossière pour une main si délicate. Quoi que. Alice songea à sa chevalière de cheffe de famille, habillant son annulaire droit, où s’épanouissait la figure d’une tête de loup d’or blanc. Un bien bel ouvrage ostensible qui jurait avec les vœux de sobriété d’Alice.
Ah, et qu’importe, songeait-elle en refermant les yeux. Cela n’avait pas la moindre importance, ce soir. Tout ce qui comptait, c’était cette agréable chaleur qui serpentait en elle.
Les dernière paroles de Christopher la firent sourire, encore. Décidément. Elle lutta pour se redresser un peu, sa tête trop lourde pour se faire droite en une impulsion. Tout était ralenti, du déplacement de sa main sur le sol pour se redresser au roulement de ses épaules pour commander à sa tête de revenir à sa place. Cette dernière retomba sur le côté, un sourire amusée aux lèvres, son regard planté sur Christopher, affairé à chercher le vinyle perdu.
Sa voix roula dans sa gorge quelques secondes avant que ne soit produit quelques mots que ce soit. « Force est de constater que nous sommes de bons menteurs, monsieur Hangoover… et puis, les gens aiment bien trop les scandales pour ne point leur donner de crédit. Ils aiment les voir prendre vie. Cela leur permet d’oublier à quel point leur existence est vide de divertissement… » Sa tête roula sur l’autre épaule. Sur celle ci, Alice avait une meilleure vue sur le manège des doigts de Christopher. Ce qui permit à son regard d’attraper la façade d’un vinyle déplacé. Son cœur sauta dans sa poitrine. Un élan d’énergie la fit basculer en avant. Elle glissa ses jambes sous ses fesses pour pouvoir se pencher vers ce trésor qu’il lui semblait avoir aperçu. « Slipknot ? » demanda t-elle avec une hésitation fébrile. Elle leva les yeux sur Christopher, interdite, optimiste, surexcitée,… elle ne savait plus bien quel sentiment étranglait son cœur à cet instant précis. « Si vous avez System of a Down et Slipknot dans votre collection, peut-être avez vous... d'autres groupes de Sans-Pouvoir...? » Elle serra les lèvres pour essayer de cacher un sourire qu'elle ne voulait point montrer, car elle ne voulait pas le voir disparaître si la réponse que Christopher lui donnait la décevait. Alice n'avait pas envie, pas à présent que l'espoir (puisque c'était bien lui) s'était faufilé jusqu'à son cœur. «... Metallica...? Est-ce que vous auriez... Metallica ? » La question fut posée du bout de ses lèvres qu'elle fit rouler pour mieux les pincer, craignant de voir jaillir la démonstration sincère d'une joie qu'elle ne voulait pas voir disparaître à peine effleurée.
La réplique de Christopher tira Alice loin de sa France. Il ricanait, comme satisfait de sa petite pique. Alice ? Alice en sourit. Une bague suffisait largement. Elle sentait son métal contre sa gorge, réchauffé par le contact de sa peau. Ce genre de bague n’était pas le sien. Alice préférait la finesse pour habiller son doigts, comme des entrelacs d’or blanc épurés, ou bien montés d’un petit rubis. Cette bague là ? Elle n’était pas vilaine, mais était trop grossière pour une main si délicate. Quoi que. Alice songea à sa chevalière de cheffe de famille, habillant son annulaire droit, où s’épanouissait la figure d’une tête de loup d’or blanc. Un bien bel ouvrage ostensible qui jurait avec les vœux de sobriété d’Alice.
Ah, et qu’importe, songeait-elle en refermant les yeux. Cela n’avait pas la moindre importance, ce soir. Tout ce qui comptait, c’était cette agréable chaleur qui serpentait en elle.
Les dernière paroles de Christopher la firent sourire, encore. Décidément. Elle lutta pour se redresser un peu, sa tête trop lourde pour se faire droite en une impulsion. Tout était ralenti, du déplacement de sa main sur le sol pour se redresser au roulement de ses épaules pour commander à sa tête de revenir à sa place. Cette dernière retomba sur le côté, un sourire amusée aux lèvres, son regard planté sur Christopher, affairé à chercher le vinyle perdu.
Sa voix roula dans sa gorge quelques secondes avant que ne soit produit quelques mots que ce soit. « Force est de constater que nous sommes de bons menteurs, monsieur Hangoover… et puis, les gens aiment bien trop les scandales pour ne point leur donner de crédit. Ils aiment les voir prendre vie. Cela leur permet d’oublier à quel point leur existence est vide de divertissement… » Sa tête roula sur l’autre épaule. Sur celle ci, Alice avait une meilleure vue sur le manège des doigts de Christopher. Ce qui permit à son regard d’attraper la façade d’un vinyle déplacé. Son cœur sauta dans sa poitrine. Un élan d’énergie la fit basculer en avant. Elle glissa ses jambes sous ses fesses pour pouvoir se pencher vers ce trésor qu’il lui semblait avoir aperçu. « Slipknot ? » demanda t-elle avec une hésitation fébrile. Elle leva les yeux sur Christopher, interdite, optimiste, surexcitée,… elle ne savait plus bien quel sentiment étranglait son cœur à cet instant précis. « Si vous avez System of a Down et Slipknot dans votre collection, peut-être avez vous... d'autres groupes de Sans-Pouvoir...? » Elle serra les lèvres pour essayer de cacher un sourire qu'elle ne voulait point montrer, car elle ne voulait pas le voir disparaître si la réponse que Christopher lui donnait la décevait. Alice n'avait pas envie, pas à présent que l'espoir (puisque c'était bien lui) s'était faufilé jusqu'à son cœur. «... Metallica...? Est-ce que vous auriez... Metallica ? » La question fut posée du bout de ses lèvres qu'elle fit rouler pour mieux les pincer, craignant de voir jaillir la démonstration sincère d'une joie qu'elle ne voulait pas voir disparaître à peine effleurée.
Avatar dessiné par ma merveilleuse Élicia Caldin
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
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Un jeu idiot
Sa voix semble avoir du mal à s'extirper de sa gorge. Christopher ne détourne qu'un instant les yeux de sa troisième vérification pour l'observer ; la main sur sa gorge, la tête penchée sur le côté, une voix languissante, des paupières un peu trop fermées... Son regard critique englobe tout cela avant qu'il se détourne d'elle pour continuer de faire glisser les pochettes d'album sous son doigt après avoir vérifié titre et image.
Évidemment qu'ils sont de bons menteurs, songe-t-il en l'écoutant d'une oreille. Elle-même a été éduquée dans une famille ancestrale qui créé de parfaits petits produits de la société bourgeoise. Quant à lui ? Si sa famille est moins ancienne, elle n'a pas mis moins d'ardeur à donner à ses enfants les armes de l'hypocrisie. Alors oui, ils sont tout deux de bons menteurs, c'est pourquoi ils ont si bien joué ce soir lorsqu'ils étaient entourés de témoins. Et pour ce qui est de ces derniers... Un sourire à cheval entre grimace ironique et grimace tout court déforme le bas du visage de Christopher. Il n'aime pas se rappeler qu'il a grandi dans une ambiance semblable à celle qu'elle décrit : les rapaces qui se repaissent de ragots et de rumeurs, il en a connu toute sa vie dans les dîners mondains auxquels il était forcé de participer.
Un petit soupir glisse sur ses lèvres entrouvertes. Fort heureusement, ses pensées noircies sont interrompues par le mouvement soudain d'Alice qui le fait sursauter. Et un mot, un seul, sort des lèvres de la jeune femme et entrave totalement le court désagréable des songeries de Christopher, le fracasse même. Slipknot. Il tourne si rapidement la tête vers Alice que la pièce tangue autour de lui. Il ferme à moitié les yeux pour résister et pose la main derrière lui pour se retenir. Sous ses yeux, une scène qu'il ne s'attendait pas à voir : Alice qui lève un regard... plein d'espoir sur lui ? Il penche la tête pour mieux l'observer, encore choqué d'avoir entendu dans sa bouche le nom de ce groupe moldu — voilà qui le renvoie encore une fois à leur rencontre à Tinworth et à leur discussion durant laquelle elle avait l'air de vouloir se vanter en parlant de choses qu'elle ne connaissait pas. Mais elle connait Slipknot, et cette étincelle dans son regard... Les yeux de Christopher glissent jusqu'à ses lèvres, étonné de la voir les serrer comme si elle voulait retenir des mots ou un sourire. Un sourcil inquisiteur se dresse sur son front. Et voilà, la question tombe : a-t-il d'autres groupes de moldus ? Metallica. Christopher ne cherche pas à camoufler la surprise qui s'étale sur son visage.
Tout dans sa position, sans sa voix, dans son regard, dans sa façon de lui poser la question montre que tout cela ne la laisse pas indifférente. Il y a l'espoir, le plaisir d'avoir aperçu un groupe qu'elle connaissait et quelque chose d'autre sur lequel il n'arrive pas à mettre le doigt. Si aucun rire moqueur ne s'échappe des lèvres de Christopher et si aucune vilaine pique ne résonne dans le bureau, c'est parce qu'il est beaucoup trop surpris pour cela. Une part de lui a envie de croire qu'il ne s'agit que d'un énième jeu de la part de la Sangblanc, mais il est trop conscient de son état d'alcoolémie pour y croire réellement. C'est cependant difficile pour lui de concilier cette image qu'il a sous les yeux — celle d'une jeune femme fébrile et heureuse parce qu'elle a vu une pochette d'album d'un groupe qu'elle aime — avec ce qu'il a vu d'Alice Sangblanc durant toute la soirée et qui pourrait se décrire par le mot emmerdeuse.
Les pensées font des nœuds dans sa tête. Il a à peine le temps de commencer à se méfier qu'il est déjà fatigué par l'effort mental que cela représente. Ce n'est pas le moment de réfléchir à ce genre de choses, ses pensées sont trop lourdes dans sa tête, tout comme son corps semble peser une tonne tout en étant vraiment très léger. Non, ce n'est pas le moment. Alors après avoir cligné trois fois les paupières et avoir hésité à faire mariner Alice seulement pour l'agacer, Christopher se tourne lentement vers la bibliothèque de vinyles. Il commence déjà par ranger les deux albums de System of a Down à leur place. Il n'a pas conscience de la lenteur de ses gestes. Enfin, il lève son bras qui pèse une tonne pour s'accrocher à une étagère au-dessus de sa tête et tire sur dessus pour se relever sur les genoux. Ça tangue un peu, remarque-t-il avec un sourire idiot sur le visage.
« Me-ta-lli-ca..., » marmonne-t-il en plissant les yeux pour mieux y voir.
Il fait défiler un, deux, trois, quatre albums avant de tomber sur celui qu'il cherchait. Il attrape la pochette entre son pouce et son index pour la faire glisser lentement hors de son emplacement. Un sourire satisfait naît sur ses lèvres lorsqu'il observe l'image et le titre. Exactement ce qu'il voulait. Et là, il hésite un instant. Il se fiche, la pochette dans les mains. Christopher se tourne vers Alice, en contrebas. Le mouvement fait pencher son corps et il ne peut pas le retenir ; son épaule retombe lourdement contre la bibliothèque, mais au moins est-il stable, maintenant.
Il observe la jeune femme qui a tant de mal à cacher son espoir et qui a parlé d'une voix complètement exempt de malice. Il pourrait se lever et rendre inatteignable cette pochette d'album, puis mentir outrageusement en disant que non, il n'a pas de d'album de Metallica. Il imagine bien l'air tout chafouin d'Alice, sa déception —peut-être qu'elle apprendra, ainsi, que tout ne lui est pas dû, que lorsque l'on est pas une petite fille bien née il faut parfois se battre pour avoir ce que l'on désire. Mais voilà, Christopher revoit ce sourire contenu, ce regard brillant lorsqu'elle a aperçu Slipknot, sa façon de se redresser subitement, comme si elle ne pouvait pas se contrôler, sa demande timide, retenue, mais bien plus sincère que tout ce qu'elle a pu lui dire jusqu'ici. Elle n'a pas exigé, elle n'a pas fait preuve de mépris, elle n'a pas levé le menton avec orgueil, elle ne l'a pas insulté sans avoir l'air de le faire. Elle a simplement demandé et elle l'a fait sur le ton d'une personne qui apprécie sincèrement ce dont elle parle. Et en l'occurrence, Alice était en train de parler de musique.
Christopher retombe sur ses talons, l'album entre les mains. Maintenant, Alice a tout le loisir d'observer l'image sur la pochette. De toute façon, la seconde d'après il la lui tend des deux mains.
« Je n'ai qu'un album de ce groupe, explique-t-il, celui-ci. Heureusement que j'ai d'autres groupes moldus dans ma collection, elle serait bien pauvre, sinon. »
Il le dit sans sa moquerie habituelle. Une bonne dizaine de petites piques méchantes lui passent pourtant par l'esprit. Cela aurait été simple de détourner la joie d'Alice à son avantage pour se moquer d'elle et la vexer. Beaucoup trop simple. Alors Christopher choisit de se taire et d'observer avec une attention soutenue les traits du visage d'Alice quand elle attrapera l'album. Encore cette envie de s'assurer que tout cela n'est pas qu'une représentation de celle qui vient de se qualifier elle-même de bonne menteuse.
Évidemment qu'ils sont de bons menteurs, songe-t-il en l'écoutant d'une oreille. Elle-même a été éduquée dans une famille ancestrale qui créé de parfaits petits produits de la société bourgeoise. Quant à lui ? Si sa famille est moins ancienne, elle n'a pas mis moins d'ardeur à donner à ses enfants les armes de l'hypocrisie. Alors oui, ils sont tout deux de bons menteurs, c'est pourquoi ils ont si bien joué ce soir lorsqu'ils étaient entourés de témoins. Et pour ce qui est de ces derniers... Un sourire à cheval entre grimace ironique et grimace tout court déforme le bas du visage de Christopher. Il n'aime pas se rappeler qu'il a grandi dans une ambiance semblable à celle qu'elle décrit : les rapaces qui se repaissent de ragots et de rumeurs, il en a connu toute sa vie dans les dîners mondains auxquels il était forcé de participer.
Un petit soupir glisse sur ses lèvres entrouvertes. Fort heureusement, ses pensées noircies sont interrompues par le mouvement soudain d'Alice qui le fait sursauter. Et un mot, un seul, sort des lèvres de la jeune femme et entrave totalement le court désagréable des songeries de Christopher, le fracasse même. Slipknot. Il tourne si rapidement la tête vers Alice que la pièce tangue autour de lui. Il ferme à moitié les yeux pour résister et pose la main derrière lui pour se retenir. Sous ses yeux, une scène qu'il ne s'attendait pas à voir : Alice qui lève un regard... plein d'espoir sur lui ? Il penche la tête pour mieux l'observer, encore choqué d'avoir entendu dans sa bouche le nom de ce groupe moldu — voilà qui le renvoie encore une fois à leur rencontre à Tinworth et à leur discussion durant laquelle elle avait l'air de vouloir se vanter en parlant de choses qu'elle ne connaissait pas. Mais elle connait Slipknot, et cette étincelle dans son regard... Les yeux de Christopher glissent jusqu'à ses lèvres, étonné de la voir les serrer comme si elle voulait retenir des mots ou un sourire. Un sourcil inquisiteur se dresse sur son front. Et voilà, la question tombe : a-t-il d'autres groupes de moldus ? Metallica. Christopher ne cherche pas à camoufler la surprise qui s'étale sur son visage.
Tout dans sa position, sans sa voix, dans son regard, dans sa façon de lui poser la question montre que tout cela ne la laisse pas indifférente. Il y a l'espoir, le plaisir d'avoir aperçu un groupe qu'elle connaissait et quelque chose d'autre sur lequel il n'arrive pas à mettre le doigt. Si aucun rire moqueur ne s'échappe des lèvres de Christopher et si aucune vilaine pique ne résonne dans le bureau, c'est parce qu'il est beaucoup trop surpris pour cela. Une part de lui a envie de croire qu'il ne s'agit que d'un énième jeu de la part de la Sangblanc, mais il est trop conscient de son état d'alcoolémie pour y croire réellement. C'est cependant difficile pour lui de concilier cette image qu'il a sous les yeux — celle d'une jeune femme fébrile et heureuse parce qu'elle a vu une pochette d'album d'un groupe qu'elle aime — avec ce qu'il a vu d'Alice Sangblanc durant toute la soirée et qui pourrait se décrire par le mot emmerdeuse.
Les pensées font des nœuds dans sa tête. Il a à peine le temps de commencer à se méfier qu'il est déjà fatigué par l'effort mental que cela représente. Ce n'est pas le moment de réfléchir à ce genre de choses, ses pensées sont trop lourdes dans sa tête, tout comme son corps semble peser une tonne tout en étant vraiment très léger. Non, ce n'est pas le moment. Alors après avoir cligné trois fois les paupières et avoir hésité à faire mariner Alice seulement pour l'agacer, Christopher se tourne lentement vers la bibliothèque de vinyles. Il commence déjà par ranger les deux albums de System of a Down à leur place. Il n'a pas conscience de la lenteur de ses gestes. Enfin, il lève son bras qui pèse une tonne pour s'accrocher à une étagère au-dessus de sa tête et tire sur dessus pour se relever sur les genoux. Ça tangue un peu, remarque-t-il avec un sourire idiot sur le visage.
« Me-ta-lli-ca..., » marmonne-t-il en plissant les yeux pour mieux y voir.
Il fait défiler un, deux, trois, quatre albums avant de tomber sur celui qu'il cherchait. Il attrape la pochette entre son pouce et son index pour la faire glisser lentement hors de son emplacement. Un sourire satisfait naît sur ses lèvres lorsqu'il observe l'image et le titre. Exactement ce qu'il voulait. Et là, il hésite un instant. Il se fiche, la pochette dans les mains. Christopher se tourne vers Alice, en contrebas. Le mouvement fait pencher son corps et il ne peut pas le retenir ; son épaule retombe lourdement contre la bibliothèque, mais au moins est-il stable, maintenant.
Il observe la jeune femme qui a tant de mal à cacher son espoir et qui a parlé d'une voix complètement exempt de malice. Il pourrait se lever et rendre inatteignable cette pochette d'album, puis mentir outrageusement en disant que non, il n'a pas de d'album de Metallica. Il imagine bien l'air tout chafouin d'Alice, sa déception —peut-être qu'elle apprendra, ainsi, que tout ne lui est pas dû, que lorsque l'on est pas une petite fille bien née il faut parfois se battre pour avoir ce que l'on désire. Mais voilà, Christopher revoit ce sourire contenu, ce regard brillant lorsqu'elle a aperçu Slipknot, sa façon de se redresser subitement, comme si elle ne pouvait pas se contrôler, sa demande timide, retenue, mais bien plus sincère que tout ce qu'elle a pu lui dire jusqu'ici. Elle n'a pas exigé, elle n'a pas fait preuve de mépris, elle n'a pas levé le menton avec orgueil, elle ne l'a pas insulté sans avoir l'air de le faire. Elle a simplement demandé et elle l'a fait sur le ton d'une personne qui apprécie sincèrement ce dont elle parle. Et en l'occurrence, Alice était en train de parler de musique.
Christopher retombe sur ses talons, l'album entre les mains. Maintenant, Alice a tout le loisir d'observer l'image sur la pochette. De toute façon, la seconde d'après il la lui tend des deux mains.
« Je n'ai qu'un album de ce groupe, explique-t-il, celui-ci. Heureusement que j'ai d'autres groupes moldus dans ma collection, elle serait bien pauvre, sinon. »
Il le dit sans sa moquerie habituelle. Une bonne dizaine de petites piques méchantes lui passent pourtant par l'esprit. Cela aurait été simple de détourner la joie d'Alice à son avantage pour se moquer d'elle et la vexer. Beaucoup trop simple. Alors Christopher choisit de se taire et d'observer avec une attention soutenue les traits du visage d'Alice quand elle attrapera l'album. Encore cette envie de s'assurer que tout cela n'est pas qu'une représentation de celle qui vient de se qualifier elle-même de bonne menteuse.
Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
Un jeu idiot
Les secondes s’écoulaient lentement depuis qu’Alice avait osé s’attendre à voir son voeu se réaliser : revoir cette pochette d’album noir et ce serpent blanc enroulé sur lui même. Celui qu’elle avait écouté pendant de longues nuits d’insomnie. Celui qu’elle avait découvert le jour où elle avait rencontré Imogen dans cette cuisine plongée dans la pénombre, comme ce soir là. Elle se souvenait encore si bien de cette chanson qui l’avait accompagné pour s’endormir, cette nuit là. Alice se souvenait encore de cette guitare acoustique s’épanouissant pendant de longues secondes, ces cordes pincées par des doigts délicats, la montée en douceur autant qu’en puissance, puis la batterie profonde pour accompagner la voix délicate d’un homme livrant ses mots, ses douleurs, son amour loin des yeux mais ancré dans chaque pore de son corps. Comment oublier pareille ballade, pareille promesse d’amour envers et contre tout ? So close no matter how far, couldn’t be much more from the heart. Si proche peu importe la distance, ça ne pourra guère être plus près du coeur.
Alice se souvenait aussi bien des paroles et de la mélodie que de son propre état lorsqu’elle les entendit pour la première fois. Un écouteur dans chaque oreille branché à cette drôle de boîte musicale rose fushia portant le nom si singulier d’iPod, emmitouflée dans un lit qui n’était pas le sien, dans une chambre qui n’était pas la sienne, dans une maison qui ne l’avait point vu grandir. Elle avait laissé Metallica la transporter pour quelques précieuses minutes. Loin du coup d’état qui lui avait arraché sa vie et son père.
Si Nothing Else Matters était associé à un sentiment bien précis, Lonely Day l’était à la globalité d’une période, à la chaleur d’une peau contre la sienne, au baiser d’une mère qui ne sera jamais la sienne, à l’amour d’un oncle qui n’aura jamais partagé son sang. Elle était un souvenir précieux, une chaleur dans laquelle se lover le temps de quelques minutes. Ce n’était pas beaucoup demandé, n’est-ce pas ?
Après un temps nécessaire, sans doute, à la compréhension des volontés d’Alice, Christopher daigna enfin se tourner vers l’étagère à vinyle pour enfin se mettre en action. Impatiente, la jeune femme l’observait faire, ses poings repliés sur ses cuisses, son pouce jouant machinalement avec l’anneau de Christopher qu’elle faisait rouler contre sa peau. Elle espérait de tout coeur qu’il possède ce vinyle précis. Elle luttait pour ne point laisser ses mains se joindre aux siennes pour l’aider dans sa recherche. Mais voilà, son corps était de toutes manières trop lourd, bien trop lourd pour se mettre à genoux à la manière de l’autre. Alors Alice se contentait de le regarder de sa modeste position, ses fesses contre ses talons, battant des cils avec lourdeur.
Et, enfin, il extirpa une pochette de l’étagère. Alice se redressa en voyant naître un sourire aux lèvres de Christopher. Il avait trouvé ! Il avait trouvé l’album ! Il…
Alice observa Christopher l’observer… en se laissant retomber contre l’étagère. Les yeux d’argent de la jeune femme se levèrent aussitôt sur la hauteur du meuble, craignant de le voir s’effondrer. Ce geste idiot lui fit voir des étoiles qu’elle tenta de faire disparaître à grands coups de battement de cils. Elle laissa finalement sa tête se poser contre l’étagère. Le contact du bois contre sa tempe brûlante était un bonheur incommensurable. Et ses yeux pouvaient se lever sur Christopher, perché là haut, sans craindre que la tête ne chavire.
Et voilà qu’il redescendait, sa précieuse trouvaille entre ses mains. Le regard d’Alice passa du visage de Christopher à la pochette, puis de la pochette à Christopher. Ses lèvres s’entrouvrirent lorsqu’il lui tendit. A elle.
Alice étendit les mains pour récupérer la pochette, presque religieusement, son regard dévot retombant sur cette dernière. Elle l’admira sans un mot tout d’abord, sans sourire, ses lèvres toujours entrouvertes. Elles finirent par s’étirer un peu en un sourire. Un souffle amusé s’en échappa.
« Ce n’est pas celui ci…»murmura t-elle. Son pouce caressa la pochette, là où s’épanouissait un champ de pierres tombales sous un ciel orangé. Alice retourna lentement la pochette pour consulter les différents titres et, bien sûr, elle n’en connaissait aucun.
Alice était-elle déçue ? Non. L’espoir était un sentiment volatile chez cette jeune femme pessimiste, elle avait apprit à ne plus se faire d’illusion. S’attendre à voir apparaître cette pochette noire avait été sot, absurde et immature.
« Celui que je cherche est entièrement noir », expliqua t-elle en laissant glisser son majeur sur la bordure de la pochette. « Avec un dessin de serpent en bas à droite, comme celui de Serpentard ». Alice garda le silence quelques instants, ses sourcils se fronçant sous une réflexion soudaine. Elle releva les yeux sur Christopher pour dépouiller son visage de ses secrets. « … vous, vous êtes un Serpentard. » Un doigt accusateur, et cerclé du mensonge qu’ils partageaient à deux, se leva pour se planter devant son nez. « Vous avez tout d’un Serpentard… » Le doigt retomba de chœur avec son regard. « Moi aussi j’étais à Serpentard… j’aimais Serpentard… nous pouvions y voir les fonds marins, nous laisser bercer par le chant de l’eau… »
Alice poussa un long soupir qui, bien vite, prit des airs de râles agacés. Elle replaça la pochette contre Christopher sans lui laisser le choix et entreprit une ascension maladroite pour revenir sur ses jambes. Ses jambes étaient lourdes et maladroites, provoquant encore un nouveau râle. Elle s’appuya sur l’étagère avec précaution, se hissant sur un genoux, puis un autre. Son front heurta le bois dans un toc qu’elle sentit vibrer dans son crâne. « Aïe… » murmura t-elle. Mais elle n’abandonnerait pas. Jamais. Alice Sangblanc était une battante, et rien ni personne, pas même son propre corps, ne se mettrait entre elle et sa volonté : se mettre debout et ouvrir une fenêtre. Elle avait chaud, terriblement chaud. Et soif. Terriblement soif. Et peut-être un peu faim.
Son regard dévia jusqu’à Christopher. « … Je vais redescendre commander un verre… pendant que vous chercher Hypnotize ».
Alice se souvenait aussi bien des paroles et de la mélodie que de son propre état lorsqu’elle les entendit pour la première fois. Un écouteur dans chaque oreille branché à cette drôle de boîte musicale rose fushia portant le nom si singulier d’iPod, emmitouflée dans un lit qui n’était pas le sien, dans une chambre qui n’était pas la sienne, dans une maison qui ne l’avait point vu grandir. Elle avait laissé Metallica la transporter pour quelques précieuses minutes. Loin du coup d’état qui lui avait arraché sa vie et son père.
Si Nothing Else Matters était associé à un sentiment bien précis, Lonely Day l’était à la globalité d’une période, à la chaleur d’une peau contre la sienne, au baiser d’une mère qui ne sera jamais la sienne, à l’amour d’un oncle qui n’aura jamais partagé son sang. Elle était un souvenir précieux, une chaleur dans laquelle se lover le temps de quelques minutes. Ce n’était pas beaucoup demandé, n’est-ce pas ?
Après un temps nécessaire, sans doute, à la compréhension des volontés d’Alice, Christopher daigna enfin se tourner vers l’étagère à vinyle pour enfin se mettre en action. Impatiente, la jeune femme l’observait faire, ses poings repliés sur ses cuisses, son pouce jouant machinalement avec l’anneau de Christopher qu’elle faisait rouler contre sa peau. Elle espérait de tout coeur qu’il possède ce vinyle précis. Elle luttait pour ne point laisser ses mains se joindre aux siennes pour l’aider dans sa recherche. Mais voilà, son corps était de toutes manières trop lourd, bien trop lourd pour se mettre à genoux à la manière de l’autre. Alors Alice se contentait de le regarder de sa modeste position, ses fesses contre ses talons, battant des cils avec lourdeur.
Et, enfin, il extirpa une pochette de l’étagère. Alice se redressa en voyant naître un sourire aux lèvres de Christopher. Il avait trouvé ! Il avait trouvé l’album ! Il…
Alice observa Christopher l’observer… en se laissant retomber contre l’étagère. Les yeux d’argent de la jeune femme se levèrent aussitôt sur la hauteur du meuble, craignant de le voir s’effondrer. Ce geste idiot lui fit voir des étoiles qu’elle tenta de faire disparaître à grands coups de battement de cils. Elle laissa finalement sa tête se poser contre l’étagère. Le contact du bois contre sa tempe brûlante était un bonheur incommensurable. Et ses yeux pouvaient se lever sur Christopher, perché là haut, sans craindre que la tête ne chavire.
Et voilà qu’il redescendait, sa précieuse trouvaille entre ses mains. Le regard d’Alice passa du visage de Christopher à la pochette, puis de la pochette à Christopher. Ses lèvres s’entrouvrirent lorsqu’il lui tendit. A elle.
Alice étendit les mains pour récupérer la pochette, presque religieusement, son regard dévot retombant sur cette dernière. Elle l’admira sans un mot tout d’abord, sans sourire, ses lèvres toujours entrouvertes. Elles finirent par s’étirer un peu en un sourire. Un souffle amusé s’en échappa.
« Ce n’est pas celui ci…»murmura t-elle. Son pouce caressa la pochette, là où s’épanouissait un champ de pierres tombales sous un ciel orangé. Alice retourna lentement la pochette pour consulter les différents titres et, bien sûr, elle n’en connaissait aucun.
Alice était-elle déçue ? Non. L’espoir était un sentiment volatile chez cette jeune femme pessimiste, elle avait apprit à ne plus se faire d’illusion. S’attendre à voir apparaître cette pochette noire avait été sot, absurde et immature.
« Celui que je cherche est entièrement noir », expliqua t-elle en laissant glisser son majeur sur la bordure de la pochette. « Avec un dessin de serpent en bas à droite, comme celui de Serpentard ». Alice garda le silence quelques instants, ses sourcils se fronçant sous une réflexion soudaine. Elle releva les yeux sur Christopher pour dépouiller son visage de ses secrets. « … vous, vous êtes un Serpentard. » Un doigt accusateur, et cerclé du mensonge qu’ils partageaient à deux, se leva pour se planter devant son nez. « Vous avez tout d’un Serpentard… » Le doigt retomba de chœur avec son regard. « Moi aussi j’étais à Serpentard… j’aimais Serpentard… nous pouvions y voir les fonds marins, nous laisser bercer par le chant de l’eau… »
Alice poussa un long soupir qui, bien vite, prit des airs de râles agacés. Elle replaça la pochette contre Christopher sans lui laisser le choix et entreprit une ascension maladroite pour revenir sur ses jambes. Ses jambes étaient lourdes et maladroites, provoquant encore un nouveau râle. Elle s’appuya sur l’étagère avec précaution, se hissant sur un genoux, puis un autre. Son front heurta le bois dans un toc qu’elle sentit vibrer dans son crâne. « Aïe… » murmura t-elle. Mais elle n’abandonnerait pas. Jamais. Alice Sangblanc était une battante, et rien ni personne, pas même son propre corps, ne se mettrait entre elle et sa volonté : se mettre debout et ouvrir une fenêtre. Elle avait chaud, terriblement chaud. Et soif. Terriblement soif. Et peut-être un peu faim.
Son regard dévia jusqu’à Christopher. « … Je vais redescendre commander un verre… pendant que vous chercher Hypnotize ».
Avatar dessiné par ma merveilleuse Élicia Caldin
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Un jeu idiot
Elle est un peu plus affalée qu'un instant plus tôt. Sa tête contre la bibliothèque, son corps avachi sous elle. Christopher lui tend tout de même l'album, parce qu'il n'a pas de raison de ne pas le faire. Ses yeux pâles tombent sur la pochette, il la regarde l'observer, il s'étonne de ne pas trouver sur son visage la joie presque trop naturelle qui aurait dû suivre cet espoir sincère qui l'a habillé quand elle a prononcé le nom Metallica. Puis enfin, un sourire fin lui étire les lèvres, bientôt suivit d'une sorte de rire, et Christopher sent une satisfaction s'étendre dans ses pensées : il a trouvé l'album qu'elle attendait. Elle lui sera redevable car il a ce qu'elle désirait. Il se sent réellement satisfait, tout en étant curieux de ce qu'elle lui dira désormais ; dans son état, qui sait ce qui pourrait sortir de sa bouche ? Pourquoi espérait-elle tant cet album ? L'impatience fait oublier à Christopher tout ce qu'il pense d'elle, il est juste curieux de ce qui arrivera, désormais, et il se surprend même à espérer qu'elle lui dise qu'elle chanson elle préfère, car lui a ses préférences aussi !
La voix d'Alice résonne dans le bureau. Christopher se rend compte au moment où elle annonce sans aucun détour que ce n'est pas l'album qu'elle attendait qu'il espérait réellement que ce soit le bon, qu'il le voulait, même. Son sourire satisfait dégringole de ses lèvres, ses épaules s'affaissent. Les grommellements qui ne sont pas loin. Fichue bourgeoise, vous n'êtes décidément jamais satisfaite ! La bouche de Christopher reste cependant close, bien que le retour subit de l'agacement lui fasse lever les yeux au ciel — mauvaise idée, car la pièce n'est vraiment pas stable autour de lui et qu'il est forcé de se laisser tomber sur le côté pour planter la main sur le parquet afin d'assurer son équilibre. Alice ne lui reproche pas de ne pas avoir le bon album, elle se contente seulement de souligner que ce n'est pas celui qu'elle attendait. Alors il préfère ne rien dire, même s'il n'en pense pas moins. Il prend sur lui. Et puis il fouille furieusement sa mémoire pour chercher à quel album elle fait référence. Un serpent dans un coin, un...
L'affirmation qui tombe de la bouche d'Alice l'arrache complètement à ses pensées. Comment peut-elle avoir deviné qu'il était à Serpentard ? Trop alcoolisé pour pouvoir contrôler ses expressions, Christopher laisse la surprise passer sur son visage. Il louche sur le doigt accusateur avec lequel elle le désigne. Le regard qui surplombe ce doigt n'a pas la colère qu'il aurait dû avoir. En fait, rien de ce qu'elle dit n'est vraiment accusateur, on dirait juste l'aveu d'une personne qui a bu un verre de trop. Christopher entend dans ses paroles des regrets. Il se rend brutalement compte qu'il n'a pas la moindre idée de la scolarité qu'a eu cette fille. Pourtant, il n'est pas étonné d'apprendre qu'elle a été dans la même Maison que lui. Évidemment, aucune autre n'aurait pu lui convenir, elle frappe comme les serpents, elle attaque vicieusement et a la répartie facile, autant de signes qui prouvent qu'elle a été une élève de Salazard. Et pourtant, le ton de sa voix, son regard... Sont-ce les regrets d'une jeune adulte qui prend conscience qu'elle ne verra jamais plus la salle commune qui l'a vu grandir ?
« Et nous perdre dans la contemplation du reflet de l'eau sur les murs en pierre. »
C'est à peine si Christopher s'entend parler. Pendant une fraction de seconde, le bureau s'est effacé autour de lui, le visage trop pâle, accusateur et nostalgique d'Alice également, laissant se dérouler autour de lui le souvenir profondément ancré de ses années dans la Maison Serpentard, il y a une éternité de cela. Christopher s'en veut aussitôt d'avoir prononcé cette phrase, au moment même où il se rend compte qu'il l'a fait. Son visage se ferme, il le tourne vers la bibliothèque et se force à se rappeler que cette petite capricieuse l'a fait se lever pour chercher un album pour ensuite ne lui dire qu'une seule chose : que ce n'était pas celui qu'elle désirait. La rancœur qu'il se force à éprouver rend désagréable le fait de savoir qu'ils ont grandi entre les mêmes murs.
Le râle agacé d'Alice vient parfaire le tableau. Elle plaque l'album contre le buste de Christopher et elle le fait avec une si grande détermination qu'il ne peut que lever maladroitement la main pour le réceptionner et l'empêcher de glisser. Il réalise subitement que c'est là le geste d'une personne mécontente de ne pas avoir eu ce qu'elle voulait et Christopher a l'impression d'avoir failli. Il ne s'attendait pas à un remerciement, pas même un sourire... Mais peut-être un « c'est un bon album aussi » ou « vous n'avez finalement pas de si mauvais goûts musicaux que cela ». En fait, il ne sait pas trop. En une fraction de seconde, elle s'est saisie de l'image d'elle qui perdurait dans l'esprit de l'homme, à savoir son visage brillant d'espoir et ses yeux animé par l'amour de la musique, et l'a froissé entre ses mains glacées. Ne reste que le visage agacé d'une petite capricieuse qui n'a pas eu ce qu'elle désirait. La fierté de Christopher en est labourée. Il se sent franchement con d'être allé chercher cet album. Et pour quoi, finalement ? Une moue lui retourne les lèvres vers le bas. Il reste figé dans sa position, les yeux tournés vers les vinyles qui reposent devant lui.
Il ne fait pas attention à Alice qui essaie de se relever. Elle fait une tentative et elle a l'air, ainsi, semblable à toutes les personnes bourrées du monde : ridicule. Christopher préfère rester concentré sur la bibliothèque parce qu'il a compris quand il n'était encore qu'un tout petit garçon que l'ignorance était parfois la meilleure des armes contre le mépris. Il en a souvent fait les frais. Aujourd'hui c'est lui qui décide d'ignorer Alice pour lui donner l'impression qu'elle ne mérite pas son attention. Enfin... Ça, c'était avant qu'il n'entende le poc ! douloureux d'un front qui se cogne contre l'arête d'une étagère, accompagné de l'éternel aïe !. Christopher se tourne aussitôt vers elle, s'étonnant de sentir ses épaules tressauter sous un rire silencieux ; n'était-il pas vexé ? Bah, peu importe.
Alice a réussi l'exploit de se relever. Grand bien lui fasse. Qu'elle se lève donc et manque de choir, c'est son problème. En attendant, elle peut toujours se gratter pour qu'il lui dégote Hypnotize qui se trouve il ne sait où. Et puis elle croit vraiment qu'il va rester ici pendant que madame va se servir un nouveau verre ?
« Vous n'allez rien du tout, réplique Christopher, et moi non plus, d'ailleurs. »
Il se tord la nuque pour la regarder. La pièce tangue autour de lui. Cela le force à retomber contre la bibliothèque pour la troisième fois ce soir. Les vinyles tremblent sur leur emplacement. Il pousse un grognement douloureux avant de prendre une longue inspiration par le nez afin d'avoir le force de lancer à Alice :
« Cherchez-le vous même, votre Hypnotize. »
Il gémit longuement en se laissant tomber sur les fesses. Son épaule glisse sur le côté et bientôt c'est tout son dos qui est appuyé contre la bibliothèque. Ce n'est pas très confortable, parce que c'est une bibliothèque, après tout. Mais il n'a pas la moindre envie, ni même l'énergie d'ailleurs, d'aller plus loin ou de mieux s'installer. Il déplie ses longues jambes devant lui et reste ainsi, le souffle court, et les mains posées sur son ventre, sur Master of Puppets, album qui ne convient pas à madame.
Les yeux obsidiennes de Christopher grimpent le long du corps d'Alice jusqu'à pouvoir se planter sur son visage. Dans la pénombre, ils brillent certainement d'un éclat étrange. En la regardant de sa position, Alice lui paraît comme auréolée par la lumière qui illumine vaguement la pièce dans son dos. L'éclat jaunâtre donne à ses cheveux une teinte étrange. Christopher espère qu'elle va aller essayer d'ouvrir la porte pour aller commander un verre. Comme ça il aura le loisir de la voir s'énerver sur une porte fermée. C'est de bonne guerre : elle n'a même pas montré qu'elle était contente qu'il possède un vinyle de Metallica. Il lui en veut sincèrement pour ça.
Soudainement, Christopher se met à siffloter, ses yeux plantés dans ceux d'Alice. Dans son esprit, il entend la guitare électrique, bientôt rejointe par la batterie, la musique fait tonner ton cœur. De l'extérieur, il sifflote juste les premières notes de la chanson Master of Puppets, et bien qu'il soit en général un bon siffleur, l'alcool gâche clairement son talent et les notes qui s'échappent de sa bouche sonnent de façon discordante.
La voix d'Alice résonne dans le bureau. Christopher se rend compte au moment où elle annonce sans aucun détour que ce n'est pas l'album qu'elle attendait qu'il espérait réellement que ce soit le bon, qu'il le voulait, même. Son sourire satisfait dégringole de ses lèvres, ses épaules s'affaissent. Les grommellements qui ne sont pas loin. Fichue bourgeoise, vous n'êtes décidément jamais satisfaite ! La bouche de Christopher reste cependant close, bien que le retour subit de l'agacement lui fasse lever les yeux au ciel — mauvaise idée, car la pièce n'est vraiment pas stable autour de lui et qu'il est forcé de se laisser tomber sur le côté pour planter la main sur le parquet afin d'assurer son équilibre. Alice ne lui reproche pas de ne pas avoir le bon album, elle se contente seulement de souligner que ce n'est pas celui qu'elle attendait. Alors il préfère ne rien dire, même s'il n'en pense pas moins. Il prend sur lui. Et puis il fouille furieusement sa mémoire pour chercher à quel album elle fait référence. Un serpent dans un coin, un...
L'affirmation qui tombe de la bouche d'Alice l'arrache complètement à ses pensées. Comment peut-elle avoir deviné qu'il était à Serpentard ? Trop alcoolisé pour pouvoir contrôler ses expressions, Christopher laisse la surprise passer sur son visage. Il louche sur le doigt accusateur avec lequel elle le désigne. Le regard qui surplombe ce doigt n'a pas la colère qu'il aurait dû avoir. En fait, rien de ce qu'elle dit n'est vraiment accusateur, on dirait juste l'aveu d'une personne qui a bu un verre de trop. Christopher entend dans ses paroles des regrets. Il se rend brutalement compte qu'il n'a pas la moindre idée de la scolarité qu'a eu cette fille. Pourtant, il n'est pas étonné d'apprendre qu'elle a été dans la même Maison que lui. Évidemment, aucune autre n'aurait pu lui convenir, elle frappe comme les serpents, elle attaque vicieusement et a la répartie facile, autant de signes qui prouvent qu'elle a été une élève de Salazard. Et pourtant, le ton de sa voix, son regard... Sont-ce les regrets d'une jeune adulte qui prend conscience qu'elle ne verra jamais plus la salle commune qui l'a vu grandir ?
« Et nous perdre dans la contemplation du reflet de l'eau sur les murs en pierre. »
C'est à peine si Christopher s'entend parler. Pendant une fraction de seconde, le bureau s'est effacé autour de lui, le visage trop pâle, accusateur et nostalgique d'Alice également, laissant se dérouler autour de lui le souvenir profondément ancré de ses années dans la Maison Serpentard, il y a une éternité de cela. Christopher s'en veut aussitôt d'avoir prononcé cette phrase, au moment même où il se rend compte qu'il l'a fait. Son visage se ferme, il le tourne vers la bibliothèque et se force à se rappeler que cette petite capricieuse l'a fait se lever pour chercher un album pour ensuite ne lui dire qu'une seule chose : que ce n'était pas celui qu'elle désirait. La rancœur qu'il se force à éprouver rend désagréable le fait de savoir qu'ils ont grandi entre les mêmes murs.
Le râle agacé d'Alice vient parfaire le tableau. Elle plaque l'album contre le buste de Christopher et elle le fait avec une si grande détermination qu'il ne peut que lever maladroitement la main pour le réceptionner et l'empêcher de glisser. Il réalise subitement que c'est là le geste d'une personne mécontente de ne pas avoir eu ce qu'elle voulait et Christopher a l'impression d'avoir failli. Il ne s'attendait pas à un remerciement, pas même un sourire... Mais peut-être un « c'est un bon album aussi » ou « vous n'avez finalement pas de si mauvais goûts musicaux que cela ». En fait, il ne sait pas trop. En une fraction de seconde, elle s'est saisie de l'image d'elle qui perdurait dans l'esprit de l'homme, à savoir son visage brillant d'espoir et ses yeux animé par l'amour de la musique, et l'a froissé entre ses mains glacées. Ne reste que le visage agacé d'une petite capricieuse qui n'a pas eu ce qu'elle désirait. La fierté de Christopher en est labourée. Il se sent franchement con d'être allé chercher cet album. Et pour quoi, finalement ? Une moue lui retourne les lèvres vers le bas. Il reste figé dans sa position, les yeux tournés vers les vinyles qui reposent devant lui.
Il ne fait pas attention à Alice qui essaie de se relever. Elle fait une tentative et elle a l'air, ainsi, semblable à toutes les personnes bourrées du monde : ridicule. Christopher préfère rester concentré sur la bibliothèque parce qu'il a compris quand il n'était encore qu'un tout petit garçon que l'ignorance était parfois la meilleure des armes contre le mépris. Il en a souvent fait les frais. Aujourd'hui c'est lui qui décide d'ignorer Alice pour lui donner l'impression qu'elle ne mérite pas son attention. Enfin... Ça, c'était avant qu'il n'entende le poc ! douloureux d'un front qui se cogne contre l'arête d'une étagère, accompagné de l'éternel aïe !. Christopher se tourne aussitôt vers elle, s'étonnant de sentir ses épaules tressauter sous un rire silencieux ; n'était-il pas vexé ? Bah, peu importe.
Alice a réussi l'exploit de se relever. Grand bien lui fasse. Qu'elle se lève donc et manque de choir, c'est son problème. En attendant, elle peut toujours se gratter pour qu'il lui dégote Hypnotize qui se trouve il ne sait où. Et puis elle croit vraiment qu'il va rester ici pendant que madame va se servir un nouveau verre ?
« Vous n'allez rien du tout, réplique Christopher, et moi non plus, d'ailleurs. »
Il se tord la nuque pour la regarder. La pièce tangue autour de lui. Cela le force à retomber contre la bibliothèque pour la troisième fois ce soir. Les vinyles tremblent sur leur emplacement. Il pousse un grognement douloureux avant de prendre une longue inspiration par le nez afin d'avoir le force de lancer à Alice :
« Cherchez-le vous même, votre Hypnotize. »
Il gémit longuement en se laissant tomber sur les fesses. Son épaule glisse sur le côté et bientôt c'est tout son dos qui est appuyé contre la bibliothèque. Ce n'est pas très confortable, parce que c'est une bibliothèque, après tout. Mais il n'a pas la moindre envie, ni même l'énergie d'ailleurs, d'aller plus loin ou de mieux s'installer. Il déplie ses longues jambes devant lui et reste ainsi, le souffle court, et les mains posées sur son ventre, sur Master of Puppets, album qui ne convient pas à madame.
Les yeux obsidiennes de Christopher grimpent le long du corps d'Alice jusqu'à pouvoir se planter sur son visage. Dans la pénombre, ils brillent certainement d'un éclat étrange. En la regardant de sa position, Alice lui paraît comme auréolée par la lumière qui illumine vaguement la pièce dans son dos. L'éclat jaunâtre donne à ses cheveux une teinte étrange. Christopher espère qu'elle va aller essayer d'ouvrir la porte pour aller commander un verre. Comme ça il aura le loisir de la voir s'énerver sur une porte fermée. C'est de bonne guerre : elle n'a même pas montré qu'elle était contente qu'il possède un vinyle de Metallica. Il lui en veut sincèrement pour ça.
Soudainement, Christopher se met à siffloter, ses yeux plantés dans ceux d'Alice. Dans son esprit, il entend la guitare électrique, bientôt rejointe par la batterie, la musique fait tonner ton cœur. De l'extérieur, il sifflote juste les premières notes de la chanson Master of Puppets, et bien qu'il soit en général un bon siffleur, l'alcool gâche clairement son talent et les notes qui s'échappent de sa bouche sonnent de façon discordante.
Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
Un jeu idiot
Se perdre dans la contemplation du reflet de l’eau sur les murs de pierre… Alice revoyait encore les oscillations verdâtres lécher la salle commune, toujours en mouvance, toujours différente selon l’inclinaison de Père-Soleil. Elle avait tant aimé contempler l’effet de lumière sur sa peau d’albâtre. Aujourd’hui, Alice regrettait de ne point pouvoir continuer à le faire. Plus jamais Alice ne vivrait sous les profondeurs du Lac Noir… ou quelques profondeurs que ce soit. Chaque Serpentard avait eu cette chance inespérée. Gryffondor, Serdaigle, Poufsouffle… aucun d’entre eux ne connaîtraient jamais la merveilleuse sensation de vivre sous le regard de la faune marine, ni celle d’entendre les déplacements de la rocaille sous la mouvance du Calmar Géant. Alice pouvait s’estimer chanceuse d’avoir vécu tout cela avant d’être précipitée dans les quartiers de la prestigieuse maison Ulula. Ici, nulle reflets merveilleux, nul chant lointain de Selkie. Rien que le regard hautain d’un illustre étudiant prisonnier dans la peinture, le son de la soie se froissant sous une révérence ou encore le rire chatoyant d’une héritière consciente de la valeur de son sang. Ce qui convenait également très bien à la jeune femme, elle ne s’en cacherait nullement.
Le regard d’Alice se figea en entendant la réplique de l’homme en contrebas. Il manquait des mots dans cette phrase, ce fut sans doute ce qui frappa en premier la jeune femme… ce qui la frappa, en réalité, car Alice bloqua sur la tournure de cette phrase qu’elle tentait de corriger dans son esprit. Vous n’allez rien faire du tout, et moi non plus. Voilà ce qu’il aurait dû dire. La réalisation la prit quelques longues secondes plus tard, froissant son visage. Venait-il de lui interdire de faire quelque chose ?
Mais oui ! Le voila qui plantait sur elle son vilain regard d’impertinent fripon ! De quel droit osait-il lui interdire quoi que ce soit ? Comment pouvait-il songer en être capable alors qu’il peinait à se tenir droit ? Il s’affalait, misérable dans un corps devenu trop lourd au fil des verres qu’il avait ingurgité. A moins qu’il ne s’agisse de son âge. Il avait des airs de Thomas Sangblanc lorsque son foie baignait dans le whisky Pur-Feu. Un ricanement moqueur se faufila jusqu’à ses lèvres… pour finalement s’y écraser, produisant un son à cheval entre l’indignation et la surprise.
Mais qu’est-ce qui ne tournait pas rond chez cet homme ? Sa versatilité commençait sérieusement à la mettre en colère. Lui refuser Hypnotize après tant d’effort pour mettre la main dessus ? Pourquoi ? Ils étaient ici pour cela ! Parce qu’elle avait gagné, et méritait d’entendre sa chanson ! Quel lâche !
Son front contre l’étagère, Alice le fixait avec un lourd ressentiment. Il geignait comme un enfant, s’étalant contre son prestigieux meuble qui devait faire sa fierté sans la moindre considération pour lui. Minable, voila ce qu’il était. Et dire qu’il osait la regarder. Que voyait-il ? Une jeune femme qu’il méprisait pour être une forte et plus digne que lui, ou une louve prête à lui sauter à la gorge pour lui avoir agiter sous le nez un mensonge ? Qu’importait l’image qu’il se faisait-elle. A cet instant précis, Alice n’avait plus envie de sentir son regard sur elle, ni de se tenir dans la même pièce que lui. Il etait un parjure. Et ceux là ne méritaient pas d’avoir Alice près d’eux.
Et voilà qu’il se mettait à siffloter. Les oreilles sensibles d’Alice subir l’assaut de plein fouet. Elle essaya d’en protéger une de son épaule en y faisant rouler sa tête. Son front se détachant de l’étagère lui fit un effet désagréable, presque assez pour lui faire oublier que l’autre en contrebas agresseur ses oreilles.
Un sourcil se haussa cependant. Les roulis de sa tête se figèrent. Cela lui disait quelque chose. Le rythme. Rien que lui. Alice baissa les yeux sur Christopher, et plus particulièrement ses lèvres. Elle plissa les yeux pour mieux observer leurs mouvements. Quatre notes. Quatre toutes petites notes sifflées maladroitement mais reconnaissables pour qui les avait déjà entendues.
Hélas, impossible d’associer un nom, une date ou un souvenir à ces quatre notes. Alice pourrait poser la question à Christopher. Étancher sa curiosité ? Mais Alice savait très bien ce qui suivrait.
Un sourire narquois.
Une moquerie.
Un regard condescendant.
Alice ne lui ferait pas se plaisir. Qu’il s’étouffe avec ses misérables sifflements pareilles a des lames émoussées.
Dans une grande inspiration, Alice parvint enfin à se détacher de l’étagère. Elle recula d’un pas dans un sourire satisfait, avant de laisser tomber son regard sur Christopher contre lequel se fracassa toute trace de félicité. Ce qu’il pouvait sembler loin à cette hauteur. Loin, et minable. Alice avait mérité d’entendre Lonely Day. Il n’avait pas le droit de lui retirer ce qu’il lui avait promis. En lui refusant sa chanson, il lui refusait sa victoire. C’était cruel, même pour cet homme sans foi ni loi, sans honneur ni principe.
Ce n’était pas juste, et cela lui donnait envie, grande envie, irrépressible envie d’envoyer valser son pied dans le visage de Christopher. Il le méritait depuis très, trop longtemps.
Elle ne le ferait pas. Nulle question de compassion, Alice laissait ce genre de fardeau aux Dieux. Ce refus d’obéir à sa fureur reposait sur son équilibre précaire... et peut-être sur autre chose, mais quoi ?
Alice soupira. Elle releva les yeux sur l’étagère à vinyle. Comment retrouver un seul album dans cette immensité mal organisée ? Son regard dévala jusqu’à l’emplacement où elle avait aperçu le nom de Slipknot. Elle s’approcha à nouveau. Sa main attrapa un rebord pour permettre à son corps de se pencher en avant. Sa natte dévala le long de son épaule et heurta celle de Christopher. Qu’importait. Alice etait trop occupée à fouiller du regard à la recherche de Slipknot et, avec un peu de chance, trouverait-elle Hypnotize. Sa main libre se mit à chercher, glissant d’une pochette à une autre. L’autre se cramponnait fermement à l’étagère pour ne pas basculer en avant. Fort heureusement, il s’agissait de la droite, celle qui disposait d’un bras entraîné à manier la baguette lors de grands et nobles duels depuis maintenant quelques années.
Mais tout de même, ce n’était pas une position bien confortable et certainement pas durable dans le temps.
« Je souhaite seulement… écouter ma chanson », marmonnait-elle en fronçant les sourcils. « Si vous aviez eu Nothing Else Matters… ah, laissez tomber… de toutes manières, vous vous fichez bien d’honorer votre parole… Pour moi, c'était la seule occasion de pouvoir écouter Lonely Day ». Ses dents serrées par l'agacement, Alice passait de vinyle en vinyle, ne parvenant plus savoir ce qu'elle cherchait exactement. Hypnotize. Voilà ce qu'elle cherchait. Alors pourquoi diable laissait-elle son regard tomber sur Christopher ? Pourquoi continuait-elle à s'adresser à un parjure ? N'avait-elle pas convenue qu'il ne méritait pas son attention ? « Moi, monsieur Hangoover, je n'ai pas de collection de vinyle... pas plus que je n'ai d'argent à mettre dans l'achat de l'un seul d'entre eux. Vous étiez ma seule chance d'écouter une chanson. Une seule. Une malheureuse petite chanson... » Sa voix se perdit dans un marmonnement incompréhensible, quelque chose entre un grognement et un soupir. Finalement, le glapissement d'une louve fatiguée de courir après l'horizon.
Le regard d’Alice se figea en entendant la réplique de l’homme en contrebas. Il manquait des mots dans cette phrase, ce fut sans doute ce qui frappa en premier la jeune femme… ce qui la frappa, en réalité, car Alice bloqua sur la tournure de cette phrase qu’elle tentait de corriger dans son esprit. Vous n’allez rien faire du tout, et moi non plus. Voilà ce qu’il aurait dû dire. La réalisation la prit quelques longues secondes plus tard, froissant son visage. Venait-il de lui interdire de faire quelque chose ?
Mais oui ! Le voila qui plantait sur elle son vilain regard d’impertinent fripon ! De quel droit osait-il lui interdire quoi que ce soit ? Comment pouvait-il songer en être capable alors qu’il peinait à se tenir droit ? Il s’affalait, misérable dans un corps devenu trop lourd au fil des verres qu’il avait ingurgité. A moins qu’il ne s’agisse de son âge. Il avait des airs de Thomas Sangblanc lorsque son foie baignait dans le whisky Pur-Feu. Un ricanement moqueur se faufila jusqu’à ses lèvres… pour finalement s’y écraser, produisant un son à cheval entre l’indignation et la surprise.
Mais qu’est-ce qui ne tournait pas rond chez cet homme ? Sa versatilité commençait sérieusement à la mettre en colère. Lui refuser Hypnotize après tant d’effort pour mettre la main dessus ? Pourquoi ? Ils étaient ici pour cela ! Parce qu’elle avait gagné, et méritait d’entendre sa chanson ! Quel lâche !
Son front contre l’étagère, Alice le fixait avec un lourd ressentiment. Il geignait comme un enfant, s’étalant contre son prestigieux meuble qui devait faire sa fierté sans la moindre considération pour lui. Minable, voila ce qu’il était. Et dire qu’il osait la regarder. Que voyait-il ? Une jeune femme qu’il méprisait pour être une forte et plus digne que lui, ou une louve prête à lui sauter à la gorge pour lui avoir agiter sous le nez un mensonge ? Qu’importait l’image qu’il se faisait-elle. A cet instant précis, Alice n’avait plus envie de sentir son regard sur elle, ni de se tenir dans la même pièce que lui. Il etait un parjure. Et ceux là ne méritaient pas d’avoir Alice près d’eux.
Et voilà qu’il se mettait à siffloter. Les oreilles sensibles d’Alice subir l’assaut de plein fouet. Elle essaya d’en protéger une de son épaule en y faisant rouler sa tête. Son front se détachant de l’étagère lui fit un effet désagréable, presque assez pour lui faire oublier que l’autre en contrebas agresseur ses oreilles.
Un sourcil se haussa cependant. Les roulis de sa tête se figèrent. Cela lui disait quelque chose. Le rythme. Rien que lui. Alice baissa les yeux sur Christopher, et plus particulièrement ses lèvres. Elle plissa les yeux pour mieux observer leurs mouvements. Quatre notes. Quatre toutes petites notes sifflées maladroitement mais reconnaissables pour qui les avait déjà entendues.
Hélas, impossible d’associer un nom, une date ou un souvenir à ces quatre notes. Alice pourrait poser la question à Christopher. Étancher sa curiosité ? Mais Alice savait très bien ce qui suivrait.
Un sourire narquois.
Une moquerie.
Un regard condescendant.
Alice ne lui ferait pas se plaisir. Qu’il s’étouffe avec ses misérables sifflements pareilles a des lames émoussées.
Dans une grande inspiration, Alice parvint enfin à se détacher de l’étagère. Elle recula d’un pas dans un sourire satisfait, avant de laisser tomber son regard sur Christopher contre lequel se fracassa toute trace de félicité. Ce qu’il pouvait sembler loin à cette hauteur. Loin, et minable. Alice avait mérité d’entendre Lonely Day. Il n’avait pas le droit de lui retirer ce qu’il lui avait promis. En lui refusant sa chanson, il lui refusait sa victoire. C’était cruel, même pour cet homme sans foi ni loi, sans honneur ni principe.
Ce n’était pas juste, et cela lui donnait envie, grande envie, irrépressible envie d’envoyer valser son pied dans le visage de Christopher. Il le méritait depuis très, trop longtemps.
Elle ne le ferait pas. Nulle question de compassion, Alice laissait ce genre de fardeau aux Dieux. Ce refus d’obéir à sa fureur reposait sur son équilibre précaire... et peut-être sur autre chose, mais quoi ?
Alice soupira. Elle releva les yeux sur l’étagère à vinyle. Comment retrouver un seul album dans cette immensité mal organisée ? Son regard dévala jusqu’à l’emplacement où elle avait aperçu le nom de Slipknot. Elle s’approcha à nouveau. Sa main attrapa un rebord pour permettre à son corps de se pencher en avant. Sa natte dévala le long de son épaule et heurta celle de Christopher. Qu’importait. Alice etait trop occupée à fouiller du regard à la recherche de Slipknot et, avec un peu de chance, trouverait-elle Hypnotize. Sa main libre se mit à chercher, glissant d’une pochette à une autre. L’autre se cramponnait fermement à l’étagère pour ne pas basculer en avant. Fort heureusement, il s’agissait de la droite, celle qui disposait d’un bras entraîné à manier la baguette lors de grands et nobles duels depuis maintenant quelques années.
Mais tout de même, ce n’était pas une position bien confortable et certainement pas durable dans le temps.
« Je souhaite seulement… écouter ma chanson », marmonnait-elle en fronçant les sourcils. « Si vous aviez eu Nothing Else Matters… ah, laissez tomber… de toutes manières, vous vous fichez bien d’honorer votre parole… Pour moi, c'était la seule occasion de pouvoir écouter Lonely Day ». Ses dents serrées par l'agacement, Alice passait de vinyle en vinyle, ne parvenant plus savoir ce qu'elle cherchait exactement. Hypnotize. Voilà ce qu'elle cherchait. Alors pourquoi diable laissait-elle son regard tomber sur Christopher ? Pourquoi continuait-elle à s'adresser à un parjure ? N'avait-elle pas convenue qu'il ne méritait pas son attention ? « Moi, monsieur Hangoover, je n'ai pas de collection de vinyle... pas plus que je n'ai d'argent à mettre dans l'achat de l'un seul d'entre eux. Vous étiez ma seule chance d'écouter une chanson. Une seule. Une malheureuse petite chanson... » Sa voix se perdit dans un marmonnement incompréhensible, quelque chose entre un grognement et un soupir. Finalement, le glapissement d'une louve fatiguée de courir après l'horizon.
Avatar dessiné par ma merveilleuse Élicia Caldin
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
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