Ich bin eine Kartoffel

20 décembre 2049
avec @Adélaïde Brennen

Titre : "Je suis une pomme de terre"
Je glisse à moitié en courant vers la librairie pour me réfugier au chaud. Mon écharpe vole derrière moi, m'empêtre un peu les bras et manque de me faire tomber pour de bon. Rhys a accepté de me laisser aller seule chez Fleury et Bott, parce que... je ne voulais pas qu'il m'accompagne et sache ce que j'allais faire. Ce n'est pas un secret top secret, mais il risquerait de ne pas comprendre. Ou pire : comprendre et ne pas être content.

Une énième glissade me fait foncer dans la porte de la librairie, que je pousse dans un élan maladroit. Un courant d'air froid m'accompagne alors que je m'engouffre à l'intérieur. « Bonjour, Monsieur... » Oh non, c'est quoi déjà son nom ? O'Brien ? Non, ça c'est autre chose. Je laisse tomber et file vers le rayon langues.

Il me faut plusieurs secondes... minutes, pour trouver ce que je cherche. J'effleure les couvertures du bout des doigts, déchiffre quelques titres qui me paraissent déjà trop compliqués, et finis par attraper un livre qui a l'air écrit pour les gens comme moi. Je m'assieds par terre en tailleur, pose le livre ouvert à une page au hasard sur mes genoux et commence à lire.

L'allemand, c'est compliqué. « Ich werde essen. Du wirst. Er wird.1 » Quoi ? Mais pourquoi il fallait que ça se conjugue... et pourquoi le deuxième verbe est toujours à la fin. À l'infinitif. Pourquoi est-ce que je me suis lancée dans ça déjà ?

Je fronce les sourcils, relis trois fois la même phrase et soupire. Je vais avoir besoin d'un dictionnaire. Et peut-être d'un miracle. « Ich bin ein dummer Gnom.2 »

Hallo :cute:

1 Je mangerai. Tu mangeras (verbe manger sous-entendu). Il mangera.

2 Je suis un gnome bête.
Dernière modification par Adeline Sgaeyl le 6 nov. 2025, 01:00, modifié 2 fois.

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« dishonor on your cow. »

Ich bin eine Kartoffel
Une main effleure la tranche d'un ouvrage. Un regard se perd sur son titre, la tête faiblement inclinée pour mieux lire les écriteaux. Les pans d'une robe caressent les piles de livres entassés dans un coin, sûrement dans l'attente d'être rangés. Le bois lisse d'une toute nouvelle canne rythme les pas talonnés d'une silhouette au milieu des étagères, évoluant lentement dans la boutique. Ces derniers temps, Adélaïde passait un certain temps à arpenter les bibliothèques de Fleury & Bott. Les fêtes approchaient et, à défaut d'avoir beaucoup d'amis à qui offrir des présents, Simon était réapparu dans sa vie il y a quelques semaines de cela, et, malgré leurs retrouvailles quelque peu mouvementées, elle était soulagée de le voir revenir ainsi dans son quotidien. Il lui était donc instinctif de se précipiter dans son lieu de prédilection afin de dégoter des textes qui pourraient plaire à son frère, et qui par la même occasion, lui permettrait de se faire pardonner pour sa réaction démesurée en novembre passé. Dans ses souvenirs, son ainé avait une petite étagère où trônaient quelques recueils à tendance poétiques comme elle l'avait compris, alors peut-être que lui faire un rappel au bon vieux temps pourrait les aider à retrouver cette proximité qui s'était estompée au cours des années précédentes ?

Alors que ses pupilles scannaient la reliure d'une édition qui lui était inconnue, un faible sifflement lui parvient à l'oreille. Enfin, un sifflement... Quand on y repense, c'était plutôt une sorte de bouillie sonore. Mais un son qui ne lui était pas totalement inconnu, au contraire, il lui était même plutôt familier... Si elle ne perdait pas la tête, ces échos étaient bien ceux d'une tentative de prononciation de la langue allemande... Encore fallait-il en être certaine et, piquée par la curiosité qui fronçait involontairement ses sourcils, elle se faufila à travers la librairie, en quête de la source de ces murmures. Nul besoin de retourner les allées pour l'atteindre, et déjà l'origine fut retrouvée, assise en tailleur dans un coin de la pièce. Un sourire attendri se dessina ses lèvres de l'astronome alors qu'une tête blonde était plongée dans un manuel de langues, en pleines révisions. Alors qu'elle s'apprêtait à retourner vaquer à ses occupations, quelque chose éclata à l'intérieur d'elle-même. Si ce n'était pas une outrance, c'était comme un rire, de surprise probablement. Est-ce que l'enfant venait réellement de prononcer à haute et distincte voix qu'elle était un gnome stupide ? Il se pourrait bien que oui. De toute évidence, ses connaissances en la matière devaient être plutôt faibles sinon, quelle utilité de se ridiculiser volontairement ? De loin, l'enfant avait à peu près la même silhouette que Linh il y a encore un an deux ans. La fillette devait donc avoir 12 ou 13 ans tout au plus. Lorsqu'elle eut fini de la fixer avec un air de maman poule surprotectrice, Adélaïde se décida à se rapprocher un peu pour repêcher la blondinette et l'empêcher de répéter de nouvelles bêtises.

Un gnome, dis-tu ?

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Je continue de lire les points de grammaire censés être basiques en marmonnant, mais qui m'ont l'air d'être tout droit sorti de l'enfer. Merlin, il y a vraiment des gens qui parlent cette langue ? Volontairement ? Une voix semble d'adresser à moi mais je continue de lire, en suivant du doigt les mots, en prononçant vaguement : « C'est de l'allemand, c'est pas comme en anglais. » Attendez... Puis je lève la tête si vite que je m’en tords presque le cou. Une dame. Une grande dame, classe et jolie. Elle me regarde. Moi. Qui suis par terre.

Je cligne des yeux. Une fois. Deux fois. Le temps que mon cerveau redémarre. « Gnom ça veut dire fille en allemand, c'est pour ça que... » Je m’enfonce un peu plus dans le sol, ou du moins j’essaye. J’agrippe mon livre comme si c’était un bouclier. Et je parle. Beaucoup. Trop. « C’est juste que… haben, sein, werden, ils me regardent avec des yeux cruels depuis tout à l’heure. Et je crois que le verbe manger essaie de me piéger. Il est toujours au bout de la phrase comme un petit ninja. Et puis tout est à l’envers ! C'est pour ça que je dis que je suis bête, mais maintenant c’est encore pire. »

Je prends une grande inspiration. Je suis un cas désespéré, c'est acté. « Vous parlez allemand ? Non parce que là, je crois que j’ai besoin d’un traducteur. Ou d’un exorciste. Ou des deux. » Je lui tends timidement le livre. En espérant qu’elle n’a pas entendu le passage où j’ai aussi traité le passé composé de démon.

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L'astronome laissa s'étirer un sourire plus large sur ses lèvres. Décidément, cette fillette avait bien besoin d'un coup de main. Il fallait dire que cette jeune sorcière n'était pas aussi chanceuse que l'avait été Adélaïde : l'allemand étant sa langue maternelle, l'instruction n'en avait été que de plus fluide, bien qu'elle se rappelait encore rebuter sur certaines déclinaisons. L'incompréhension naissant sur le visage de la blonde la rappelait à ses souvenirs, de gros manuels de Russe reposant sur ses genoux alors qu'elle tentait désespérément d'articuler un Меня зовут Аделаида1 pour s'en sortir à Durmstrang.

Je n'en suis pas si sûre... lança t'elle, le ton un brin amusé.

La tirade de la plus jeune s'étendit alors encore plus et s'associa pour la trentenaire aux interrogations de ces élèves qu'elle avait eus en face d'elle, des années auparavant, lorsqu'elle s'adonnait à l'apprentissage de cette langue auprès des enfants du voisinage.

Commençons par éviter l'option de l'exorciste, affirma t'elle en se retenant de préciser que si tel était son souhait, l'allée des embrumes saurait sans aucun doute satisfaire sa requête. Ich spreche Deutsch, ja.2

Elle se rapprocha un peu de l'enfant et lui demanda la permission de s'asseoir non loin d'elle. Ainsi, cela ne serait que plus pratique si une petite leçon devait s'imposer.
La construction des phrases dans la langue allemande est un peu différente de l'anglais. La seule façon de bien se repérer est d'apprendre la méthode, commença t'elle avec enthousiasme. Est-ce que tu prends des cours, ou est-ce une simple curiosité ?

Sa réponse déterminerait ce que la brune pourrait lui apporter. Plongée dans l'instant présent, elle en oublia totalement la raison première de sa venue à la librairie.

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1 Меня зовут Аделаида - Je m'appelle Adélaïde
2 Ich spreche Deutsch, ja - Je parle allemand, oui

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Elle parle allemand. Ma bouche s'ouvre grand elle prononce quelques mots, que je comprends uniquement grâce aux quelques bases que j'ai. C'est-à-dire : les formules de salutation, de politesse et de présentation ? « Ich heisse Adeline und... ich spreche1 pas bien allemand. » Je me décale pour laisser de la place à la jolie dame. Ça veut dire qu'elle veut bien m'aider ? Je bouge mes pieds, contente qu'elle accepte. Parler avec quelqu'un c'est mieux que de lire des livres. Les livres disent pleins de choses - sûrement vraies - mais ils ne répondent pas aux questions et ils sont ennuyants. En plus ceux de grammaire n'ont souvent pas d'images.

« J'ai appris quelques règles avec mon précepteur à la maison, mais Maman n'était plus d'accord pour que j'apprenne l'allemand. » Ça lui rappelle papa, et elle n'aime pas que je fasse quelque chose que lui faisait aussi. Apparemment il a des origines germaniques. « Donc j'essaye d'apprendre toute seule mais c'est compliqué. » Enfin, c'est surtout compliqué de se concentrer pendant plus de dix minutes pour essayer d'assimiler au moins un point de grammaire. Je fronce les sourcils en fixant le livre dans mes mains. « Par exemple là ils parlent des verbes de modalité2, mais j'ai pas compris comment on est censés faire une phrase avec. » C'est de la torture. Ce n'est pas pas aussi compliqué en anglais, si ?

Je tourne ma tête vers l'adulte. « Et vous, vous avez appris l'allemand par choix ou parce que vous étiez obligée ? » Ou peut-être que c'est sa langue maternelle, son accent quand elle parle n'est pas bizarre comme le mien.

Notes :
1 Je m'appelle Adeline et... je parle
2 Les verbes de modalité können (pouvoir), dürfen (avoir le droit), sollen (devoir), müssen (devoir, être obligé), wollen (vouloir) se conjuguent et impliquent que le verbe en complément soit à l'infinitif. Par exemple, "tu dois manger des légumes" se traduit "du musst Gemüse essen". "Musst" c'est le verbe müssen traduit à la deuxième personne, donc essen (manger) se retrouve à l'infinitif à la fin de la phrase.

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Elle l'écoutait parler. Les quelques sons étrangers qui peinaient à sortir de la bouche de cette enfant amusait l'Allemande qui retenait un léger rire amusé. Mais il y avait autre chose. Autre chose...un sentiment qu'elle ne pourrait décrire avec des mots, aussi bien dans sa langue maternelle que dans celle qui résonne dans chaque coin de rue de son territoire d'adoption. Un semblant de fierté qui étrangement touchait son cœur, bien qu'il soit né d'une jeune inconnue. Il lui en fallait peu pour sentir son cœur se réchauffer, et, la dénommée Adeline, par son simple souhait de s'imprégner de cette toute nouvelle culture, avait déjà gagné une part de sa reconnaissance. Comme elle se sentait honorable, assise ici dans un coin de bibliothèque, transmettant son savoir précieux de ses mains à là nouvelle génération !

Un gloussement discret raisonna tout de même dans sa gorge lorsqu'elle se présenta à son tour.

Ich heisse Adélaïde, und ich spreche...bien allemand !

Sur cette taquinerie digne de celles qu'elle faisait régulièrement à Linh, elle se focalisa de nouveaux sur ce que lui confiait la jeune sorcière. Un simple hochement de tête vint ponctuer la phrase à propos de la mère. Bien qu'elle n'en montra pas un signe, elle se demanda pourquoi quiconque empêcherait son enfant d'apprendre une langue étrange. Cette femme devait avoir ses raisons, c'est pourquoi elle n'en dit pas un mot. Le cas contraire serait tout à fait opportun et ce n'était pas à cette petite tête blonde de justifier les choix de sa génitrice.

Suivant toujours d'une oreille attentive la voix de la fillette, elle fit glisser le livre jusqu'à elle pour se familiariser aux propos qui y étaient inscrits. Un "Hm" de compréhension, et elle commença à formuler des explications plus claires que celles qui figuraient dans ces pages, bien trop alambiquées pour qu'un enfant puisse en saisir le sens rapidement.

Tes verbes de modalités — ces six là, elle pointa du doigt la liste dans le manuel, C'est comme s'ils avaient un petit frère ou une petite sœur, tout le temps près d'eux. Donc, quand tu les utilises dans ta phrase, il y aura toujours un autre verbe à l'infinitif —c'est le petit frère, à la fin. Il ne bouge jamais. Il est complètement immobile, comme un pilier.

La trentenaire mima une entité statique, ses deux bras le long du corps. Elle poursuivit pendant une petite minute, en promulguant différents conseils appuyés de mots simples et de moyens mnémotechniques pour faciliter la compréhension d'Adeline.

...Donc, en résumé, tu as ton verbe —parmi les six que nous venons de voir, conjugué avec sa proposition — en bref, avec la phrase et son sujet, accompagné de son frère le verbe à l'infinitif, collé à la fin, à côté du point ! fit-elle en simulant des blocs invisibles devant elle pour illustrer la position de chaque élément.

Adélaïde patienta un instant, histoire que l'information monte au cerveau de sa jeune apprentie.

Ce n'est pas grave si tu n'y parviens pas tout de suite, j'en donne peut-être une image de simplicité, mais tout est beaucoup plus évident lorsqu'il s'agit du langage de notre terre mère. La rassura-t-elle avec bienveillance. J'ai moi aussi parfois, encore peine à me rappeler de certaines règles grammaticales anglaise de base, et pourtant, j'ai passé presque autant de temps en Allemagne que sur nos belles landes britanniques ! Avoua t'elle en pouffa.

Pourtant, son rire s'atténua le temps d'une seconde, son regard planté au loin, sur une série d'ouvrages qui lui était inconnue, et qui, en cet instant, n'avait jamais incarnée quelque chose d'aussi peu capital. Son exclamation était venue si naturellement qu'elle en fut elle-même frappé par son authenticité. L'astronome avait maintenant 35 ou 36 ans, tout au plus, cela faisait un moment qu'elle négligeait le calcul de son âge, au profit du décompte des étoiles. Elle avait senti sa cape battre ses chevilles sous le vent des vieilles campagnes bavaroises pour la dernière fois à ses 18, 19 ans, sûrement... Les chiffres étaient bons. Cette brusque réalité s'ancra un instant dans ses pupilles, avant de s'y arracher pour se reposer tendrement sur ceux de la blondinette.

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Merci pour tes explications, j'espère ne pas avoir raconté de bêtises :lol:

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Adélaïde. Je hoche une fois la tête en souriant et je note son accent quand elle parle allemand. Est-ce que c'est sa langue maternelle ? Ça voudrait dire qu'elle parle bien anglais et allemand. C'est beaucoup trop stylé. La seule autre langue que je connais à peu près c'est le gaélique, et c'est tellement inutile que je suis sûre de l'oublier d'ici... un an. Ou moins. Mon précepteur me forçait à m'exercer en parlant presque à chaque leçon, mais maintenant que je n'ai personne avec qui le parler ça risque d'être compliqué. Mamie va bouder mais que voulez-vous, mon cerveau doit faire régulièrement le vide sinon je n'arrive pas à faire quoi que ce soit d'autre. Avec les cours, les prénoms des gens, ceux des cousins de la tante de la demi-sœur de la mère de maman, ça n'en finit plus.

« OOH ! » Je garde les yeux rivés sur la dame qui m'explique cette leçon incompréhensible qui semble déjà moins compliquée. Sûr de sûr que je me souviendrai de l'histoire du petit frère. Je regarde de nouveau les exemples de phrase dans le manuel et je... comprends. « Vous expliquez trop bien ! » Elle devrait devenir professeure d'allemand. Est-ce qu'elle l'est déjà ? Il y a certains professeurs à Poudlard qui savent bien enseigner aussi, d'autres moins ou alors je ne comprends juste pas. Il me faut des exemples en général pour que je puisse retenir, et la théorie qui est expliquée avec des mots trop compliqués ne rentre tout simplement pas dans ma tête.

Mes yeux s'écarquillent quand elle parle de terre mère, et maintenant j'ai la preuve qu'elle est allemande pour de vrai. « C'est comment là-bas ? » Oubliez la leçon privée d'allemand, ça c'est bien plus intéressant. « Vous avez appris l'allemand depuis que vous êtes toute petite ? » Ça a l'air compliqué comme langue à apprendre très tôt, il y a beaucoup trop de règles et d'exceptions. Je n'imagine pas les gens qui doivent avoir des devoirs et des examens dessus.* L'anglais c'est plus intuitif j'ai l'impression. Les mots ne font pas trois kilomètres de long, la grammaire est assez simple, il n'y a pas de petit frère tout à la fin et on n'est pas obligés de mettre de façon totalement aléatoire des majuscules au milieu d'une phrase. J'en oublierais presque les exceptions, avec les verbes irréguliers qui sont en fait réguliers sauf à la deuxième et la troisième personne. Et au prétérit. Et aussi au parfait, mais par contre l'auxiliaire reste tout à fait régulier. Honnêtement, qui est ce démon qui a inventé cette langue ? Sûrement un monsieur très aigri et sadique. « Vous préférez l'anglais ou l'allemand, Miss Adélaïde ? »

454 mots
*Je ne parle pas du tout en connaissance de cause. Du tout.
Et tout le reste du paragraphe n'a rien a voir avec mon traumatisme
à cause de cette langue bien trop complexe.
<3

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Un petit rire fier résonna dans la gorge de l'Allemande alors que l'information montait au cerveau de celle qui était son élève le temps d'une journée. D'une certaine façon, les hésitations d'Adeline étaient semblables à celle d'Adélaïde lorsque, à son âge, elle étudiait la grammaire et la conjugaison de sa langue maternelle, qui s'emmêlait, s'embrouillait parfois avec celles du russe, qu'elle travaillait en parallèle pour communiquer au mieux à Durmstrang. Alors, les verbes, les lettres, les accords, les phrases toutes entières s'entortillaient à travers les codes germaniques, les règles slaves, et souvent, elle en venait à la conclusion qu'il serait tellement plus pratique de pouvoir parler un mélange de toutes les langues qu'on connaissait, toujours en étant compris d'autrui. Même encore aujourd'hui, la scientifique se perdait parfois, cherchait un adjectif, qui ne lui venait qu'en russe, un nom, qui n'apparaissait dans sa mémoire qu'en allemand, et comme ce serait pratique de regrouper ces deux dialectes, d'y ajouter l'anglais, et d'ainsi le parler au quotidien ! Aux voisins, aux amis, aux visiteurs, aux commerçants. Tous. Oh, ce ne serait plus qu'un vilain charabia dépourvu de sens, de logique, mais comme ce sera plus évident pour celui qui délivrerait ainsi son discours !

Le compliment de la blondinette s'immisça lentement dans la poitrine de l'adulte. Il n'y avait rien de plus sincère, de plus pur que l'exclamation d'un enfant, et il fallait bien avouer que les mots de celle-ci lui faisaient plus que plaisir. Il y avait quelque chose de tellement doux dans la parole des plus jeunes, quelque chose qui nous faisait sourire, puisqu'il portait une vérité si innocente qui, pour eux, paraissait inée, mais qui, pour ceux qui se perdent dans les abysses de l'âge, ne méritait même pas d'être évoquée, tant les compliments se noyaient dans les cœurs avec l'âge qui grimpait. On avait tendance à se taire plus, à sous-entendre nos plaisirs, comme si de cette façon, ils seraient moins faciles à deviner. Comme si, si cela venait à mal se passer, ce serait utile de dire que, non, ce n'était absolument pas ce qu'on voulait dire. Pourquoi toujours tout cacher, tout dissimuler derrière des paroles gorgées de mensonge, d'inutiles fioritures, de détails subtiles, mais complètement étrangers au corps de ce qu'on souhaite exprimer. Dix mille chemins, dix mille façons de dire les choses, et toujours, la plus belle, la plus magnifique et la plus tendre restait celle des jeunes.

Lorsque toute vérité est délivrée avec fierté. Lorsqu'une émotion ne fait jamais l'objet d'une honte.

D'une crainte.

Car, pourquoi cacher ce qu'on ressent si ce n'est à cause de la peur toute-puissante ? Celle qui nous écrase, celle qui nous tétanise. Pourquoi ne pas l'énoncer, cette vérité ? Avons-nous peur de nous trouver faibles, insignifiants, une fois élevée dans l'agora ? Avouer, reconnaître les avantages d'un autre faisait-il de nous une personne médiocre ? Sans importance ? Il y avait eu un temps où l'astronome était amoureuse de ceux qui savaient manier l'épée, elle le disait sans crainte. Mais aujourd'hui, jamais plus elle ne ferait cette remarque. Car, à cet âge-ci, cela sous-entendait qu'elle aurait aimé être comme eux. Mais qu'elle ne l'était pas.

Encore une fois, les adultes se creusaient trop la tête, toujours. En permanence. Des millions d'interrogations dans l'esprit de la cadette Brennen, pour quelques mots si simplement énoncés. Voilà la triste condition de l'être humain ; étouffer dans le questionnement perpétuel de ce qui l'entoure. À tout vouloir interpréter, déceler, on se perdait dans un sens si profond que même la nature n'y avait pensé. La douce et chaleureuse nature qui, à l'aube, plante son drapeau blanc, rétablie notre paix intérieure alors que le Soleil s'élève de nouveau, chassant les interrogations noires des nuits glaciales.

D'un faible sourire, elle remercia Adeline. La jeune fille semblait s'intéresser aux terres allemandes. Une nouvelle fierté dans la poitrine d'Adélaïde qui aimait plus que tout parler de ses belles terres natales qui, lorsque tous partaient se coucher, restaient près d'elle pour lui offrir un ciel étoilé sans pareil, si lumineux et pourtant si noir qu'on pourrait autant s'y perdre qu'en être aveuglé. Alors, elle prit une grande inspiration, se remémorant, du mieux qu'elle le pouvait, ces instants marquants, passés, sur les landes du Main-Spessart.

« C'est...très différent d'ici. On n'y voit pas les mêmes lieux, on n'y apprend pas les mêmes choses. Son regard se perdit un peu à travers les étagères. Je ne pense pas que ce soit comparable, Adeline. Je pense que, comme ça, on pourrait se dire que c'est un autre morceau de Terre, comme un autre. Évidemment, il y a des champs, de grands villages, des écoles, comme partout dans le monde. Aber die Menschen dort sind ganz anders als hier...1 »

Elle marqua une pause. À travers son esprit, des images, des films entiers repassaient devant le cinéma de ses yeux. Des fragments de souvenir, des visages, des exclamations. Des étreintes. Des altercations. Une vivacité, et une chaleur splendide, d'une énergie sans pareil. Sans nul doute égalée, quelque part dans cet univers, mais jamais comparable. Puisqu'on ne pouvait tout simplement pas comparer l'âme des individus. Celle des allemands étaient d'un scintillement, d'un éclat fabuleux, elle faisait rire, sourire, pleurer. Mais d'une manière tellement dissemblable de celle dont on pouvait témoigner ici, et maintenant. Chaque peuple était différent. C'était le juste mot.

Avant que le silence ne devienne trop pesant, elle reprit :

« L'Allemagne est un beau pays. La meilleure façon de le comprendre est d'en témoigner de ses propres yeux. »

Elle reporta toute son attention sur la blonde, chassant de son esprit des images de Mr Kummer, debout là-bas, quelque part, sur les parcelles paysannes des villages alentours. « Oui, je parle allemand depuis ma naissance, en quelque sorte. Ce n'était pas évident de tout comprendre, ah ça oui, mais je pense que c'est toujours plus facile de saisir la logique de sa langue maternelle, que celle d'un dialecte qui nous est à l'origine étranger. »

Elle appuya le sérieux de son propos d'un hochement de tête assuré. Une langue pouvait bien être la plus compliquée que l'humanité toute entière ait connue, ce serait toujours plus simple d'en comprendre les méandres lorsqu'on la parlait au quotidien, lorsqu'on avait des mécanismes. Les accords que l'on fait dans un langage appris nous sont automatiques dans notre langue maternelle. Nul besoin de réfléchir et donc, une difficulté en moins.

Adeline posa une nouvelle question. Une question à laquelle elle aurait dû s'attendre, tant elle était fréquente chez les jeunes gens. Les "tu préfères". Mais Adélaïde ne préférait jamais rien. Elle appréciait souvent, ça oui. Mais, la préférence, c'était mettre en avant un bienfait et rejeter l'autre. Dire oui à l'un, et non à l'autre. Déclarer que telle chose était plus intéressante, plus passionnante que celle à laquelle on la comparait. C'était en Allemand qu'Adélaïde avait envoûté pour la première fois Iaros —qui n'avait d'ailleurs compris un traître mot de son éloge. Mais c'était également en anglais qu'elle avait vécu près d'un dizaine d'années avec Antonn. En Allemand elle avait découvert sa passion pour les étoiles, mais en anglais elle l'avait véritablement exercée. C'est ici qu'elle avait fait de si belles rencontres, mais c'est sur le contient qu'elle avait forgé ses premières amitiés sous la neige. Il était difficile de choisir. Mettre les Britanniques sur un piédestal, c'était renoncer à tout jamais à la dernière chose qui la reliait à sa nation d'origine : son précepteur. Mais signer un contrat avec son pays natal, c'était nier tous les bienfaits que lui avaient apporté le territoire anglo-saxon.

Mais encore une fois, les adultes avaient tendance à se poser trop de questions. À trop réfléchir. Elle se mit au niveau de la pensée de la jeune fille et se contenta de répondre simplement.

« L'anglais est une langue plus simple que l'allemand. Elle est jolie au son, et ses expressions sont charmantes. L'allemand, lui, est peut-être trop chargé, trop direct, même agressif parfois, aux oreilles de ceux qui ne le parlent pas. Mais la beauté et l'histoire qu'il porte ne peuvent être niées. Je ne pourrais faire de choix, en réalité. »

La trentenaire fit tourner une de ses bagues entre son pouce et son index, évitant le regard de sa jeune compagnie, comme si elle avait pu la décevoir par son incapacité à prendre des décisions. Des initiatives. Mais ici, c'était tout bonnement impossible. Et Adélaïde savait mieux que personne que, souvent, l'ignorance de certains faisait le malheur, l'agacement des autres. Pour casser le malaise apparent —celui qui hurlait dans ses poumons vides, elle questionna :

« Que sais-tu de l'Allemagne, Adeline ? »

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Tout plein de courage pour cette langue que tu n'apprends pas, dont tu ne parles absolument pas en connaissance de cause, et qui n'a aucun lien avec un quelconque traumatisme que tu aurais pu avoir à cause de cette langue bien trop complexe.

1 Traduit de l'allemand : "Mais les gens là-bas sont très différents d'ici..."

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