TW Ton Absence est mille-quatre-vingt-trois fois trop longue

tw : mort ; deuil ; vocabulaire vulgaire
11/12/2049
autour de 15h
3ème Année
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Mille-quatre-vingt-trois jours, soit deux ans, onze mois et dix-huit jours. Dans moins de deux semaines, ça ferait mille-quatre-vingt-seize jours. Trois ans qu’il était parti pour toujours. Trois ans que la jeune fille avait regardé la vie s’échapper de son frère sans pouvoir faire quoi que ce soit pour l’empêcher. Mille-quatre-vingt-trois jours, c’était le Temps qui s’était écoulé depuis qu’Aydan avait disparu, et depuis il avait toujours treize ans, huit mois et dix jours. Et il aurait treize ans, huit mois et dix jours pour l’éternité.
Dans soixante-cinq jours – qui correspondent à deux mois et trois jours –, elle aurait treize ans. Et dans trois-cent-dix-huit jours, c’est à dire dix mois et quatorze jours, Etoile serait officiellement plus âgée que son grand frère. Quelle étrange et douloureuse chose que celle de continuer à grandir et vieillir alors qu’un Etre en particulier est condamné à ne jamais gagner une année de plus.

Tous ces nombres et toutes ces pensées qui voletaient comme des papillons, c’était le vacarme qui embrouillait incessamment la tête d'Etoile depuis le 24 décembre 2046. Tous les jours, c'était la même chose – et ça empirait dès que le Mois Maudit commençait. Chaque jours qui passait la rapprochait du 24, et la jeune fille n'avait aucune envie de devoir supporter cette journée. Encore. Si seulement elle avait le pouvoir de supprimer des jours, elle effacerait sans hésiter le numéro 24 de chaque mois. Et si elle pouvait carrément supprimer un mois, ce serait le Mois Maudit. De toute façon, Noël n'était rien d'autre qu'une illusion pour convaincre les Autres que l'Hiver était une bonne saison. Comme si la neige était belle.
Alors, la petite Aigle passait la majorité de son temps à l'intérieur pour éviter au maximum de devoir descendre dans les flocons. Ces mêmes flocons qui lui avaient offerts son deuxième prénom – Flocus. Existait-il pire coincidence ? Pire coup du sort ? Quelle honte. Putain de verglas. Putain de voiture. Oui, rester enfermée à l'intérieur en retenant son souffle pour attendre que Janvier arrive était la seule solution qu'elle avait pu trouver pour survivre au Mois Maudit.

Mais c'était trop beau pour être vrai.

Au bout d'un certain temps, Etoile finissait par se languir de la sensation du vent sur son visage, du froid qui venait picoter son nez et ses joues, du son des feuilles qui craquaient sous ses pieds et – évidemment – l'impression de liberté qu'elle avait lorsqu'elle s'échappait des murs étouffants du château. Et aujourd'hui était un bel exemple de l'échec de sa stratégie.

C'était pourtant un beau Samedi, mais l'Aiglonne s'était levée du mauvais pied et même Shadow n'avait pas réussi à la divertir. Alors elle avait pensé que se réfugier dans la Salle Commune serait une bonne idée, mais elle s'était avérée bondée et le vacarme ambiant l'avait rapidement poussée à s'en échapper. Après avoir erré dans les couloirs et n'y tenant plus, Stella était remonté dans la Tour Ouest pour enfiler un pull molletonné par-dessus sa tenue, glisser ses mains dans des gants et rajouter une paire de chaussettes chaudes avant d'aller prendre l'air dans le Parc.
C'était ainsi que la Serdaigle se retrouvait à marcher sans direction dans le parc recouvert d'une épaisse couche de neige, ses pensées fusant à toute vitesse et sa bouche marmonnant des choses sans queue ni tête – quoique principalement des injures. « Merde mais qu'est-ce que j'fous là » grommela-t-elle.

Tout son être débordait d'émotions qu'elle peinait à retenir et encore plus à contrôler. C'était de sa faute si Aydan avait disparu, n'est-ce pas ? De sa faute s'il avait encore 13 ans. De sa faute s'il n'était plus là pour la rassurer et la faire rire. De sa faute, de sa faute, de sa faute ! « Rhaaaa, merde, merde, merde ! » cria-t-elle en donnant un coup de pied rageur dans le sol. Une pelletée de neige s'envola dans les airs avant de retomber lourdement sur le sol dans un bruit mat pathétique. *Pfff, comment est-ce qu'on peut trouver ça beau* railla-t-elle en observant les flocons éparpillés d'un regard mauvais. L'eau à son état pur et liquide était bien plus belle et envoutante que cette pâle copie gelée qui n'apportait jamais rien de bon. Des grippes à cause du froid, des fractures à cause du côté glissant, des frissons à cause de l'humidité. Et la mort. Le rouge carmin qui s'étalait sur le blanc immaculé, un coquelicot fragile qui éclorait dans une plaine blanche. Etoile serra les dents et contracta ses poings, essayant vainement de retrouver son calme. Peine perdue, la colère qui crépitait dans ses muscles et au bout de ses doigts ne voulait pas l'écouter. Elle devrait y céder, au risque de tout ravager autour d'elle. « Pathétique » soupira-t-elle entre ses dents serrées. Et, s'approchant de l'arbre le plus proche, elle abattit violemment ses poing contre le tronc – comptant sur ses gants épais pour la protéger de l'impact.

Mille. Quatre. Vingt. Trois, gronda-t-elle, ponctuant chaque mot d'un coup de poing dans l'arbre.

Plus elle frappait et plus l'onde de choc se propageait dans son bras, mais Etoile était trop en douleur pour y prêter attention. Pourquoi ? « Pourquoi t'es parti ! » s'exclama-t-elle d'une voix étranglée et haletante, essayant de reprendre son souffle. C'était malin : elle avait trop chaud maintenant. Alors elle se débarrassa de ses gants et de sa veste – qu'elle posa sur une branche basse – et refit face à son punching-ball improvisé. Très bien, c'était l'heure de se défouler.
Un. Deux. Trois. Quatre. Cinq. Tout en comptant dans sa tête, la Troisième Année frappait en rythme l'écorce qui lui résistait tant bien que mal. Six. Sept. Huit. Neuf. Dix. Rapidement, ses phalanges protestèrent mais elle les ignora, trop concentrée sur sa colère. Onze. Douze. Treize. Quatorze. Quinze. Quelques gouttes de sang coulèrent sur son poignet droit. Seize. Dix-sept. Dix-huit. Dix-neuf. Vingt.

Reviens, reviens, reviens, REVIENS !



@Ashley Houston, c'est prêt :wise:
~988 mots

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"Am I boring ? Sure. Social skills ? None. But I’m loyal if you feed me and will never leave you cuz, well…. I need the food."

TW Ton Absence est mille-quatre-vingt-trois fois trop longue
11 décembre 2049
Parc – Poudlard
3ème année


Je n'aime pas l'hiver. Il fait froid, la nature semble morte, figée dans le temps, le plus léger courant d'air donne le pire des rhumes et c'est une saison qui semble durer des années. Pourtant, irrésistiblement, je me retrouve régulièrement à marcher dans le parc, entourée de mon écharpe, emmitouflée dans ma cape pour réchauffer mes mains dont j'ai encoure oublié les gants si réconfortants et nécessaires. Je ne sais pas pourquoi la neige m'attire autant. Je déteste ses effets, je déteste ce qu'elle peut provoquer en moi, et pourtant je me retrouve à adorer la fouler de mes pas, l'entendre craquer agréablement sous mes semelles et laisser la trace éphémère de mon passage. Et le paysage blanchi qu'elle forme ne cesse d'attirer mon regard et de m'émerveiller. Tout semble glacé, recouvert d'une blancheur indélébile piquant les yeux mais illuminant le jour, donnant un aspect fantomatique à la nature – et cachant sa nudité, sa laideur.

Autour de moi, il n'y a personne, les élèves étant assez sages pour rester au château par ce temps. Ils ne savent pas ce qu'ils ratent. À chaque respiration s'élève de mes lèvres entrouvertes un nuage de buée, réchauffant l'air glacé mais disparaissant presque immédiatement, impuissant et incapable de résister à la froideur de l'hiver et à sa température glaciale. Ce nuage, je l'aime bien. S'il me rappelle une autre fumée, plus nocive et moins belle, je me force à le comparer à un morceau de nuage perdu qui s'élève peu à peu pour rejoindre ses compagnons dans le ciel. Et mon souffle l'aide à ça, ce que je trouve plus beau que de me détruire intérieurement, à petit feu et avec une toute autre sorte de respiration.

Je m'arrête un instant, observant au loin le lac dont les abords sont gelés, mais dont le centre résiste encore et toujours à l'envahisseur. Je tourne la tête de l'autre côté et regarde les tours du Château se perdre dans le ciel, comme si elles allaient à la conquête des étoiles. Je reprends ma marche, mais au bout de quelques pas, une exclamation me fait sursauter et je me stoppe brusquement, guettant autour de moi pour trouver celui qui a troublé ma tranquillité. Les sourcils froncés, je ne vois rien, et les cris reprennent, plus étouffés cette-fois, comme s'ils sentaient ma présence et voyaient que cela me dérangeait. Je n'aime pas être prise au dépourvu de la sorte, tout comme je n'aime pas ne pas voir qui est l'auteur de tout ce vacarme. Me dirigeant dans la direction des braillements (car oui, hurler « Reviens ! » à plusieurs reprises est un braillement), je serre les poings. À la limite, si c'était un chant, je ne dirais rien. Si ce chant était envoûtant, comme le sien, je m'arrêterais à quelques mètres de la chanteuse pour l'écouter en silence et racheter ce que j'ai perdu ou gâché. Mais des cris, qui sont aussi élégants qu'un troll en train de danser, cela n'a rien de charmant, est même assez effrayant et ne me donne qu'une envie : me boucher les oreilles et lui intimer de se taire. Le faire en criant, s'il le faut.

Je finis par trouver sans problèmes une Serdaigle, en plein combat contre un arbre. Le pauvre. Il n'a rien demandé, et voilà que Ruewen – pour qui je n'ai désormais plus aucun respect – se met à le frapper de toutes ses forces, abîmant son écorce givrée et le détruisant coup par coup. Je me fiche des raisons de sa colère, je me fiche des raisons pour lesquelles elle brise la tranquillité du parc, mais je ne me fiche pas de la façon dont elle s'en prend à la nature, de la façon dont elle a si peu de considération pour les autres (et je ne parle pas pour moi) qu'elle ne pense même pas une seule seconde que cet arbre est également un être vivant, et que dans un lieu aussi rempli de magie que Poudlard, il ressent peut-être plus profondément chaque coup qu'un autre arbre le ferait dans une forêt quelconque. Je m'approche d'elle lentement, croisant les bras autant pour montrer mon mécontentement que pour me réchauffer, observant toute l'ampleur de son égoïsme les yeux plissés.

« Il y a des façons moins douloureuses de se défouler. »

Inutile de préciser que je ne parle pas des blessures causées à ses poings.

Quatrième année | Corneille du Chant | #741b47 | Saumon indépendant | Préfubbies aspirateur

TW Ton Absence est mille-quatre-vingt-trois fois trop longue
tw : description de blessures & langage vulgaire


Plus la jeune fille s'abîmait les poings sur l'écorce gelée de l'arbre et moins elle ne sentait son esprit la torturer. Ironique, n'est-ce pas, qu'elle n'arrive à contrer sa souffrance mentale uniquement en souffrant physiquement ? Du moins c'était ce qu'elle se disait. Chaque impact lui paraissait plus douloureux que le précédant, ses bras étaient désormais tout engourdis et ses phalanges la suppliaient de leur accorder de la pitié. Mais quelle pitié la Vie avait-elle témoignée à Aydan ? Aucune. Quelle pitié la Vie avait-elle accordée à Etoile ? Aucune. Rien, que dalle. Depuis qu'elle était venue au monde, la jeune sorcière n'avait fait que souffrir. Ce n'était pas juste. Pas juste, pas juste, pas juste !

Alors tandis qu'elle brisait sa peine et sa colère sur cet arbre, la Serdaigle considérait chaque petite perle rouge extraite de sa chair comme une victoire personnelle, un signe de rébellion. Ses parents lui auraient dit de ne pas gâcher le cadeau d'Aydan. Maliah l'aurait regardée avec de la peur dans ses beaux yeux d'un bleu si spécial. Ses grands-parents n'auraient pas daigné gaspiller leur salive, mais elle arrivait très bien à imaginer leur regard dégouté et réprobateur. Et lui ? Aydan ? Qu'en aurait-il pensé ? Non, elle ne voulait pas s'aventurer sur ce terrain, c'était trop dangereux. *Et beaucoup trop douloureux....*

Et dire qu'elle allait bientôt avoir le même âge que son grand frère. Quelle honte. Et dire qu'en plus elle était responsable de cette situation, responsable de cette stèle en marbre fièrement dressée dans une allée ornée de rosiers, responsable du nom écrit dessus en lettres cursives dorées, et des dates gravées en dessous. Dire qu'elle était responsable du numéro "13", inscrit en petit à côté de la deuxième date.

Putain mais pourquoi est-ce que ça faisait toujours aussi mal ? Pourquoi est-ce que la plaie lui paraissait-elle toujours aussi vive, aussi douloureuse ? Etoile serra les dents en sentant sa peau se déchirer sous l'énième impact de ses mains contre l'arbre. Une vague de chaleur suivie de picotements puis d'une douleur atroce remonta dans tout son bras, jusqu'à son épaule. Et momentanément, la peine s'éteignit. La jeune fille exhala bruyamment, surprise. Brièvement, pendant un très court instant, elle avait senti son cœur et son cerveau s'apaiser, comme si elle avait été anesthésiée. Et cette sensation c'était.....merveilleux. Il n'y avait pas d'autre mot pour décrire l'impression de pure euphorie qui s'était emparée d'elle pour quelques secondes. Alors quoi, elle devait se résigner à s'abimer perpétuellement le corps dans le simple but de se défaire de la douleur du deuil de son frère ? Nan, c'était pas une vie ça. Même pas une demi-vie.

Une voix familière et désagréable perça le vacarme qui régnait dans l'esprit de la sorcière, la ramenant au Réel. En entendant les Mots qui avaient brisé sa tempête intérieure, elle haussa un sourcil surpris et agacé en se tournant vers l'Autre dont elle avait déjà reconnu la voix – pour son plus grand malheur. Putain c'était déjà une journée merdique, mais en plus il fallait que Houston lui tombe dessus et commence à lui faire la leçon ? Non, très peu pour elle. La Serdaigle se portait mieux lorsque la Poufsouffle était loin d'elle.
Se résignant pourtant à lui faire face, Etoile souffla un crachat de brume et fit volte-face vers sa camarade.

Elle avait les bras croisés sur sa poitrine dans une expression de défi, ses yeux brillant de colère et d'agitation. Elle aussi s'était vêtue chaudement pour empêcher le froid glacial de l'Hiver de s'infiltrer jusqu'à elle et de la saisir. Stella ne put s'empêcher de remarquer qu'avec ses joues rosies par le froid, le bout de son nez tout rouge et ses yeux plissés de contrariété, Ashley restait jolie — qu'elle fasse se constat l'agaça plus fortement encore que la présence de la Poufsouffle. Evidemment, il fallait qu'elle soit agréable à regarder et que la Ruewen l'ait remarqué. Houston faisait décidément tout pour l'agacer, songea-t-elle avec mauvaise foi en laissant négligemment son regard bleu acéré monter et descendre sur sa camarade. Rien de nouveau au sud de l'équateur, la Poufsouffle avait toujours été jolie et ce n'était pas en la reluquant que l'Aigle pourrait changer quoi que ce soit. Elle remonta alors ses iris sur le visage de la jeune fille, un sourire railleur en coin, ses yeux scintillants de colère. D'humeur espiègle, elle avait envie de jouer.

Salut Houston, ouais j'vais bien merci de demander, lâcha-t-elle en faisant un pas vers elle, délaissant complètement son punching-ball. Tu t'inquiètes pour moi maintenant, toi ?

Elle jeta un regard vaguement intéressé à ses poings, comme si elle venait de se rendre compte à quel point elle les avait abîmés à force de s'acharner sur l'écorce givrée, puis elle revint sur le visage de la Jaune. Elle avisa rapidement ses dents qui étaient à deux doigts de claquer entre elles et la manière dont elle resserrait sa cape autour de son corps, puis un sourire amusé s'étira pleinement sur sa bouche.

T'occupe de c'qui est douloureux ou non pour moi et commence peut-être d'abord par réchauffer ton propre cul nan ? grommela Etoile en se retenant de lui lancer ses gants abandonnés. T'as l'air frigorifiée, tu f'rais peut-être mieux de retourner à l'intérieur....sauf si t'avais quelque chose d'intéressant et constructif à me dire ? poursuivit-elle, un rictus suffisant sur les lèvres. Quoique c'est p't'être beaucoup te d'mander, faut bien le reconnaitre, ajouta-t-elle après une courte réflexion.

C'était faux en plus. Elle avait eu l'occasion de constater en cours qu'Ashley avait souvent des choses utiles à dire, mais elle n'avait pu s'empêcher de vouloir la provoquer. Juste un peu. Pour se divertir.



@Ashley Houston oupsi le retard...désolée !
~947 mots

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TW Ton Absence est mille-quatre-vingt-trois fois trop longue
Il y a quelque chose dans le regard de Ruewen qui me met mal à l'aise. Ce n'est pas la colère et la contrariété, ou la tristesse que je perçois dans son regard, mais la façon dont elle me dévisage qui me dérange. Ses yeux remontent le long de mon corps, et je n'arrive pas à savoir si c'est pour me jauger ou pour montrer que je ne l'impressionne pas. C'est cela qui est très contrariant. D'autant plus que ce regard me rappelle le mien, à ce moment-, lorsque je l'ai regardée elle de cette même façon pour la provoquer. Je ne pense pas que Ruewen cherche à me provoquer (c'est même moi qui ai commencé) ; mais je n'aime pas cette sensation qui est si similaire à ces sentiments, et à ces picotements étrangers mais agréables – j'aimerais croire qu'ils ne l'ont jamais été.

Cette impression disparaît au moment où la Serdaigle me répond, et immédiatement je sens que cet après-midi ne sera pas agréable. Commencer à me donner des leçons de politesse quand on ne sait même pas défouler sa colère proprement est le comble de l'ironie et je ressers mes bras autour de moi, non pour me réchauffer mais pour contenir le tremblement de colère que je commence à ressentir face au comportement détaché, mais énervant, de ma camarade. Je ne mets pas bien longtemps à trouver une réplique cinglante que je lui crache à la figure, prenant plaisir à ressentir ma voix faire jaillir les mots comme du venin.

« C'est pas pour toi que je m'inquiétais, Ruewen. Quoique je devrais peut-être commencer à le faire, vu que tu confonds les humains avec des arbres. »

Je marque une pause et renifle de mépris.

« T'étais jalouse de ses branches ? »

Mon regard suit le sien et se dirige vers ses poings qui rougissent de plus en plus. La peau est écorchée et quelques perles de sang commencent à goutter. Je soupire ; j'en aurais presque pitié. Lorsque la deuxième vague de reproches m'arrive de plein fouet, je ne détourne pas les yeux de ses mains, me concentrant dessus pour éviter que la colère ne m'emporte à nouveau dans ses tourbillons infernaux. La Bleue voit juste : j'ai très froid. Je n'ai donc pas de réelles raisons de m'énerver pour quelque chose de vrai, même si cette solution est très tentante et est plus simple à choisir. Elle m'éviterait bien des problèmes, comme chercher à comprendre ce qui est arrivé à Ruewen (je n'en ai pas le temps), puis lui murmurer mes meilleurs réconforts (je n'en ai pas envie) et enfin la consoler en la prenant dans mes bras en prétextant que les câlins sont le meilleur moyen pour résoudre tous les problèmes du monde (je n'en ai pas la force, et en plus c'est faux). Si je ne choisis pas la colère, ce n'est pas par compassion pour la Serdaigle, mais par égoïsme. Je ne veux pas perdre mon temps avec elle, de quelque manière que ce soit. Aussi haussé-je négligemment les épaules à ses remarques, lui donnant raison. J'enfouis mes mains au fond de mes poches pour m'empêcher de faire quelque chose de stupide et sens mes ongles s'enfoncer dans mes paumes, douleur agréable qui me focalise sur autre chose que l'envie d'envoyer l'autre paître.

« Je gâche pas ma salive pour ceux qui en valent pas la peine, » réponds-je platement, ne pouvant pas m'empêcher de dire quelque chose après toutes ces piques. Et je suis sûre que si je n'avais rien répondu elle aurait réagi méchamment.

Je doute qu'elle fasse vraiment partie de ceux qui en valent pas la peine. Par contre, elle fait partie de ceux qui me font pitié, et c'est ce que je constate en ramenant mes yeux vers les siens, où cette infinie tristesse est toujours perceptible derrière l'océan de bleu. Je ne cherche pas à savoir les raisons de ses tourments. Ils ne m'intéressent absolument pas. Mais je ne supporte pas de voir cette tristesse dans ses yeux, de un parce qu'elle est désagréable à voir, de deux parce que je ne supporte pas de voir des gens étaler des sentiments aussi intimes devant n'importe qui. Ça me met mal à l'aise, peut-être même autant que ses iris me dévisageant, et si je peux faire quelque chose pour détourner mon esprit de cette gêne, je suis prête à presque n'importe quoi. Même à des services gratuits.

« Je peux ? »

Je m'avance de quelques pas pour arriver à son niveau, la main droite tendue vers les siennes, l'invitant à me les donner pour que je puisse faire quelque chose afin d'effacer cette tristesse insupportable à regarder. Je ne fais pas ça par gentillesse, mais pour moi. C'est important de le noter, c'est important de savoir et de me convaincre que je ne le fais pas pour les beaux yeux tristes de Ruewen que j'aimerais sûrement voir, tout au fond de mon cœur et même si je ne me l'avoue pas, moins ternes et plus pétillants.

Quatrième année | Corneille du Chant | #741b47 | Saumon indépendant | Préfubbies aspirateur

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Le poison des mots qu'elle avait crachés lui laissa un arrière-goût amer sur la langue, et une piqûre désagréable sur l'épiderme. Stella fit rouler ses épaules, agacée et mal à l'aise, cherchant à faire disparaitre ce sentiment qui ressemblait désagréablement à de la culpabilité. Elle était déjà responsable de bien trop d'autres choses, il était hors de question qu'elle se sente mal de s'être défoulée sur quelqu'un, et surtout pas sur Houston. D'autant plus que c'était cette dernière qui avait lancé les hostilités en l'interpelant alors qu'elle aurait aussi bien pu passer son chemin sans rien dire. Les deux sorcières ne s'appréciaient pas et la Serdaigle ne lui devait rien.

Houston ne mit pas longtemps pour trouver quoi répondre, et sa voix teintée de venin hérissa les poils de l'Aiglonne. Le coeur battant, elle serra les dents et fronça les sourcils. *Ridicule* La Poufsouffle n'avait manifestement rien compris, parce que pourquoi diable s'en prendrait-elle à un élève pour soulager ses envies de violence ? Envies qui n'avaient même pas lieux d'être — après tout elle était responsable de son propre malheur, elle n'avait pas le droit de se plaindre ou de pleurer. C'était bien ce que Rhys et Charlotte lui avaient dit, qu'ils ne voulaient pas entendre de jérémiades alors qu'elle était responsable de la disparition de leur précieux petit-fils. Difficile de croire qu'elle était également leur petite fille. Elle avait bien essayé, pourtant, de leur faire entendre raison. De leur expliquer qu'elle faisait partie de leur famille, qu'ils n'avaient pas le droit de la rejeter de la sorte. Seulement, elle avait découvert que certaines personnes se moquaient bien d'avoir des arguments valides ou non pour repousser un être. Une pensée lui traversa l'esprit avec violence, cela lui fit l'effet d'un coup de fouet dans le dos. Est-ce que Houston était pareille ? Est-ce qu'elle la repoussait sans même savoir pourquoi ? Est-ce qu'elle faisait partie de ces êtres ignobles qui avaient décidé de la détester ? Stella serra de nouveau les poings, ignorant les picotements qui s'étendirent sur sa peau abîmée. Son reniflement, son commentaire dédaigneux. Tout chez la jeune fille indiquait le mépris que la Serdaigle semblait lui inspirer.

Evidemment qu'elle ne s'inquiétait pas pour elle. Evidemment qu'elle n'allait pas gâcher sa salive à la réconforter alors qu'elles ne s'appréciaient même pas. Alors pourquoi ce poids dans sa poitrine ? L'adolescente secoua la tête. Elle se moquait bien de ce que pensait ou faisait Houston. Tout ce qu'elle voulait, c'était rester en colère contre elle-même, faire taire les reproches dans sa tête et s'abîmer les poings pour arrêter de penser.

T'aurais pu nous épargner cette conversation à toutes les deux, remarqua-t-elle, acide. Garde ta salive pour une personne d'humeur à te supporter, marmonna Etoile. De préférence loin de moi.

Mais elle n'en fit rien — évidemment. Jamais Houston n'aurait fait quoi que ce soit qui allait en accord avec ce que demandait l'Aiglonne, sans quoi ç'aurait été trop beau. Est-ce qu'elle allait crier ? Non, visiblement pas. Pourquoi ne criait-elle pas ? Consternée, la Ruewen lutta contre l'envie de faire quelques pas en arrière, contre son instinct qui lui soufflait de faire demi-tour et de laisser la jolie Poufsouffle ici avant qu'elle ne lui abîme quelque chose de bien plus difficile à réparer que des phalanges. Mais alors que faisait-elle toujours ici ? Qu'est-ce qui la retenait ?

« Je peux ? »

Stella fronça les sourcils. Nan. Tu peux pas. Reste loin de moi. Me touche pas. Merlin pourquoi est-ce qu'elle n'arrivait pas à prononcer des formules toutes faites aussi simples ? Et pourquoi Houston se sentait-elle obligée de s'approcher de la sorte ?

Toi ? Tu te proposes de m'aider ? releva-t-elle, méfiante. J'en veux pas. J'veux pas de ton aide.

Et c'était vrai. Elle ne voulait pas de son aide, pas de sa pitié, pas de sa compassion. A vrai dire, elle préférait quand Houston l'insultait. Quand elle la menaçait, quand elle la provoquait. Mais ça ? Cette pitié qui dégoulinait de chacun de ses gestes et mots ? Un rire sec lui échappa. Non, elle ne voulait certainement pas de ça. Elle aurait préféré qu'elle parte. Qu'elle se moque d'elle et de ses poings ensanglantés, puis qu'elle tourne les talons et la laisse à ses pensées. Cela n'allait rien lui apporter, de déverser sa pitié sur la pauvre petite Etoile blessée. C'était humiliant, voilà tout.

Stella recula.

Vas-t'en.

Reste. Elle sentait les tissus de ses mains protester, les perles rouges glisser, tâcher le manteau blanc du parc. Dents serrées, elle défia Houston du regard. "Vas-t'en" qu'elle lui avait dit. Reste.


@Ashley Houston, voilà ce que je ponds à 2h du mat avec 6 mois de retard....oups ?

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Il est si facile de se perdre dans le venin des mots. De les manier pour mal les tourner, de les faire rouler sur la langue pour qu'ils en ressortent de la pire des façons, qu'ils blessent comme une arme affûtée. Et l'effet, à chaque fois, est le même : la personne réagit, est piquée, blessée, ou encore énervée. C'est ce dernier cas qui arrive chez Ruewen, mais je n'ose pas me vanter d'avoir atteint mon but en la touchant là où ça fait mal. Au contraire, mes mots sont pâteux sur ma langue et me laissent un sentiment désagréable dans la poitrine. Je n'aime pas la tournure que prend la conversation. D'habitude, il m'est facile d'apprécier d'être désagréable, hautaine, froide ; c'est même ce que je fais de mieux. Mais aujourd'hui... je ne me l'explique pas – ses yeux, peut-être –, mais je n'aime pas avoir à parler à la Serdaigle comme ça. Ce sont ses yeux, oui, ses yeux pleins de tristesse.

J'encaisse sans rien dire sa réplique. Après tout, elle a raison. J'aurais pu passer mon chemin et ne rien lui faire remarquer. J'aurais aussi pu m'en prendre à quelqu'un d'autre. Mais le problème est qu'il y a peu de personnes capables de me supporter. Qui voudrait de quelqu'un comme moi pour lui parler ? Ce que je fais de mieux, c'est laisser une trace de colère derrière moi – Ruewen en est bien la preuve.

Mais derrière la colère il y a toujours cette pitié. Foutue pitié, qui me rend si sensible, si fragile face à la Bleue et à sa douleur insupportable ! C'est comme si ses yeux me transperçaient de toute part et me transmettaient ce qu'elle ressent sans que je n'en comprenne la cause. C'est très frustrant et je n'arrive pas à y résister. Je succombe, comme j'ai succombé dans la volière, et ce n'est que lorsqu'elle refuse mon aide que je comprends que je ne peux pas effacer mes paroles et qu'elles sont sûrement ancrées plus profond dans son cœur que ce que ma sympathie – ou ce qui y ressemble – pourra jamais faire. Je pince les lèvres et laisse retomber mon bras mollement le long de mon corps. Oublié le froid de l'hiver, car c'en est un encore plus glacial qui me traverse de la tête aux pieds. Son rire est comme une douche froide et je me retiens de baisser la tête face à sa réaction. J'ai l'impression d'être moquée, de ne pas être prise au sérieux. J'étais pourtant sincère ; je l'étais autant que lorsque je lui ai dit que je commençais à m'inquiéter pour elle. Je le suis encore plus que lorsque je lui ai dit qu'elle n'en valait pas la peine.

Car elle en vaut la peine, justement, je ne peux plus me le nier. Elle en vaut la peine rien qu'avec ses yeux, ses si beaux yeux bleus, qui seraient un peu plus comme l'océan s'ils étaient moins vides. Je n'ose même plus la lâcher du regard, de peur de la perdre entièrement et de me plier à sa volonté : partir. Si je ne la regardais pas, il y a longtemps que je ne serais plus là. Mais je n'arrive pas à me détacher de son regard, je ne peux pas me résigner à la laisser seule avec ses plaies aux mains et au cœur – car personne de censé ne frappe ses poings contre un arbre si ce n'est pas pour se défouler et évacuer sa douleur.

« Non. »

Mon mot tombe comme une pierre. Il sonne dur dans l'air glacial, bref comme un ordre. Je m'avance à nouveau pour effacer la distance qu'elle a creusé entre nous.

« Je partirai pas. J'ai dit "Je peux ?" et c'était bien pour t'aider, Ruewen, que ça te plaise ou non. Alors libre à toi de refuser mon aide, mais moi je partirai pas tant que tu m'auras pas donné tes mains. Je partirai pas parce que je veux t'aider. »

Au fond, je suis vexée de son refus. Je suis vexée qu'elle doute de ma sincérité car je ne propose jamais mon aide si je n'en ai pas envie. Et force est de constater que pour elle, je pourrais me montrer bornée jusqu'à ce qu'elle accepte. C'est ça aussi qui m'énerve ; face à elle, je me sens impuissante et capable d'obéir à tous les désirs de mon cœur.

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